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21/11/2017

Grand écran: "Battle Of The Sexes", avec Emma Stone et Steve Carell dans le match du siècle!

battleofsex.jpgEmmené par Emma Stone et Steve Carell, excellent duo d’acteurs, Battle Of the Sexes revient sur le combat pour l’égalité de l’icône américaine de tennis Billie Jean King. En s’appuyant plus particulièrement sur l’histoire incroyable de son duel avec Bobby Riggs, ancien numéro un mondial. Le match du siècle suivi par 30.000 spectateurs et 50 millions de télespectateurs à travers la planète.

Nous sommes en 1972. Alors que les Américaines revendiquent l’égalité des droits et l’équité salariale, le sexisme est profondément ancré dans toutes les couches de la société. Forte de son petit Chelem en simple, Billie Jean King, une battante de 29 ans, se démène pour que les femmes touchent des primes équivalentes à celles des hommes.

Avide de retrouver une gloire perdue, l'adepte du show Bobby Riggs, 55 ans, incorrigible macho provocateur vivant de l’argent de sa femme, met la championne au défi de l’affronter et…de le battre. Dans un premier temps, elle refuse, mais après l’humiliante défaite de sa rivale australienne Margaret Court face à l’exaspérant Bobby, elle accepte et remporte ce bras de fer diffusé le 20 septembre 1973.

Signé Jonathan Dayton et Valerie Faris, à qui l’on doit notamment Little Miss Sunshine, ce biopic réalisé de façon classique est assez parfait, qu’il s’agisse de la reconstitution soigneuse de l’époque, des décors, des costumes des musiques, du filmage très crédible de la rencontre, des dialogues savoureux. Ou encore de l’ambiance électrique et des comportements phallocrates jugés anodins par les hommes évidemment, mais également par beaucoup de femmes.

L’intérêt de ce film féministe témoin qui n’a pas besoin d’en rajouter tant tout est vrai, c’est qu’il ne se cantonne pas aux domaines sportif et économique, mais étend son propos au niveau social et à l’homosexualité, sujet alors hautement tabou, en se penchant en alternance sur la vie personnelle et amoureuse de Billie Jean King. Mariée avec l‘avocat Larry King, elle découvre son attirance pour les femmes et entretient une liaison avec sa coiffeuse Marilyn Barnett (Andrea Riseborough). Elle deviendra d’ailleurs la première sportive à faire son coming out.

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaabillie.jpgDeux comédiens formidables

Très convaincante, méconnaissable avec ses cheveux foncés et ses grosses lunettes, à la fois douce et intraitable, la talentueuse Emma Stone se coule merveilleusement bien dans la peau de Billie Jean King. Au-delà des revendications féministes de son personnage, elle en montre la complexité et la passion.

Quant à Steve Carell, il est irrésistible en Bobby, vieux champion misogyne, flambeur sans scrupule, matamore bluffeur pour qui la place de la femme est dans la chambre à coucher et à la cuisine, et qui pensait ne faire qu’une bouchée de l'incontestable dominatrice de la petite balle jaune.

Pour la petite histoire, avant l’échauffement, les deux adversaires s’étaient offert des cadeaux. Lui, une sucette géante, elle, un porcelet vivant. Avant de balancer sans ménagement son propriétaire!

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 22 novembre.

21:10 Publié dans Sorties de la Semaine | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | | Pin it! |

Grand écran: Anne Fontaine explore la différence dans "Marvin ou la belle éducation"

MARVIN-OU-LA-BELLE-ÉDUCATION-5.jpgMartin Clément, né Marvin Bijou, a fui son village des Vosges, un père tyrannique, une mère triviale et résignée. Il a fui l’intolérance, le rejet, les brimades que provoquait sa différence. Heureusement, il a trouvé chez la principale de son collège, Madeleine Clément, une précieuse alliée qui lui a fait découvrir le théâtre et dont il empruntera le nom.

Il devra aussi son salut à un professeur gay, directeur intransigeant d’un centre d’art dramatique, qui lui révèle ses fêlures et le pousse à raconter son histoire. Marvin, devenu Martin Clément, va créer avec succès un spectacle libérateur qui achèvera de le transformer, réglant férocement ses comptes avec un milieu familial médiocre sinon sordide. Des proches non seulement incapables de le protéger, mais coupables, avant de changer, de participation à la violente homophobie ambiante. Au point que le garçon se sentait un étranger dans sa propre maison.

Marvin ou la belle éducation, récit sensible de ce jeune homosexuel qui se sauve pour devenir lui-même, est signé Anne Fontaine. Elle l’a coécrit avec Pierre Trividic, dont les interrogations sur les tourments du désir et de l’identité font écho aux thèmes déjà abordés par la réalisatrice.

Quelque chose de Marvin en chacun de nous

Opposant deux mondes, la cinéaste pour qui il y a quelque chose de Marvin en chacun d’entre nous, propose une mise en scène sobre et poétique. Elle laisse son protagoniste cheminer vers le monde salvateur de l’art, alternant deux époques qui se répondent en mêlant les séquences de Marvin enfant harcelé par ses camarades de classe, et celles de Martin adulte, apprenti puis artiste triomphant.

Une réussite magnifiée par les acteurs, dont Finnegan Oldfield (photo), formidable dans le rôle principal, Grégory Gadebois, figure paternelle à la Michel Simon, alcoolique, mal embouché et grande gueule, Vincent Macaigne prof d’art dramatique à la fois émouvant, blessé et intransigeant. Ou encore l’émouvante Catherine Mouchet, inoubliable Thérèse d’Alain Cavalier, dans le rôle d’un bienveillant et inspirant proviseur de lycée. Elle prouve l’importance primordiale de l’éducation et guidera Marvin vers son émancipation.

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaannef.jpg«Faire de sa différence une force»

Rencontrée à Genève, Anne Fontaine (photo)nous parle de son film inspiré par «En finir avec Eddy Belle gueule » d’Edouard Louis, mais où elle prend de grandes libertés par rapport au roman. «Edouard Louis est venu me voir et m’a proposé d’adapter le livre. Je l’ai trouvé incroyable, mais je lui ai dit que je ne me cantonnerais pas à l’enfance de Marvin. Je voulais évoquer la suite de son parcours. Ce qu’il a accepté ».

-Vous aimez l’idée que rien n’est jamais joué. Que les gens peuvent échapper à leur condition, même misérable.

Je traite de sujets où on peut parvenir à la lumière au prix d’une profonde détermination et si on a l’opportunité d’un regard posé sur vous. Pour Marvin, c’est celui de la principale du collègue. Elle est le déclic, le rôle initiatique, fondamental.

-Ensuite il rencontre ce professeur d’art dramatique, son pygmalion.

-C’est lui qui met des mots sur son mal-être en parlant de la différence au sens global, universel. Marvin fait alors de la sienne une force. Il assume son orientation sexuelle tout en enterrant un passé douloureux en jouant dans une pièce de théâtre qui est comme une catharsis.

-Cette glorification de la victoire sur soi s'accompagne d’une réflexion sur le travail de comédien.

-Le comédien travaille sur lui-même et peut ainsi jouer quelqu’un d’autre. Auteur de sa propre théâtralité, il est capable de poétiser, de « dramaturgiser ». Le théâtre est le salut, l’exutoire, une façon de communiquer, une découverte de la culture qui vous permet d’accéder à d’autres mondes

-Vous n’êtes pas tendre avec les parents de Marvin. En même temps vous ne les jugez pas.

.-Il est victime de leur inculture qui provoque leur intolérance, leur homophobie. Mais je les aime. Ils font ce qu’ils peuvent avec leurs moyens limités. Ils aiment leurs enfants, mais sont influencés par ce que pensent les gens des «pédés», ceux qui voient l’homosexualité comme « une maladie mentale ». Ils ont toujours entendu ces mots-là. Je montre toutefois un visage différent du père, l’évolution dans son attitude et son vocabulaire quand Marvin revient voir sa famille.

-Finnegan Oldfield est remarquable. Comment l’avez-vous choisi ?

Je l’avais vu dans « Les Cowboys » de Thomas Bidegain. En le rencontrant, j’ai su qu’il était Marvin. Il a une élégance, une présence. Pour le film, il a suivi une préparation physique, des cours de danse. La danse est une façon de mettre son corps dans l’espace, de l’habiter. Etre danseuse moi-même m’a aidée à transcender les difficultés que j’ai eues. Je me suis créée à travers cet art qui m’a aidée pour la mise en scène.

-Une dernière question. Pourquoi faire jouer son propre rôle à Isabelle Huppert ?

-.Marvin rencontre une icône du théâtre dans une soirée. J’ai tout de suite pensé à Isabelle. Nous sommes amies. Un moment je me suis demandée si j’allais l’appeler autrement. Mais j’ai finalement décidé que non..

Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 22 novembre.

 

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20/11/2017

Grand écran: "A Beautiful Day", descente aux enfer de Joaquin Phoenix

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaalynne.jpgL’originale, brillante, audacieuse Lynne Ramsay a convoqué le talentueux, imprévisible, impétueux, vénéneux Joaquin Phoenix pour une descente aux enfers dans A Beautiful Day (You Were Never Really Here). Il incarne Joe, un ancien militaire et agent du FBI au mental fracassé par des traumas remontant à son enfance auprès d’un père brutal, et à son passé de soldat qui lui a laissé de sérieuses séquelles.

Habitant toujours chez une mère possessive, Joe est une vraie bombe à retardement victime de pulsions suicidaires, qui tente d’échapper aux démons qui le dévorent en se fourrant la tête dans un sac en plastique. Reconverti dans de basses besognes, il est chargé de rechercher et sauver la fille d’un sénateur piégée dans un réseau de prostitution.

Un sujet bien malsain dans la lignée de We Need To Talk About Kevin sorti en 2011, qui disséquait la relation intime et haineuse entre une mère dévastée et son fils qui a commis l’impensable. Ici, la réalisatrice écossaise propose une longue traversée effrayante au bout de la nuit dans un New York glauque et interlope. Un voyage dont la violence augmente au fur et à mesure que son héros s’enfonce dans l’horreur.

Face au déferlement de vengeance et de corruption, Joe joue du marteau, son arme de prédilection, partie intégrante de son personnage, ou encore du flingue pour éliminer un à un les individus qui gravitent autour de la gamine. Ce récit terriblement anxiogène, sous haute tension permanente, librement adapté d’un roman de Jonathan Ames, frise la caricature, la complaisance, parfois même le ridicule, Il navigue entre le thriller sanglant et l’étude clinique d’un cerveau malade, peuplé de visions cauchemardesques dévoilées à coups de flashbacks. 

Une œuvre indéniablement maîtrisée. Pourtant, en dépit de sa virtuosité et de son esthétique, on regrette la surenchère, la débauche d’hémoglobine, dans cet opus féministe se situant quelque part entre Taxi Driver de Scorsese et Drive de Nicolas Winding Refn.

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaphoenix.jpgPrix d'interprétation à Cannes en mai dernier

En revanche, on retient la spectaculaire interprétation de Joaquin Phoenix, qui a opéré une bluffante transformation physique.Il est absolument méconnaissable, le corps massif, alourdi, marqué d’impressionnantes cicatrices, la barbe broussailleuse. Sans oublier le catogan, la casquette et la capuche.

Se mouvant lentement tel un mort vivant dans une ambiance spectrale, farouchement taiseux, ce vétéran torturé et névrosé apparaît halluciné, glaçant dans sa sauvagerie, mais curieusement attachant et émouvant. Sa prestation lui a valu le prix du meilleur acteur au dernier Festival de Cannes, alors que Lynne Ramsay décrochait le prix du scénario. 

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 22 novembre.

 

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15/11/2017

Grand écran: "Téhéran Tabou"dénonce les interdits dans une société schizophrène

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaataboo.jpgAvec ce film ouvertement militant comme l’indique son titre, Téheran Tabou, Ali Soozandeh, Iranien réfugié en Allemagne, nous immerge au sein d’une société schizophrène, dans laquelle le sexe la corruption, la prostitution et la drogue coexistent avec les interdits religieux, juridiques, traditionnels. Il met en scène, dans la capitale de son pays natal, trois femmes, une prostituée une fiancée, une jeune épouse, ainsi qu’un musicien. Tous les quatre tentent de s'affranchir en brisant les tabous minant le quotidien des hommes, et plus encore des femmes.

Une oeuvre audacieuse tournée en rotoscopie, procédé datant du début du siècle. De nombreux films y ont eu recours, l’un des chefs d’oeuvre du genre étant sans doute le documentaire de l’Israélien Ari Folman Valse avec Bachir (2008). La technique consiste à filmer des comédiens en prises de vue réelles sur fond vert et les retravailler image par image en animation, reproduisant ainsi avec réalisme la dynamique de mouvement des sujets.

Ali Soozandeh s’y est essayé avec succès dans cet opus à la fois poétique, politique et intime qui, s’il met en scène des personnages aux traits et aux gestes réalistes, permet une distance bienvenue, un décalage avec le réel. Il n’en a pas moins une portée documentaire et une valeur de témoignage avec sa peinture sociale, dérangeante, provocante, choquante. Sinon obscène avec la tendance un rien outrancière du réalisateur à multiplier les scènes de sexe et de drogue.

Mais le plus important dans ce film choral démonstratif où la noirceur du propos tranche avec un univers bariolé, reste son combat pour l'émancipation, son plaisir gourmand de la dénonciation insolente d’une théocratie hypocrite adepte du «faites ce que je dis, pas ce que je fais». Une maxime illustrée par des représentants corrompus et débauchés de l’élite, peu enclins à s’appliquer la rigueur impitoyable d’une morale qu’ils exigent pour autrui.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 15 novembre.

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14/11/2017

Grand écran: "Jalouse", une comédie qui sombre dans la caricature. Avec Karin Viard

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaKarine.jpgNathalie Pêcheux (Karin Viard), professeure de lettres divorcée, est rongée par une jalousie maladive. A l’égard de sa ravissante et parfaite fille de 18 ans, Mathilde, danseuse classique (Dara Tombroff ancienne pensionnaire de l’Opéra de Bordeaux dont c’est le premier rôle au cinéma), mais également envers son proche entourage, ses amis, ses collègues.

Tordue et dépressive, Nathalie la vilaine Jalouse ressent comme une agression le bonheur et la réussite des autres. Un mal-être confinant à la névrose et renforcé par la crise de la cinquantaine. Avide de coups bas, de mesquineries, de remarques acerbes, elle multiplie les méchancetés, faisant par exemple remarquer à sa meilleure amie à quel point elle a de la chance d’avoir une fille moche, ou se confrontant avec aigreur à une consoeur plus jeune, dont elle sabote toutes les propositions. 

Le portrait de cette despote autodestructrice au bord de la crise de nefs dotée d’une redoutable mauvaise foi, est signé de David et Stéphane Foenkinos et aurait pu donner une excellente comédie. Dommage que le trait soit si outrancier, les auteurs se complaisant dans la caricature et le cliché. A commencer par celui du mari qui quitte sa femme pour une plus jeune un peu bécasse mais tellement plus gentille, aimante et compréhensive...

Alors qu’elle qui se veut grinçante, drôle et corrosive, mordante, mâtinée de thriller psychologique, cette comédie peu inspirée et manquant d’un minimum de subtilité n’est hélas pas à la hauteur de ses ambitions. A l’instar de ses dialogues insipides et de ses interprètes pas au mieux de leur forme dont Karin Viard, en général gage de qualité d’un film. Bien que qualifiée de "magistrale" par une partie de la  critique française, elle se révèle décevante.

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 15 novembre.

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Grand écran: avec "Maryline", Guillaume Galienne révèle une magnifique comédienne

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaamarilyne.jpgC’est l’histoire d’une jeune femme modeste, qui a grandi dans un petit village  où ses parents ne recevaient jamais personne. À 20 ans, mourant d'ennui, elle monte à Paris pour devenir comédienne. Mais découvrant rapidement l’envers du décor, elle doit faire face aux humiliations qu’on lui inflige dès son premier film. Incapable de s’exprimer, elle subit la cruauté d’un monde dont elle ignore les codes et la brutalité d’un réalisateur odieux, qui se comporte en véritable dictateur.

N’ayant ni les armes pour résister ni les mots pour se défendre, Maryline va se mettre à boire avant de remonter la pente. Car cette résistante fera preuve d’une grande force d’âme et de beaucoup de courage pour gravir une route qui s’apparente à un chemin de croix.

Après Les garçons et Guillaume à table! une comédie jouissive inspirée de son enfance et de sa place au sein de sa famille, Guillaume Galienne s’est attaqué au drame avec Maryline. Un sujet qu’il avait depuis longtemps en tête, comme il le confie dans ses nombreuses interviews.

«Quand j’ai rencontré la vraie Maryline il y a quinze ans, j’ai été bouleversé par cette femme, sa vie son histoire à la fois douloureuse et extraordinairement lumineuse. J’ai porté ce récit en moi pendant tout ce temps, mais ma mémoire en a fait autre chose… »

Beau parleur, Guillaume Galienne s’avoue par ailleurs impressionné par les taiseux. «Ce qui me touchait, c’était d’essayer de rendre compte et de comprendre la violence qu’ils pouvaient ressentir eux à ne pas pouvoir s’exprimer et la violence qu’ils provoquaient chez les autres qui n’arrivaient pas à les comprendre».

Bouleversante et attachante Adeline D'Hermy

Ce drame parfois pimenté d’humour vache où Guillaume Galienne dépeint la dureté du milieu du cinéma et son difficile accès aux humbles, est construit à la manière d’une chronique s’étalant sur près de 20 ans. Il est porté de bout en bout par la talentueuse Adeline D’Hermy (photo) sociétaire de la Comédie française, jolie mais enlaidie pour l'occasion. C'est une révélation. Bouleversante et attachante, elle se coule brillamment dans ce personnage complexe, blessé, mélancolique, enfermé dans le silence, au parcours pénible, chaotique. Et réussit à transmettre sans paroles ce qu’elle vit à l’intérieur.

Mais heureusement, si elle est brisée par certains, y compris par elle-même, Maryline croisera également des gens bienveilllants. Cela nous vaut des moments de grâce comme celui où elle rencontre une comédienne aussi célèbre que généreuse (belle Vanessa Paradis s’inspirant de Jeanne Moreau) qui lui donne du temps, sait trouver les mots pour la libérer, la remettre en selle. Et chantera superbement Cette blessure de Léo Ferré au générique de fin.

On peut toutefois reprocher à ce film généreux, hymne émouvant à la force des faibles, déclaration d’amour au théâtre et hommage aux actrices, un côté décousu. Comme d’ailleurs dans le premier, où Guillaume Galienne avait tendance à se disperser au fil des sketches.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 15 novembre.

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08/11/2017

Grand écran: "A Mountain Between Us", avec Kate Winslet et Idris Elba en improbable mode survie

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaamountain.jpgTenté par l’aventure hollywoodienne, le cinéaste palestinien Hany Abu-Assad (auteur notamment de Paradise Now sorti en 2005) change radicalement de registre avec A Mountain Between Us (Une montagne entre nous). Ce film catastrophe virant à la romance et adapté d’un roman de Charles Martin, met en scène Alex (Kate Winslet) et Ben (Idris Elba).

Ils ne se connaissent pas, mais leur vol ayant été annulé à cause d’une mauvaise météo, ils décident d’affréter ensemble un petit avion privé pour rallier Denver le plus tôt possible. Chacun pour une raison différente. Alex doit se marier et Ben, chirurgien, a planifié une importante opération.

Jusque là tout va bien mais gare à l’atterrissage… qui ne va pas tarder. Leur pilote est victime d’un AVC et le bimoteur s’écrase en haute montagne. Les deux passagers s’en sortent. Mais si Ben est indemne, Alex est sérieusement blessée à une jambe. En outre faute de plan de vol, personne ne saura où ils se trouvent, ils n’ont pas grand-chose à manger et disposent d’un équipement minimum.

Autant dire que leurs chances de survie dans cet environnement hostile et glacial sont extrêmement minces. Que nenni, l’énergie du désespoir, la solidarité et... l'amour aidant, sans oublier la compagnie du chien du pilote rescapé lui aussi, ils vont braver tous les obstacles, aussi monstrueux et infranchissables soient-ils! 

Du coup le spectateur, déjà au bord de l’intrigue dès la tentative impossible de nos deux héros de retrouver la civilisation, sort carrément du film tant celui-ci accumule les invraisemblances au fil de l’histoire. Au point que la capacité d’Alex de se déplacer sans trop de mal dans des conditions extrêmes avec une jambe en compote n’est pas la pire des incohérences…

A sauver éventuellement les superbes paysages de cette odyssée bien loin de tutoyer les sommets!

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 8 novembre.

 

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Grand écran: Kad Merad à contre-emploi dans "La Mélodie", comédie au sujet rabâché

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaamélodie.jpgBrillant violoniste quinquagénaire n’attendant plus grand-chose de la vie et de ses semblables, Simon se retrouve enseignant dans un lycée parisien, où il entretient des rapports difficiles avec de jeunes élèves issus de quartiers défavorisés. Désespérant d’arriver à intéresser ces gamins turbulents qui rejettent ses méthodes rigides, il est prêt à jeter l’éponge, alors qu’il a accepté de les mener en concert à la Philharmonie.

Pourtant, miracle et divine surprise, se pointe Arnold, garçon maladivement timide mais fasciné par le violon, qui redonne de l’espoir à Simon. Faussement bourru, le gentil professeur va le prendre sous son aile pour l’aider à progresser, tandis que les mauvais esprits de la classe finissent par s’assagir sous l’influence du talentueux et passionné Arnold (Renély Alfred). Et les voici partis pour une formidable aventure…

Un scénario cousu de fil blanc pour cette comédie dramatico-musico-sociale recuite. Signée Rachid Hami, elle est certes inspirée de faits réels, mais déjà vue mille fois au cinéma. Avec Kad Merad à contre-emploi, sobre et bon dans son costume d'éducateur bienveillant, à l'instar de ses jeunes partenaires. Dommage pour eux que La Mélodie soit en revanche traité, comme la plupart de ses prédécesseurs, sans la moindre originalité.

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 8 novembre.

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Grand écran: "Tout nous sépare", polar bancal avec Catherine Deneuve et le rappeur Nekfeu

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaadeneuvesep.jpgPour son quatrième long métrage, le Français Thierry Klifa, amateur de films noirs américains des années 50, s’essaye au genre en opposant, comme l’indique le titre Tout nous sépare, une famille bourgeoise et des jeunes de banlieue. Le tout sur fond d’enquête policière, de disparition, de chantage, de castagne et de fusillades. Hélas, il ne suffit pas de se réclamer de célèbres modèles pour réussir son coup.

Le réalisateur propose en effet un polar sans intérêt au scénario bancal où tout sonne faux et où on ne croit forcément à rien. D'un côté le violent Rodolphe (Nicolas Duchauvelle) est poursuivi, avec sa bande de petits dealers, par de très vilains caïds. de l'autre Julia (Diane Kruger) jeune femme riche, handicapée à la suite d’un accident, est une droguée dépressive, masochiste et, sans surprise, amoureuse de cette racaille de Rodolphe.

Censée servie de trait d’union entre ces deux mondes, il y a Louise (Catherine Deneuve, troisième collaboration avec Klifa), la mère abusive et autoritaire de Julia. Femme forte dirigeant en principe sa société d’une main de fer, elle forme par ailleurs un couple improbable avec le rappeur Nekfeu pour sa première prestation cinématographique, quand le film bascule dans un semblant de mélodrame.

A commencer malheureusement par la grande Catherine figée, inexpressive, tous les comédiens sont aussi peu convaincants les uns que les autres, quand ils ne tombent pas dans la caricature. A l’image de l’intrigue qui atteint des sommets de grotesque.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 8 novembre.

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Grand écran: "Borg/McEnroe" fait revivre le duel mythique entre deux icônes planétaires

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaborg.jpgPassion, suspense, émotions. Dans le sport comme au cinéma. Pas étonnant que les deux se rencontrent. Avec Borg/McEnroe, le Danois Janus Metz revient, pour le plaisir du profane et du connaisseur, sur la rivalité légendaire et exacerbée de deux icônes planétaires qui ont changé la face du tennis.

Nous sommes à Wimbledon en 1980. Les deux hommes vont s’affronter dans une finale dantesque, qui deviendra l’un des plus grands duels de l’histoire du sport en général et de celle de la raquette en particulier. Pour le Suédois Björn Borg, 24 ans, il s’agirait de la cinquième victoire dans le temple de la petite balle jaune. Mais pour la première fois de sa brève carrière, l’incontestable numéro un de l’époque est menacé par l’étoile montante américaine, le bouillant John McEnroe, 21 ans, prêt à tout pour le faire chuter.

S’aventurant au-delà du sport, l’histoire de cette confrontation sous pression a des allures de thriller. Avec une tension palpable dès l’entame, tandis que l’on suit la préparation des deux gladiateurs conduisant à leur rencontre mythique, aboutissement de l’intrigue.

La glace et le feu

Avant d’y arriver, le réalisateur, pour qui Borg/McEnroe est au tennis ce que Raging Bull de Martin Scorsese est à la boxe, audacieuse comparaison, s’intéresse à la psychologie de ces deux hommes aux tempéraments opposés. Borg est le Suédois beau gosse, apparemment insensible et froid, dissimulant ses sentiments, méthodique jusqu'à  l'obsession, héros mutique encensé par le public. McEnroe est le bad boy américain, rebelle impulsif et colérique au comportement provoquant sinon limite.

La glace et le feu, en somme. Sauf que le feu couve aussi sous la glace, comme le montre Janus Metz qui revient en parallèle sur la jeunesse des deux cadors à coup de flash-back. Scandinave, il s’attache plus particulièrement au parcours de Borg, nous laissant découvrir un adolescent plein d’une rage que ne renierait pas son rival, brisant violemment sa raquette quand il perdait. Il est joué par le propre fils du champion, Leo Borg, qui tente de suivre le chemin de papa.

L'effet Titanic

Bien que le film n’ait à l'évidence pas l’extraordinaire suspense et la folle intensité du vrai match, il produit l’effet Titanic. On a beau connaître l’issue de la rencontre, on est pris de bout en bout grâce à la qualité de la mise en scène de Janus Metz, sa manière de reconstituer les échanges, sans oublier l’excellence du casting.

D’un côté du filet Sverrir Gudnason (Borg), si bluffant de ressemblance non seulement physique mais dans son approche toute en intériorité et en concentration du personnage, qu’on le confond quasiment avec l’original. De l’autre Shia Labeouf (McEnroe), se révélant légèrement en-dessous de son partenaire, dans la mesure où le cinéaste a trop tendance à privilégier les fameuses crises qui faisaient monter son adrénaline. Dans les personnages secondaires, on salue la prestation du célèbre comédien suédois Stellan Skarsgard, dans le rôle de Lennart Berlin, l’entraîneur de Borg mort en 2008.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 8 novembre.

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