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26/04/2017

Grand écran: "Django" raconte un moment méconnu de la carrière du guitariste. Avec Reda Kateb

aaaaadjango.jpgAvec son titre Django, on s’attendait à une biographie détaillée du célèbre guitariste. Mais pour son premier long métrage, Etienne Comar laisse de côté des épisodes majeurs du parcours de l’artiste pour se concentrer longuement sur deux ans méconnus de sa carrière.

En 1943, pendant l’Occupation, Django Rheinhardt, génie au sommet de son art, fait vibrer chaque soir le tout Paris aux Folies Bergères alors que ses frères tziganes sont pourchassés et tués en Europe.

Même s’ils détestent cette musique "dégnérée", Django plaît aux occupants et la propagande allemande veut l’envoyer à Berlin pour une série de concerts. Non seulement la star n’a pas envie de se plier aux exigences ( pas d'impro de plus de cinq secondes et pas de swing) mais, sentant le danger, décide de s’évader en Suisse sur les conseils de sa maîtresse, Louise de Klerk.

Il se rend à Thonon avec sa femme enceinte, Naguine et sa mère Negros. L'opération se révélant plus compliquée que prévue, Django et ses proches, bloqués pendant trois mois, se retrouvent plongés dans la guerre…

On peine à adhérer à cet opus un peu bancal, au récit linéaire, à la réalisation paresseuse et au scénario à ellipses semant la confusion, prenant par ailleurs des libertés avec la réalité. A l’image de ces scènes démonstratives devant un aréopage de nazis sous le charme, coïncidant avec l’assassinat d’un vieux chanteur gitan en pleine forêt. Ou, pour le côté romanesque, l’invention de la belle Louise de Klerk interprétée par Cécile de France, héroïne tragique de la Résistance façon femme fatale des films noirs des années 50, et finalement jetée en pâture à l’ennemi.

Et puis il y a l'importance finale d’un Requiem composé pendant la guerre pour les Roms massacrés, joué une seule fois en 1945 et dont la partition s’est perdue… Des fausses notes en somme, ne rendant pas service à Reda Kateb (photo), qui sauve pourtant les meubles en s'investissant totalement dans le rôle de Django. De chaque plan, il campe un personnage à la fois secret, complexe,dédaigneux, infidèle, joueur.

Reste enfin, la musique de ce géant du jazz, obsédé par la perfection. Electrisante, elle vaut à elle seule le détour.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 26 avril.

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Grand écran: "Le procès du siècle", un sujet passionnant porté par de brillants acteurs

aaaaaaproces.jpgEn 2000, après cinq ans de procédure, l ‘Américaine Deborah Lipstadt, professeure d’histoire et de littérature juives modernes à l’université d’Atlanta, auteure de Denying The Holocaust (La négation de l’Holocauste) sorti en 1993, se voit confrontée au Britannique David Irving. Cet universitaire extrémiste, historien amateur, écrivain à succès sur la seconde Guerre mondiale et avocat de thèses controversées sur le régime nazi, a sombré dans le révisionnisme.

Discrédité par Deborah Lipstadt, il la poursuit ainsi que son éditeur Penguin Books, pour diffamation et l’assigne en justice. Comme le veut la loi anglaise, c’est à l’accusé de démontrer son innocence et l’historienne se retrouve dans la situation incroyablement absurde de devoir prouver, à la Cour royale de Londres, l’existence de la Shoah dont elle a toujours farouchement défendu la mémoire. 

Le réalisateur Mick Jackson (auteur de Bodyguard en 1992) a coécrit Le procès du siècle (Denial) avec David Hare. Scénariste de The Reader (2009) de Stephan Daldry, autre film de prétoire sur l’après-guerre, ce dernier a épluché les archives officielles du procès et scrupuleusement retranscrit les échanges tenus.

Bien documentée et donc respectueuse dans sa reconstitution des faits réels, l’oeuvre classiquement mise en scène est par ailleurs portée par des comédiens très convaincants. Rachel Weisz (photo) tient le rôle de l’historienne pugnace, obligée de contrôler ses émotions, Tom Wilkinson celui de l’avocat faussement bonhomme mais vraiment retors de Penguin, tandis que Timothy Spall (meilleur acteur à Cannes en 2014 pour Mr Turner de Mike Leigh) enfile celui du négationniste aussi nauséabond que pervers, prêt au pire pour parvenir à ses fins.

On vous laisse découvrir l’issue de ce long métrage au sujet passionnant, auquel Deborah Lipstadt, aujourd'hui âgée de 69 ans et enseignant toujours, a collaboré en participant activement à la production.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 26 avril.

 

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25/04/2017

Grand écran: "The Birth of a Nation", épisode sanglant d'une révolte d'esclaves dans la Virginie de 1830

aaaaabirth.jpgDésireux de donner une réponse morale et historique à Naissance d’une nation de D.W. Griffith (1915) film muet illustrant la pensée raciste en glorifiant le Ku Klux Klan, Nate Parker, 36 ans, acteur afro-américain méconnu, passe derrière la caméra pour livrer son propre Birth of a Nation. Un sulfureux biopic où il se réserve également le rôle principal. Coécrit avec Jean Celestin, il est récompensé par le Grand Prix du jury et celui du public au Festival de Sundance l’an dernier.

Pour sa première réalisation, Parker remonte 30 ans avant la guerre de Sécession, en Virginie, et propose une adaptation très libre de la vie du légendaire Nat Turner, qu’il voit comme son alter ego messianique. Esclave cultivé, c’est un prédicateur très écouté, Son propriétaire, Samuel Turner, se débattant dans des difficultés financières, accepte une offre visant à utiliser les talents de prêcheur de Nat pour soumettre des esclaves indisciplinés.

Après avoir été témoin des atrocités commises à l’encontre de ses camarades opprimés, et en avoir lui-même souffert avec son épouse, Nat passe à l'action et conduit la rébellion contre les propriétaires. Tuée dans l'oeuf, ce fut un bain de sang de part et d’autre, suivi par des lois particulièrement restrictives à l’endroit des Noirs dans plusieurs états, qui ont changé le cours de l’Histoire américaine.

Parker rattrapé par son passé

Cette sombre page fondatrice de la révolte anti-esclavagiste dans le sud des Etats-Unis, a soulevé de vives passions outre-Atlantique où, entaché d'un scandale hors pellicule, le film a été boudé, tndis qu'il a été privé de sortie dans divers pays. Selon la version de Parker, Turner décide de se révolter après le viol collectif de deux femmes esclaves, dont la sienne. Or il faut savoir que fin août 2016, le réalisateur, heureux vendeur de son film pour plus de 17 millions de dollars et favori précoce pour les Oscars après ses trophées de Sundance, est rattrapé par son passé.

Suivant des cours à la Pennsylvania State University, il avait en effet été accusé de viol, 17 ans auparavant, avec son ami Jean Celestin par une étudiante de 18 ans. Ils sont jugés en 2001. Parker est acquitté, Celestin condamné. Ce dernier fait appel mais la jeune fille refuse de revenir témoigner. L’affaire est classée en 2005. La victime se suicide en 2012. D’où l’éternel et complexe débat: doit-on dissocier l’homme de son œuvre? Voir les affaires Roman Polanski ou Woody Allen...

Un film qui divise

Dans son aspect purement cinématographique, l'opus divise logiquement. Militant, radical, porté par des comédiens plutôt convaincants, c'est un cri de colère vengeur efficace contre l'esclavage. Une œuvre choc, édifiante, à la fois poignante et brutale, d’une cruauté souvent insoutenable, affirmant avec force et rage que la barbarie ne fait qu’engendrer la barbarie.

Mais on lui reprochera aussi son manichéisme, un côté démonstratif, peu subtil sinon lourdaud, des scènes complaisantes dans la représentation de la violence ou n'évitant pas les clichés. Pour résumer, arrivant trois ans après le triplement oscarisé Twelve Years A Slave de Steve McQueen, The Birtlh of a Nation souffre tout simplement de la comparaison sur les plans du récit et de la mise en scène.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 26 avril.

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22/04/2017

Grand écran: "Noces", le poids terrible de la tradition. Un film bouleversant signé Stephan Streker

aaaaanoces.jpgD’origine pakistanaise Zahira vit en Belgique. Lycéenne de son temps, elle mène la vie des filles de son âge. Un jour, ses parents lui annoncent qu’elle doit se marier avec l’un des trois prétendants qu’ils ont choisi pour elle, de lointains cousins qu’on lui présente par Skype.  Mais sa soif d’émancipation est plus forte que l’impératif familial et elle refuse de se plier au poids terrible de la tradition. Venue de Barcelone, sa sœur aînée obligée de se marier quelques années plus tôt, tente de lui faire entendre raison.

Zahira, qui aime beaucoup son père et sa mère, compte énormément sur son grand frère Amir, son confident de toujours pour qu’il la soutienne et leur fasse comprendre qu’elle ne se mariera qu’avec un homme dont elle tombera amoureuse. Elle rencontre Pierre. Le drame couve, inéluctable...

Le réalisateur Stephan Streker s’inspire d’un fait divers qui s’était déroulé à Charleroi en 2007 pour nous plonger au sein de cette famille pakistanaise établie depuis longtemps en Belgique et qui semble parfaitement intégrée.

Il en fait un film bouleversant, passionnant, intelligent, subtil, qui fait particulièrement écho à ce qui se passe actuellement.  Une tragédie grecque, selon ses propres mots, où sans juger, sans dénoncer, évitant le manichéisme et le pathos, il suit l’itinéraire funeste de Zahira. Une héroïne sacrificielle écartelée entre deux cultures, entre son aspiration à l’indépendance et l’amour des siens.

Excellents, les comédiens contribuent grandement à cette réussite. A commencer par Lina El Arabi, dans le rôle de Zahira (photo). Magnétique, lumineuse en rebelle douce mais déterminée, c’est une révélation aux côtés de son partenaire Sébastien Houbani, en frère qui adore sa sœur, mais en même temps gardien de l’honneur …

aaaaastreker.jpg"J'ai gardé ma liberté créatrice"

Le Belge Stephan Streker,  53 ans, ancien journaliste, fan de foot et consultant à la RTBF pour tous les matches des Diables rouges, l’équipe nationale,  nous en révèle plus sur son troisième long métrage lors d’une rencontre à Genève. Attiré par le thème du mariage forcé, il n’en fait pas pour autant un documentaire.

"Evidemment, je me suis beaucoup renseigné, en voyant des membres de la communauté belgo-pakistanaise pour ne pas trahir les fondamentaux d'une culture qui n'est pas la mienne. Mais au-delà du sujet que je traite, bien sûr, je m'intéressais avant tout à la possibilité de raconter une histoire exceptionnelle, en me penchant sur l'intime des protagonistes".

Stephan Streker a voulu garder sa liberté créatrice, par exemple en introduisant un personnage important, la sœur de Barcelone, qui n’existe pas dans la réalité. "En revanche, précise-t-il, certaines choses en sont très proches, dont le mariage par Skype. Il s'agit dune vraie cérémonie, qui n'a jamais été montrée au cinéma. C'est une chance et  j'en suis fier". 

En parlant de Noces , vous mentionnez une tragédie grecque.

Absolument, c'en est une, intemporelle, universelle. Elle fait appel à de puissants enjeux moraux.  Je ne voudrais pas me vanter, mais aujourd’hui Sophocle raconterait Zahira.

Vous évoquez une affaire de tradition, pas de religion.

J’ai cru que c’était religieux, mais  je suis persuadé du contraire. Zahira reste musulmane jusqu’au bout. Même en rupture totale avec la tradition et ses valeurs, elle prie. Elle n’est pas en crise par rapport à l’islam. Plus important que la tradition toutefois, c’est l’honneur. Et encore au-dessus de l’honneur, comme me l’a confié une jeune fille, il s’agit de sauver les apparences. Finalement, l’honneur n’est  que de l’ego mal géré.

Pourtant vous ne condamnez pas. Tous personnages ont leurs raisons d’agir et du coup on se retrouve pratiquement dans tous. 

Je pense qu'il est important de comprendre les motivations. Cela ne signifie pas  les justifier. Par ailleurs,  chacun son travail. Je crois au regard, au point de vue de l'artiste. Le jugement moral dépend du spectateur, lui appartient. Il en dira d'ailleurs plus sur lui que sur le film.

Vous apportez également une réponse aux menaces obscurantistes pesant notamment sur la condition féminine

Je vais vous dire. Je suis intégralement féministe. Ne pas l’être est inacceptable, incompréhensible, anormal. Il est fou, délirant, monstrueux de couper l’humanité en deux et de considérer qu’une partie est inférieure  à l’autre.  Mais je trouverais dommage de réduire une œuvre d’art à sa fonction.  

Un mot sur les deux comédiens principaux pas ou très peu connus qui portent formidablement votre œuvre.

Ce sont en effet les merveilles du film.  Je souhaitais des vierges à l’écran. Certes, Sebastien Houbani, très crédible en grand frère, j'estime,  l’est moins que  Lina El Arabi, une ultra débutante. Je l’ai choisie pour son port de tête haut, alors que les actrices françaises la baissent souvent.  En réalité, je voulais Elisabeth Taylor, une immense tragédienne… Je l’adore pour son côté indomptable. Il suffit de la voir dans Une chatte sur un toit brûlant. Lina a ce tempérament.

On découvre aussi Olivier Gourmet,  avec qui vous avez déjà collaboré dans votre précédent long métrage Le monde nous appartient.

Pour moi, c’est le meilleur du monde.  Il sera dans mon prochain film Libre, un drame d’aventure et dans tous ceux à venir

A l'affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 19 avril.

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18/04/2017

Grand écran: "Life" recycle les meilleurs films de l'espace sans convaincre

aaaaalife.jpgUne touche d’Alien, un poil de Gravity, un rien d’Interstellar, un soupçon d’Odyssée 2001. Autant dire que Life s’inspire du meilleur dans le genre pour son huis-clos multiculturel en apesanteur. Malheureusement, à force d’emprunts tous azimuts, ce film de science-fiction saupoudré de gore signé Daniel Espinosa, qui ne posséde pas la virtuosité de ses prédécesseurs, trouve difficilement sa propre identité.

Il promettait cependant beaucoup en nous dévoilant l’une des plus importantes découvertes de l’histoire de l’humanité. A savoir la première preuve d’une vie sur Mars, résultat des recherches des six membres d’équipage voyageant à bord de la Station Spatiale internationale. Mais alors qu’ils approfondissent leurs expériences, celles-ci vont avoir des conséquences inattendues, la minuscule chose inconnue se révélant bien plus intelligente que son côté informe ne le laissait supposer.

Voilà qui nous donne une première partie haletante, où on suit avec angoisse le développement de cette bestiole, surnommée Calvin, qui a pourtant l’air plutôt inoffensive au début. Certes moche, elle n’apparaît en outre pas si extraterrestre quand lui poussent une tête, des pattes et une queue! 

Un look peu imaginatif pour une suite téléphonée. Dès l’instant où on découvre les instincts meurtriers de la créature dévastatrice, le film est pour ainsi dire terminé. Toute la deuxième partie consiste en une resucée lassante de ses attaques de plus en plus mortelles. Ultra-rapide, Calvin ne cesse de se développer méchamment, évitant les pires ripostes des humains pris au piège et luttant pour leur survie. Pour finir par s'offrir en sacrifice. 

Dommage par ailleurs que l'action l'emporte le plus souvent sur les personnages, dont les rôles a priori intéressants sont trop peu exploités. A l'image de celui de Jake Gyllenhaal, astronaute mélancolique et un rien contemplatif, de son contraire Ryan Reynolds ou encore de Rebecca Ferguson, qui fait l’effet d’une Ripley au rabais. Restent la magie de l’espace, les effets spéciaux et une magnifique photographie. Cela ne suffit pas à emporter le moreau.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 19 avril.

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12/04/2017

Grand écran: "L'Opéra de Paris", immersion passionnante de Jean-Stéphane Bron

aaaaopera.jpgIl ne connaissait rien de son nouveau sujet avant de se lancer dans l’aventure. Le moins que l’on puisse dire, c’est que Jean-Stéphane Bron apprend vite. Après Maïs im Bundeshaus (Le génie helvétique), où il nous entraînait dans les arcanes du pouvoir, Cleveland contre Wall Street consacré à la crise des subprimes et L’Expérience Blocher où il suivait le tribun suisse, le réalisateur vaudois opère une immersion passionnante de dix-huit mois, de janvier 2015 à juillet 2016 à l’Opéra de Paris.

Une réussite en effet que ce voyage dans le temple de l’art lyrique et de la danse, commençant avec l’arrivée de son nouveau directeur Stéphane Lissner, accompagné du chef Philippe Jordan et du responsable du ballet Benjamin Millepied (il démissionnera de son poste un an plus tard). Quel que soit le thème de ses films, Jean-Stéphane Bron nous bluffe par sa manière de regarder et de raconter.

Sans souci de chronologie, d’analyse ou de critique, mais avec un sens aigu de l'observation et de jolies touches d’humour, il nous laisse visiter cet imposant navire aux 80 métiers, aux 1000 collaborateurs fourmillant de jour et de nuit, métaphore d’une société.

Entre préparation de la conférence de presse inaugurale, visite de François Hollande, auditions, répétitions, engagements, présence spectaculaire d’un taureau sur les planches, conflits parfois violents, discussions syndicales, prix des billets, remplacement in extremis d‘une vedette malade, démission de Millepied, l’auteur nous fait saisir dans son documentaire les gros enjeux de la prestigieuse institution, la complexité de son fonctionnement dans ses aspects politiques, sociaux, techniques.

Des bureaux à la scène, des coulisses aux ateliers, on découvre ainsi ceux qui, marins ou commandant, oeuvrent sans relâche à l’excellence des spectacles annuels, dont Bron ne montre toutefois que peu d’extraits. Il se focalise davantage sur les passions humaines, des tranches de vie, des personnes. Deux régisseuses qui chantent une partition, une danseuse qui s'effondre après sa performance, des maquilleuses.

Et surtout le talentueux jeune baryton-basse Mikhaïl Timoshenko, fraîchement débarqué de son Oural natal. Joyeux, reconnaissant, ébloui par le lieu, avide d’apprendre le français, le prodige en formation est aussi irrésistible que désarmant de naturel.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 12 mai.

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05/04/2017

Grand écran: "Double peine" explore les liens entre les mères incarcérées et leurs enfants

aaaaapeine.jpgQu’elle choisisse la fiction ou le documentaire les femmes se retrouvent généralement au cœur des films de la Suissesse Léa Pool qui milite pour leur émancipation et rend hommage à leur force de caractère. Avec Double peine, cette cinéaste engagée (à qui l’on doit La passion d’Augustine, La demoiselle sauvage , Emporte-moi), nous emmène dans des prisons pour femmes, en Bolivie, au Népal, à New York et à Montréal.

La plupart des détenues sont des mères et leur incarcération représente en effet une double condamnation dans la mesure où les enfants, qui peuvent rester avec elles, doivent également la subir, parfois jusqu’à l’adolescence. Suivant la vie quotidienne de certains gosses, elle adopte leur point de vue et donne la parole à ces laissés pour compte, invisibles derrière les barreaux .

Tout en dénonçant cette peine et surtout désireuse de savoir comment tant de victimes innocentes la vivent, Léa Pool nous laisse découvrir des enfants étonnants de maturité, qui se comportent en véritables adultes.

A l’image de cette irrésistible fillette québécoise de neuf ans, rencontrée par l’intermédiaire d’un médecin, et évoquant l’impossibilité pour sa mère de s’empêcher de voler. «Elle se retrouve souvent en prison. Cela fait une trentaine de fois depuis que je suis toute petite. Je lui dis d’arrêter, mais elle recommence. Je suis fâchée mais c’est vraiment une personne gentille», explique-t-elle en substance.

Un moment fort accompagné d'autres qui vont droit au coeur, dans un documentaire par ailleurs très instructif, plein de sensibilité mais ne cédant jamais à la facilité pour émouvoir.

A l‘affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 5 avril.

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Grand écran: l'amour est... aveugle dans "La prunelle de mes yeux"

aaaaprunelle.jpgIls habitent le même immeuble à Paris. Theo et Leandro deux frères au chômage d’origine grecque jouent du rebetiko, le traditionnel blues hellène et animent des soirées dans un restaurant pour gagner leur vie. Ce qui ne leur réussit pas franchement, étant donné leur absence de talent. Ils sont virés et, en colère, ont besoin de passer leurs nerfs sur quelqu’un.

Par exemple sur les deux sœurs vivant à l’étage au-dessus, Elise, qui aime aussi la musique mais pas la même et Marina, accro à la drogue. Le quatuor ne cesse de se croiser dans l’ascenseur et la première rencontre entre Theo (Bastien Bouillon) et Elise (Mélanie Bernier) les principaux protagonistes (photo), tourne immédiatement à l’aigre.

Les choses ne s’arrangent pas et le ton monte, sur fond d’insultes quotidiennes. Mais surtout, Elise est aveugle et Théo non. Par provocation et bêtise, il feint de l’être aussi. Cette blague idiote les fait se détester encore davantage. On le sait pourtant, de la haine à l’amour, qui en plus est… aveugle, il n’y a qu’un pas. La réalisatrice française Axelle Ropert (livrant ici son troisième long-métrage après un drame familial et un mélo) ne manque évidemment pas de le franchir.

Du coup, si les acteurs s'en sortent plutôt bien, on n’en dira pas autant de cette comédie sentimentale en forme d’exercice de style. Ambitieuse, l’auteur la veut ludique, déroutante, piquante et légère tout en abordant sans tabou le délicat sujet de la cécité. A l’exception de quelques rares répliques ou situations amusantes, l’opus se révèle toutefois le plus souvent trop balourd et convenu pour séduire. 

A l’affiche dans les salles de Suisse romande 

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03/04/2017

Grand écran: "Corporate", plongée dans un univers impitoyable. Avec Céline Sallette et Lambert Wilson

aaaacorporate.jpgC’est la place de l’homme au sein de l’entreprise, un univers de plus en plus impitoyable, qu’a choisie Nicolas Silhol pour son premier long-métrage, Corporate, racontant l’histoire d’Emilie Tesson-Hanson. Jeune, brillante et implacable cadre des ressources humaines au sein d’un grand groupe agroalimentaire, elle est chargée du «dégraissage» en exécutant les ordres du PDG sous forme d’un plan de restructuration déguisé.

Une gestion par la peur, évitant le mot de licenciement mais poussant cyniquement les salariés indésirables à la démission. Ou pire. Un jour, l’un des employés du service d’Emilie dont elle voulait se débarrasser, se suicide en se jetant sous ses yeux dans la cour de l’immeuble du siège parisien et une enquête est ouverte par l’inspection du travail.

Emilie, engagée pour sa réputation de "killeuse", se rend compte de son rôle dans le drame. Elle n’est évidemment pas seule en cause, mais confrontée aux dénégations de la direction, qui lui met la pression en voyant en elle le fusible idéal, elle va s’employer à mouiller ses supérieurs en divulguant leur stratégie vicieuse visant à accroître les profits. A la fois une question d’humanité et de survie.

Dans ce polar social sous tension permanente, l'auteur nous emmène dans les arcanes de la firme et se livre en connaisseur à une étude sociologique en analysant froidement les méthodes modernes de management ainsi que leur impact déplorable sur les rapports humains dénués de tout sentiment.

Excellents comédiens

Intelligent dans son propos d’une actualité aussi sombre que brûlante, évitant de juger, sec et austère dans son traitement au service d’une mise en scène brute en accord avec un thème passionnant, symbolique d’un grave dysfonctionnement dans nos sociétés, l’opus révèle un auteur plus que prometteur. Une réussite à laquelle contribuent par ailleurs grandement les comédiens

A commencer par Céline Sallette, excellente en RRH antipathique, froide, distante et sans scrupule. Une prestation à contre-emploi pour cette actrice solaire, à la fois expressive, vive et bienveillante. Incarnant le déni mais dégageant une autorité naturelle, l’élégant Lambert Wilson en col roulé impeccable se montre parfait dans le rôle de son supérieur, tout comme Violaine Fumeau dans celui d’une inspectrice du travail se muant presque en assistante sociale.

aaaasilhol.jpgL’intérêt pour le monde du travail de Nicolas Silhol (photo), récemment rencontré à Genève, lui vient de son père, professeur de management dans une école de commerce et consultant en ressources humaines, avec qui il a souvent discuté de ces questions. Il a eu l’idée de Corporate suite à la terrible vague de suicides chez France Télécom en 2008 et 2009.

Comment avez-vous procédé?

En découvrant ce système de gestion par la terreur qui pouvait détruire des vies, j’ai abordé mon film sous l’angle de la responsabilité de ceux qui font le sale boulot. On connaît mal l’entreprise. Je désirais être le plus juste possible. J’ai rencontré plein de gens, des inspecteurs du travail en ce qui concerne les enjeux juridiques. Comment établit-on un lien entre la mort d’un individu et son rapport à son job? Mais j’ai aussi vu des responsables des RH, des sociologues.

Corporate est porté par une étonnante Céline Sallette à contre-emploi.

C’est une formidable actrice, forte et fragile, avec qui j'avais très envie de collaborer. Il s'agissait d'un vrai défi pour elle. L'’expérience et la possibilité de construire un rôle nouveau l'ont séduite. Sensible au sujet, elle a accepté tout de suite. Cette "killeuse" antipathique, opaque, coupée de ses émotions et qui va progressivement se reconnecter, provoquait chez elle un mélange de fascination et de répulsion.

Son personnage est inspiré par une vraie manageuse.

Effectivement. Elle m’a raconté la façon dont elle mettait la pression sur les salariés dans le but de les mettre dehors. Avant de finir par craquer elle-même. A la faveur de cette rupture, elle a décidé de changer de métier.

Quid du choix de Christophe Lambert dans la peau d’un DRH?

Il me fallait un comédien connu et charismatique, car je ne voulais pas juste un salaud, un grand méchant. Il était aussi important qu’il ait un lien fort avec Emilie. Ce qui choque avant tout chez lui, c’est sa façon d’être dans le refus total de responsabilité dans le drame, exprimé par ailleurs avec beaucoup de violence. 

Après cette plongée au sein de l’entreprise, Nicolas Silhol souhaite explorer d’autres sujets ancrés dans le réel et qui posent question. Toujours dans une même veine, en restant dans la fiction.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 5 avril.

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28/03/2017

Grand écran: "A United Kingdom", l'amour inébranlable d'un couple mixte qui va tout défier

aaaaaunited.jpgSeretse Khama, 27 ans, roi du Bechuanaland alors sous protectorat britannique et Ruth Williams, une dactylo londonienne de 24 ans tombent éperdument amoureux. Nous sommes en 1947 et la chose provoque un gros scandale. Tout s’oppose à ce mariage mixte, qu’il s’agisse de leurs familles et pays respectifs de l’Afrique du Sud en plein Apartheid. Mais les deux tourtereaux vont surmonter tous les obstacles.

Leur amour inébranlable a changé leur pays et inspiré le monde. L’Anglaise Amma Asante, fille d’immigrés ghanéens, à qui l’on doit également Belle et A Way Of Life, s’en est servie pour porter à l’écran le biopic A United Kingdom, adapté du livre Colour Bar de Susan Williams.

Entre Histoire, lutte politique, passion et romance, elle revient ainsi sur l’incroyable aventure du couple mixte discriminé, son combat ensuite pour l’indépendance du Bechuanaland devenu le Botswana et dont le démocrate Seretse Khama fut le père.

La première partie est centrée sur la relation impossible entre ces deux êtres, la seconde sur leur installation au Bechuanaland. Bien que leur union ait déclenché un vrai conflit diplomatique (les Britanniques ont retenu le jeune ménage jusqu’en 1956, notamment pour ne pas déplaire à l’Afrique du Sud), on reprochera à l’auteur une vision simpliste et très idéalisée dans son approche ultra sentimentale de la situation.

Mais en dépit de son côté excessivement lisse, le film se laisse voir à la fois pour cet important épisode historique que bien peu connaissent et la prestation convaincante des deux comédiens principaux David Oyelowo (Selma, Le Majordome) et Rosamund Pike vue dans Gone Girl ou encore Orgueil et préjugés.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 29 mars.

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