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27/03/2018

Grand écran: Isabelle Huppert en feu dans "Madame Hyde"

hydet.jpgSerge Bozon propose une relecture très libre du célèbre roman de Robert Louis Stevenson, L’Etrange cas du Docteur Jekyll et de Mr Hyde. On en attendait beaucoup dans la mesure où sa Madame Hyde est porté de bout en bout par Isabelle Huppert, qu’il avait déjà dirigée dans Tip top en 1913.

Toujours excellente, la comédienne avait logiquement remporté le prix d’interprétation au dernier Festival de Locarno. Mais elle ne suffit pas à faire totalement décoller une histoire pourtant prometteuse où, sous couvert de dédoublement de personnalité, de fantastique, d’étrange, d’inquiétant mêlé de poésie, le réalisateur français nous parle de social, d’école, d’éducation, de connaissance, de la manière de la transmettre et de l’alimenter.

Fragile, timide, maladroite, peu sûre d’elle, au bord de la dépression nerveuse, Mrs Géquil enseigne la physique dans un lycée professionnel de banlieue. Parvenant difficilement à communiquer son savoir, elle est méprisée par ses collègues que son excentricité dérange et tourmentée par des élèves odieux.

Foudroyée en pleine expérience dans son laboratoire durant une nuit d’orage, Mrs Géquil s’évanouit. En revenant à elle le lendemain matin, elle se sent animée d’une énergie nouvelle qui la métamorphose complètement. Celle de la puissante, dangereuse et incandescente Madame Hyde, dont il lui faudra dès lors maîtriser la lumière et le feu. On retrouve à ses côtés Romain Duris assez irrésistible en proviseur farfelu et José Garcia à contre-emploi en homme au foyer.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 28 mars.

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21/03/2018

Grand écran: avec "Mektoub my love:Uno canto", Kechiche veut célébrer la vie, l'amour, les corps

maxresdefault.jpgCinq ans après le triomphe cannois de La vie d’Adèle (trois Palmes d’or) et les polémiques qui ont suivi, Abdellatif Kechiche revient avec Mektoub my love: Uno canto. Comme son titre le précise, c’est le premier chapitre d’un tryptique très librement adapté, dans la mesure où il en modifie les personnages, les enjeux, le lieu et la date, d’un récit initiatique de François Bégaudau, La blessure, la vraie.

Dans un film sur la jeunesse baigné de lumière, sensuel, fiévreux, célébration selon l'auteur, de la vie, de l’amour, des corps, de l’avenir, Kechiche nous emmène à Sète, durant l’été 1994. Et, pendant trois heures, se focalise sur Amin, (Shaïn Boumédine, photo), sorte d’alter ego jeune, dont il est cinématographiquement tombé amoureux et qu’il veut suivre à la Truffaut, dans les prochains volets.

Jeunes gens en quête d’ivresse et de rencontres

Apprenti scénariste passionné de photo, cet intello beau comme un dieu installé à Paris est de retour dans sa ville natale pour les vacances. Timide, sensible, délicat et réservé, il retrouve sa famille, son cousin frimeur Tony (Salim Kechiouche), un mythomane extraverti qui couche avec tout ce qui bouge et notamment avec Ophélie, la plantureuse amie d’enfance d’Amin (Ophélie Bau), alors qu’elle est censée se marier avec Clément, un militaire pour l’heure en mission. Il renoue aussi avec des proches comme Camelia (Hafsia Herzi).

lou.jpgDésoeuvré, Amin passe son temps dans le noir à regarder des films de Dovjenko, ou dans le restaurant tunisien de ses parents, les bars, les boîtes où s’entassent de jeunes gens en quête d’ivresse et de rencontres, et la plage où bronzent les belles estivantes, dont Céline, la ravissante Lou Luttiau (photo)avec son sourire ravageur.

Une petite troupe se forme, l’alcool coule, les fêtes s’enchaînent entre drague, désirs brûlants, baises et danses frénétiques. Tout cela sous les yeux d’Amin qui, fasciné, préfère rester en retrait, matant les filles superbes de loin ou leur tournant autour sans les toucher, observant ces tentatrices affirmer voluptueusement leur pouvoir de séduction, quand il ne se mue pas en confident pour un cœur brisé.

Au plus près du postérieur des filles…

Il aime aussi prendre des photos. Insistante, la caméra d’Abdellatif Kechiche s’attarde alors lourdement sur les corps féminins, les fesses débordant généreusement de shorts ultra-courts de ses héroïnes éméchées qui se trémoussent sur la piste de danse. Une façon de filmer ses actrices non seulement sous toutes les coutures mais au plus près du postérieur, ce qui ne doit pas spécialement plaire au mouvement Me Too…

On peut regretter la pesanteur inutile de ces passages libidineux, même si le réalisateur dit avoir voulu retrouver une forme d’allégresse perdue, une liberté aujourd’hui disparue avec les attentats en France. Mais on ne peut que reconnaître, le talent de Kechiche à capter le bouillonnement de l’adolescence, la sève qui monte, le trouble amoureux, la grâce, les élans de jeunes gens impétueux.

Ils sont de surcroît interprétés par des comédiens pour la plupart débutants, qui se coulent à merveille dans cette proposition hédoniste où le réalisateur s’emploie à raconter l’insignifiant, à flirter avec le vide. Mais où on ne cesse de s’attendre à quelque chose, ce qui donne curieusement du suspense à l’histoire.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 21 mars,

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20/03/2018

Grand écran: Le dissident chinois Ai WeiWei à la rencontre des migrants dans "Human Flow"

maxresdefault.jpgVisage de la dissidence chinoise, célèbre pour ses démêlés avec Pékin, star de l’art contemporain, Ai WeiWei se penche dans Human Flow sur l’ampleur catastrophique de la crise migratoire et ses terribles répercussions humanitaires.

Un documentaire choc sans commentaires tourné sur une année dans 23 pays avec l'objectif de provoquer un éveil des consciences devenu des plus urgent. Plus de 65 millions de personnes ont été forcées de partir de chez eux pour fuir la guerre, la famine et les bouleversements climatiques. Il s’agit du plus important flux migratoire depuis la Seconde Guerre mondiale.

Dans ce premier long métrage fleuve, l’artiste peintre, sculpteur et plasticien suit plusieurs trajectoires d’hommes et de femmes en détresse et en souffrance sur l’ensemble de la planète, de l’Europe (Italie, Grèce, Allemagne, France) à l’Afrique, en passant par le Bangla Desh, l’Afghanistan, l’Irak, Israël, le Mexique, la Turquie, la Birmanie.

Des gens qui, pratiquement sans espoir de retour, ont tout quitté dans une quête désespérée de paix, de justice et de sécurité, mais dont les droits à la dignité, à l’accueil et à la protection sont violés sans scrupule. Allant à la rencontre de ces migrants, dont il salue le courage, la résilience et la volonté d’intégration, Ai WeiWei recueille quelques témoignages évoquant les dangereuses traversées en mer, les longues marches épuisantes pour buter sur des barbelés, la rude errance dans les rues des capitales. Des images saisissantes, bouleversantes, jamais vues.

Il montre ainsi la situation dramatique des réfugiés vivant dans des camps surpeuplés, notamment au Kenya, le plus grand du monde, ou parqués dans un ancien aéroport berlinois. Il pointe le sort de la minorité musulmane des Rohingyas persécutée ou l’expulsion des réfugiés afghans du Pakistan.

Le tableau de l’état du monde dressé dans cette œuvre politique, humaniste, est accablant. Dans cette optique, on ne peut certes que rendre hommage à l’auteur engagé que d’en appeler à la compassion, à la tolérance, à l’ouverture envers l’autre, au vivre ensemble, au lieu de se replier sur soi.

Mais il veut aussi faire œuvre de création. Toutefois, avec son projet colossal consistant à embrasser toutes les problématiques, il finit par livrer un film désordonné, fourre-tout, où la mise en images conceptuelle l'emporte sur le regard du cinéaste.

Par ailleurs, on déplore de la part d’Ai WeiWei arguant de son lien naturel avec des réfugiés, lui-même se considérant comme tel, une volonté choquante sinon parfois indécente de se mettre en scène. Au lieu de s’effacer derrière son sujet absolument tragique.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 21 mars.

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14/03/2018

Grand écran: Dubosc drague Alexandra Lamy en fauteuil roulant dans "Tout le monde debout"

maxresdefault.jpgAprès Les Tuche et La Ch’tite famille, on pouvait craindre une nouvelle daube avec le premier passage de Frank Dubosc derrière la caméra pour Tout le monde debout. Pourtant l’un des humoristes préférés des Français parvient à nous surprendre avec une comédie plutôt bien écrite (par lui-même), où il évoque le handicap tout en surfant sur la romance.

Hésitant longuement à se donner le premier rôle, Dubosc a fini par endosser le costume de Jocelyn, puissant dirigeant d'une entreprise de sport. Crâneur, menteur, dragueur invétéré, il multiplie les conquêtes. Jusqu'au jour où il se retrouve par hasard à séduire Julie, une jeune et jolie auxiliaire de vie, en se faisant passer pour un handicapé.

Bientôt il est invité dans la famille de Julie, qui lui présente sa sœur Florence, vraiment paraplégique, dont il va tomber fou amoureux. Mais son faux handicap se retourne contre lui. Craignant de la perdre, Jocelyn ne sait pas trop comment lui avouer la vérité.

Le véritable handicapé n'est pas celui qu'on pense

A quelques exceptions près, Dubosc laisse de côté ses gros sabots et son humour beauf. Certes on ne va pas jusqu’aux escarpins vernis et à la standing ovation, mais il faut reconnaître de la délicatesse et de la pudeur dans le traitement du sujet au nouveau réalisateur. Jouant sur les sentiments, mêlant émotion et tendresse, il veut non seulement démontrer que le fauteuil n’est pas une barrière à l’amour, mais que finalement le véritable handicapé n’est pas celui qu’on pense...

Franck Dubosc est particulièrement bien entouré par les personnages féminins. Sa partenaire, la ravissante, gaie, rayonnante et lumineuse Alexandra Lamy, se montre juste et crédible en violoniste qui joue par ailleurs au tennis. Dans le rôle secondaire d’assistante de Jocelyn, Elsa Zylberstein se révèle incroyablement douce, sensible et authentique.

On n’en dira peut-être pas autant de Gérard Darmon et de Claude Brasseur qui viennent jouer les utilités dans un film sans prétention. Il aurait tout de même gagné à être plus court et on regrette une fin lourdingue. Mais on ne se refait pas…

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 14 mars.

 

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Grand écran: Léa Pool explore l'univers d'une Lolita québécoise dans "Et au pire on se mariera"

une-premiere-bande-annonce-pour-le-tres-attendu-film-et-au-pire-se-mariera-433503.pngAïcha, 14 ans, vit avec sa mère Isabelle à qui elle ne pardonne pas d’avoir viré le beau-père algérien qui abusait d’elle mais qu’elle adorait. Elle espère toujours qu’il reviendra la chercher, Solitaire, vivant dans un autre monde, elle cherche son identité, n’a pas d’amis, sauf deux prostitués travestis de son quartier miteux du Centre-Sud de Montréal.

Un jour, dans un parc, elle rencontre Baz, un musicien nettement plus âgé qu'elle. C'est le coup de foudre. Elle s'y attache jusqu’à l’obsession. Baz tient à aider cette gamine, mais elle veut bien plus de lui et est prête à tout pour l’obtenir. Très vite elle s’empêtre dans ses mensonges, ses fantasmes, ses affabulations qui vont conduire au drame.

Treizième long métrage de Léa Pool, Et au pire, on se mariera est une chronique intimiste qui traite des amours adolescentes, interdites et de leurs conséquences. Après La passion d’Augustine, la cinéaste d’origine vaudoise qui a choisi de vivre et de travailler au Québec il y a 25 ans, retrouve ainsi un thème qui lui est cher. Basé sur le roman monologue de Sophie Bienvenu, coauteure du scénario, le film évoque une première passion violente où le bien et le mal ne se traduisent pas simplement par le noir et le blanc, mais comportent plusieurs nuances de gris…

Une actrice totalement investie

Les comédiens constituent le principal atout. A commencer par l’excellente Sophie Nélisse (photo), qui porte l’opus sur ses épaules. Elle s’investit totalement dans le personnage d’Aïcha, qu'elle est plus qu'elle ne l'incarne.  D’autant qu’elle a vécu la situation de la jeune fille, étant elle-même amoureuse d’un garçon plus âgé.

Avec Isabelle, la mère, Léa Pool retrouve Karine Vanasse qu’elle avait engagée il y a 20 ans pour Emporte-moi, son premier film. A signaler également Jean-Simon Leduc, très convaincant dans le rôle de Baz, qui semble ne pas bien comprendre ce que cherche Aïcha.

Léa Pool, récemment rencontrée à Genève a eu l’idée d’adapter le roman de Sophie Bienvenu grâce à sa fille. « Elle l’a lu et m’a encouragée, Cela tombait bien. J’avais envie d’aller dans une structure éclatée, où je pourrais me laisser aller à une plus grande liberté créatrice. Mais surtout j’ai été bouleversée par le personnage d’Aïcha

Qu’est-ce qui vous a tellement plu chez cette Lolita québécoise?

Sa complexité, sa maturité, sa philosophie de la vie, son expression, sa façon de parler, son vocabulaire particulier. Par ailleurs, on ne sait jamais si elle ment ou dit la vérité. Je voulais aller dans son univers, sa poésie, sa solitude, rentrer dans sa tête, mettre des images sur ce quelle raconte.  

Vous aimez également parler de la cellule familiale. Aïcha a des rapports très tendus avec sa mère.

Elle lui en veut beaucoup pour avoir mis son beau-père chéri à la porte. A ma connaissance, c’est la première fois qu’un enfant montre l’absence de choc dans une relation avec un adulte. C’est toutefois une situation très délicate. Il ne faut pas oublier que c’est une petite fille qui la vit. Le roman décrit des scènes très osées et la fille a 13 ans. Mais je ne me sentais pas à l’aise avec cela et je ne suis pas allée aussi loin.

Vos films donnent en général la parole aux femmes. De tous âges.

Il y a eu une statistique sur les films primés aux Oscars à propos du temps pendant lequel elles parlent: 15%, contre 85% pour les hommes. Edifiant, non? Chez moi, c'est l'inverse. Et parce que je suis une femme, je choisis des sujets qui m’interpellent. J’ai été amoureuse de mes profs, et je suis fascinée par les liaisons interdites, les amours impossibles. Il y a là quelque chose qui exalte le sentiment.

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 14 mars.

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13/03/2018

Grand écran: "The Song Of Scorpions", une laborieuse histoire de vengeance. Avec la belle Golshifteh Faharani

the-song-of-scorpions-1.jpgEn mai 2016, la lumineuse Golshifteh Faharani subjuguait Cannes aux côtés d’Adam Driver dans Paterson de Jim Jarmush. Fantasque, farfelue, lunaire et joyeuse, elle redécorait obsessionnellement en noir et blanc tout ce qui lui tombait sous la main

Changement radical de style dans The Song Of Scorpions. La belle comédienne se glisse dans la peau de Nooran, chanteuse, guérisseuse, sage-femme et médecin dans la communauté Sindhi du Rajasthan. En l’entendant Aadam, marchand de chameaux (interprété par le célèbre Irrfan Khan, découvert dans Slumdog Millionnaire),en tombe fou amoureux. Econduit, il ourdit une terrible vengeance.

Trop long, laborieux, sans rythme, l’opus, présenté à Locarno en août dernier, est signé par le réalisateur indien Anup Singh, installé depuis une quinzaine d’années à Genève. Pour son histoire d’amour tordu sur fond de traîtrise et de rédemption, il a décidé de travailler dans le désert. Un milieu dur, sec et aride à l’image du monde, selon lui, où se cache toutefois toujours une source d’eau. Il s'applique par ailleurs à dénoncer, même maladroitement, l’extrême violence notamment sexuelle, faite aux femmes en Inde.

Nooran en est victime dans The Song Of Scorpions. "En tant que femmes nous sommes violées partout. Notre existence, le fait d'être nées dans certains pays, nous impose de ne pas pouvoir choisir", relève Golshifteh Faharani. "Le viol est une attaque horrible, affreusement humiliante. Cette scène a été pour moi un véritable défi. Mais il ne s’agit pas que de cela dans le film. Il faut continuer à repousser les limites. La vie est remplie de choses non désirées. Allons-nous nous laisser empoisonner par ces malheurs? Dans les ruines, on peut trouver un trésor. Il faut le chercher. Nooran a la rage de vivre. Elle retrouve la lumière, qui l’amène vers le pardon".

L’autre défi pour elle, c’était la langue, l’une des choses les plus difficiles. *J’ai suivi six mois de cours pour parler de manière acceptable Cela ajoute de la pression, surtout quand on veut être authentique. Jusqu’à présent, j’ai joué en sept langues». Et il y en aura une huitième pour Golshifteh Faharani qu’on retrouvera bientôt dans Red Snake de Caroline Fourest et Le dossier Mona Lisa du réalisateur israélien Eran Riklis

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 14 mars.

 

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Grand écran: Vincent Macaigne à quatre pattes dans "Chien", la fable noire de Samuel Benchetrit

benchetrit.jpgChienne de vie que celle de Jacques Blanchot! Sa femme le flanque à la porte sous prétexte qu’elle est atteinte de blanchoïte aiguë, une maladie qui la pousse à se gratter lorsqu’il s’approche d’elle.

Son fils profite de lui et il est exploité par son patron. Pour retrouver un peu d’amour il décide, en passant devant une animalerie, de s’acheter un chien. Avec niche, croquettes, laisse et dix leçons de dressage, le tout au prix fort exigé par un terrifiant maître-chien

Mais le chiot, qui en plus ressemble à Hitler, en ne va pas tarder à passer sous les roues d’un bus. Bouleversé, Blanchot s’installe à l’hôtel, mange les croquettes, dort dans la niche et va jusqu’à prendre les leçons qu’il a payées, se coulant dans le rôle du chien en acceptant les pires humiliations.

Signé du subversif Samuel Benchetrit, qui l’a adapté de son propre roman, Chien, interprété par Vincent Macaigne parfait face à son maître-chien facho Bouli Lanners, et Vanessa Paradis en épouse odieuse, commence sur un ton burlesque et décalé qui vire rapidement à l’humour noir. Très noir. Pathétique, gênant, limite malsain, cette fable animalière bizarre, absurde, cruelle, glauque, plus pathétique que drôle divise, provoquant la détestation totale ou une adhésion plus ou moins forte.

Rencontré au dernier Festival de Locarno, l’écrivain réalisateur nous expliquait explique que son livre, un exutoire, est né suite à un état dépressif et de doutes, où il se demandait pourquoi gagner de l’argent, rester dans le mouvement, avoir tant de préoccupations ridicules alors que la vie est si courte.

«C’est une histoire simple qui raconte quelque chose d’universel, être quelque chose ici-bas. Je dresse un état des lieux, je parle de dystopie, de cynisme à propos d’un personnage qui en est totalement dépourvu, qui va sortir de ce monde pour en découvrir un différent. Cela m’intéresse ui beucoupde traiter un personnage sans ambition qui rend fou les autres par sa passivité, Une passivité qui les conduit à une violence extrême. Du coup c’est lui qui gagne».

Et tandis que Jacques Blanchot s’humanise en chien, l'auteur en profite pour dénoncer la déshumanisation de la société. Voir l’interview de Samuel Benchetrit dans notre note du 9 août 2007.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 14 mars.

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06/03/2018

Grand écran: "Eva" s'égare entre Annecy et Paris. Avec Isabelle Huppert et Gaspard Ulliel

eva-berlin-film-festival.jpgDommage, le début promettait beaucoup. Pourtant, depuis qu’il est allé se promener Au fond des bois, Benoît Jacquot a de plus en plus tendance à s’égarer. Preuve en est son vingt-cinquième long métrage, Eva. Une faible et plate adaptation du roman de James Hadley Chase, classique de la Série noire paru en 1946 et déjà porté très librement à l’écran en 1962 par Joseph Losey. Jeanne Moreau y jouait le rôle principal.

Là, c’est Isabelle Huppert, la muse de Benoît Jacquot qui enfile le costume d’Eva pour une sixième collaboration avec le réalisateur après Les Ailes de la colombe en 1980, L’école de la chair et Pas de scandale en 1998, La fausse suivante l’année d’après et Villa Amalia en 2008. Pour lui donner la réplique Gaspard Ulliel (Bertrand), avec qui elle avait déjà tourné dans Un barrage contre le Pacifique.

L'auteur situe principalement son action à Annecy, mais c’est à Paris que se noue l'intrigue. Bertrand, un jeune gigolo, laisse cyniquement mourir un vieil auteur dramatique dans sa baignoire et en profite pour lui voler sa pièce. Le succès est immédiat, mais c’est une autre affaire, pour l’usurpateur, que de pondre la nouvelle que son éditeur (Richard Berry) lui réclame avec de plus en plus d’insistance.

Pour lui permettre de mieux se concentrer, sa petite amie lui prête le chalet de ses parents au-dessus d’Annecy. Il y rencontre bizarrement Eva. Prostituée vieillissante au visage lisse, elle va mener à sa perte le garçon qu’elle ne tarde pas à hanter, qui cherche à tout savoir sur elle et qui, pour la revoir, ne cesse de faire des allers et retours en train entre la province et la capitale. A cet égard, on espère que la SNCF a casqué un maximum... 

Bref. Fasciné par le roman, marqué dans son adolescence par la version de Losey, Benoît Jacquot livre, entre lac et montagne, une histoire d’imposture sous forme d’un thriller mental tordu manquant de chair, au scénario erratique poussif. Et les comédiens peu convaincants ne contribuent pas franchement à faire décoller le film qui, par ailleurs, ne nous épargne pas des scènes frisant le ridicule.

Benoît Jacquot prétend brosser le portrait d'une héroïne animale, mystérieuse, perverse, dangereuse, sinon fatale. Mais, bottée et perruquée de noir, Isabelle Huppert se révèle, à l’inverse du personnage d’Elle qu’avait sublimé Paul Verhoeven, nettement plus nonchalante et paresseuse qu’érotique et sulfureuse. Objet du désir si peu obscur et tellement désincarné qu’on se demande comment il pu devenir l’obsession d’un Gaspard Ulliel, alias Bertrand, manipulateur manipulé aussi fade qu’antipathique.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 7 mars.

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05/03/2018

Grand écran: "Thelma", troublante, intrigante et attachante sorcière féministe

critique-thelma-film-joachim-trier.jpgUn homme traverse un lac gelé avec une petite fille et, ayant atteint une forêt, la vise avec un fusil de chasse… Après le remarquable Oslo 31 août, Back Home tourné en anglais aux Etats-Unis et qui avait été sélectionné en compétition à Cannes en 2015, Joachim Trier s’essaye au cinéma fantastique avec l’intrigant et déroutant Thelma. En nous plongeant d’entrée dans un climat glacial, inquiétant et anxiogène.

Sous contrôle permanent de parents luthériens rigoristes qui scrutent son emploi du temps, Thelma quitte sa province pour aller étudier à l‘université d’Oslo. Fragile, timide et pieuse, elle n’est toutefois pas contre la découverte, l’ouverture aux autres. Sinon plus.

Mais, tandis qu’elle est irrésistiblement et secrètement attirée par une camarade de classe, la jolie Anja, elle est soudain prise de violentes convulsions à la bibliothèque. D’abord perplexes face à ce mal étrange s’apparentant à une crise d’épilepsie que le bon état de santé de la patiente n’explique pas, les médecins n’excluent finalement pas une attirance sexuelle.

L’hypothèse affole Thelma. Ses attaques de plus en plus paroxystiques se multiplient, parallèlement à l’intensité croissante de ses sentiments pour Anja, libérant chez elle de dangereux pouvoirs surnaturels. Sa simple volonté déclenche ainsi l’horreur dans la mesure où elle ne parvient pas à maîtriser ses pulsions.

Elle décide alors de rentrer à la maison où elle est confrontée à de monstrueux et traumatiques souvenirs enfantins. Ils pourraient expliquer ces mystérieuses facultés télékinésiques lui permettant de faire disparaître les êtres qui la dérangent.

Influences assumées pour l’auteur

Dans une mise en scène suggestive un peu maniérée au service d’un scénario un rien tortueux où il fait remonter des images mentales à la surface, Joachim Trier explore d’abord une quête d’émancipation. Puis d’identité à travers une histoire d’amour (qu’il se prive toutefois d’exploiter vraiment) peuplée de visions cauchemardesques. Sous influences assumées, notamment de Brian de Palma (Thelma fait penser de loin à Carrie), il brosse le portrait d’une jeune fille qui cherche à réprimer son désir croissant pour une amie.

La séduisante Eli Harboe enfile avec talent le costume de Thelma dans ce thriller en forme d’allégorie, mâtiné de conte initiatique et d’étude de mœurs. Tentant d’échapper aux interdits et au puritanisme pour assumer son homosexualité, cette attachante sorcière féministe, stigmatisée pour ses penchants amoureux, doit livrer un gros combat pour être elle-même, s‘accepter, s’aimer et aimer les autres.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 7 mars.

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27/02/2018

Grand écran: "La ch'tite famille", comédie indigente, paresseuse et lourdingue

cin-la_chtite_famille-1-1000x600.jpgQuand on nous raconte que Les Tuche sont la famille préférée des Français et qu’on voit celle de Dany Boon provoquer quasiment l’extase sur les plateaux télé, avant sans doute de cartonner au box-office, on ne peut s’empêcher de se poser des questions sur la curieuse structure neuronale de nos voisins...

Dans ce qui donc pas une suite à Bienvenue chez les Ch’tis, mais où Dany Boon ne se creuse pas trop le ciboulot en confrontant sans originalité la province à la capitale au lieu du nord au sud, on découvre le héros de la chose (évidemment interprété par l'auteur), Valentin D., célèbre et snob designer parisien. Honteux de son milieu prolétaire, il a renié ses origines en prétendant être orphelin.

Avec sa femme Constance, il organise le vernissage de leur rétrospective au Palais de Tokyo, quand débarquent son frère, sa belle-sœur et sa mère, croyant être invitée à la réception pour fêter ses 80 ans. Les mensonges de Valentin sont sur le point de le rattraper. D’autant qu’il perd la mémoire suite à un accident de voiture et que son accent ch’ti effacé resurgit, plus fort que jamais. Gênée, Constance va tenter de le lui faire reperdre…

La ch’tite famille est l’œuvre la plus personnelle de Dany Boon, monté à Paris en revendiquant ses racines et son identité, malgré les avis de certains producteurs qui lui conseillaient plutôt de les oublier. Pourquoi dès lors ne pas exploiter la chose? Sauf qu’une bonne idée ne suffit pas, et de très loin, à faire un bon film.

Tirant tant et plus sur ce fameux accent qui a fait son immense succès il y a dix ans, le réalisateur très peu inspiré propose une comédie indigente, paresseuse et des plus lourdingue. Se voulant un choc de deux univers opposés, elle se résume en réalité à du déjà vu, à de l’attendu et à quelques gags pas drôles, laborieux et répétitifs. Telle cette chaise design à trois pieds qui ne cesse de s’effondre avec son occupant...

Bref, le réalisateur donne dans la grosse ficelle pour comédiens qui en font des tonnes. A l’image de Line Renaud fatigante, de Valérie Bonneton ridicule. Sans oublier le pathétique Pierre Richard se livrant à d’insupportables pantomimes, et allant jusqu’à chanter «Que je t’aime» en ch’ti à sa femme. Un hommage involontaire à Johnny (encore vivant lors du tournage), peut-être diversement apprécié. Ou pas.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande  dès mercredi 28 février.

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