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La griffe du léopard - Page 5

  • Festival de Locarno: Edward Norton, un créatif qui aime prendre des risques

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    Foule des grands jours et applaudissements frénétiques évidemment au Spazio Cinema pour accueillir Edward Norton. Acteur culte, réalisateur et producteur, féru d’art dramatique et d’écriture, couronné sur la Piazza Grande d’un Excellence Award pour l’ensemble de sa carrière, il s’est prêté au hit locarnais, soit la traditionnelle conversation des stars avec le public.

    Enfin conversation est un grand mot dans la mesure où le pékin de base n’a pas trop le loisir de papoter avec l’élu, l’exercice étant principalement réservé au meneur de jeu. En l’occurrence c'était aussi bien Edward Norton, 45 ans, n’est pas toujours des plus commodes. Quelques photographes indisciplinés, mouchés par l’intéressé pour leur compétence relative en ont fait les frais...

    Comédien, Edward Norton l’est devenu après s’être nourri de Disney et de Guerre des étoiles. Puis il tombe sous le charme de Woody Allen, de sa façon si personnelle de raconter des histoires et avec qui tournera en 1996 Everybody Says I love You.

    Mais c’est avec Peur primale de Gregory Hoblit, où il incarne un schizophrène bègue à personnalité multiple aux côtés de Richard Gere qu’il gagnera cette année-là une célébrité mondiale. Ainsi qu’une nomination à l’Oscar du meilleur second rôle. Il prétend ensuite à l’Oscar pour American History X, puis se trouve à nouveau récemment en lice pour une deuxième meilleure prestation dans Birdman  de Gonzalès Inarritu. Il ne sera jamais sacré.

    Apparemment il n’en a cure. «Je n'ai pas choisi d'être comédien pour gagner des prix, mais pour m’engager dans des projets, relever des défis, pendre des risques. "J’ai parfois la sensation que je ne suis pas la personne idéale, mais c’est justement là qu’il faut que je le fasse. C’est ce sentiment d’insécurité qui me pousse à m’investir dans des rôles".

    1291_4bc91193017a3c57fe00677b_1293130964[1].jpgEt c’est ainsi que la vedette de Peur primale (photo) se voit confier des personnages fascinants, dealer chez Spike Lee dans La 25e Heure, néonazi violé et repenti dans American History X de Tony Kaye, roi épreux dans Kingdom Of Heaven de Ridley Scott, méchant dsns The Bourne Legacy de Tony Gilroy. Ou encore narrateur expert en assurances, cherchant une façon de s'évader de son existence monotone.dans Fight Club de David Fincher. Un homme dont il est fan et pour qui il aurait fait n’importe quoi.

    Cet intello de la pellicule habitué des rôles à plusieurs facettes mais privilégiant une grande variété et les métrages sollicitant l'intelligence, prône l’entente avec le réalisateur. "Elle est primordiale. C’est un exercice de coopération qui contribue largement à la valeur d’un film. Il faut connaître son œuvre, son langage, son style, sa tonalité. Le contraire est irresponsable". 

    Avec Spike Lee par exemple dont il avait tellement aimé Do The Right Thing qu’il s’était racheté un billet à la sortie pour le revoir immédiatement, il y avait une telle complicité que La 25e Heure s'est faite en 28 jours. "Lorsque la confiance fonctionne on est plus disponible". Concernant Wes Anderson (Moonrise Kingdom et The Grand Budapest Hotel), c’est plus facile. "Il envoie des séquences animées en faisant  les dialogues. Nous sommes des marionnettes entre ses mains ".

    4031582056_The_Score_edward_norton_147559_1024_768_answer_1_xlarge[1].jpgEdward Norton raconte aussi ses collaborations avec des monstres sacrés, dont Robert De Niro. "On les admire tellement que cela peut devenir un piège. Dans The Score, je ne regardais pas son jeu sur le moment. J’attendais quelque chose avec une idée en tête, qui n'est bien sûr pas venu, et cela m’a dérouté. ll faut être présent".

    Le comédien évoque enfin sa propre expérience de metteur en scène, qu’il a menée en 2000 avec Au  nom d’Anna. "Je n’étais pas prêt à diriger. J'ai compris le travail, le temps, l‘attention que cela exige. Mais ma carrière est basée sur l’envie d’être un créatif et j’y ai pris beaucoup de plaisir".
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  • Festival de Locarno: Meryl Streep se déchaîne en rockeuse fauchée et déjantée

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    streepbar640[1].jpgL’an dernier Luc Besson, fasciné par le pouvoir infini de nos petites cellules grises, avait malencontreusement négligé de se servir des siennes et nous fourguait du grand n’importe quoi avec Lucy. Et ce n’était pas la première fois que Locarno ratait le départ. La, le festival a réussi son ouverture grâce à Ricki And The Flash signé Jonathan Demme.

    De bon augure en vue de la suite? Un peu tôt pour le dire, même si la compétition a elle aussi plutôt bien démarré avec le film de Josh Mond James White, explorant la perte à travers une très forte entre une mère et son fils.

    Mais revenons à Ricki And The Flash où on retrouve une Meryl Streep au mieux de sa forme. Un rien braque et maman indigne, elle a abandonné son mari, ses enfants, sa belle maison pour vivre son rêve de devenir une rock star. Elle se produit dans les bars de Los Angeles et, fauchée, travaille comme caissière de supermarché pour arrondir ses fins de mois.

    Un jour, téléphone de son ex (Kevin Kline), qui a trouvé une autre femme pour s’occuper de lui et de ses trois gosses. A sa demande, elle revient au bercail avec mission d’aider sa fille (en l’occurrence la sienne propre Mamie Gummer) qui traverse une période difficile. Evidemment, tout n’ira pas comme sur des roulettes. A l'image de la deuxième partie du film en quelque sorte. Avant de se terminer heureusement sur une jubilatoire scène de mariage propre à la réconciliation familiale, c’est en effet à partir du retour de Ricki que les choses péclotent un peu.

    Mais qu’importe. En hard rockeuse vieillissante, émotive, fantasque, désarmante avec son look cuir aussi toc que ses bijoux, l'actrice assure comme une bête aux côtés du chanteur australien Rick Springfield, Contrairement à l’avis du New York Post estimant qu'elle perd son talent dans un opus plus ou moins à la limite du calamiteux, Meryl Streep, aussi déjantée que déchaînée, prouve une fois encore qu’elle peut tout faire.

    Quant à Jonathan Demme, il a concocté un musical qui, tout en misant principalement sur le divertissement, se révèle plus profond qu’il n’y paraît. Entre un brin de cynisme et un fond de satire, il donne une image joyeusement critique d’une société américaine bourgeoise, ridiculement corsetée dans son moralisme et ses principes. A voir en Suisse romande dès le 2 septembre..

     

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  • Festival de Locarno: en route pour une 68e édition, avec la maison pour fil rouge

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    Alors que le festival misait plus particulièrement l’an dernier sur la superposition, l’échange et le partage, le fil rouge de cette 68e édition sera la maison. Un fil rouge traité de différentes manières selon son directeur artistique Carlo Chatrian, avec des projections qui mettront en scène le foyer. Coup d’envoi demain du millésime tessinois 2015 qui, comme d’habitude, s’annonce sur le papier plutôt riche et éclectique. 

    A commencer par les seize longs métrages de la fameuse Piazza Grande. C’est Jonathan Demme qui fera l’ouverture sur l’écran géant, l‘un des plus grands d’Europe, avec Ricki And The Flash. Il raconte  l’histoire d’une mère avide d’indépendance, qui quitte sa luxueuse villa pour un appartement modeste et y revient pour faire face à une situation de crise.

    Parmi les films projetés sous les étoiles, on trouve trois autres opus américains  dont Southpaw d’Antoine Fuqua avec Jake Gyllenhaal et The Deer Hunter de Michael Cimino, ainsi que trois français, dont La belle saison de Catherine Corsini avec Cécile de France et Floride de Philippe Leguay avec Jean Rochefort et Sandrine Kiberlain.

    Deux productions franco-suisses sont par ailleurs attendues:  Amnesia de Barbet Schroeder avec Marthe Keller, La vanité de Lionel Baier avec Patrick Lapp et Carmen Maura. Sans oublier Erlkönig de Geoges Switzgebel. En clôture de festival, le Brésilien Sergio Machado propose Heliopolis où on constate que la musique adoucit  véritablement les moeurs…

    Les films en compétition et les Suisses

    Cette année 18 films s’alignent dans la chasse au Léopard d’or. Se présentant sous diverses formes, de la fiction traditionnelle au documentaire en passant par la biographie, ils viennent d’Iran, des Etats-Unis (deux premières œuvres) de Grèce, de Russie, d’Espagne, du Sri Lanka, de Corée du Sud, du Japon, d’Italie, de Belgique ou de France.

    Toujours en concours, on découvre une co-production germano-suisse Heimatland. Cette œuvre collective rassemblant le meilleur de la nouvelle génération suisse devrait faire date d’après Carlo Chatrian.

    Outre les sections Léopards de demain et Panorama Suisse dédiée à la création cinématographique helvétique actuelle, trois autres films du cru figurent dans d’autres sections du festival. Hors concours on pourra voir Fragments du paradis de Stéphane Goël, et Yes No Maybe de Kaspar Kasics. Quant au volet Cinéastes du présent, il montrera Keeper de Guillaume Senez, avec Kacey Mottet Klein, qu’on  avait notamment vu  dans Home et L’enfant d’en Haut d’Ursula Meier.

    Pat-Garrett-Et-Billy-Le-Kid_3957_4ea6179d2c058837cb004535_1320373985[1].jpgRétrospective Sam Peckinpah

    L’un des piliers de la manifestation locarnaise c‘est bien sûr la rétrospective. Réalisée par le programmateur et historien du cinéma Roberto Turigliatto, elle est  consacrée  cette année à Sam Peckinpah. Une intégrale composée de plusieurs œuvres restaurée, de séries TV, de collaborations et de films qu’il a interprétés.

    Considéré comme le rebelle de Hollywood, le célèbre réalisateur américain mort en 1984 a laissé des oeuvres marquantes comme Pat Garrett& Billy The Kid, Major Dundee, La Horde sauvage, Guet-apens, le Convoi ou Les chiens de paille.

    Récompenses, hommages et stars

    Comme chaque année, il y aura distribution de Léopards d’honneur. Ils seront remis à l'Italien Marco Bellochio et à l’Américain Michael Cimino. Des prix seront également décernés à la Française Bulle Ogier pour l’ensemble de sa carrière (à l’image d’Anna Karina et de Jean-Pierre Léaud ces deux dernières années) ainsi qu’aux acteurs américains Andy Garcia et Edward Norton.

    Outre les élus, seront notamment  présents à Locarno Chantal Akerman, Sabine Azéma, Lionel Baier, Clotilde Coureau, Cécile de France, Marthe Keller, Carmen Maura, Melvil Poupaud, Jerry Schatzberg, Barber Schroeder.

    Locarno, du 5 au 15 août. A noter pour les amateurs, une  soirée gratuite sur la Piazza Grande avec la présentation ce soir 4 août dès 21h30 de E la nave va de Federico Fellini.

     

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  • Festival de Locarno: Le Léopard d'Or au réalisateur philippin Lav Diaz

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    fullsizephoto99687[1].jpgA Locarno comme à Cannes en mai dernier, le plus long film de la compétition a produit sur le jury l’effet de la cape rouge sur le taureau…  Tandis que le Turc Nuri Bilge Ceylan remportait la Palme sur la Croisette avec Winter Sleep (3h16) le Philippin Lav Diaz (photo) a fait encore mieux, en raflant le Léopard d’Or avec Mula sa kung ano ang soon (5h38).

    Une durée qui n’a pas rebuté le président Gianfranco Rosi et ses petits camarades, tant ils ont vécu avec ce «chef d’oeuvre», une «intense expérience de cinéma». Ils admettent toutefois s’être accordé une «pause pipi» avant de reprendre la cours de l’œuvre.

    Filmée en noir et blanc, elle se déroule en 1972 dans un petit village isolé théâtre de mystérieux événements, avant que le président Ferdinand Marcos ne promulgue la loi martiale. Le début d’une période sanglante.

    Dans le PardoLive, le journal du festival, Lav Diaz manifeste sa joie. «C’est incroyable, merci Locarno, je reste sans voix». L’auteur, qui part du particulier pour atteindre l’universel, explique que son film est basé sur ses propres souvenirs d’enfance, «tout est réel, j’ai juste changé les noms», deux ans avant «la période la plus noire de notre histoire »

    Il dédie ce film historique à son père, un cinéphile fou qui lui a transmis le virus, au peuple philippin pour sa lutte et à tous les cinéastes sérieux de ce monde, notamment Pedro Costa, «mon frère dont j’adore le travail».

    Pedro Costa meilleur réalisateur

    Le Portugais figure  d’ailleurs aussi au palmarès. Il a reçu le prix du meilleur réalisateur pour son oppressant Cavalo Dinheiro dont le format carré ajoute encore à la sensation d’étouffement. On y suit Ventura, maçon de Lisbonne né au Cap Vert dans d’étranges souterrains, tandis que de jeunes capitaines mènent la révolution des Œillets dans la rue.

    453389864[1].jpgCes deux choix convenus se justifient certes sur le plan cinématographique, même si je ne partage pas le fol enthousiasme du jury et des fans présents. Comme imaginé donc dans mon précédent billet, pas de Léopard d’Or pour Durak (Le fou) du Russe Yury Bykov, mon favori et celui d’une grande partie des critiques, 

    Sa dénonciation de la corruption en Russie est toutefois un peu récompensée par l’attribution du prix masculin d’interprétation à son héros Artem  Bystrov (photo), excellent en plombier d’une rare intégrité, se lançant au péril de sa vie à l'assaut des bureaucrates pourris. Côté féminin, la Française Ariane Labed est sacrée meilleure actrice dans le médiocre Fidelio, l’odyssée d’Alice de sa compatriote Lucie  Borleteau. Plus pour ses charmes dont elle abuse en mer que pour son talent…

    Le prix spécial du jury est allé au banal et verbeux Listen Up Philip de l’Américain Alex Ross Perry et une mention à Ventos de Agosto du Brésilien Gabriel Mascaro. Quant au Vaudois Fernand  Melgar, auteur de L’Abri, évoquant le quotidien sordide de SDF dans un centre d’hébergement d’urgence à Lausanne,  il est hélas à nouveau reparti les mains vides. Mais moins n’a-t-il pas été insulté comme pour Vol spécial par le président du cru 2011, Paulo Branco...

    La Piazza Grande en chute libre

    get[3].jpgS’il a fallu racler les fonds de tiroir pour dénicher six prix dans la grisaille d’un concours languissant réunissant dix-sept prétendants dont la majorité distillait un rare ennui, que dire de la programmation d’une Piazza Grande en chute libre... si l’on excepte les films vus et revus de Luchino Visconti ou Agnès Varda, La Vénus à la fourrure de Roman Polanski et Sils Maria d'Oliver Assayas (avec Juliette Binoche, photo), tous deux rescapés de Cannes

    A sauver également Marie Heurtin de Jean Améris, l’histoire vraie d’une adolescente de 14 ans sourde muette et aveugle qu’une religieuse sort de son obscurité,  Dancing Arabs, d’Eran Riklis évoquant un garçon israélo-palestinien déchiré entre deux cultures. Un mot encore sur Pause du Lausannois Mathieu Urfer, un premier film prometteur dont on aura l’occasion de reparler lors de sa sortie en salles.

    A part ça, ce n’était pas loin du petit musée des horreurs. Pêle-mêle on a vu le décervelé Lucy de Luc Besson, le calamiteux Love Island de Jasmila Zbanic, le laborieux Hundred-Foot Journey de Lasse Hallström ou encore l’écoeurant A la vie de Jean-Jacques Zielbermann. Moins navrant, ce n'était pas difficile, mais téléphoné en diable, Schweizer Helden lauréat du Prix du public.

    Sauvé par les stars et la rétrospective

    rocco-e-i-suoi-fratelli[1].jpgComme toujours le festival, un rien perturbé par la pluie qui a découragé quelques spectateurs et l’annulation de la visite de Roman Polanski mal vécue par ses admirateurs, a surtout été en partie par une pléiade de stars qui, de Melanie Griffith à Juliette Binoche en passant par Mia Farrow et Agnès Varda, se sont gracieusement pliées aux traditionnelles conversations au Spazio Cinema.

    Il a surtout séduit par son excellente rétrospective, forte d’une cinquantaine d’œuvres, consacrée à la plus ancienne maison de production italienne Titanus fondée en  1904. Merci aux Fellini, Rossellini, Visconti, De Sica, Commencini, Monicelli, Lattuada, que les cinéphiles retrouveront aux Cinémas du Grütli à Genève du 20 août au 2  septembre et à la Cinémathèque suisse à Lausanne, du 28 août au 4 octobre.

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  • Festival de Locarno: qui va capturer le Léopard d'Or 2014?

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    images[3].jpgLa 67e édition du festival de Locarno touche à sa fin. A la veille du palmarès, on ne peut hélas pas dire que ce cru 2014, par ailleurs perturbé par des événements extérieurs comme la pluie ou l’annulation de la Masterclass de Roman Polanski pour cause de polémique liée à sa visite, ait atteint des sommets.

    Notamment en compétition où la majorité des dix-sept films en compétition s’est révélée d’une qualité très moyenne pour ne pas dire carrément médiocre. Une bonne nouvelle tout de même. L’an dernier, je vous racontais que si la décision ne tenait qu’à moi, j’aurais remballé le Léopard d’Or...

    Bonne nouvelle, au moins en ai-je déniché un cette année dont je vous ai d’ailleurs déjà parlé. Il s’agit de Durak, du Russe Yury Bykov, qui évoque la corruption chez Sa Majesté le tsar Poutine. Le héros de l'histoire entame courageusement une course contre la montre, voire contre la mort, pour sauver des habitants suite à une explosion dans un vieil immeuble dont l’écroulement menace.

    6038513[1].jpgPour les Léopards d'argent et de bronze, il y a L’Abri du Vaudois Fernand Melgar (photo), qui nous parle du sort tragique des SDF dans un hébergement d’urgence à Lausanne. Ou Mula sa kung ano ang du Philippin Lav Diaz, un très honorable opus de 5h38 qui nous emmène dans un village isolé en 1972, où se produisent d’étranges événements.

    On peut aussi évoquer La sapienza d’Eugène Green. Parisien né aux Etats-Unis, cet habitué de Locarno met en scène un architecte d’origine suisse, Alexandre Schmidt, qui a derrière lui une carrière brillante, mais a perdu l’inspiration et veut retrouver ce qui l’a poussé à faire ce métier quand il était jeune. Sa femme Aliénor partage les mêmes inquiétudes en ce qui concerne sa profession et tous deux décident de partir, d'abord au Tessin puis à Rome. 

    images[11].jpgPour le reste c’est la bouteille à encre, même si certains ne jurent que par Cavalo Dinheiro du Portugais Pedro Costa, un "chef- d'œuvre" ou Alive (3 heures) du Sud-Coréen Park Jungbum. Cure-The Life Of Another de la Suissesse Andrea Staka (photo) ou le bavard Listen Up Philip de l’Américain Alex Ross Perry ont également leurs fans.  

    A oublier en tout cas Fidelio, l’odyssée d’Alice de la Française Lucie Borleteau, où son héroïne saute sur tout ce qui bouge dans un tanker, Dos Disparos évoquant un jeune homme qui se tire deux balles dans la peau, l’une ayant diparu et l'autre, restée dans son corps le faisant mal jouer de la flûte. Sans compter l’hystérique A Blast du Grec Syllas Tzoumerkas et le languissant Perfidia de l’Italien Bonifacio Angius.

     Comme d'habitude, il serait étonnant que le jury, présidé par le réalisateur Gianfranco Rosi, me donne raison. Mais sait-on jamais? Verdict demain.  



     

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  • Locarno: Roman Polanski annule sa visite. Journée noire pour le festival

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    _VEN1093_RVB[1].jpgFace à la polémique que l’annonce de sa visite a suscitée, Roman Polanski, qui devait offrir le 15 août une Masterclass aux jeunes cinéastes de la Locarno Summer Academy ainsi qu’à tout le public, a décidé d’annuler son séjour au Tessin.

    Le réalisateur franco-polonais, qui allait également présenter son dernier film La Vénus à la fourrure avec sa femme Emmanuelle Seigner (photo), a envoyé dans la nuit de lundi à mardi une lettre en italien à la direction du festival dont voici la teneur :

    “Chers amis,
    Après avoir constaté que ma présence au Festival de Locarno aurait pu provoquer des tensions et des controverses de la part de personnes qui s’y opposent, mais dont je respecte les opinions, je regrette de vous annoncer que j’ai renoncé à contrecœur d’y participer.
    Ca me rend véritablement triste de décevoir vos attentes.
    Roman Polanski”

    Dans une vidéo sur le site du Festival, Carlo Chatrian s’est déclaré profondément attristé par cette décision qu’il ne peut toutefois que respecter... "Alors que le soleil brille à nouveau sur Locarno après quelques jours de pluie, c’est pour moi le jour le plus sombre depuis ma nomination au poste de directeur artistique. Je suis triste parce que les festivaliers sont privés d‘une rencontre avec un artiste extraordinaire, triste parce que le concept du festival comme place de débats et de rencontres subit un contrecoup.

    "Des limites dépassées"

    ky_Carlo_Chatrian_festival_film_locarno[1].jpgRevenant sur les critiques lancées contre la venue du cinéaste, Carlo Chatrian a affirmé les avoir entendues avec attention, mais estime que certaines positions ont dépassé les limites. "A travers une violence verbale et la manipulation de la réalité, elles se sont transformées en attaques personnelles inacceptables… "

    De son côté le président Marco Solari parle aussi de tristesse. Et d'amertume. Tout en comprenant  la décision de Roman Polanski, il la regrette infiniment dans la mesure où elle empêche un rêve de se réaliser. 

    "Mais nous opérons dans un contexte démocratique, Il faut que les opinions puissent s’exprimer. Nous avons informé Monsieur Polanski que les cinéphiles allaient l’accueillir à bras ouverts mais aussi que des personnes, et je ne les juge pas, s’opposaient à sa venue. Il a donc décidé de renoncer à sa venue".

    "Le festival trouve sa raison d’être dans sa liberté d’expression et a toujours su affirmer ce principe fondamental en dépit des tentatives d’ingérence et de pression", ajoute Marco Solari. " Nous n’y cédons pas mais ne pouvons que nous incliner et accepter la situation avec énormément de regrets. C’est une journée noire pour le festival, mais il doit avancer".

    Venu recevoir un prix à Zurich en 2009, le cinéaste avait, rappelons-le, été arrêté pour une vieille affaire de viol de mineure aux Etats-Unis. Il avait alors été assigné à résidence pendant sept mois dans son chalet de Gstaad. La Suisse avait finalement refusé de l’extrader.
     

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  • Robin Williams, la mort tragique d'un grand comique en proie ses démons

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    images[7].jpgRobin Williams est mort lundi 11 août à son domicile de Tiburon en Californie, après une longue bataille contre la dépression, l’alcoolisme et la drogue. Il avait 63 ans. La police suspecte un suicide, mais une enquête plus approfondie doit être menée pour aboutir à une conclusion définitive.

    Le monde du cinéma est sous le choc et les hommages pleuvent de partout, de Washington à Locarno, depuis l’annonce de sa tragique disparition.

    Venu du stand up tout en étudiant le théâtre à la Julliard School, le comédien, trois fois marié et père de trois enfants et dont les films appartiennent à la mémoire collective, s’était fait remarquer sur le petit écran dans les années 70, avant d’apparaître sur le grand en 1980.

    Animateur survolté et subversif 

    Sa carrière internationale débute derrière un micro, où il interprète l’animateur radio survolté et subversif de Good Morning Vietnam en 1987. Deux ans plus tard il conquiert la planète en incarnant le professeur de littérature rebelle (photo-ci-dessous) dans le Cercle des poètes disparus de Peter Weir.

    imagesCAFCETOM.jpgPeter Pan chez Steven Spielbeg  dans Hook en 1991, puis marchand de jouets dans Toys, il fait à nouveau craquer le monde entier en se cachant sous les traits de Mrs Doubtfire de Chris Columbus en 1993. Dans la foulée, il rafle un Golben Globe. 

    Parmi ses films les plus célèbres de cet acteur polyvalent et surprenant, oscillant entre le rire et les lames, la tendresse et la noirceur, on citera encore Jumanji, Fisher King et surtout son rôle de psychologue (photo ci-dessous) dans Will Hunting.

    Ce long métrage écrit par Matt Damon et Ben Affleck lui a valu le seul Oscar de sa prolifique carrière, en 1998. On n’oubliera pas non plus le psychopathe d’Insomnia en 2002 ou de Photo Obsession, en compétition à Locarno la même année.

    images[8].jpgRéactions de la Maison Blanche au Festival de Locarno

    Barack Obama, le Tout Hollywood de Steven Spielberg à Morgan Freeman, les réseaux sociaux se sont vivement émus de son décès.

    Le président américain résume bien le sentiment de chacun. "Il était un animateur radio un docteur, un aviateur, un génie, une nounou,  un professeur… Mais il était unique. Il est arrivé dans nos vies comme un étranger et a fini et avait fini par toucher chaque parcelle de l’âme humaine".

    A Locarno, le directeur artistique Carlo Chatrian tient à s’associer aux hommages. "Tout homme de cinéma ne peut qu’éprouver de la tristesse face à la mort d’un acteur d’une telle envergure. La plupart de ses films sont dans la mémoire collective. Je ne l’ai pas rencontré, il n’est jamais venu à Locarno, mais j’ai été marqué par ses films, plus particulièrement par Le cercle des poètes disparus que j’ai découvert alors que j’étais au lycée. J’ai aimé son personnage, cette mélancolie qu’il avait en lui ».

    Tandis que Connie Nielsen, membre du jury et partenaire de Robin Williams dans Photo Obsession était trop secouée en début de matinée pour réagir, le comédien Jonathan Pryce, tête d’affiche dans Listen up Phiilip d’Alex Ross Perry, en liche pour le Léopard d’Or a manifesté son émotion. Il avait rencontré Robin Williams sur le tournage de Les aventures du baron de Münchhausen de Terry Gilliam (1988). "Il était très amusant on a dîné, bavardé ensemble. J’ai beaucoup de respect pour lui et je suis très triste qu’il nous ait quitté".


     

     


     

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  • Festival de Locarno: lauréate d'un Léopard d'honneur, Agnès Varda se raconte

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    images[3].jpg"Tout cinéaste rêve d’être invité sur la Piazza Grande", déclarait dimanche soir la réalisatrice franco-belge Agnès Varda, deuxième femme après la Russe Kira Mouratova en 1994 à recevoir un Léopard d’honneur pour l'ensemble de son œuvre. Ajoutant qu’à 86 ans, elle avait réalisé son rêve. 

    Le lendemain l’infatigable créatrice, surnommée la grand-mère de la Nouvelle Vague alors qu’elle n’avait que 27 ans lorsqu’elle a réalisé son premier film La pointe courte, monté par Alain Resnais, s’est entretenue au Spazio Cinema avec le public qui l’a chaleureusement accueillie. 

    Une conversation où elle raconte son parcours, ses débuts de photographe, ses films. A leur évocation Agnès (née Arlette) demande aux auditeurs s’ils les ont vus. Et se réjouit de constater que c’est presque toujours le cas. Elle s’est notamment attardée sur le documentaire qui a beaucoup compté et dont 17 ont marqué sa carrière. Par exemple Les Glaneurs et la Glaneuse, sorti en 2000.

    Partout en France, elle rencontre des ratisseurs de champs et des grappilleurs dans les arbres après la récolte, des ramasseurs de fruits et légumes jetés par les entreprises, des récupérateurs de nourriture et d’objets divers dans les poubelles, les rues. Par nécessité ou par choix, ils sont en contact avec les restes des autres. Deux ans plus tard, elle a retrouvé quelques-uns de ses protagonistes. "Ils étaient contents de me voir".

    "Le documentaire est une école de vie"

    «J’ai tellement appris en faisant ce film. Il m’a aidée à me situer en tant que documentariste. C’est une école de vie. Il y a la dimension du temps qui passe sur les gens, qui sont aussi pleins de surprises. Dans un court-métrage, j’avais essayé de montrer comment certains avaient caché des juifs au risque de leur vie dans la Drôme. Ils étaient formidables. C’est très intéressant de filmer de vraies personnes. Bien sûr j'aime la fiction et les acteurs qui m’impressionnent. Mais c’est différent".

    A côté de la réalisation, Agnès Varda s’occupe de restauration d’œuvres. Des siennes et de celles de Jacques Demy, son mari rencontré en 1958 et mort en 1990. Apprend-elle de nouvelles choses en les revoyant? "Non sauf quand les critiques en parlent et se livrent à des analyses. Je découvre des raisons de faire qui m’avaient échappé. Il y a en nous des choses qu’on ne sait pas, qui se mettent en place à ces occasions. On doit en quelque sorte fragiliser l’acte de filmer pour qu’il se nourrisse… "

    Si le cinéma a changé, cela ne la trouble pas. "Il ne faut pas être obstiné". Elle estime que les nouveaux outils correspondent mieux au documentaire qu’à la fiction et qu’à l’évidence selon la caméra utilisée on ne fait pas le même film. "Dans Les Glaneurs il n'était pas possible d'avoir une équipe pour approcher les personnes, donc j’allais d’abord avec une petite caméra. Après on pouvait prévoir des moyens plus importants.

    Rappelons que le Festival de Locarno projette une sélection de ses longs-métrages, Cléo de 5 à 7 (1962) Les créatures (1966) Sans toit ni loi (1985) ou encore Les Plages d’Agnès (2008).

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  • Festival de Locarno: Fernand Melgar et "L'Abri": "Je suis la mauvaise conscience de la Suisse"

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    images[11].jpgAprès La Forteresse et Vol Spécial, le cinéaste vaudois Fernand Melgar nous plonge au cœur de L’Abri, un centre d’hébergement d’urgence pour SDF à Lausanne, bouclant ainsi en principe sa trilogie sur la migration. Le premier parle d’entrée en Suisse, le second évoque la fin du voyage. L’Abri, en lice pour le Léopard d’Or est une sorte de no man’s land, un entre-deux entre l’arrivée et le départ.

    Dans ce troisième volet qui peut en appeler un quatrième ("ce sont les films qui me choisissent"), Fernand Melgar et Elise Schubs, sa preneuse de son auteure d’un formidable travail, nous emmènent dans un souterrain jusqu’à la porte du centre. C’est l’hiver, le froid mord, il  neige. Chaque soir se déroule le même rituel d’entrée dramatique qui provoque des bousculades parfois violentes.

    La lourde tâche du tri des démunis

    Trois veilleurs ont la terrible tâche de trier les démunis, laissant pénétrer d’abord les personnes âgées, les handicapés, les femmes et les enfants, puis les hommes. Alors que la capacité est de 100 places, seuls 50 seront admis et auront droit à un repas et à un lit. Pour les autres, la nuit sera dure. Comme la suivante et toutes celles d’après jusqu’en mars.  

    La technique de Melgar, c’est l’immersion totale. Pendant six mois, lui et Elise Schubs ont vécu au milieu des sans-logis, attendant avec eux à l’extérieur et pénétrant aussi à l’intérieur du centre. Et cela après un long travail de recherche et de préparation, qui a également duré six mois, sans caméra, pour approcher les gens dans la rue à la soupe populaire, expliquant leur démarche pour établir une relation, gagner leur confiance. 

    Des êtres humains cherchant à survivre

    310-175-abri01[1].jpgCeux qui fréquentent l’Abri sont en majorité des citoyens de l’Est et du Sud de l’Europe. Ce ne sont pas des clandestins, ils ont des papiers, des passeports et fuient la crise. Ce sont des migrants économiques, des working poors avec enfants à charge. Ils touchent des salaires de misère ne leur permettant pas d’avoir un logement. "Il n’y a pas de différences entre eux et les personnages de mes films précédents. Ce sont tous des êtres humains qui cherchent désespérément à s’en sortir".

     

    Le reproche qu’on peut faire à Melgar c’est de ne pas porter de jugement. Par exemple sur les gérants du lieu, dont un se révèle particulièrement odieux. En même temps, il ne faut pas être grand clerc pour voir où vont ses sympathies. Mais il ne veut pas catégoriser. "Il n’y a pas de gentils, de salauds, mais des êtres humains qui essayent de trouver un terrain d’entente. On attend de moi des réponses alors que je suis le témoin d’une réalité qu’on cache, qu’on veut oublier".

    "Je n’ouvre pas des portes mais des fenêtres"

    "Mon cinéma est celui de l’intranquillité. Je suis la mauvaise conscience de ce pays. J’essaye de faire réfléchir les gens. Je pose des questions à mes concitoyens après le vote du 9 février qui a conduit à la fermeture des portes. En même temps, c’est un message d’espoir. J'ouvre des fenêtres".


    Il a ainsi réalisé L’Abri pour lever le voile sur des victimes du silence et de l’ignorance, sur une humanité à la dérive que Lausanne occulte comme si elle faisait tache dans le paysage. "Comment dans ma ville peuvent exister ces fantômes, ces citoyens de seconde zone ? Quand j’en parle avec des amis, ils me croient à moitié. Puisqu’il faut voir pour le croire, je montre".

    Et Melgar le montre dans un film fort, dérangeant, bouleversant racontant ce lieu dit d’accueil mais surtout de tri, dont les barrières interdisant l’entrée à certains représentant la loi et l’autorité. Il a posé d’énormes questions morales à son auteur. "Pour moi le fondement de la société moderne c’est le respect des droits humain. Or c’est le contraire dans ce film. Aujourd’hui on glisse vers l’exclusion, l’élite, écartant de notre chemin ceux qui sont dans le besoin".

    Il reste à espérer qu’il sera mieux  compris par le jury que Vol Spécial qui avait poussé, il y a trois ans, le président Paulo Branco à traiter l’opus de fasciste…


    Andrea Staka propose "Cure-The Life Of Another"

    images[4].jpgAutre représentante suisse en compétition, Andrea Staka, lauréate en 2007du léopard d’Or pour son premier long-métrage Das Fräulein. Avec Cure–The Life Of Another, la réalisatrice originaire d’ex-Yougoslavie situe son action à Dubrovnik, en 1993, après la guerre.

    L’histoire est celle de Linda, 14 ans. Née en Croatie elle a grandi en Suisse et retourne dans son pays avec son père. Elle y rencontre Eta, qui l’entraîne dans une forêt dangereuse sur les hauteurs de la ville. Les deux adolescentes jouent à un échange d’identité plein de sous-entendus sexuels jusqu’à ce que Linda pousse son amie dans le vide.

    Revenue seule, elle prend peu à peu la place d’Eta dans la famille de cette dernière. Au bord du gouffre, elle perd pied,  hantée par les images de la chute mortelle de sa nouvelle amie. On reste plutôt perplexe devant le message du film, décevant dans la mesure où il promet plus qu’il ne tient. On attendait davantage de la talentueuse cinéaste qui, chose rare, avait fait salle comble lors de la projection de presse. On retiendra toutefois la beauté de son actrice principale, Sylvie Marinkovic.

    "Durak", un film russe aux allures de Léopard 

    44cd99ffb7d5f598c44b89758944775d3f32629b[1].jpgJusqu’à présent, le meilleur film de la compétition c’est Durak, du Russe Yuri Bykov. Il met en scène Dima Nikitin, un plombier honnête qui habite une petite ville. On découvre son exceptionnelle intégrité lorsque qu’un vieil immeuble mal construit de neuf étages, abritant principalement des ivrognes et des marginaux, menace de s’écrouler suite à une explosion. 

    Tout le monde doit être immédiatement évacué, mais c’est le cadet des soucis des élus locaux qui célèbrent l’anniversaire de la maire au restaurant. Dima se lance alors dans une course contre la montre qui lui sera fatale, pour tenter de convaincre les bureaucrates pourris et corrompus jusqu’à l’os de se remuer et éviter une catastrophe qu'il estime imminente. 

    Critiquer la corruption au pays de Poutine n’est pas une nouveauté. Mais il y a la manière. Et ce faisant, Yuri Bykov livre un film coup de poing haletant, qui allie l’excellence de la mise en scène à celle du traitement et à la belle prestation des acteurs. 

     

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  • Festival de Locarno: Le grand écart entre Piazza et compétition!

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    images[4].jpgEntre l’ouverture sur la Piazza Grande avec Lucy et ses neurones en folie et le premier film de la compétition Mula sa kung ano ang noon (From What Is Before) du cinéaste philippin Lav Diaz, il y avait comme un gouffre. A croire qu’on n’était pas dans le même festival.

    Un village isolé des Philippines en 1972, où se passent de très mystérieux événements. Des hurlements viennent de la forêt, des vaches sont massacrées, un homme est retrouvé ensanglanté à un carrefour des maisons sont incendiées, Sous prétexte de protéger les habitants qui veulent juste une petite aide financière de l’Etat, des militaires débarquent et instaurent le couvre-feu. Et le président Marcos promulgue la loi martiale dans tout le pays.

    Filmée en noir et blanc, librement inspirée de personnages et de faits réels, l’anatomie de ce village et de ses habitants se révèle aussi intéressante cinématographiquement que socialement. Mais la durée du métrage, 5h38, en a découragé ld’un. Et ce n’est de loin pas le plus long du réalisateur…

    On se retrouvait côté auteur sur la Piazza Grande avec le dernier opus de l’Israélien Eran Riklis Dancing Arabs, tiré des romans de Sayed Kashua Les Arabes dansent aussi et La deuxième personne. Il raconte l’histoire d’Eyad, qui a grandi dans une ville israélo-arabe et que ses parents envoient dans un prestigieux internat de Jérusalem. Une première.

    Déchiré entre deux cultures, l'adolescent cherche désespérément à s’intégrer, tombe amoureux d’une jeune Juive mais doit quitter l’école lorsque leur relation est découverte. Pour être accepté, il devra prendre une décision douloureuse qui changera à jamais sa vie. Eran Riklis séduit avec ce sujet casse-gueule. Evitant les clichés, surfant finement sur le dérisoire, il livre un film au ton satirique, original et sans complaisance.

    On n’en dira pas autant de Love Island, signé de Jasmila Zbanic. Liliane et son mari passent des vacances dans une station balnéaire croate, genre Cub Méd. Enceinte, Liliane est près d’accoucher, le mari se réjouit follement de la naissance de leur petite fille, mais la rencontre d’une belle femme qui leur plaît à tous les deux va singulièrement leur compliquer la vie. On assiste dès lors à une sorte de sous Bronzés croisé avec un ersatz de Gazon maudit. Calamiteux à quelques chansons près. 

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