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Cinéfil - Page 2

  • Grand écran: "Les Eternels", une passion contrariée pour illustrer la Chine d'aujourd'hui

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    eternels.jpgCinéaste du temps et des mutations dans sa Chine natale, Jia Zhangke déroule à nouveau ses thèmes préférés dans Les Eternels. A la fois fresque politique, polar noir, mélodrame mafieux et romance sociale, son douzième long métrage se déroule en trois chapitres, pour illustrer des changements d’époque.

    En 2001, la jeune Qiao, jolie danseuse venue de la campagne tombe follement amoureuse de Bin, petit parrain de la pègre locale de Datong, dans la province du Shanxi. Alors que Bin est attaqué par une bande rivale de jeunes avides de pouvoir, Qiao, prête à se sacrifier pour lui, prend sa défense et tire plusieurs coups de feu. Elle est condamnée à cinq ans de prison. Bin l’abandonne lâchement.

    A sa sortie, Qiao, dont l’amour pour Bin dure envers et contre tout, traverse le pays à sa  recherche et tente de renouer avec lui. Mais il refuse de la suivre. Dix ans plus tard Qiao, toujours célibataire, a réussi sa vie en restant fidèle aux valeurs du gang. De son côté Bin, usé par les épreuves, revient penaud pour la retrouver. Un dernier volet illustré par une sorte de retournement féministe des rapports de force.

    La romance contrariée entre les deux protagonistes sert de prétexte à Jia Zhangke pour opposer symboliquement deux sociétés dans une Chine tourmentée, l’une traditionnelle incarnée par Qiao et l’autre, néolibérale représentée par Bin. 

    Entre passion indestructible, trahison, sacrifice et résilience, passant de la fermeture des mines du coin à la modernisation radicale de l’économie, le réalisateur brosse ainsi le portrait d’une amoureuse déçue et celui d’une Chine en pleine mutation économique, gagnée par le capitalisme. Un beau film émouvant, ambitieux et un rien longuet, qui vaut surtout par la magnifique prestation de la lumineuse  Zhao Tao, épouse et égérie du cinéaste.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 17 avril.

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  • Grand écran: "Boy Erased": on va te soigner mon fils! Un réquisitoire édifiant

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    boyerased.jpgFils de pasteur, Jared, 19 ans, vit dans une petite ville américaine de l’Arkansas. Alors que ses parents découvrent son homosexualité, il se trouve face à un terrible dilemme. Soit il suit un programme de thérapie de conversion, soit il sera rejeté par sa famille, ses amis et sa communauté religieuse.

    Cette histoire vraie est celle du courageux combat d’un garçon pour se construire, alors qu’on remet en question ce qu’il est. Garrard Conley s’en est emparé pour un roman autobiographique. En l’adaptant, le réalisateur Joe Edgerton dénonce et condamne à son tour ces pseudo-thérapies, revenant sur ces traitements aliénants imposés aux ados gay pour les remettre dans "le droit chemin".

    Lavage de cerveau

    Le sujet pourrait aujourd’hui sembler anachronique. Pourtant cette volonté de réorientation sexuelle reste relativement répandue, non seulement aux Etats-Unis, mais notamment au Canada et en Europe. Pour rester chez l’oncle Sam, trente-six états permettent de laver le cerveau d’enfants ne correspondant pas au modèle d’une prétendue normalité.

    Certaines familles continuent donc à envoyer leur progéniture «déviante» dans ces redoutables centres pour un temps indéterminé, dans le but de soigner ce qu’ils persistent à considérer au mieux comme une maladie, au pire comme une abominable perversion. Avec cette idée qu’on ne naît pas homosexuel mais qu’on le devient, de trop nombreux jeunes gens sont ainsi cruellement forcés de nier leur véritable identité.

    Après The Gift, évoquant la vie d’un couple chamboulée par un mystérieux cadeau, Joe Edgerton nous emmène, avec Boy Erased, dans l’un de ces lieux qui ont tout d’une prison. Et où sévissent brutalement des thérapeutes douteux d’une bêtise crasse, usant de méthodes indignes à l’égard de jeunes gens complètement déboussolés, dont en l’occurrence l’un d’eux n’y survivra pas.

    Excellents acteurs

    L’intrigue est portée de bout en bout par Lucas Hedges (récemment vu dans Lady Bird, Les panneaux de la vengeance et Ben Is Back). Il est excellent dans le rôle de cet adolescent tourmenté entre son désir de conformité, son affection pour ses parents et ses pulsions homosexuelles.

    Le réalisateur nous brosse aussi le portrait de parents (Russel Crowe et Nicole Kidman également parfaits) tiraillés entre leur amour pour leur Jared et leur aveuglement religieux, perdus face à une situation qui les dépasse. Enfin on n’oubliera pas, dans ce constat édifiant et dénué de caricature d’une société d'une rare bigoterie, le personnage de l'affreux directeur du centre, incarné par Joel Edgerton lui-même. Il nous réserve une surprise à la fois de taille, mais qui finalement ne nous surprend pas.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 27 mars

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  • Grand écran: dans "Le mystère Henri Pick", Fabrice Luchini joue au fin limier littéraire avec Camille Cottin

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    5719309.jpgAu cœur de la Bretagne se niche une bibliothèque bretonne unique en son genre dans la mesure où elle ne recueille que des ouvrages refusés par les éditeurs. Delphine (Alice Isaaz), une jeune éditrice en visite chez ses parents en compagnie de son ami écrivain en quête de reconnaissance, y découvre un manuscrit extraordinaire qu'elle décide aussitôt de publier. Le texte, intitulé Les dernières heures d’une histoire d’amour, fait immédiatement le buzz.

    Ce nouveau phénomène littéraire emballe le milieu d’autant qu’il est signé d’Henri Pick, le pizzaïolo local, décédé deux ans plus tôt. Or, selon sa veuve, il n’aurait jamais écrit autre chose que ses listes de courses. Pourtant, elle décide d’y croire. Trouvant l’histoire trop belle, un célèbre critique (Fabrice Luchini), se montre au contraire très sceptique lors d’une émission. Persuadé envers et contre tous qu'il s'agit d'une imposture, il décide de mener l'enquête, avec l'aide inattendue de la propre fille  de l'énigmatique Henri Pick.

    A l'évidence Luchini s'amuse à jouer les fins limiers littéraires avec Camille Cottin. Le tandem fonctionne bien dans cette légère et divertissante comédie policière qui multiplie sans prétention les situations cocasses. Le mystère Henri Pick est librement adapté du livre éponyme de David Foenkinos par Rémi Besanzon. A l’image du romancier, le réalisateur égratigne gentiment le monde littéraire. Il en dénonce les petites magouilles tout en se moquant de la facilité avec laquelle il se laisse berner et tombe dans le piège du marketing.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès le mercredi 6 mars.

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  • Grand écran: "Destroyer" avec Nicole Kidman, méconnaissable en policière détruite

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    maxresdefault.jpgErin Bell, jeune détective au Los Angeles Police Department infiltre un gang de braqueurs dans le désert californien, mais sa mission se termine tragiquement. Des années plus tard, détruite, elle tente sans succès de renouer le contact avec sa fille qu’elle a trop longtemps délaissée et qui la rejette à son tour. Lorsque le chef de la bande réapparaît, elle reprend l’enquête pour comprendre ce qui est arrivé, se défaire de ses démons et enfin régler ses comptes.

    Ce polar noir signé de la réalisatrice Karyn Kusama se veut à la fois insoutenable, finchien, friedkienien, voire ellroyien. Il n’offre en réalité qu’une intrigue criminelle plus molle que glauque, plus confuse qu’énigmatique avec ses allers et retours entre passé et présent. On se trouve face à du déjà vu fade et sans intérêt en l’absence de vrais enjeux.

    Le film se distingue par l'omniprésence de Nicole Kidman. Si elle n’avait pas pris une ride en plus de vingt ans dans Aquaman, changement physique radical dans Destroyer, où elle apparaît méconnaissable en policière déchue, ravagée épar le chagrin et assoiffée de vengeance. Enlaidie, cassée, cafardeuse, désabusée, maigre, le cheveu gris et terne, elle déambule lourdement, la démarche chancelante.

    Malheureusement, elle en rajoute inutilement en mater dolorosa ratée et alcoolique, dont la vie est partie en lambeaux. Une performance exagérée, logiquement boudée par l’Académie des Oscars, pourtant friande de transformations époustouflantes.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 6 mars.

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  • Grand écran: "Stan & Ollie" fait revivre le duo comique iconique. Tendre et touchant

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    stan-ollie-still-2.jpegAvec Buster Keaton et Charlie Chaplin, le duo iconique Stan Laurel et Oliver Hardy, comptant plus d’une centaine de films en 25 ans de carrière, ont incarné l’âge d’or du cinéma muet, mais également les débuts du parlant, devenant des vedettes mondiales dans les années trente.

    John S. Baird, premier cinéaste à s’attaquer au tandem, rend hommage, avec Stan & Ollie, à ces deux mythes qui ont raccroché leurs fameux melons noirs il y a 60 ans. Il n’évoque toutefois pas les monstres sacrés au sommet de la gloire mais se concentre, dans ce dernier tour de piste tragicomique, sur leur relation exceptionnelle, leur amitié indéfectible en dépit d’une brouille passagère, et une fin de carrière tristounette.

    Nous sommes en 1953. En ce qui concerne Laurel et Hardy, Hollywood les a mis au rancart depuis quelques années. Mais les deux partenaires s’accrochent et décident de se lancer dans une tournée à travers l’Angleterre. Vieillis, fatigués et oubliés des jeunes, nos sexagénaires peinent au début à remplir les salles. Mais leur capacité à se réinventer leur permettra de renouer avec le succès. Et surtout de réaliser à quel point ils comptaient l’un pour l’autre.

    Affectueux, tendre, John S., Baird pose un regard mélancolique et drôle sur ces deux légendes et leur univers à travers un biopic de facture certes classique mais très réussi, où il multiplie les gags et les trouvailles. Il est tellement soigné qu’avec un peu d’imagination, on se croirait dans un vrai Laurel et Hardy.

    Il faut dire que le film, qui évoque également le temps qui passe et la condition de l’artiste, est remarquablement servi par l’étonnante interprétation des comédiens. John C. Reilly est hallucinant de ressemblance avec Oliver, dont il emprunte le physique ingrat et le côté bonhomme.

    De son côté, le bluffant Steve Coogan incarne le petit et candide Laurel, cerveau britannique artistique du couple sans cesse bousculé par son gros compagnon américain. Qui sait pourtant se montrer d’une rare légèreté lorsqu’il se met à danser.

    Tous deux font ainsi revivre à la perfection, mais presque trop brièvement, l’inénarrable duo sur scène et dans la vie. A cet égard, on saluera la prestation de Shirley Hendersen et Nina Arianda, irrésistibles dans le rôle des épouses acariâtres surveillant de près nos deux compères.

    A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 6 mars.

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  • Grand écran: Juliette Binoche, excellente, triche sur Facebook dans "Celle que vous croyez"

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    celle_que_vous_croyez_photo_2diaphana_films-1-1600x844.jpgProfesseur de littérature comparée à l’université, l’érudite Claire Millaud (Juliette Binoche), la cinquantaine, est quittée par son mari pour une plus jeune. Humiliée, désabusée et triste, elle prend un amant, Ludo. Pour l’épier, elle crée un faux profil sur Facebook, où, sans se préoccuper des conséquences de cette supercherie, elle s’imagine dans la peau d’une superbe Clara de 24 ans qui ne tarde pas à séduire un garçon de son âge, Alex (François Civil), l’ami de Ludo.

    Non seulement Claire retrouve la joie de vivre, mais tombe véritablement et follement amoureuse de lui. Problème, il insiste pour la rencontrer en chair et en os. Un film bien dans l’air du temps, adapté par Safy Nebbou du roman éponyme de Camille Laurens. Le réalisateur français construit un film gigogne à la manière d’une poupée russe, proposant un récit à la fois éclaté et très structuré mêlant de façon assez vertigineuse le réel et le virtuel. Superposant ainsi plusieurs thèmes.

    Tout en illustrant, dans un dispositif narratif astucieux et efficace, les tentations et les addictions qui se jouent sur les réseaux sociaux dont il analyse le pouvoir d’imposture, il évoque la barrière de l’âge et du langage, la place de femmes qui deviennent invisibles dans une société où règne le jeunisme. L’ensemble complété par le face à face, sorte de fil conducteur entre Claire et une psy (Nicole Garcia)

    Safy Nebbou nous balade ainsi entre mensonge et vérité, fantasme et passion, culpabilité et désir, peur de l’abandon et obsession, dans un film qui oscille entre le thriller aux rebondissements inattendus, la chronique sociale et la romance. Juliette Binoche est formidable en quinqua qui se met à nu et en danger, sans maquillage, complexe, multiple, amoureuse, meurtrie, paumée.

    Tour à tour exaltée et dépressive, manipulatrice au bord du précipice, elle est obligée de tricher en plus en plus au fur et à mesure que l’intrigue avance. Très crédible de l’autre côté du divan, Nicole Garcia séduit tout autant en thérapeute à la fois empathique, intriguée et émue par les confessions de sa patiente.

    nebbou_safy.jpg«J’ai tout de suite vu un film dans le roman»

    Safy Nebbou, pas spécialement accro aux réseaux sociaux mais reconnaissant qu’ils peuvent rapidement devenir chronophages, a d’abord été interloqué en découvrant le pitch du roman de Camille Laurens. Puis carrément emballé en le lisant. «J’ai adoré. Il est très intelligemment construit. Tellement d’ailleurs, que nous avons simplement suivi sa logique».

    Il a immédiatement vu un film dans cette relation basée sur le mensonge. «Une histoire terrible et dysfonctionnelle, une spirale où s’enferme une femme, mais qui paradoxalement la libère. Du point de vue structurel, tout est dans le dosage. Il faut emporter le spectateur, le projeter dans la spirale en évitant les pièges».

    L’auteur connaissait un peu Juliette Binoche. «On s’est rencontré dans un jury et on a sympathisé. Je l’admire énormément. C’est une de nos plus grandes actrices. Il y en a peu qui auraient accepté de se mettre ainsi à nu, en danger. En abîme pour tout dire. Après Dans les forêts de Sibérie, je tenais de surcroît à faire un film avec une héroïne. Juliette était parfaite».

    S’il se montre fidèle à Camille Laurens, Safy Nebbou avoue une petite trahison. «Dans le livre, le psy est un homme. Mais en choisissant une femme, j’avais envie d’un effet miroir. Nicole Garcia est une excellente comédienne. Je la trouve très crédible dans la fonction. Les deux n’avaient jamais tourné ensemble, mais le duo s’est formé tout naturellement, dans la délicatesse».

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 6 mars.

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  • Grand écran: "My Little One", retrouvailles d'un trio amoureux dans un huis-clos désertique

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    topelement.jpgAlex et Bernardo (Vincent Bonillo et Mathieu Demy) ont la quarantaine. Alors qu’ils ont été les meilleurs amis du monde, ils ne se parlent plus, leurs chemins s’étant séparés depuis longtemps. Le premier s’est installé à Paris et le second, père de deux enfants, a ouvert un cabinet d’architecture à Genève Mais d’un coup, ils se retrouvent à un arrêt de bus dans le désert de l’Arizona, en territoire navajo.

    Ils ont répondu à l’appel urgent de Jade (étonnante Anna Mouglalis), une femme qu’ils ont tous les deux follement aimée et dont la présence ne les a jamais quittés. Mère d’une fille de dix ans, elle vit loin de tout, en marge de la société. Ces retrouvailles inattendues qui les confrontent à une dure réalité, vont complètement les chambouler.

    My Little One est signé des Suisses Frédéric Choffat et Julie Gilbet, à qui l’on doit La vraie vie est ailleurs et Mangrove. On retrouve des thèmes qui font l’essence de leur oeuvres, comme le déracinement, l’exil, la terre. Un souffle de liberté imprègne par ailleurs leur nouveau film.

    Une liberté qu’est censée incarner Jade, une femme rock, sauvage, forte, mystérieuse. Elle a retrouvé un foyer dans cette réserve où elle vit comme elle l’entend, à l’instar de sa fille Frida (Ruby Matenko), qu'elle a élevée selon ses propres règles. Elle en a fait une gamine sauvage, insoumise et farouche. Trop pour véritablement convaincre dans ce huis-clos désertique en forme de voyage spirituel vers l’oubli, dont on retiendra surtout la belle photo et les magnifiques paysages.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 27 mars.

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  • Grand écran: "Jusqu'ici tout va bien", des bobos parisiens en banlieue pour vaincre les préjugés...

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    Jusqu-ici-tout-va-bien-la-banlieue-c-est-si-rose.jpgDu Lellouche à la louche ces temps, derrière ou devant la caméra. Après Le Grand Bain, Pupille et avant Nous finirons ensemble, la suite des Petits mouchoirs qui doit sortir en mai, le voici dans le rôle du boss dans Jusqu’ici tout va bien, une comédie sociale de Mohamed Hamidi.

    Suite à un contrôle fiscal rigoureux, Fred Bartel (Gilles Lellouche), le patron de Happy Few, une boîte de com' parisienne branchée, est contraint soit de payer une lourde amende, soit de délocaliser illico presto sa petite entreprise à La Courneuve, en zone franche. Ce qu’il décide de faire avec ses employés.

    Histoire d’adoucir le choc des cultures, Fred a recours à Samy (Malik Bentalha), un jeune maître-chien du coin débrouillard, qui va filer aux bobos les codes de leur nouvel environnement. A chacun donc de s’adapter en jouant la carte de la solidarité pour tenter de mettre fin aux idées préconçues et briser les tabous.

    Jusqu’ici tout va bien fait évidemment référence à La Haine de Mathieu Kassovitz, vingt-cinq ans après. Mais gare à l’atterrissage… Dans sa volonté de se moquer des clichés, Mohamed Hamidi, l’auteur de La vache a plutôt tendance à les entretenir. Par ailleurs, si les comédiens font le job et que l’ensemble se révèle moins laborieux que le pitch le laissait penser, le réalisateur est assez loin de révolutionner le genre dans ce nouveau film sur la banlieue.

    Il faut le dire vite dans la mesure où on reste quand même en deça du périphérique. Certes Hamidi n’élude pas complètement les problèmes de drogue, la violence ou l’insécurité, mais il s’attache avant tout à positiver au maximum en montrant le côté chaleureux de l'endroit. Du coup La Courneuve devient quasiment un lieu formidable, avec plein de gens bien, de jeunes décidés à s'en sortir par les études ou le travail, et où même les parrains trafiquants régnant sur la Cité ne sont pas si méchants que ça!

    Et c’est parti pour la métamorphose. A l’image de Gilles Lellouche, personnage au départ cynique et stressé qui vire au patron sympa et dynamique, toute l’équipe change complètement sa vision négative de la banlieue, nous embarquant dans une comédie pas toujours drôle, encore alourdie par un happy end des plus convenu. Pas sûr que ces meilleures intentions contribuent franchement à réduire la fracture sociale…

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 27 février.

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  • Grand écran: "Marie reine d'Ecosse", duel au sommet fatal entre deux souveraines

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    image.jpgAprès La Favorite de Yorgos Lanthimos, justement récompensé aux Oscars par le prix d’interprétation décerné à la remarquable Olivia Colman, on reste deux siècles plus tôt, à la cour, entre femmes, et dans la course au pouvoir avec Marie, reine d’Ecosse.

    Son destin chaotique, exceptionnel et tragique n’a cessé de fasciner romanciers et cinéastes, notamment le SuisseThomas Imbach qui a adapté le roman de Stefan Zweig, Couronnée à neuf mois, mariée à 16 ans au roi de France, veuve sans descendance à 18 ans et exécutée à 44 ans, le 8 février 1587 après 19 ans de captivité, elle a cette fois inspiré la Britannique Josie Rourke venue du théâtre, pour son premier passage derrière la caméra.

    Le film ouvre et se termine par la décapitation de la charismatique souveraine, provocante jusqu’au bout dans une robe rouge sang, mais l’histoire commence en 1561. Marie Stuart (Saoirse Ronan diaphane) rentre en Ecosse pour réclamer son trône après 12 ans passés en France et entretient une correspondance avec Elizabeth, reine d’Angleterre (Margot Robbie, qui a accepté de s’enlaidir) pour maintenir de bonnes relations. Mais les ambitions de Marie, qui lorgne la couronne de sa puissante cousine, lui seront fatales.

    Rivales en politique et en amour

    Sur fond de bagarres entre protestants et catholiques, entre Anglais et Ecossais, Josie Rourke propose un film historique féministe ambitieux où ses deux héroïnes, sœurs ennemies, rivales en politique et en amour, se déchirant autour d’un royaume, entretiennent une relation complexe.

    Parfaitement incarnées par les deux comédiennes, elles se livrent un duel au sommet à distance, convergeant vers un unique et long face à face dans une blanchisserie, tout en affrontant trahisons, manipulations et complots masculins destinés à leur montrer où est véritablement leur place.

    Sa mise en scène est assez conventionnelle, mais Josie Rourke, très tendance, décrit ainsi la difficulté d’être une femme, reine de surcroît, dans une société réglée par et pour les hommes. Du coup ils se révèlent tous aussi fourbes que lâches sous le regard manichéen de la réalisatrice qui a par ailleurs tendance à béatifier une Marie Stuart, devenue la grande victime d’une vaste conspiration.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 27 février.

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  • Grand écran: "Grâce à Dieu", film choc sur la parole pour briser le silence de l'Eglise

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    B9718622259Z.1_20190218130432_000+GSDD0IEJM.1-0.jpgBien qu’il ne révèle rien que l’on ne sache déjà, tout ayant déjà été publié, Grâce à Dieu de François Ozon sur le scandale de pédophilie dans l’Eglise lyonnaise, se trouvait sous la menace de deux assignations. Mais lundi, la justice a donné son feu vert à la sortie du film mercredi en salles, nonobstant la demande de report du prêtre Preynat, accusé d’agressions sexuelles sur des enfants, mais pas encore jugé.  

    Elle estime que la présomption d’innocence du père n’est pas bafouée, en raison de l’insert d’un carton le signalant en fin de générique. Par ailleurs mardi, Régine Maire, ex-membre du diocèse de Lyon qui exigeait que son nom soit retiré du film, a aussi perdu la partie. 

    «Grâce à Dieu, tous ces faits sont prescrits!» avait lancé le cardinal Philippe Barbarin lors d'une conférence de presse à Lourdes, en avril 2016, faisant allusion à ces abus. François Ozon s’est emparé de l’ignominie. 

     

    francois-ozon-a-obtenu-l-ours-d-argent-de-la-berlinale-pour_4424298_540x269p.jpgAuteur important, prolifique, éclectique (L’amant double, Frantz, Jeune et jolie, Une nouvelle amie, Potiche, Sous le sableHuit femmes, Gouttes d’eau sur pierres brûlantes, Le temps qui reste…), il signe un film fort, politique, engagé. C’est l’un de ses meilleurs, sinon le meilleur. Il a décroché le Grand prix du jury à la Berlinale.

    Un long combat vers la vérité

    Alexandre vit à Lyon avec sa femme et sa nombreuse progéniture, Un jour, il découvre par hasard que le prêtre qui a abusé de lui aux scouts officie toujours auprès de gamins. Il se lance alors dans un long combat pour faire éclater la vérité. Patient face à Barbarin qui l’enjoint à ne pas ressasser le passé. Sourd aux critiques acerbes de sa mère qui lui reproche d’avoir toujours été doué pour remuer la merde. Il est bientôt rejoint par deux autres victimes du prêtre, pour dire ce qu’ils ont subi. Dans Grâce à Dieu, François se penche ainsi sur la naissance de l’association La Parole libérée, qui a révélé le scandale. Au centre, le sinistre père Preynat, 72 ans, mis en examen pour des abus sexuels commis en 1980 et 1990 sur de jeunes scouts.

    le-film-sera-projete-en-avant-premiere-mardi-19-fevrier-a-chalon-1550502609.jpgLe point de vue des victimes

    L’affaire  atteint le cardinal Philippe Barbarin, accusé avec cinq anciens membres du diocèse lyonnais de non-dénonciation de ces crimes. Rappelons qu’Il est passé en jugement en janvier dernier et son sort sera connu le 7 mars prochain. Mais aucune condamnation n’a été requise contre lui. 

    Concentré avant tout sur l’humain, le film adopte le point de vue de trois victimes, Alexandre, François, et Emmanuel, des hommes fragilisés dont il brosse le portrait. Portés par leur désir de reconstruction, fermement décidés à rompre le silence, ils sont formidablement incarnés par Melvil Poupaud, Denis Ménochet et Swann Arlaud (photo). 

    Sans se placer du point de vue judiciaire, François Ozon se livre à une véritable  enquête auprès de l’association. Sa démarche n’est pas sans rappeler celle de l’équipe d’investigation du Boston Globe dans Spotlight, qui a permis de mettre au jour un scandale sans précédent d’abus sexuels au sein de l’Eglise catholique. Sauf que chez Ozon ce ne sont pas les journalistes qui dénoncent, mais les victimes qui accusent. 

    1517909.jpg-r_1280_720-f_jpg-q_x-xxyxx.jpgUn drame en trois actes

    Impressionnant de maîtrise dans sa mise en scène, dans sa précision documentaire, François Ozon propose un drame palpitant qui se déroule en trois mouvements, chacun s’adaptant à la personnalité de son protagoniste. Les trois jouent ainsi successivement leur propre partition, le réalisateur ne craignant pas, par exemple, pas de perdre le premier, Alexandre, au  bout de 45 minutes, le laissant passer le relais au suivant. 

    Avec ce film sur la libération de la parole pour briser l’omerta et l’inaction des autorités religieuses, François Ozon nous emporte, nous bouleverse, nous tient en haleine, tout en évitant le pathos, la pesanteur, l’excès d’indignation forcément inhérents au sujet. Un tour de force, un exploit, bref, un film à voir absolument.

    A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 20 février.

     

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