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07/08/2012

Festival de Locarno: quand la Piazza Grande ne fait pas rêver...

280px-Piazza_Grande_Festival_del_film_Locarno[1].jpgOn ne cesse de le répéter partout et à l'envi, c’est le plus beau site de projection à ciel ouvert d’Europe avec son gigantesque écran, le point fort du festival, son cœur, son âme, sa vitrine. Je parle évidemment de la Piazza Grande, lieu enchanteur et féérique destiné à faire rêver chaque soir jusqu’à 8000 personnes sous les étoiles.

Une chose est sûre, sa magie et la poésie tant vantées ne sont pas toujours au rendez-vous. On y voit même un certain nombre de nullités, comme cette année. Dont la pire jusqu’ici, Bachelorette, une soupe américaine calamiteuse. Et je je respecte mon langage. Signé de la réalisatrice Leslye Headland, le film est emmené par... Kirsten Dunst, prix d’interprétation à Cannes il y a deux ans pour Melancholia de Lars Von Trier…

Mais qu’est-ce qui a bien pu motiver le choix de cette comédie qui se veut follement drôle, débridée et originale mais qui se contente d’atteindre des sommets de vulgarité et de ringardise? On y suit trois demoiselles d’honneur aussi bien roulées qu’hystériques, sur le point d’assister au mariage de leur copine de lycée obèse. Le tout sur fond d’alcool et de coke pour faire politiquement incorrect. Sans oublier le sel du genre, des gags bien gras imbibés de sperme. Bref, la honte.

Heureusement certains opus, dont on regrette qu’ils aient à s’aligner en si piteuse compagnie, contribuent à relever le niveau de cette 65e édition sur la Piazza. Par exemple, le bouleversant Quelques heures de printemps, où le talentueux Français Stéphane Brizé explore, à son habitude, les troubles de la sphère intime.

Magistralement interprété par Hélène Vincent et Vincent Lindon, l’opus se penche sur la relation terriblement conflictuelle entre un fils et sa mère, évoquant parallèlement une urgence dramatique qui devrait les inciter à se rapprocher l’un de l’autre. Ou pas….

Autre métrage très réussi, Ruby Sparks de Jonathan Dayton et Valerie Faris. Il nous propose l’histoire d’un jeune écrivain à succès qui se débat entre l’écriture et sa vie amoureuse. Couple à la ville comme à l’écran, les deux auteurs s’étaient déjà taillé un joli succès au Tessin en 2006, avec Little Miss Sunshine.

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05/08/2012

Festival de Locarno: Ornella Muti attire la grande foule

647464-338549-jpg_443583_434x276[1].jpgTout ce qui est Italien fait, sur le festivalier locarnais, l’effet de la cape rouge sur le taureau. Si en plus il s’agit d’une star, l’émeute n’est pas loin. Damant le pion à Charlotte Rampling et à Alain Delon, Ornella  Muti, née Francesca Romana Rivelli à Rome en 1955, avait ainsi attiré la méga foule au Forum, après l’hommage qui lui a été rendu sur la Piazza grande.

A la tête de 70 films, dont quatre sont montrés au festival, l’invitée d’Olivier Père, qui a participé à l’âge d’or du cinéma italien avec Risi, Monicelli  et Scola, s’est retrouvée derrière la caméra par hasard. "Je suivais des cours de danse et je n’avais pas du tout l’intention de faire du cinéma mais un jour j’ai accompagné ma sœur qui ne voulait pas aller seule à un bout d’essai . Lorsque le réalisateur m’a vue, c’est moi qu’il a choisie. Non pas parce que j’étais mieux que ma sœur, mais parce que j’avais l’âge de l’héroïne recherchée".

Modeste, elle ne dira pas qu'elle était surtout d’une beauté à tomber et que le réalisateur n’avait pas les yeux dans sa poche. Toujours est-il qu’elle débute à quinze ans dans Seule contre la mafia, un drame sicilien.C’est à cette occasion que le cinéaste Damiano Damiani la baptise Ornella Muti.

Après avoir enchaîné quelques séries B en Italie et en Espagne, Ornella Muti donne la réplique à Ugo Tognazzi, avec qui elle tournera à plusieurs reprises, dans Romances et Confidences (1974) de Mario Monicelli. Ce fut une rencontre très importante professionnellement. Je n’ai pas fait d’école. J’étais une gamine, et j’ai appris sur le tas avec de grands acteurs qui m’ont beaucoup aidée. Primordial également pour moi qui ne prépare pas mes rôles, le travail avec le réalisateur.

Deux ans plus tard, c’est Marco Ferreri qui l’engage pour La dernière femme où elle incarne une jeune puéricultrice, maîtresse d’un père célibataire en l’occurrence Gérard Depardieu. Elle en tournera deux autres avec l’iconoclaste metteur en scène, Histoire de la folie ordinaire en 1981 et L’avenir est de sexe féminin trois ans plus  tard. 

Cette mère de trois enfants qui a toujours donné une importance particulière à la famille fera une troisième rencontre importante avec Dino Risi pour Dernier amour en 1978. Puis on la verra chez Francesco Rosi en 1987 dans Chronique d’une mort annoncée le film de Francesco Rosi qui fit couler beaucoup d’encre suite au titre de Libération Chronique d’une merde annoncée, avant de connaître une nouvelle carrière en France dans les années 90. Tout récemment elle a participé au film de Woody Allen To Rome With Love.

Traversant la cinématographie italienne, Ornella Muti a toujours passé avec aisance du film populaire au cinéma d’auteur, du rire aux larmes. "Je  n’aime pas me limiter à un genre. Par exemple, avant de me coucher, j’ai envie de voir une comédie qui me fait rire. Par ailleurs je trouve qu’une comédie peut aussi faire passer un message. Elle dit se sentir bien dans tous ses  personnages. .. "Ce que j’aime c’est jouer".

La magnifique n’a évidemment pas échappé à la question sur le secret de son look. "Des sacrifices, un régime strict, beaucoup de sport et de la méditation". Comme quoi cela ne suffit pas d’être mariée à un chirurgien esthétique…


Valeria Bruni-Tedeschi dans un fauteuil roulant

images[8].jpgAvant Ornella Muti, c’est le réalisateur transalpin Edoardo Gabbriellini qui avait, sans surprise, rameuté les troupes à la conférence de presse pour son film Padroni di casa. D’autant que l’opus réunit notamment Elio Germano, prix d’interprétation à Cannes il y a deux ans, Valeria Bruni-Tedeschi et le célèbre chanteur des années 70, Gianni Morandi.

Dans cette variation laborieuse sur le thème de l’homme est un loup pour l’homme, le cinéaste se livre à une réflexion sur la violence, la fragilité qui la sous-tend et la façon dont elle peut peut se déclencher facilement. Un film qui pourrait se dérouler partout mais dontl'intrigue se passe en l’occurrence dans un petit village. Les êtres humains sont vus comme des animaux sociaux, dans une nature qui semble observer de menus événements virant à la tragédie.

Valeria Bruni-Tedeschi joue la femme d’un chanteur retiré depuis dix ans dans les lieux, devenu cynique et désespéré. Clouée dans un fauteuil roulant à la suite d’un ictus, elle subit sa méchanceté. Ce n’est pas le genre de rôle qu’affectionne la comédienne.

"J’ai rencontré Edoardo qui m’a parlé de ce personnage particulier. J’étais à la fois attirée et hésitante. Je n’aime pas trop les numéros de virtuosités, mais plutôt être moi-même en tant qu’actrice. Mais j’ai accepté après avoir rencontré une personne victime de cette maladie il y a 15 ans. J’ai parlé avec elle de sa solitude, de cette prison où elle se trouve sur le plan de la communication. Cela ne m’a pas seulement émue, mais je me suis demandée comment on pouvait vivre de cette manière pendant autant de temps".

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04/08/2012

Festival de Locarno: politique et cinéma suisses au menu. Indigeste...

4169497[2].jpgSoutenir la qualité et récompenser le succès, que voilà une vision d’enfer et une politique décoiffante du cinéma suisse prônée par le conseiller fédéral Alain Berset. Décidé en outre à naviguer en eaux calmes, le conflit ne servant pas à son avis la cause de la pellicule. Alors surtout pas de vagues façon l’ex-Monsieur Cinéma Nicolas Bideau, qui du coup passerait presque pour le terroriste de l’OFC !

Remarquez, ces mots creux illustrent le côté passe-muraille du ministre de la Culture (photo), pour la première fois au Festival de Locarno dans ce rôle. Tandis que la vanité de ce nouveau scénario fait écho à celui de deux films suisses présentés. On se demande en effet bien quelles qualités on a pu leur trouver pour les soutenir. 

A commencer par Image Problem, un redoutable documentaire en compétition évoquant le secret bancaire, les avantages fiscaux, les  sociétés de matières premières exploitatrices, qui ont fâcheusement terni l’image de notre belle patrie.

Simon Baumann et Andreas Pfiffner ont donc décidé d’arpenter le pays pour la redorer. Interrogeant paysans, touristes, riches propriétaires, journalistes, ainsi qu’une poignée d’étrangers très déconcertés par leur démarche insolite, consistant à balayer les clichés et à faire tomber les masques en traquant le manque de solidarité et la xénophobie galopante dans cette chère Helvétie.

Si le thème avait tout pour susciter l’intérêt, ce n’est pas le cas de son traitement consternant. A part se moquer bêtement de ses protagonistes, ce métrage en forme de farce grossière ne raconte rien et ne montre pas grand-chose. Se voulant non conformiste, satirique, critique, il n’est que potache et finit par aboutir à l’inverse du but recherché par nos deux Pieds Nickelés de service. Autrement posé, le film s’intitulant Problème d’image, on ne saurait mieux dire…

On tombe un cran plus bas avec Nachtlärm de Christoph Schaub, qui nous raconte l’aventure pour le moins improbable d’un couple dont la vie est carrément détruite par les pleurs incessants de leur bébé. 

Seul  le bruit du moteur de leur Golf permettant au nourrisson de s’endormir, ses malheureux parents sont obligés de l’emmener nuit après nuit, solution éminemment pratique et crédiible, faire une virée sur l’autoroute pour le calmer. Jusqu’au drame inévitable dans une station-service. Le bambin étant laissé seul deux minutes, un voyou et sa copine d’un soir volent la voiture. Sans voir, on se pince, le poupon dans son siège spécial, sur la banquette arrière…

Et c’est parti pour une interminable course-poursuite dans la campagne zurichois où rien ne nous est épargné dans le grotesque, le ridicule et l’invraisemblable. En un mot, aussi excédant qu'affligeant.

De quoi plomber encore davantage les débuts de cette 65e édition, qui peine par ailleurs ferme à  trouver un bon rythme. Sauf quand l’Helvète est mâtiné de Canadien. Comme Peter Mettler, né à Toronto de parents suisses et qui, avec The End Of Time, nous propose une variation assez fascinante sur le temps, en partant de l’accélérateur de particules au CERN. On perçoit même des accents kubrickiens dans ce voyage parfois vertigineux par le côté insaisissable du sujet, qui nous emmène jusqu’à Hawaï, en passant par la ville sinistrée de Detroit, l’ancienne capitale de l’automobile.

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03/08/2012

Festival de Locarno: Alain Delon assure le show

Après Charlotte Rampling, c’est Alain Delon, ovationné la veille sur la scène de la Piazza grande où il a reçu un Léopard d’honneur pour l’ensemble de sa carrière, qui est venu à la rencontre de la presse et du public. Mitraillé par les photographes, assurant le show, le célébre comédien français a évidemment largement contribué au glamour de Locarno, pour la plus grande joie de son directeur artistique, Olivier Père.  

Mentionnant un début de vie assez tragique, un départ à l’armée très tôt, "la fierté du festival" rappelle qu’il n’avait aucun désir de se lancer dans le  cinéma. Jusqu’à ce qu’il voie Deburau, un  film de Sacha Guitry datant de 1951, en ressorte bouleversé et décide d’en faire son métier. Et puis, miraculeusement,le cinéma est venu le chercher. « A cause de mon physique d’abord, mais aussi ensuite pour ce que j’avais à l’intérieur ».

Souriant, décontracté et  plein d’humour, contrairement à sa réputation d’homme tyrannique, colérique et mégalomane, Alain Delon, truand du remarque: "Je ne suis pas un acteur difficile. Avec les grands je marche au doigt et à l’œil. En revanche, avec les imbéciles qui ne savent pas ce qu’ils veulent, je peux effectivement  être terrible".

Et dans les grands, il y naturellement René Clément, son maître, avec qui il a tourné Plein Soleil en 1959, un premier chef d’oeuvre en forme de déclic pour la suite de sa carrière. "C’est après avoir vu ce film que Luchino Visconti est venu me chercher.Je veux ce garçon pour Rocco, a-t-il exigé. Dans son panthéon, on trouve également Jean-Pierre Melville, notamment auteur du Samourai, autre sublime performance d’Alain Delon.

Pour le comédien qui se compare à un premier violon dans l’orchestre, ces hommes sont des artistes, à l’égal d’un chef comme Karajan. "Ils possèdent trois qualités essentielles. Ils vous mettent en scène, vous dirigent puis passent derrière la caméra et deviennent les réalisateurs. Aujourd’hui, la majorité des cinéastes en ont une de ces caractéristiques, parfois deux, mais rarement trois.

C’est ainsi que pour lui, le cinéma est mort au siècle passé. "J’ai fait un cinéma qui faisait rêver. Aujourd’hui ce n’est plus le cas". Avouant toutefois qu’il serait prêt à tout faire pour autant que le rôle soit bon. Relevant aussi qu’un film l’a surpris. C’est Intouchables. J’aurais beaucoup aimé jouer le rôle de François Cluzet".

Encore que le fauteuil roulant soit la chose qu’il redoute le plus. "Je ne crains pas la vieillesse, mais  l’infirmité, l’impotence. Je pense que je me dois tellement à mon public que je ne me montrerai jamais diminué à lui. Ce ne serait pas digne".

Alain Delon évoque encore son passage aux Etats-Unis. "On m’avait dit reste, tu deviendras une grande star. Mais la France et Paris m’auraient manqué. Le cinéma oui, la caméra étant pareille partout, mais l’Amérique non". 

En revanche, il ne tarit pas d’éloges sur les comédiens d’outre-Atlantique. Jouer avec Burt Lancaster, c’était comme donner la réplique à Jean Gabin. Et si j’avais pu, je me serais contenté de servir le petit-déjeuner à Marlon Brando. Pour moi, c’est "the" movie. Il avait même une fois déclaré qu'il serait décédé cliniquement le jour où Brando opartirait...

Enfin, un journaliste chinois lui assurant qu'il est un dieu dans son pays, Alain Delon ne comprend effectivement pas qu’on ne lui ait jamais proposé d’aller jouer là-bas. "J’étais à Shangaï et j’avais du mal à marcher dans la rue tant j’étais sollicité". Sans oublier une anecdote à propos de Johnnie To, un cinéaste avec qui il aimerait travailler. "Il donnait une conférence dans un hôtel. Je suis passé, Johnnie est venu vers moi s'est agenouillé et m'a baisé la main".  

Très applaudi, Alain Delon termine son petit show par une boutadeil  à propos de la grandeur de Locarno, à laquelle il contribue par sa présence: "Pourquoi avez-vous attendu 50 ans pour m’inviter?"

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Alain Delon, "la fierté du festival", assure le show à Locarno

Ehrenpreis-fuer-Alain-Delon-auf-dem-Filmfestival-Locarno_ArtikelQuer[1].jpgAprès Charlotte Rampling, c’est Alain Delon, 77 ans, ovationné la veille sur la scène de la Piazza grande où il a reçu un Léopard d’honneur pour l’ensemble de sa carrière, qui est venu à la rencontre de la presse et du public. Mitraillé par les photographes, le célébre comédien français a évidemment largement contribué au glamour de Locarno, pour la plus grande joie de son directeur artistique, Olivier Père.  

Mentionnant un début de vie assez tragique, un départ à l’armée très tôt, "la fierté du festival" rappelle qu’il n’avait aucun désir de se lancer dans le  cinéma. Jusqu’à ce qu’il voie Deburau, un film de Sacha Guitry datant de 1951, en ressorte bouleversé et décide d’en faire son métier. Et puis, miraculeusement,le cinéma est venu le chercher. "A cause de mon physique d’abord, mais aussi ensuite pour ce que j’avais à l’intérieur".

Souriant, décontracté et plein d’humour, contrairement à sa réputation d’homme tyrannique, colérique et mégalomane, Alain Delon remarque: "Je ne suis pas un acteur difficile. Avec les grands je marche au doigt et à l’œil. En revanche, avec les imbéciles qui ne savent pas ce qu’ils veulent, je peux effectivement  être terrible".

Et dans les grands, il y a naturellement René Clément, son maître, avec qui il a tourné Plein Soleil en 1959, un premier chef d’oeuvre en forme de déclic pour la suite de sa carrière. "C’est après avoir vu ce film que Luchino Visconti est venu me chercher. Je veux ce garçon pour Rocco, a-t-il exigé. Dans son panthéon, on trouve également Jean-Pierre Melville, notamment auteur du Samourai, autre sublime performance d’Alain Delon.

783947_20928058_460x306[1].jpgPour le comédien (photo dans Rocco et ses frères) qui se compare à un premier violon dans l’orchestre, ces hommes sont des artistes, à l’égal d’un chef comme Karajan. "Ils possèdent trois qualités essentielles. Ils vous mettent en scène, vous dirigent puis passent derrière la caméra et deviennent les réalisateurs. Aujourd’hui, la majorité des cinéastes en ont une de ces caractéristiques, parfois deux, mais rarement trois.

C’est ainsi que pour le truand de l'écran mâtiné d'anti-héros tragique, le cinéma est mort au siècle passé. "J’ai fait un cinéma qui faisait rêver. Aujourd’hui ce n’est plus le cas". Avouant toutefois qu’il serait prêt à s'engager dans n'importe quel rôle pour autant qu'il soit bon. Relevant aussi qu’un film l’a surpris. "C’est Intouchables. J’aurais beaucoup aimé jouer le rôle de François Cluzet".

Encore que le fauteuil roulant soit la chose qu’il redoute le plus. "Je ne crains pas la vieillesse, mais  l’infirmité, l’impotence. Je pense que je me dois tellement à mon public que je ne me montrerai jamais diminué à lui. Ce ne serait pas digne".

Alain Delon évoque encore son passage aux Etats-Unis. "On m’avait dit reste, tu deviendras une grande star. Mais la France et Paris m’auraient manqué. Le cinéma oui, la caméra dont je suis amoureux étant pareille partout, mais l’Amérique non". 

En revanche, il ne tarit pas d’éloges sur les comédiens d’outre-Atlantique. Jouer avec Burt Lancaster, c’était comme donner la réplique à Jean Gabin. Et si j’avais pu, je me serais contenté de servir le petit-déjeuner à Marlon Brando. Pour moi, c’est "the" movie. Il avait même une fois déclaré qu'il serait décédé cliniquement le jour où Brando partirait...

Enfin, un journaliste chinois lui assurant qu'il est un dieu dans son pays, Alain Delon ne comprend effectivement pas qu’on ne lui ait jamais proposé d’aller jouer au Japon ou en Chine. "J’étais récemment à Shangaï et j’avais du mal à marcher dans la rue tant j’étais sollicité".

Très applaudi et solicité par les traqueurs d'autographe, le comédien  termine sur une boutade à propos de la grandeur de Locarno, qu'il a brièvement illuminé de sa présence: "Pourquoi avez-vous attendu 50 ans pour m’inviter?"

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02/08/2012

Festival de Locarno: Charlotte Rampling ouvre le bal des médaillés

topelement[1].jpgDiscours des pontes délivrés, petits fours et champagne engouffrés à la cérémonie d’ouverture, Locarno, 65e, c'est parti. Avec au programme quelque 300 films dont 19 en compétition officielle. Parmi les autres points forts la rétrospective, dédiée cette année au maître du cinéma hollywoodien Otto Preminger, et la célébrissime Piazza Grande, qui propose quelque 17 premières mondiales, internationales ou européennes. L’occasion également de célébrer sur scène les hôtes du festival. Prestigieux évidemment.

Et il y en a pas mal cette année, d’Alain Delon à Harry Belafonte en passant par Leos Carax, ou Ornella Muti. Mais pourquoi donc les stars se ruent-elles à Locarno, lui donnant des airs de Cannes, Berlin, ou Venise ?

Eh bien c’est simple, on leur remet des prix et elles viennent raconter leur carrière, après avoir reçu leur Léopard d’honneur sur la Piazza devant des milliers de personnes. Difficile de résister au fauve impérial…

A l’image de Charlotte Rampling, magnifique actrice, mystérieuse, fascinante, fatale, et qui, après les Susan Sarandon, John Malkovich, Michel Piccoli ou Isabelle Huppert, a reçu l’Excellence Award. Et  s’est prêtée aux questions d’Olivier Père, le directeur du festival, comme d’habitude vêtu de son étincelant costume blanc immaculé.

Charmante et tous sourires, cette fille d’un colonel britannique démentait sa réputation de personnage un peu raide, imperméable et au contact difficile, devant un public conquis.

Luchino Visconti et Liliana Cavani déterminants dans sa carrière

Elle est ainsi revenue sur ses débuts au cabaret, où elle chantait en français avec sa soeur, sur son  premier long-métrage à 19 ans The Knack (1965) de Richard Lester, long-métrage phare du Swinging London, Palme d’or au festival de Cannes. Qui lui a notamment valu d’être remarquée par le grand Luchino Visconti. "Il m’avait aussi vue dans un autre film que j’avais fait en Italie et a demandé à me rencontrer".

Le rendez-vous fut décisif, puisque le cinéaste italien lui confie le rôle important de Meredith dans Les Damnés, sublime fresque racontant, parallèlement à l’arrivée au pouvoir de Hitler, la décadence d’industriels allemands.

Alors âgée de 22 ans, la belle Charlotte interprète une mère de 30 ans avec des enfants. Un choix qui peut paraître surprenant de la part du réalisateur. Mais la comédienne l’explique. Visconti lui a dit: "Derrière vos yeux, je vois quelqu’un dont vous ne soupçonnez pas l’existence. Il a été déterminant dans ma carrière car il m’a appris ce qu’était le jeu de l’acteur".

20190049.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx[1].jpgDéjà bien lancée, elle est véritablement révélée au grand public grâce à Portier de nuit de Liliana Cavanani, où elle donne la réplique à Dirk Bogarde (photo). Dans ce triomphe planétaire à scandale, elle incarne une ancienne déportée qui retrouve, dans un hôtel de Vienne, son bourreau avec qui elle renoue une liaison morbide.

Exigeante, déclarant qu'on devient ce qu'on est après ce qu'on a fait, elle voulait s'impliquer dans ce tye de cinéma, au-delà du simple divertissement. "Un cinéma qui ne cache pas la réalité, mais montre ce qu’elle est. Portier de nuit est un film important. Nous sommes tous ses personnages. J’ai toujours essayé de parler à travers mes films d’une manière qui me paraissait appropriée. Pour moi, ce sont sont des voyages, composés de découvertes, où on va s’introduire dans différents personnages. Je suis favorable aux expériences à travers les genres, pourvu qu’il y ait une connexion avec ce que je suis, mon for intérieur, mon âme, quelque chose en quoi je peux croire".

De Jacques Deray à François Ozon

Si elle s'est invitée chez Lars Von Trier, Woody Allen, ou a pris un singe comme amant dans Max mon amour de Nagisa Oshima, Charlotte Rampling, domiciliée en France dans les années 70, fréquente évidemment beaucoup la pellicule hexagonale.

Parmi ses réalisateurs préférés on trouve Jacques Deray, avec qui elle tourne On ne meurt que deux fois. "C’est un film noir avec une atmosphère sombre, trouble, qui me donne une poussée d’adrénaline. Il y a aussi La chair de l’orchidée de Patrice Chéreau  Vive la vie! de Claude Lelouch, qu'elle apprécie énormément. "Il raconte des histoires d’une manière très personnelle et il aime ses acteurs".

Et puis bien sur il y a François Ozon, l’un des deux seuls cinéastes avec qui elle ait tourné plus d’une fois. Peu présente sur grand écran dans les années 90, elle revient en force avec Sous le sable (2001), jouant une femme désemparée après la disparition de son mari. Une belle performance de la part de Charlotte Rampling qui avoue: "On se souvient de vous pour un film ou deux. L’acteur doit laisser une trace qui vaut la peine".

Portier de nuit et Sous le sable sont deux des trois opus projetés durant le festival. La comédienne a également choisi l’un des plus récents I Anna (2012), de son fils Barnbaby Southcombe. "Au départ, il ne songeait pas vraiment à moi. De mon côté je pensais être trop vieille pour le rôle, mais au fur et à mesure, il s’est pour ainsi dire conformé à moi. C’est l’un de mes films les plus heureux".

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14/08/2011

Le Léopard d'Or à une cinéaste helvético-argentine. Prime à l'ennui

aleopard.jpgUne chose est sûre, j’aurais perdu ma chemise sur un champ de course avec mes pronostics. Certes, à Locarno, il faut toujours s’attendre à quelques surprises. Mais un palmarès aussi folklorique, ce n’est pas banal. A commencer par le Léopard d’Or, qui est allé à l’un des films le plus ennuyeux et le plus creux d'une compétition dans l'ensemble peu exaltante.

Son auteur Milagros Mumenthaler, qui s'est logiquement montrée étonnée par l'obtention de cette médaille inattendue, s’attache au quotidien de trois sœurs vivant seules dans la maison familiale à Buenos-Aires, après la mort de leur grand-mère qui les a élevées. Entre chamailleries, parties de rigolades et défilé de petites culottes, chacune à sa façon tente de combler le manque.

Ce prix semble avoir un brin divisé le jury à en juger par les propos voilés de son président, le producteur Paulo Branco. "Je ne crois pas à l’unanimité, c’est la médiocrité. Notre premier souci est de trouver les films qui reflètent quelque chose d’important sur le plan cinématographique. Tout ce qui est absent de ce huis-clos entre le dit et le non dit en fait une réussite totale, laissant découvrir une grande réalisatrice", a-t-il encore déclaré en substance.

 Fernand Melgar rudement taclé

En réponse à une question sur ce choix à la conférence de presse, le boss en profite pour sortir du sujet et tacler rudement Fernand Melgar, l’accusant d’être "complice du fascisme ordinaire" dans Vol spécial. Si les bras lui en tombent, l’intéressé, qui a dû se contenter du prix du jury  oecuménique et de celui des jeunes, ne veut pas entrer dans ce jeu. Selon lui, son film doit provoquer le débat et c’est apparemment le cas…

Pour en revenir à Abrir puertas y ventanas, d'autres ont succombé à la tentation du vide. Le film a accessoirement raflé le prix FIPRESCI (Fédération internationale des critiques de cinéma) et une mention spéciale œcuménique. Pour couronner le tout, l’une des comédiennes, Maria Canale a été sacrée meilleure actrice.

Paulo Branco et son équipe ont par ailleurs innové en créant un Léopard d’Or spécial qui récompense le Japonais Shinji Aoyama pour Tokyo Koen, une œuvre jugée remarquable. On cherche encore l'extraordinaire dans cette intrigue moyenne où un étudiant suit et photographie une femme dans des parcs à la demande de son ami jaloux. Pour des raisons qui continuent à nous échapper, il a attribué une autre récompense spéciale à Hashoter de l’Israélien Nadav Lapid, évoquant la rencontre d’un policier d’élite avec un groupe violent et radical.

Bien loti également l’insupportable Din dragoste cu cele mai bune intentii (plus simplement en français : Les meilleures intentions) du Roumain Adrian Sitaru. Il reçoit le prix de la mise en scène et son acteur Bogdan Dumitrache celui de l’interprétation masculine.

Seule rescapée parmi nos favoris ignorés, la Française Mia Hansen-Love, qui a décroché une mention spéciale pour Un amour de jeunesse où elle revisite avec talent la passion adolescente.

Le jury de la section "Cinéastes du présent" s’est montré nettement plus avisé en récompensant le meilleur film de ce cru 2011, L’estato di Giacomo. Dans un cinéma à la Renoir, l’Italien Alessandro Comodin filme magnifiquement les jeux sensuels d’un adolescent sourd de 19 ans, parti pique-niquer au bord d’un fleuve avec sa meilleure amie.

 Le public plébiscite Bachir Lazhar

De même le public ne s’est pas trompé en attribuant son prix à Bachir Lazhar du Québécois Philippe Falardeau. Le célèbre Fellag, sorte de Fernand Reynaud algérien, campe un immigré au passé douloureux et risquant l’expulsion, engagé pour remplacer une institutrice morte tragiquement. Une œuvre pleine d’émotion, de tendresse, de sensibilité et d’humour.

Locarno a ainsi bouclé son édition la plus glamour si l’on considère la pluie de stars présentes au Tessin, de Daniel Craig à Claudia Cardinale, en passant par Abel Ferrara, Harrison Ford, Isabelle Huppert, Claude Goretta, Gérard Depardieu, Marina Hands, ou Guy Bedos.

Les étoiles de la pellicule, dont beaucoup ont reçu des Léopards pour l’ensemble de leur carrière, ont évidemment dragué la foule sur la Piazza Grande ou lors de débats animés par le directeur artistique Olivier Père. Nonobstant les trombes d’eau des premiers jours, plus de 80.000 festivaliers se sont ainsi rués aux projections sur le plus grand écran du monde. Très courues également, les autres sections et la rétrospective Vincente Minnelli.

Du coup le président Marco Solari peut fièrement parler d’une édition idéale qui a dépassé toutes ses attentes. "Le festival ne doit pas pour autant se reposer sur ses lauriers, mais chercher sans cesse à se perfectionner, car la pression augmente avec le succès". Autrement posé, en route dès maintenant pour la préparation de 2012.

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12/08/2011

Festival de Locarno: à qui le Léopard d'Or?

azazel.jpgAlors que la compétition s’achève, lequel des vingt prétendants partis à la chasse au Léopard d’Or parviendra à mettre le fauve en cage? Bien malin celui qui peut le deviner. Cela n’a rien d’étonnant si on considère la faiblesse du concours, comme d’habitude hélas le parent pauvre du festival.

  

Restons en donc à nos premières émotions avec Vol Spécial de Fernand Melgar, Another Earth de Mike Cahill, Un amour de jeunesse de Mia Hansen-Love, trois longs-métrages dont on a déjà eu l’occasion de vous parler dans les précédentes chroniques.

 

On y ajoutera Terri, de l’Américain Azazel Jacobs (photo, le jeune Jacob Wysocki et John C. Reilly). Il traite avec originalité de la différence menant à l’exclusion, à travers le portrait d’un adolescent obèse, victime de la cruauté de ses camarades de lycée. Jusqu’au jour où, grâce au proviseur, il noue une relation avec deux autres élèves marginaux. Les comédiens sont excellents.

 

Parmi les films que certains critiques voient paré d’or, sinon au palmarès, il y a El ano del tigre du Chilien Sebastian Lelio. Au cours d’un tremblement de terre, un prisonnier parvient à s’échapper et erre dans des paysages dévastés  tout en s’interrogeant sur son propre anéantissement. Rude, mais belle prestation de l’acteur Luis Dubo.

 

De son côté The Loneliest Planet de la Russo-Américaine Julia Lovek  nous emmène à pied dans les montagnes du Caucase en compagnie d’un couple à la veille de se marier et de leur guide.  Nature splendide, beaux comédiens, anecdotes rigolotes pour passer le temps. Et le nôtre, cette marche se révélant quand même assez interminable.

 

 Mais on s’y morfond avec grâce. Car côté ennui mâtiné d’exaspération, ce fut parfois vertigineux. A l’image d’Abrir puertas y ventanas, de la cinéaste helvético-argentine Milagros Mumenthaler, qui nous propose en gros trois pétasses vautrées sur un canapé à Buenos Aires. Ou de Dernière séance du Français Laurent Achard, faux film d’art et d’essai d’une rare prétention à propos d’un tueur de dames. Sans parler du pire, le plombant Tanathur du Palestinien Tawfik Abu Wael, évoquant un couple empêché par un terrible accident de quitter Jérusalem pour Paris.

 

Les Suisses Frédéric Choffat et Julie Gilbert relèvent un peu le niveau avec Mangrove, où une jeune femme (la charmante Vimala Pons) revient plusieurs années après sur les lieux d’un crime avec son fils. Peu de choses à retenir pourtant, à part de belles images, limite touristiques, de la côte sud du Pacifique.

 

En attendant samedi soir le verdict du jury présidé par Paulo Branco, qui peut totalement nous démentir, un mot sur l’une des plus belles surprises venue de la Piazza Grande: Bachir Lazhar, du Québécois Philippe Falardeau. Une vraie pépite surfant avec légèreté sur de graves problèmes comme le suicide, le système d’éducation ou l’immigration. Bouleversant, délicat, sensible mais sans pathos, il pourrait bien remporter le prix d’un public en larmes après avoir gagné son cœur.  

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10/08/2011

Festival de Locarno: Depardieu se raconte, en faisant le clown

depa.jpgLe comédien français peut se vanter d’avoir autant la cote à lui tout seul que Daniel Craig et Harrison Ford réunis. C’est par la foule des grands jours que Gérard Depardieu, cheveux longs et costume clair à rayures, a été accueilli façon rock star au Forum de Locarno. Pour un débat public à propos de sa collaboration avec Maurice Pialat, en compagnie de Sylvie, la femme du réalisateur disparu en janvier 2003.

 

Ce qu’il y a de bien avec Depardieu, c’est qu’il suffit de demander pour qu’il déroule, pratiquement sans respirer. Comme a pu le constater un rien désarçonné le directeur du festival Olivier Père, en lui posant une question sur leurs quatre films tournés ensemble Loulou, Police Sous le soleil de Satan (Palme d’Or à Cannes en 1987) et Le Garçu. Et qu’il y aurait dû y avoir un autre,  La gueule ouverte.

 

Savoureuses anecdotes

 

C’est alors parti pour une longue réponse agrémentée d’anecdotes savoureuses et de remarques désopilantes. Surtout que cabotin, il ne ménage personne. A commencer par lui d’ailleurs. Du genre. « J’avais tourné  avec un abruti, Claude Lelouch… Ou encore: «J’ai fait un paquet de films avec un paquet de cons. Mais du moment que j’étais comme eux, je ne sentais pas la douleur…»

 

Dans sa bouche, Jean de Florette de Berri devient «Jean défloré». Et le suivant «Manon la suçeuse…»  A propos de sa rencontre avec Alain Resnais: «C’était le même boy scout que maintenant, avec le même talent. Il ne mangeait pas grand-chose, mais il faisait du bruit. Et en moi-même, je me demandais quand il allait la fermer… »

 

Il a aussi son avis sur le web. « Une boîte à porno qu’on appelle Internet.  Il est vrai que je ne sais pas m’en servir… » Maniant le compliment et déclenchant les applaudissements après les rires, il ajoute: «Le cinéma est dépassé. A Locarno, avec les 8000 spectateurs sur la Piazza Grande, on est dans la fête  qu’il devrait être. »,

 

« Maurice s’est toujours senti trahi»

 

Retour au cœur du sujet: «J’ai fait Les valseuses à la place de La gueule ouverte sans savoir que ça allait torturer Pialat. Sur le tournage de Loulou, au début c’était tendu. Moi avec ma prétention, lui avec sa rancune. En outre, avec ce film, il s’est revu dans un autre monde que le sien. Il m’a haï comme il se haïssait. Puis on s’est réconcilié et on a tourné Police. On n’aimait pas trop Sophie Marceau. On savait qu’elle allait trahir l’amour. Maurice s’est toujours senti trahi…»

 

L’un des meilleurs moments fut celui où Sylvie Pialat a rappelé le tournage de  Sous le soleil de Satan. «Pour l’abbé, on a tout de suite pensé à Gérard. On croyait qu’il mincirait pour l’occasion. Mais quand il est arrivé, il faisait 150 kilos. J’avais dit, mais j’ai pas pu, on mettra un corset, nous avait-il déclaré ».

 

«C’est dur et c’est lourd, la grâce»

 

Il a donc fallu refaire tous les costumes. Ce qui permet à l’intéressé d’en rajouter. «Je n’enlevais plus la soutane car j’avais du mal à la remettre, La foi n’entraîne pas forcément un manque d’appétit. C’est dur, c’est lourd, la grâce. Parfois on était vidé et on se remplissait de cuisses de grenouilles au beurre.» Avec un coup de pinard. On le sait le vin est l’une de ses passions. Pour lui c’est comme le cinéma. «Je n’aime pas les films où il y a 1000 plans qui me soulent avant de boire…»

 

Gérard Depardieu ne se contente pas de faire le clown. Sous les gags, il y a de la culture, de la finesse, de la classe. Cet acteur magnifique, incontournable depuis des décennies, qui a apporté une nouvelle façon de jouer, une de plus belles voix du cinéma, rappelle Olivier Père, se définit comme un être sensible, normal.

 

«J’ai eu du mal à être viré de l’Eglise, de l’école. Je n’ai pas appris, j’ai vécu. Par exemple j’ai été musulman deux ans. Je n’ai jamais eu de carcan pédagogique, de maître. Rien ne m’est tombé dans la gueule. J’ai beaucoup travaillé, sans m’en rendre compte. La vie m’a rendu ce que j’attendais.»

 

 

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08/08/2011

Festival de Locarno: Isabelle Huppert décroche son Léopard

isabelle.jpgAprès Abel Ferrara et son Léopard d’honneur, Harrison Ford et le sien pour l’ensemble de sa carrière, c’était au tour d’Isabelle Huppert de recevoir dimanche soir l’Excellence Award  Moët et Chandon sur la Piazza Grande.

 

Souriante, la lauréate s’est déclarée particulièrement ravie de ce prix qui la montre «bonne élève», lors d’un débat public où elle a retracé les grandes étapes de sa carrière en compagnie d’Olivier Père, le directeur du festival, et de Jean-Marc Lalanne, rédacteur en chef des Inrockuptibles.

 

Sacrée meilleure actrice à plusieurs reprises entre Cannes et Venise, Isabelle Huppert à la tête d’une filmographie extraordinairement riche, pareillement à l’aise dans les registres dramatique ou comique (elle l’a encore récemment prouvé dans Copacabana aux côtés de sa fille Lolita), est l’une des rares comédiennes à avoir construit une œuvre à l’écran par ses choix artistiques, à l’instar d’un réalisateur.

 

Révélée par Claude Goretta

 

Cest La dentellière de Claude Goretta lui aussi bientôt détenteur d’un Pardo, qui l‘a véritablement révélée au grand public. Ainsi qu’aux cinéastes et  notamment à Claude Chabrol, impressionné par son jeu. Avec lui elle a entamé, grâce au remarquable Violette Nozière, une longue collaboration.

 

« Il est vrai que si j’avais déjà tourné avant Aloïse, Dupont Lajoie, ou Les Valseuses, La dentellière allait au-delà de tout ce qu’une jeune actrice pouvait espérer. C’est un long-métrage qui me permettait de mettre en jeu des choses qui n’étaient pas forcément de mon âge comme l’intériorité, la souffrance, la séduction.»

 

 Pour Isabelle Huppert, ce n’est pas l’acteur qui devient un personnage mais l’inverse.. « l’acteur est très vite soumis au personnage alors qu’il faut d’abord être soi. J’ai eu la chance que  Goretta, Chabrol, Haneke ou Claire Denis  me laissent imposer ça.»

 

 Le travail avec les grands

 

 Ce qu’elle recherche avant tout, c’est le travail avec de grands cinéastes. L’occasion pour Olivier Père de lui rappeler la fameuse année 80 où elle a tourné coup sur coup Loulou de Pialat, Les portes du paradis de Cimino, et Sauve qui peut (la vie) de Godard. Voilà qui lui rappelle d’ailleurs quelques anecdotes dont l’une sur ce dernier, à qui elle avait demandé deux mots sur son rôle. Réponse : «Le visage de la souffrance…».

 

Aimant faire confiance aux jeunes auteurs (François Ozon, Christophe Honoré, Ursula  Meier) Isabelle Huppert préfère aussi aller vers les cinéastes plutôt que le contraire. Très ouverte au cinéma étranger, elle vient de rentrer de Corée du Sud où elle a travaillé avec Hong Sang-Soo. On la verra également prochainement dans un film du Philippin Brillante Mendoza.

 

En attendant, cinq films dont cette magnifique interprète qui s’illustre parallèlement aussi sur les planches, garantit la qualité par sa seule présence, sont projetés à Locarno, un festival qui représente pour elle l’amour au cinéma. Et qui la ramène à la Suisse, pays avec lequel elle entretient d’étroites relations à travers le cinéma ses réalisateurs et ses lieux, notamment le Théâtre de Vidy et la comédie de Genève où elle a beaucoup joué.

 

Rien de plus normal. «Comme disait Godard, rappelle-t-elle, la Suisse est un grand studio hollywoodien, avec des vaches… » 

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