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28/05/2015

Cinéma: comblé, Vincent Lindon se confie après son sacre cannois

 

vincent-lindon-recoit-prix-3833-diaporama[1].jpgDire que Vincent Lindon est un homme heureux est un euphémisme. Depuis dimanche dernier et son prix de meilleur acteur au Festival de Cannes pour son rôle dans La loi du marché de Stéphane Brizé, il nage dans le bonheur.

Rencontré dans un grand hôtel genevois, le comédien évoque cette poussée d’adrénaline ressentie en entendant son nom sur la scène du Grand Théâtre Lumière. "C’était comme un choc, une détonation. A l’évidence la plus grosse émotion de ma carrière... mais pas de ma vie, sinon ce serait inquiétant".

-L'un des moments touchants lors de la cérémonie, ce furent ces mots à l’égard de votre réalisateur. "Il est à moi. Je vous le prête, mais il est à moi".

-C’était un raccourci, une manière de dire à tout le monde à quel point je l’aime. Stéphane est inouï. Un trésor. Il a une écoute incroyable des acteurs. Il adore être questionné, chahuté, remis en cause. S'il a certes énormément d’égo, il est bien placé. Mais j’ai tourné d’autres films entre les siens…

-Vous avez eu un véritable coup de foudre pour "La loi du marché". Quelle en a été la genèse?

-J’avais eu une idée en voyant un court-métrage qui m’avait beaucoup plu sur une dénonciation. J'en ai parlé à Stéphane qui a rebondi dessus. Puis il est parti dans l’écriture en réinventant tout et a créé le personnage pour moi.

-Avez-vous collaboré au scénario?

-Pas du tout. Bien sûr, comme nous sommes très liés, il m’arrivait de m'exprimer sur le plateau. Ou en dînant avec lui. On mange souvent ensemble.

-J’ai lu que pour vous il s’agissait d’un acte politique.

-Je ne le formulerais pas ainsi. Stéphane et moi faisons ce que nous pouvons, comme nous pouvons. C’est une manière de venir en renfort de la politique en espérant réveiller quelques consciences. Avec des films qui racontent un état du pays au moment où ils ont été tournés. En les voyant les gens se diront:  ça se passait comme ça. Ou hélas:  ça se passe toujours et encore comme ça...

-Une telle histoire peut-elle changer votre regard, votre comportement, votre façon de vivre ?

-La somme de plusieurs d’entre elles me laisse des choses, m’oblige à une certaine conduite. On m’a par exemple proposé de me ramener à Paris en jet privé. J’ai refusé. Non pas parce que j’avais honte, cela aurait signifié que j’en avais envie sans oser l’assumer, mais parce que ça m’aurait fait vomir de me voir dans cette situation. Je me fous de ces gens. C’est organique, ça ne me va pas. 

la-loi-du-marche-stephane-brize-le-lindon-de-la-force,M222694[1].jpg-Comment avez-vous abordé ce rôle de vigile contraint d’espionner à la fois les clients et les employés aux abois et tentés par le vol ?  En vous promenant dans les supermarchés ?

-Non, je ne me prépare pas en m’immergeant. Je chine, je rentre dans le fantasme. Je me demande comment je serais si j’étais lui. Stéphane me laisse prendre mon temps et j’essaye de vivre les choses comme dans la vraie vie.

-Vous êtes confronté à des non professionnels. Comment l’avez-vous ressenti? Ils sont plutôt bluffants.

-La question de pro et de non pro disparaît pour moi. J’ai toujours envie de dire qu’il s’agit de personnes jouant pour la première fois. Alors oui, en l’occurrence ils sont plutôt bluffants. Il n’empêche que je trouve cela réducteur. On ne cesse d’essayer d’être au plus près de l’existence des personnages qu’on incarne. Prétendre qu’ils nous bluffent signifie du coup qu’on n’y parvient pas.

-Une dernière question, Vincent Lindon. Vu ce que vous venez d’accomplir, cela ne risque pas d’arriver. Mais imaginons un instant que vous perdiez votre job. Jusqu’où accepteriez-vous d’aller pour le récupérer après vingt mois de galère?

-Si je le perdais ça n’aurait aucune espèce d’importance. Cela me manquerait sûrement un peu. Mais je ferais autre chose, du bien aux gens. J’adore fédérer, servir à quelque chose. Mon plaisir c’est de rassembler, plaider, convaincre. Evidemment, j’aurais envie d’un bon poste,  où les choses bougent...

"La loi du marché" à l'affiche dans les salles romandes depuis mercredi 27 mai. Voir ma note précédente.

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24/05/2015

Festival de Cannes: Palme d'Or convenue et décevante pour "Dheepan" de Jacques Audiard

ba0558c725abc380f9ec1eea7883d4364b0a9cb4[2].jpgJe suis déçue. Forcément. Ma Palme c’était Carol, Mais bon, ce n’est pas trop grave! Ce qui l’est davantage, c’est le choix absurde du jury. Il y a comme un défaut à décerner l’or à Jacques  Audiard (photo AFP) pour Dheepan et le Grand Prix à Lazslo Nemes pour Le fils de Saul. Alors qu’à l’évidence c’eût dû pour le moins être l'inverse.

Certes si les qualités de son film permettaient à Audiard de figurer dans un coin du palmarès, il y a un monde entre sa proposition convenue de chronique socio-politique virant au film de genre sur le parcours d’un émigré tamoul en compagnie de sa famille recomposée, et celle extraordinairement puissante, inédite, radicale, à l’esthétique sépulcrale du Hongrois Nemes qui nous plonge sans complaisance au cœur de l’enfer d’Auschwitz.

La part du lion pour le cinéma français

Absurde aussi cette décision de remettre un double prix d’interprétation féminine récompensant Emmanuelle Bercot, avocate éperdument amoureuse dans Mon roi, le film hystérique et bobo de Maïwenn, et Rooney Mara, la jeune vendeuse succombant au charme sulfureux de la sublime Cate Blanchett dans Carol. Pourquoi ne pas l’attribuer aux deux héroïnes de Todd Haynes ?

b3cea272d225152495ce2a951d012bf0-1432219232[1].jpgEn revanche je suis particulièrement heureuse de voir un très grand Vincent Lindon ému aux lames, sacré meilleur acteur pour son rôle de vigile dans La loi du marché de Stéphane Brizé. A noter qu’avec ces trois médailles majeures, la pellicule hexagonale se taille la part du lion dans ce palmarès. Vous avez dit bizarre?

Pour le reste, à part le prix du scénario curieusement attribué à Chronic du Mexicain Michel Franco, évoquant un aide-soignant qui noue des liens serrés avec ses patients en phase terminale, les autres sont logiques. Yorgos Lanthimos rafle justement celui du jury pour The Lobster et Hou Hsiao-Hsien celui de la mise en scène pour The Assassin.

Avec des célibataires menacés d’être changés en animaux faute de trouver l’âme sœur en 45 jours, le cjnéaste grec proposait le film le plus délirant de la compétition. Et son homologue chinois le plus magnifique visuellement. Mais quelque part, ce n’est pas très enthousiasmant.

Une édition un poil vilipendée

Quelques critiques n'hésitaient d’ailleurs pas à tirer à boulets rouges sur ce cru 2015, à la fois placé sous le signe de l'amour et du politico-social. Exagéré vu qu’il n’est pas très différent des autres années avec le nombre habituel de métrages sortant du lot. Différence peut-être, il y en avait davantage de médiocres sinon de mauvais que d’ordinaire. A commencer par Gus Van Van Sant et son Sea Of Trees.

Sans oublier les Tricolores. Sur les cinq en lice pour la Palme, trois ne le méritaient pas: Mon roi de Maïwenn, nonobstant le prix d’interprétation à Emmanuelle Bercot, Marguerite et Julien de Valérie Donzelli. Et surtout The Valley Of Love de Guillaume Nicloux sombrant carrément dans le grotesque avec ce rendez-vous d‘outre-tombe dans la vallée de la mort, sur fond de pliants et de parasols emmenés par les deux héros. 

Certains estiment pourtant que la simple réunion du tandem mythique Isabelle Huppert/Gérard Depardieu 35 ans après Loulou de Maurice Pialat était largement suffisante. Faux ne leur en déplaise, car elle a privé de sélection deux excellents représentants de la pellicule hexagonale Philippe Garrel avec L’ombre des femmes et Arnaud Depleschin, l’auteur de Trois souvenirs de ma jeunesse.  Pour les voir, il fallait courir à la Quinzaine des réalisateurs. Du coup, avec quelques œuvres du même tonneau, elle s’est révélée presque plus prestigieuse que le concours officie...

Retrouvez toutes mes chroniques du festival avec Cannes dans Chassé-Croisette. 

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23/05/2015

Festival de Cannes: à qui la Palme d'Or? Verdict dimanche soir

Jury2015_zpsqy2mvd0w[1].jpgEt voilà, les jeux sont faits pour cette 68e édition. Aux présidents Coen et à ses jurés (photo) de se mettre d’accord pour désigner la crème de la crème parmi les 19 films en compétition. Quelques mots sur les derniers proposés, dont Chronic du Mexicain Michel Franco qui suit David (Tim Roth), un aide-soignant bizarroïde, travaillant auprès de malades en phase terminale.

Le réalisateur ne cache rien des corps misérables de ces patients et des liens que David noue avec eux. Au point apparemment de franchir la limite. Franco nous avait bluffés avec Despuez, primé dans Un certain regard en 2012. Là, il nous flanque le cafard entre sida, cancer, attaque cérébrale et euthanasie.

Difficile de se remettre avec MacBeth, adaptation de la plus célèbre tragédie de Shakespeare, à laquelle s’est attaqué l’Australien Justin Kurzel après Orson Welles et Roman Polanski. L’obsession de devenir roi,  entretenue par sa femme encore plus ambitieuse que lui, va causer la perte d’un chef de guerre écossais. Marion Cotillard et Michael Fassbender se partagent l’affiche dans ce drame bruyant à la mise en scène ampoulée, que n’arrangent pas une musique pompeuse et un flot d’images rouges.

Chaque film ayant toutefois ses fans, ces deux-là vont-ils changer la donne chez les journalistes qui décernent chaque jour leurs étoiles, notamment dans Le Film français et Screen ? Mystère. Pour l’heure les Hexagonaux donnent leur préférence à Mia Madre de l’Italien Nanni Moretti. Suit leur compatriote Stéphane Brizé avec La loi du marché. Carol de l‘Américain Todd Haynes, Youth de l’Italien Paolo Sorrentino et Le fils de Saul du Hongrois Lazslo Nemes se retrouvent pratiquement à égalité sur la troisième marche.

images[5].jpg"Carol", ma Palme d’Or

Côté presse internationale, c’est Carol qui tient la corde devant Le fils de Saul et Mia Madre. Unanimité en revanche en ce qui concerne The Sea Of Trees de Gus Van Sant, considéré par les deux magazines comme le plus mauvais film de la compétition.

Je plébiscite également le superbe mélo à la Douglas Sirk de Todd Haynes et ses magnifiques interprètes Cate Blanchett et Rooney Mara. J’aimerais aussi beaucoup voir au palmarès mon autre coup de cœur Mountains May Depart de Jia Zhang-Ke,  The Assassin de Hou Hsiao-Hsien, Mia Madre de Nanni Moretti, Le Fils de Saul de Laszlo Nemes, The Lobster, de Yorgos Lanthumos ou encore La loi du marché de Stéphane Brizé.

Mais comme on ne cesse de le dire dans ces cas-là,  le critique propose, le jury dispose. Verdict dimanche soir dès 19h sur Canal +.

 

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22/05/2015

Festival de Cannes: "Dheepan" électrise les fans de Jacques Audiard

2048x1536-fit_dheepan-jacques-audiard[2].jpgA quelques bémols près, critiques enthousiastes et ovation publique pour Jacques Audiard, en compétition avec Dheepan, un sujet dans l’air du temps sur l'immigration mais qui "n’est pas une déclaration politique", selon son auteur. Un ancien soldat tamoul, une jeune femme et une fillette  de 9 ans qui ne se connaissent pas récupèrent les passeports de morts pour fuir la guerre civile au Sri Lanka et se font passer pour une famille dans l’espoir de gagner l’Europe.

Ils se retrouvent dans une cité sensible de la banlieue parisienne, au quotidien miné par le trafic de drogue. Ils tentent de se construire un foyer et Dheepan décroche un boulot de gardien. Mais il ne va pas tarder à connaître un autre conflit en se heurtant  violemment aux dealers dans cette zone de non droit où, laissant les gens s’entretuer, pas un seul flic ne met les pieds.

Pour interpréter son film, Jacques Audiard, à deux exceptions près, a convoqué des non professionnels pour les rôles principaux, Jesuthassan Anthonythasan, un ancien émigré tamoul en France, Kalieaswari Srinivasan et Claudine Vinasithamby. Les trois se révèlent excellents.

De quoi prétendre sérieusement à la Palme d’Or selon certains. Mais on ne criera pas avec les fans. Si ce drame oscillant entre histoire d'amour, chronique sociale et polar tient bien la route, ce n’est pas du tout grand Audiard. Il lui manque cette puissance, cette ampleur qui avaient tant séduit dans Un prophète. En cause notamment un dernier tiers ou Dheepan décide de rendre la justice lui-même et un épilogue à la fois fleur bleue et attendu.

Cannes-2015-Depardieu-et-Huppert-dans-la-premiere-bande-annonce-de-Valley-of-Love[1].jpgIsabelle Huppert et Gérard Depardieu dans "Valley Of Love"

Dheepan reste malgré ces réserves très au-dessus de  Valley Of Love, d’un autre Français en lice, Guillaume  Nicloux. Trente-cinq ans après Loulou de Maurice Pialat, il réunit Isabelle Huppert et l’énorme Gérard Depardieu pour un rendez-vous des plus bizarre. Un euphémisme... 
Autrefois mariés, ils sont aujourd’hui séparés. Mais ils vont réaliser le dernier voeu de leur fils Michael, qui s’est suicidé six mois auparavant. Dans une lettre il leur demande  d’être présents ensemble dans la Vallée de la Mort un jour précis, leur promettant qu’ils se reverront.

Le désert, la vie, le deuil impossible, un cancer, le tout sur fond de mysticisme, un sacré fatras. Même si le réalisateur nous appâte avec quelques beaux paysages, par ailleurs inratables, ce film n’a juste rien à faire en compétition. A l’image de The Sea Of Trees de Gus Van Sant, sélectionné pour la montée des marches de Naomi Watts et Matthew McConaughey, Valley Of Love permet d’avoir deux stars de plus, bien que pas au top, sur tapis rouge. Tout ça pour que Gégé nous raconte qu’il aime beaucoup Poutine…


Avec "The Assassin", Hou Hsiao-Hsien signe le plus beau film du festival

_17MD015_[1].jpgPour les images sublimes, on se tournera résolument vers The Assassin du Chinois Hou Hsiao-Hsien, auteur majeur  qui revient après huit ans d’absence. Visuellement, ce film d’arts martiaux pas comme les autres est indiscutablement le plus beau du concours.

Il se déroule dans la Chine du IXe siècle. Eduquée par une nonne et devenue une redoutable justicière dont la mission est d’éliminer les tyrans, Nie Yinniang (la superbe Shu Qi) est torturée entre le devoir d’éliminer son cousin, gouverneur dissident de la province militaire de Weibo et les sentiments qu’elle au eus pour lui. HHH nourrit cette trame principale de plusieurs intrigues secondaires peuplées de personnages fomentant d’énigmatiques complots auxquelles on ne comprend pas grand-chose sinon rien.

Mais peu importe. L’essentiel est de se laisser bercer par cet opus contemplatif, qui vous emporte ailleurs avec sa grâce, son élégance et sa splendeur.  

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21/05/2015

Festival de Cannes: Gaspar Noé veut choquer, mais rate son coup avec son porno sentimental

 

Cannes-2015-Les-affiches-classees-X-de-Gaspar-Noe-font-scandale[2].jpgL’an dernier c’était Welcome To New York qui devait bousculer la Croisette, cette année ce fut Love, annoncé comme l’événement sulfureux de ce cru 2015. Affiche libertine voire plus, pour ce film labellisé hot signé Gapar Noé, cinéaste dérangeant, déterminé à choquer. Il n’en fallait pas davantage pour créer l’excitation. Et rameuter le client en masse.

Résultat attendu avec cohue, longue file d’attente, spectateurs furieux refoulés lors de la projection de minuit à Lumière. Et resucée le lendemain à Bazin, petite salle de quelque 400 places. Sauf que cela n’a rien de très extraordinaire, la même chose se reproduisant inexorablement tous les jours pour les malheureux aux badges de la mauvaise couleur.

Pour résumer l’affaire, le pauvre Murphy au trente-sixième dessous se retrouve seul dans son appartement et se souvient douloureusement de la folle passion réciproque vécue avec Electra. Qui a mystérieusement disparu. Et nous voici partis pour une love story en 3D dégoulinante avec sperme et larmes, destinée donc à faire bander les mecs et pleurer les filles. Le moins qu’on puisse dire c’est que Gaspar Noé a raté son coup, vu les sifflets, sinon l’indifférence totale que la chose a suscités jeudi matin.

Et pour cause. Car ce qui dérange, ce n’est pas la profusion ennuyeuse de scènes de cul non simulées, mais esthétisantes façon porno de luxe. Au-delà de la forme, il y a hélas le fond, navrant. Par exemple le discours d'une rare banalité de Gaspar Noé et sa manière d’aligner sans complexes des platitudes comme " la vie c’est ce que tu en fais, elle n’est pas facile. en naissant on sait qu’on va mourir, je n’ai pas peur de mourir je ne veux pas souffrir…et autres lieux communs du genre.

Sans oublier surtout Murrphy, alias Karl Glusman, le héros de l’histoire. Un Américain plutôt belle gueule  mais fruste et bas de plafond, dont le vocabulaire se résume à "fucking" et "you are a piece of shit". Ce qui serait un moindre mal s’il n’était pas par ailleurs beaufissime, macho et homophobe…

 

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20/05/2015

Festival de Cannes: "Mountains May Depart", une pépite chinoise à l'assaut de la Palme

Pourquoi-Mountains-May-Depart-aura-la-Palme-d-or_article_landscape_pm_v8[1].jpg1999, c’est le Nouvel-An. Sur une entrainante musique électro, des jeunes s’éclatent dans une chorégraphie très enlevée. L’avenir est à eux à l’aube du 21e siècle. Au premier rang on découvre une pétillante jeune fille, Tao, qui adore chanter. On la retrouve ensuite entourée de deux garçons. Des amis d’enfance amoureux d’elle.

D’un côté Jinsheng (Zhang Yi) un garçon ambitieux en pleine ascension, de l’autre le souriant mineur Liangzi (Liang Jingdong). Les deux facettes de la Chine en somme. Pressée de choisir, Tao (Zhao Tao, la muse du réalisateur) opte pour l’entrepreneur tellement décidé à faire fortune qu’il n’hésitera pas à appeler son fils Dollar…. Soudain ravagé par cet abandon, Liangzi décide de partir pour ne plus revenir. La misère et la maladie en décideront autrement.

Avec Mountains May Depart, le Chinois Jia Zhang-ke, auteur de Still Life ou Touch Of Sin, propose un bouleversant et magnifique mélodrame dans une Chine traversée par les changements économiques, allant jusqu’à conduire pour une partie du pays, vivant à l’heure anglaise et où les nouveaux riches brassent des affaires à Shanghai, à l’oubli de ses racines.

Tout en racontant l’histoire du trio, se concentrant plus particulièrement sur Tao en la montrant à trois âges de sa vie, le film, s’étalant sur 26 ans est ainsi composé de trois parties, passé présent, futur, pour se terminer en Australie en 2015.

Une fine observation du comportement des gens, une subtile analyse de leurs sentiments, une mise en scène simple et efficace, des acteurs formidables, le tout assorti d’un regard critique font de Mountains May Depart une véritable pépite. Autrement dit et à notre avis, un concurrent des plus sérieux, tout comme Carol de Todd Haynes, pour la Palme d’Or.


Pourquoi-Youth-aura-la-Palme-d-or[1].jpg"Youth", l’hymne à la…vieillesse de Paolo Sorrentino
 
Deux ans après La Grande Bellezza, le réalisateur italien revient pour la sixième fois à Cannes avec Youth,  un hymne à la vieillesse à la fois applaudi et un peu hué lors de la projection de presse. Fred, un compositeur et chef d’orchestre célèbre à la retraite (Michael Caine) et Mick, un cinéaste qui s’obstine en vain à travailler sur son dernier film (Harvey Keitel), sont amis depuis des âges.

Octogénaires ils évoquent le temps qui passe et celui qui leur reste dans un hôtel chic des Alpes suisses. Avec thalasso luxueuse. On y croise Miss Univers ou un Maradona énorme sous oxygène. Très préoccupés de l’état de leur prostate, nos deux compères observent ce petit monde en se livrant à un bilan nostalgique nourri de quelques réflexions se voulant drôles et cyniques.

Michael Caine et Harvey Keitel partagent l’affiche avec Rachel Weisz et Paul Dano. Vers la fin de l’opus, Jane Fonda perruquée et furax vient faire son numéro, jetant Mick et son oeuvre pour un juteux contrat à la télévision. Parce que c’est l’avenir… Tout cela est assez laborieux, peu plaisant, mais pas franchement détestable. Sorrentino a même ses fans, avides de le retrouver tout en haut du palmarès... On ne veut pas y croire.   

 

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19/05/2015

Festival de Cannes: narco-thriller et inceste au menu compétition

sicario-movie[1].jpg

Intrigues, corruption, drogue, criminalité en hausse. Le lot d’une population terrifiée vivant dans la zone frontalière entre les Etats-Unis et le Mexique, devenue un territoire de non droit. Où se situe Sicario (en français tueur à gage), l’histoire d’une opération des services secrets américains, qui balaie les lois pour abattre ceux qui ne les respectent pas. Et c'est parti pour des affrontements meurtriers.

En compétition, Denis Villeneuve s’attaque ainsi au film de genre en nous plongeant dans l’univers violent des cartels, un thème classique souvent traité au cinéma, mais où on retrouve la patte du cinéaste québécois dans une mise en scène plutôt brillante. On n’en dira pas autant du scénario, compliqué et tortueux.

En haut de l'affiche Josh Brolin, agent faussement décontracté du gouvernement, dirige le groupe d’intervention chargé de la lutte contre le trafic de drogue. Un combat mené par Benicio del Toro, consultant doublé d’un tueur avide de vengeance, mais doté d’une certaine sensibilité, Notamment à l’égard de Kate, jeune recrue idéaliste du FBI qui, enrôlée dans cette mission clandestine à haut risque, sera obligée de revoir ses convictions pour survivre. Interprété par Emily Blunt, c’est le personnage le plus intéressant du film.

Si on lui préfère l’excellent Prisoners, pour son auteur qui dénonce la manipulation dans les médias ou les mensonges des politiques, Sicario est une œuvre très moderne sur la société actuelle, la manière qu’a l’Occident, plus précisément l’Amérique en l’occurrence, de gérer ses problèmes. Il s’agit aussi à son avis de son film le plus ambitieux en terme de portée, et le plus accessible de sa carrière.

Il n’en redoute pas moins le verdict du jury. Les présidents Coen ainsi que les jurés Xavier Dolan et Jake Gyllenhaal sont des amis et le réalisateur estime que "ce n’est pas très bon pour lui… "

maxresdefault[1].jpgMarguerite et Julien, l'inceste façon Valérie Donzelli

Autre film en concours peu enthousiasmant mais dans un tout autre genre, Marguerite et Julien de Valérie Donzelli. Histoire vraie d’un inceste, inspirée d’un scénario que Jean Gruault (Jules et Jim, l’Histoire d’Adèle H) écrivit pour François Truffaut et qu’il n’a pas tourné, elle se déroule au début du 17e siècle.

Fils et fille du seigneur de Tourlaville, Marguerite et Julien de Ravalet s’aiment depuis eur naissance. Séparés à l'adolescence ils se retrouvent quelques années plus tard et leurs baisers enfantins évoluent vers une passion irrépressible. Rien ne pourra mettre un terme à cette fusion de deux âmes-sœurs. Sauf la hache du bourreau. Ils seront décapités le 2 décembre 1603.

Inutile de dire que le sujet a divisé les critiques. Parfois violemment. Ce qui ne doit pas forcément déplaire à son auteur. Evitant le piège de l’immoralité à outrance ou de son contraire. elle a choisi les codes du contes de fée pour aborder cet amour tabou. Cela lui permet tout, notamment de jongler avec les anachronismes dans sa mise en scène. On navigue ainsi entre l’hélicoptère et la calèche, en passant par la voiture, le cheval, le poste de radio et le tourne-disques.

Un mélange visuel de passé et de présent manifestement destiné à donner au film un côté intemporel. Sauf que l’inceste n’est pas vraiment traité, Valérie Donzelli se contentant de surfer sur ce sujet en l’illustrant par une petite romance interdite, où ses deux héros se livrent à quelques jeux érotiques. A la fois naïve et tragique, Anaïs Demoustier s’y montre plus convaincante que Jérémie Elkaïm, curieusement coincé dans son rôle d’amoureux fou…

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18/05/2015

Festival de Cannes: "Plus fort que les bombes", complexe et troublant

2048x1536-fit_isabelle-huppert-plus-fort-bombes-joachim-trier[1].jpgEn 2011, sélectionné dans Un Certain regard, Joachim Trier bluffait son monde avec Oslo, 31 août et sa remarquable évocation d’une errance existentielle. Quatre ans après, il débarque en compétition avec Plus fort que les bombes, qui se déroule trois ans après la mort inattendue d’une célèbre reporter de guerre (Isabelle Huppert) dans un accident de voiture.

Elle a ainsi plongé dans l’affliction un mari (Gabriel Byrne) et deux garçons, un jeune adulte qui vient d’être papa (Jesse Eisenberg) et un ado à fleur de peau de 14 ans féru de jeux vidéo violents (Devin Druid). A peine remis de leur chagrin, il est ravivé par la préparation d’une exposition à New York sur le travail de leur épouse et mère. Doublé d’un bouleversement avec la révélation d’un douloureux secret. Les trois se réunissent dans la maison familiale et Trier propose leurs différents points de vue sur le drame.

Rien de sentimental pourtant dans cette histoire racontant à la fois les nouvelles amours du père, la crise d’adolescence de son jeune fils et la paternité de l’aîné pas trop bien dans sa peau. Le plus intéressant, c’est la construction d’un récit à la fois hypnotique et troublant, morcelé entre rêves, flash-backs et regards différents reflétant la complexité de l’existence. Du coup on ne comprend pas tout, mais peu importe. 

Parfaitement interprété, Pus fort que les bombes est le premier opus en anglais de Joachim Trier, qui représente aussi pour la première fois la Norvège dans le prestigieux concours cannois. Il reste à lui souhaiter de souffler le jury…

 

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Festival de Cannes: la cruelle loi du marché selon Stéphane Brizé. Avec un grand Vincent Lindon

la-loi-du-marche-stephane-brize-le-lindon-de-la-force,M222694[1].jpgChômage, précarité, violence sociale, humiliations. On est loin des paillettes de la Croisette avec La loi du marché, ouvrant sur une longue séquence à Pôle Emploi où un homme, oscillant entre l’exaspération et  la désespérance, pousse un coup de gueule contre une bureaucratie inepte. Du Vincent Lindon pur sucre. Le ton est donné pour cette troisième collaboration, après Mademoiselle Chambon et Quelques heures de printemps, entre le comédien et le réalisateur Stéphane Brizé. 

En lice pour la Palme d’Or, le cinéaste se fait le témoin des difficultés dans lesquelles se débattent nombre de ses contemporains. Thierry, quinqua sans emploi, marié et père d’un enfant handicapé, galère depuis vingt mois. Il finit par retrouver un travail dans un supermarché. D’abord comme vigile puis comme auxiliaire de sécurité, chargé d’espionner les clients chapardeurs potentiels de bricoles et ses malheureux collègues mal payés éventuellement tentés d’en faire autant.

Une façon de les licencier en toute bonne conscience, la confiance étant rompue… Thierry tente de jouer le jeu. Mais trop c’est trop et ce job le met rapidement face à un dilemme moral. Jusqu’où peut-il aller pour conserver son poste, même décroché grâce à un vrai parcours du combattant?

Dans cette fiction sociale au froid réalisme documentaire et au filmage particulier qui laisse par exemple une assez large place aux caméras de surveillance de l’établissement, Stéphane Brizé raconte l’histoire de la défaite programmée des exclus. En évoquant la brutalité du marché pour les pauvres qui deviennent toujours plus pauvres, face à l’indécence des gros qui ne cessent de s’engraisser sur leur dos.

Plongée dans un quotidien âpre

Opérant une plongée dans ce quotidien âpre. Il dissèque, entre rendez-vous stériles, entretiens d’embauche peu prometteurs voire inutiles, ou séances de formation plus ou moins dégradantes,  les dérives d’une société dépourvue de solidarité, où l’absence d’état d’âme et l’inhumanité le disputent à la mesquinerie et à la cruauté ordinaire de petits chefs avides de plaire au patron. 

Un rôle sur mesure, l’un des meilleurs, pour Vincent Lindon immédiatement accro à cette histoire simple, représentant quasiment un acte politique. Seul comédien professionnel ou presque face à des amateurs exerçant en principe leur propre métier, il se montre particulièrement convaincant en navigant dans leur univers avec une rare aisance.

Le film sortira dans les salles de Suisse romande le 27 mai.

 

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17/05/2015

Festival de Cannes: "Carol", un bijou de mélo lesbien signé Todd Haynes

images[5].jpgSi Gus Van Sant a énormément déçu avec son laborieux Sea of Trees d’un sentimentalisme larmoyant, son compatriote Todd Haynes, l’autre Américain en lice pour la Palme d’Or,  nous emporte avec l’un des meilleurs films vus jusqu’ici en compétition. Sinon le plus beau.

Adapté de The Price of Salt, roman que Patricia Highsmith publia en 1952 sous le pseudonyme de Claire Morgan, Todd Haynes raconte, dans Carol, l’histoire d’un coup de foudre interdit dans l’Amérique puritaine des fifties.

Ouverture sur une scène montrant deux femmes discutant autour d’un verre dans un bar chic de Big Apple. Un homme vient interrompre leur conversation intime… Petit retour en arrière et on se retrouve à la veille des fêtes de Noël sur la Cinquième Avenue. Cherchant un cadeau pour sa fille, Carol (Cate Blanchett) une riche  bourgeoise newyorkaise mariée en manteau de fourrure, rencontre Thérèse (Rooney Mara) une jeune et charmante vendeuse qui emballe les paquets au comptoir d’un magasin de jouets.

Des regards et quelques mots suffisent

En pleine crise d’identité, timide et solitaire bien qu’elle ait un petit ami prêt à bâtir un avenir avec elle, Thérèse est subjuguée par la beauté, la liberté, la classe folle de cette femme plus âgée. Des regards, quelques mots et c’est l’étincelle. Une paire de gants oubliée leur servira de prétexte pour se revoir chez Carol, qui a toujours assumé ses relations lesbiennes, ce qui était alors loin d’être facile. Refusant le carcan familial frustrant, elle est sur le point de se séparer de son mari Harge, un banquier d’affaires dont elle a eu une petite fille.

Harge tente de la retenir mais se rend compte qu’il ne peut pas lutter contre l’attirance puissante que les deux éprouvent l’une pour l’autre. Pour punir celle qui détruit son univers, il utilisera ses préférences sexuelles pour obtenir seul la garde de l’enfant. 

Les menaces de Harge effraient Carol qui adore sa fille. Mais se retrouvant seule le soir de Noël et en attendant la bataille judiciaire qui se prépare, elle propose tout de même à Thérèse une virée en voiture vers l’Ouest. Elles tombent follement amoureuses.

Mise en scène brillante et comédiennes formidables

Avec la complicité de son chef opérateur Ed Lachman, à ses côtés pour Loin du paradis (2002) , évoquant déjà l’homosexualté et le racisme dans l’ambiance oppressante  des années 50, Todd Haynes signe là un bijou de mélo à la Douglas Sirk. Bousculant les normes d’une société corsetée, surfant sur les différences sociales et sexuelles, il propose une mise en scène brillante pour un film à l’esthétique raffinée et à la reconstitution de l’époque soignée aux petits oignons. 

Il est en plus servi par une superbe Cate Blanchett dans la lignée des sublimes Lana Turner, Joan Crawford, Barbara Stanwyck ou Rita Hayworth. Face à elle Rooney Mara achève de nous séduire avec son allure et son look délicats rappelant irrésistiblement la fragilité d’une Audrey Hepburn.

Mon roi de Maïwenn plébiscité par Manuel Valls...

Pourquoi-Mon-Roi-aura-la-Palme-d-or_article_landscape_pm_v8[1].jpgAux antipodes de Todd Haynes, Maïwenn, lauréate du prix du jury en 2011 pour Polisse, revient avec Mon roi. Un titre assez ridicule qui n’annonçait rien de bon. Ce fut le cas dans cette histoire d’amour se voulant passionnelle et tumulteuse, s’étalant sur une dizaine d’années, où un homme et une femme se complaisent à se déchirer et à se détruire.

Têtes d'affiche Emmanuelle Berot, auteur du film d'ouverture La tête haute dans le rôle de Tony l'amoureuse éperdue et Vincent Cassel dans celui du narcissique Giorgio, mari flambeur, macho, et coureur de jupons, mais qui ne peut vivre sans elle. Cette relation chaotique qui se prétend toxique est reconstituée à coups de souvenirs de Tony, qui se remet d’un grave accident de ski dans un centre de rééducation.

Un film fabriqué, artificiel où se multiplient des scènes plus ou moins hystériques avec excès de cris, de larmes, de rires. Et deux héros bobos particulièrement agaçants, entourés de personnages secondaires sans intérêt. On est presque triste pour Louis Garrel, réduit par la réalisatrice à un faire-valoir tentant vainement de passer pour un comique malgré lui.

Enfin, heureusement qu’il y avait le premier ministre Manuel Valls pour apprécier. "Difficile de ne pas sortir bouleversé après ce magnifique moment plein d’émotions que nous ont offert Vincent Cassel et Emmanuel Bercot", a -t-il déclaré. Maïwenn a dû être toute également toute retournée par la critique flatteuse d'un  aussi fin connaisseur du septième art...

17:22 Publié dans Cannes dans Chassé-Croisette | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | | Pin it! |