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La griffe du léopard - Page 2

  • Festival de Locarno: Oberli, Rabaglia, Imbach, trois Suisses entre Piazza et compétition

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    maxresdefault.jpgBettina Oberli n’a pas eu de chance sur la Piazza avec Le vent tourne. Vraiment pas du bon côté hélas, des trombes d’eau s’étant abattues après les deux tiers de la projection. Un mauvais tour des éléments pour ce film où, avec son compagnon Alex, écolo radical, Pauline a construit une vie autosuffisante en accord avec la nature, dans une ferme isolée du Jura.

    Liés par leur travail, leur amour et leur idéal, ils veulent, pour parachever leur autonomie, produire leur propre électricité. C’est alors que débarque Samuel, ingénieur insouciant, venu équiper la propriété d’une éolienne. Pauline est immédiatement attirée par lui. Sa vie de couple et sa vision du monde vont s’en trouver chamboulées,

    Notamment auteure de la comédie à succès Les mamies ne font pas dans la dentelle (2006), Bettina Oberli, qui s’est entourée de la jolie Mélanie Thierry et du séduisant Pierre Deladonchamps, veut traiter à la fois d’émancipation féminine, d’amour, de séparation, d’écologie. Avec en ligne de mire la fragilité de la vie, de la nature, des sentiments et des relations.

    Avec ce premier long-métrage en français la réalisatrice se sentait comme devant une page blanche, avec une grande envie d’ouvrir son horizon, de quitter sa zone de confort. Malheureusement, Le vent tourne en reste aux intentions à la fois sur la forme et le fond.

    Une troisième Piazza pour Denis Rabaglia

    Diego-Abatantuono.jpgEgalement programmé sur la célàbre place, en revanche par beau temps, Denis Rabaglia, seul réalisateur romand à n’avoir jamais tourné de long métrage de fiction dans sa langue maternelle, marquait son retour à Locarno avec Un nemico che ti vuole bene (Un ennemi qui te veut du bien). Une comédie noire ou plutôt grinçante sur fond de thriller, avec un scénario genre Agatha Christie à l’envers, dont les quinze premières minutes renvoient à une histoire vraie.

    Par une nuit d’orage, le professeur Enzo Stefanelli (Diego Abatantuono, photo) sauve la vie d’un jeune homme blessé par balle et qui s’avère être lui-même un tueur à gages. Pour remercier cet homme providentiel, le garçon lui promet d’éliminer son ennemi potentiel, en quête duquel il se met, créant par la même occasion le chaos dans la vie de Stefanelli. 

    Question 1: le professeur sera-t-il capable d’identifier ce fameux ennemi ? Et question 2 : chacun de nous en a-t-il vraiment un à identifier ? Sans aller jusque là, Denis Rabaglia avoue avoir dû « revisiter » une relation qu’il avait pensé être un ami et qui en réalité n’en était pas un… Nous livrant un bout d'autobiographie dans cette oeuvre construite autour de préoccupations personnelles.

    Glaubenberg de Thomas Imbach

    glaubenberg-copia.jpgDe son côté, seul Helvète à la chasse au Léopard d’Or, Thomas Imbach signe Glaubenberg, une histoire inspirée à la fois de sa vie et des Métamorphoses d’Ovide, plus précisément le texte sur Byblis, amoureuse désespérée de son jumeau Caunus. Frère et soeur Lena, 16 ans (Zsofia Körös, photo) et Noah, 19 ans (Francis Meier) entretiennent depuis l’enfance une relation fusionnelle. Elle devient ambiguë à l’adolescence, Lena éprouvant pour Noah un désir ardent qui vire à l’obsession.

    Agressive, jalouse, elle commence à vivre dans un monde imaginaire, se perdant dans des rêves érotiques. Elle finit par avouer son amour à Noah qui, choqué, la repousse et décide de partir sur un chantier archéologique en Turquie. Lena, n’arrivant pas à convaincre Noah de l'intensité de ses sentiments, part sur ses traces et sombre dans la folie, comme Byblis délaissée par Caunus effrayé, qui était partie le rechercher jusqu’en Asie mineure.

    L’inceste est un thème tabou, difficile à traiter. Mais l’absence de tension couplée à des scènes improbables, surréalistes, ou sonnant particulièrement faux, font qu’on a beaucoup de mal à croire à cetimpossible amour interdit et à l’inconditionnalité avec laquelle Lena vit sa passion.

    On reviendra plus en détails sur ces trois films et avec des interviews de Bettina Oberli et Denis Rabaglia lors de leur sortie en Suisse romande.

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  • Festival de Locarno: d'un cinglant Spike Lee à une compétition poussive. Avec une exception québécoise

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    2239164.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx.jpgAprès avoir séduit le jury de Cannes qui lui a décerné son Grand Prix en mai dernier, Spike Lee a fait le bonheur de la Piazza à Locarno avec BlacKkKlansman, une charge cinglante contre le racisme, l'extrême droite et le président Trump. D’un humour férocement militant, jubilatoire, le film est basé sur la folle et véridique histoire de Ron Stallworth.

    Premier policier afro-américain de Colorado Springs, Stallworth (John David Washington, le fils de Denzel) , avait infiltré le Ku Klux Klan avec un collègue juif Flip Zimmermann (Adam Driver) au début des années 70. Excellents, les deux compères (photo) enchantent dans cet opus entre polar, comédie et politique. On y reviendra lors de sa sortie sur les écrans romands le 22 août.

    On ne boude pas non plus son plaisir devant les perles de la rétrospective McCarey, qu'il s'agisse d'irrésistibles courts ou longs métrages. Ce n'est pas le cas côté compétition... A mi-parcours, on peine en effet à s’enthousiasmer, récurrence locarnaise, pour les œuvres proposées en provenance jusqu’ici de Taïwan, du Brésil, des Etats-Unis, d’Italie ou de Roumanie.

    1561826-genese-nouveau-long-metrage-philippe.jpgEn revanche, on a carrément aimé Genèse, du Québécois Philippe Lesage. Trois ans après Les démons évoquant les peurs d’un gamin de 10 ans imaginant sans cesse les pires catastrophes liées à la sexualité, le cinéaste s’intéresse aux premières passions adolescentes.

    Dans un collège de garçons, Guillaume (photo) tombe amoureux de son meilleur ami, tandis que sa soeur Charlotte, terriblement déçue, se voit proposer une relation plus libre par son copain. Enfin le film nous emmène dans un camp de vacances pour un flirt entre Félix et Béatrice.

    Philippe Lesage avoue avoir mis une partie de lui dans tous ses personnages avec l’idée de retourner dans un monde séparé de celui des adultes, dans une période où tout bouge, tout bouillonne avec la promesse de quelque chose, dans un moment où on aime sans peur et sans défense. Même lorsqu’on est parfois entouré de mauvaises personnes.

    Un mot encore sur Sibel, film franco-germano-turc signé Cagla Zencirci et Guillaume Giovanetti, notamment centré sur l'exclusion. Il suit une femme de 25 ans vivant avec son père et sa sœur dans un village isolé des montagnes de la mer noire en Turquie. Muette, s’exprimant dans l’ancestral langage sifflé de la région, elle est rejetée par les autres habitants en raison de son handicap.

    Mais en même temps, il lui a permis d'être élevée plus librement et de vivre de manière plus indépendante que les autres femmes sous domination mâle. Elle achèvera en quelque sorte de s’affranchir en traquant un loup, objet de craintes et de fantasmes. On ajoutera que la beauté de l’interprète principale Damia Sönmez sert plutôt bien l’opus.

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  • Festival de Locarno: "Coincoin et les Z'inhumains", la mini-série déjantée et burlesque de Bruno Dumont:

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    lil-quiquin-coincoin-and-the-extra-humans-1200x520.jpgSuite au triomphe inattendu il y a quatre ans de P’tit Quinquin, mini- série extravagante et burlesque mettant en scène deux gendarmes improbables enquêtant sur d’étranges crimes aux abords d’un village en proie au mal, ainsi qu’une bande de jeunes canailles emmenés par Quinquin, Bruno Dumont a tourné une deuxième saison. Intitulée Coincoin et les Z’inhumains, elle a été projetée en première mondiale à Locarno. Par la même occasion, son auteur s’est vu décerner un Léopard d’honneur sur la Piazza Grande.

    Pour cette deuxième mouture, il reprend les mêmes personnages nordistes au redoutable accent ch'ti- On ne change pas une équipe qui gagne. Quinquin (Alane Delhaye) a grandi et se fait désormais appeler Coincoin. Il découvre un jour une glu immonde et nauséabonde, sorte de merde extraterrestre, qui tombe sur les habitants, les pénètre et les dédouble…

    Au centre des quatre nouveaux épisodes de 52 minutes, déambulent l’hirsute, survolté, boitillant commandant Roger Van der Weyden (Bernard Pruvost) qu’on découvre aussi raciste qu’homophobe et son impayable fidèle lieutenant Rudy Carpentier (Philippe Jore, photo), fondu de cascades automobiles. Ils sont revenus mener leur enquête sur la Côte d’Opale, pendant le carnaval, et se trouvent plongés en pleine apocalypse.

    De son côté Coincoin, largué par sa voisine agricultrice, drague une jolie campeuse. Quand il ne colle pas des affiches pour l’extrême-droite ou roule sans permis à tombeau ouvert au nez et à la barbe des deux pandores. Parallèlement, ils croisent des migrants qui ont installé un camp dans la région.... Tout cela donne une saison 2 encore plus loufoque, décalée, grinçante, absurde, délirante, braque, cintrée que la une.

    "L'art est un travail de purge"

    "J’ai eu beaucoup de plaisir à tourner P’tit Quinquin", explique Bruno Dumont, ancien professeur de philosophie et réalisateur des remarquables Flandres, L’Humanité ou Ma Loute. "A la fin, j’ai demandé aux acteurs s’ils étaient partants pour une deuxième saison. Ils m’ont tous dit oui. Mais j’ai attendu quatre ans pour écrire la suite".

    Ce qui plaisait au cinéaste, c’était l’idée de retrouver un Coincoin ado. Sans oublier tous les autres. "Au départ j’avais travaillé avec des chômeurs. Certains étaient intéressés d’autres pas. Par exemple, le commandant Van der Weyden était un second choix, alors qu’il s’est littéralement mué en génie burlesque. Tous amateurs, ils sont devenus pros, improvisent, jouent avec la caméra".

    L’idée incroyable, abracadabrante, de cette mystification cosmique sous forme de bouse extraterrestre est venue de l’envie de Bruno Dumont de quitter la terre. "Cela a immédiatement propulsé l’histoire ailleurs, tout comme l’écriture, Il fallait aller plus loin, être encore plus baroque, saugrenu, dément. Le côté fou permet d’explorer des zones interdites, des inconvenances".

    "Aujourd’hui il y a des choses qu’on n’ose plus dire", remarque le réalisateur. « Le cinéma l’autorise. Il n’est pas seulement là pour nous divertir. Il doit poser des questions graves, existentielles, philosophiques en riant. Il y a une nécessité cathartique d’affronter le mal, de le traiter par le mal. La proximité du comique et du tragique, c’est tout simplement la nature humaine. L’art est un travail de purge, Il faut nous libérer de notre méchanceté, s’occuper de la bête qui sommeille en nous".

    Bruno Dumont aime les séries, plus particulièrement Game Of Thrones. "Elles ont réussi à aller là où le cinéma ne va pas. Avec des héros parfois épouvantables» Alors qu’il prépare un film sur le journalisme, il n’exclut pas de tourner une troisième saison. "Mais pas tout de suite. Peut-être dans cinq ans… "

    *Coincoin et les Z'inhumains" à découvrir à Genève aux Cinémas du Grütli du 15 au 28 août. 

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  • Festival de Locarno: Nicolas Philibert explore le monde infirmier en suivant des stagiaires

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    a0c37f657b45417b43f4a1299ea68de8b24d80dc.jpgMettre l’homme au centre de la 71 e édition. Mission accomplie en ce qui concerne le choix du nouveau documentaire du Français Nicolas Philibert, De chaque instant, présenté hors compétition. L’auteur du célèbre Etre et avoir (2002), tourné dans une école à classe unique en milieu rural, était de retour à Locarno 22 ans après La moindre des choses.

    Le réalisateur a décidé de suivre, sur trois ans, les élèves d’un institut de formation en soins infirmiers. Filles (une grande majorité) et garçons vont partager leur temps entre cours théoriques, exercices pratiques et stages sur le terrain. Un parcours difficile et intense qui leur permettra d’acquérir un grand nombre de connaissances, de maîtriser les gestes cruciaux, tout en se préparant à endosser de lourdes responsabilités.

    Souvent très jeunes, ils sont confrontés tôt à la fragilité humaine, aux fêlures des corps et des âmes, à la souffrance, à la maladie, à la mort. C’est ce que retrace l’opus divisé en trois parties. Chacune d’entre elles a une tonalité différente, la troisième rassemblant les témoignages des stagiaires qui expriment leur ressenti aux formateurs. Un film instructif, émouvant, non dénué d'un certain humour, qui vous laisse découvrir, en même temps que les protagonistes, le stress, les tensions, la réalité économique, la multiplication des tâches, l’obligation du rendement. 

    Nicolas Philibert pensait traiter ce sujet depuis quelque temps. «Et puis j’ai fait une embolie en 2016, qui m’a expédié aux urgences et aux soins intensifs. Ce fut le déclic et ma volonté de rendre hommage à ce métier discrédité, déconsidéré, méprisé, mal payé, à des jeunes ou moins jeunes engagés, mobilisés. Un besoin de dire qu’il y a un savoir infirmier comme il y a un savoir médical. Et que ce n’est pas le même».

    -Là encore, vous avez choisi de vous focaliser sur l’apprentissage.

    -Effectivement. Les personnes en situation d’apprendre font un chemin vers l’inconnu. Du point de vue dramaturgique, cela donne des situations plus riches. Voir les élèves tâtonner, se tromper, recommencer provoque de l’émotion. Cela exige du courage de franchir les étapes, les obstacles, de se remotiver pour réussir. Avec ceux qui savent, on ne perçoit pas tout ce que les gestes exigent de pratique pour arriver à la précision, à la fluidité. Cela permet aussi de filmer le désir. Celui de s’élever, d’acquérir un savoir, de passer son diplôme.

    -Vous prônez le collectif, le brassage.

    -Le collectif est en effet très commun à mes films. J’aime le « nous ». Au début du projet, certains espéraient que je me cantonne à trois ou quatre étudiants. Mais comment aurais-je pu opérer une sélection, alors qu’ils étaient 270? C’était beaucoup trop restrictif et je n’ai pas voulu. Par ailleurs, la mixité était primordiale. J’avais envie de montrer une France contemporaine, métissée, hétérogène. Qu’il s’agisse de couleur de peau, de milieu social et d’âge. Je me sens aussi très concerné par le rapport aux autres. Ce qui nous conduit à penser, c’est l’altérité. L’identique nous empêche d’avancer.

    -Avez-vous eu des difficultés à persuader les patients d’être filmés?

    -Au contraire. Je leur ai expliqué le pourquoi de la chose et presque tous ont accepté. Je n’ai pas cherché à leur faire oublier la caméra. Mon but était d’être accepté. Du coup, ils sont complices. Ils jouent avec moi. Mais sans faire un numéro.

    -Votre perception du métier, votre regard sur lui a-t-il changé ?

    Un peu. Je ne pensais pas que cette profession exigeait autant de connaissances techniques, de responsabilités, sans oublier l'importance de la relation entre soignant et patient. Et pourtant cette dimension est malmenée, les hôpitaux devenant des usines à soins.

    -Les élèves et les formateurs se sont-ils vus à l’écran? Comment ont-ils réagi?

    Ils se sont reconnus, retrouvés à la fois dans leur parole et celle des autres. C’est un peu devenu leur film, derrière lequel le monde infirmier est en train de se mobiliser.

     

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  • Festival de Locarno: l'homme au centre de la 71e édition, qui fera aussi place à l'humour

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    cq5dam.web.1280.1280.jpegProjections sous les étoiles et sur l’un des plus grands écrans du monde, Compétition internationale, Rétrospective McCarey, Cinéastes du présent, Léopards de demain, Semaine de la critique, Hommages... Dès mercredi 1er août, le Festival de Locarno propose à son habitude un menu copieux pour sa 71e édition, qui a mis l’homme en son centre. En collaboration avec les Nations-Unies, le cinéma célèbre en effet par ailleurs les 70 ans de la Déclaration universelle des Droits de l’homme.

    Lors de la soirée qui leur est dédiée, sera diffusé le dernier film de Spike Lee BlacKkKlansman. Cette charge cinglante et jubilatoire contre le racisme, l’extrême-droite et le président Trump, raconte l’histoire vraie d’un policier afro-américain qui avait infiltré le Ku Klux Klan au début des années 70, avec un collègue juif.

    Selon le directeur artistique Carlo Chatrian, pour qui chaque homme est unique, précieux et irremplaçable, le programme de cette année est «une longue et extraordinaire galerie de visages singuliers, désarmants, même quand ils font semblant».

    Du rire sur la Piazza Grande

    BlacKkKlansman-first-look-image-600x400.jpgOutre avec l’irrésistible pamphlet de Spike Lee (photo), on ne va pas s’ennuyer sur la Piazza Grande, où on pourra voir 17 longs-métrages. Après Liberty, un court de McCarey avec Laurel et Hardy en ouverture, le Français Vianney Lebasque  propose Les beaux esprits, évoquant de vrais joueurs de basket qui prétendent être handicapés mentaux pour participer aux Jeux Paralympiques de Sydney.

    Le Français Bruno Dumont, qui recevra un Léopard d’honneur, débarque avec sa nouvelle mini-série loufoque CoinCoin et les Z’inhumains. En clôture, son compatriote Benoît Delépine ne sera pas en reste avec I Feel Good, une comédie mettant en scène Jean Dujardin et Yolande Moreau.

    La Néo-Zélandaise Jane Campion propose un thriller érotique, In The Cut, tandis que l’Américain Ethan Hawk, lauréat d’un Excellence Award signe un  portrait du musicien Blaze, qui est également le titre de l’opus.  Quant à la Suisse, elle est triplement représentée avec Le vent tourne de Bettina Oberli, Un nemico che ti vuole bene de Denis Rabaglia et L’Ospite de Duccio Chiarini.

    Quinze films en compétition

    Les quinze films en lice pour le Léopard d’Or, dont treize en première mondiale venus d’autant de pays et soumis au verdict du jury présidé par le Chinois Jia Zhangke, s’attachent plus particulièrement à des personnages qui ont eu le courage d’affronter les difficultés. Au lieu de se concentrer sur des conflits qui agitent la planète, Locarno met ainsi l’accent sur des histoires personnelles dont certaines font écho à l’actualité.

    On retiendra par exemple Diane de l’Américain Kent Jones, Gangbyun Hotel du Sud-Coréen Hong Sangso, Genèse du Canadien Philippe Lesage, Glauberberg de Thomas Imbach, seul Helvète en concours. Mais le festival  lance surtout un défi de taille avec La Flor de l’Argentin Mariano Llinas. Il s’agit d’un film de 14 heures, composé de six épisodes dont chacun est un hommage à un style. L’objet a nécessité dix ans de travail.

    affair_remember_hallway.jpgLa Rétrospective McCarey

    C’est l’un des piliers du festival. Après des maîtres du genre, Lubitsch, Minelli, Cukor, c’est à Leo McCarey (1898-1969), lauréat de trois Oscars, que Locarno consacre sa Rétrospective riche de 109 films. Auteur et réalisateur formé dans les années 20, il a laissé sa marque sur la grande époque du burlesque et de la comédie (Laurel & Hardy, les Marx Brothers, Harold Lloyd, Cary Grant, Mae West ou Charles Laughton).

    À la fin des années 1930 et après la guerre, McCarey s’oriente vers le mélodrame, tournant des comédies romantiques et des films religieux. Dans cette partie de sa carrière, il exalte le talent de stars, Ingrid Bergman, Paul Newman, Bing Crosby, Deborah Kerr, et retrouve son complice Cary Grant dans des films inoubliables comme Good Sam (1948) et An Affair to Remember (1957, photo). A noter également des chefs d’œuvre, Love Affair (1939), ou le préféré du réalisateur, bien qu’il fut un échec commercial, Make Way For Tomorrow (1937)

    La Rétrospective, conçue par Roberto Turigliatto, est organisée en partenariat avec la Cinémathèque suisse (qui accueillera la Rétrospective à l’instar notamment des Cinémas du Grütli à Genève), la Cinémathèque française et avec la collaboration du Festival de Pordenone.

    Rappelons enfin que Carlo Chatrian, en partance pour la direction artistique de la Berlinale, quittera ses fonctions au terme de cette édition. C’est alors seulement que sera dévoilé le nom de son successeur.

    Festival International du Film de Locarno du 1er au 11 août.

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  • Festival de Locarno: le Léopard d'or à "Mrs Fang", du Chinois Wang Bing. Isabelle Huppert meilleure actrice

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    aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaleopard d'or.jpgSi le cru 2017 a été riche en célébrités, en hommages à de grands artistes disparus dont Jeanne Moreau ou, selon le directeur artistique Carlo Chatrian, en beaucoup de films qui ont fait salle comble, il ne restera pas dans les annales côté compétition.

    Difficile en effet de s’enthousiasmer pour une oeuvre en particulier dans une course languissante au Léopard d’or. Moralité, une attente sans curiosité du verdict du jury présidé par le Français Olivier Assayas.

    Il aurait pu, à l’exception de certains métrages n’ayant absolument rien à faire dans le concours, consacrer plus ou moins  n’importe lequel des autres prétendants, se situant au mieux dans une relative moyenne.

    Son choix s’est porté sur l’un d’eux, Mrs Fang, un documentaire du réalisateur chinois Wang Bing, l’un des plus importants du genre dans son pays et qui a déjà fait partie du jury locarnais. Wang Bing filme les dix derniers jours de Fang Xiuying, 68 ans, une ancienne paysanne atteinte d’Alzheimer pendant huit ans. Après un séjour dans un foyer sans amélioration de son état, sa famille la reprend à la maison, où elle est décédée l’an dernier.

    Une question d’éthique

    Forçant le spectateur à regarder la mort en direct, le cinéaste multiplie les gros plans dérangeants d’une longueur éprouvante sur l’agonisante qui, les yeux vides et la bouche ouverte, est allongée pratiquement sans bouger sous une couverture, tandis que ses proches et ses amis s’agitent autour d’elle, parlent, boivent, fument. De temps en temps, ils viennent prendre son pouls, tâtant son cou ou ses bras pour voir si elle est encore chaude.

    Au-delà d’une démarche cinématographique qui peut avoir un intérêt sociologique, se pose une grave question éthique. Fang Xiuying a-t-elle eu la possibiiité de faire valoir son droit à l’image, dans ce film qui la montre dans une déchéance physique de plus en plus cruelle. Même si la famille a en principe donné son accord, le doute subsiste.

    Le jury a en outre attribué bizarrement son Prix spécial à As Boas Maneiras, des Brésiiens Juliana Rojas et Marco Dutra, surfant de manière plutôt grossière sur le thème du loup-garou, tandis que celui de la mise en scène est allé au Français F.J. Ossang pour 9 doigts. Un film qui vaut surtout pour son magnifique noir et blanc


    aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaisa.jpgOn reste en France avec un prix d’interprétation convenu, décerné à Isabelle Huppert. Excentrique et timide professeure de physique dans Madame Hyde de Serge Bozon, elle change de personnalité après avoir été foudroyée durant un nuit d’orage.

    Côté masculin c’est l’Américano-Danois Elliott Crosset Hove qui est sacré meiilleur acteur pour son rôle dans Winter Brothers, premier opus de l’Islandais Hlynur Palmason. De quoi provoquer la désolation chez quelques critiques qui avaient misé sur Harry Dean Stanton, nonagénaire athée, teigneux, ronchon et farouchement indépendant dans Lucky de John Carrol Lynch.

    Un mot encore sur le Prix du public UBS, qui a été remporté par The Big Sick de Michael Showalter, inspiré de l'histoire vraie d'un comique né au Pakistan, tombé amoureux d'une étudiante américaine. Un film qui n'a pas beaucoup contribué à relever le niveau d'une programmation bien faible sur la Piazza Grande, comme on a déjà eu l'occasion de le dire. 

     

     

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  • Festival de Locarno: Charlize Theron assure en "Atomic Blonde"

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    aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaatomic.jpgNous sommes à la veille de la chute du mur de Berlin, édifié 28 ans auparavant par l’Allemagne de l’Est. Sa construction avait contribué à la création d’un véritable nid d’espions dans un Berlin coupé en deux. En automne 1989, la ville en pleine révolution est au bord de l’explosion.

    Agent d’élite du MI6, Lorraine Broughton, une sulfureuse blonde sulpturale, brutale, sexy, sans état d’âme quand il s’agit de sauver sa peau, est envoyée seule dans cette poudrière, pour démasquer un réseau responsable de l’assassinat d’un agent allié infiltré.

    Repérée dès son arrivée, elle échappe à une exécution et doit s’associer avec David Percival, le chef de station local d’une rare fourberie. Un jeu de dupes meurtrier commence alors pour mettre la main sur un officier des services secrets est-allemands, la tristement célèbre Stasi. Il détient une liste des identités de tous les agents infiltrés dans le coin. .

    Autrement dit mission impossible. Sauf évidemment pour l’espionne la plus redoutable de Sa Majesté britannique. Dure au mal, marquée dans sa chair par des combats sanglants (photo), la dame de fer ne tarde pas à nous faire l’étalage de ses talents multiples dans l’art de buter impitoyablement son ennemi (James Bond peut se rhabiller, il ne fait pas le poids), ou de se laisser aller, avec une consoeur française fascinée par sa beauté glaciale, à quelques ébats qu’on voit toutefois venir à des kilomètres...

    Le fantasme racoleur de la blonde et de la brune... Dommage car pour le reste ça dépote! Carrément nuclèaire, Charlize Théron assure dans ce film d’action musclé signé David Leitch qui tient la route, divertissant avec son côté coloré rocky-punky-punchy. Ne se prenant pas au sérieux en assumant comiquement les capacités outrancières de sa superhéroïne, il est basé sur la bande dessinée The Coldest City (2002), écrite par Anthony Johnston et illustrée par Sam Hart. A noter aussi une bande originale qui va ravir les fans de la musique de l’époque.

    Bref de quoi réveiller un peu la programmation languissante de la Piazza Grande. On regrette également celle, très moyenne, de la compétition où on peine à dénicher un incontestable Léopard d’or parmi les dix-papables. On aura l’occasion de faire le bilan de cette 70e édition après le verdict du jury, attendu demain.

    Atomic Blonde sera à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 16 août.

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  • Festival de Locarno: la lumineuse Golshifteh Faharani dans "The Song Of Scorpions"

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    aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaagol.jpgL'année dernière, la belle Golshifteh Faharani subjuguait Cannes aux côtés d’Adam Driver dans Paterson de Jim Jarmush. Fantasque, farfelue, lunaire et joyeuse, elle redécorait obsessionnellement en noir et blanc tout ce qui lui tombait sous la main

    La lumineuse comédienne a également fait tourner les têtes à Locarno où elle venait présenter sur la Piazza Grande The Song of Scorpions. Changement radical de style pour Golshifteh. Elle se glisse dans la peau de Nooran, chanteuse, guérisseuse, sage-femme et médecin dans la communauté Sindhi du Rajasthan (photo). En l’entendant Aadam, marchand de chameaux (interprété par le célèbre Irrfan Khan, découvert dans (Slumdog Millionnaire),en  tombe fou amoureux. Econduit, il ourdit une terrible vengeance.

    Trop long, laborieux et manquant du coup de rythme, l’opus est signé par le réalisateur indien Anup Singh, installé depuis une quinzaine d’années à Genève. Pour son histoire d’amour tordu, sur fond de traîtrise, de vengeance et de rédemption, il a décidé de travailler dans le désert. Pour lui un milieu dur, sec et aride à l’image du monde, où se cache toutefois toujours une source d’eau. Il ne dénonce pas moins, même maladroitement, l’extrême violence notamment sexuelle, faite aux femmes en Inde. 

    De gros défis à relever pour la comédienne

    Nooran en est victime dans The Song Of Scorpions. "En tant que femmes nous sommes violées partout. Notre existence, le fait d’être nées en Iran nous impose de ne pas pouvoir choisir", relève Golshfteh Faharani. "Le viol est une attaque horrible, affreusement humiliante. Cette scène a été pour moi un véritable défi. Mais il ne s’agit pas que de cela dans le film. Il faut continuer à repousser les limites. La vie est remplie de choses non désirées. Allons-nous nous laisser empoisonner par ces malheurs? Dans les ruines, on peut trouver un trésor. Il faut le chercher. Nooran a la rage de vivre. Elle retrouve la lumière, qui l’amène vers le pardon".

    L’autre défi c’était la langue, l’une des choses les plus difficiles. *J’ai suivi six mois de cours pour parler de manière acceptable Jusqu’à présent, j’ai joué en sept langues. Et il y en aura une huitième. Cela ajoute de la pression, surtout quand on veut être authentique".

    Cap sur Hollywood grâce à Ridley Sscott

    C’est l’occasion d’un petit retour sur sa carrière prolifique. A 34 ans, elle en a déjà passé vingt an devant la caméra. C’est en effet à 14 ans que Golshifteh Faharani, née en Iran d’un acteur et metteur en scène lâche le piano, qu’elle pratiquait en virtuose depuis l’âge de cinq ans, pour le cinéma. Elle tourne une vingtaine de longs métrages au Moyen-Orient, avant de camper, en 2008, une infirmière jordanienne dans Mensonges d’Etat de Ridley Scott, avec Leonardo Di Caprio.

    Devenue la première star iranienne à tourner dans une production américaine depuis la révolution islamique en 1979, elle irrite le pouvoir qui, dès son retour, lui interdit temporairement de quitter le territoire et lui confisque son passeport. Profitant d’une autorisation de sortie de vingt-quatre heures, elle s'enfuit et s’exile en France.

    aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaelly.jpgUn an plus tard sort son dernier film tourné en Iran A propos d'Elly d'Asghar Farhadi, lauréat de l’Ours d’argent au Festival de Berlin. Elle y incarne une jeune femme mariée libre d’esprit (photo) qui invite Elly, une institutrice de Téhéran à venir passer un week-end au bord de la mer. Un personnage dans lequel elle se reconnaît.

    Il y aura ensuite Poulet aux prunes, Pierre de patience, Just Like A Woman. En 2014 l’actrice alors en couple avec Louis Garrel, qu’elle quittera pour épouser un Australien, joue dans Les deux amis, dans le western engagé My Sweet Pepper Land d’Hiner Saleem, et à nouveau sous la direction de Ridley Scott dans le péplum biblique Exodus: Gods And Kings. Cette année, on la retrouve également dans le cinquième épisode de Pirates des Caraïbes.

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  • Festival de Locarno: avec "Chien", Samuel Benchetrit dénonce une société déshumanisée. Interview

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    aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaabenvan.jpgChienne de vie que celle de Jacques Blanchot! Sa femme le flanque à la porte sous prétexte qu’elle est atteinte de blanchoïte aiguë, une maladie qui la pousse à se gratter lorsqu’il s’approche d’elle. Son fils profite de lui et il est exploité par son patron. Pour retrouver un peu d’amour il décide, en passant devant une animalerie, de s’acheter un chien. Avec niche, croquettes, laisse et dix leçons de dressage, le tout au prix fort exigé par un maître-chien fascisant.

    Mais le chiot, qui en plus ressemble à Hitler, en ne va pas tarder à passer sous les roues d’un bus. Bouleversé, Blanchot s’installe à l’hôtel, mange les croquettes, dort dans la niche et va jusqu’à prendre les leçons qu’il a payées, se coulant dans le rôle du chien en acceptant les pires humiliations.

    Un ton burlesque et décalé qui vire au noir

    Signé Samuel Benchetrit, qui l’a adapté de son propre roman, Chien, interprété par Vincent Macaigne, Bouli Lanners et Vanessa Paradis commence sur un ton burlesque et décalé qui vire rapidement à l’humour noir. Très noir. Pathétique, gênant, limite malsain, cette comédie plus pathétique que drôle divise, provoquant la détestation totale ou une adhésion plus ou moins forte. 

    Invité à la présenter sur la Piazza Grande l’écrivain réalisateur explique que son livre, un exutoire, est né suite à un état dépressif et de doutes, où il se demandait pourquoi gagner de l’argent, rester dans le mouvement, avoir tant de préoccupations ridicules alors que la vie est si courte. 

    «C’est une histoire simple qui raconte quelque chose d’universel, être quelque chose ici-bas. Je dresse un état des lieux, je parle de dystopie, de cynisme à propos d’un personnage qui en est totalement dépourvu, qui va sortir de ce monde pour en découvrir un autre ». Cela m’intéresse de traiter un personnage sans ambition qui rend fou les autres par sa passivité, Une passivité qui les conduit à une violence extrême. Du coup c’est lui qui gagne».

    Et tandis qu’il s’humanise en chien, vous dénoncez la déshumanisation de la société. Une prise de position politique?

    Oui, je revendique modestement cet aspect. On est encore dans un fascisme incroyable. Rien n’est réglé, notamment en ce qui concerne les femmes. Là le fascisme est représenté par Bouli Lanners dans le rôle du dresseur. J’en ai rencontré et ils ne m’ont pas plu.

    Ce qu’il fait subir à Jacques Blanchot va vraiment très, voire trop loin. N’y a-t-il pas de la complaisance dans votre façon de gommer tout ce qu’il pourrait y avoir d’humain chez lui?

    Il faut aller au bout de son sujet. Mais il n’y a ni complaisance ni manipulation . Je ne veux pas plaire et j’imagine bien que les agissements du dresseur peuvent provoquer le malaise. Personnellement, en tant que spectateur, j’aime être bousculé.

    aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaavincent.jpegEn tout cas vous bousculez drôlement Vincent Macaigne, votre acteur principal. Assimilé à une maladie, il est quitté, frappé, obligé de se mettre à quatre pattes, de chercher la balle. On l'enferme dans une cage!

    Aucun autre que lui n'aurait accepté ce genre d'avilissement, c'est certain.Il encaisse encore et encore. Vincent est un comédien incroyable. Il fait ce qu'on lui demande et reste complètement concentré sur l’humanité du personnage. Il connaît l'enjeu. Dans ses mises en scène de théâtre, il n'hésite pas à pousser également ses acteurs. Il a d'ailleurs fait beaucoup de propositions. En réalité, c’est un vrai rebelle, un révolutionnaire en avance sur son temps. Dans le film, c'est le plus heureux.  Il n’attend rien des autres. Il comprend tout.

    Alors finalement, est-ce mieux d’être un chien pour vous?

    Non c’est mieux d’être un homme. Cela dépend de la façon dont je me lève le matin. L’humain est une race magnifique. Mais il oublie la nature, ne vit pas assez le moment. En ce qui me concerne, je suis par exemple très encombré par mon passé…

     

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  • Festival de Locarno: boxeur dans "Sparring", Mathieu Kassovitz décroche un Léopard pour sa carrière

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    aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaamat.jpgAprès Adrien Brody, lauréat du Leopard Club Award, honorant une personnalité du cinéma qui a marqué l’imaginaire collectif, c’était au tour du talentueux Mathieu Kassovitz de décrocher l’Excellence Award Moët & Chandon pour sa carrière devant et derrière la caméra.

    César du meilleur espoir masculin en 1994 pour sa prestation dans Regarde les hommes tomber de Jacques Audiard, il avait raflé le prix de la mise en scène à Cannes en 1995 pour La Haine, devenu culte. Il a notamment i collaboré avec de grands réalisateurs comme Costa-Gavras (Amen, 2002), Steven Spielberg (Munich, 2005) et le dernier Michael Haneke (Happy End, Cannes 2017).

    L’hommage, complété par une sélection de ses films, lui a été rendu sur la Piazza Grande qu’il découvrait pour la première fois et où était projeté Sparring, de l’acteur Samuel Jouy. «C’est un beau moment pour mon ego», avait déclaré Mathieu Kassovitz, qui tient le rôle principal, à l’occasion d’une conférence de presse où il s’est surtout amusé à jouer les potaches avec les autres protagonistes.

    Cette première réalisation raconte l’histoire de Steve Landry, 45 ans, un boxeur qui a perdu plus de combat qu’il n’en a gagné, comme en témoigne son visage amoché. Avant de raccrocher les gants, il accepte de devenir le sparring partner d’un champion. Et se voit offrir une dernière occasion de briller auprès de sa femme et de ses enfants, plus particulièrement de sa fille qui lui voue une admiration sans borne.

    aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaapat.jpgUne oeuvre mineure, à l‘image de la programmation de la Piazza Grande jusqu'ici. A une ou deux exceptions près. On mettra évidemment à part le captivant Good Time de Josh et Benny Safdie, présenté à Cannes en compétition en mai dernier. Dans ce polar noir, un homme cherche à faire sortir de prison son frère arrêté au cours d’un braquage qui a mal tourné. Une dérive déglinguée entre désespoir et violence frôlant parfois l’absurde dans les bas-fonds newyorkais. Le héros Robert Pattinson y est méconnaissable (photo).

    On a aussi aimé Lola Pater, cinquième long métrage du cinéaste franco-algérien Nadir Moknèche. Il s'est attaqué au thème délicat de la transsexualité et réussi à le traiter avec subtilité et sensibilité, évitant la caricature et le cliché. Avec Fanny Ardant. (Voir notre interview dans notre chronique du 4 août).

    En revanche Noémie Lvovsky n’a pas convaincu avec Demain et tous les autres jours. Une mère, qu'interprète elle-même la réalisatrice, s'enfonce dans la folie, tandis que sa fille de 9 ans, certes turbulente mais plus adulte qu’elle, essaie de la protéger. Mathilde est aidée dans sa tâche par une étonnante chouette parlante… Noémie Lvovsky nous entraîne dans un univers intimiste et secret saupoudré de surnaturel. Dommage qu’elle ait trop tendance à nous perdre en route.

    Mais c’est moins grave que Drei Zinnen de l’Allemand Jan Zabeil, qui exploite maladroitement l’animosité permanente, voire pire, d’un jeune garçon à l’égard du nouveau compagnon de sa mère. Un film à l’ambiance faussement anxiogène et aux invraisemblances plombantes. Mais qu’est donc allée faire Bérénice Bejo dans cette galère ?

    Enfin, on évitera de s’étendre sur le regrettable ratage de Amori che non sanno stare al mondo (Des histoires d’amour qui n’appartiennent pas à ce monde) de Francesca Comencini. Le film avait  été refusé paraît-il l’an dernier à la Mostra de Venise.

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