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19/04/2018

Grand écran: "Place publique", comédie paresseuse d'Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri

4260980.jpgVedette du petit écran aujourd’hui animateur en inexorable perte d’audimat, Castro se rend avec son chauffeur Manu à la pendaison de crémaillère de Nathalie, sa productrice de toujours. Elle s’est payé une superbe maison à 35 minutes de Paris. A vol d'oiseau...

Castro y retrouve son ex-femme Hélène, Alors qu’elle est restée fidèle à ses idéaux de jeunesse il s’est mué en cynique capitaliste pragmatique dans la recherche de la gloire. Par ailleurs, il est furieux contre sa fille Nina, elle aussi de la fiesta, car elle a écrit un livre librement inspiré de la vie de ses parents, Révélant notamment que son paternel a une moumoute alors que cela se voit à des kilomètres D’autres invités plus ou moins célèbres vont se croiser et se recroiser dans un ennuyeux ballet des vanités.

Certes les Jabac continuent à représenter le dessus du panier en matière de comédie française. Mais il y a plus de la patte molle que de la griffe acérée dans Place publique, comédie chorale désenchantée où ils puisent dans leur fond de commerce pour surfer sur le vieillissement, l’élitisme, les privilèges, un peu de politique avec la montée de l’extrême-droite. En en profitent pour critiquer platement le jeunisme, l‘obsession de la célébrité, de la reconnaissance, la soif de célébrité, les réseaux sociaux et le parisianisme échevelé.

Entre stéréotypes et caricature

Traquant les travers de leurs semblables et les incohérences sociales, ils observent comme toujours l’air du temps, mais d’une façon nettement moins percutante et mordante que d’ordinaire. Paresseuse en somme, à l’image d’une galerie de portraits stéréotypés. De la serveuse du coin ne pensant qu’aux selfies avec des personnalités à la star de Youtube, en l’occurrence Mister V, prétentieusement sûr de lui, en passant par le modeste chauffeur attachant, restant humblement à sa place.

Très caricatural aussi le choc des cultures, de deux mondes, vu à travers la frivolité exaspérante de ces personnages narcissiques face à un couple bourrin d’agriculteurs excédés par le bruit infernal de cette insupportable faune parisienne. Avec en prime un effet raté de flash forward en ouverture.

Côté comédiens Jean-Pierre Bacri reste parfois drôle. Mais, comme c’était déjà le cas dans Le sens de la fête, poursuit dans l'auto-caricature avec son habituel registre de vieux ronchon, ici rongé par l’angoisse et la jalousie, grincheux incapable de cacher son acrimonie et son immense dédain pour la plupart des gens. Irrésistiblement pathétique avec son imitation d’Yves Montand dans Les feuilles mortes, personne n’ayant jamais osé lui dire qu’il n’est pas aussi bon qu’il l’imagine.

La pétulante Agnès Jaoui s’est elle donné le rôle de la gauchiste idéaliste, humaniste, décalée dans sa tentative désespérée de fourguer une réfugié afghane dans l’émission de son ex qui n’en a strictement rien à cirer. Quant Léa Drucker, sans scrupule derrière son apparente douceur, elle est parfaitement horripilante, vissée à son téléphone portable du début à la fin du film.

A l'affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 18 avril.

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11/04/2018

Grand écran: "La finale", road movie sans surprise avec Thierry Lhermitte et Rayane Bensetti

870x489_banniere_web_2.jpgLes Verdi prennent bien soin de Roland, le grand-père victime d’Alzheimer. A part JB, l’ado de la famille, dont le seul objectif est de se rendre à Paris pour disputer sa finale de basket. Mais ses parents, bloqués ce week-end-là, lui demandent d’y renoncer pour surveiller papy Roland. JB n’a pas l’intention de leur obéir. Mais comme il ne peut pas laisser l’aïeul tout seul, il décide de l’emmener avec lui.

Un voyage prétexte à une comédie tentant de mêler humour et émotion, légèreté et gravité sur un sujet délicat et sensible. Robin Sykes, qui signe son premier long métrage avec La finale, aborde son sujet sous forme d’un road movie intergénérationnel.

La réalisation est convenue, le scénario sans surprise, les rebondissements prévisibles dans ce film qui met en scène Thierry Lhermitte et le jeune Rayane Bensetti. Plutôt convaincant, le premier ne semble toutefois pas avoir trop perdu la boule. Et le second, assez prometteur, a malgré tout tendance à forcer la dose. Reste un grand moment pour les fans de foot qui n’ont pas oublié l’événement sportif majeur de 1998…

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 11 avril.

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Grand écran: "L'île aux chiens", plaidoyer antispéciste fourre-tout à tendance macho

 

still_isle_of_dogs_copyright_2017_twentieth_century_fox-cropped.jpgDans un Japon légèrement futuriste, Kabayashi, maire de la ville de Magasaki, a pris des mesures drastiques pour lutter contre la grippe et la surpopulation canines. Ses représentants ont été envoyés sur une île à décharge, réservoir nauséabond d'une surconsommation industrielle et chenil idéal pour se débarrasser définitivement du meilleur ami de l'homme.

Mais Atari, le neveu du maire, intrépide pilote de 12 ans, ne l’entend pas de cette oreille et se rend sur l’île pour retrouver son toutou Spots, le premier des exilés. Sur place, il est aidé dans ses recherches par Chief, un chien errant et ses quatre potes Boss, King, Duke et Rex.

Après Fantastic Mr Fox, adapté d'une histoire de Roald Dahl, Wes Anderson signe avec L'île aux chiens son deuxième long métrage en stop motion. Un film d'animation pour adultes, où le réalisateur a mis le paquet question voix avec, en vo, celles de Bryan Cranston, Edward Norton, Bill Murray, Jeff Goldblum, Frances McDormand, Harvey Keitel, Scarlett Johansson ou encore Tilda Swinton.

Entre solution finale et bombe atomique

Pétri de bonnes intention, de mises en garde gentillettes et de références, le film, étiqueté chef d’œuvre par une majorité de critiques vantant sa créativité foisonnante, sa virtuosité, son humanité, sa drôlerie et son époustouflante beauté, (les chiens sont pourtant moches), se veut politique, militant, allégorique.

Du coup son auteur, se piquant de science-fiction matinée de philosophie, nous balance pêle-mêle le spectre de la solution finale, l’ombre de la bombe atomique, la ségrégation, la crise migratoire, la corruption, la démagogie, l’intolérance, l’appel à l’impureté, à la désobéissance civique et à la révolte estudiantine. 

Par ailleurs outre la longueur de ce plaidoyer antispéciste se prétendant ami de tous les exclus, on reprochera à Wes Anderson son côté macho, avec sa façon d’ignorer quasi totalement les dames dans la population canine. Et quand on rencontre une, c’est carrément une poule de luxe!

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 11 avril.

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Grand écran: "The Third Murder", énigmatique et captivant thriller judiciaire

sandome-no.jpgCinéaste de l’enfance (Nobody Knows, I wish. nos vœux secrets), de la famille (Tel père tel fils, Notre petite sœur), le Japonais Hirokazu Kore-eda change de registre pour se lancer dans un thriller judiciaire, The Third Murder. Une captivante énigme portée par Masaharu Fukuyama et Koji Yakusho, un excellent duo d’ acteurs.

Shigemori, un as du barreau, est chargé de défendre Misumi , accusé d’avoir tué son patron et volé son portefeuille. C’est du moins ce que montrent les premières images du film, où on voit un homme défoncer le crâne d’un autre, l’asperger d’essence lui mettre le feu et le dépouiller.

Les chances du grand avocat de gagner le procès sont minces. Non seulement il son client a déjà purgé une peine de prison pour meurtre 30 ans auparavant, mais il avoue sa culpabilité en dépit de la peine de mort qui l’attend s’il est condamné. Très intrigué, Shigemori se lance dans une longue enquête pour en savoir davantage. .

Une intrigue austère, noire, complexe

Son travail de détective le mène d’abord sur les lieux du drame où le corps a été retrouvé, puis dans la famille de la victime pour recueillir des témoignages. Il se rend assez rapidement compte que tout le monde ment, y compris l’accusé qui change continuellement de version. Il se met alors à douter de la culpabilité de son client. Mais pourquoi celui-ci s'obstine-t-il à revendiquer le meurtre? Et comment l’innocenter?

S’inspirant des films à procès et des polars américains, Hirokazu Kore-eda propose une intrigue austère, noire, complexe, à la mise en scène épurée, au rythme lent. Tout en maintenant la tension et le suspense en ne cessant de brouiller les pistes pour entretenir le mystère et le doute, l’habile manipulateur se livre à une réflexion sur la peine de mort, la fatalité, le mensonge, et surtout la vérité qui n’intéresse pas la justice. Une réussite pour un drame non résolu. Ou oui, ou peut-être...

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 11 avril.

 

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09/04/2018

Grand écran: "Fortuna", une histoire d'amour et de survie sur fond religieux et politique

fortuna_14.jpgFortuna est une Ethiopienne de 14 ans. Sans nouvelles de ses parents depuis son arrivée à Lampedusa en Italie, elle est accueillie en Suisse avec d’autres migrants de diverses origines à l’Hospice du Simplon, à 2 000 mètres d’altitude.

Les Frères catholiques les hébergent pour l’hiver en attendant que leur situation soit régularisée par les institutions helvétiques. C’est là que l’adolescente rencontre Kabir, un réfugié africain de 26 ans dont elle tombe amoureuse. Ils se voient en cachette jusqu’au jour où Kabir disparaît. Les chanoines, dont l’un est interprété par Bruno Ganz, vont tenter de guider Fortuna dans un choix difficile.

Récit de survie portant un autre regard sur le drame des réfugiés traversant la Méditerranée l’opus, qui est aussi une histoire d'amour, est signé du photographe lausannois Germinal Roaux, 43 ans. A la fois contemporain et intemporel, il est tourné dans un magnifique noir et blanc, la griffe de l’auteur.

Surfant par ailleurs sur les dogmes religieux et politiques, l’intrigue, se déroule à un rythme lent, méditatif. Tout est vu à travers les yeux de Fortuna, une jeune fille forte et déterminée, incarnée avec talent par Kirist Syum Beza, découverte à Addis Abeba,

Projeté à la dernière Berlinale, Fortuna a reçu L’Ours de Cristal pour le meilleur film et le Grand prix du jury international dans la catégorie Generation 14 plus, dédiée aux œuvres mettant en scène de jeunes protagonistes.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 11 avril.

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Grand écran: "Matar a Jesus", un thriller pour exorciser la douleur


01_MATAR_A_JESUS_mood.jpgL’action se déroule à Medellin, ville gangrénée pendant des années par une violence aveugle. De retour de l’université en voiture avec son père, professeur militant, Lita, une étudiante de 22 ans, est témoin de son meurtre par deux motards.

Alors qu’elle est parvenue à identifier l’un d’eux (Jesus), la police enquête depuis des semaines sans trouver la moindre piste. Face à son inefficacité, Lita désespérée décide de prendre les choses en main.

Un soir elle tombe par hasard sur l’assassin dans une boîte de nuit. Animée d’un obsédant désir de vengeance, nourri par la colère, la frustration et la souffrance, elle quitte sa maison et son milieu bourgeois, déterminée à mener à son terme la redoutable mission qu’elle s’est fixée.

Changeant d’identité elle s’immerge dans le quartier pauvre situé sur les hauteurs de Medellin pour mieux se rapprocher du tueur et lui faire payer son crime. Mais sa rencontre avec Jesus et la relation qui se noue entre eux lui font se rendre compte de la difficulté de passer à l’acte.

La cinéaste Laura Mora Ortega, notamment connue pour sa coréalisation de la mini-série colombienne Pablo Escobar  El Patron Del Mal, s’est entourée de comédiens non professionnels, dont son héroïne, Natasha Jaramillo Loaiza. Juste, émouvante, elle donne, avec ses partenaires, une authenticité à Matar a Jesus (Tuer Jésus),

Portant un regard personnel sur la justice et la violence, Laura Mora Ortega livre également un thriller en forme d’exorcisme en revenant sur une expérience traumatisante. Tragique, il se révèle en effet des plus réaliste, son propre père ayant été tué en pleine rue.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 11 avril.

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04/04/2018

Grand écran: décevant "Gaston Lagaffe", avec Théo Fernandez en roi de la boulette.

ccf809ee1b6c489fba847e37b6a8d.jpegEt voilà à son tour Gaston Lagaffe sur pellicule. Hélas, bien que l'on retrouve le personnage lunaire, bricoleur et gaffeur de première, son chat, sa mouette, la vache, Prunelle, Mlle Jeanne, de Mesmeaker et ses improbables contrats, le film, signé Pierre-François Martin-Laval (alias Pef) et dont l’action se situe aujourd’hui dans une start up, se révèle bien décevant pour les fans de Franquin. A l’image, sans surprise, de la plupart des BD cultes portées sur grand écran.

Il n'est dès lors pas très étonnant qu’Isabelle, la fille du dessinateur ait violemment réagi. "J’assiste impuissante au désastre, en espérant de tout cœur que le public saura distinguer le bon grain de l’ivraie, si je puis dire…" a-t-elle déclaré au journal belge L'Avenir.

Uniquement détentrice, explique le quotidien, d’un droit moral sur l’oeuvre de son père, qui a fait l’objet d’une exposition au Centre Georges Pompidou l’an dernier pour son soixantième anniversaire, elle ne pouvait pas s'opposer à l'adaptation cinématographique. "Même si les acteurs sont mal dirigés, le scénario débile et le rythme des gags catastrophique…", accuse-t-elle sans ménagement.

Pef a certes du mal à traduire le charme et l'esprit de Franquin. On retiendra pourtant une ambiance, des éléments de décors, ainsi que quelques trouvailles carrément dignes de Gaston. A cet égard, dénicher celui qui allait avoir la lourde tâche de devenir le roi de la boulette fut un sacré challenge pour le réalisateur. Qui est finalement tombé, suite à un étonnant concours de circonstances, sur Théo Fernandez. Il l'avait pourtant recalé après avoir vu une vidéo où il apparaissait!

Incroyable mais vrai, il s'endort à l'accueil...

L’acteur de 19 ans, récemment rencontré à Genève, raconte que tout est en effet parti d’une gaffe. "J’étais venu chez UGC pour un film différent. Mais je me suis endormi à l’accueil en me disant qu’on viendrait me chercher. Mais en fait j’ai raté le casting et c’est alors que deux types sont venus me demander si cela m’intéressait d’en passer un autre. J’ai d’abord refusé avant qu’ils me précisent qu’il s’agissait du rôle de Gaston Lagaffe… "

Théo Fernandez connaissait la BD pour en avoir lu trois albums quand il avait 5 ans. "J’avais trouvé sympa, sans plus. Ensuite je me suis davantage intéressé à ce personnage complètement décalé de nature, à contre-courant. J’admire son altruisme, sa bienveillance, sa poésie, sa créativité. Je suis d'ailleurs presque aussi inventif que lui. Je bidouille les ordinateurs, j’ai voulu lancer ma marque de cigarettes électroniques. Je me passionne pour l’horlogerie, sa mécanique, ses milliers de pièces".

"Le plus dur était de tenir la position"

Incarner Gaston avec son pull vert tricoté main trop court et troué lui a demandé trois mois de préparation. Et chaque jour deux heures pour la coiffure façon pétard. "Pef m’a en outre montré beaucoup de choses. Sa manière de penser, d’incarner sa philosophie, sa gestuelle, sa posture. Il m’a fallu une fraction de seconde pour trouver la position. En revanche pour la tenir, quelle galère! J’avais mal au bassin, aux jambes. C’était aussi très difficile de rester Gaston dans différentes situations, par exemple quand il est agité, stressé".

 Théo Fernandez pensait devenir acteur à 4 ans déjà, "J’aimais jouer des choses". Au cinéma, on l’a déjà vu en Donald alias Coin Coin dans la série des Tuche et notamment dans Aux yeux des vivants, un film d’horreur ou encore dans Trois souvenirs de ma jeunesse d’Arnaud Depleschin. Changer de registre lui plaît. Il adore également le théâtre, qu’il a pratiqué en amateur pendant sept ans. "J’ai très envie d’en faire en pro, mais pour l’instant, j’ai un grand projet de comédie.

 A l’affiche dans les salles de Suisse romande dés mercredi 4 avril.

 

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02/04/2018

Grand écran: Joaquin Phoenix bluffant en fauteuil roulant chez Gus Van Sant

2911319.jpgEreinté par la critique au Festival de Cannes 2015 pour The Sea Of Trees, évoquant la rencontre entre deux hommes partis se suicider dans une forêt japonaise, Gus Van Sant revient avec son dix-septième long métrage Don’t Worry He Won’t Get Far On Foot (Ne vous inquiétez pas, il n’ira pas loin à pied). Il est basé sur l’autobiographie éponyme du caricaturiste américain controversé John Callahan, natif de Portland dans l’Oregon, qui est aussi la ville du cinéaste.

A la suite d’un grave accident de voiture lors d’une nuit de beuverie, le jeune homme de 21 ans, alcoolique depuis l’adolescence, restera paralysé. Même en fauteuil roulant, il n’a pas l’intention d’arrêter de boire. Il finit toutefois par décider de suivre une cure de désintoxication.

Soutenu par sa compagne Annu (Rooney Mara) et son mentor Donnie (Jonah Hill à la fois méconnaissable et irrésistible en animateur gay à l’allure christique), il se découvre un talent inattendu pour le dessin. Son humour noir, trash, féroce, cinglant, politiquement incorrect lui vaudra la notoriété et la publication aux Etats-Unis dans des journaux aussi célèbres que The New Yorker ou Playboy. Il est mort en 2010, à 59 ans.

Le film est porté de bout en bout par Joaquin Phoenix, qui retrouve le cinéaste vingt ans après Prête à tout. Sacré meilleur acteur à Cannes l’an dernier pour A Beautiful Day, il nous refait, en dépit d’une petite tendance au cabotinage, un grand numéro chez Gus Van Sant, se coulant de façon bluffante dans le rôle de ce provocateur à la sensibilité exacerbée, qui finit par accepter sa condition, en rire et s’en moquer.

Cartonniste iconoclaste méconnu en Europe

Cette force a fait de lui un cartooniste iconoclaste, n’hésitant pas à s’attaquer avec une rare insolence à de délicats sujets comme le racisme et le handicap. Gus Van Sant n’exploite pas assez cet aspect de la personnalité de son héros méconnu en Europe, préférant se concentrer sur la rédemption de l’alcoolique tétraplégique. Avec  une (trop) large place laissée aux réunions d’alcooliques anonymes et à la douloureuse enfance de l’artiste aux cheveux roux, marquée par l’abandon de sa mère. Un traumatisme en principe à l’origine de son addiction. «Tout ce que je me rappelle, c’est qu’elle était irlandaise, enseignante et ne voulait pas de moi», répète-t-il lors de thérapies de groupe.

On glisse ainsi au fil de l’histoire vers une forme de bien-pensance et de sentimentalisme dans ce biopic qui certes se laisse voir, mais où le réalisateur peine de nouveau à retrouver cette patte de touche-à-tout virtuose, aussi à l’aise dans le cinéma indépendant que dans les films hollywoodiens. A cet égard on citera outre l’excellent Prête à tout déjà mentionné ou My Own Private Idaho, les plus récents comme Harvey Milk, Elephant, Palme d’or en 2003, ou encore Gerry, une merveille devenue culte. Sans oublier le triomphe populaire de Will Hunting.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 4 avril.

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28/03/2018

Grand écran: "Hostiles", un western sous haute tension avec le remarquable Christian Bale

Hostiles.jpgPendant toute leur vie, ils se sont affrontés. En 1892, après des années de sang versé, le capitaine de cavalerie Joseph Blocker (Christian Bale), ancien héros de guerre devenu gardien de prison, est forcé contre son gré d’escorter Yellow Hawk( Wes Studi), célèbre chef de guerre Cheyenne mourant, sur ses anciennes terres tribales.

Peu après leur départ du Nouveau-Mexique vers le Montana, ils rencontrent Rosalee Quaid (Rosamund Pike), seule rescapée du massacre de sa famille par les Comanches. Traumatisée, la jeune femme se joint à eux.

Au cours de leur périlleux périple à travers une Amérique ou règnent vengeance impitoyable et cruauté, les deux hommes, qui n’ont pas épuisé leur réserve de colère et de méfiance, vont pourtant devoir oublier un passé de violence et de haine, lutter contre eux-mêmes et se montrer solidaires. Autrement dit tuer ensemble, pour survivre à l’environnement, aux redoutables tribus qu’ils rencontrent.

Avec Hostiles, Scott Cooper, à qui l’on doit Crazy Heart, Les brasiers de la colère et Strictly Criminal, nous propose un western en forme d’hommage au martyre des Amérindiens. Lent, sombre, sous haute tension, taiseux, brutal, grave, mélancolique, humaniste, lyrique, il se déroule dans des paysages d’une beauté sauvage. Récit de rédemption, il fait déjà figure de grand classique dans la lignée des Impitoyable, Little Big Man ou Danse avec les loups.

Une réussite que l’on doit aussi bien sûr aux comédiens. A commencer par le remarquable Christian Bale dans le rôle taillé pour lui de ce revenant amer, austère, meurtri. Un soldat usé par les batailles, hanté par ses actes. A ses côtés, Rosamund Pike et Wes Studi se montrent à la hauteur.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 28 mars.b

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Grand écran: "Ready Player One", l'hommage foisonnant de Spielberg à la culture pop

player.jpgDeux mois après son ode au journalisme d’investigation dans Pentagone Papers, Steven Spielberg, renouant avec la science-fiction, se déchaîne dans un hymne à la culture pop avec Ready Player One, adapté d’un best-seller d’Ernest Cline publié en 2011.

Nous sommes en 2045 dans une Amérique ravagée par la pollution, la surpopulation, la crise énergétique, les problèmes politiques. Un univers chaotique, misérable, dont s’échappent des millions de pauvres gens pour se réfugier dans l’OASIS, un gigantesque jeu de réalité virtuelle. Il a été inventé par feu l’excentrique milliardaire James Halliday, un génie de l’informatique incarné par Mark Rylance. Steven Spielberg dit beaucoup s’identifier à ce créateur, le considérant comme le plus proche de sa vie et de sa vérité.

Avant de mourir, le mogul iconoclaste a décidé de léguer son immense fortune à quiconque découvrira l'œuf de Pâques numérique, dissimulé dans son jeu. C’est parti pour une chasse au trésor planétaire avec l’espoir, pour les candidats, de toucher le jackpot. Parmi eux le jeune joueur prolétaire Wade Watts et l’odieux magnat Nolan Sorrento, rêvant de posséder l’OASIS pour régner sur le monde.

Multipliant les effets spéciaux, mêlant le virtuel et le réel, l'inventif réalisateur propose un film de SF rétro  à grand spectacle, qui va surtout ravir les geeks et les fans de jeux vidéo. Rendant hommage à la culture des années 80, à ses objets, à ses fétiches, à sa musique et aux films qu’il aime, le cinéaste se livre à une débauche de clins d’œil et de références (la Delorean de Retour vers le futur, le Rubik’s Cube, Akira, King-Kong, Star Wars). Une surabondance qui culmine dans une séquence revisitée du célébrissime Shining de Stanley Kubrick.

Mais s’il est visuellement foisonnant et spectaculaire, le film pèche par son côté répétitif, son scénario sommaire, son discours politico-économique superficiel, son absence de vrai questionnement sur l’addiction au virtuel, dans la mesure où Spielberg tient à nous rappeler que le jeu c’est bien, mais que la réalité c’est mieux. Enfin, on lui reprochera de mettre en scène des personnages et leurs avatars peu attachants.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 28 mars.

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