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18/05/2014

Festival de Cannes: "Saint Laurent" de Bonello montre YSL en proie à ses démons

Très attendu en compétition, Saint Lstlaurent[1].jpgaurent de Bertrand Bonello, sorti quelques mois après celui de Jalil Lespert, tient ses promesses. Mais comparaison n'est pas raison d'autant qu'une constatation s'impose: si celui de Lespert était un film d’acteurs (les excellents Pierre Niney et Guillaume Galienne), celui de Bonello est un film de réalisateur à la mise en scène sophistiquée faite de contrastes, d’allers et retours dans le temps, de montage en split-screen.

A gauche de l’écran par exemple se succèdent des images d’actualité, Mai 68, guerre du Vietnam, de Gaulle, tandis qu’à droite les mannequins descendent les marches de la maison de couture avec les dates des collections qui s‘inscrivent.

En outre, alors que Lespert se concentrait sur l’histoire d’amour entre YSL et Pierre Bergé, son compagnon pendant plus de cinquante ans, l’auteur de L’Apollonide, s’est plus particulièrement penché, avec la complicité de Gaspard Ulliel et de Jérémie Renier, sur la période 1965-1976. La décennie la plus riche en terme de mode et de vie du héros de l’histoire.

Grandeur et décadence
 
Elle montre YSL professionnellement au sommet de son génie et de sa gloire, qui vient de sortir la collection  Mondrian, va créer le fameux smoking pour femmes et un parfum. Mais, en proie à ses tourments existentiels et aux démons qui le rongent, il tombe sur le plan personnel.
 
Le film ouvre en 1974. On voit de dos une silhouette descendre dans un hôtel. Yves Saint Laurent prend une chambre sous le nom de Swann, téléphone à un journaliste et lui raconte sa dépression pendant son service militaire, sa cure d’électrochocs et sa dépendance aux drogues.
 
la-production-de-saint-laurent-de-bertrand-bonello-repoussee,M108198[1].jpgOn pense alors se diriger droit vers le biopic avec fllash back à l'appui. Sauf que ce n’est pas du tout cela. Il ne s'agit pas non plus à proprement parler d'un processus de création même si on voit relativement fréquemment Saint Laurent dessiner. Parfois fiévreusement. Il est également, outre quelques défilés spectaculaires, assez peu question de mode. En fait, qui ne connaît pas le grand couturier, n’en saura pas vraiment davantage au bout de 2h30. Une longueur qui se fait parfois un peu sentir.

Entre aventures, shoot et partouzes homos
 
Il existe par ailleurs un aspect côté documentaire dans cet opus montrant les couturières et les petites mains au travail, la rigueur hiérarchique qui règne dans l’atelier, tandis qu’Yves Saint Laurent s’étourdit dans le monde de la nuit. Ce qui permet à Bonello d’insister sur ses aventures sexuelles et notamment sa relation sulfureuse avec le dandy Jacques de Bascher.

En pleine autodestruction, YSL erre avec son amant du moment en quête d’aventures, se shootant aux médicaments ou se perdant dans des partouzes homos, laissé inconscient et blessé sur un chantier où vient le récupérer Pierre Bergé au petit matin. 
 
Gaspard Ulliel est formidable
 
C’est un Louis Garrel plutôt torride qui se glisse dans la peau de Jacques de Basher. Quant à Gaspard Ulliel, il est formidable. Un candidat sérieux au prix d’interprétation. Evitant le mimétisme et l’imitation, il ne cherche pas à être Saint Laurent mais se révèle juste et vrai dans la voix, la démarche, la gestuelle, On n’en dira pas autant de Jérémie Renier, qui se révèle moins bon que Guillaume Gallienne chez Jalil Lespert. Assez logiquement dans la mesure où il est réduit, à quelques exceptions près, au rôle ingrat de businessman froid que lui a assigné Bertrand Bonello.
 
On connaît la polémique entourant les deux opus. Celui de Lespert est adoubé par Pierre Bergé qui détient un droit moral sur l’œuvre d’YSL. En revanche il n’a pas donné son approbation à l’adaptation de Bertrand Bonello. Une question évidemment posée au cinéaste lors de la conférence de presse. «Je n’ai pas vu l’autre film, dont le projet était postérieur. Je me suis concentré sur le mien et pris la liberté de faire ce dont j’avais envie », a-t-il déclaré en substance, son producteur ajoutant que «le film de Lespert nous a libéré du biopic traditionnel ».

 

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17/05/2014

Festival de Cannes. "Timbuktu", une ville prisonnière des djihadistes. Le choc

imagesCANPSPVW.jpgAprès l’insipide, sinon affligeant Grace de Monaco, descendu par la critique, on est passé aux choses sérieuses. Et subi un choc avec le premier film en compétition Timbuktu du Mauritanien  Abderrahmane Sissako qui lui, au contraire, semble faire l’unanimité sur la Croisette.

Il a planté sa caméra à Tombouctou pour raconter le quotidien infernal de cette ville tombée aux mains des djihadistes. A travers les yeux de Kidane, menant jusqu'ici une vie simple et heureuse sous sa tente en compagnie de sa femme et de sa fille, il nous laisse éprouver la terreur que font régner des extrémistes religieux parcourant les rues armés de kalachnikov. D’une redoutable bêtise, ils représentent les nouveaux visages de l’obscurantisme.

Les interdictions pleuvent. Pas de musique, pas de cigarettes, pas de rires, pas de football, pas de flânerie.  Les hommes sont forcés de retrousser leurs pantalons, les femmes contraintes de porter non seulement le voile, mais des gants et des chaussettes.

Tout manquement signifie mort ou torture décrétée par de ridicules juges siégeant dans des tribunaux improvisés au terme de simulacres de procès. D’où des images insoutenables d’un couple lapidé ou d’une jeune femme ayant commis l’’imprudence de chanter condamnée à quarante coups de fouets. Et qui hurle de douleur au milieu du désert.

Dans ce film dénonçant les atteintes aux libertés et aux droits de l’homme, l’auteur de Bamako, son précédent long-métrage, réussit à éviter le piège du manichéisme et du pathos, allant jusqu’à se permettre quelques notes d’humour. A la violence des hommes et des situations, il mêle des moments de douceur, de poésie, de somptuosité des paysages. Ou encore de grâce bafouée, comme cette gazelle traquée, galopant dans les dunes en ne sachant comment échapper aux bourreaux.  

Timbuktu  figure parmi les outsiders. Mais de cette fable en forme de pamphlet, on ressort bouleversé par un propos d’une brûlante et cruelle actualité.

Un Mike Leigh peu enthousiasmant en dépit de sa beauté

images[3].jpgGrand cinéaste britannique, Palme d’Or en 1996 pour Secrets et mensonges, Mike Leigh revient pour la cinquième fois en compétition avec Mr Turner, précurseur des impressionnistes. Evoquant les 25 dernières années de celui qui fut surnommé le peintre de la lumière, il capte ses deux visages. Celui d’un artiste visionnaire et celui de l’homme « très mortel » personnage complexe et tourmenté, dévoré par son art et par ses blessures.

Ce personnage hors normes, autodidacte instinctif à la fois rustre et doté de grandes capacités intellectuelles était victime, en dépit de sa célébrité, de sarcasmes et de  railleries venant à la fois du public et de l’establishment. Il avait notamment de grosses difficultés à s’exprimer. Au lieu de parler il grognait, déclarait en conférence de presse l’acteur Timothy Spall (photo) qui a enfilé le costume de l’artiste et qui se trouve déjà parmi les favoris dans la course au prix d’interprétation. Il s’est amusé à se comparer à Turner en se qualifiant également de drôle de gros petit bonhomme.

Malgré son talent, les qualités formelles et visuelles de cette œuvre ambitieuse, on peine toutefois à s’enthousiasmer véritablement. Mike Leigh a tendance à ronronner dans ce portrait classique et un peu trop calibré cannois pour surprendre.

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15/05/2014

Festival de Cannes: de Nicole Kidman à Jane Campion, la Croisette en effervescence

nicole-kidman-est-grace-de-monaco-99807_w1000[1].jpgLes voitures roulent pare-chocs contre pare-chocs, les piétons envahissent les trottoirs, Lambert Wilson se cherche une cool attitude pour son rôle de maître de cérémonie et le beau Mastroianni, regardant par-dessus ses lunettes noires, trône sur d’immenses affiches de 300m2, ornant les façades du Palais.

En plus petit, il décore les vitrines de toutes les boutiques et devantures des restaurants, tandis que 17 stars internationales, de Scorsese à Natalie Portman, immortalisées par les photographes de l’agence Getty, s’exhibent sur les murs de la ville.

Côté cinéma, c’était la bousculade des grands jours. Sans surprise Nicole Kidman avait rameuté une foule immense avide de suivre la conférence de presse qui suivait la projection, sifflée par les journalistes, de Grace de Monaco, présenté hors compétition.

Impatiemment attendue pendant plus d’une heure par les "happy few" ayant décroché un siège, la star, glamourissime, a fait son entrée. Robe blanche fluide, longs cheveux blonds ondulés, teint de porcelaine pour un visage illuminé au rouge baiser éclatant. Entre Cannes et elle, c’est une histoire d’amour. « Il y a dix ans que je viens ici. Ma carrière est marquée par ce festival. Lorsque j’étais membre du jury, en 2013, j’ai vécu la quinzaine la plus fabuleuse de mon existence ».

Aujourd’hui, elle défend le long-métrage d’Olivier Dahan auquel elle aurait évidemment donné la Palme d'Or si elle avait œuvré dans cette 67e édition aux côtés de la présidente Jane Camion. Vu la qualité contestable de l'opus, il n'est pourtant pas sûr qu'elle eût réussi à convaincre ses petits camarades Rappelons que l’opus tendant parfois au ridicule en frisant l’outrance, évoque la période particulière où Grace Kelly a dû choisir entre rentrer à Hollywood pour tourner Marnie sous la direction d’Alfred Hitchcock et rester Altesse Sérénissime sur le Rocher. Tandis que le général de Gaulle menace d’annexer Monaco.

Proche de la star devenue princesse

Pour Nicole Kidman, ce rôle fut un énorme défi à relever. "Cela m’a donné la chair de poule. Je cherche des films de ce genre et c’était le cas". Elle a eu cinq mois pour se documenter. "J’ai écouté la voix de Grace, consulté beaucoup d’archives. J’ai vu nombre de ses films dont ceux réalisés par Hitchcock. Mon préféré est Fenêtre sur cour. Mais si je me suis glissée dans la peau de cette femme, il était important de ne pas me sentir piégée par elle". 

"L’amour est une émotion fondamentale"

La comédienne se sent proche de l’actrice devenue princesse. "Elle a choisi l’amour. Beaucoup de personnes le font. C’était une grande star américaine, mais elle voulait se marier, fonder une famille. Je comprends sa décision. En même temps, quand on a une passion comme la sienne on est poussé vers sa carrière et c’est difficile de s’en éloigner. J’ai des points communs avec elle, dans la mesure où je me pose les mêmes questions. Sauf que je n’ai pas épousé un prince…  (le chanteur Keith Urban)".
 
Bien qu’elle n’y ait jamais été contrainte, Nicole Kidman pourrait elle aussi envisager de mettre un terme à sa carrière au profit de sa vie privée. "L’amour est l’émotion la plus fondamentale. Lorsque j’ai eu mon Oscar (pour The Hours), j’ai vécu une période d’extrême solitude. J’étais au sommet professionnellement, mais au creux le plus profond sur le plan personnel. Et puis, quand on a des enfants, tout change et on remet tout en place. 

Interrogée sur la polémique entourant le film et entretenue par Albert, Caroline et Stéphanie qui refusent de le voir, Nicole Kidman affirme être attristée par la controverse tout en comprenant la réaction des enfants de Grace et de Rainier. "Ce sont leur père et de leur mère. C’est normal qu’ils veuillent garder une certaine discrétion. Mais il ne s’agit pas d’une critique envers le prince. Si on a pris des libertés avec la réalité, on a tourné avec beaucoup de respect et d’amour pour la famille Grimaldi".

images[6].jpgJane Campion entre ses girls and ses boys

Pas de répit pour les braves. On a enchainé avec la conférence du jury. La présidente Jane Campion s’est montrée en compagnie de ses quatre girls et de ses quatre boys. Mais ne dérogeant pas à l'habitude, ni les filles ni les garçons, n’ont fait preuve d’une folle originalité.

Tous, boss compris, se sont en gros déclarés heureux, fiers et honorés d’être là. Et ont promis le silence radio jusqu’à la remise des prix le 24 mai. On n’en attendait franchement pas moins…

 

 

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14/05/2014

Festival de Cannes: c'est parti pour douze jours de célébration du cinéma

original[1].jpgEn ouverture de cette 67e édition, Grace de Monaco d’Olivier Dahan, le réalisateur de La môme. Le film, qui fait polémique en provoquant l’ire d’Albert, Caroline et Stéphanie, est centré sur une période de la vie de Grace Kelly, au sommet de sa gloire lorsqu’elle épouse le prince Rainier en 1956.

Six ans plus tard, alors que le couple connaît des difficultés, Alfred Hitchcock propose à l’une de ses égéries de rentrer à Hollywood pour jouer dans Marnie. Le rôle sera finalement dévolu à Tippi Hedren.

En effet, au même moment, le général de Gaulle menace d’annexer la principauté. Déchirée entre son amour du cinéma et son devoir envers la principauté, Grace repousse l’offre du grand Hitch et reste sur le Rocher. Nicole Kidman incarne l’actrice devenue Altesse Sérénissime, tandis que Tim Roth se glisse dans la peau de Rainier. 

Si la première se révèle convaincante, on n’en dira pas autant du second. Mais ce n’est pas la seule fausse note dans ce «biopic» frisant parfois le ridicule ou basculant dans l’outrance. On est pas loin de se croire au bord de la Troisième Guerre mondiale avec menace d'entrée de tanks dans les rues de Monaco…

Stars, glamour et surprises en compétition

Mais penchons-nous plutôt sur la compétition, colonne vertébrale du festival, avec des stars, du glamour, des surprises, de l'exigence pour les dix-huit films qui visent la récompense suprême. Le  concours, qui voit le retour de Jean-Luc Godard, avec un film tourné en 3D Adieu au langage, est marqué, selon le directeur artistique Thierry Frémeaux,  par une "certaine audace" et où "le classicisme côtoie la modernité".


Parmi  les auteurs attendus, le prodige québécois Xavier Dolan, un habitué de la Croisette mais prétendant pour la première fois propose Mommy, l’histoire d’une femme qui hérite de la garde d’un enfant difficile ayant déjà fait le tour des institutions. De son côté, le Français Bertrand Bonello, rival de Jalil Lespert dans la guéguerre censée les opposer, présente son Saint-Laurent. Il raconte, entre 1965 et 1976, la décade prodigieuse du célèbre couturier sur le plan artistique et sa chute sur le plan personnel. Avec Gaspard Ulliel et Jérémie Rénier.
 
Tandis que deux femmes s’alignent en concours, la Japonaise Naomi Kawase (Deux fenêtres) et l’Italienne Alice Rohrwacher (La merveille), le Canadien Atom Egoyan revient avec Captives. Quant aux frères Dardenne, choisis pour Deux jours, une nuit, ils sont en mesure de battre le record de Palmes d’Or. En vedette dans le film social des deux Belges, Marion Cotillard dans un changement radical de registre..
 
Mais il faudra compter avec d’autres valeurs sûres comme le Canadien David Cronenberg (Maps to the stars), les Britanniques Mike Leigh (Mr Turner) Ken Loach (Jimmy,s Hall), les Français Olivier Assayas (Sils Maria) et Michel Hazanavicius (The Search) dont on rappelle le carton aux Oscars et aux Césars avec The Artist. Sans oublier le prix d’interprétation sur la Croisette pour son héros Jean Dujardin.
 
A noter également, neuf ans après son premier film Trois enterrements qui lui avait valu un prix d’interprétation, la réapparition de Tommy Lee Jones, derrière et devant la caméra, avec un western dans la plus grande tradition du genre, The Homesman, où Hilary Swank lui sauve la vie. On y rencontre aussi Meryl Streep dans un second rôle.

Pour juger tous ces réalisateurs un jury présidé par la Néo-Zélandaise Jane Campion. Composé de neuf membres, il compte quatre autres femmes, dont la Française Carole Bouquet et l’Américaine Sofia Coppola.  

 

09:53 Publié dans Cannes dans Chassé-Croisette | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | | Pin it! |

24/05/2010

Un jury audacieux pour une première Palme d'Or thaïlandaise

J’en avais émis l’hypothèse sans trop y croire. Et pourtant, ça y est. L’ovni d’Apichatpong Weerasethakul a décroché la première Palme d’Or thaïlandaise, face à l’ennuyeux «Another Year» de Mike Leigh, encensé par la critique, mais seul  hyperfavori finalement reparti les mains vides. Preuve qu’il fallait faire davantage confiance à l’audacieux Tim Burton.

Logique dans le fond. Le cinéaste qui nous a enchantés  avec «Edward aux mains d’argent» ne pouvait qu’être sensible aux scènes parfois délirantes du beau, surnaturel et poétique «Oncle Boonmee celui qui se souvient de ses vies antérieures» . Le genre d’opus exigeant et non commercial qu’on s’attend à découvrir dans le plus important festival de cinéma du monde. Cannes avait d’ailleurs déjà donné un prix à Weerasethakul en 2004 pour «Tropical Malady». Reste désormais à espérer qu’ "Oncle Boonmee »  délie le portemonnaie des acheteurs…

Autre première avec le prix du jury attribué au Tchadien Mahamat-Saleh Haroun pour "Un homme qui crie". Dans un pays dévasté par la guerre civile, le réalisateur évoque la relation père-fils en plein conflit. Une fable intemporelle et universelle à la mise en scène épurée.

Binoche, Beauvois, Amalric, les Français cartonnent

Le reste du palmarès est conforme aux prévisions.  «Des hommes et des dieux» de Xavier Beauvois, racontant les derniers jours de sept moines trappistes français massacrés en Algérie en 1996, a obtenu le Grand Prix du jury. L’auteur n’en revenait toujours pas une demi-heure après. « C’est un tel bonheur que je vais vous dire n’importe quoi. Je ne suis pas dans mon état normal. J’ai peur de me réveiller… »

Quant à «Biutiful» d’Alejandro Gonzales Inarritu, également dans les préférés, il est récompensé à travers Javier Bardem, sacré meilleur acteur. Ex-aequo et j'en suis ravie, l’Italien Elio Germano pour «La Nostra Vita» de Daniele Luchetti. Détruit par la mort de sa femme, Claudio va rageusement affronter l’injustice intime et sociale qui le touche.  Elio Germano a dédié son prix à l’Italie et aux Italiens qui font tout pour améliorer le pays malgré la classe dirigeante. Berlusconi ne lui dit pas merci…

Côté féminin, c’était  du tout cuit pour Juliette Binoche, juste menacée par Lesley Manville, l’héroïne dépressive et hystérique de Mike Leigh. Emue aux larmes,  comme toujours, l’actrice française de «Copie conforme» réalisé par Abbas Kiarostami a affirmé croire à l’amour, remercié du fond du cœur les hommes qui l’ont aimée et su la supporter, avant de montrer une pancarte au nom de Jafar Panahi, le cinéaste emprisonné en Iran.

J’avais aussi un peu misé sur le délicat "Poetry" de  Lee Chang-dong et sa craquante mamie passionnée de vers. Il emporte le prix du scénario. Enfin, Mathieu Amalric, que j’avais oublié dans mes pronostics en raison de son passage en tout début de festival, a gagné celui de la mise en scène pour «Tournée». Derrière et devant la caméra, il revisite l’univers du striptease avec des filles aussi déjantées que plantureuses et décomplexées. Un spectacle «new burlesque extravagant» qui devait à l’évidence titiller Tim Burton et se complices.

N’oublions pas Carlos

Toutes ces médailles ne doivent pas occulter le fait que Cannes 2010 n’a pas décoiffé la Croisette. Honnête mais un rien mou. Du moins en ce qui concerne la compétition. Et comme d’habitude, quelques perles méritant amplement d’y être, se nichaient dans les sections parallèles.

Sans oublier l’un des plus formidables moments du marathon cannois, la présentation de «Carlos», signé Olivier Assayas. Une époustouflante fresque de 5h33 sur les traces du terroriste international, magnifiquement interprété par Edgar Ramirez, que seuls les festivaliers ont eu la chance de voir intégralement sur grand écran. Ce passionnant film politique a été bêtement mis hors concours pour cause de «produit télé». C’eût pourtant été une belle Palme d’Or.

 

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23/05/2010

Palmarès cannois: un ovni thaï délirant pour détrôner le Britanique Mike Leigh?

L’an dernier les choses étaient claires, deux perles, « Le ruban blanc » de Michael Haneke et « Un prophète » de Jacques Audiard, se détachant nettement du reste de la compétition. Cette année, c’est un peu la bouteille à encre sur la Croisette. De bons films, mais pas de ceux qui vous scotchent au fauteuil. Signe d’un  cru honnête, sans éclat en somme. Du coup, côté Palme d’Or, je suis bien empruntée. S’il ne tenait qu’à moi,  il n’y en aurait pas.
Mais puisqu’il faut en donner une, je pencherais pour un cinéaste dont le nom file des sueurs froides aux gens de radio et de télévision. Apichatpong Weerasethakul. Tout comme le titre de l’œuvre: « Oncle Boonmee celui qui se souvient de ses vies antérieures ». Un ovni magique, mystérieux et  un rien languissant. Avec deux ou trois scènes délirantes comme cette princesse qui fait l’amour avec un poisson-chat, ou l’apparition à la table familiale de fantômes, tels un singe noir aux yeux rouges et une épouse défunte.  Revenus  pour accompagner l’homme dans la mort. Car atteint d’une insuffisance rénale, il n’en a plus pour longtemps.
Les méditations du réalisateur thaïlandais sur fond de répression brutale dans le pays suffiront-elles à détrôner Mike Leigh, déjà palmé pour «Secrets et mensonges» en 1996? Pas sûr, son film divise beaucoup les critiques dans le Film Français et la revue Screen.  Alors qu’avec un seul petit point noir, le cinéaste britannique, bardé de palmes et d’étoiles, continue  de mener la meute des prétendants grâce à  «Another Year» , réflexion à la fois funèbre, cynique et sarcastique déclinée enquatre saisons, sur les choses de la vie et le temps qui passe.
Les grands favoris et les autres
Il devance deux candidats à la récompense suprême, eux aussi solidement  installés dans le trio de tête depuis leur passage à l’écran. Il s’agit d’Alejandro Gonzales Inarritu avec «Biutiful» et de  Beauvois avec «Des hommes et des dieux». Le premier suit un homme rongé par un cancer et qui tente de trouver la paix, tandis que le second revient sur le massacre de sept moines français en Algérie en 1996. Parmi les papables,  on trouve encore «Poetry», du Coréen Lee-chang dong. Un film tout en délicatesse, évoquant une jolie grand-mère qui découvre la première fois le charme et la beauté de la poésie. La vie se chargera de la ramener à la réalité.
Parmi mes préférés, je citerais encore l’avant-dernier du concours «Un garçon fragile- Le projet Frankenstein», du  Hongrois Kornél  Mundruczo. Un réalisateur se rend compte,  à la faveur d’un casting, que le garçon étrange devant la caméra est son fils. Un monstre qu’il a lui-même engendré dix-sept ans auparavant. J’ai enfin un faible pour « The Housmaid » du Coréen IIm Sangsoo, qui nous a tricoté un drame à la Chabrol, magnifiquement mis en scène.
Hors-la-loi, beaucoup de bruit pour rien
A Cannes, on a toujours droit à un événement particulier. Avec ou sans paillettes. Vendredi dernier c'était la mise en action du plan vigipirate.300 policiers mobilisés, la Croisette bouclée, des festivaliers soigneusement filtréset fouillés avant l’entrée dans les salles. Tout ça pour éviter des débordements, qui n’ont finalement pas eu lieu,  lors de la projection de »Hors-la-loi», de Rachid Bouchareb, qui avait rameuté 1300 anciens d’Algérie en colère aux abords du Palais.
On se souvient de la polémique déclenchée par l e député UMP Lionnel  Luca, parlant de révisionnisme alors qu’il n’avait même pas vu le film. Il n’a pas changé d’avis après, mais la controverse est bien vaine. Comme dirait Shakespeare, beaucoup de bruit pour rien, à la vision de cette longue fresque académique  linéaire et plutôt laborieuse, mise à  part l’impressionnante séquence du massacre de Sétif le 8 mai 1945. Les choses commencent en 1925 pour s’achever sur  des images de l’indépendance algérienne. Avec un saut à Genève et un plan sur le jet d’eau. ..
Entre film noir et western, Bouchareb s’attache surtout à montrer, au-delà du contexte historique, le destin tragique de trois frères chassés de leur pays et qui font tout pour y retourner. Ils sont interprétés par Jamel Debbouze, Roschdy Zem et Sami Bouajila pas au mieux de leur forme.
La palme de la nullité au Japonais Kitano !
Voici qui ne devrait pas changer la donne en ce qui concerne le palmarès qui sera annoncé ce soir à Canal +. Encore que l’on ne sait jamais. Le journaliste propose et le jury dispose. En tout cas, je peux vous assurer d’une chose. S’il m’est difficile d’élire un film pour la Palme d’Or, je n’ai en revanche aucun problème pour celle de la nullité. Le Japonais Takeshi Kitano la décroche haut la main avec «Outrage», pitoyable retour aux sources avec de sanglants règlements de comptes entre yakuzas plus couillons les uns que les autres.Edmée Cuttat

11:41 Publié dans Cannes dans Chassé-Croisette, Cinéfil | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | | Pin it! |

25/05/2009

la Palme à Haneke, un vrai bonheur


C’est rien de dire que je suis contente. Je suis même aux anges. La Palme d’or à Michael Haneke pour «Le ruban blanc», le Grand prix du jury à Jacques Audiard pour «Un prophète» et une médaille exceptionnelle pour Alain Resnais et ses «Herbes folles». Les trois films du festival que j’ai le plus aimés. Sans compter un prix du jury à l’excellent «Nuits d’ivresse printanière» du Chinois Lou Ye, dont je vous avais parlé au tout début mais que j’avais oublié dans ma liste.

 

Même voir Charlotte Gainsbourg sacrée meilleure actrice m’a fait plaisir pour cette comédienne à la fois exigeante et fragile, secrète et timide.

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08:33 Publié dans Cannes dans Chassé-Croisette, Culture | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | | Pin it! |

23/05/2009

Mes pronostics: la Palme d'or à Michael Hanele

haneke460.jpgA quelques heures de la distribution des prix, les prétendants à la Palme d’or doivent piaffer d’impatience.  D’autant que cette fois, il y aura de grands cinéastes sur le carreau. On l’a dit et répété sur tous les tons dans tous les médias,  Cannes 2009 est un supercru. D’où la difficulté de nommer le gagnant à coup sûr.  Certains d’ailleurs ne s’y risquent pas. Audacieux mais pas téméraires. Ce n’est pas comme à Roland-Garros, où Nadal  est tellement favori qu’à la limite, je me demande s’il est bien nécessaire de faire jouer le tournoi.

Une chose semble pourtant certaine. Contrairement à la cuvée précédente où Laurent Cantet, ultime candidat  à se présenter sur la ligne de départ avait dépassé en souplesse tous ses rivaux avec  « Entre les murs »,  le dernier opus en lice, « Visage » du Taïwanais Tsai Ming-Liang, n’est pas à mon avis taillé pour la victoire finale. Parce qu’à part la médaille de l’ennui…

Je cesse de tergiverser  et je me lance en vous livrant mon préféré.

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Je suis en plein mélo psychédélique avec Gaspar Noe

soudain le vide.jpgL’un des films les plus attendus de la compétition, c’était «Soudain le vide», du très controversé Gaspar Noe. Vous vous en souvenez, il avait scandalisé la Croisette pour rien avec «Irréversible» il y a sept ans. Là il nous propose un trip expérimental suivant l’esprit d’un jeune agonisant dans un Tokyo apocalyptique, avec visions pré-mortem chaotiques et cauchemardesques.

Tourné presque entièrement en caméra subjective, ce mélodrame psychédélique qui se laisse voir bien qu’interminable raconte, à grand renfort de sexe et de drogue, la relation fusionnelle et non pas incestueuse comme certains peuvent l’imaginer, d’un frère et d’une sœur, unis par un pacte de sang après la mort de leurs parents.

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21/05/2009

«Inglorious Basterds»: film de guerre en forme de farce lourdingue

Face à cet ovni miraculeux - en référence à ma note précédente - tombé dans un festival tournant momentanément au bain de sang, «Inglorious Basterds» de Tarantino, tentait vainement d’écraser les herbes folles avec ses grosses bottes. On nous annonçait un long-métrage sous speed et stéroïde avec tension, frisons et violence à la clé.

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17:48 Publié dans Cannes dans Chassé-Croisette, Culture | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | | Pin it! |