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Sorties de la Semaine - Page 3

  • Grand écran: "Sibel" traque le loup pour échapper à la meute villageoise...

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    image.jpgFilm franco-germano-turc signé Cagla Zencirci et Guillaume Giovanetti, notamment centré sur l'exclusion, Sibel suit une femme de 25 ans. Cette sauvageonne habite avec son père et sa sœur dans un village isolé des montagnes qui dominent la Mer noire en Turquie. Muette, elle s’exprime dans l’ancestral langage sifflé de la région, moyen de communication de vallée en vallée, retranscrivant à travers les sons toutes les syllabes de la langue turque.

    Son handicap provoque le rejet des habitants, mais en même temps, il lui a permis d'être élevée plus librement par un père lui autorisant quelques escapades. Et de vivre ainsi de manière plus indépendante que les autres femmes qui ont abandonné leurs rêves et vivent sous la domination des mâles décidant de leur destin et de leur existence.

    Ne correspondant à aucune d’entre elles, Sibel achève en quelque sorte de s’affranchir de cette société patriarcale que forme la meute villageoise, en traquant… un loup mystérieux, objet de fantasmes et de craintes des femmes qui n’osent plus sortir de la commune. Alors qu’elle parcourt les bois en quête de la mystérieuse et redoutable créature, elle tombe sur un fugitif blessé, un personnage vulnérable différent de ceux qu’elle connaît et qui va lui ouvrir des portes.

    Sans juger, les réalisateurs proposent un film flirtant avec le thriller et le mysticisme, porté de bout en bout par la belle, solaire et touchante Damia Sönmez. Elle se révèle très convaincante dans son rôle de rebelle, façon Jeanne d’Arc moderne. Voire louve finalement dominante...

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès le mercredi 20 février.

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  • Grand écran: "Les héritières", l'émancipation d'une bourgeoise paraguayenne déchue

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    2670925.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx_0.jpgPendant trente ans, Chela (Ana Brun), une riche héritière paraguayenne, a mené la grande vie avec sa compagne Chiquita (Margarita Irun). Mais les choses ont changé pour elles à Asuncion, au sein d’une société en pleine mutation. C’est d’ailleurs à ce moment-là que l’histoire commence, dans un appartement qui va petit à petit se vider de ses meubles. Au bord de la faillite, les deux femmes doivent en effet vendre leurs biens et tenter de s’adapter à une nouvelle vie.

    Chela, bourgeoise apathique qui n’a jamais rien fait de ses dix doigts, s’accroche encore à ses privilèges et n’imagine pas se passer d’une domestique. Passant son temps à peindre et à dormir, elle laisse Chiquita s’occuper des affaires du couple et le garder à flot, jusqu’au jour où elle se retrouve en prison pour fraude fiscale.

    Dès lors Chela va devoir se débrouiller seule et, alors qu’elle n’a pas conduit depuis longtemps, sort sa vieille voiture et décide de faire le taxi pour un groupe de femmes aussi âgées que fortunées de son quartier. C’est à cette occasion qu’elle rencontre la jeune Angy (Ana Ivanona), qui non seulement provoque chez elle des sentiments troublants, mais la pousse enfin à s’ouvrir aux autres.

    Avec Les héritières le Paraguayen Marcelo Martinessi livre un premier film dont les hommes sont pratiquement exclus, à la fois mélancolique, pudique, non dénué d’humour et d’optimisme en dépit de la situation. Il brosse le portrait d’une sexagénaire déchue après avoir fait partie d’une caste bichonnée par la dictature. Une héroïne rondelette peu gâtée par la nature qui s’émancipe et va audacieusement découvrir la liberté dans un contexte dont le réalisateur dénonce aussi la survivance d’un conservatisme démodé.

    Cette chronique intime surfant sur le politique et le social a valu deux prix à son auteur lors de la dernière Berlinale, dont un Ours d’argent à son interprète principale Ana Brun.

    A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 13 février.

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  • Grand écran: "La Favorite", sulfureuses intrigues de cour entre sexe et course au pouvoir

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    a-favorite_0.jpgYorgos Lanthimos, inclassable et inventif auteur grec  de CanineThe Lobster et Mise à mort du cerf sacré, a choisi cette fois une œuvre en costumes, dont il brise évidemment les codes dans une réalisation très enlevée. Loufoque, décomplexée, provocante et fantasque, La Favorite se déroule au début du XVIIIe siècle. La guerre fait alors rage entre l’Angleterre et la France durant le règne d’Anne (Olivia Colman), la dernière des Stuart, sans héritier malgré ses 17 grossesses.

    Empâtée, de caractère instable et de santé fragile (elle souffre de la goutte), la souveraine est nettement plus intéressée par les courses de canards, ses lapins chéris (devenus ses enfants) et ses petites turpitudes personnelles que par les affaires du pays.

    Elle laisse gouverner à sa place son amie Lady Sarah, la duchesse de Marlborough (Rachel Weisz), à l’origine de la lignée Spencer-Churchill dont sont issus la princesse Diana et Winston Churchill. Tout se passe à merveille entre les deux femmes très complices, jusqu’à l’arrivée d’Abigail Hill-Masham (Emma Stone), destituée de son titre de baronne suite aux spéculations de son père et que Sarah, sa cousine, accepte de prendre comme servante.

    Excellentes comédiennes

    Mais la belle et ambitieuse Abigail n'a pas la moindre intention de rester au bas de l'échelle. Bien décidée à renouer avec ses racines aristocratiques, elle parvient à gagner la confiance de la reine, devient sa nouvelle confidente et provoque la jalousie de Sarah.

    Formant un triangle amoureux cruel, nos guerrières sexuellement libérées et révélant des traits de caractère insoupçonnés, s’opposent dès lors dans une course dévastatrice au pouvoir. C’est le péché mignon du réalisateur qui aime évoquer dans ses films les luttes d’influence au sein d’un groupe, en privilégiant le côté psychologique

    Les trois actrices  sont excellentes, Olivia Colman (photo), qui a pris 16 kilos pour le rôle, plaisant plus particulièrement au jury de la Mostra de Venise, en décrochant le prix d’interprétation. Quant à l’auteur de cet irrévérencieux film de femmes qui ont le contrôle sur les hommes, basé sur une réalité historique dont il joue, il a remporté le Grand Prix. La comédie  est par ailleurs, avec Roma, une grande... favorite des Oscars.   

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 6 février.

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  • Grand écran: "Greta Gratos", légendaire icône genevoise, se dévoile. Passionnant

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    Greta_T-dansant_3.jpgIcône légendaire de la scène alternative genevoise, égérie des T-dansants de l’Usine,  Greta Gratos, née sorcière il y a 24 ans, est une diva au look asiatico-gothique, accentué par son trait d’eye-liner, son visage pâle et  sa bouche carmin. La réalisatrice Séverine Barde a consacré un film à cet être fictif fascinant, extravagant, sophistiqué, étrange, troublant, incarnation de l’imaginaire de son créateur, Pierandré Boo, lui-même comédien à multiples facettes, extrêmement cultivé.

    Au fil de ce documentaire passionnant, on découvre une performeuse, artiste conceptuelle, chanteuse, actrice, écrivaine, chroniqueuse, dessinatrice, poétique, politique, porte-parole des causes qui lui tiennent à cœur. Et même invitée au Centre culturel  Les Dominicains en Haute Alsace, un ancien couvent. A l’occasion d’une rencontre, Pierandré  Boo nous en dit plus sur lui et son plus bel outil, cette Greta libre, inventive, se moquant du genre et  qui nous questionne sur notre propre diversité.  

    Pierandré_1.jpg"Je suis une fleur tardive"

    "Je me suis toujours perçu comme une fille dans un corps de garçon et ravi de l’être", raconte l’artiste (photo). "Je ne voulais pas me transformer, perdre mon pénis  Je suis une fleur tardive. Il était prévu que je ne ferais rien de public. Et que je ne sortirais pas de ma chambre. Je me disais cela tout petit. Puis je me suis autorisé à ouvrir mes démarches  en  dessin, sculpture, film, écriture. Je suis allé en artistique au collège, mais Irrité par ce que disait un jury aux Beaux-Arts, j’ai tout brûlé et j’ai voulu défendre la veuve et l’orphelin. Après une année de droit, j’ai décidé de devenir comédien. Je me suis formé sur le tas".

    Pendant 25 ans, Pierandré n’a jamais eu idée d’incarner un personnage féminin. "Greta je ne l’ai pas choisie. Elle a vu le jour par hasard en 1994 lors d’un Bal des sorcières à l’Usine. Comme je n’avais pas l’intention d’apparaître en sorcier, j’avais demandé au maquilleur de dessiner un personnage tout en oeil et en bouche. Quand il  m’est apparu dans le miroir, j’ai vu mon âme. Greta existait, elle devait rester".

    "Un personnage évadé d’un mauvais roman"

    Pour son "géniteur", Greta est une vamp cosmique, une demi-sirène femelle. «Ni une femme, ni un travesti de moi, ni une drag queen. Difficile à cerner, évoluant en permanence, elle s’est évadée  d’un mauvais roman ou d’une toile de maître pour devenir  une comète tournant autour de la terre, une fée qui observe les humains, leur parle avec bienveillance et distance».

    Bien que les propositions fusent des deux côtés, Greta demeure chaste. "Son côté iconique la rend asexuée. Elle casse les codes du genre. Je l’utilise pour attirer l’attention, mais d d’une autre façon. Si Greta couchait, elle ne serait plus. C’est inenvisageable et, de plus, un jeu malsain".

    On pourrait penser que Pierandré se cache derrière sa créature pour se permettre  des choses qu’il n’oserait pas. Mais non. "C’est une figure autonome dont le monde est la scène. Elle fait  à peu près ce que je fais. Paradoxalement, elle m’a apporté une certaine masculinité .Je suis très fleur bleue, avec une tendance à me mettre en retrait".

    De même, on imagine qu’elle est envahissante. Là encore, on se trompe. "C’est une  muse. Elle me stimule, dessine, chante, fait des films. Ce qui est sûr, c’est que je n’aimerais pas être elle au quotidien. C’est beaucoup trop fatigant. Dans ma vie, comme je suis un hyperactif,  elle prend la place que le temps me laisse hors de mes projets. En outre, elle n’intervient aucunement dans mes relations avec les gens. Elle s’absente parfois des mois car je n’ai rien à lui proposer".

    A travers Greta, Pierandré Boo  nous transmet quelque chose d’important. "La différence est fondamentale.  On  peut ne pas être d’accord, on n’a pas à se conformer à ce que le monde veut que nous soyons. Je défends également la beauté". Greta a d’ailleurs encore beaucoup à prouver. On la retrouvera notamment du 21 février au 3 mars au Galpon dans Venus Vocero aux côtés de Loulou, Agnès Martin-Sollien et Sophie Solo, quatre divas venues rendre hommage à la divinissime dont on apprend, au fil des voix l’incroyable vie.

    Séverine Barde est fascinée par l’incarnation

    bardesev.jpgLa réalisatrice connaît Pierandré Boo depuis longtemps et a obtenu toute sa confiance pour réaliser son documentaire, qui a mis dix ans à voir le jour. "Quand j’ai rencontré Greta, à la fin des années 90, j’ai été captivée et surprise par le personnage. J’ai mis du temps pour l’approcher. Je me demandais  d’où  venait cette âme qui prenait celle de mon ami. Au tout début, j’avais fabriqué un miroir sans tain pour filmer discrètement le moment de sa transformation en Greta. Il se maquillait tout naturellement devant la glace, sauf qu’il plongeait son regard dans la caméra".
     
    "J’ai une fascination pour l’incarnation", explique la cinéaste genevoise. "Au départ, je m’intéressais au moment où l’acteur devient un personnage et j’enquêtais sur cette capacité à se métamorphoser auprès de comédiens. Et puis, à force de  fréquenter Greta, je me suis dit qu’il y avait vraiment un truc à faire et c’est elle qui est devenu le sujet unique. Mon but, c’est surtout  de la regarder vivre, poser les questions  de cette existence et ce qu’elle nous raconte de nous. Je témoigne de sa polyvalence en la montrant sur une scène, au milieu de sa cour lors des T dansants, ou dans la rue quand elle manifeste".
     
    Pour elle, Greta est la personnification d’un imaginaire, quelqu’un qui ose, par son extravagance, la singularité, le farfelu, être ce qu’elle est au milieu des autres. "Je l’observe, je la scrute et je trouve que dans le fond, elle n’est pas très différente de vous et moi. Nous sommes tous un mélange de genres".

    A découvrir en avant-première aux Scala, à Genève, le 5 février. Première romande le 6 février à Lausanne et sortie ce même jour dans le reste de la Suisse romande.

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  • Grand écran: "Si Beale Street pouvait parler": l'amour, un bouclier contre la discrimination et l'injustice

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    original-cin_ifbealestreetcouldtalk_thumb_1600x900.jpgTriplement oscarisé il y a deux ans pour son magnifique Moonlight, Barry Jenkins revient avec une histoire d’amour, Si Beale Street pouvait parler. Elle se déroule à Harlem, dans les années 70. Amoureux depuis toujours, Tish (Kiki Layne) et Fonny (Stephan James) envisagent de se marier. Alors qu'ils s'apprêtent à avoir un enfant, le jeune homme, victime d'une erreur judiciaire, est arrêté et emprisonné. Avec l'aide de sa famille, la sage, gracile mais déterminée Tish lutte pour prouver l'innocence de Fonny et le faire libérer.

    Le film s'inspire d’un roman éponyme de James Baldwin, l’auteur préféré du réalisateur qui le lui a dédié. Publié en 1974, l'ouvrage avait déjà donné lieu, en 1998, à une libre adaptation intitulée A la place du coeur par Robert Guédiguian. On y retrouvait un couple mixte en zone marseillaise.

    Tout en décrivant cet amour absolu et universel s’élevant contre la haine, l’inhumanité, l’injustice, Fonny étant donné d’emblée comme innocent, Barry Jenkins dénonce évidemment, faisant ainsi écho à l’actualité, la discrimination destructive, l’ostracisme dont sont victimes les Afro-Américains.

    Il y a de la poésie, de la grâce, de la sensibilité et du charme dans ce film au récit déstructuré et composé de flashbacks. Follement romanesque, formellement réussi et profondément émouvant, il est vu à travers le regard de Tish, qui en assure la voix off.

    Pourtant, il séduit moins que Moonlight. Les comédiens sont certes excellents mais aussi trop beaux, incarnant des personnages trop purs, trop propres, trop parfaits, évoluant presque, selon un critique, comme dans un film de Jacques Demy.

    Par ailleurs au-delà de quelques scènes caricaturales, on peut reprocher au réalisateur de trop privilégier l’esthétique au combat de son héroïne, à la passion ardente censée animer le couple, à la violence qui s’exerce contre lui, ce qui contribue à donner une certaine vision aseptisée, voire parfois superficielle à l’ensemble. Barry Jenkins n'en prétend pas moins à l'Oscar de la meilleure adaptation. 

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 30 janvier.

     

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  • Grand écran: "La Mule", road movie intime et mélancolique avec Clint Eastwood en passeur de drogue

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    screen-shot-2018-10-04-at-1-50-50-pm.pngAlors qu’il n’avait pas fait l’acteur depuis Une nouvelle chance en 2012, Clint Eastwood s’est repris au jeu dans La Mule. Passant donc derrière et devant la caméra, où il incarne un vétéran de la guerre de Corée qui s’est reconverti dans l’horticulture, une véritable passion. A près de 90 ans, Earl Stone n’en mène pourtant pas large. Non seulement il est brouillé avec son ex-femme et sa fille pour leur avoir de loin préféré les fleurs, mais il est fauché et sa petite entreprise risque d’être saisie.

    Il accepte alors un boulot de chauffeur dont un invité aux fiançailles de sa petite-fille, la seule du clan familial à lui témoigner encore de l’affection, lui avait parlé. Il ne va pas toutefois pas rouler pour n’importe qui, puisque sans le savoir, du moins feint-il de l’ignorer au départ, il s’est engagé à servir de mule pour un cartel mexicain de la drogue.

    Un papy insoupçonnable

    C’est du gagnant gagnant. Pour les trafiquants il constitue l’atout majeur, son look de papy le rendant insoupçonnable et pour Earl, sorte de mascotte, le job se révèle des plus juteux, lui permettant se mettre à l’abri, de distribuer généreusement l’argent gagné à ses nombreux amis et à sa famille auprès de laquelle il veut se racheter.

    Au fil de ses trajets, les cargaisons qu’il transporte soit de plus en plus importantes. Mais, comme la mule a une tête…de mule, ne respecte pas les consignes de prudence, s’arrête où il veut et brouille les pistes, il se voit imposer par les chefs narcos un homme de main pour le surveiller. Par ailleurs il va quand même avoir sur le dos Colin Bates (Bradley Cooper), un agent de la DEA (contrôle des drogues), qui met tout de même du temps à piger l’arnaque…

    Ce road movie intime, à la fois joyeux et mélancolique sur fond de drame familial, de faux polar, de critique d’une Amérique laissant tout juste survivre ses anciens combattants, tient de l’œuvre testamentaire au ton crépusculaire dans la mesure où la mort rôde et où il faut faire vite. Il s’inspire de la vie de Leo Sharp, devenu dans les années 80 le transporteur de drogue le plus âgé et le plus rentable du Cartel de Sinalo.

    D’un vétéran à l’autre

    Il marque aussi la deuxième collaboration de Clint Eastwood avec le scénariste de Gran Torino Nick Schenk, dont le héros, Walt, également un vétéran, est un vieux réac raciste, amer, endurci, pétri de préjugés avant qu’il s’ouvre au contact d’adorables voisins.

    Earl est son contraire, un homme charmant, sociable plein d’humour, d’autodérision. La marque d’un Clint Eastwood qui ne peut s’empêcher, clins d’œil aux étiquettes qui lui ont collé à la peau depuis L’inspecteur Harry, de se moquer dans le film d’un groupe de lesbiennes bikeuses et de donner un coup de main à un couple de «nègres» victime d’une crevaison.

    La Mule, au scénario efficace en dépit de situations trop répétitives n’est pas notre préféré de l’auteur. Mais on est touché par cet homme émouvant et tendre en quête de rédemption, à qui le malicieux et charismatique Clint Eastwood chantant de la country en traçant la route, prête, à 88 ans, son physique sec, son visage buriné, ses yeux pétillants et son sourire irrésistible. A ses côtés, il retrouve pour la seconde fois Bradley Cooper, qui avait déjà joué dans American Sniper. Ainsi que sa propre fille Alison et sa petite fille Taïssa Farmiga.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 23 janvier.

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  • Grand écran: "Green Book", un road-movie touchant, doublé d'une réflexion sur le racisme

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    green-book-anatomy-facebookJumbo.jpgAvec son frère Bobby, Peter Farrelly nous a habitués aux comédies potaches et transgressives (Mary à tout prix, L'Amour extra-large, Dumb and Dumber). Là il opère en solo en racontant, dans Green Book, l’histoire authentique de Don Shirley, célèbre pianiste noir et Tony Lip, videur blanc italo-américain dans un club à la mode du New York des sixties. Un métrage initié et coécrit par Nick Villalonga, le fils du vrai Tony.

    Bien que le mouvement des droits civiques commence à se faire entendre, la ségrégation règne dans le Sud profond en 1962. Don Shirley qui doit y entamer une périlleuse tournée de concerts, engage Tony pour le conduire et le protéger.

    Partis de Manhattan, ils s’appuient sur le Green Book, un drôle de guide qui les renseigne sur les établissements acceptant les personnes de couleur. Car même  internationalement connu, Don Shirley ne peut pas séjourner n’importe où. De son côté, vu sa fonction, Tony n’est pas forcément le bienvenu partout non plus.

    Ils sont ainsi confrontés à la vilenie humaine au cours de ce road movie en forme de manifeste politique et surtout de réflexion sur le racisme, qui n’est pas que l’apanage des suprémacistes du Ku Klux Klan, mais peut toucher chacun, noir, juif, indien, blanc. Et alors que tout les sépare, les deux hommes vont apprendre à se connaître, à dépasser leurs propres préjugés et différences jusqu’à devenir amis.

    L’oscarisé Mahershala Ali, découvert dans Moonlight de Barry Jenkins, est parfait en pianiste maussade, raffiné, cultivé, tandis que  Viggo Mortensen, se révèle excellent en chauffeur brut de décoffrage, joyeux, hâbleur et perpétuellement affamé. Ils forment une sorte de duo comique dans cette ode positive à la tolérance et à l’humanisme.

    A la fois édifiante, bienveillante, touchante et pleine d’humour en dépit du sérieux de son sujet, elle évite le manichéisme et la moralisation, mais frôle parfois la caricature avec sa représentation binaire des individus et des situations. Récompensé par trois Golden Globes et sacré meilleur film par le syndicat des producteurs américains, Green Book se révèle toutefois comme un solide prétendant aux Oscars.

    A l'affiche dans les salles de Suisse romande dés mercredi 23 janvier.

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  • Grand écran: dans "Colette", Keira Knightley incarne la célèbre écrivaine sur la voie de l'émancipation

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    870480.jpgLes romans et la vie de Colette, fascinante icône de la littérature française du 20e siècle, mime, actrice et journaliste, présidente de l’Académie Goncourt, éprise de liberté, en avance sur son temps en ouvrant la porte du féminisme, ont inspiré de nombreux films.
    Parmi les plus connus, Le Blé en herbe (1953) de Claude Autant-Lara,  Gigi (1958), de Vincente Minelli, Chéri (2009), de Stephen Frears. Ou encore, en mode mineur, Colette, une femme libre (2004), téléfilm en deux parties de Nadine Trintignant, dernier rôle de sa fille Marie, tuée par Bertrand Cantat en 2003.

    Avec Colette, le réalisateur anglais indépendant Wash Westmoreland se penche sur une partie de la vie de son héroïne, incarnée par la belle et convaincante Keira Knightley. Elle va de son mariage en 1893 à son émancipation en tant qu’auteure avec son roman La Vagabonde, 17 ans plus tard.

    L’un des nègres de Willy

    Jeune campagnarde bourguignonne naïve, Sidonie-Gabrielle Colette a tout juste 20 ans lorsqu’elle épouse l’écrivain et critique Henry-Gauthier-Villars dit Willy (Domninic West, très bon lui aussi), de 14 ans son aîné. Le couple emménage à Paris. Grâce aux relations de son mari, Colette découvre un milieu artistique inconnu qui stimule sa  créativité. Mais Willy, égocentrique, manipulateur, coureur de jupons, produit de la misogynie de son époque, la force à devenir l’un de ses nègres.

    Elle lui servira ainsi de prête-nom pour la série des Claudine qui connaît un succès phénoménal. Plus doué pour le marketing que pour la littérature, son mari s’en sert pour une déclinaison de produits dérivés à l’effigie de l’héroïne créée par sa femme. A laquelle en plus toutes les jeunes femmes veulent ressembler. Une Bardot avant l’heure avec sa coiffure choucroute et ses robes Vichy.

    Libertinage, bisexualité et scandale

    Avec l'argent récolté, Willy, follement dépensier, pourra payer ses dettes et entretenir ses maîtresses. Mais ses aventures deviennent insupportables à Colette qui souffre par ailleurs de plus en plus de ne pas être reconnue, elle qui ne revendiquait pas seulement ses droits d’auteur, mais les mêmes avantages que les hommes.

    Elle va pourtant se libérer de son emprise. Wash Westmoreland évoque alors les années où le couple se livre au libertinage d’un commun accord, où Colette se découvre bisexuelle. Dès lors apparaît une femme moderne qui s’affirme, s’assume ouvertement dans des relations provocantes, plus particulièrement avec Missy (Denise Gough), une duchesse qui s’habille en homme. Les deux femmes donneront des spectacles de music-hall qui feront scandale, une expérience dont se servira Colette pour La Vagabonde.

    Un biopic moins osé qu’espéré

    C’est par la sortie du livre en 1910 que le film se termine. On soulignera la fidélité aux événements marquants, la belle photographie, le travail de recherche et de reconstitution en ce qui concerne les décors, Paris, les costumes, les coiffures.

    On regrettera en revanche le côté lisse de ce biopic moins sulfureux et osé qu’espéré. Ainsi que la langue anglaise pour un personnage qu’on voit écrire en français. A découvrir peut-être en version traduite, pour autant qu’on y ait gardé l’accent bourguignon de Colette... En tout cas une chose est sûre. On a envie de relire ses livres.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 23 janvier.  

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  • Grand écran: "Edmond" raconte la création chaotique de "Cyrano de Bergerac"

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    4591857.jpgActeur, auteur, metteur en scène, Alexis Michalik signe son premier long métrage avec l’adaptation d’ Edmond, sa pièce sur l’histoire de la création chaotique de Cyrano de Bergerac, qui lui a valu cinq Molière. Le scénario, écrit à la base pour le cinéma, n’avait pas eu l’heure de plaire aux producteurs. Qui ont changé leur fusil d’épaule suite au succès remporté.

    En 1897, les auteurs redoutant que le cinéma né deux ans auparavant supplante le théâtre, tentent de s’emparer de sujets contemporains. Le jeune Edmond Rostand (Thomas Solivérès), persiste dans l’inverse mais, en panne d’inspiration, se désole. Il n’a rien écrit depuis deux ans et vient de connaître un flop retentissant.

    Tentant le tout pour le tout, le dramaturge d'à peine trente ans propose à la star de l’époque Constant Coquelin (Olivier Gournet), soutenu par la grande Sarah Bernhard (Clémentine Célarié), une pièce comico-romantico-héroïque, en vers.

    Mais Rostand n’a pas la tâche facile. Il doit affronter la jalousie de sa femme (Alice de Lencquesaing) envers la costumière Jeanne d’Arcy (Lucie Boujenah), sa muse qui lui inspire des vers passionnés, supporter les caprices d’une actrice sur le déclin (Mathilde Seigner), les exigences de ses producteurs (Simon Abkarian et Marc Adreoni) et se heurte à son rival Georges Feydeau (Alexis Michalik).

    Balayant obstinément tous les obstacles, Edmond se met à écrire cette pièce à laquelle personne ne croit et dont  il n’a que le titre: Cyrano de Bergerac. Elle deviendra l’une des plus célèbres de la littérature française et la plus jouée.

    Entre théâtre filmé et cinéma

    Pour cette reconstitution académique de la Belle Epoque, dans une atmosphère à la Marcel Carné où on retiendra les qualités littéraires de la pièce originale, les références culturelles liées au patrimoine, de jolis traits d’humour et une belle énergie, Alexis Michalik oscille un peu laborieusement entre cinéma et théâtre filmé.

    Côté comédiens, Thomas Solivérès séduit, se coulant avec un rien de maladresse et un fol enthousiasme dans le costume d’Edmond en pleine ébullition créatrice. On n’en dira pas autant de Mathilde Seigner et Clémentine Célarié qui cabotinent à outrance. Quant à Olivier Gourmet, il s’en tire plutôt bien en Constant Coquelin. Mais, à l'image de tous ceux qui se sont frottés au mythique héros, il nous rappelle, lorsqu'il s'y mesure, l’excellence de Gérard Depardieu dans le rôle que lui avait confié Jean-Paul Rappeneau en 1990.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 9 janvier

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  • Grand écran: avec "L'amour flou", Romane Bohringer et Philippe Rebbot font partager leur rupture

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    L'amour flou.jpgRomane et Philippe décident de rompre. Après dix ans de vie commune, deux enfants et un chien, ils ne sont plus amoureux. Mais ils s’aiment quand même. Pas assez toutefois pour continuer à vivre ensemble.

    Bref c’est flou. Et quand c’est flou, c‘est qu’il y a un loup, comme dirait Martine Aubry... Alors ils ont l’idée, pour que leur progéniture ne pâtisse pas de la situation, d’aménager un «sé-partement », soit deux appartements séparés, communiquant par la chambre de leurs rejetons. Une construction qu’on suit au fil du récit.

    L’amour flou est l’histoire de Romane Bohringer et Philippe Rebbot, un premier film qu’ils ont écrit, mis en scène eux-mêmes et où ils font jouer leurs proches. Ces derniers voient avec enthousiasme ou circonspection la solution inédite trouvée par le couple pour tenter de refaire sa vie chacun de son côté sans la défaire, en apprenant à se réinventer après s’être séparé.

    Pour pimenter un peu la chose, d’autres personnages gravitent autour des vrais parents et amis, comme Clémentine Autain, députée de la France insoumise, prétexte à une rencontre en principe impromptue et drôle avec Philippe Rebbot.

    Au-delà d’un questionnement sommaire sur le couple et le moyen de sauver la cellule familiale, il y a de l’autodérision, de la tendresse, voire du charme dans cette mise en abîme en forme de farce qui se veut cocasse et touchante.

    Mais également, quoiqu’en dise la critique française follement enthousiaste face à «cette fantaisie pure, ce cinéma débridé, cette autofiction qui réfute les conventions du 7e art, cette fougue d’écriture… » , un certain exhibitionnisme à vouloir absolument partager un échec conjugal avec les spectateurs dans le but de le rendre moins douloureux.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 2 janvier.

     

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