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08/02/2017

Grand écran: Avec "Silence", Martin Scorsese livre sa "Passion" en évoquant ses doutes de croyant

aaasorsese.jpgMartin Scorsese quitte la haute finance du Loup De Wall Street pour aborder le thème de la foi, prépondérante dans sa vie et sa carrière. L'homme qui voulait devenir prêtre a fait de la religion l’un des  moteurs de son cinéma, confrontant ses obsessions (culpabilité, rédemption, expiation) à ses démons dont les addictions et la violence.  
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Avec Silence, qu’il rêvait de tourner depuis plus de vingt-cinq ans, l’auteur de La dernière tentation du Christ ou de Kundun (sur la vie du Dalaï-lama) livre ainsi sa "Passion", évoquant sa propre histoire, ses doutes, ses contradictions au cours d’une réflexion métaphysique complexe qui attire par sa recherche du mystère de la foi et ses interrogations philosophiques.

Adapté du roman éponyme de Shusaku Endo, Silence se déroule dans le Japon du XVIIème siècle, une période sombre, où les chrétiens fraîchement convertis sont massacrés, combattus pour des raisons religieuses et culturelles. Des résonances évidentes avec les atrocités commises aujourd’hui au nom de la foi (djihadisme, guerre aux mécréants, massacre des chrétiens d’Orient).

Un vrai chemin de croix

Scorsese suit les Pères portugais Sebastiao Rodrigues (Andrew Garfield) et Francisco Garupe ( Adam Driver) , missionnaires jésuites lancés à la recherche de leur mentor le Père Ferreira, porté disparu après être parti propager la bonne parole à l'autre bout du monde. Leur périple se muera en vrai chemin de croix, mettant sans cesse leur foi à l’épreuve.

Après une première partie où Scorsese évoque notamment d’une manière assez incongrue le choc des cultures, les deux hommes  partageront l’horrible destin des Japonais catholiques, contraints d’abjurer en piétinant une représentation du Christ, suppliciés puis trucidés par les sbires d’Inoue Masashige. Un redoutable inquisiteur dont Scorsese montre la cruauté et le sadisme en multipliant les scènes de torture et de mise à mort par le feu, la noyade, la décapitation.

Evitant tout prosélytisme, Scorsese propose un film épuré, austère, aride, au rythme lent, privilégiant la contemplation à l'action. Tout en reconnaissant et en admirant la virtuosité du réalisateur, la splendeur visuelle de l’opus (tourné à Taïwan) étiqueté chef d'oeuvre par beaucoup, on n’adhère pas complètement à ce duel spirituel opposant les croyances d’un Japon médiéval à une religion catholique qui se prétend universelle..

Des comédiens peinant à émouvoir

On n’est pas non plus conquis par la distribution. Andrew Garfield, qu’on vient de voir dans Tu ne tueras point de Mel Gibson et Adam Driver, le conducteur de bus poète de Jim Jarmush dans Paterson, n’éblouissent pas par leur charisme.

Bien qu’ils se soient totalement investi dans leur rôle, leur performance peine à émouvoir. Andrew Garfield se révèle peu inspiré dans ses incantations et Adam Driver a tellement maigri, qu’il effraye plus qu’il ne bouleverse. Dommage enfin que Liam Neeson, le mentor finalement retrouvé, soit réduit à de trop brèves apparitions dans cet opus de deux heures quarante.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 8 février.

 

 

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01/02/2017

Grand écran: "Manchester by the Sea", un grand mélodrame avec un formidable Casey Affleck

aaaafleck.jpgHomme à tout faire dans une plomberie de Boston, Lee Chandler (Casey Affleck impressionnant) passe ses journées à régler les problèmes des locataires de l’immeuble dont il s’occupe. Mais les choses ne vont pas sans mal. Lee est un garçon solitaire, irritable, qui n’aime pas les gens et a des difficultés à communiquer.  Toujours à fleur de peau, il noie son mal-être dans la bière et déclenche de stupides bagarres dans les bars pour se défouler.

Et puis un jour il, reçoit un coup de fil, rompant brutalement la routine de son morne quotidien et lui apprenant la mort soudaine de son grand-frère Joe (Kyle Chandler). Désigné tuteur légal de son neveu adolescent, Patrick (Lucas Hedges). Il doit alors retourner dans sa ville natale de Manchester by the Sea et y affronter un passé tragique qui l’avait forcé à fuir, se séparant de sa femme (Michelle Williams).

Ce drame poignant qui séduit par son scénario, sa mise en scène, ses dialogues, sa photographie, est signé Kenneth Lonergan, dramaturge et scénariste de Mafia Blues qui l’a révélé en 2000 et de Gangs Of New York de Scorsese (2011), qu’il a co-écrit. Il s’agit de son troisième film comme réalisateur après Tu peux compter sur moi et Margaret qu’on regrette de ne pas avoir vus.

Avec Manchester by the Sea, Kenneth Lonergan nous entraîne dans une forme de suspense, qui tient à la structure narrative de l’intrigue, moins simple qu’il n’y paraît. Prenant son temps, l’auteur la nourrit habilement de flashbacks permettant de mieux saisir les différentes situations, les motivations et les comportements des protagonistes, A commencer par celui de Lee, en nous laissant découvrir la raison de ses fêlures, de ses blessures, sa réticence à revenir Manchester, pour dévoiler petit à petit à l’origine du mal qui le ronge.

Forte puissance émotionnelle

Tout en évoquant le deuil, l’abandon, la résilience, l’auteur se concentre sur la relation complexe, touchante, entre l’oncle et le neveu qui se cherchent, chacun essayant maladroitement d’atteindre l’autre pour tenter de retisser un lien. Kenneth Lonergan livre ainsi un grand mélodrame intimiste à forte puissance émotionnelle, mais sans pathos et tire-larmes souvent inhérents au genre.

Une magnifique réussite qui tient bien sûr aussi à l’interprétation. Casey Affleck, qui tient un de ses meilleurs rôles avec celui du fascinant Gerry de Gus Van Sant apparaît comme un favori à l’Oscar. Il donne de l’épaisseur à son personnage qui lutte contre le spectre d’un passé impactant le présent. Fragile, renfermé, brisé mais aussi endurci par le chagrin, il donne la réplique à Lucas Hedges, remarquable dans le rôle de cet ado renfrogné, faussement cynique et insensible, occupé à satisfaire ses pulsions sexuelles avec diverses copines qui succombent à son charme. A leurs côtés, Michelle Williams et Kyle Chandler se montrent à la hauteur dans des rôles secondaires.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 1er février .

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Grand écran: "Mapplethorpe:Look at the Pictures", le parcours hors norme du sulfureux photographe

 

5051579_7_70cb_autoportrait-1980_31e5e782e58510300867593df1b93b12.jpg«J’ai toujours été fasciné par l’idée d’illustrer la sexualité comme personne de l’avait fait auparavant». Pour Robert Mapplethorpe, le sexe est partout dans la vie et dans les choses. Un pénis et une fleur c’est la même chose. Il a ainsi fait du sexe et de sa pratique le cœur de son œuvre. Le résultat avait valu en 1989 les imprécations du sénateur républicain Jesse Helms, outré par les photos pornographiques du sulfureux personnage, jugées offensantes pour l’art. Il n’était pas le seul. Les images ont provoqué moult scandales et procédures judiciaires, loin de nuire d’ailleurs au prix des œuvres incriminées...

Look at the pictures!, martèle le politicien scandalisé. C’est ainsi que commence le premier long-métrage documentaire sur le célèbre photographe, réalisé par Fenton Bailey et Randy Barbaro, qui reprennent la phrase à leur compte, en détournant évidemment son sens premier. Ils retracent le parcours fulgurant d’un artiste hors norme, jusqu’à sa mort du SIDA en 1989, après avoir passé ses dernières années à promouvoir l’homosexualité. Il avait quarante-deux ans.

A travers une série d’interviews enregistrées, Robert Mapplethorpe révèle sans détour sa vie sulfureuse et les passions qui l’ont inspiré. Des archives enfin rendues publiques, des entretiens de collaborateurs, des révélations intimes de ses amis, de ses amants, de son frère Edward, artiste lui aussi, des témoignages de son prêtre, sa rencontre avec son amie Patti Smith, complètent le portrait de cet homme extravagant et dérangeant qui a inventé une nouvelle forme d’art en portant la photographie à son sommet. Ce qui est d’autant plus extraordinaire qu’au départ, il ne l’avait pas choisie. Il s’est mis à faire des polaroïds, parce qu’il avait besoin de photos pour ses collages.

Obsédé par la beauté

Le documentaire auquel on reprochera une facture trop classique étant donné son sujet, montre un Mapplethorpe obsédé par la beauté, la perfection esthétique, comme le révèle le fameux The Black Book publié en 1986, entièrement composé de nus d’hommes noirs sculpturaux et dans tous leurs états. Le provocateur Robert adorait bousculer les tabous, choquer les gens, les déranger, les faire réagir, les manipuler, les utiliser, avoir en quelque sorte du pouvoir sur eux.

Au-delà de son œuvre, Mapplethorpe, artiste total dans son attitude, sa manière de s’habiller, de se coiffer était profondément ambitieux. Tout ce qu’il faisait, c’était pour sa carrière remarquent les intervenants. Beau, intelligent, charmeur, il était aussi égoïste, aimait l’argent et avait soif de célébrité. Il voulait être une légende et a connu le succès avant de mourir.

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 1er mars.

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31/01/2017

Grand écran: Mel Gibson déroule ses obsessions dans "Tu ne tueras point". Sanglant!

aaahacksaw.jpgToujours aussi obsédé par la violence, la quête divine, le sacrifice et la rédemption, le prosélyte Mel Gibson revient avec Tu ne tueras point, où il raconte l’histoire authentique de Desmond Ross. Ce jeune Américain brutalisé par un père vétéran alcoolique pour exorciser ses traumatismes, hérite de sa colère avant de trouver la paix dans la religion.

Quand la Seconde Guerre mondiale éclate, Desmond Ross, membre de l’Eglise adventiste du septième jour, veut absolument rejoindre l’armée pour servir son pays. Mais, cet objecteur de conscience déchiré entre son patriotisme et sa foi, refuse de porter, voire de toucher un fusil. Ce qui lui vaut les pires sévices de la part de ses camarades et surtout de sa hiérarchie, déterminée à s’en débarrasser

Le plus grand des héros

Inébranlable, supportant les coups, les humiliations, les injures, il finit par être engagé comme infirmier dans l’infanterie et, sans jamais céder sur ses principes, ses croyances, sa morale, deviendra le plus grand des héros en sauvant, armé de sa seule foi, des dizaines de vies dans l’enfer de la bataille d’Okinawa.

En soi l’objection de conscience est un bon sujet. Mais si on admire la résistance tenace aux cruelles pressions militaires, le courage exemplaire de l’homme qui a inspiré le film, c’est tout le contraire en ce qui concerne le portrait qu’en brosse Mel Gibson. Il en fait une sorte de dadais idéalistico-mystique, campé par un Andrew Garfield totalement dénué de charisme.

Une vaste boucherie 

Après une première partie laborieuse pour expliquer la conversion de son protagoniste, le réalisateur de La passion du Christ et de Braveheart se lance dans le filmage réaliste du conflit. Et profite de cette figure héroïque pour se livrer à ses fascinations douteuses, se vautrant dans la barbarie, multipliant avec une rare complaisance des séquences de guerre aussi sanglantes que répétitives.

Corps éventrés, déchiquetés. C'est gore. Une vaste boucherie. Et, plus détestable encore, sur fond de pacifisme, d’humanisme, d’évangélisme, de sentimentalisme bondieusard. A ce égard, on ne résiste pas à citer les Inrocks, évoquant un cinéma qui bascule dans l’ère du catho-porn, destiné à remplir les multiplexes de l’Amérique bigote…

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès le mercredi 1er février. "

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Grand écran: une excellente Natalie Portman fait revivre la fascinante Jackie Kennedy

aaaajack.jpgScruté, analysé, hyper médiatisé, l’assassinat de John F. Kennedy, le 22 novembre 1963 à Dallas, a fait l’objet d’incalculables thèses, ouvrages ou films. Mais aucun ne s’est principalement focalisé sur sa veuve, confrontée à la violence de sa mort.

Avec Jackie, le Chilien Pablo Larrain s’est glissé dans l’esprit de Jacqueline Bouvier Kennedy, pour tenter de faire partager son vécu émotionnel du drame.

Sans doute déroutés, les amateurs de biopics classiques vont regretter que le scénariste Noah Oppenheim n’ait pas privilégié le récit linéaire du destin extraordinaire de la First Lady qui a réinventé la fonction au début des sixties. Ils auront tort, car l’angle choisi pour évoquer l’icône féminine universellement admirée pour sa culture, sa beauté et son élégance est inédit, non conventionnel et passionnant.

Sur une musique de Mica Levi, superbement filmé, l’opus opère un retour en arrière à la faveur d’une interview accordée à un journaliste par Jackie, qui exige le contrôle de ses souvenirs, sinon leur réinterprétation. S’il conserve certes quelques éléments importants de son existence, Pablo Larrain se concentre sur les quatre jours traversés par la femme blessée, de celui de la tragédie du Texas à celui des funérailles à Washington le 25 novembre.

Tout en nous la montrant bouleversée, traumatisée, dévastée de chagrin, vêtue de son tailleur rose taché de sang, le cinéaste dévoile les deux visages de la célébrissime veuve de JFK. Vulnérable, timide, notamment dans la reconstitution en noir et blanc de la fameuse visite de la Maison Blanche où elle parle d’une voix de petite fille désemparée ; digne, forte et déterminée dans sa volonté d’organiser des obsèques destinées à célébrer l’homme et à immortaliser le 35e président des Etats-Unis.

De l’Oscar dans l’air

Un vrai film d’auteur dont Natalie Portman est l’atout majeur aux côtés de Peter Sarsgaard, Greta Gerwig et John Hurt. Il y a de l’Oscar dans l’air pour la comédienne qui porte l’œuvre de bout en bout. Formidable, elle impressionne par sa classe, son jeu intelligent, subtil, sensible . Remarquable, elle devient plus qu’elle n’incarne cette Première Dame exceptionnelle, complexe, fascinante, secrète, mais aussi consciente de l’importance de son image, de son style, et dont la vie a basculé en quelques minutes.

Pour construire son personnage, Natalie Portman a raconté, notamment à Paris Match, qu’elle s’est inspirée des entretiens de Jackie avec l’historien Arthur Schlesinger Jr en 1964, mais a surtout été aidée par le livre One Special Summer qu’elle avait écrit avec sa sœur Lee lors d’un voyage en Europe en 1951.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 1er février.

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25/01/2017

Grand écran: euphorisant, "La La Land" fait chavirer la planète et craquer Hollywood

aland.jpgBouchon géant sur une autoroute de Los Angeles. Conducteurs et passagers léthargiques rongent leur frein, lorsqu’une jeune femme sort de sa voiture en chantant. Effet magique. En un éclair l'asphalte se couvre de danseurs et l’embouteillage se transforme en une chorégraphie grandiose sur les toits des véhicules au son d'un irrésistible air jazzy.

Cette ouverture euphorisante qui donne des fourmis dans les jambes, nous entraîne dans une lumineuse comédie musicale sur fond d’amours contrariées entre Mia, serveuse dans un café entre deux auditions pour devenir actrice et Sebastian, pianiste fou de jazz qui rêve d’ouvrir son club et joue du piano dans des restaurants pour boucler ses fins de mois. La course parallèle à la réussite des deux héros finira par une passion sacrifiée sur l'autel de l'art...

Vers une moisson d'Oscars

Avec La La Land, expression désignant à la fois le quartier de Hollywood à Los Angeles et avoir la tête dans les nuages, le Franco-Américain Damien Chazelle, 32 ans, fait chavirer la planète et enchante Hollywood. Film le plus attendu de ce début d’année, il a raflé sept Golden Globes en janvier dernier et va poursuivre son incroyable moisson aux Oscars le 26 février avec 14 nominations, dont meilleur film et meilleurs comédiens. Il rejoint ainsi Titanic de James Cameron et Eve de Joseph Mankiewicz. 

abland.jpgCette merveilleuse, énergisante et poétique bulle d’oxygène en ces temps anxiogènes est portée par les performances d'Emma Stone (lauréate d’un prix d’interprétation à la Mostra de Venise) et Ryan Gosling qui, comme sa partenaire, a appris les claquettes, mais surtout le piano à raison de cours intensifs.

Tourné dans environ 80 décors extérieurs, La La Land rend hommage à la Cité des Anges, aux fabuleux classiques et leurs formidables acteurs comme Gene Kelly, Ginger Rogers, Fred Astaire ou Cyd Charisse. Avec clins d’œil plus particuliers au chef d’œuvre de Vincente Minnelli The Band Wagon (Tous en scène). Encore que Chazelle voie son film plus proche de Chantons sous la pluie, des Demoiselles de Rochefort, ou des Parapluies de Cherbourg dont il est un fan absolu. Des influences qui le poussent aussi vers la mélancolie, l’allégresse teintée de tristesse, l’amour impossible.

Naviguant entre fantasmes et réalité, passé et présent, La La Land aligne les numéros jubilatoires dans une mise en scène virtuose où le créatif Chazelle, nostalgique de l’âge d’or hollywoodien, multiplie les installations, les situations baroques, les trouvailles visuelles. Une véritable réussite malgré une ou deux longueurs médianes et une petite lourdeur finale. Des réserves mineures. 

Damien Chazelle, qui a mis six ans à monter son projet, a été révélé en 2014 par le remarquable Whiplash, un opus âpre où un jeune batteur apprend durement son métier auprès d’un prof aussi cruel que sadique. Et comme il n’a pas l’intention de s’endormir sur ses lauriers, il planche sur son prochain long-métrage, First Man, d’après la vie de Neil Armstrong. Son premier film à effets spéciaux montrera l’espace sous un autre jour en explorant les dangers d’être astronaute dans les sixties. On se réjouit déjà.

 A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 25 janvier.

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11/01/2017

Grand écran: Bertrand Tavernier passionne avec son "Voyage à travers le cinéma français".

aaatavernier.jpgGrand amoureux du septième art dans lequel il est pratiquement tombé au berceau, Bertrand Tavernier nous invite à partager son Voyage à travers le cinéma français, un documentaire captivant de plus de trois heures fourmillant d’extraits (Casque d’or Falbalas, Rendez-vous de juillet, Antoine et Antoinette, Touchez pas au grisbi) d’analyses, d’archives, de saillies et d’anecdotes.

Certaines sont savoureuses, dont la genèse du fameux "Atmosphère, atmosphère..." d’Arletty dans Hôtel du Nord, ou la surveillance à la cantine par Claude Sautet de Lino Ventura, gros mangeur. Une prise de poids aurait nui à son personnage en cavale dans Classe Tous risques.

Après avoir rendu hommage à ses cinéastes hollywoodiens préférés dans deux livres, 50 ans de cinéma américain co-écrit avec Pierre Coursodon, et Amis américains, il revisite, de 1930 à 1970, les films français, leurs auteurs et leurs acteurs qui ont marqué sa vie Un travail de titan pour ce cinéphile passionné qui nous offre une promenade subjective et personnelle à la manière de Scorsese, à qui l’on doit Un voyage avec Martin Scorsese à travers le cinéma américain et Mon voyage en Italie.

Plein de vie, d’humour de générosité, de malice, la traversée commentée avec une érudition pimentée de modestie, de fierté et de gourmandise, commence avec Jacques Becker, pour qui Tavernie éprouve une admiration sans borne. Ce «cinéaste de la décence ordinaire» lui a procuré, avec Dernier atout, sa première émotion de spectateur dans un sanatorium, alors qu’il était âge de six ans seulement.

La balade se poursuit avec Jean Renoir, un génie dont il égratigne l’image mythique en évoquant un comportement douteux en 1940, le grand Jean-Pierre Melville, qui lui conseilla de devenir attaché de presse suite à une collaboration compliquée. Ce qu’il devint d’ailleurs ensuite pour Claude Chabrol et Jean-Luc Godard. Il a par exemple assuré la promotion de Pierrot le fou.

Intime de Claude Sautet, Bertrand Tavernier réhabilite Marcel Carné, se penche sur des oubliés comme Edmond T. Gréville ou Jean Sacha et ne manque pas de parler des compositeurs, de Joseph Kosma à Maurice Jaubert, auteur de L’Atalante et Du jour se lève.

Subjectivité et coups de cœur personnels signifient évidemment manques. Rohmer, Pialat ou Resnais ne figurent pas au panthéon de Tavernier dans ce documentaire. Peut-être dans la version longue de six heures … Par ailleurs, on ne partage pas tous les enthousiasmes de l’auteur. Notamment pour Jean Gabin. Inconditionnel du comédien, il fustige les esprits chagrins pour qui le héros de La Bête humaine fait du Gabin dans tous ses films.

Mais peu importe, ce Voyage à travers le cinéma français est à consommer sans modération pour les fous de pellicule et ceux qui pourraient le devenir.

 A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 11 janvier.

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10/01/2017

Grand écran: "Hedi-un vent de liberté" mêle romance et drame de société dans la Tunisie d'après printemps arabe

aaahedi.jpgNous sommes à Kairouan, en Tunisie, peu après le printemps arabe. Bien que son pays soit en pleine mutation, Hedi, trentenaire timide, réservé, reste soumis aux conventions sociales. Indolent mouton noir de sa famille, il accepte d’épouser la femme qu’elle a choisie pour lui. Mais il étouffe sous la pression qu’exercent les siens, plus particulièrement sa mère très autoritaire.

Passionné de dessin, il travaille avec résignation comme commercial pour une marque automobile, ce qui le contraint à de nombreux déplacements. Alors que ses parents préparent le mariage, son patron en quête de nouveaux clients, l’envoie prospecter à Mahdia, une station balnéaire désertée par les touristes.

C’est là qu’Hedi rencontre Rym, animatrice dans un hôtel, qui le séduit par son indépendance, son aplomb et son dynamisme. Ils tombent amoureux et Rym l'encourage à réaliser ses rêves de dessinateur. Alors que la date du mariage approche, Hedi joue les frondeurs. Poussé par un vent de liberté, il ose braver les traditions. Et gâche la fête...

Mêlant romance et drame de société sur fond de tension et de suspense, ce premier film intimiste, humaniste, touchant de Mohamed Ben Attia, coproduit par les frères Dardenne, est une jolie réussite. Adoptant le point de vue du héros, le réalisateur propose avec finesse, évitant tout manichéisme, le portrait d’un homme qui s'émancipe face à un choix difficile, et la peinture subtile d’une Tunisie d’après Ben Ali freinée dans va volonté de progrès.

Le cinéaste, qui a reçu le Prix de la meilleure première œuvre à la Berlinale, est bien aidé par ses acteurs. A commencer par Majd Mastoura (photo)dans le rôle de Hedi, qui a lui décroché l’Ours d’or de l’interprétation. Il traduit à merveille les regards, les tourments intérieurs, les émotions, la manière d’être de ce personnage introverti manquant de confiance en lui, Face à lui, Rym Ben Messaoud est à la hauteur.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 11 janvier.

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Grand écran: "Primaire" rend hommage aux enseignants. Avec la vibrante Sara Forestier

aaaforestier.jpgProfesseure des écoles comme on dit en France, la dévouée Florence se consacre entièrement à ses élèves d’une classe de CM2. L’arrivée de Sacha, un gamin en difficulté abandonné par sa mère la bouleverse et elle va se battre pour qu’il ne se retrouve pas en foyer. Quitte à délaisser sa vie de mère et de femme.

Avec Primaire, fiction aux allures de documentaire, Hélène Angel rend hommage aux enseignants. Tout en insistant sur l’importance capitale de leur rôle dans la transmission du savoir aux enfants, elle réussit à restituer l’effervescence d’une classe peuplée d’élèves un rien cabochards et dissipés, mais que dompte sans trop de problème, l’institutrice à la fois vaillante et bienveillante.

Pour porter ce film nous disant qu’apprendre est la plus belle des expériences à n’importe quel âge, la réalisatrice a choisi Sara Forestier. Vibrante, engagée, idéaliste, elle joue l’institutrice avec une telle justesse et une telle conviction que ce pourrait être son vrai métier.

Si on est totalement conquis par la prestation de la jeune femme, parfaite en héroïne du quotidien, on a quelques réserves sur l’ensemble d’un film peu novateur dans le genre et à tendance moralisatrice dans son discours.

Etonnant de la part d’Hélène Angel, surtout quand on pense à son cri de rage dans son premier long-métrage Peau d’homme cœur de bête, qui lui avait valu le Léopard d’or à Locarno en 1999. On regrette par ailleurs un peu le choix des élèves qui privilégie le stéréotype, ainsi que quelques clichés sur leur comportement et les rapports entre eux.

Le moins convaincant reste toutefois la romance à l’eau de rose entre Sara Forestier et Vincent Elbaz, superficielle, sans intérêt et qui, en sortant curieusement du sujet, n’apporte rien au récit sinon une lourdeur particulièrement malvenue.

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 11 janvier.

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02/01/2017

Grand écran: "A Monster Calls", conte initiatique poétique et bouleversant

aaaamonster.jpgConor, un garçon de 13 ans, a de plus en plus de mal à affronter le cancer qui ronge sa mère, la méchanceté de ses camarades de classe qui ne cessent de le tourmenter, l’absence de son père et l’autorité d’une grand-mère trop stricte,

Pour fuir son quotidien déprimant, il s'échappe chaque nuit, à 0h07, dans un monde imaginaire peuplé de créatures extraordinaires, Et fait plus spécialement connaissance avec un if gigantesque. Cette créature mythique composée de racines et de vieux morceaux d’arbres que le gamin appelle "le monstre", est rendue très expressive grâce à l’utilisation de la motion capture.

Pour aider Conor à surmonter sa colère, sa tristesse et sa frustration face à l’abandon et à la peur de la perte, l'imposant ’if imagine quatre contes qui lui apprendront le courage et la valeur du chagrin. Il lui en narrera trois, laissant au garçonnet le soin d’inventer le quatrième, ce qui lui permettra surtout de supporter la vérité.

A Monster Calls(Quelques minutes après minuit) est adapté du roman éponyme de Patrick Ness par le réalisateur espagnol Juan Antonio Bayona . Romancier anglo-américain spécialisé dans la littérature pour enfants. Ness a lui-même repris les premiers écrits de l’auteure britannique Siobban Dowd, qui souhaitait en faire son cinquième roman avant que le cancer l’emporte en 2007.

Avec cette relation entre l'enfant et l'arbre géant conteur d’histoires à la sagesse primitive, Juan Antonio Bayona, très inspiré, fait preuve d’une grande finesse psychologique. Il propose un récit simple, subtil, à la fois poétique, puissant et bouleversant. Conte initiatique onirique, teinté de fantastique, il évoque sans sensiblerie, avec une rare justesse, la complexité des sentiments contradictoires qui agitent son jeune héros.

Une belle réussite à laquelle les comédiens ne sont évidemment pas étrangers. A commencer par le personnage principal, joué par Lewis MacDougall, remarquable dans une interprétation d’un naturel confondant.

A ses côtés on trouve Felicity Jones dans le rôle de la mère, Sigourney Weaver dans celui de la grand-mère, tandis que Liam Neeson prête sa voix au monstre. 

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 4 janvier.

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