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27/10/2015

Grand écran: "Keeper" séduit avec le talentueux jeune Vaudois Kacey Mottet-Klein

6986435[1].jpgLes partitions s’enchaînent à un rythme soutenu pour Kacey Mottet-Klein révélé en 2008, à dix ans, par Ursula Meier dans Home, ce qui lui avait valu le Quartz du meilleur espoir suisse. Poursuivant sa collaboration avec la cinéaste helvétique dans L’enfant d’En-haut, aux côtés de Léa Seydoux, il décrochait cette fois le Quartz du meilleur acteur en 2013.

Après différents rôles (Gainsbourg, vie héroïque, Gemma Bovery, Une mère) on le revoit, sur recommandation d’Ursula sa maman de cinéma, dans Keeper du belge Guillaume  Senez, réalisateur fasciné par le monde de l’adolescence. Il y partage l’affiche avec la jolie Galata Bellugi.

Lui c’est Maxime, un garçon charismatique. Elle c’est Mélanie, réservée, sensible, fragile. Deux personnages contraires qui s’attirent. A 15 ans, presque encore des gamins, ils sont amoureux et explorent maladroitement leur sexualité. Un jour Mélanie découvre qu’elle est enceinte. Tout d’abord très réticent pour ne pas dire hostile à l’idée d’être père à son âge, le garçon il finit par s’y faire au point de convaincre sa copine de garder le bébé.

Des accents criant de vérité

Une décision radicale, loin de plaire à tout le monde. Si les parents de Maxime se montrent ouverts et compréhensifs, c’est tout le contraire en ce qui concerne la mère de Mélanie, refusant de voir sa fille vivre ce qu’elle a elle-même vécu, et exigeant du coup qu’elle se fasse avorter.

Elle a même trouvé une clinique en Hollande. En dépit de sa timidité, Mélanie lui tient courageusement tête. »C’est mon corps ‘est moi qui décide » lui lance-t-elle. Une scène majeure, édifiante, comportant de tels accents de vérité qu’elle s'accompagne d’une part d’improvisation, marque de fabrique du film.  

Et c‘est justement cette authenticité qui fait la réussite de Keeper, un titre hautement symbolique en l'occurrence, cash et sans fioriture sur ce qu’implique cette situation problématique. Une réussite à tous les niveaux: le scénario intelligent et réaliste, le traitement subtil, parfaitement maîtrisé d’un sujet a priori casse-gueule, la mise en scène fluide et bien sûr l’excellente prestation des comédiens.

A commencer par les particulièrement convaincants Kacey Mottet-Klein et Galata Bellugi qui apportent, outre leur talent naturel, la fraîcheur et la spontanéité de leur âge dans leur façon d'être, de s’exprimer, de marcher, de se tenir.   

Continuant sur sa lancée, Kacey Mottet-Klein se retrouve dans Quand on a dix-sept ans, d'André Téchiné, où il donne la réplique à Sandrine Kiberlain. Il interprète Damien, un jeune homosexuel malmené par un autre garçon. Le film sortira l’an prochain

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 28 octobre.

 

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Grand écran: "Notre petite soeur", une nouvelle chronique familiale du Japonais Kore-Eda. Délicate et poétique

imagesQLS1IX34.jpgSujet inépuisable voire incontournable du  cinéma japonais, la famille. Plus particulièrement chez Hirokazu Kore-Eda qui en poursuit la radiographie.

Dans son dixième film, en compétition à Cannes en mai dernier, le disciple de Yasujirô Ozu raconte l'histoire de trois sœurs, Sachi la sage, Yoshino la fantaisiste et Chika l’espiègle, vivant ensemble dans une grande maison.

Lors de l'enterrement de leur père qui les avait abandonnées quinze ans auparavant, elles découvrent l'existence de leur demi-sœur Suzu. Et décident d'accueillir l'orpheline de 13 ans au sein de leur petite communauté.
 
Avec Notre petite sœur, Kore-Eda, adapté du manga à succès Kamakura Diary d’Akimi Yoshida,  le réalisateur s ‘interroge sur le rapport à l’individu, à la famille et par extension au monde, tout en proposant deux images du Japon, l’une ancestrale, traditionnelle, l’autre plus moderne. Il évoque la relation à la nature et à la ville à travers de beaux portraits de ces trois femmes lumineuses aux personnalités fortes que tout ou presque oppose. Jusqu’à l’arrivée de Suzu.

A la fois délicat, tendre, touchant, intimiste, poétique, l'opus se révèle visuellement brillant, certaines scènes apparaissant comme de véritables tableaux. Certes, il n'a pas la puissance de Nobody Knows, Still Walking ou encore de Tel père, tel fils, Grand Prix du jury sur la Croisette l'an passé.

Mais s'ils sont traités avec moins de gravité, on retrouve, dans Notre petite sœur, douce sinon doucereuse chronique familiale, les thèmes chers à l'auteur comme la filiation, l'éducation, la transmission, le deuil. Réunis dans un discours simple, universel et porté par d'excellentes comédiennes.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 28 octobre.

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22/10/2015

Grand écran: avec "Mon roi", Maïwenn s'enferre dans une histoire mille fois recuite

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Le titre, assez ridicule, n'annonce pas grand-chose de bon. C'est le cas dans cette histoire d'amour passionnelle, tumultueuse, s'étalant sur une dizaine d'années. A la suite d'une rencontre explosive, un homme et une femme au rapport diamétralement opposé à l'existence, se complaisent à se déchirer et à se détruire.

Tony (Emmanuelle Bercot), petite bourgeoise rangée, est tombée éperdument amoureuse de Giorgio (Vincent Cassel), propriétaire de restaurant au charme fou, plein d'humour, mais surtout pervers narcissique, flambeur, macho, coureur de jupons et épris de liberté.

Cette relation chaotique, prétendument toxique entre une avocate assez conformiste et un bad boy faussement rebelle mais réellement beauf, est reconstituée à coups de souvenirs de Tony, qui se remet lentement d'un grave accident de ski dans un centre de rééducation.

Au fur et à mesure de sa guérison, elle tente de recomposer les choses, tout en se posant un certain nombre de questions. Pourquoi deux êtres aussi différents se sont-ils autant aimés? Comment a-t-elle pu se soumettre à une passion aussi destructrice, accepter la violence, les tromperies, les mensonges, les retours de flamme de son mari? Ses soirées de potes entre alcool et drogue? Eh bien c'est simple. Parce que l'amour est un poison ravageur et que Giorgio est son roi…

Une thématique mille fois recuite et un scénario convenu qui donnent un film fabriqué, artificiel, sans nuances. S'y multiplient les scènes plus ou moins hystériques avec excès de cris, de larmes, de rires, entre nirvana initial, affrontements dévastateurs, détérioration du couple, dépressions et tentatives de suicide.

Quant aux deux héros bobos formant un coupl auquel on ne croit pas une seconde, il se révèlent particulièrement agaçants. Ils sont de surcroît entourés de personnages secondaires sans intérêt. On est triste pour Louis Garrel, réduit par la réalisatrice à un faire-valoir tentant vainement de passer pour un comique malgré lui.
 
Mais Maïwenn, qui avait décroché le prix du jury cannois pour Polisse en 2011, a la cote et figurait à nouveau en compétition au dernier festival avec Mon roi. Et contre toute attente étant donné sa prestation peu exceptionnelle, Emmanuelle Bercot a été sacrée meilleure actrice. Ex-aequo avec Rooney Mara, qui donnait pourtant la réplique à une sublime Cate Blanchett dans Carol, le magnifique mélo lesbien de Todd Haynes. Ce n'est rien de dire que les voies du jury sont impénétrables!

A l'affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 21 octobre.

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Grand écran: "Une jeunesse allemande" retrace le parcours du groupe Baader-Meinhof

201510620_2_IMG_FIX_700x700[1].jpgFin des années 60 et début 70, une organisation d'extrême-gauche opère en Allemagne. C'est la Fraction Armée Rouge (RAF), appelée aussi la bande à Baader, ou encore le groupe Baader-Meinhof. Au départ, ces militants idéalistes exprimaient leur hostilité au système par des actions artistiques, littérature, cinéma, avant de virer au terrorisme.

Passant à la lutte armée, ils s'en prennent aux institutions du pays, au patronat ou à l'armée américaine, commettant des attentats meurtriers, des assassinats, des enlèvements, des vols. Avec pour objectif de détruire une société qu'ils jugent inhumaine et pourrie.

Avec son premier long-métrage documentaire, le réalisateur français Jean-Gabriel Périot, 41 ans, auteur d'une vingtaine de courts depuis 15 ans, retrace leur parcours dans Une jeunesse allemande, utilisant leurs images, leurs interventions médiatiques, leurs films, pour évoquer le glissement progressif vers la violence politique des fondateurs du mouvement, Ulrike Meinhof, le cerveau, restée une icône, Andreas Baader, sa compagne Gudrun Ennslin, Holger Meins et Horst Mahler. 
 
A son habitude, Jean-Gabriel Périot a uniquement construit son film avec des archives et des documents d'époque. Bannissant tout commentaire ou interview. "Mon but n'est ni d'apporter des réponses, ni de donner des clés, mais de laisser le spectateur se forger sa propre une opinion", nous explique le réalisateur de passage à Genève. "Mon point de vue personnel s'exprime dans la manière de montrer le parcours des membres de la RAF, de dire ils sont et dans quel monde ils vivent".

5ae315d1-cf0b-11e4-8228-8dc06776b895-thumb[1].jpgVotre travail consiste à questionner les processus autour de de la violence. Y-a-t-il du cynisme dans cette observation?

Non. Je le fais parce que je ne la comprends pas, mais qu'elle apparaît parfois nécessaire et, même si on le déplore, peut constituer la seule réponse.

Ne craignez-vous pas que votre manière de procéder, sans vox off, rende la lecture du film difficile à ceux qui ne connaissent pas les protagonistes ?

Je ne pense pas. Quand j'ai décidé de le réaliser, je ne connaissais moi-même rien de la Fraction Armée Rouge. J'ai donc essayé de le faire en tenant compte de ceux qui sont dans mon cas.

L’expression d'un désespoir croissant et pousse au crime fait-il écho pour vous à ce qui se passe aujourd'hui? Les membres de la RAF étaient-ils en quelque sorte les djihadistes d'hier?

Pour moi, il existe de vraies différences. Le passage à la violence à l'époque n'était pas aussi radical. C'était alors un moyen comme un autre, après avoir essayé  le cinéma, l'écriture, l'éducation et  le militantisme. La violence s'inscrivait dans des failles de la société. Elle posait des questions de fond.

Il est étonnant de constater à quel point la bande à Baader a saisi l'importance de l'image.

C'est un cas unique. Aucun groupe au monde n'a laissé autant d'images et donc de traces. Et ils étaient plusieurs, ce qui en représente un monceau. En tant que cinéaste, je suis sidéré par tout ce qu'ils ont produit. Cela m'a facilité la tâche.

Journaliste connue et reconnue, Ulrike Meinhof était régulièrement invitée à la télévision. Elle parlait même beaucoup et les intervenants l’écoutaient.

Effectivement. Il fallait s’adresser au public, prendre les espaces. Elle utilisait un langage simple, éprouvait une vraie estime pour le téléspectateur. En même temps, les membres du groupe ont parfois un côté potache, notamment Meins dans ses films, comme lorsqu'il préconisait l'emploi du grand quotidien Das Bild comme papier toilette. Il y avait chez eux quelque chose de sérieux et de pas sérieux, anar, bordélique. Par exemple ils étaient proches du FPLP qui les a entraînés dans un camp. Mais on ne les a pas gardés longtemps. Les filles faisaient de la bronzette…

Quels étaient leurs liens avec d'autres militants dans d'autres pays ?

Ils ont été soutenus dans les pays frontaliers. Mais il n'y avait pas de lien organique. Et en Allemagne ils étaient vraiment isolés. A mon avis l'isolement est un des facteurs qui les ont conduits à la lutte armée.

Arrêtés en 1972, on apprend qu'ils se sont suicidés en prison. D'abord Ulrike Meinhof en 1976, puis trois autres dont Baader, un an plus tard. Le gouvernement a été accusé par l'extrême-gauche d'avoir "orchestré leur assassinat".

J'ai énormément lu sur le sujet, rencontré des gens. Mais j'ai plutôt la sensation, très subjective, qu'Ulrike Meinhof s'est vraiment donné la mort. Celle de ses compagnons a certes eu lieu dans des conditions étranges. Le moins qu'on puisse remarquer, c'est que la gestion des prisonniers par les gardiens a été approximative.

A l'affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 21 octobre.

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20/10/2015

Grand écran: "La passion d'Augustine", un bain de musique pour revisiter la récente histoire du Québec

lapassionduagustine-1460x950-1419007054[1].pngInstallée au Québec depuis quarante ans, Léa Pool cinéaste née à Genève, aime mettre en scène des personnages à forte personnalité. Dans son dernier film, basé sur une histoire vraie, elle s'intéresse à une religieuse qui dirige depuis vingt ans le couvent de Sant-Ours, sur les bords de la rivière Richelieu. Nous sommes à la fin des années 60, avant l'arrivée sur place de la réalisatrice qui se replonge dans un passé. proche, sur une idée de sa coscénariste Marie Vien.
 
Passionnée de musique, Mère Augustine enseigne le piano à des élèves particulièrement douées, lauréates de plusieurs prix. Parmi elles sa nièce Alice, prodige qui a rejoint de rejoindre l'institution à contrecœur. Mais  les temps deviennent durs avec la laïcisation de la société, la désertion des églises et l'instauration par l'Etat d'un système d'éducation publique condamnant à la fermeture de nombreux établissements privés. La supérieure trouvant que la ferveur musicale d'Augustine coûte trop cher, l'école est menacée.  Refusant sa disparition, la communauté se bat pour tenter de le conserver. Avant de céder au bond en avant du pays.
 
Tout en traitant principalement de la musique, personnage central qui enveloppe le film, Léa Pool vouée à la défense de la cause des femmes évoque leur rôle dans la société, leur émancipation, leur désir d'être les égales de l'homme, l'évolution des mœurs. Tout cela est incarné par ce groupe de religieuses qui finiront par tomber le voile. Une libération pour certaines, un déchirement, sinon un arrachement pour d'autres, illustrés par une scène marquante où elles troquent leur sévère robe noire pour des vêtements plus contemporains. Une scène qui fait écho à l'inverse de ce qui se passe aujourd'hui avec le retour du religieux.
 
Belle reconstitution  d'époque
 
Parallèlement à cette revisitation de la récente histoire du Québec à la veille des seventies, alors que l'Eglise perd de son pouvoir, Léa Pool raconte celle plus intime de sa nièce Alice, adolescente talentueuse mais rebelle, préférant le jazz au classique et qui a du mal à se plier aux règles de la communauté. Elle n'en plaît pas moins à Augustine, même si elle se garde bien de le montrer. A la marche obligée des Sœurs vers la modernité, correspond ainsi le passage d'Alice à l'âge adulte.
 
Outre l'aspect musical sur lequel elle a énormément travaillé. Léa Pool a visionné de nombreux documentaires pour être au plus juste historiquement. Elle livre également une impeccable reconstitution de l'époque. Résultat, un film à la facture classique à la fois prenant et instructif. Une jolie réussite à laquelle contribuent largement une brochette d'excellentes comédiennes, dont les deux principales Céline Bonnier (Augustine) et une découverte, Lysandre Ménard (Alice), véritable pianiste à la ville.
 
A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 21 octobre.

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14/10/2015

Grand écran: "Les nouvelles aventures d'Aladin". Affligeant

les-nouvelles-aventures-d-aladin-photo-55928cbd3321f[1].jpgAvec son meilleur pote Khalid, Sam se déguise en Père Noël pour cambrioler un grand magasin. Mais il est stoppé dans son entreprise délictueuse par des gamins excités qui lui réclament une histoire

Ce sera celle d’Aladin, célèbre prince des voleurs, amoureux d’une sublime princesse et qui veut se venger du méchant vizir qui l’a jeté en prison.

Jusque là tout va bien. C’est ensuite que les choses se gâtent sérieusement avec une version du conte revue et corrigée pour le pire. Cela laisse tout loisir de balancer n’importe quoi, le récit s’arrêtant et reprenant plus ou moins selon le bon vouloir des marmots qui ajoutent leur grain de sel.  

Héros de cette calamité signée Arthur Benzaquen, Kev Adams, la coqueluche des ados, qui a enfilé ses babouches et troqué sa coupe ananas pour un brushing lisse, qui a malencontreusement tendance à refrisotter. Sa seule présence devrait sans doute hélas suffire à faire un carton. Affligeant,

Plus pathétiques les uns que les autres, concourent complaisamment à la nullité crasse de la chose où abondent les gags gras et lourds, Jean-Paul Rouve en féroce vizir à la mauvaise haleine, Michel Blanc en sultan ventripotent, Eric Judor en Génie, Vanessa Guide en princesse rebelle ou encore Audrey Lamy en servante, qui continue invariablement à faire du Scènes de ménage. 

Dans une interview à la Tribune de Genève, Kev Adams déclarait qu’avec Aladin, il ne s’attendait à rien. Il avait à moitié raison. En fait le film, c’est encore moins que rien.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 14 octobre.

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13/10/2015

Grand écran: "Belles familles", le retour décevant de Jean-Paul Rappeneau

belles-familles-de-jean-paul-rappeneau-11435629kudnl[1].jpgRésurgence d’un passé enfoui, lourd secret de famille, adultère, trahison et un casting cinq étoiles. En résumé, Belles familles marquant le retour à l’’écran de Jean-Paul Rappeneau après onze ans, avait largement de quoi séduire.

C’est malheureusement le contraire. Le moins qu’on puisse dire c’est qu’on n’est pas... tout feu tout flamme face à ce mélo familial en forme de vaudeville. Vivant à Shanghai depuis une dizaine d’années, Jérôme Varenne profite d’un voyage d’affaires à Londres avec sa fiancée Chen-Lu, pour s’arrêter à Paris dans le but de revoir sa mère Suzanne et son frère Jean-Michel,

Il apprend alors que sa maison natale, à Ambray, se trouve au centre d'un singulier imbroglio juridico-administratif. Envoyant sa dulcine chinoise seule au rendez-vous chez les Anglais, Jérôme décide de se rendre sur place en province pour tenter de démêler l’affaire.

Dès lors toute l’intrigue tournicote autour de cette maison, personnage central du film. Rappeneau ne nous épargne d’ailleurs aucun détail ennuyeux et compliqué se rapportant à sa vente éventuelle, nous laissant nous démener sans y comprendre grand-chose entre huissiers intraitables, investisseur immobilier parvenu, notaire véreux, maire opportuniste, sans oublier le droit de préemption.

Le tout sur fond d’étrange rencontre, se muant rapidement en idylle improbable entre Jérôme et la jeune Louise, qui pourrait bien sentir le souffre… Sauf que rassurez-vous, la morale sera finalement sauve.

Au théâtre ce soir

Nous voici donc au théâtre ce soir en compagnie de Mathieu Amalric, toujours écorché vif, de Karin Viard, maîtresse compréhensive à la coiffure et aux fringues d’une rare mocheté, de Nicole Garcia, mère désagréable mais ex-épouse généreuse, de Gilles Lellouche, ami d’enfance fanfaron et amoureux éconduit, de Guillaume de Tonquédec, riche bourgeois coincé, ou encore de la très belle Marine Vacth qu’on n’avait pas revue depuis Jeune et jolie de François Ozon. 

Brochette classe dont on attendait davantage dans la mesure où c’est l’atout majeur de cette histoire au scénario recuit et cousu de fil blanc. Mais les comédiens à la limite de la caricature se contentent de cabotiner, de s’agiter, de courir, de téléphoner à tout va, bref de surjouer dans cette pièce de boulevard décevante, sinon ratée, aux dialogues médiocres et pas drôles. Où l’auteur aligne les clichés, confondant rythme et précipitation pour se diriger vers une fin aussi plate que bancale.

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 14 octobre. 

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12/10/2015

Grand écran: Woody Allen concocte le crime parfait dans "L'homme irrationnel"

featured_irrational-man[1].jpgAprès avoir convoqué Nietzsche dans Magic In The Moonlight, Woody Allen continue, mêlant légèreté et humour, à soulever les questions existentielles qui le passionnent dans L'homme irrationnel (The Irrational Man). Avec Kant, Hegel ou Sartre pour lui prêter main forte. Et surtout Emma Stone, sa nouvelle muse étudiante pour l’occasion, qui donne la réplique à Joaquin Phoenix. 

Le comédien se glisse lui dans la peau d’Abe Lucas, prof de philo moralement et physiquement à la ramasse, qui débarque sur le campus universitaire d’une petite ville américaine. Tentant, en dépit d’une bite molle, de remplir le vide de sa vie avec le sexe, cet alcoolique désabusé et bedonnant, bad boy intello amateur de whisky et coureur de jupons, entame d’abord une liaison avec une collègue en manque.

Puis il passe à Jill, la plus jolie et brillante élève de sa classe, irrésistiblement attirée par cet érudit  dépressif, torturé, revenu de tout, qui a perdu foi en l’existence. Au point que même s’il la rejette affectivement et sentimentalement, son discours débilitant la pousse à lui en rendre le goût. 

On a un peu de mal à y croire, lui aussi et d’ailleurs il ne nage pas pour autant dans le bonheur. Mais miracle, tout change au hasard d’une conversation entendue dans un café mettant en cause un juge odieux,

Une femme désespérée explique qu’elle risque de perdre la garde de ses enfants car son mari est un ami du juge en question. Elle ne voit personne pour l’aider sauf Abe, ce qu’elle ignore évidemment. Il a soudain une véritable illumination et décide d’éliminer ce vilain personnage, histoire de remettre un peu de justice dans ce monde pourri.

Retrouver la joie de vivre

Sans se préoccuper des éventuelles conséquences. Car à son avis il n’y en aura aucune. Impossible en effet pour la police de remonter jusqu’à lui dans la mesure où il ne connaît ni la femme ni le juge et n’a donc aucun mobile. Ce sera le crime parfait, grâce auquel il retrouvera enfin une raison et une joie de vivre.

On n’ira pas jusqu’à prétendre qu’il s’agit d’un chef d’œuvre du maestro new-yorkais, mais on aime beaucoup cette petite comédie romantique qui vire au polar, divertissante, sans prétention, où il traite avec spiritualité, désinvolture, ironie et un poil de cynisme du sens de la vie, de métaphysique et de l’influence qu’on peut avoir sur le destin.

Les acteurs font le reste. Emma Stone est aussi charmante que sexy et Joaquin Phoenix, nouveau dans l’univers allénien, assume avec décontraction son imposant tour de taille et son penchant pour la bouteille.

A l’occasion de son show média bien rôdé au dernier Festival de Cannes où le film figurait hors compétition, Woody Allen laissait entendre que ce pourrait être le dernier. Sans doute une blague. Du moins on l’espère.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 14 octobre.

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07/10/2015

Grand écran: "Fatima", l'émouvant jounal d'une femme de ménage

4637405_7_2b78_soria-zeroual-dans-le-film-francais-de_721959ff16bfdb1819de75f9b8bc6c62[1].jpgFemme de ménage, d’origine marocaine Fatima vit seule avec ses deux filles dans la banlieue lyonnaise. Souad 15 ans, est une ado rebelle qui a honte du travail de sa mère, tandis que Nesrine, 18 ans vient de commencer des études de médecine, dépassant de loin l’entendement maternel.

Les rapports entre elles et Fatima, qui maîtrise par ailleurs mal le français, sont compliqués, sinon conflictuels. Mais elle ne se tue pas moins à la tâche pour assurer le meilleur avenir possible à ses filles qu’elle aime autant qu’elles l’inquiètent. Plus précisément en ce qui concerne leurs relations amoureuses, où elle se cantonne dans un conformisme qui irrite Nesrine et Souad.

Un jour, Fatima tombe malencontreusement dans un escalier. En arrêt maladie, elle décide de tenir un journal à l’intention de ses filles, écrivant en arabe ce qu’elle n’a pas pu ou ne peut toujours pas leur dire en français.

Deux langues, le poids de la tradition, autant de sources de difficultés et d’incompréhensions de part et d’autre pour ce film de Philippe Faucon, qui illustre ainsi la barrière culturelle entre deux générations d’immigrés. Mais l’auteur le fait avec intelligence, subtilité et sensibilité, montrant de la compassion mais évitant de s’apitoyer sur une réalité le plus souvent traitée de façon dramatique.

Ce émouvant portrait de femmes en forme de petite perle, s'inspire du journal de Fatima Elayoubi magnifiquement interprétée par Soria Zeroual, également femme de ménage. Zita Hanrot dans le rôle de Nesrine et Kenza Noah Aïche dans celui de Souad, contribuent largement à la réussite de ce film à la fois fort, tendre et lumineux. 

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 7 octobre.  

 

 

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06/10/2015

Grand écran: Dans "The Martian", Matt Damon joue au Robinson Crusoé de l'espace

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Le dépassement de soi, de ses limites, un thème inépuisable dans le cinéma américain. Ridley Scott en donne une nouvelle fois la preuve avec The Martian (Seul sur Mars), d’après le premier roman d’Andy Weir, mis en ligne en 2011 avant d’attirer l’attention d’autres éditeurs.  

Lors d’une expédition sur la planète rouge, l‘astronaute Mark Watney (Matt Damon) est laissé pour mort, suite à une violente tempête, par ses coéquipiers désespérés de l’abandonner, mais forcés de décoller d’urgence.

Contre toute attente, Mark a survécu à l’orage et renaît de ses cendres. En l’occurrence de l’amas de poussière martienne qui le recouvrait. Le voici désormais seul, mais alors vraiment seul dans un lieu hostile, sans aucun moyen de repartir. Pourtant d’un optimisme à tout crin, raccommodant sa super combi, réparant son casque avec du sparadrap et s'opérant d'une grave blessure les doigts dans le nez, il garde l’espoir fou d’être secouru. Aide-toi, la NASA t’aidera!

C’est ainsi qu’il fait alors appel à ses petites cellules grises, diablement efficcaces. Objectif numéro un, contacter la Terre à 225 millions de kilomètres pour signaler qu’il est vivant et surtout le rester, d’abord en se rationnant, puis en découvrant comment se nourrir dans cet endroit a priori totalement impropre à la culture.

Qu’à cela ne tienne. C’est ainsi qu’on suit le courageux Mark, personnage entre Tom Hanks dans Seul au monde et un Robinson Crusoé de l’espace, dans ses extraordinaires expériences.

Et rien ne lui résiste. D’une ingéniosité et d’une ténacité rares, il réussit non seulement à faire pousser des pommes de terre, mais à établir la connexion avec la NASA. Qui tentera dès lors l’impossible pour le sauver, tandis que ses camarades, finalement mis au courant de son état, organisent une mission pour le récupérer dans l’espace. Haute voltige garantie.

Plus amusant qu'haletant

Si visuellement The Martian est bluffant, on a quelques réserves sur le fond. Non pas en ce qui concerne une éventuelle crédibilité, c’est de la science-fiction. Mais si on apprécie au début l’aspect amusant de la chose, trop c’est un peu trop à la longue.

L’abus de drôlerie, de boutades, de répliques humoristiques, en plus sur une musique disco avec ABBA en point d’orgue, finit en effet par nuire à la situation dramatique de l’astronaute perdu sur Mars. Et tuer le moindre suspense.

Ce côté farce décalée dans une ambiance plutôt joyeuse rend le film plus rigolo qu’haletant. Même si Ridley Scott tend à nous montrer que les aventures poignantes de son héros passionnent le monde entier, dont les scientifiques évidemment. A part les Russes apparemment, curieusement absents de l’histoire.

Un mot enfin sur les comédiens. Si Matt Damon est seul sur Mars, il l’est également à l’écran, les autres acteurs étant presque réduits à la figuration. A l’exemple de Jessica Chastain, dont on regrette la présence plus que fugitive.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 7 octobre.

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