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05/03/2015

Grand écran: "Red Army", l'extraordinaire aventure de "l'invincible armada" du patin soviétique

images[4].jpgCCCP, le sigle gagnant sur des maillots rouges. Avec ses huit médailles d’or olympiques et ses dix-neuf couronnes mondiales, la Red Army qui a transformé le hockey en redoutable arme de propagande, était le symbole du socialisme triomphant, la preuve vivante que le système fonctionnait…

Dans un documentaire passionnant, l’Américain Gabe Polsky, lui-même fervent adepte du palet, nous replonge au temps de la Guerre froide, sur glace et en-dehors, en racontant l’extraordinaire aventure de la célèbre dominatrice des compétitions internationales entre 1976 et 1991.

Le destin de cette dynastie unique dans l’histoire du sport est intimement lié à celui de l’URSS d’alors, mue par une volonté obsessionnelle de puissance et dont l’auteur brosse un portrait très critique, sinon accablant. Comme son pays, la Red Army connaît la grandeur et la décadence, avant d’être secouée par l’éclatement du bloc soviétique.

Dépendante de l’armée, cette véritable machine à gagner sélectionnait les meilleurs au berceau ou presque. Formés à l’esprit d’équipe, ils étaient aussi biberonnés au sacrifice patriotique face au capitalisme. 

RedArmy[1].jpgParlant non sans arrogance face caméra, l’atout maître de Red Army, mettant constamment en parallèle la crosse et le pays, tout en insistant sur les antagonismes Est-Ouest, c’est  l’ancien capitaine légendaire Slava Fetisov (photo). 

Avec ses quatre coéquipiers Alexei Kasatonov, Vladimir Krutov, Sergei Makarov et Igor Larionov, il formait le quintet mythique d’un team adulé à domicile, craint, admiré et respecté par les grands clubs étrangers, à commencer par les Etats-Unis et dont le parcours hors du commun lui a valu sa quasi invincibilité pendant des années. 

A la base du succès, une cohésion sans faille, la primauté de l’intérêt commun sur les exploits individuels, et un jeu particulièrement créatif, tout en vitesse, finesse, légèreté et contrôle, prôné par un entraîneur s'inspirant du Bolchoï et les échecs. Résultat, une suprématie tactique et sportive totale, peaufinée dès 1977 à coups de serrages drastiques de boulons par l’homme du KGB, le terrible coach Viktor Tikhonov.

Ces forçats du patin broyés par l’autorité politique étaient entraînés à la dure dans un camp spécial dédié à une épuisante préparation physique. Ils vivaient en autarcie loin de leurs proches onze mois sur douze, constamment sous surveillance et sous pression psychologique. Un régime draconien qui ne les a pourtant pas empêchés d’aligner les victoires jusqu’à l’effondrement de l’URSS.

RedArmy1[1].jpgVers la fin des années 80, perestroïka oblige, Fetisov manifeste, à l’instar de ses camarades, l’envie d’aller jouer dans les grands clubs américains. Auréolé du statut de héros national il est bientôt condamné comme ennemi politique.

Moscou lui met des bâtons dans les roues mais il tient tête au Kremlin et, malgré les intimidations, les menaces et les violences, finira par jouer aux Etats-Unis. Un exil allant d’abord de pair avec des performances moyennes pour lui et lees autres  génies russes, avant la formation d'un fameux  "Russian Five" au sein du club de Detroit. 

Rentré au pays, Fetisov a pris sa revanche. Ministre des Sports de Poutine entre 2002 et 2008, il est aujourd’hui sénateur et continue à évoluer dans les cercles du pouvoir. Il fut aussi l’un des principaux  artisans des jeux de Sotchi en 2014. 

Allant au-delà du sport, la force du film de Gabe Polsky réside dans des images d’archives saisissantes, des entretiens parfois sidérants de joueurs et autres protagonistes de l’époque, des témoignages émouvants et de brillantes séquences de jeu .Du coup il parle à tout le monde.

Si les mordus de la rondelle prendront leur pied en retrouvant leurs idoles, nul besoin pourtant de connaître le hockey, ses règles et son histoire pour s’intéresser à ce documentaire aussi fascinant qu’instructif. Divertisant de surcroît, il ne manque pas d’ironie.  

Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 4 mars.  

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03/03/2015

Grand écran: "Buoni a nulla"veut nous montrer qu'on a tous un peu de Gianni en nous...

Buoni-a-Nulla-Gianni-Di-Gregorio-foto-film-Bim-664[1].jpgComédie italienne dans l'air du temps portant un regard particulièrement sensible sur le monde, Buoni a nulla (Bons à rien) raconte l'histoire de gens modestes et timorés qui se font sans cesse marcher sur les pieds. A l'instar de Gianni, obligé de rempiler pour trois ans alors qu'il est à deux doigts de la retraite.

Muté de surcroît en banlieue, il se laisse brimer sans réagir par sa directrice et, à l’exception du gentil Marco encore plus vulnérable et pusillanime que lui, par ses collègues. Sans oublier une voisine exécrable ou encore son ex-femme constamment sur son dos et qui transforment son quotidien en petit enfer.

Seule solution, même si ce n'est pas simple, apprendre à se faire respecter. Et le réalisateur Gianni Di Gregorio de pousser son antihéros à la révolte, notamment à travers de voluptueuses gamineries thérapeutiques. Coller du chewing-gum sur une sonnette, traîner sur un passage piétons à rendre fous les automobilistes, taper sur la voiture qui l'empêche chaque jour de rentrer chez lui.

Avec cette satire à la fois absurde, émouvante, drôle, subtilement transgressive de notre société, où il dénonce le chacun pour soi pour exalter l’amitié et la tolérance, l’auteur, qui tient le premier rôle, nous tend une sorte de miroir. Histoire de nous montrer qu’on a tous un peu de Gianni en nous.

220887-thumb-social-play-interv_buoni_a_nulla_2_1[1].jpgOpus en grande partie autobiographique

Récemment de passage à Genève, l'exubérant et  sympathique intéressé acquiesce en riant. Né en 1949, acteur et scénariste passé derrière la caméra sur le tard en 2008 avec Le déjeuner du 15 août, puis en 2011 avec Gianni et les femmes, il nous confie en outre que son troisième film est en grande partie autobiographique.

"Le caractère du personnage et la manière dont il se comporte me ressemblent énormément. Je suis très timide, ce qui explique que j’ai eu de la peine à devenir réalisateur. On doit décider, avoir de l’autorité. Du moment que je n'y arrive pas, j’ai trouvé un système sans autorité".

-Votre personnage est incapable de dire non. Est-ce aussi votre cas ?

-En effet. Mais puis-je changer? J’ai essayé ici d’analyser la chose, de comprendre le problème et de tenter de répondre à la question. Je verrai si le traitement se révèle efficace… En réalité, je pense qu’il n’est pas possible de changer sa personnalité. En revanche, améliorer sa situation en faisant des efforts, oui.

-A l’image de Gianni, les personnes sans défense sont nombreuses.

-C’est vrai. Plus qu’on ne l’imagine. Même si on ne le voit pas toujours parce que beaucoup, ayant honte de leur faiblesse,  font tout pour ne pas le montrer.

-Comme dans vos deux premiers longs-métrages, vous tenez le premier rôle. N’en avez-vous pas assez ?

-Plutôt. Je joue si cela sert le film, mais c’est très fatigant de faire l’acteur, très exigeant. Je ne dois pas boire, pas fumer, éviter les cernes, tenir la forme, rester droit alors que j’ai des douleurs au dos...

-Mais pourquoi persistez-vous? Ne trouvez-vous personne d’autre?

Bien sûr. Je pourrais dénicher beaucoup d'alter ego, mais les producteurs me veulent et n’ont pas le courage de changer. Là pourtant j’ai un peu épuisé le personnage et pour mon prochain film, pas encore clair dans ma tête, je rêve de n’être que réalisateur.

-Une dernière question à propos de l’ignoble voisine de Gianni. J’ai entendu dire que c’était la plus grande avocate du cinéma italien et surtout celle de Marcello Mastroianni.

-Exact. Elle était aussi très amoureuse de Marcello. Selon moi, il y a eu plus, tellement elle en parlait. Mais je n’ai pas de preuve de la chose…

Film à l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 4 mars.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 25 février.

 

  

 

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Grand écran: "Inherent Vice" avec Joaquin Phoenix en privé bien défoncé

inherent-vice[1].jpgInvétéré fumeur de joints, le privé Doc Sportello voit débouler entre deux volutes son ex-petite amie Shasta dans son bungalow de la plage. Elle lui raconte qu’elle est tombée amoureuse d’un richissime promoteur immobilier.

Mais l'homme a disparu et elle redoute que sa femme et son amant du moment ne conspirent pour le faire interner. Pas rancunier, Doc accepte de partir à la recherche du milliardaire. 

Jusque là tout est simple. Mais les choses ne tardent pas à s’enchevêtrer inextricablement dans cette enquête psychédélique sous marijuana menée à Los Angeles en 1969, dans une Amérique tout juste sortie de Woodstock et s’enlisant dans le conflit vietnamien.

Dire que Paul Thomas Anderson se complaît dans la complexité est un doux euphémisme, tant il s’ingénie à nous embrouiller et à nous perdre dans Inherent Vice, une invraisemblable histoire à tiroirs inspirée d’un roman éponyme de Thomas Pynchon, où les digressions déroutantes foisonnent et les personnages erratiques s’empilent. 

inherent-vice-altyazili-izle-646[1].jpgC’est ainsi que Doc Sportello, parano et complètement largué entre les embrouilles, les méandres et l’abus d’herbe, se trouve confronté à un policier hyper violent, un musicien loufoque, une ado fugueuse, des blanchisseurs d’argent chinois, un dentiste improbable ou encore une tenancière de bordel qui ne peut s’empêcher de brouter goulument son fond de commerce…

Ce trip hallucinogène de deux heures trente, au récit des plus confus noyé sous une avalanche de paroles et entrecoupé de scènes farfelues, laisse évidemment le spectateur sur le sable. Peu importe, il lui suffit de s’imprégner de cette atmosphère soporifique et hypnotique pour partir lui aussi dans sa petite dérive existentielle. Il doit surtout éviter le mal de crâne en cherchant inutilement à comprendre ce qui se passe dans l’esprit tortueux du réalisateur.

En tête d’affiche de ce film à la fois noir et comique à prétention kafkaïenne, Joaquin Phoenix (qui d’autre pour incarner ce détective complètement défoncé?), omniprésent et donnant la réplique à Josh Brolin, Owen Wilson, Benicio Del Toro et Reese Whitherspoon. Un casting plus cohérent que l’intrigue.

Après Magnolia, There Will Be Blood, The Master, Paul Thomas Anderson déçoit en effet un peu, même si on a tendance à adhérer à son septième long-métrage foutraque. Son côté impénétrable n’est pas sans faire un peu (vraiment rien qu'un peu) penser au mythique Le Grand Sommeil. Inherent Vice n’est toutefois hélas pas à la hauteur de l’insolite, troublant et déconcertant chef d’œuvre d’Howard Hawks.

Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 4 mars.

 

 

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25/02/2015

Grand écran: "Schweizer Helden" fait revivre Guillaume Tell via des sans papiers

6062685[1].jpgSéparée de son mari depuis peu, Sabine, mère au foyer uranaise, se retrouve pour la première fois seule à Noël. Suite à un incident fortuit, elle pousse la porte d’un centre de requérants d’asile et, de fil en aiguille, en vient à monter avec eux une adaptation du Guillaume Tell de Schiller. Histoire de monter à sa famille et à ses amies de quoi elle est capable.

Elle n’a aucune expérience d’un tel exercice mais, tenace, ira jusqu’au bout de l’expérience, qui lui enapprendra davantage que ce qu’elle aurait pu imaginer sur le quotidien des réfugiés, leurs soucis et leurs problèmes. Et sur elle-même.

Peter Luisi s’est inspiré d’une histoire vraie pour sa fiction oscillant entre tristesse et drôlerie. Alors qu’il se défend d‘avoir réalisé un film politique c’est le contraire, Schweizer Helden faisant évidemment écho à un thème aujourd’hui crucial dans nos sociétés. Son auteur s’est d’ailleurs dument documenté sur la question, ayant même vécu dans des centres de transit pour être le plus crédible et réaliste possible.

Ses intentions sont louables. Mais voilà qui ne suffit pas à emporter l’adhésion. La mayonnaise a tout de même du mal à prendre en dépit de l'effort manifeste du cinéaste de bien faire et d'actualiser, via ces héros sans papiers, l’un des plus vieux mythes helvétiques, symbole de rébellion, de courage et d’aspiration à la liberté. Un personnage qui, pour un Luisi volontariste, ne peut dans le fond que résonner chez ces gens soumis à leurs dirigeants ou victimes de violence dans leurs pays respectifs.

Mais l’ensemble, au-delà de clichés ou de stéréotypes appuyés, ne fonctionne pas vraiment. Cela n’a rien à voir avec la représentation insolite de l’histoire ou des personnages par ce groupe hétéroclite. Alors que les protagonistes et leur metteuse en scène se donnent de la peine pour se couler dans ce moule très suisse,  conseillés de surcroît par un acteur professionnel, le résultat final en forme de soirée de patronage s’avère simplement trop bancal et laborieux pour convaincre.

Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 25 février.

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24/02/2015

Grand écran: avec son "Birdman" aux quatre Oscars, Inarritu met Hollywod sur le divan

birdman_man[1].jpgBirdman a fait le plein lors de la 87e cérémonie des Oscars. Quatre statuettes (film, réalisateur, scénario, photographie). Bien qu’il ne mérite pas une telle reconnaissance, ce n’est pas franchement une surprise.

Et pas seulement parce que l'opus partait grand favori avec ses neuf nominations, ou qu’en-dehors de Boyhood, il n’avait pas de concurrents notables. Mais surtout parce qu’avec cette comédie noire, Alejandro Gonzalez Inarritu s’est aventuré dans les coulisses du show biz et que ses pairs subjugués se sont reconnus dans cette sorte de psychanalyse d’un Hollywood notamment accro aux super-héros doté de super-pouvoirs.  

Suite à quelques chefs d’œuvre dont All About Eve en 1951 et trois ans après le triomphe de The Artist, l’Académie continue donc à prouver qu’elle aime les films sur le cinéma. Réalisateur mexicain, Inarritu évoque en effet l’acteur, ses rapports conflictuels avec la réalité, la célébrité, les frustrations et les déceptions qu’elle peut engendrer quand elle le fuit. Il suit ainsi Riggan Thomson, à l’époque mondialement connu dans son rôle de super héros aux plumes de corbeau surnommé Birdman.

Mais c’était il y a une vingtaine d’années et aujourd’hui, la star déchue tente de renouer avec la gloire en montant une pièce complexe de Raymond Carver à Broadway. L’auteur se concentre sur les jours qui précèdent la première où Thomson va devoir affronter, dans le décor reconstitué de l’intérieur du St James Theater de New York, son ego démesuré, son passé prestigieux, ses hallucinations et ses rêves envolés.

Sans oublier son rival sur les planches, ses proches dont une maîtresse actrice délaissée sur le point de craquer et une fille assistante tout juste sortie d’une cure de désintoxication. Pas simple pour ce père, mari, amant et ami, profondément egocentrique et avide d’amour.

images[9].jpgC’est Michael Keaton qui enfile le costume de ce has been en proie à ses douloureux démons. Un choix particulièrement judicieux dans cette histoire de come-back, vu que le comédien, lui-même plus ou moins disparu des écrans après le Batman de Tim Burton en 1989, effectue lui aussi un retour qu’il espère gagnant.

Il est excellent, à l'image d'Edward Norton (photo), son partenaire aussi doué qu’arrogant. Ou encore Emma Stone, qui permet à Inarritu de faire remarquer la puissance des réseaux sociaux pour mesurer désormais la notoriété des artistes. 

"Un tour de force éblouissant"

Au-delà du sujet, de son traitement et de l’interprétation, nombre de critiques se déclarent éblouis par un tour de force technique et artistique, insistant sur l’extraordinaire virtuosité d’une réalisation donnant l’illusion d’un long plan-séquence, grâce à une succession de scènes sans coupure apparente.

Certes, c’est brillant. Certes, Inarritu se pique d'explorer l'art, fustige les super-ego, règle quelques comptes, notamment avec les médias. Reste que la critique est moins incisive qu’il n’y paraît pour cause de scalpel émoussé et que l’ensemble souffre d’un côté ampoulé, emphatique, cultureux et prétentieux.

Trop c'est trop. Sans évidemment aller jusqu’à "une lamentable merde déséquilibrée et trompeuse" que dénonce sévèrement le New York Observer, l’un des rares à ne pas crier au génie, force est de constater qu'on s’ennuie parfois copieusement au fil d’un long-métrage tellement survolté qu’il en devient étouffant. Le cinéaste suggérait lui-même que son ambition a pu boursoufler ses œuvres précédentes. Analyse lucide, mais apparemment il a oublié d’en pendre de la graine…

Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 25 février.

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18/02/2015

Grand écran: "Le Meraviglie", un surprenant coup de coeur du jury cannois

MERVEILLES[1].jpgsurtout Une ferme décrépite dans petit village entre l’Ombre et la Toscane. C’est là que vit Gelsomina avec ses parents, sa tante Coco et ses trois jeunes sœurs. Produisant du miel, cette singulière famille d’apiculteurs multilingue vit en autarcie, loin du monde moderne, selon la volonté du père qui en prédit la fin proche.

Cette vie en marge va pourtant être troublée par l’arrivée de Martin, un jeune délinquant accueilli dans le cadre d’un programme de réinsertion et le tournage d’un jeu télévisé dans la région, animé par une sulfureuse et fellinienne Monica Bellucci. En dépit des règles strictes qui régissent son quotidien, Gelsomina se met à rêver d’une autre vie, symbolisée par cette vedette du petit écran.  

Signé de l’Italienne Alice Rochwacher, le film intitulé Le Meraviglie (Les Merveilles), en compétition dans le dernier Festival de Cannes, avait séduit au point de rafler le Grand prix du jury présidé par Jane Campion. Un vrai coup de cœur partagé par nombre de critiques, mais qui en avait quand même beaucoup surpris certains.

Dont nous sommes. Certes avec cette opposition entre deux univers, cette plongée poétique et un peu surnaturelle dans un univers rural peuplé de personnages atypiques et attachants, la fine critique de nos sociétés consuméristes, la croyance dans un avenir meilleur, sinon merveilleux, la réalisatrice livre une chronique sensible et intelligente, plus profonde qu'il n'y paraît au premier abord, et qui est aussi celle du sur le passage à l'âge adulte. Par ailleurs la photo est magnifique.

On lui reprochera pourtant un récit linéaire, quelques longueurs et langueurs distillant un vague ennui qui l’empêchent d’être vraiment à la hauteur de son titre.

Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 18 février.

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Grand écran: "Kingsman:services secrets", parodie trash de James Bond. Avec Colin Firth en 007...

Critique-Kingsman-Services-secrets[1].jpgLe réalisateur Matthew Vaughn, auteur de Kick-Ass et X-Men, fait à nouveau équipe avec le scénariste de comics Mark Millar pour nous offrir Kingsman: services secrets. Un film aux airs de vieux James Bond trash, pimenté d‘un zeste de Chapeau melon et bottes de cuir.

En quête de sang neuf, l’as du renseignement britannique Harry Hart est chargé de former à la dure un groupe d’aspirants tous avides de décrocher le  job de rêve.... Parmi eux Eggsy, un brin rebelle et «idéalement imparfait», recruté dans la banlieue londonienne.

La mission de ce commando de choc: contrer les visées criminelles d’un certain Richmond Valentine. Reprenant le roman graphique de Millar paru en 2012, cette parodie loufoque de films d’espionnage à l’ancienne, mêlant scènes d’action parfois bluffantes, violence et humour, est bourrée de références au genre des années 60/70 dont elle détourne ou emprunte les codes.

Sans ambiguïté, l'opus oppose les bons et les méchants. Du côté des bons, Colin Firth (Harry Hart), gentleman charismatique au costume trois pièces griffé Savile Row. Plus 007 que nature, ce mentor au flegme britishissime a une méthode aussi personnelle qu’efficace d’apprendre les bonnes manières aux voyous. A noter également la prestation du jeune Taron Egerton, un poil écrasé par son aîné, ainsi que celle de Mark Strong et du quasi mythique Michael Caine.

Du côté des méchants un hilarant Samuel L. Jackson au zozotement ridicule dans le rôle de Richmond Valentine. Ce génie de la technologie, doublé d’un farouche défenseur de l’environnement, veut faire payer aux pollueurs les dommages causés à la planète. C’est dire la terrible menace qu’il laisse peser sur l’humanité….

Et nous voici partis pour un divertissement décalé, pop, barge, déjanté, politiquement incorrect et dans l’ensemble assez jouissif. Mais voilà qui n’empêche pas Vaughn de se complaire dans le mauvais goût, les massacres gratuits, ainsi que dans des gags et quelques effets nazes. Evidemment pas de quoi décourager les fans.

Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 18 février.

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17/02/2015

Grand écran: Clint Eastwood déclenche la polémique aux Etats-Unis avec "American Sniper"

american-sniper_612x380_1[1].jpgChef d’œuvre pour les conservateurs américains de tout poil et Michelle Obama qui a clamé son admiration, dangereux pamphlet guerrier ultra-nationaliste de propagande pour d’autres.

Aux Etats-Unis, Clint Eastwood de retour à 84 ans sur les écrans, provoque une polémique comme il n’en avait plus connu depuis la saga des Dirty Harry, qui lui avait valu au mieux une réputation de réac belliqueux.

Certains critiques n’avaient en effet pas hésité à qualifier de fasciste celui qui avait endossé le costume de l’inspecteur le plus populaire de l’époque.

Le film par lequel par lequel la véhémente controverse est arrivée, c’est American Sniper, film de guerre aux airs de western, où le réalisateur raconte l’histoire vraie de Chris Kyle, militaire texan ayant servi  pendant six ans dans l’armée et envoyé en Irak pour protéger et sauver ses camarades. Avec une réussite si spectaculaire qu’il a été surnommé «La Légende».

Durant ses quatre missions entre 2003 et 2009, ce redoutable tireur d’élite des Navy Seal dont il a appliqué sans faiblir la devise «pas de quartier !» a descendu quelque 160  ennemis de l’Amérique. Avant de tomber lui-même, en 2013,  sous les coups d’un compagnon qu’il avait aidé.

Nominé pour six Oscars

Si American Sniper qui exalte le patriotisme et le mythe du héros divise en déclenchant une vague de critiques, il affole en tout cas le box-office avec des centaines de millions de dollars de recettes depuis sa sortie. Tandis que l’opus est nominé six fois aux Oscars, dont meilleur film et meilleur acteur pour son principal protagoniste Bradley Cooper. Très crédible par ailleurs avec sa masse musculaire et son accent traînant.

Au début du film, parallèlement à une scène de guerre édifiante,  flash back sur l’enfance de Chris Kyle,  élevé dans la défense du faible et le culte des armes à feu. Sa première proie est un cerf qu’il tue d’un tir magistral en chassant avec son père, pour qui l’humanité se répartit en trois groupes: les loups, les moutons et les chiens de berger. Chris opte pour cette dernière solution.

Les années passent et le viril  trentenaire, ne sachant trop que faire de sa vie, décide d’aller jouer les chiens de berger en Irak, où protéger ses potes devient une véritable obsession. Alors il presse la gâchette. Encore et encore. La répétition du geste, d’une précision chirurgicale, agit comme une drogue. Au point qu’il du mal à retrouver ses esprits et reprendre pied dans la réalité au cours de ses brèves permissions. Faisant le malheur de sa femme (Sienna Miller) rencontrée et épousée juste avant son départ.

american-sniper-bradley-cooper-sienna-miller1[1].jpgComme d’habitude, rien à dire sur la forme, à l’exception peut-être de ces allers et retours symboliques entre le mariage, la famille et le front. C’est plutôt sur le fond, ambigu, qu’on s’interroge. A son corps défendant, tant on aime le «dernier des géants»  hollywoodiens.

Clint Eastwood nous montre le courageux Chris Kyle l’œil vissé à sa lunette de son fusil, sans état d’âme, dans son bon droit, ne se posant aucune question, ne se trompant jamais, atteignant toujours l’objectif, avec chaque fois une bonne raison d’abattre l’ennemi. Même s’il s’agit de femmes ou d’enfants. Logique puisqu’ils nous sont montrés prêts à balancer le feu sur ses frères d’armes. Son seul regret, ne pas avoir bousillé davantage d’ennemis, ce qui lui aurait permis de sauver plus de compatriotes.  

Alors certes, le film évoque l’aveuglement d’une machine à tuer, les affres psychologiques d’un homme accro à la guerre, à l’évidence victime de stress post-traumatique. Mais Clint Eastwood ne cherche pas moins, au final,  à prouver que le sniper d’exception, cow-boy solitaire moderne, mérite amplement son statut de héros légendaire. Assumant sa glorification et espérant de surcroît que les gens reconnaissants se souviendront de ses sacrifices et de ceux d’autres combattants qui ont tant donné pour leur patrie. Vous avez dit propagande? 

Film à l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 18 février. 

 

 

 

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11/02/2015

Grand écran: "Dancing Arabs", une fable dérangeante, drôle et cruelle

DancingArabs3[1].jpgAprès Les Citronniers, où une veuve palestinienne s’opposait au ministre israélien de la Défense, déterminé à faire raser ses arbres centenaires sous prétexte que des terroristes pourraient s’y cacher, Eran Riklis, l’auteur également de La fiancée syrienne, s’est attaqué à un autre sujet dérangeant, sinon provocant dans Dancing Arabs: l'ostracisme quotidien dont sont victimes les Arabes d’Israël, bien qu’intégrés à la population juive.

Eyad (Tawfeek Barthom, photo), élevé dans une petite ville, en est un représentant. Très intelligent, réalisant le vœu de son père qui rêve pour lui d’une vie meilleure, il est le premier et seul Arabe à être admis, à 16 ans, dans l’un des meilleurs internats juifs de Jérusalem. Moqué par ses camarades, tombé amoureux de la belle Naomi qu’il voit en secret à cause de ses parents, il n’a qu’un véritable ami, Yonatan, un jeune handicapé. 

Marginalisé lui aussi car atteint d’une maladie héréditaire dégénérative mortelle, Yonatan vit seul avec Edna, sa mère célibataire (Yaël Abecassis). Les deux laissés pour compte se rapprochent et Eyad, donnant du courage et de la force à Edna pour surmonter la terrible épreuve de la future perte de son enfant, ne tarde pas à devenir le deuxième fils de la famille.

Le réalisateur de 60 ans a adapté Les Arabes dansent aussi et La Deuxième Personne, deux romans de Sayed Kashua, un Arabe qui  s'est fait un nom en écrivant en hébreu des textes satiriques dans les journaux israéliens. Poursuivant dans son exploration des rapports complexes de cette partie du monde à travers l’amitié qui unit ces deux adolescents, Il livre une histoire symbolique, dramatique et singulière. Elle tient de la fable à la fois joyeuse, drôle et cruelle.

Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 11 février.

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Grand écran: "Fifty Shades Of Grey", beaucoup de bruit pour rien...

imagesR6PKXU7T.jpgLe livre a été vendu à des millions d’exemplaires, son auteur E.L. James laissant croire à la planète entière qu’elle allait la plonger dans un trouble extatique avec des pages d’un érotisme torride, en révolutionnant carrément la littérature du genre.

Sade et Pauline Réage l’ont mauvaise. Et pour cause. Les scènes de sexe, bien que très explicites, n’empêchent pas un côté romantique échevelé cucul la praline. C’est ce qui ressort principalement de la version cinématographique de Sam Taylor- Johnson. Avec Dakota Johnson et Jamie Dornan (photo).

Etudiante en lettres,  Anastasia Steele est chargée par sa colocataire grippée d’interviewer Christian Grey, le célibataire le plus couru, charismatique, riche et envié de la côte Ouest pour le journal de la fac. Ce faisant, l’oie blanche vierge de 22 ans tombe sous le charme du milliardaire pervers. Un dominant tentant d’en faire sa soumise sur la base d’un contrat devant réglementer leur liaison. 

Autant le révéler tout de suite, qu’il s’agisse de la situation ou du couple, on n’y croit pas une seconde. Si Dakota Johnson fait une cruche acceptable, Jamie Dornan, aussi "hot" et sexy qu'une huître, se révèle particulièrement peu convaincant en déviant obsédé par le contrôle. Il n’empêche qu’on fait des gorges chaudes depuis des jours, des semaines, des mois de la chose qui bénéficie d’une sortie mondiale. Avec interdiction formelle aux critiques d’en parler jusqu’à mercredi matin 11 février. Signature à l'appui exigée à l'entrée.

imagesZHR39R0O.jpgDe son côté, le Parents Television Council mort d’inquiétude pour la santé des ados en péril est monté au créneau aux Etats-Unis accusant le film de valoriser la violence faite aux femmes. Très franchement tout le monde peut dormir tranquille. Dans le genre fais-moi mal, c’est raté.

En d’autres termes, beaucoup de bruit pour rien. Mais alors rien du tout. Non seulement toutes les scènes de sexe jugées trop crues ont été supprimées, mais celles qui restent n’occupent que 20 minutes sur les deux heures et des poussières de l’opus. On parle de porno pour maman. Ce sont plutôt des chatouilles pour grand-maman…

La preuve. Au bout de 45 minutes de niaiseries sentimentales et de minauderies à l’eau de rose qui doivent faire se retourner Barbara Cartland dans sa tombe de jalousie, le redoutable prédateur sexuel pose audacieusement un glaçon sur le  nombril d’Anastasia... Trois quarts d’heure plus tard, elle se fait délicatement fouetter (photo) dans la salle de jeu, alias la glamour chambre rouge de la douleur. Avec menottes et autres objets diaboliques pour pratiques sado-masos. D’opérette en l’occurrence. 

imagesTXN3D0I2.jpgA dix minutes de la fin, Anastasia demande à Christian de lui montrer le pire. Et le méchant garçon de lui filer six coups de ceinture… Entre deux les amoureux font de l’hélico, du planeur, rendent visite à la famille et Anastasia  bassine Christian pour aller au restaurant, au cinéma et faire l’amour comme tout le monde. A quoi l’intraitable bad boy, qui nous apprend avoir eu une enfance malheureuse répond :  «Je ne fais pas l’amour. Je baise... Brutalement». Non mais, en voilà de vilaines manières! 

Bref, si le sujet du sexe devrait être interdit aux mauvais écrivains comme on l’a justement lu, ce devrait être pareil pour les cinéastes. Mais voilà qui n’empêchera pas la trilogie sur grand écran, avec l’adaptation des deux autres bouquins 50 nuances plus sombres et 50 nuances plus claires, qui constituent la suite du premier tome et cartonnent en librairie. Il paraît toutefois que Dakota Johnson, voire Jamie Dornan se tâtent pour en être. Enfin si l’on peut se permettre un terme aussi osé.

Film à l’affiche partout ou presque dans le monde dès mercredi 11 février. 

06:00 Publié dans Sorties de la Semaine | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | | Pin it! |