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07/08/2009

Tempête dans un verre d'eau, un concept inventé pour Locarno

 

Comme à chaque festival locarnais ou presque, on a eu droit à notre tempête dans un verre d’eau. Cette fois, il s’agit de la polémique entre l’Office fédéral de la Culture (OFC) et deux associations de producteurs de films. En substance, elles dénoncent le manque de transparence, ainsi que des irrégularités dans l’octroi de subventions.

 

Du coup on s’écrasait les arpions lors de la traditionnelle conférence de presse du conseiller fédéral Pascal Couchepin. La star du jour. Faisant la pige aux réalisateurs et acteurs qui viennent causer de leurs œuvres. J’espère que le président Solari n’en a pas pris ombrage, lui qui ne porte pas trop les vedettes dans son cœur, à en juger par son récent discours …

 

Mais je m’égare. On s’en doute, le ministre balaye les charges. A l’instar de Jean-Frédéric Jauslin, le directeur de l’OFC. La presse reste coite, tandis qu’on s’agite du côté des producteurs. L’union n’est pourtant pas sacrée. D’un côté il y a ceux qui se désolidarisent de la procédure de leurs collègues, sans pour autant trouver super la politique de Monsieur Cinéma, alias Nicolas Bideau. Qui ne pipe d’ailleurs mot sur le sujet. Tout ce qu’ils veulent en somme, c’est davantage de sous pour mieux bosser.

 

De l’autre, on trouve un plaignant ratiocineur, tel un môme dont on a cassé le jouet. Voyant les choses tourner à la bagarre stérile dans un préau d’école, papa Couchepin décrète qu’on va s’arrêter là et laisser les juristes décider de qui a raison.

 

Le conflit s’est toutefois poursuivi dans un autre point de presse, les mécontents réitérant leurs accusations et espérant l’aboutissement de leurs plaintes. Inutile de dire que pour les journalistes étrangers présents, c’était du chinois. Pire car les Chinois non plus pigeaient que dalle. Je ne vous cacherai pas que je me sentais très proche d’eux.

 

Mais quid du cinéma dans l’affaire ? Celui qu’on est censé voir à l’écran, je veux dire? Eh bien rassurez-vous, ce cher Pascal a tiré un bilan positif de l’année 2008. Il a même annoncé une petite hausse  du budget alloué par Berne et un soutien aux séries télévisées. Pas étonnant. Pour lui, le cinéma suisse est devenu un enjeu de société. Mazette! Figurez-vous qu’à l’occasion d’un enterrement où il s’est rendu, on ne parlait que de ça au bout de cinq minutes. Imaginez le tabac si en plus tous ces gens allaient voir les films !

 

C’est ce qu’on va faire, puisqu’on est en principe désormais débarrassé de ces chamailleries internes oiseuses. On attend par exemple la comédie du Zurichois Christoph Schaub, proposée samedi soir sur la Piazza Grande. Son auteur ayant l’air assez content de lui, cela pourrait contribuer à faire enfin décoller le festival, toujours plus ou moins cloué au sol. Notamment par le drame d’une rare niaiserie, signé Nick Cassavetes, sur une adolescente atteinte d’une leucémie. Le grand John doit se retourner de honte dans sa tombe. Alors qu’il y avait un vrai sujet à traiter, les parents ayant décidé d’avoir un deuxième enfant génétiquement contrôlé, qui deviendrait un donneur parfait. Sauf que celui-ci,  en l’occurrence une petite fille, demande une émancipation médicale pour pouvoir disposer de son corps.   

 

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06/08/2009

Le président Solari fustige les barbares et les ignorants

 

Il y a des choses qu’on ne dit pas au président Marco Solari. Evoquez l’absence de paillettes à Locarno et il voit rouge. Un peu à l’image du taureau quand on lui agite une cape sous le nez. L’an dernier, lors du traditionnel cocktail d’ouverture il avait piqué une grosse colère contre la perfidie de la presse alémanique, en particulier la NZZ, qui accusait le festival de manquer de bons films et de stars.

 

Toujours aussi remonté, le boss a persisté dans ce sens, un barbare lui ayant suggéré l’idée saugrenue de ne garder au programme que la Piazza Grande. Pour ce primitif, la suppression de sections inintéressantes permettrait une substantielle économie et surtout la possibilité d’inviter quelques célébrités du septième art.

 

Que n’avait pas raconté là ce mécréant de la pellicule, cet ignorant crasse de la valeur inestimable du trésor patrimonial tessinois, témoignage de liberté depuis sa création en 1946! Qu’importe la présence de stars qui n’ont rien à dire, en regard de la qualité des œuvres présentées, martelait en substance le décoiffant Marco d’une voix de stentor. Nous ne faisons pas du marketing mais de la culture. C’est pour cela que vous venez si nombreux chaque année et que vous êtes là ce soir. Gros applaudissements de la foule qui, juste en passant, écoutait d’une oreille, gardant fermement un œil sur le buffet. Histoire de s’empiffrer de champagne et de petits-fours pour gratter, comme d’habitude, sur la bouffe du soir.

 

Reste que les vedettes de tout poil sont averties. Débarquer à Locarno ne leur coûtera pas seulement bonbon, mais elles seront bien inspirées de se munir de leur certificat d’études pour plaire à Son Eminence solarienne. J’attends quand même sa réaction éventuelle, au cas où un Tom Cruise ou assimilé brûlerait de venir s’exhiber en plein air devant 8000 personnes en délire…

 

En attendant on a été servi, côté intello, avec la projection, sur écran géant, de La guerre des fils de lumière contre les fils des ténèbres. Le dernier-né du réalisateur Amos Gitaï est basé sur la captation filmée de sa propre adaptation théâtrale de La guerre des Juifs, de l’historien antique Flavius Josèphe, proposée à Avignon en juillet dernier. C’était du lourd. Et ça nous a un peu vidé la Piazza, en dépit de la performance de Jeanne Moreau dans le rôle du narrateur auteur. Mais l’opus avait été programmé en deuxième partie, à 23 heures. En lever de rideau, on lui avait préféré (500) Days Of Summer, une comédie américaine de Marc Webb. Un sacré poids plume à côté. D’où mon angoissant et existentiel pourquoi aux pontes du lieu, si mordus de culture?

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18/08/2008

Un improbable Léopard d'Or

 

Contrairement à certains qui se lèchent les babines ou presque à l’idée de cette compétition 2008, je n’aurais pas attribué de Léopard d’Or, aucun film n’ayant à mon humble avis l’allure du fauve en question. A se demander pourquoi Frédéric Maire n’avait pas jugé bon d’y inclure La Forteresse de Fernand Melgar, incontestablement l’un des gros événements de la quinzaine, au lieu de nous fourguer un documentaire particulièrement calamiteux pour clore le concours. Couchepin en personne a eu toutes les peines du monde à lui trouver un vague charme... Et ce ne sont pas les explications vaseuses du directeur dimanche matin sur les ondes de la Première qui me convaincront d’une visibilité hautement supérieure de l’opus helvétique dans une section différente.

Mais puisqu’il n’était pas question de passer outre à la consécration suprême, j’avais  imaginé deux ou trois titres possibles parmi les dix-sept proposés. Dont  Kisses, de l’Irlandais Lance Daly, montrant la fragilité de deux jeunes fugueurs confrontés à la dureté des adultes. Ou même, soyons fous, Un autre homme de Lionel Baier, un des Romands en forme dans cette édition.  

Inutile de dire que j’étais complètement à côté de la plaque. Au point qu’aucun de mes éventuels prétendants n’a été mentionné au palmarès. Depuis le temps remarquez, je devrais avoir l’habitude, les jurys locarnais  s’ingéniant souvent  à nous dégotter l’improbable. En l’occurrence Parque Via, du Mexicain Enrique Rivero, sorte d’avatar du décoiffant Japonais gagnant de l’an dernier, avec une mise en scène principalement basée sur la répétition des gestes quotidiens d’un vieil  employé de maison menacé de se retrouver à la rue. Du genre repassage et nettoyage, agrémentés d’un peu de sexe. Inutile d’en raconter davantage, dans la mesure où je ne suis pas certaine que vous le voyiez un jour…

Pendant que j’y suis, on ne s’est pas beaucoup plus éclaté sur la Piazza Grande, à part avec la saga d’ouverture Brideshead Revisited de Julian Jarrold, ou  Son of Rambow, la fameuse comédie potache  de Garth Jennings, qui a logiquement reçu le prix du public. Et je n’oublierai pas Palombella Rossa de Nanni Moretti. La rétrospective, les choix  et la présence magnétique de l’icône italienne ont largement contribué à relever le niveau général.

Bref, vivement l’année prochaine ! Mais pitié, sans les détails plombants. Comme l’album panini ou les obsessions glamour de Nicolas Bideau qui s’obstine à mélanger Cannes et Locarno. Et surtout, de grâce monsieur Solari,  sans mystère autour du successeur de Frédéric Maire. Il n’y a rien de tel que ce suspense à la noix, vous forçant à traquer l’info au lieu d’aller au cinéma, pour vous pourrir un festival.

 

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15/08/2008

La Piazza sous le charme de Rambo...

 

Je suis très contente pour le réalisateur britannique Garth Jennings, un amour d’homme qui a gardé une âme d’enfant. Après avoir été snobé par les fans de Nanni Moretti mercredi à la conférence de presse, il a pris une jolie revanche. Sa comédie Son of Rambow  a fait un véritable tabac sur une Piazza Grande plus pleine qu’un œuf. Au point que Garth Jennings et son ami producteur Nick Goldsmith, chose inédite à ma connaissance, ont dû remonter sur scène à la fin de la projection pour recevoir l’hommage d’un public sous le charme. A l’image d’ailleurs de Sylvester Stallone. Trouvant lui aussi irrésistibles, dans le film, les tentatives de remake ado et potache de son premier Rambo, il s’est fendu d’un message personnel enthousiaste à son auteur.

Tant mieux, car c’est au contraire la soupe à la grimace en compétition. Un euphémisme dans certains cas. Par exemple, il fallait  vraiment avoir l’amour chevillé au corps pour continuer à idolâtrer le cinéma italien après avoir visionné son seul et indigeste représentant en lice pour le Léopard d’Or. Certes on prétend toujours que le concours est le parent pauvre du festival. Mais là, ça frôlait le nécessiteux. Et dans la mesure où tout s’achève dans deux jours, le menu ne dvrait pas beaucoup s’enrichir d’ici là.

Il est vrai que j’ai peut-être raté le meilleur. En effet, chinois pour chinois, j’ai bêtement décidé de sauter Le festin de brutes de Pan Jianlin  pour admirer Roger Federer dans ses œuvres à Pékin. Hélas, à le voir suer comme un bœuf dès le début de la partie, j’ai immédiatement compris que les carottes étaient cuites. Il n’empêche, son minable quart de finale contre James Blake me pèse nettement plus lourd sur l’estomac que la plus calamiteuse des sélections locarnaises. C’est dire!

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13/08/2008

Nanni Moretti, icône italienne

Nanni Moretti, l’icône du cinéma italien

 

A Locarno, n’importe quel cinéaste italien fait l’effet d’une cape rouge sur les festivaliers, qui rappliquent aussi sec dès que les Transalpins pointent le bout de leur nez. Alors vous pensez si le célèbre Nanni Moretti a rameuté la foule des grands jours lors de sa  conférence de  presse. D’autant que l’icône squatte les écrans avec une  rétrospective intégrale et tient la vedette dans Caos Calmo, le dernier long métrage d’Antonello Grimald, également projeté ici.

Inutile de préciser qu’il faut s’y prendre tôt pour s’assurer d’un siège. Le jeu consiste donc à venir en masse écouter le metteur en scène précédent évoquer son œuvre. Quitte à ne l’avoir pas vue. Du coup, les questions sont rares, sinon inexistantes. Charge au meneur des débats de patauger pendant  une demi-heure en meublant les silences. De quoi plomber le moral de l’intéressé, certes content de voir du monde, mais se demandant bien pourquoi il n’intéresse personne… En l’occurrence, ce fut le triste sort de Garth Jennings, réalisateur britannique de Son of Rambow, comédie décapante et rocambolesque où deux ados se mêlent de tourner un remake farfelu des aventures de Sylvester Stallone.

Plutôt inélégante, l’attitude. Remarquez, il y a pire dans le genre. Notamment à l’égard de la Suissesse  Dominique de Rivaz, victime d’un des bouche- à-oreille les plus négatifs depuis la naissance du septième art ou presque. Y compris de la part de son producteur. Vous me rétorquerez qu’on n’est jamais mieux trahi que par les siens.

Mais voilà qui n’a pas empêché une cohue indescriptible à l’entrée de la salle. Avec des fans de pellicule qui s’écrasaient sauvagement les petons pour tenter d’assister à la projection de Luftbusiness. Cette fable contemporaine raconte l’histoire de trois jeunes gens dans la dèche, qui se vendent au plus offrant sur un site d’enchères en ligne. Plutôt réussi, le film permet décidément aux Romands de s’illustrer dans toutes les sections du festival.  

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12/08/2008

Cinéma Tout Ecran devient pluriel

18:28 Publié dans La griffe du léopard | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | | | Pin it! |

Mais qui va succéder à Frédéric Maire?

Les films qui cassent franchement la baraque ne courant pas les salles, les journalistes se sont découvert une autre passion à Locarno cette année. En cette période olympique, leur sport favori consiste à trouver un successeur au directeur du festival. Frédéric Maire, qui présidera, on le sait, aux destinées de la Cinémathèque après l’édition de 2009.

Inutile de dire que les potins vont bon train et que les noms les plus fantaisistes circulent. Du coup, il y a foule à piétiner au portillon. On y trouve pêle-mêle Mac Maeder, directeur de Pathé Suisse, Micha Schiwow, directeur de SwissFilms, Jean Perret, manitou de Visions du Réél, Nicolas Bideau, chef de la section Cinéma, voire Thierry Jobin, critique au Temps. Certains démentent en jouant l‘ahurissement bidon à la découverte de la chose, d’autres  se montrent, paraît-il assez sûrs de leurs chances. A l’image d’Olivier Müller, l’adjoint de Bideau, qui mènerait même un lobbying d’enfer auprès des producteurs suisses.

Bref, pourquoi pas le concierge du Kursaal, pendant qu’on y est ? En tout cas, ces spéculations mettent en joie les décideurs. « Non seulement on découvre dans la presse qui on est censé nommer, mais  ça fait encore plus parler du festival. » Quant à Frédéric Maire, il s’amuse à en rajouter. « Moi aussi j’entends des rumeurs.. Concernant par exemple Giorgio Gosetti et Teresa Cavina, pontes du festival de Rome, ou le réalisateur vaudois Lionel Baier. Une idée pas si farfelue dans le fond, étant donné sa capacité a tout faire en même temps, diriger l’ECAL, produire ses films, tenir la caméra, jouer dedans… »

Plus sérieusement, le patron de Locarno affirme que les discussions sur le sujet ne commenceront qu’à l’automne. En dépit de ces affirmations, ne se livrerait-il pas lui aussi à quelques supputations avec le président Solari ? « Non. Et quand bien même cela serait, je ne vous le dirais pas.» Un vrai petit farceur, ce Frédéric Maire.

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10/08/2008

Les Romands cartonnent à Locarno

 

Normal que les Alémaniques l’aient mauvaise cette année. Non seulement ils se plaignent que  les Romands raflent la mise, mais ces derniers font mouche. Jusqu’ici du moins, en proposant incontestablement ce qu’on a vu de mieux  en compétition et chez les cinéastes du présent..

A commencer par Lionel Baier, candidat au Léopard d’Or avec son irrésistible Un autre homme, Bijou en noir et blanc, ludique, culotté, provoquant, très sexe, en forme de satire sociale sur le désir de plaire et l’envie de pouvoir.

Ce film, qui épingle joyeusement des critiques de cinéma à l’éthique douteuse à travers la relation perverse et les jeux érotiques d’un pigiste plagiaire et d’une brillante manipulatrice dans le domaine, a été en plus tourné avec des bouts de ficelles. Sans aucun argent de l’OFC, Nicolas Bideau et ses experts ayant refusé de le soutenir. Comme le raconte sur le site des Quotidiennes l’excellente Natacha Koutchoumov, partageant l’affiche avec Robin Harsch.

Certes, cela n’a pas grand-chose à voir, mais quand on pense que le chef de la section Cinéma a préféré mettre de l’argent dans sa saugrenue opération panini, dont la facture se monterait donc  finalement à 300.000 francs, on hallucine la moindre…

Il reste à espérer que les spectateurs se rueront dans les salles à la sortie d’Un autre homme. Histoire d’augmenter la part de marché pour 2008 et surtout pour montrer aux responsables de la Culture à quel point ils peuvent rater la cible !

A l’image de Baier mais dans un tout autre genre et sans les mêmes problèmes, Fernand Melgar a lui aussi mis dans le mille avec La Forteresse, un rpojet décidé à la suite du oui populaire au durcissement des lois sur l’asile. Il suit ainsi des requérants d’asile dans l’attente d’un statut de réfugiés au Centre d’enregistrement de Vallorbe, où il s’est immergé pendant deux mois avec son équipe. Montrant la détresse des demandeurs et les employés qui y sont confrontés, son documentaire est également  un objet de réflexion sur un pays moins xénophobe qu’on l’imagine, se posant des questions et doutant de son identité. Fort, émouvant et de nature à nourrir le débat politique.        

 

 

 

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08/08/2008

Tant que le cinéma suisse bouge encore...

 

Il n’y a pas que les Jeux Olympiques dans le monde. Il y a aussi l’état de la pellicule helvétique qui  a fait, comme chaque année, l’objet d’une conférence de presse très suivie à Locarno. Et à ce propos tout baigne, à en croire Jean-Frédéric Jauslin, directeur de l’ Office de la Culture, dont on pourrait résumer ainsi la satisfaction : tant que le cinéma suisse n’est pas mort, il se porte bien… Raison de ce diagnostic fort positif: la présence de plus de huit cent mille personnes dans les salles l’an dernier.

Sauf qu’à y regarder de plus près, seul le documentaire tire relativement son épingle du jeu et que les chiffres du premier semestre de 2008 sont plutôt catastrophiques. Ce qui m’inciterait à penser que notre Monsieur Culture a une idée très personnelle de la bonne santé des choses. Invité à s’exprimer sur la question, il n’en démord pas. Tout en se défendant certes de nager dans l’optimisme béat, il estime non seulement que le trend est bon mais le potentiel énorme. Soutenu par Nicolas Bideau, chef de la section Cinéma, sentant  lui que «le film suisse existe».

Rassurant, non ? Ca me fait songer à ce malheureux  Köbi Kuhn, vantant follement avant juin dernier les possibilités fabuleuses de nos footeux. C’est dire si les réalisateurs ont du souci à se faire au cas où leurs œuvres suivraient la même pente savonneuse que l’équipe nationale… Et si je vous cause de crampon, c’est que Bideau, surfant sur la vague de l’Euro, a eu la faussse bonne idée d’une brochure intitulée «Le cinéma suisse- film&faces », à travers laquelle l’OFC veut donner un visage à la grande famille du septième art. Et qui, surtout, fonctionne à la manière des panini. Je vous passe les détails, mais quand l’album est au complet ­–les fans du genre comprendront-  on peut gagner des prix « magnifiques».  Par exemple des entrées  à « La nuit fauve du Cinéma suisse ». C’est Byzance.

Reste à savoir si les festivaliers seront saisis par le démon du jeu. En tout cas, il y en a un qui a catégoriquement refusé de figurer dans la plaquette. C’est le cinéaste vaudois Lionel Baier. Non qu’il rechigne à se voir assimilé au Ronaldo de l’histoire « si seulement j’avais son physique», mais parce qu’il déteste la colle!

Au fait, vous vous demandez peut-être combien a coûté cette affaire. 45.000 francs, dont la moitié payée par La Poste, m’assure son initiateur. Une paille. Quoique. J’ai en effet appris incidemment par la suite que c’était notamment sans les frais d’impression Ce qui mettrait la facture à quelque 300.000 francs…  

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07/08/2008

La grosse colère du président Solari

Locarno ne s’arrêtera jamais. Quoi que vous disiez et quoi que vous écriviez, rien n’empêchera la marche en avant de ce trésor du patrimoine tessinois…, martèle en substance et très fâché du haut de la tribune,  le président du festival lors du traditionnel cocktail d’ouverture. De quoi freiner la progression vers le buffet de la foule dense et impatiente, pressée comme d’habitude d’enfourner champagne et petits fours, mais un instant décontenancée par la brutalité du discours. Un instant seulement. Le directeur Frédéric Maire avait à peine énoncé sa dernière phrase que tout était englouti par les pique-assiettes avides d’économiser sur le repas du soir….

 

ll n’empêche. Remonté comme une pendule, l’élégant Marco Solari, plus habitué aux ronds de jambes qu’aux règlements de comptes en public et qui nous faisait penser aux diatribes de l’ex-président Marco Muller à l’égard des «ayatollah » zurichois.

 

Eh bien on  n’en était pas loin, dans la mesure où il s’agissait de répondre aux perfidies de la presse alémanique, se gaussant du programme de cette 61e édition. A l’image de la Neue Zürcher Zeitung, évoquant le plus petit des grands festivals qui se targue surtout de découvertes dans ses différentes sections. La pire chose qu’on puisse dire d’une telle manifestation, ajoute la célèbre gazette, qui la compare méchamment à une dégustation de vins. Pour résumer, pas assez de bon cinéma,  pas assez de stars. Profitant de l’occasion pour remuer le couteau dans la plaie en rappelant  le forfait de dernière minute d’Angelica Huston.

 

Mais pourquoi tant de haine? Une jalousie mal placée, semblerait-il. Car pour nos amis d’outre-Sarine, il n’est de bon film que de chez eux ! Or ils se plaignent que cette année, il n’y en a que pour les Romands. Une manière comme une autre de se persuader qu’il faut absolument transférer Locarno à Zurich. Histoire de combler enfin les vrais cinéphiles, ainsi que le prétendent certains.

 

Cette cérémonie un rien orageuse, prélude aux menaces d’une météo capricieuse n’a pas empêché le festival de s’ouvrir avec une belle saga du Britannique Julian Jarrold, auteur du biopic Becoming Jane. Commençant en 1925 et s’étendant sur dux décennies, Brideshead Revisited, adapté du roman d’Evelyn Waugh et dont la télévision s‘était emparée pour une série mythique il y a vingt ans, est une violente  critique de l’aristocratie catholique anglaise. Avec tous les ingrédients pour plaire, amour interdit, passion, religion, trahison. Sans oublier le craquant Matthew Goode et Emma Thompson, jamais vue en mère abusive, dotée d’une vision très arrêtée de la foi. L’œuvre, qui connaît un joli début de succès aux Etats-Unis, devrait bientôt conquérir l’Europe.    

 

 

  

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