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06/02/2018

Grand écran: "Cuori Puri", un coup de foudre qui manque d'électricité

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaapurs.jpgAgnese et Stefano vivent à Rome dans deux mondes opposés. Elle a 18 ans, fréquente l’église et est sur le point de faire vœu de chasteté jusqu’au mariage, comme le lui demande sa mère, catholique dure et très pieuse qui la surprotège.

Lui a 25 ans, un passé violent, des parents déficient. Il tente de sortir de sa marginalité et de ses petits trafics en devenant vigile dans un parking. Un job précaire et parfois dangereux, dans la mesure où il est situé en face d’un grand campement de Rom. Et que les penchants xénophobes de Stefano incitent davantage à la montée de la tension qu’à une cohabitation harmonieuse.

Tout sépare donc Agnese et Stefano jusqu’à leur rencontre inattendue. Un coup de foudre, qui constitue l'élément dominant de Cuori Puri (Coeurs Purs). Mais on le sait, qui trop embrasse mal étreint. C’est le péché du réalisateur Roberto De Paolis, venu de la vidéo et de la photographie dans cette chronique qui se veut d’abord sentimentale, mais qui a tendance à se perdre dans une étude sociale mâtinée d’accents religieux.

Au lieu de se concentrer sur l’intéressante approche amoureuse entre les deux jeunes gens, il complique son intrigue en multipliant les sujets, de la pauvreté aux réfugiés, sans oublier des principes rigoristes et une foi catholique suprême qui laissent quelque peu perplexe.

Mais s’il déçoit nos attentes en courant plusieurs lièvres dans ce film qu’on voyait bien au départ dans la lignée de L’intrusa, on ne peut que saluer l’interprétation convaincante de ses deux héros, Selene Caramazza et Simone Liberati, à la fois charismatiques, naturels et émouvants.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 7 février.

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01/02/2018

Grand écran: "Les Tuche 3", une calamité d'une vulgarité abyssale

b66ac95a851278a8b900121a760a2.jpegDevenu maire, Jeff Tuche se réjouit de l’arrivée du TGV dans son bled de Bouzolles. Malheureusement, le rapide ne fait que passer. Furieux, il tente de joindre le chef de l'Etat. Sans réponse, il ne voit qu’une solution pour que ça change : se présenter à la présidentielle. Elu contre toute attente, Jeff s’installe à l’Elysée avec sa smala de dégénérés.

Cette pseudo-relecture de l’actualité est calamiteuse. Un scénario d’une bêtise crasse, des personnages caricaturaux à l’extrême, des dialogues d’une vulgarité abyssale et des gags répétitifs d’une lourdeur affligeante.

Pour plagier l’un des rares articles négatifs de la presse française, «on tuche le fond » dans cette abomination. Où les gens d’en bas se délectent à étaler leur horreur de l’intelligence, histoire de fustiger une élite politique coupée du peuple.

Olivier Baroux prétend faire faire rire avec le président en bermuda qui tond lui-même la pelouse de Elysée tandis que sa femme Cathy se rend au Conseil des ministres munie de son panier à linge, en demandant s’ils ont quelque chose à laver vu qu’elle va faire une machine de blanc. Sans oublier le débat plus que rance d’entre les deux tours et le dîner avec Angela Merkel sur fond de match France-Allemagne...

Cela n’empêche pas Jean-Paul Rouve, Isabelle Nanty et les autres d’être très contents d’eux et de le clamer sur les plateaux de télévision. Ils auraient tort de se gêner tant on leur sert complaisamment la soupe. En plus le film va sans doute cartonner à l’image du précédent.

Mais le pire, c'est qu'il y aura les Tuche 4!!!

A l'affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 31 janvier. 

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Grand écran: "L'intrusa" évoque la résistance dans une société gangrénée par la Mafia

lintrusa_cinelapsus.jpgTravailleuse sociale combative de 60 ans, Giovanna fait face à une criminalité omniprésente. Elle gère un centre dans un quartier populaire de Naples qui s’occupe, en dehors des heures de classe, de gosses défavorisés et d’orphelins victimes de la pègre, offrant ainsi une alternative à la domination mafieuse de la ville.

Un jour Maria, l’épouse en cavale d’un tueur qui vient de commettre un meurtre en se trompant de cible, se réfugie dans ce centre avec ses deux enfants. Bien qu'elle lui ait menti, Giovanna lui permet de rester dans un petit appartement d’accueil, mais se retrouve du coup confrontée à un dilemme car elle met en péril la cohésion de la petite communauté.

Comme la jeune femme a fait partie de l’organisation criminelle qui a détruit leurs foyers, elle est en effet rejetée, jugée et condamnée par les parents qui craignent pour leur progéniture. Ils ne veulent pas d’elle, de l’autre, étrangère suspecte.

Ils font d'elle une paria et lui dénient le droit d’être là, redoutant qu’elle n’amène la mort dans ce havre de paix où ils se sentaient jusque là à l’abri. D’où un sentiment de danger désormais permanent, Même si la Camorra est hors champ, il ne s’agit pas d’un film sur elle, mais sur des gens qui vivent à côté d’elle, elle reste présente. Y compris dans des scènes où il ne se passe rien. Par exemple celles où Giovanna rentre seule le soir chez elle. .

Poussée par sa générosité, sa tolérance, sa foi en de meilleurs rapports humains, Giovanna se retrouve dans une position de plus en plus difficile, la peur des familles le disputant à sa volonté farouche de protéger la jeune femme.

Formidables conédiens

Le réalisateur Leonardo Di Costanzo pose un regard sensible, intelligent et grave sur la complexité de cette société gangrenée par la Mafia, sur ces banlieues où s’entassent les laissés pour compte, sur les limites du désir utopique de Giovanna de tenter la conciliation. 

Le réussite de L’intrusa tient aussi à ses comédiens en majorité non professionnels. Les enfants sont formidables, à l’image de Valentina Vannino dans le rôle de Maria. Et surtout de Giovanna, interprétée par la danseuse et chorégraphe Raffaella Giordano (photo). Elégante, le regard intense, elle porte le film de bout en bout, incarnant magnifiquement un idéal de résistance dans un monde impitoyable.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis le 31 janvier.

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30/01/2018

Grand écran: "Wonder Wheel", plongée nostalgique de Woody Allen dans les années 50

kate-winslet-in-wonder-wheel-di-woody-allen-prima-foto-news.jpgAlors que Woody Allen est en pleine tourmente avec les accusations réitérées d’abus sexuel de Dylan Farrow, sa fille adoptive (le cinéaste n’a cessé de démentir), sort Wonder Wheel, son 47e long-métrage. Une comédie pimentée de noir qui nous ramène à la célèbre plage new-yorkaise de Coney Island, où se déroulait la scène d’ouverture d’Annie Hall il y a 40 ans.

Pour cette nouvelle plongée nostalgique dans les années 50 en hommage à Big Apple, l’auteur met en scène quatre personnages fuyant la réalité dans l’agitation et le bruit du parc d’attraction. Ginny, la quarantaine n'a pas renoncé à ses rêves d’actrice. Mais pour l'heure elle est serveuse dans un "diner" et vit avec Humpty, un opérateur de manège peu gâté par la nature qu’elle n’aime pas.

Elle entame une liaison avec Mickey, un jeune et séduisant maître-nageur, poète et aspirant à devenir dramaturge. Débarque alors Carolina, la charmante fille de Humpty, qui ne voulait plus entendre parler de son père, mais qui se réfugie soudain chez lui pour fuir des gangsters lancés à ses trousses. La fin de l'illusion pour Ginny... 

"Une métaphore de la vie"

Avec sa mise en scène théâtrale, même très assumée, Wonder Wheel n’est pas le meilleur film de Woody Allen. Il a tendance à ronronner et, à l’image du titre de son film (en français La grande roue), tourne un peu en rond. Même si pour lui, ce mouvement reflète plutôt l’enfermement de ses personnages dans une sorte de boucle comportementale qui se répète indéfiniment. "C’est une métaphore de la vie. Passion, jalousie, haine, solitude, frustration, trahison, rien n’a changé depuis 5000 ans et ce sera pareil dans 5000 ans…", dit-il en substance au gré de ses interviews. 

A son habitude donc, il mêle tous ces sentiments dans une relation à trois compliquée, source de tension et de conflits. Pourtant, en dépit de son manque de renouvellement, on suit avec plaisir les péripéties fofolles très alléniennes de ses héros dans une intrigue qui ne l’est pas moins. Et surtout, on est séduit par la reconstitution par infographie du lieu, l’image aux couleurs éclatantes, intenses, changeantes, absolument magnifiques. On les doit au chef opérateur Vittotio Storao, qui collabore pour la deuxième fois avec le maestro après Café Society.

Bouleversante Kate Winslet

Autre motif d’aimer le film, son interprétation. A commencer par Kate Winslet pour laquelle Woody Allen a écrit le rôle et qu'il dirige pour la première fois. Elle est parfaite en quadra émouvante, jalouse, complexe, perturbée, vulnérable, angoissée, en pleine confusion. Pathétique et frustrée aussi, à l’image de Jim Belushi, ancré dans son quotidien sordide. De son côté l'inattendu Justin Timberlake, looké star de l’époque, se révèle très crédible en maître-nageur tombeur des filles sur la plage. Tout comme la ravissante et sexy Juno Temple, qui fait merveille en jolie fille du coin issue d’un milieu modeste.

Un mot encore sur A Rainy Day In New York, le successeur de Wonder Wheel achevé il y a quelques mois. En raison du scandale dans lequel Woody Allen est englué, Amazon, qui le produit, pourrait annuler sa sortie en salles aux Etats-Unis, ou la minimiser en se contentant de le rendre visible uniquement en VOD. Par ailleurs le réalisateur a été lâché par ses acteurs. Rebecca Hall et Timothée Chalamet regrettent même d’avoir travaillé avec lui au point de reverser leur cachet au mouvement Time Up.

Wonder Wheel à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 31 janvier.

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Grand écran: "Sparring" avec Mathieu Kassovitz dans la peau d'un tâcheron du ring

maxresdefault.jpgLa boxe n’a cessé d’inspirer les cinéastes et on serait tenté de dire que n’est pas Martin Scorsese (Raging Bull) ou Clint Eastwood (Million Dollar Baby) qui veut. Mais en réalité là n’est pas le sujet. L’intention du comédien français Samuel Jouy n’est à l'évidence  pas de se mesurer aux tout grands pour son premier passage derrière la caméra. Loin de la saga prestigieuse, il joue sa propre partition avec modestie.

Il ne réinvente donc pas le genre dans Sparring, où il raconte l’histoire de Steve Landry (Mathieu Kassovitz). A 45 ans, il a perdu plus de combats qu’il n’en a gagnés, Avant de raccrocher définitivement les gants, il se voit offrir une dernière occasion de briller auprès de sa femme et de ses enfants, plus particulièrement de sa fille Aurore qui lui voue une admiration sans borne.

Elle représente également tout pour lui et, comme elle a l’air de se débrouiller au piano, sa passion, il veut lui en acheter un. C’est cher, mais quand on aime on ne compte pas. Pour le payer, il accepte de devenir le sparring partner de la vedette Tarek M’Bareck (interprété par l’ancien champion du monde des super-légers Souleymane M’Baye). Autrement dit, Steve, tâcheron du ring, boxeur de l’ombre comme il y en a tant, est engagé pour se faire copieusement casser la gueule.

Pourtant s’il déguste, il est dur au mal en dépit des marques laissées par ce sport violent dit noble art, comme en témoignent son visage amoché et son corps fatigué. Sans oublier les humiliations publiques, les souffrances autant psychologiques que physiques inhérentes à sa fonction de sac à frappes humain, souvent plus dangereuse qu’un vrai combat. Mais pour lui, l’essentiel est de tenir pour apporter ce qu’il peut de mieux aux siens.

Dès lors, plus que le portrait d’un sans-grade martyrisé et condamné à perdre dont il nous montre certes le quotidien, les entraînements, la solitude, les coulisses de son univers particulier, Samuel Jouy dresse celui d’un homme aimant, tendre, blagueur. Parallèlement à la redoutable brutalité des pugilats, il évoque des instants intimistes, la relation privilégiée père-fille, des scènes familiales joyeuses entre repas à la cuisine et courses au supermarché, où Steve triche avec la balance en pesant les fruits et légumes.

En forme pour ses cinquante ans, Mathieu Kassovitz qui s’est longuement entraîné et a pris de vrais coups, se révèle convaincant dans le costume de ce boxeur humble, tendu, plus ou moins dans les cordes, mais tenace, encore coriace. Un personnage aussi fier que cabossé auquel le comédien au regard triste donne une certaine grandeur. A ses côtés on découvre la touchante Billie Blain dans le rôle de sa fille et la chanteuse Olivia Merilahti du groupe The Do dans celui de sa femme. Toutes deux font leurs premiers pas sur grand écran.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 31 janvier.

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24/01/2018

Grand écran:"The Post", plaidoyer captivant pour la liberté de la presse. Avec Meryl Streep et Tom Hanks

pentagon-papers-photo-steven-spielberg-1005784.jpgLes films sur le combat des journalistes américains pour la liberté de la presse sont passionnants, sinon fascinants. A l’image évidemment de Les hommes du président, référence en la matière, mais également, beaucoup plus récemment de Spotlight, de Tom McCarty qui a révélé un scandale sans précédent au sein de l’Eglise Catholique.

The Post (en français Pentagon Papers) 31e métrage de Steven Spielberg sur un scénario de Liz Hannah et de Josh Singer, se révèle lui aussi captivant en dénonçant la culture du mensonge à la Maison Blanche. Un plaidoyer politique et féministe sur un idéal de transparence plus que bienvenu à la redoutable ère Trump, à l’heure des médias écrits en crise, de la désinformation et des fake news.

Ce long métrage historique, qui réunit pour la première fois à l’écran Tom Hanks et Meryl Streep revient sur la publication des Pentagon Papers, rapport de quelque 7000 pages sur l’implication des Etats-Unis au Vietnam de 1945 à 1971, contrastant outrageusement avec la version officielle.

Daniel Ellsberg (Matthew Rhys), employé par une firme de recherche, la Rand Corporation, a participé à cette vaste étude gouvernementale et ne supporte plus d’entendre Robert McNamara, secrétaire à la Défense de Kennedy et Johnson, mentir aux media en assurant que la guerre peut être gagnée.

Lanceur d’alerte de l’époque, Ellsberg photocopie l’étude et en donne des extraits au journaliste Neil Sheehan du New York Times, qui publie l’histoire en Une. Le gouvernement Nixon entre en scène et un juge fédéral interdit au Times de poursuivre sur sa lancée. Le Washington Post, quotidien local qui rêve de devenir national, prend alors le relais à ses risques et périls.

Toute l’histoire est racontée du point de vue de Katharine Graham (Meryl Streep) qui s’est retrouvée à la tête du Post après le suicide de son mari, et de celui de son rédacteur en chef Ben Bradlee (Tom Hanks). Ce dernier ne cesse de pousser Katharine à publier de nouveaux éléments des fameux Papers, au mépris de leur carrière et de leur liberté. Bien qu’amie avec McNamara, elle finira par décider de dévoiler ce monumental scandale d’Etat concernant les manœuvres de quatre présidents pour cacher la vérité au public.

Meryl Streep e Bruce Greenwood The Post.jpgParallèlement à ce grand film militant pour le journalisme d’investigation et l’importance cruciale de son indépendance qui emprunte les codes du thriller, Spielberg évoque la place des femmes dans la société. En brossant le portrait de l’une d’elles dont il fait l’éloge. Victime du machisme ambiant et surtout pour être devenue la première directrice d’un grand journal, une entreprise familiale, par défaut, Katharine Graham va pourtant affirmer son pouvoir.

Aux côtés de Tom Hanks un rien excessif dans le rôle du rédacteur en chef passionné, exigeant sinon insupportable avec ses subordonnés, intraitable avec le pouvoir et les financiers, Meryl Streep exagère également un poil dans l’extrême douceur pour arriver à ses fins. Boss atypique, montrant une courtoisie mêlée de fermeté, d’hésitations, de doutes inhérents à sa condition de femme lâchée dans un monde d’hommes, elle fera preuve d’une soudaine intrépidité pour affronter et dénoncer l’establishment dont elle fait partie.

Impeccables en revanche la facture classique et la reconstitution des années 70, dont notamment des immersions dans la réalité d’une immense salle de rédaction d'alors où on chasse le scoop, on court contre la montre, sans oublier les machines à écrire crépitantes, les téléphones à cadran rotatif, les linotypes crachant du plomb, les typographes assemblant les lettres ou encore les grosses presses à imprimer le journal durant la nuit et sa sortie au petit matin. A ne pas manquer pour les amateurs du genre… et tous les autres.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 24 janvier.

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22/01/2018

Grand écran: "God's Own Country", passion gay dans une ferme du Yorkshire

Gods-Own-Country-1200x600-c-default.jpgPrix de la mise en scène à Sundance, le premier long métrage du Britannique Francis Lee met en scène Johnny, un jeune fermier gay du Yorkshire, mal dans sa peau, aigri, colérique et introverti. Remplaçant son père malade, il n’a pas de vie sociale et doit consacrer tout son temps à l’exploitation de la ferme familiale, perdue sur une terre aride. Il tente d’oublier ses frustrations dans l’alcool et de brefs accouplements occasionnels avec des inconnus, jusqu’au jour où débarque Gheorghe, un migrant roumain engagé pour l’aider.

Si ce conte romantico-réaliste évoque la difficulté à s’assumer dans ce milieu de petits paysans anglais dont le réalisateur s’emploie par ailleurs à décrire le quotidien, le vrai sujet réside dans l’empêchement, pour Johnny, de s’attacher à ceux qui l’attirent. C’est ce qui change avec Gheorghe, beau comme un dieu, pour qui il éprouvera des émotions jamais ressenties, après avoir affiché un certain mépris à son égard.

Une relation intense va alors naître entre eux, contrastant avec les baises brutales dans des lieux sordides. Avec la complicité des deux excellents comédiens Josh O’Connor et Alec Secareanu (photo), Francis Lee raconte ainsi l’apprentissage d’une autre virilité, la découverte des sentiments, de l’amour, de la tendresse, de la douceur. Tout en dépeignant des ébats passionnés sans fard, mais sans complaisance.

"Tomber amoureux a été la chose la plus difficile"

Garçon doux à la longue barbe, le cinéaste, 47 ans, habitant une maison isolée dans la lande, sans internet, est né comme son héros dans une ferme qu’il a quittée à vingt ans pour étudier l’art dramatique. Devenu acteur, il sent que ce n’est pas sa voie. Il a envie d’écrire ses propres histoires et de passer derrière la caméra. Il tourne deux courts métrages avant de s’attaquer, il y a six ans, à God’s Own Country (Seule la terre).

"Il s’agit d’un film très personnel, mais pas autobiographique", nous dit-il lors d’une rencontre à Genève, où il précise ses intentions. "Que Johnny soit gay ou non n’est pas important. Mon but n’était pas de faire un film sur un coming out, mais de m’intéresser aux réactions émotionnelles liées au fait d’aimer et d’être aimé. Tomber amoureux a été pour moi la chose la plus difficile, tant je craignais d’avoir le cœur brisé". 

"Très différent de Brokeback Mountain"

Beaucoup comparent God’s Own Country au fameux Brokeback Mountain d’Ang Lee. "Je suis flatté, c’est une oeuvre magnifique. Sauf qu’elle est complètement différente. Ce n’est pas le même monde, ni la même époque. Les deux protagonistes sont obligés de se cacher, contrairement à Johnny dont le principal problème est de s’ouvrir aux autres".

L'opus, traitant également de migration et de racisme, connaît un gros succès des deux côtés de l’Atlantique. Mais Francis Lee, qui adore sa vie, sa famille, ses amis, n’a pas l’intention de succomber aux sirènes de Hollywood. "Je reçois beaucoup de scénarios, mais je sais que je n’aurai pas le final cut. Et je veux rester maître à bord de mon prochain film. Quitte à prendre le risque qu’il ne soit pas aussi bien reçu que le premier".

A l'affiche sur les écrans de Suisse romande dès mercredi 24 janvier.

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18/01/2018

Festival: Black Movie met le cap sur les étoiles et l'accent sur "Mauvais genre"

taekwondo_outplay_international_marco_berger_04.jpgEngagé depuis ses débuts dans la défense d’une cinéphilie auteuriste, indépendante et internationale, le festival genevois revient pour sa 19è édition. Mettant le cap sur les étoiles il montre, jusqu’au 28 janvier, 121 films en provenance d’une vingtaine de pays, des Philippines à l’Inde, en passant par la France, le Japon, le Brésil, l’Argentine, la Russie.

Le programme en cinq sections s’articule autour de Mauvais genre, composée de deux volets, l’un actuel, l’autre proposant une rétrospective sélective de films queer diffusés au Black de 2001 à 2017. On y reverra des œuvres du Thaïlandais Apichatpong Weerasethakul, du Brésilien Gabriel Mascaro, du Philippin Brillante Mendoza ou de l’Argentine Anahi Berneri.

Parmi les nouvelles productions, à découvrir Taekwondo (photo) des Argentins Marco Berger et Martin Farina. Cette chronique à forte tension sexuelle sur la naissance et le pouvoir du désir, décrit l’isolement possible d’un jeune gay dans un monde de mâles.

El diablo es magnífico du Chilien Nicolas Videla raconte, lui, l’histoire d’une immigrante trans de 33 ans. Après avoir vécu dix ans à Paris, Manu, fatiguée de l’hostilité à laquelle elle doit faire face, décide de rentrer au Chili.

Avec Those Long Haired Nights du Philippin Gerardo Calagui, on suit Tuesday, Amanda et Barbie. Ces trois femmes transgenres aux caractères opposés, passent une nuit chaotique sur le chemin de leurs rêves dans un quartier chaud de Manille.

De leur côté, les Brésiliens Marco Dutra et Juliana Rojas tâtent du fantastique dans As Boas Manieras. Clara, une jeune infirmière de la banlieue de São Paulo est engagée comme nounou du futur enfant de la mystérieuse Ana. Alors que les deux femmes se rapprochent, l’accouchement n’aura rien d’une délivrance…

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaamaman.jpgLe voyage, complété par des tables rondes et conférences autour des différents thèmes (esthétique queer, violence faite aux femmes notamment), se poursuit à travers les autres sections Les Résistantes, Le salaire de la peur, Toi aussi mon fils, Sympathy For MrVengeance, dont Spoor de la Polonaise Agnieszka Holland.

Les derniers-nés de grands cinéastes se retrouvent également dans A suivre. Comme Le jour d’après du Sud-Coréen Hong Sang-soo, Avant que nous disparaissions du Japonais Kiyoshi Kurosawa, Une femme douce du Russe Sergei Loznitsa, Frost du Lituanien Sharunas Bartas, Mrs Fang du Chinois Wang Bing, Léopard d’or au dernier Festival de Locarno. A noter le retour du Congolais Dieudo Hamadi, invité en compagnie de nombreux autres réalisateurs, avec son film Maman colonelle (photo).

Le festival n’oublie pas les enfants, précieux spectateurs de demain. Le petit Black Movie déploie l’univers qui leur est dédié avec 44 films et ateliers.

Genève, du 19 au 28 janvier. Lieux principaux: Maison des Arts du Grütli, Cinéma Spoutnik, Cinélux, Alhambra. Lieu central: le Xanadu (Cercle des Bains). Informations pratiques blackmovie.ch

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10/01/2018

Grand écran: dans "Downsizing", l'homme rapetisse pour sauver la planète

downsizing.jpgLa surpopulation inspire les cinéastes ces temps. Après Seven Sisters de Tommy Wirkola sorti en août dernier, Alexander Payne a enfin accouché d’un projet vieux de dix ans sur le thème. Pour lutter contre ce fléau menaçant la planète, des scientifiques scandinaves ont trouvé la solution miracle, en mettant au point un processus révolutionnaire, le downsizing, permettant de réduire les humains à une taille d’environ 12 centimètres. 

Rétrécir n’est pas seulement bénéfique pour notre bonne vieille Terre qui étouffe sous le nombre de ses habitants. Cela leur permet également d’augmenter considérablement leur niveau de vie et leurs revenus, étant donné la petitesse extrême des objets et des choses du quotidien, de la rose à la villa, en passant par le pétard et la bouteille de vodka...  

L’idée séduit Paul (Matt Damon) et Audrey (Kristen Wiig) Safranek, un couple de quadras du Nebraska connaissant quelques problèmes financiers. Ils décident donc de partir pour Leisureland et de se lancer dans cette expérience irréversible. Sauf qu’au dernier moment, Madame renonce. On suivra donc Monsieur dans sa nouvelle vie, après avoir été ramassé à la pelle à la sortie du four à micro-ondes avec la nouvelle fournée de mini nains.

Entre science-fiction et satire sociale

Avec son scénario original, le septième long métrage d’Alexander Payne, oscillant entre science-fiction et satire sociale, s’annonçait des plus prometteurs en proposant une réflexion et un questionnement philosophico-politico-existentiels sur l’environnement, l’écologie, la surconsommation, la préservation et le devenir de l’humanité.

Contrat rempli dans une première partie très réussie, où on visite un nouveau monde avec des hommes à l’échelle d’un crayon, avant de suivre par le menu les diverses interventions médicales en vue de leur rapetissement volontaire.

Malheureusement l’auteur dérape, transformant trop rapidement cette fascinante aventure en une banale et bien trop longue comédie romantique. Un sentimentalisme niais qu’il privilégie dès lors à l’ironie et à la causticité de son passoinnant propos initial. Tentant vainement de se racheter à la fin en radotant notamment sur la trace que l’homme laissera dans l’Histoire.

Dommage quand même de gâcher un aussi bon sujet. D’autant que les comédiens tiennent la route, à l’image de Matt Damon dans le rôle du banlieusard paumé et idéaliste. On adore par ailleurs Christophe Waltz, ici dans la peau de Dusan, un richissime lilliputien débarqué des Balkans, fanfaron, festif, charmeur et consumériste à outrance dans cet univers méga réduit qui lui a permis d’amasser des milliards.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 10 janvier.

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09/01/2018

Grand écran: "The Death And Live Of Otto Bloom", une étonnante réflexion sur le temps

otto-review-shot.jpgSurgi de nulle part, Otto Bloom est un drôle de phénomène, né le jour de sa mort et décédé le jour de sa naissance! Du coup, il ne se souvient que du futur et n’a aucune mémoire du passé. Mais qui est donc cet homme extraordinaire, forcé de vivre à l’envers? Un visionnaire ou un imposteur? Un fou ou un génie  Un charlatan ou un messie?

Toujours est-il que ce personnage d’exception dont les travaux artistiques révolutionnaires sont exposés au Musée d’art moderne de New York devient une star planétaire, la coqueluche du monde scientifique, une icône de la culture pop.

A partir de cette trame fantastique, le jeune réalisateur australien Cris Jones propose, dans son premier et malheureusement dernier long-métrage (il est subitement décédé le 12 septembre 2017 alors qu’il travaillait sur le deuxième ), une singulière réflexion sur la relativité du temps qui ne serait qu’une illusion, en confrontant son héros vivant à rebours aux pékins en principe normaux. Ce qui ne simplifie pas les relations…

Pour cerner Otto Bloom, raconter son histoire, expliquer son parcours, ce jeu compliqué sur le temps prend la forme d’un faux documentaire biographique. Il est structuré autour d’interviews et de témoignages de cinq intervenants qui le connaissaient le mieux et l’ont fréquenté à différentes étapes de son existence. Dont celui, central, de la neurologiste Ada Fitzgerald, qui a examiné en premier Otto Bloom et qui est devenue son grand amour

Ces différentes séquences sont illustrées par une série d’images d’archives, de gros titres et d’articles tirés de quotidiens du monde entier, se posant tous la question (mais tentant vainement d’y répondre) de la vraie personnalité de ce fascinant individu qui se rappelle demain et attend de découvrir hier.

Du faux plus vrai que nature

Témoignages, archives et coupures de presse sont évidemment aussi faux les uns que les autres, mais tout est tellement bien fait qu’ils paraissent plus vrais que nature pour le spectateur, à la fois complètement bluffé et désorienté par l’étonnante maîtrise du réalisateur, la minutie de sa mise en scène et la qualité de sa documentation bidon.

Les comédiens sont aussi convaincants, à commencer par Xavier Samuel dans la peau d’Otto Bloom. Ada, quinquagénaire, nous émeut avec les souvenirs des moments heureux en compagnie de celui qui les oubliait à peine les avait-il vécus. C'et Rachel Ward qui interprète le personnage, tandis que sa propre fille Mathilda Brown l'incarne dans les images d'archives.

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 10 janvier.

 

 

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