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06/09/2017

Grand écran: "Ôtez-moi d'un doute", imbroglio familial avec François Damiens et Cécile de France

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaadoute.jpgSolide démineur breton forçant le respect, s’occupant bien de Juliette, sa fille célibataire et enceinte, Erwan se sent complètement désarmé lorsqu’une torpille d’une toute autre nature lui saute à la figure. Selon un test ADN pratiqué lors de la grossesse de Juliette, il découvre en effet qu’il n’est pas le fils de son père.

Malgré la grande affection qu’il éprouve pour l’homme qui l’a élevé, Erwan se livre à une petite enquête qui le conduit rapidement chez Joseph, un vieux gauchiste particulièrement attachant qu’il se met à voir souvent. Ainsi qu’Anna, une charmante femme médecin croisée par hasard et loin de le laisser indifférent. Rendant un jour visite à Joseph, il tombe sur Anna, réalise qu’elle est sa fille et donc... sa sœur. Une deuxième bombe encore plus difficile à désamorcer.

Avec Ôtez-moi d'un doute, Carine Tardieu, à qui l’on doit déjà La tête de maman et Du vent dans mes mollets, propose une comédie sentimentale sur fond d’imbroglio familial inspirée de faits réels. Elle traite de la question des origines, surfant entre humour, émotion et une certaine désinvolture sur de délicats sujets comme la paternité ou les rapports d’un fils naviguant entre ses faux et vrai pères. S'aventurant par ailleurs sur une voie incestueuse.

Dommage pourtant, privilégiant trop la légèreté à la gravité, que la réalisatrice se contente d’effleurer ces divers thèmes. Tout en cherchant à nous embarquer dans un suspense qui retombe pratiquement dès la rencontre d’Erwan avec son supposé père biologique.

Les comédiens contribuent heureusement à donner plus de chair à l’histoire, à l’image de François Damiens et de la toujours séduisante Cécile de France. Dans le rôle des paternels, Guy Marchand et André Wilms font le boulot.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 6 septembre.

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04/09/2017

Grand écran: Mathieu Amalric fait revivre Barbara. Grâce à une magnifique Jeanne Balibar

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaabarbara.jpgAvec Barbara, qui avait ouvert la section Un certain Regard au dernier festival de Cannes, Mathieu Amalric rend hommage, dans son septième film, à la célèbre chanteuse disparue il y a 20 ans. On est toutefois loin du biopic traditionnel auquel on pouvait éventuellement s’attendre, avec arrêts prolongés sur les épisodes déterminants de son existence.

C’eût été en effet mal connaître les impératifs créatifs d’Amalric. Ne faisant qu’effleurer, par allusions, des blessures d’enfance comme la guerre ou les abus d’un père incestueux, il ne raconte donc pas la vie de Barbara, mais met en scène Yves Zand, un réalisateur roux en veste de tweed, aussi timide qu’ensorcelé par son héroïne et rêvant de la ressusciter à l’écran.

Il est incarné par Mathieu Amalric qui engage une actrice, Brigitte –campée par son ex-compagne Jeanne Balibar- pour tourner une biographie de la sublime interprète de L’aigle noir, Dis quand reviendras-tu?, Göttingen, Marienbad, Ma plus belle histoire d’amour….

Imaginée avec l’écrivain Philippe Di Folco (ils avaient déjà travaillé ensemble sur Tournée, Prix de la mise en scène Cannes 2010), cette mise en abîme aux frontières de la réalité et de la fiction, propose, entre poème et rêverie musicale, un portrait complexe, captivant, émouvant de la mythique, insolente, capricieuse, autoritaire, fantasque, mélancolique Dame brune.

Sans chercher le mimétisme

L’excellente Jeanne Balibar se révèle impressionnante. Habitée, naturelle, elle travaille son personnage, les chansons, composant au piano, s’entraînant à imiter la voix, s’appropriant les gestes, les accessoires, lunettes noires et boa, les attitudes de son modèle. Mais sans chercher le mimétisme.

La ressemblance n’en est parfois pas moins troublante quand Amalric lui fait rejouer des scènes. Par exemple celle où on voit Barbara en voiture en train de tricoter et de batifoler sur le siège passager. Elle est tirée du documentaire de Gérard Vergez durant la tournée de la chanteuse en 1972. Le cinéaste s’est également appuyé sur le roman de Jacques Tournier paru en 1968, Barbara ou les parenthèses

Entre les archives, les rencontres, les séquences du métrage en train de se faire, le dialogue à distance entre les deux femmes, le jeu de miroirs, ce film envoûtant, qui peut en dérouter certains, tient surtout à faire partager la fascination de son auteur pour l’artiste insaisissable à laquelle il déclare sa passion. Il lui a valu le prix Jean Vigo.

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 6 septembre.

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30/08/2017

Grand écran: "7 jours pas plus", comédie sociale surfant sur l'immigration et le racisme

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaajourspas plus.jpgRien ne semble relier une vache tombée du ciel, un jeune migrant paumé et une jolie Normande amoureuse d'un drôle de célibataire endurci. Et pourtant…

Vieux garçon Pierre (Benoît Poelvoorde)tient une quincaillerie en province. Il est aussi ronchon qu’irascible, ce qui n’arrange pas ses rapports avec ses fournisseurs et ses rares clients. Solitaire, pointilleux à l’extrême, vénérant sa mère morte dans son enfance, il mène une triste vie bien réglée et n’a pas d’amis, à part la pétillante Jeanne (Alexandra Lamy), dont il refuse de céder aux avances insistantes. Très curieusement d'ailleurs.

Ce misanthrope cultive pourtant quelques valeurs morales qui se révèlent lorsqu’il rencontre Ajit, un Indien jeté par son patron comme un malpropre et qui se retrouve à la rue. Après quelques démarches infructueuses auprès des autorités, il décide à contrecoeur de l’héberger. Mais pour sept jours, pas plus.

Les choses ne vont évidemment pas comme sur des roulettes, un euphémisme, entre ces deux êtres que tout sépare, la culture, les coutumes, les habitudes alimentaires et surtout la langue, chacun s’exprimant dans la sienne sans comprendre l’autre. Une communication difficile, mais qui prétend montrer que les mots ne sont pas toujours indispensables pour exprimer des sentiments

7 jours pas plus, premier long-métrage de Hector Cabello-Reyes librement adapté de El Chino de l’Argentin Sebastian Borensztein, se veut une fable en forme de comédie sociale surfant sur l’immigration, l’intégration et le racisme. Ce n’est pas très réussi, dans la mesure où le réalisateur rend platement le côté surréaliste de la rencontre entre les deux principaux protagonistes.

Fidèle au genre de personnage atypique, hors norme, fantasque sinon farfelu auquel il nous a habitués, Benoît Poelvoorde donne sans trop convaincre la réplique à Pitobash, un inconnu ici mais une star en Inde et en Afrique . Même si le duo se montre parfois assez touchant dans ses tentatives maladroites, teintées d’exaspération chez notre quincailler bourru mais au coeur d'or c'est bien connu, d’établir le contact. 

En revanche son histoire avec Jeanne ne tient pas debout. Non seulement on ne voit pas très bien ce qu’elle vient faire là, et surtout on ne croit pas une seconde que la séduisante créature puisse le poursuivre de ses assiduités. D’autant que cet ours mal léché ne cesse de la repousser.

Et la vache alors, me demanderez-vous? Eh bien pour le savoir, il faut aller voir le film…

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 30 août.

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Grand écran: "Bonne pomme", comédie laborieuse avec le couple mythique Deneuve-Depardieu

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaabonne pomme.jpgNouvelle collaboration, la dixième, entre Catherine Deneuve et Gérard Depardieu sur grand écran. Cette fois c’est devant la caméra de Florence Quentin, qu’ils se retrouvent. Pas pour le mieux….

En deux mots, Gérard en a ras-le-bol d’être pris pour une bonne pomme par sa belle-famille. Alors un beau jour, il quitte tout et part reprendre un garage dans un bled paumé. En face, il y a une auberge, tenue par Barbara, une belle femme déconcertante et imprévisible au caractère de cochon, qui exploite sans scrupule les habitants du village. Qui lui rangent sa terrasse ou s'occupent des clients du restaurant, quand Madame s'éclipse sur un coup de tête. Et Barbara, prenant des airs de diva offusquée, est plutôt coutumière du genre.

Elle ne va pas tarder à agir pareillement avec Gérard, garagiste fugueur ne buvant que... du jus d’abricot. Tout sucre tout miel, tombé sous le charme de l'intraitable et improbable aubergiste, il la laisse complaisamment le tourner en bourrique. Véritable crème d'homme, protecteur au grand cœur, il fait preuve à son égard d’une bienveillance et d’une générosité rares.

Décidément Catherine Deneuve continue, après Elle s'en va  et Sage Femme, à se complaire en fofolle plus ou moins indigne et irresponsable, sifflant des bières ou tapant le carton. Cette comédie laborieuse au scénario bancal représente celle de trop dans le genre.

Même s’il est indéniable qu’il se passe toujours quelque chose entre ces deux monstres sacrés, il ne suffit pas de les réunir pour faire un bon film. Et encore moins en y ajoutant une caricaturale Chantal Ladesou, qui en fait des tonnes en mémé gouaillante exaspérante, fan du gratin de pâtes!

Avec Bonne pomme, Florence Quentin est en effet loin de la plume mordante, cynique, humoristique, qu’elle a notamment exercée en tant que scénariste pour Etienne Chatiliez dans La vie est un long fleuve tranquille ou Tatie Danielle. Et c’est bien dommage.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 30 août.

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29/08/2017

Grand écran: "Petit paysan", thriller psychologique dans une ferme. Prenant

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaèetitpaysan.jpgPierre, la trentaine, est éleveur de vaches laitières. Son quotidien se déroule entre sa ferme, sa sœur Pascale vétérinaire, et ses parents dont il a repris l’exploitation. Alors qu’une épidémie se déclare en France, provoquant l’abattage du bétail, il découvre avec horreur que l’une de ses bêtes est contaminée.

Face à la menace de perdre tout son troupeau, il décide de lutter seul contre la propagation du mal et, au lieu d’avertir les autorités sanitaires, tue lui-même l’animal en cachette. Non seulement ce n’est pas une mince affaire mais, tombant dans l’illégalité, passible de prison, il est pris dans un engrenage infernal.

Sensible, subtil, lucide, prenant, Petit paysan, inspiré des épisodes de panique provoqués par la maladie de la vache folle ou la fièvre aphteuse, est signé Hubert Charuel. Qui sait de quoi il parle, étant lui-même fils d’éleveur. Il propose un premier long-métrage sous tension bien écrit, parfaitement documenté, entre naturalisme et cinéma de genre.

Distillant une atmosphère anxiogène, flirtant avec le fantastique, il mêle thriller psychologique et réflexion sur les difficultés économiques et les tâches épuisantes des paysans. Le tout à travers un héros cherchant obsessionnellement à nier la réalité et se murant de plus en plus dans l’isolement au fil de l’intrigue,

Hubert Charuel évoque aussi le rapport affectif trouble de Pierre avec ses vaches, bridant sa sexualité. Elles sont toute sa vie, au grand dam de la boulangère amoureuse de lui, ainsi que de ses parents, plus particulièrement de sa mère tentant maladroitement de le pousser dans les bras d'une éventuelle épouse.

Une jolie réussite à laquelle les comédiens contribuent largement. A commencer par le principal, le formidable Swann Artaud, Aux côtés de Sara Giraudeau, il se révèle absolument impeccable dans le rôle de Pierre, personnage singulier, attachant, sous pression, à la fois touchant, maniaque et paranoïaque.

 A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 30 août.

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22/08/2017

Grand écran: Sofia Coppola déçoit avec "Les proies", 46 ans après l'original sulfureux de Don Siegel

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaproes.jpgNous sommes en 1864 et la guerre de Sécession fait rage. Le caporal McBurney, un nordiste déserteur grièvement blessé à une jambe trouve refuge dans un pensionnat de vertueuses jeunes filles en Virginie, tenu par la pieuse et puritaine Miss Martha Farnsworth. Loup dans la bergerie, à la fois prédateur, manipulateur, romantique, il devient bientôt l’objet des fantasmes des recluses corsetées physiquement et psychologiquement qui se lâchent et se mettent à jouer les séductrices perverses…


C’est du moins ce dont Sofia Coppola veut nous convaincre dans Les proies. Pourtant, en dépit d’une belle photographie, de jolis costumes (son péché mignon), cette nouvelle version se révèle d’un intérêt mineur. Le casting, pourtant prestigieux (Colin Farrell, Kirsten Dunst, Elle Fanning, Nicole Kidman), n’arrange pas vraiment les choses. Au contraire dira-t-on, surtout dans le choix du personnage masculin, Farrell étant hélas très loin d’avoir le charisme du sulfureux Eastwood, obscur objet de la concupiscence de ces femmes.


Trop lisse et trop sage Sofia Coppola ne nous laisse guère éprouver la tension extrême ambiante, l’irruption sauvage du désir, la peur du yankee, la jalousie, la frustration sexuelle, qui donnaient le côté équivoque, dérangeant, vénéneux de l’original. Un chef d’oeuvre du genre, tiré du roman éponyme de l’écrivain Thomas Cullinan que Don Siegel avait adapté en 1971, avec Clint Eastwood dans le rôle titre.

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaasofia.jpg«Deux facettes d’une même intrigue»

Tout en respectant assez fidèlement sa trame, Sofia Coppola, qui au passage avoue aimer les petits budgets pour ne pas se voir imposer des choses, se défend d’avoir eu l’intention de réaliser un remake. Elle ne ressentait pas comme un défi de revisiter le film de Siegel. «Au contraire, j’ai voulu l’oublier. Pour moi, ce sont deux facettes d’une même intrigue », déclarait-elle lors de sa conférence de presse à Cannes, où son septième long-métrage prétendait à la Palme d’or

Quand on lui a proposé le sujet, elle a lu le livre, réfléchi à une autre manière de raconter cette histoire. «Je me suis plongée dans cette époque, j’ai cherché un lien avec la réalité d’alors tout en gardant ma liberté artistique. Et je me suis dit que j’allais faire quelque chose de différent, d’amusant et de juteux, en partant du point de vue des femmes.

«C’est intéressant d’en avoir sept représentantes d’âges différents », ajoute-t-elle. J’ai tenté de montrer leurs rapports, leur façon de se comporter de se parler. Pendant la guerre, elles sont enfermées, isolées, coupées du monde et ont développé un instinct de survie. Quand le caporal débarque, il gâche tout. Elles donnent alors libre cours à leur agressivité et entament une lutte de pouvoir avec cet homme ».

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 23 août.

 

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Grand écran: avec "120 battements par minute", Robin Campillo signe un flm choc, rare et captivant

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaabattements.jpg«Melton Pharm assassins», scandent les militants d’Act Up en arrosant les bureaux du groupe pharmaceutique de faux sang… Nous sommes au début des années 90. Alors que le sida tue depuis une dizaine d’années, les activistes de l’association parisienne créée en 1989, deux ans après sa sœur américaine, multiplient les méthodes coup de poing et les mises en scènes ébouriffantes, pour lutter contre l'indifférence générale à la maladie. Nouveau venu dans le groupe, Nathan va être bouleversé par la radicalité de Sean qui consume ses dernières forces dans l’intensité de la lutte. Au cœur de l’action, les deux amants vont mener leur propre combat.

Plébiscité sur la Croisette en mai dernier, le film a décroché le Grand Prix du jury. Fort, bouleversant, captivant, Il méritait la Palme d’or. Le jury présidé par Pedro Almodovar a pourtant raté la cible en n’offrant à son auteur Robin Campillo «que» le Grand Prix. Œuvre rare, s’adressant autant au coeur qu’à l’intelligence, 120 battements par minute rend justice à ces femmes et à ces hommes qui n’hésitaient pas à payer de leur personne quand il s’agissait de monter des opérations choc. (Voire ci-dessous)

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaarobincam.jpg«J’avais peur de me confronter à mes souvenirs»

Robin Campillo, 55 ans, a mis longtemps à s’attaquer au sujet. «En 1990 déjà, j’ai eu envie de faire un film sur le sida mais je ne trouvais pas de biais », expliquait-t-il lors de la conférence de presse cannoise, où lui et ses comédiens aussi remarquables qu’engagés, dont Adèle Haenel, Nahuel Perez Biscayart, Arnaud Valois, Antoine Reinartz, ont été follement applaudis » Chaque fois je reculais parce que j’avais peur de me confronter à mes souvenirs, de ne pas être à la hauteur ». Lui-même entré à Act Up, il a vécu, comme dans le film, des drames qu’on vous laisse découvrir.

Finalement il s’est lancé. «Mais j’ai essayé d’aller dans le côté froid qui laisse mieux ressortir l’émotion J’avais envie de choses très naïves au premier degré, contrebalancées par la difficulté de vivre une histoire d’amour avec quelqu’un atteint du sida. Une histoire qu’il raconte formidablement, à l’image de tout son long métrage. A la fois trivial et pudique, mêlant l’intime et le politique, il réussit à éviter tout pathos en évoquant la mort qui ne cesse de rôder autour de ces jeunes gens animés d'une soif de vivre, mais sacrifiés pour avoir trop aimé.

Libération de la parole

120 battements par minute est le troisième long métrage de Robin Campillo après Les revenants (2004) qui a inspiré la série homonyme sur Canal + et Eastern Boys en 2013. Un grand film sur la nécessité non seulement d’alerter mais de bousculer, qui propose une mise en scène très maîtrisée où alternent les séquences d’intimité, d’action et de débats. On voit par exemple souvent le collectif rassemblé en assemblée générale discuter longuement et passionnément de ses nouvelles opérations et formes de communication.  

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaactions.jpgLe réalisateur insiste sur la libération de la parole à cette époque. Un flot de paroles après dix ans d’épidémie tragique ignorée, que traduisent les nombreuses et passionnantes discussions entre les militants. Et ça, il sait faire, Campillo, ainsi qu'il l’avait démontré dans «Entre les murs» de Laurent Cantet, Palme d’or en 2008, dont il est le coscénariste et le monteur. «Il existait une communauté sida et des gens qui ne s’en rendaient pas compte. Il fallait arrêter ce silence».

Campillo revient également sur la difficulté de créer un mouvement politique. «Les choses prennent quand ça devient une lutte. Act Up était très petite mais il y avait des réunions chaque semaine. J’ai réalisé le film pour rappeler ce qu’était ce rassemblement de personnes qui ont forgé ensemble un vrai discours et une action forte. J’ai voulu montrer ce groupe comme un cerveau qui imaginait des choses. Le collectif, c’était une façon de rester debout. Il y avait aussi quelque chose d’assez joyeux chez Act Up. Pour ne plus subir l’épidémie, sortir du cercle mortifère». En témoignent de bienvenues pointes d’humour.

Bien que l’action se déroule il y a 27 ans, il ne s’agit pas d’un film d’époque. « Je m’en méfie. J’ai toujours le sentiment qu’il faut trouver le bon vêtement. J’ai juste retiré des expressions trop actuelles. En même temps, il fallait que le spectateur soit projeté dans un présent. Je voulais qu’on soit dans un univers parallèle. C’est le côté un peu fantastique du cinéma».

Les « zaps » les plus célèbres d’Act Up

Silence=mort. C’était l’un des slogans des militants d’Act Up qui se sont démenés à coups de «zaps», défendant toutes les populations touchées par l’épidémie. Ils se sont ainsi affrontés aux lenteurs à visée commerciale des grands laboratoires pharmaceutiques, pour que les services publics se saisissent enfin de la gravité de la situation.

L’une de leur plus grande réussite médiatique reste le fameux encapotage de l’obélisque de la Concorde le 1er décembre 1993 avec la pose d’un préservatif géant rose financé par Benetton pour faire passer ce message : *sida que cesse cette hécatombe ».

Il y eut également leurs nombreux «die in», où ils s’allongeaient sur la voie publique pour symboliser les morts du HIV. Comme le 1er décembre 1994 au milieu des Champs-Elysées, ou devant la cathédrale Notre-Dame de Paris en 2009 pour protester contre les propos du pape Benoît XVI sur le préservatif.

Plus récemment, en 2013, les militants déversaient du faux sang sur la façade de la Fondation
Jérôme-Lejeune à Paris, dont la directrice de communication Ludovine de la Rochère, est également présidente de la Manif pour tous.

A l‘affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 23 août.

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09/08/2017

Grand écran: Fanny Ardant en "Lola Pater", une évidence pour le réalisateur Nadir Moknèche

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaafanettew.jpgFils d’immigrés algériens, Zino a grandi persuadé que Farid, son père, les a abandonnés, sa mère et lui. A la mort de cette dernière, il apprend que Farid n’est pas retourné en Algérie, mais qu’il vit en Camargue. Zino part alors à sa recherche dans le sud de la France et rencontre Lola, professeure de danse orientale. Elle finit par lui avouer qu’elle est Farid. Zino a de la peine à l’accepter. Toujours prête à tout, Fanny Ardant n’a pas hésité à se couler dans le rôle de Lola, donnant la réplique à Tewfik Jallab (photo

Nadir Moknèche s'est attaqué à un thème délicat qu'il traite avec subtilité et sensibilité, évitant la caricature et le cliché. "L’idée du film vient de loin. Dans les années 80, j‘habitais Pigalle et j’avais deux voisines transsexuelles qui se prostituaient en bas de chez moi. Le 11 mai 1987, alors qu’Antenne 2 retransmettait l’ouverture du procès de Klaus Barbie l’une d’elles m’a demandé si elle pouvait venir voir la télévision chez moi. J’ai d’abord pris un air condescendant du haut de mes 22 ans. Ensuite nous avons sympathisé Avec le temps, je suis entré dans ce monde et j’ai découvert une autre vie".

Pourquoi avoir choisi Fanny Ardant.

Je l’avais vue dans Vivement dimanche et j’avais cru alors qu’elle était italienne. Je suis dingue des actrices italiennes. Et puis, lors d’un déjeuner chez ma mère, on parlait du scénario, du personnage. Tout à coup, elle m’a dit comme un oracle  "Ne cherche pas, il y a une seule actrice qui peut jouer ce rôle. Fanny Ardant". On s’est rencontré et tout s’est enchaîné.

On pourrait vous reprocher de ne pas avoir choisi une vraie transsexuelle, comme l’a fait par exemple Sebastian Lelio pour "Una mujer fantastica".

Le cinéma est un métier et j’aime travailler avec les acteurs. Actuellement il n’y a pas de comédienne transsexuelle. Peut-être sera-ce le cas dans vingt ans. mais j’espère qu’elles ne seront pas cantonnées à ce genre de rôle. Le choix de Fanny Ardant s’est imposé de lui-même. Elle et moi nous sommes investis corps et âme dans ce personnage de Lola. (C’est aussi l’avis de l’intéressée. Voir notre interview de Fanny Ardant du 4 août dernier).

Si vous vous mettez dans la situation du fils, comment auriez-vous réagi ?

J’aurais également été dans le rejet a priori. Et puis j’aurais essayé de comprendre pourquoi c’est si douloureux d’être dans le mauvais corps. Personnellement je n’ai pas connu mon père. Il est mort alors que j’avais trois ans. Plus tard je me suis demandé comment je me serais entendu avec lui. Et je me suis aussi dit, si le cas s’était présenté, qu’il était préférable d’avoir un père vivant, en femme ,qu’un père mort, en homme.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 9 août.

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03/07/2017

Grand écran: "Una mujer fantastica", le combat dune transgenre face à l'hostilité sociale et familiale

aaaaaaaaaaaaaaaaaaamujer.jpgAprès le triomphe de « Gloria », une divorcée de 58 ans déterminée à braver l’âge et la solitude, le Chilien Sebastian Lelio s’est lancé, avec « Una mujer fantastica » (Une femme fantastique) , dans le délicat sujet du transgendérisme. Cette femme, c’est Marina. Loin des regards, elle vit avec Orlando, son aîné de vingt ans. Ils s’aiment, malgré tout ce qui les sépare, les années et la différence de Marina.

Toujours désireux de lui plaire, Il décide de l’emmener aux célèbres chutes d’Iguazu, situées entre le Brésil et l’Argentine. Mais le voyage ne se fera pas. Terrassé par un malaise, Orlando meurt quelques heures plus tard. Privée de son amour, de sa bienveillance, de sa protection, Marina se retrouve en butte à l’hostilité de la société et de ses proches, rejetant tout ce que représente cette personne à «l’identité douteuse».

Marina lutte pour conquérir son droit au respect

Tandis que la police la soupçonne de meurtre et que l’inspectrice des moeurs la soumet à une humiliante visite médicale, la famille d’Orlando, mêlant la cruauté ordinaire à la mesquinerie crasse, veut chasser ce «monstre», cette «prostituée vénale» de l’appartement d’Orlando et va jusqu’à l’interdire d’obsèques. Seule face à la violence, la colère, la défiance et l’animosité de tous, Marina ne baisse pas les bras. Dotée d’une force et d’une énergie à tout crin, elle va au contraire se battre pour conquérir son droit au respect et à la dignité.

Entre retenue et tension, passant du mélodrame à une forme de thriller, Sebastian Lelio évite le militantisme, le pathos, pour développer son intrigue avec subtilité, intelligence et délicatesse, le «cas» de Marina devenant alors surtout un sujet pour les autres protagonistes. Une réussite à laquelle contribue son héroïne interprétée avec passion par la talentueuse et charismatique Daniela Vega (photo), une vraie femme transgenre. Comme le souhaitait le réalisateur qui, de Berlin où il habite désormais, nous en dit plus sur le point de départ de son cinquième long métrage.

«Je voulais explorer de nouveaux territoires»

« Gloria représentait à la fois une fin et un commencement. Suite à son succès, j’ai eu envie d’explorer de nouveaux territoires, de trouver une histoire qui me forcerait à avancer. C’est ce qui m’excite dans mon métier. Alors que j’étais en train d’écrire avec mon coscénariste Gonzalo Maza, je me suis demandé ce qui se passe pour celui ou celle qui reste quand quelqu’un meurt dans ses bras. Après avoir imaginé plusieurs possibilités, j’ai eu l’idée d’une femme transgenre. Mais je n’en connaissais pas et je sentais que j’avais la tête farcie de clichés ».

-C’est alors que vous avez décidé d‘en rencontrer ?

- Effectivement. Nous en avons vu plusieurs à Santiago, que j’ai trouvées très inspirantes. Mais sans que je les imagine en comédiennes. Jusqu’à ce qu’on me recommande Daniela Vega». J’ai alors réalisé qu’il me fallait une actrice transgenre. Pour moi c’était impératif. Sinon, je n’aurais pas fait le film.

- «Una mujer fantastica» n’est pas militant dans la mesure où vous ne traitez pas spécifiquement du problème de la transition, de la difficulté à s’assumer, mais avant tout de la façon dont Marina est considérée et traitée pour ce qu’elle représente.

-Je crois que le cinéma a vocation à être plus complexe qu’exposer ou défendre certaines causes. Un moyen de les surmonter, de les transcender. La présence de Marina nous emporte ailleurs. On est à la fois dans un musical, une fantaisie, un documentaire. En dépit d’un certain aspect réaliste, le film n’est pas réaliste en soi.

- Vous posez plus de questions que vous ne donnez de réponses. Notamment à propos de votre héroïne.

-C’est vrai. Révélateur, reflet, miroir, pierre angulaire, elle est plus ou moins énigmatique. On ne sait pas exactement qui elle est. Elle demeure un mystère. Je suis comme elle. Si je ne nie pas avoir une fascination pour le féminin, Je refuse d’être catalogué.

-Votre film a une dimension politique. Est-il une représentation du Chili aujourd’hui?

-C’est inévitable, puisqu’il en émerge. Il est révélateur d’un aspect d’une société chilienne très conservatrice dans un pays à démocratie limitée où continue à régner l’injustice sociale.

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 5 juillet.

 

 

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21/06/2017

Grand écran: "Le Grand Méchant Renard et autres contes", irrésistiblement drôle et émouvant

aaaaaaaaaarenard.jpgBenjamin Renner avait fait un carton, en remportant le César du meilleur film d’animation en 2013 avec Ernest et Célestine, tiré du livre de Gabrielle Vincent et coréalisé avec le duo belge Patar et Aubier. Il récidive en adaptant de sa propre BD Le Grand Méchant Renard et autres contes,qui lui avait valu le Fauve d’or en 2016 à Angoulême.

Drôlerie, émotion, humour et tendresse, inversion des rôles et détournement des genres, délicatesse du dessin sont au rendez-vous dans cette irrésistible comédie animalière patticulièrement bien écrite, composée de trois actes. Le premier met en scène une cigogne futile et sans-coeur, chargée de livrer un bébé. Mais la paresseuse s’en débarrasse en le confiant à un lapin, un canard et un cochon. Un trio d’andouilles certes sympathiques, mais qui aura toutes les peines à mener à bien sa précieuse et délicate mission.

Le second acte s’articule autour d’un renard qui donne son titre au film mais qui a bien du mal à l’assumer. Il n’a de grand méchant que le nom et du coup sa réputation de prédateur carnivore en prend un drôle de coup. Le malheureux ne sait qu'inventer pour effrayer les poules. Il se fait même copieusement injurier et rosser dès qu'il pénètre dans le poulailler

Il se rabat alors sur les œufs destinés à devenir de petits poussins délectables. Héla pour lui, sortis de leur coquille, ceux-ci l’appellent maman et ne cessent de lui prouver leur amour. Moralité de cette fable qui rappellet La Fontaine, tout le monde peut dans le fond être mère.

Le troisième conte reprend le trio lapin-canard-cochon qui, craignant d’en avoir tué le père, tente de sauver Noël. Il est un peu faible comparé aux deux premiers, mais les enfants n’en bouderont pas leur plaisir pour autant. Les adultes non plus.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 21 juin.

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