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13/08/2013

Festival de Locarno: "L'expérience Blocher" à l'épreuve de la Piazza Grande

20101124-lunch-with~s600x600[1].jpgLes mesures de sécurité avaient été renforcées sur la Piazza Grande et dans la cabine de projection en raison de rumeurs de menaces visant à empêcher la séance du soir sous les étoiles. L’expérience Blocher de Jean-Stéphane Bron continue à provoquer des remous suite aux critiques socialistes autour de la subvention de fédérale allouée à un documentaire sur un politicien de droite.

Plus précisément le ténor de l'UDC qui a forcé le réalisateur à se poser quelques questions avant de mener son projet à terme. A commencer par celle-ci? Comment faire le portrait d’un homme dont on ne partage ni les idées, ni les méthodes, ni les idées,ni les convictions? Bron y répond avec une expérience de cinéma en mettant en place une stratégie, comme dans ses œuvres précédentes.

Il ne propose donc pas une enquête dans cette fable sur le pouvoir à valeur de document, émaillée de clins d’œil au septième art, notamment à Citizen Kane d’Orson Welles. Il nous livre avant tout un face à face inédit se déroulant essentiellement dans une voiture. Un poste d’observation pour le cinéaste qui raconte de l’intérieur, à la première personne et à partir de l’automne 2011, l’histoire du tribun zurichois en campagne pour les élections fédérales. Une façon de s’impliquer dans le processus en créant un hors-champ.

Au cours de ce périple rythmé par d’innombrables discours, de rencontres avec ses partisans, les non familiers du personnage découvrent la vie de ce fils de pasteur pauvre aux origines allemandes qui va devenir en quelques années un industriel milliardaire. Et une bête politique qui a provoqué, contre toute attente, le refus des Suisses d’entrer dans l’EEE en 1992. Le fameux dimanche noir. Et pourtant la star, accédant au Conseil fédéral en 2003 avant d'en être évincée quatre ans plus tard, a exercé une telle influence dans les années 1990 et 2000, qu’elle a profondément modifié le paysage helvétique.

Ceux qui attendent un opus agressif, à charge, réglant le sort d’un vilain bonhomme à coup de critiques ou de révélations explosives seront déçus. Ils n'apprendront même rien sur l'homme public dans ce film de cinéaste qui n'avait pas l'intention de faire un pour ou un contre. Mais de boucler en quelque sorte une trilogie commencé avec Le Génie helvétique en 2003 tourné avant la crise économique, Cleveland contre Wall Street (2010) pendant et L’expérience Blocher après. "Le fil rouge est la démocratie à travers un prisme qui est Blocher", explique-t-il à la conférence de presse.

l-experience-blocher_c_Frenetic--672x359[1].jpgEn passant dix-huit mois au contact de l’un des politiciens les plus haïs et admirés du pays, n’a-t-il pas craint de se laisser manipuler? "Non. je ne lui donne pas la parole. Je rappelle que le film s’intitule L’expérience Blocher, et non Le système Blocher. Je raconte mon expérience avec lui. Notre relation n‘a pas évolué".

Le cinéaste ne révèle pas non plus quelle a été la réaction de son "acteur" en se découvrant dans ce documentaire, se contentant de déclarer qu’il n’a demandé aucun changement. Il raconte aussi que tout ce qu’il a demandé à Christoph Blocher il l’a fait et que c’était assez jouissif.

On pénètre ainsi dans da maison, dans son intimité. On le voit nager dans sa piscine, effectuer quelques exercices, se mettre de la crème sur le visage, ou encore chanter un air d'opéra dans son château de Rhäzüns. Sa femme Silvia, qui voyage souvent avec lui, s’est également pliée à une mise en scène pour le moins surprenante. Bron la filme en train de lire dans son lit, à l’hôtel, tandis que son mari travaille à côté…

Certains ont reproché au cinéaste de glisser sur la surface, de ne pas avoir réussi à percer ses secrets, son mystère. D’avoir par exemple utilisé une voix off pour meubler, parce qu’il n’en avait pas appris autant qu’il l’aurait voulu. "Pas du tout. Encore une fois c’est une expérience, Je n’ai pas posé de questions pour en savoir plus. Je n’ai travaillé qu’avec des sources connues. Je me suis interdit d’aller au-delà. Il s’est livré petit à petit. Au bout d’un an, j’ai découvert qu’il détestait le crépuscule. Il a des angoisses vespérales".

Enfin, concernant la polémique provoquée par la gauche sur la subvention que la Confédération lui a accordée, Bron l’estime normale."Mais maintenant, j’espère qu’on va passer au débat. Le film est fait pour ça".

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12/08/2013

Festival de Locarno: pour Jacqueline Bisset, le cinéma passe aussi par l'estomac!

get[5].jpgLa plus belle femme de tous les temps... C’est ainsi que l’avait une fois qualifiée Newsweek. Une simple déclaration et non un fait, remarque modestement Jacqueline Bisset dans le quotidien officiel du festival, ajoutant qu’une telle affirmation était plutôt désobligeante pour toutes ses congénères.

La comédienne, née en 1944 en Angleterre, est venue à la rencontre du public après avoir reçu à son tour son Léopard d'Or. Comme Faye Dunaway, Anna Karina, Christopher Lee ou Sergio Castellitto, elle a évoqué sa carrière, dévoilant avec grâce, naturel et humour une part plus intime de sa personnalité à travers une foule de petites anecdotes. D’où il ressort que le cinéma pour elle passe aussi par l’estomac.

Il est clair qu’elle aime manger et boire. Ses souvenirs de tournage sont liés à un verre de vin, à la découverte du pernod, au bonheur de désobéir à un cinéaste, qui avait interdit l’alcool à ses protagonistes, en descendant quelques margaritas en douce. Aux repas pris en commun. "Pas seulement parce qu’on se nourrit. La pause, c’est aussi un moment privilégié pour discuter avec ses partenaires".   
 
get[1].jpgAlors qu’on a pu la voir à Locarno dans Under The Vulcano (1984) de John Huston, elle est aussi la vedette de Rich And Famous (1981), dernier film de George Cukor à qui le festival consacre sa rétrospective 2013. Jacqueline Bisset l'a redécouvert avec un immense plaisir sur l’écran géant de la Piazza grande et se déclare fière d'avoir coproduit cet opus dont elle a adoré le scénario.

C’est avec le célèbre réalisateur qu’elle a appris le langage du corps. "Au début les acteurs sont rigides. Ils se cachent derrière des gestes. Puis ils se détendent et les oublient. Ils avaient intérêt car Cukor détestait les poseurs. Avec lui, la seule difficulté c’était son obsession de la rapidité tant il craignait de perdre les spectateurs en ralentissant le rythme. Plus vite, plus vite ne cessait-il de nous répéter. S’il avait eu un fouet,  il s’en serait servi… "

Mais avant d’en arriver là, Jacqueline Bisset a rappelé ses débuts, précisant qu’elle n’avait jamais été mannequin, ainsi que tout le monde le prétend. "Pendant cinq mois, j’ai essayé de gagner un peu d’argent en faisant des photos. Ce n’est pas cela être un mannequin. D’ailleurs je n’étais pas bonne. Mais j’ai eu l’occasion de rencontrer de fantastiques photographes qui m’ont enseigné l’importance de la lumière".

De fil en aiguille, elle s’est retrouvée à jouer des petits rôles dans Cul de sac (1966) de Roman Polanski aux côtés de Catherine Deneuve et dans Voyage à deux de Stanley Donen l’année suivante, où elle donnait notamment la réplique à Audrey Hepburn. Une Audrey qui, à son désespoir, ne mangeait qu’une tomate et un peu de pain à déjeuner…

nuit_americaine_1973-2[1].jpgL’actrice raconte aussi sa collaboration avec François Truffaut dans La nuit américaine (1973). Elle se demandait en fait pourquoi il l’avait engagée. "J’étais une sorte de hippie qui vivait sur la plage. Mais il avait pris sa décision après m’avoir vue dans The Mephisto Waltz. J’ai ainsi eu l’impression d’être vraiment choisie par lui et non par le directeur du casting. Et c’est un bon sentiment. Toutefois  là encore s’est posé un petit souci de bouffe, Truffaut n’étant pas intéressé par la cuisine. En plus il ne buvait pas...

Dans le même ordre d’idée, elle pense que la réputation d’un Chabrol grand gastronome était surfaite. Elle ne semble pas non plus avoir beaucoup apprécié son rôle dans La Cérémonie (1995). Alors qu’elle avait été immédiatement traumatisée en débarquant dans un hôtel qui lui faisait penser à celui de Shining,  elle se sentait comme une poupée dans cette peau de bourgeoise que Chabrol lui avait assignée… "Nous n'avons pas eu une relation chaleureuse. Non seulement Il ne laissait pas place à l’improvisation, mais comme il détestait les bourgeois, à la fin il nous a tous tués!"

Une occasion pour elle de définir les qualités principales d’un réalisateur. "C’est le grand-père du plateau. Il doit être chaleureux, ouvert, capable de capter les moments de vérité, permettre aux acteurs de répéter, les respecter, voire les aimer. "Certains s’en foutent et ne sont franchement pas cool. A se demander pourquoi ils font ce métier."

Ce n'est pas le cas d'Abel Ferrara, avec qui Jacqueline Bisset vient de tourner Welcome to New York, adaptation apparemment scabreuse de l’affaire qui a provoqué la chute de DSK, l ’ex-directeur cavaleur du Fonds monétaire international. Elle incarne Anne Sinclair, aux côtés de Gérard Depardieu.

Du film, l’actrice ne révèle pas grand-chose, mais trouve Ferrara tendre sous sa carapace de New Yorkais sauvage. Elle chante par ailleurs les louanges  de Depardieu. "Nous nous sommes bien entendus. C’est un charmeur, un homme attachant, généreux, enthousiaste, déployant une énergie phénoménale et montrant un énorme appétit de vivre". On ne s'étonnera pas qu'elle ait dîné avec lui.  Un convive qui a dû lui plaire, le grand Gérard ne s’étant à coup sûr pas contenté d’une tomate avec du pain! 

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10/08/2013

Festival de Locarno: débuts languissants d'un cru très prometteur...

gare-du-nord-photo-51e947d777dbd[1].jpgAu premier tiers de ce cru 2013 très prometteur… sur le papier, le doute s’insinue. Du moins au niveau de la compétition et de la Piazza Grande. Côté course au Léopard d’Or, je ne l’ai en tout cas pas encore vu passer. On a beaucoup insisté sur le fait que dix-huit des vingt prétendants en lice sont des premières mondiales. Et pour cause, serais-je tentée de remarquer. Qui voudrait de certains des opus sélectionnés?

Trois seulement me semblent véritablement émerger. Le très attendu E Agora? Lembra-me (en français Et maintenant? Souvenez-vous de moi) de Joaquim Pinto. Le réalisateur portugais, qui vit avec le sida et l’hépatite C depuis une vingtaine d’années, raconte une année d’études cliniques sous psychotiques et médicaments toxiques, dont la commercialisation n’a pas encore été approuvée. Tout l’intérêt du film réside dans sa façon particulière de parler de la maladie à travers une réflexion sur la survie, l’amour et l’amitié.

Avec Gare du Nord, la Française Claire Simon nous balade dans l’immense station parisienne, véritable fourmilière où se croisent des milliers de gens venus de partout et où elle suit où plus particulièrement quatre personnages. Il y a Mathilde, une prof d’histoire atteinte d’un cancer (Nicole Garcia, photo) qui noue une relation amoureuse avec Ismaël, un étudiant réalisant sa thèse sur les lieux, Joan, une agente immobilière qui y passe son temps entre deux clients et Sacha, à la recherche  de sa fille fuguuse. Parfois bâtard, le film séduit quand même par sa façon originale de capter des tranches de vie.

On n’oubliera pas Pays barbare, un étonnant et remarquable documentaire français où Yervent Gianikian et Angela Ricci Lucchi montrent des matériaux filmiques sur l’Ethiopie coloniale italienne, récemment découverts dans les archives de particuliers. De nombreuses séquences militaires illustrent notamment la violence des conquérants.

En ce qui concerne la Piazza Grande, c’est carrément la déception pour l’instant. Dont  2 Guns, laborieux film d'action de l'Islandais Baltasar Kormakur avec Denzel Washington et Mark Wahlberg en roue libre, Wrong Cops de l’iconoclaste Quentin Dupieux qui donne de plus en plus dans le potache, Vijai and I, une sirupeuse et improbable romance belge  de Sam Garbarski. Ou encore We're The Millers, une comédie à l’humour extra-gras de Rawson Marshall Thurber emmenée par Jennifer Aniston, strip-teaseuse devenue mère bidon de deux ados et fausse épouse d’un minable trafiquant de shit…

Cela dit, il reste heureusement une grosse semaine pour ne pas faire mentir l'annonce d'une édition de derrière les fagots. Alors haut les cœurs et on croise les doigts!

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Festival de Locarno: Faye Dunaway attire la foule pour évoquer ses succès

Faye-Dunaway-new1[1].jpgFaye Dunaway a de la classe. Intelligente, dynamique, charmeuse et chaleureuse, la comédienne qui a reçu un Léopard d’or vendredi soir sur la Piazza Grande avait rameuté la foule quelques heures auparavant. Conquis, les journalistes et ses fans l’ont écoutée évoquer quelques films qui ont marqué sa carrière en compagnie de Carlo Chatrian, le nouveau directeur artistique du festival.

Née dans le sud de la Floride en 1941, Faye Dunaway a commencé par rendre hommage à Elia Kazan qui lui a appris le métier et à Marlon Brando qui a inventé une nouvelle façon de jouer. "Kazan a eu une extraordinaire influence sur tous les acteurs avec son excellente analyse des personnages.  Pour moi c’est un maître et je lui suis très reconnaissante. Il a été suivi par toute une génération. Quant à Marlon, c’était un être adorable. J'ai trouvé divin de tourner avec lui tant il était vivant, émotionnellement parlant".

Instinctive dans ses choix, Faye Dunaway insiste sur la chance qu’elle a eu de travailler avec les plus grands et sous la direction des meilleurs. Des acteurs et des réalisateurs gens au top de leur art et des rôles qui lui ont appris que les femmes doivent lutter pour leurs droits. Son préféré c’est Bonnie Parker dans le célèbre Bonnie and Clyde d’Arthur Penn. Et pas seulement parce qu’il a fait d’elle une star suite à son immense succès lors de sa sortie en 1967. Mais surtout parce que "Bonnie, c’est moi". 

faye_4[1].jpg"Je me suis identifiée à cette jeune femme car elle est très proche de moi, de mes origines. J’ai été élevée à la campagne et je connaissais la même frustration qu’elle. En plus j’ai énormément apprécié de donner la réplique à Warren Beatty. Ce n’était pas qu’un beau gosse. Il avait quelque chose d’indéfinissable, Il essayait de trouver de nouvelles choses. Il était incroyablement crocheur. Pour lui, le premier à se fatiguer perdait la bataille. Lui ne renonçait jamais".

Si Bonnie est son personnage favori, tous les autres l’ont touchée. Comme celui d’ Evelyn Mulwray dans Chinatown de Roman Polanski. Elle y engage un détective privé (Jack Nicholson) pour suivre son mari qu’elle soupçonne d’adultère. Elle a également aimé enfiler le costume de Diana Christensen dans Network de Sydney Lumet où elle incarne une productrice sans scrupule,  qui lui a valu en 1976 l’Oscar de la meilleure actrice. "Network est un film très noir, ultra rapide. On était tous comme sur des patins à roulettes… " Le film est une critique acerbe et cynique sur le pouvoir de la télévision. "Une vision prémonitoire", remarque-t-elle. 

A l’instar de nombreux de ses pairs, Faye Dunaway, également scénariste et productrice a une passion pour la réalisation. Après le tournage d’un court-métrage en 2001, elle s’est lancée dans l’adaptation de la pièce Les leçons de Maria Callas de Terrence McNally qu’elle a jouée au théâtre et dont elle a acquis les droits. "Beaucoup de scènes ont été tournées et j’espère faire le reste bientôt". On lui souhaite de réussir dans cette vaste entreprise à laquelle elle travaille depuis plusieurs années.

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08/08/2013

Festival de Locarno: l'art du pétard mouillé!

Alain_Berset,_Ständeratspräsident_2009[1].jpgQue serait Locarno sans ses mini-polémiques? Autant de pétards mouillés qui "explosent" avant ou pendant le festival, "the place to be" pour le gratin politique helvétique qui aime s'y faire voir. Cette année, il s’agit des remous autour de L’Expérience Blocher du Vaudois Jean-Stéphane Bron. Certains élus se sont en effet émus à l’idée que l’Office fédéral de la Culture ait jugé bon d’allouer 260.000 francs, soit la moitié de son budget, à un documentaire sur un politicien.

A l’image de la conseillère nationale socialiste bâloise Suzanne Leutenegger, suggérant même que le tribun zurichois UDC milliardaire aurait pu payer de ses propres deniers l’opus sur sa petite personne. Une idée des plus sottes. Il suffit de connaître un peu le travail de Jean-Stéphane Bron pour savoir qu’il est à des années-lumière de ces pratiques!

Bref. Le mieux était encore de demander l’avis de notre ministre de la Culture, présent à Locarno pour la traditionnelle conférence de presse. "C’est une question de liberté de création que je respecte", a-t-il déclaré. De son côté Ivo Kummer, chef de la section Cinéma, a dit avoir soutenu le projet en suivant les recommandations des experts. Il a ajouté que ce n’était pas une première, rappelant par exemple le subventionnement du documentaire d’Andres Brütsch consacré à l’ancienne conseillère fédérale Elizabeth Kopp, Die Winterreise.
 
Plaidoyer pour une politique culturelle nationale

Voilà qui devrait en principe calmer les ardeurs de la gauche en colère. En attendant Alain Berset, insistant avec force sur la place récemment découverte mais absolument capitale de la culture, a engagé la discussion sur une politique nationale dans le domaine. Plaidant pour un renforcement de la collaboration entre les instances fédérales, les cantons et les villes, il milite pour un vrai partenariat,  notamment générateur selon lui d’une meilleure visibilité de la culture helvétique hors des frontières,  et d’une meilleure prise en compte de tous les publics.

En ce qui concerne plus précisément le cinéma, il a annoncé le lancement, en collaboration avec la SSR, d’un soutien accru au scénario, élément essentiel sous-estimé de la fiction. Ainsi qu’un  assouplissement des modes de coproduction avec l’étranger. Enfin, petite cerise sur ce gâteau un rien chiche tout de même, le Prix du cinéma suisse récompensera également le montage  et le film d’animation  dès l’an prochain.

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07/08/2013

Festival de Locarno 66e édition, c'est parti!

152934_640[1].jpgFiction, documentaire, films de genre, cinéma expérimental, c’est la continuité dans le changement avec la nomination du nouveau directeur artistique Carlo Chatrian (photo), manifestant la même volonté que ses prédécesseurs de promouvoir tout le cinéma en faisant place aux réalisateurs confirmés, aux débutants, aux grosses productions, aux œuvres indépendantes. Et en conviant quelques stars comme Victoria Abril, Faye Dunaway, Christopher Lee ou Sergio Castellitto, pour ajouter du glamour à la chose.

Comme chaque année le Festival de Locarno l’un des top events de Suisse présente ainsi un menu des plus copieux. A l’image de cette 66e édition riche de quelque 250 films dont une centaine de nouveautés. Tout commence ce soir sur l’écran géant de la magique Piazza Grande, l’un des plus grands du monde, avec la projection de 2 Guns de l’Islandais Baltasar Kormakur. Sifflements de balles garantis pour les deux agents de services secrets concurrents Mark Wahlberg et Denzel  Washington.

A noter que les Américains sont moins présents que d’habitude. On ne verra que Wrong Cops de Quentin Dupieux et We’re The Millers de Rawson Marshall Thurber avec Jennifer Aniston. On ne s'en plaindra pas. Il n’y en aura que davantage pour tous les goûts dans ce mythique cinéma à ciel ouvert qui peut accueillir quelque 8000 sectateurs. Et notamment, parmi les seize films projetés, ceux de deux Romands, la très attendue Expérience Blocher de Jean-Stéphane Bron qui fait déjà polémique et Les Grandes Ondes (à l’Ouest) de Lionel Baier. A ne surtout  pas manquer paraît-il Mr Morgan Last Love, avec le grand Michael Caine. 

Dix-huit premières mondiales en compétition

Si la Piazza Grande est le cœur du festival, la compétition en est son âme. Dix-huit des vingt prétendants au Léopard d’Or sont des premières mondiales. Venus d’une quinzaine de pays. Les Français sont bien représentés. On attend avec intérêt Gare du nord de Claire Simon avecNicole Garcia, Une autre vie d’Emmanuel Mouret avec le couple insolite JoeyStarr et Virginie Ledoyen ou encore Tonnerre de Guillaume Brac.

Trois Suisses sont également en lice: Thomas Imbach (Mary, Queen Of Scots), Pippo Delbonno (Sangue) et Yves Yersin, le fameux auteur de Les petites fugues (1979), de retour avec Tableau noir  un documentaire sur l’école. Du travail pour le jury présidé par le Philippin Lav Diaz

Rétrospective George Cukor

927df9dd24cff571de_c2m6bnk9w[1].jpgTrès grand moment dans ce cru 2013, l’intégrale Cukor. La rétrospective consacrée à ce cinéaste des femmes, maître de la comédie hollywoodienne au regard plein d’acuité et d’ironie sur la société en général et Hollywood en particulier comprend une cinquantaine d’œuvres. On y croise quelques-unes des plus grandes actrices comme Greta Garo (Le roman de Marguerite Gautier) Judy Garland (Une étoile est née) Marilyn Monroe (Le milliardaire), Sophia Loren (La diablesse au collant rose) ou encore Audrey Hepburn (My fair Lady, qui avait valu un Oscar à son auteur en  1964).

Les projections seront accompagnées de débats sur le cinéma de George Cukor, animés par de réalisateurs, des acteurs et des critiques. Une table ronde sera également organisée. Et pour ceux qui n’auront pas eu la chance de faire le voyage à Locarno, la rétrospective sera reprise en automne par la Cinémathèque suisse qui a collaboré à l’événement ainsi que le Musée national de Turin et la Film Society Of Lincoln Center de New York.

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12/08/2012

Le Léopard d'Or à "La fille de nulle part", de Brisseau. Consternant...

teaserbreit[1].jpgJe ne le répèterai jamais assez, surtout ne pas faire de pronostics au festival de Locarno! Du moins en ce qui me concerne. Difficile en effet de tomber plus mal que lors de ce cru 2012. Tant pis, c’est le jeu. Ecartant donc pratiquement toutes mes suggestions, le jury officiel présidé par le Thaïlandais Apichatpong Weerasethakul a primé La fille de nulle part de Jean-Claude Brisseau.

Un choix proprement sidérant. Pour ne pas dire atterrant. Mais pleinement assumé par des jurés en totale symbiose, si l’on en croit notamment la cinéaste française Noémie Lvovsky. En résumé, " il s’agit d’ un film tellement spécial, qui parle de cinéma, de son histoire… Ce n’est pas un film réalisé par un metteur en scène âgé, mais par un homme incroyablement jeune d’esprit qui nous montre son absolu besoin de faire…  Brisseau est le plus jeune de la nouvelle nouvelle vague".

A l’évidence, ce Léopard d’Or récompense un auteur qui eut de la grandeur. Car l’ennui, c’est qu’on ne voit pas franchement à l’écran ce qui a provoqué un tel enthousiasme pour cet opus qui se veut fantastique. Enfin, sauf si le nec plus ultra consiste à tourner, avec des bouts de ficelle, un film dans son appartement, lieu dévolu à quelques références cinématographiques. Et devenu, entre deux intermèdes dissertatoires fumeux ou une scène saphique, le théâtre de phénomènes mystérieux après que le héros (en l’occurrence Brisseau lui-même), eut recueilli une jeune femme ensanglantée sur le pas de sa porte…

Les autres prix

Surprise également avec le prix spécial du jury à Somebody Up Likes Me, de l’Américain Bob Byington. Plus compréhensible, sinon très justifié voilà qui rassure, celui de la mise en scène décerné au Chinois Laing Ying pour When Night Falls, qui raconte une histoire vraie. Celle d’un meurtrier de six agents de Shangaï, après avoir été violemment molesté par la police pour avoir roulé sur un vélo non homologué. Sa tête d’affiche An Nai a par ailleurs été sacrée meilleure actrice.

De son côté Le comédien Walter Saabel a décroché l’interprétation masculine pour son rôle dans  Der Glanz des Tages de Tizza Covi et Rainer Frimmel, seul et unique opus cité dans mes papables. A signaler encore une mention spéciale du jury pour le Portugais A Utima Vez Que Vi Macau. 

En revanche Leviathan, puissant documentaire décrivant le formidable affrontement entre l’homme et la mer et son bateau n’a plu qu’au jury composé de critiques, tiens donc… Et parmi ceux que j’ai relevés, trois (Starlet, Mobile Home et Compliance) ont été distingués par le jury des jeunes. C’est déjà ça! Le public a lui curieusement aimé le laborieux Lore de Cate Shortland, tandis que le Variety Piazza Grande Award a décompensé Camille redouble de Noémie Lvovsky.

Glamour et rétro de maître, des arbres qui cachent la forêt 

Si le Léopard d’Or illustre la faiblesse de la compétition, force est de constater que côté Piazza Grande, ce n’est pas mieux. A l’exception de quelques opus comme Quelques heures de printemps,  Ruby Sparks, ou évidemment Bonjour tristesse, on s'est même trouvé face à la pire édition depuis longtemps.

Une chose est sûre, le directeur artistique du festival, Olivier Père, ne pourra pas éternellement se réfugier derrière le glamour d’une pléiade de stars comme les Delon, Bernal, Carax, Belafonte, Muti et autres Rampling pour masquer cette évidence. Ni derrière une rétrospective consacrée à un maître du septième art, en l’occurrence donc le génial Otto Preminger. Même s’il est vrai qu’il justifiait à lui seul le déplacement au Tessin. Ne manquez surtout pas son oeuvre, prochainement programmée à la Cinémathèque.

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10/08/2012

Festival de Locarno: qui va capturer le Léopard?

Les années se suivent et se ressemblent à Locarno. A une journée de la fin du festival et donc de la chasse au Lépoard d’or, on se demande comme d'habitude qui aura l’honneur de le capturer. Autant vous le dire tout de suite, vu la faiblesse générale du concours, les dix-neuf prétendants ne se bousculent pas vraiment au portillon. 

Particulièrement côté fiction. Du coup le fauve risque bien de revenir à Leviathan de Lucien Castaing-Taylor, directeur du Sensory Ethnography lab à Harvard et Véréna Paravel, ethnologue française. Ils livrent ainsi un puissant documentaire sur la pêche en forme de portrait impressionnant, voire de poème fantastique, de l’une des plus anciennes activités humaines.

Tout en témoignant des réalités économiques et politiques du métier, de son extrême dangerosité, Leviathan décrit, Moby Dick n’est pas loin, l’affrontement monstrueux entre l’homme et la mer. Un flot d’images somptueuses sur fond de bruits insoutenables et de grincements métalliques insupportables. Bref sublime et infernal à fois. Un objet de festival par excellence, propre à faire délirer le cinéphile. Pourquoi pas le jury?

Autre documentaire dont on vous avait d’ailleurs déjà parlé The End Of Time, du Canadien mâtiné de Suisse Peter Mettler, qui propose une variation fascinante sur le temps. De l’accélérateur de particules du CERN aux coulées de lave qui ont englouti Hawaï, en passant par Detroit, ville sinistrée qui fut la capitale de  l’automobile, il nous emmène dans un voyage vertigineux, mêlant à un propos docte un visuel foisonnant qui fait parfois penser à du Kubrick.

La bouteille à encre

Pour le reste, c’est la bouteille à encre. Parmi les films dont on a parlé durant cette quinzaine, il y a Mobile Home, sympathique opus belge de François Pirot. Un jeune trentenaire quitte sa petite amie et retrouve un ancien pote avec qui il cherche à réaliser un vieux rêve d’ado, partir à l’aventure dans un mobile home. En commençant comiquement par faire du surplace. Les comédiens contribuent à une certaine réussite de la chose.

On citera aussi Compliance de l’Américain Craig Zobel, racontant l’histoire folle d’une patronne de fast food qui reçoit un coup de fil d’un prétendu policier. Ce dernier accuse une jeune et jolie employée de vol et lui demande de suivre ses instructions à la lettre. La suite dépasse l’imagination, alors que l’intrigue est inspirée de faits authentiques. Dommage que la réalisation s’enlise au bout d’une heure.

Dans Museum Hours de Jen Cohen, un gardien du Kunsthistoriches Museum de Vienne se lie d’amitié avec une visiteuse débarquée de Montréal. Le lieu devient alors une sorte de point de départ vers une exploration à la fois de la ville et de leur vie respective, le tout lié aux différentes manières dont l’art reflète le monde. Un rien bavard, mais respectable.

On reste en Autriche avec l’honorable, sans plus, Der Glanz des Tages de Tizza Ciovi et Rainer Trimmel, où un jeune comédien à succès passant son temps à apprendre de nouveaux textes, perd peu à peu le contact avec le quotidien. Jusqu’au jour où il rencontre un certain Walter, qui lui fait reprendre pied dans la réalité.

Sans génie enfin, mais visible, Starlet de l’Américain Sean Baker où Jane, 21 ans, tente de sympathiser avec une veuve octogénaire pour soulager sa conscience. On va ainsi de révélation en révélation, jusqu’à la découverte du métier sulfureux de la jeune femme…

Aux cinq jurés désormais, dont la Française Noémie Lvovsky et le Thaïlandais Apichatpong Weerasethakul, de nous livrer leur verdict samedi soir dès 21h30 sur la Piazza Grande. 

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09/08/2012

Festival de Locarno: Gael Garcia Bernal, sex-symbol de poche...

images[2].jpgFoule des grands jours et minettes hystériques aux hormones en folie, piaillant frénétiquement son nom à chacune de ses remarques, l’accueil réservé au Forum à Gael Garcia Bernal a autant ravi que surpris le comédien mexicain. 

Tout guilleret, le joli sex symbol de poche qui plaît aux femmes de 7 à 77 ans, adore la boxe et s'y entraîne régulièrement, histoire de se détendre et d’apprendre à encaisser, se sent toujours un débutant en dépit de ses 20 ans de carrière. Resté fidèle à l'industrie latino-américaine malgré l'ouverture des portes hollywoodiennes, il considère le cinéma comme un processus permettant de s’ouvrir au monde, de voyager, de connaître des gens et des lieux. Comme Locarno, où il n’aurait jamais pensé venir un jour.

A 34 ans, le plus jeune à avoir eu cet honneur, il a reçu dans la foulée et à l'image de la "magnificent enigma" Charlotte Rampling, un Excellence Award en forme de léopard sur la Piazza Grande. Avant la projection de No de Pablo Larrain, déjà présenté en mai dernier à Cannes. Tête d’affiche Bernal incarne, caractère  fictif, un publicitaire à succès dans ce film sur le référendum qu’avait été contraint d’organiser, sous la pression, le dictateur Augusto Pinochet. Et qui avait conduit à son éviction le 5 octobre 1988.

"Celui qui doit me séduire, c’est le metteur en scène"

"J’ai adoré le scénario et j’ai rencontré le réalisateur en Bolivie. On a pas mal picolé. Faire un film c’est un peu comme coucher. Et pour coucher, il faut boire un coup. Ce qui me convainc, c’est le réalisateur. Je peux aimer l’histoire, mais celui qui doit d’abord me séduire, c’est le metteur en scène. No est une réflexion profonde sur la démocratie, un système plein de contradictions. Ce n’est jamais blanc ou noir et le personnage central prend conscience petit à petit qu’il peut changer les choses".

Le rôle est taillé sur mesure pour Bernal, militant à l'image de son glorieux aîné Harry Belafonte, en faveur de la justice sociale et qui fait ses choix de comédien en fonction de son engagement. "Beaucoup d'acteurs ne sont pas d'accord avec ça, mais je pense qu'on est responsable de tous ses films. Je suis intéressé par des projets qui posent des questions subversives, dangereuses".

Cela ne l'empêche pas de trouver Men in Black 3 très bien. "Je le dis parce que j'aimerais jouer dans le 4", plaisante-t-il, déclenchant une nouvelle vague de hurlements frénétiques... 

La célébrité grâce à Pedro Almodovar et Walter Salles

Né à Guadalajara en 1978, ce fils d’acteurs qui se voyait docteur ou philosophe, tourne à 11 ans déjà dans des séries télévisées, fait du théâtre. Deux longs métrages mexicains le révèlent au grand public, Amours chiennes d’Alejandro Gonzales Inarritu en 2000. "Je ne savais rien du cinéma, mais je trouvais l’histoire excellente. Ce film a changé la vie de tous ceux qui y ont participé".

Puis on le découvre dans Et…ta mère aussi d’Alfonso Cuaron. Mais c’est en 2004 qu’il atteint la célébrité, faisant coup double à Cannes. Homo mal assumé dans La mauvaise éducation de Pedro Almodovar et Ernesto Guevara, avant qu’il devienne le Che dans Carnets de voyage de Walter Salles. 

Passant lui-même en 2007 derrière la caméra pour Déficit, pour porter un regard sur la société mexicaine, il retrouvait l'année d'avant Inarritu avec Babel aux côtés de Brad Pitt et Cate Blanchett et jouait également dans La science des Rêves de Michel Gondry. A signaler que ce dernier opus ainsi que La mauvaise éducation ont été programmés à Locarno.

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07/08/2012

Festival de Locarno: standing ovations pour Harry Belafonte

images[1].jpg"Je me sens privilégié, vous n’imaginez pas la joie que je ressens à vous voir aussi nombreux...» Harry Belafonte, toujours beau et alerte à 85 ans,  est interrompu par un tonnerre d’applaudissements, après la standing ovation qui a salué son arrivée au Forum et celle que le public lui avait réservée la veille sur la scène de la Piazza Grande où il avait reçu son Léopard d’honneur.

"Je ne dis pas ça par fausse humilité, car je suis une sorte de relique du passé",  ajoute cet infatigable et ardent défenseur de la cause noire et des opprimés en général. "C’est grâce à la rétrospective consacrée à Otto Preminiger que j’ai la possibilité d’avoir un film au festival".

Otto Preminger, c’est l’auteur de Carmen Jones. "Avant, les gens de couleur avaient toujours été représentés dans les films comme des êtres inférieurs, assistés, risibles. Preminger a décidé d’une autre approche, de nous traiter comme n'importe quels autres êtres humains, en nous permettant de montrer notre propre force. Et c’était considéré comme risqué. Tourner un film black, c’était la garantie de perdre de l’argent, à l’image de Stormy Weather ou Cabin In The Sky, qui n’ont pas bien marché".

Première représentation d'un héros mâle noir 

En revanche Carmen Jones, montrant pour la première fois un vrai héros mâle noir, eut un gros succès. "C'était aussi la première fois, grâce à ma partenaire Dorothy Dandridge, qu’on voyait une belle femme noire à l’écran au lieu des grosses servantes habituelles, roulant de grands yeux pour amuser leurs patrons". Seul bémol, ce ne sont pas nos voix, car les héritiers de Bizet ne l’ont pas permis".

Quoi qu’il en soit, le monde entier s’est amouraché de cette histoire à sa sortie, ce qui a rendu à la fois service à la cause et à l’industrie du cinéma. "Preminger en a ensuite tourné d’autres sur mon peuple, pour changer la manière de percevoir le monde dans lequel il vit".

A part ça, on ne parlera pas trop de cinéma lors de cette conversation. Qui s'est plutôt résumée à un long monologue. Quand il prend le micro, Harry Belafonte est intarissable. Né pauvre à Harlem en 1927, il se retrouve au théâtre par hasard à son retour de la guerre. Il n’a pas encore vingt ans et on lui assigne un rôle très secondaire, loin des planches. "J’étais l’homme à tout faire qui lavait les vitres et réparait les serrures. Et puis un jour, on m’a donné deux billets et j’ai eu une véritable révélation. Un monde s’ouvrait devant moi, j’ai découvert la puissance de la fiction, du scénario. Une véritable plateforme, que j’allais utiliser". 

Marlon Brando a énormément compté

C’était le début d’un voyage où il s’est embarqué avec une brochette de comédiens comme Rod Steiger, Tony Curtis et surtout le plus important, Marlon Brando. "Pour moi il était au théâtre ce que Picasso est à la peinture. A sa mort, on a beaucoup trop parlé de sa réputation sulfureuse, de ses aventures avec les femmes, mais pas assez ou pas du tout de son âme, de son cœur, de sa vision sociale. C’était un artiste très engagé". 

A propos d’engagement, Harry Belafonte, qui dit avoir notamment été très influencé par Eleanor Roosevelt et Martin Luther King, rappelle un séjour à Berlin en 1957, où il a fini par chanter, au Titania Palace, l’hymne des juifs en hébreu devant un parterre de jeunes Allemands. "Moi, un Américain noir, victime du racisme, qui ne pouvait voter ou manger dans certains endroits chez lui. Mais transcender la législation, c’est la mission de l’artiste. On peut emprisonner le chanteur, pas sa chanson".

C’est dans cet esprit qu’il est allé dans un festival à la Havane pour rencontrer Fidel Castro, ainsi que des gens qui ne pouvaient venir aux Etats-Unis. Et celui qui a permis à Miriam Makeba de venir en Amérique parler au nom des Sud-Africains et des Noirs américains, qui a approché le Ku-Klux-Klan, redevient un militant pur et dur aux accents de prédicateur quand on l’interroge sur le fait d’avoir ouvert la voie aux acteurs noirs à Hollywood. Et ce qu’il en est maintenant.

"L'argent a effacé les valeurs"

"L’argent semble avoir pris les devants, effacé les valeurs. Les artistes ont capitulé, abandonné leurs droits. Ce qui me trouble alors qu’on a n’a jamais eu autant de célébrités noires, c'est que la plupart n’ont jamais usé de cette plateforme exceptionnelle. Au lieu de dire ce qui se passe au Congo, ils font des films pour satisfaire les investisseurs".

"Nous sommes revenus sur notre identité, nous sommes dans un lieu où le capitalisme effréné fait qu’il n’y aura plus de bataille", ajoute-t-il avec colère. "Le pouvoir a corrompu Wall Street, la Suisse, les banques. Il faudra que ce système s’autodétruise". Pour Harry Belafonte, dont le festival va montrer, outre Carmen Jones dans le cadre de la rétrospective Preminiger, Sing Your Song, un documentaire sur sa vie, "les artistes sont les gardiens de la vérité. Lorsque leurs voix se taisent, la civilisation arrive à sa fin…"

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