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  • Grand écran: mes films préférés de 2019, année riche

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    Dans différents genres, 2019 a été une belle année pour le cinéma. Sauf dans la comédie où, à quelques exceptions citées dans ce texte, un trop grand nombre de navets français et américains, à l'image par exemple de Toute ressemblance... de Michel Denisot, ont envahi les écrans. Mais attachons-nous plutôt aux meilleurs. J’en oublie sans doute, mais voici, plus ou moins dans l’ordre, mes films préférés.

    portrait-de-la-jeune.jpgPortrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma, avec Adèle Haenel et Noémie Merlant. Dans ce film fascinant qui se déroule sur une île bretonne en 1770, Céline Sciamma se penche sur l'idylle impossible entre Marianne, une artiste peintre (Noémie Merlant) et Héloïse, jeune fille très réticente à un mariage arrangé (Adèle Haenel). Entre beauté et douceur, Céline Sciamma évoque avec sensualité, finesse, pudeur et sobriété l’éveil d’une éphémère relation passionnée au sein d’une société corsetée. Excellentes, les deux comédiennes se livrent à des joutes verbales de haut vol qui subliment cet envoûtant et fiévreux récit d’un amour interdit, où peinture et cinéma se rejoignent dans un magnifique acte de création.

    Grâce à Dieu de François Ozon, avec Melvil Poupaud, Denis Ménochet, Swann Arlaud. Alexandre vit à Lyon avec sa femme et ses enfants. Un jour, il découvre que le prêtre qui a abusé de lui aux scouts officie toujours auprès d’enfants. Il se lance alors dans un combat, rejoint par François et Emmanuel, victimes du même homme, pour dire ce qu’ils ont subi. Concentré sur l’humain, le film adopte le point de vue des trois hommes fragilisés. Portés par leur désir de reconstruction, ils sont superbement ncarnés par Melvil Poupaud, Denis Ménochet et Swann Arlaud.  Avec ce film sur la libération de la parole pour briser l’inaction des autorités religieuses, François Ozon nous emporte, nous bouleverse, tout en évitant le pathos, l’excès d’indignation forcément inhérents au sujet. Un tour de force.

    maxresdefault.jpgJoker de Todd Phillips, avec Joaquin Phoenix. Ce récit des origines du personnage culte, ennemi juré de Batman, permet à Todd Phillips, récompensé par le Lion d’Or à Venise de signer une œuvre loin des codes des films de super-héros classiques. Socialement actuelle, l’histoire, implacable, est servie par une réalisation stylée, précise, sur fond de scènes barbares. L’auteur évoque l’impunité dans laquelle se croient les puissants face aux faibles traités comme des parias. Jusqu’à l’inévitable révolte. Joker est porté de bout en bout par un Joaquin Phoenix époustouflant, à la fois sinistre, effrayant, humain, monstrueux, provoquant. A lui l’Oscar pour sa prestation hallucinante, démente, flippante, perturbante, bluffante!

    Roubaix, une lumière d’Arnaud Despechin, avec Roshdy Zem, Léa Seydoux et Sara Forestier À Roubaix, un soir de Noël, Daoud le chef de la police locale et Louis, fraîchement diplômé, font face au meurtre d’une vieille femme. Les voisines de la victime, Claude et Marie, un couple de lesbiennes alcooliques et toxicomanes sont rapidement suspectées, Arnaud Desplechin livre un polar noir, métaphysique, sans suspense, Cette brillante chronique de la misère ordinaire est sublimée par le face à face entre Roschdy Zem, Léa Seydoux et Sara Forestier. Les trois sont impressionnants, plus particulièrement Roshdy Zem, qui compose un policier taiseux, empathique, tenant à la fois du psy, du prêtre et de l’assistant social.

    une-vie-cachee-photo-1083408.jpgUne vie cachée de Terrence Malick avec Auguste Diehl. Objecteur de conscience, porté par sa foi et son amour pour sa femme  qui le soutient envers et contre tout, Franz Jägerstätter, un paysan autrichien, refuse de prêter allégeance à Hitler et de se battre aux côtés des nazis. Coupable de trahison, sa vie devient un enfer et il sera exécuté en 1943. Terrence Malick s’est inspiré de faits historiques pour rendre hommage,  à travers Franz, aux héros méconnus, dans un film intense, bouleversant, poétique et d’une grande spiritualité. Ses deux protagonistes nous apparaissent comme deux saints luttant de toutes leurs forces pour préserver l’humanité en cette période de folie. Reconnu martyre en 2007 Franz a été béatifié par l’Eglise catholique.

    Parasite de Joon-ho Bong, avec Kang-ho Song, Woo-sik Choi, Park So-Dam. Dans une veine intimiste le réalisateur sud-coréen, Palme d’or à Cannes, met en scène la violence des rapports sociaux, en racontant l’histoire d’une famille au chômage habitant un sous-sol sordide et qui s’intéresse fortement au train de vie des richissimes Park. Un beau jour, le fils réussit à se faire recommander et décroche un travail de prof d’anglais chez ces bourgeois nageant dans le luxe. A coups de subterfuges, il fait embaucher sa sœur, puis son père et sa mère comme chauffeur et gouvernante. Mais c’est le début d’un engrenage incontrôlable pour les arnaqueurs dans ce drame pimenté de thriller.

    1620681.jpgJ’accuse de Roman Polanski, avec Jean Dujardin, Louis Garrel, Grégory Gadebois. Adapté du roman D de Robert Harris, j’accuse raconte, entre thriller, film de procès et d’espionnage avec faux coupable et contre-enquête, l'une des plus grandes erreurs judiciaires de la fin du 19e siècle, avec la condamnation pour trahison du capitaine Alfred Dreyfus. Le casting est brillant,avec un saisissant Jean Dujardin moustachu, sobre, dépourvu d’empathie et un Louis Garrel tout aussi exempt d’émotion. Cette grande œuvre très personnelle, à la dramaturgie puissante d’une actualité brûlante, impressionne par la manière dépassionnée, implacable, froide, dont l'auteur, qui continue à susciter la polémique, s’attaque à l’affaire.


    Douleur et gloire de Pedro Almodovar, avec Antonio Banderas et Penelope Cruz. Dans son 21e long métrage Almodovar suit Salvador Mallo, un réalisateur en crise autrefois adulé, Il se met intensément à nu, mêlant son côté le plus sombre aux moments les plus lumineux de son enfance, dans ce film mélancolique baigné de tristesse. Il s’agit là de la plus intime et de la plus introspective de ses œuvres, tournant autour de ses premières passions, celles qui sont suivi, la mère, la mort, les acteurs avec qui il y travaillé, les ruptures et les retrouvailles. Entre émois, regrets, impossibilité de séparer l’art de la vie privée, le créatif cinéaste déclare son amour au cinéma dans ce magnifique opus où la douleur l’emporte sur la gloire. Avec Antonio Banderas prix d’interprétation à Cannes et la solaire Penelope Cruz.


    49722-gloria_mundi_-_ana__s_demoustier_and_ariane_ascaride__credits_-_ex_nihilo_agat_films_-e1567514784867.jpgGloria Mundi de Robert Guédiguian, avec Ariane Ascaride, Gérard Meylan et Jean-Pierre Darroussin.Dans un Marseille gris et glacé, Robert Guédiguian, jouant les lanceurs d'alerte, revient avec une émouvante chronique où il se penche sur une société en perdition. symbolisée par une famille modeste au destin tragique. Ce mélodrame en forme de constat social dur, amer et déprimant, où on peut très éventuellement reprocher au réalisateur de  trop accabler les jeunes par rapport à la une génération précédente plus généreuse, a valu à Ariane Ascaride le prix de la meilleure interprétation féminine à la dernière Mostra de Venise. Elle est parfaite dans le rôle de Sylvie qui se tue à la tâche pour subvenir aux besoins des siens. Tout comme Gérard Meylan en sauveur quasiment christique.

    Les Misérables de Ladj Li, avec Damien Bonnard, Alex Manenti et Djbril Didier Zonga. Pour son premier long métrage, Ladj Ly livre un film choc, impressionnant sur la forme et le fond, évoquant les tensions dans les cités avec une population en colère. L’histoire se déroule sur une journée avec trois flics, dont deux se vantent de se faire respecter par la peur. Jusqu’à la bavure qu’il faut absolument étouffer. Mais elle a été filmée par un drone.,, Au fil d’actions saisissantes, les choses vont crescendo dans un ghetto déjà au bord de l’explosion. Ladj Ly évite les clichés, le misérabilisme, le manichéisme, ne montrant pas de gentils jeunes contre de méchants flics ou l’inverse. Les deux sont des deux côtés.


    104607-new-3.jpgThe Irishman de Martin Scorsese, avec Robert De Niro, Al Pacino et Joe Pesci. Revenant au film de mafieux, Martin Scorsese se penche sur Franck Sheeran (Robert De Nkiro), chauffeur de camion d’origine irlandaise, dont la vie change après une rencontre avec Russel Bufalino (Joe Pesci), un parrain de Pennsylvanie, qui l’introduit auprès de Jimmy Hoffa (Al Pacino), dirigeant corrompu du syndicat des routiers, mystérieusement disparu en 1975. Cette fresque mêle la petite histoire de la mafia à la grande histoire de l’Amérique. Entre action et méditation, souvenirs, regrets, exploration de thèmes dépassant le milieu du crime organisé, le réalisateur livre un opus minutieusement structuré, fluide dans son scénario et sa narration. Un bémol toutefois avec le rajeunissement numérique relativement réussi de ses protagonistes.

    Ad Astra de James Gray, avec Brad Pitt. James Gray se lance dans une folle odyssée spatiale aux décors somptueux, sur fond de drame intime, en envoyant Roy, qui se sent seul au monde, dans un voyage initiatique sur les traces d’un père qui l’a abandonné jeune. Cela doit lui permettre de résoudre son conflit intérieur. Anti-héros, il est parfaitement incarné par Brad Pitt, modèle de l’homme américain, mais choisi exprès par le réalisateur pour casser le stéréotype de la masculinité. Le réalisateur crée un personnage qui tire sa force de sa vulnérabilité, de ses failles, de ses faiblesses et de ses échecs.

    5758477.jpgChanson douce, de Lucie Borleteau avec Karin Viard et Leïla Bekhti. Paul et Myriam ont une petite fille et un bébé. Myriam, qui n’en peut plus de se retrouver entre ses quatre murs, souhaite reprendre son travail d’avocate. Avec Paul, elle se met à la recherche d’une nounou. Après en avoir vu plusieurs, ils embauchent Louise, dévouée, bienveillante, consciencieuse. Ils pensent avoir trouvé l’oiseau rare. Mais comme une araignée Louise tisse sa toile, étend son emprise, s’insinue dans l’intimité familiale, devient de plus en plus inquiétante. Et la chanson douce ne tarde pas à se transformer en une ballade horrifique. Avec une géniale Karin Viard, dans le rôle de la psychopathe nounou psychorigide.

    Green Book de Peter Farelly, avec Viggo Mortensen et Mahershala Ali. On est en 1962. bien que le mouvement des droits civiques commence à se faire entendre, la ségrégation règne dans le Sud profond. Don Shirley, célèbre pianiste noir qui doit y entamer une tournée de concerts, engage Tony, videur blanc dans un club newyorkais pour le conduire et le protéger. Ils s’appuient sur le Green Book, qui les renseigne sur les établissements acceptant les personnes de couleur. Car Don Shirley ne peut pas séjourner n’importe où. Ils sont confrontés à la vilenie humaine au cours de ce road movie en forme de réflexion sur le racisme. Et alors que tout les sépare, ils vont devenir amis, formant une sorte de duo comique dans cette histoire vraie, ode à la tolérance et à l’humanisme.

    images-w1400.jpgJeanne de Bruno Dumont, avec Lise Leplat-Prudhomme. Fabrice Luchini, Jean-François Causeret. Depuis Méliès, Jeanne d’Arc fascine les réalisateurs. Deux ans après Jeannette, Bruno Dumont poursuit son adaptation du drame de Charles Péguy. Il revisite toujours plus librement le personnage dans un long métrage épuré, envoûtant, déroutant et poignant, filmant le procès de l’inflexible pucelle guerrière au regard sombre, surprenante d’assurance et de maturité face aux puissants. Elle est à nouveau incarnée par l’extraordinaire Lise Leplat-Prudhomme, 12 ans, déjà Jeanne d’Arc dans Jeannette. Le chanteur Christophe, qui a composé quatre chansons, en interprète une, revêtu de la robe d'un dominicain, à la fin de ce film singulier, puissant, touché par la grâce.

    Boy Erased de Joe Edgerton, avec Lucas Hedges. Fils de pasteur, Jared, 19 ans, vit dans une petite ville américaine de l’Arkansas. Alors que ses parents découvrent son homosexualité, il se trouve face à un terrible dilemme. Soit il suit un programme de thérapie de conversion, soit il sera rejeté par sa famille, ses amis et sa communauté religieuse. Cette histoire vraie est celle du courageux combat d’un garçon pour se construire, alors qu’on remet en question ce qu’il est. Joe Edgerton dénonce et condamne ces pseudo-thérapies, revenant sur ces traitements aliénants imposés aux ados gay pour les remettre dans "le droit chemin". L’intrigue est portée par l’excellent Lucas Hedges.

    un-jour-de-pluie-a-new-york-1.jpgUn jour de pluie à New York de Woody Allen, avec Timothée Chalamet et Elle Fanning. Gatsby et Ashleigh envisagent de passer un week-end en amoureux à New York. Mais la pluie s'en mêle. Séparés, les deux étudiants enchaînent, chacun de leur côté, les quiproquos, les rencontres fortuites et les situations insolites. Gracieusement portée par Timothée Chalamet et Elle Fanning, cette comédie se révèle charmante, piquante, frivole, loufoque. Ciselés, les dialogues sont délicieusement désuets et anachroniques, Woody Allen se projetant à l’évidence dans le rôle masculin principal.

    Le Daim, de Quentin Dupieux, avec jean Dujardin et Adèle Haenel. Dans ce film de fêlés, le Français Quentin Dupieux fait à nouveau d’un objet du quotidien un personnage de cinéma. Après le pneu tueur de Rubber, on découvre un blouson diabolique que déniche Georges (Jean Dujardin), quadra dépressif. L’achat vire à l’obsession. Tout tourne désormais autour de blouson moche à franges 100% daim. Georges est non seulement possédé par l’esprit de ce vêtement avec qui il dialogue, mais ils ont chacun un rêve. Le blouson d’être seul au monde et Georges la seule personne au monde à en porter un. Cela finit par le plonger dans un délire criminel.

    Rocketman de Dexter Fletcher, avec Taron Egerton. Le film nous raconte la vie hors du commun d’Elton John, depuis ses premiers succès jusqu’à sa consécration internationale. Le film retrace la métamorphose de Reginald Dwight, un jeune pianiste prodige timide, en une superstar mondiale, aujourd’hui connu sous le nom d’Elton John. Son histoire, sur fond des plus belles chansons de la star, qui nous donne des fourmis dans les jambes, nous fait vivre l’incroyable succès d’un enfant d’une petite ville de province devenu icône de la pop culture mondiale.Taron Egerton est formidable. 

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  • Grand écran: "La Vérité" réunit pour la première fois Catherine Deneuve et Juliette Binoche

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    LA_VERITE_01_mood-0cfc98a784c4.jpgAprès sa Palme d’or en 2018 pour Une affaire de famille, le Japonais Hirokazu Kore-eda s’est plus ou moins fourvoyé dans un tournage en français. Certes, il ne quitte pas son terrain favori des liens familiaux où il excelle en général, mais ce n’est pas le cas dans La Vérité. Un opus sentimental assez décevant au service d’une histoire anodine, où le talentueux réalisateur perd de son pouvoir dramatique et émotionnel en usant d’une langue qu’il maîtrise mal. 

    Dans ce nouveau long métrage qui avait fait l’ouverture de la Mostra de Venise en septembre dernier, il a choisi de développer les rapports complexes entre Fabienne, arrogante icône du cinéma français au caractère de chien et sa fille Lumir, personnage réservé, scénariste à New York. La publication des mémoires largement inventées de Fabienne qui se donne le beau rôle, ramène Lumir et sa famille dans la maison de son enfance.

    Mais les retrouvailles entre les deux femmes vont rapidement tourner à l’aigre entre non-dits, mensonges, rancunes inavouées et amours impossibles. Parallèlement, Fabienne tourne un film de science-fiction (séquences assez laborieuses) où, réduite à un rôle secondaire, le seul qu’on lui ait proposé, elle incarne la fille âgée d’une mère éternellement jeune.

    Au-delà de l'intrigue, l’idée de Kore-Eda était évidemment de mettre face-à-face Deneuve et Binoche qui n’avaient jamais joué ensemble. Le duel est pourtant inégal. Dans son rôle de star vieillissante, méchante, sarcastique, égocentrique et vaniteuse, la grande Catherine domine les débats. Même si elle n’est pas à son meilleur, elle laisse Juliette en retrait. Quant aux autres acteurs, ils doivent se contenter de servir la reine. A commencer par le malheureux Ethan Hawke en ingrat et inutile mari américain de Binoche. Véritable pièce rapportée, il ne fait qu'errer dans le film comme une âme en peine.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 25 décembre.

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  • Grand écran: "It Must Be Heaven" raconte l'absurdité du monde et ses folles dérives

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    maxresdefault.jpgPalestinien de nationalité israélienne, le cinéaste Elia Suleiman à la recherche d’une nouvelle terre d’accueil, fuit son pays avant de réaliser qu’il le suit comme une ombre. Car où qu’il s’envole, de New York à Paris en passant par Nazareth où il est né et où il a grandi, quelque chose lui rappelle toujours sa patrie.

    La promesse d’une vie nouvelle se transforme ainsi rapidement en une séduisante comédie de l’absurde. Dans une succession de saynètes en forme de conte existentiel, burlesque, Elia Suleiman, personnage muet, joueur et pince-sans-rire, clown triste à lunettes coiffé d’un chapeau, souvent comparé à Buster Keaton ou Jacques Tati, explore l’identité, la nationalité, l’appartenance.

    It Must Be Heaven, film en trois actes et un épilogue, non dépourvu de clichés et de gags faciles il faut le dire, brosse ainsi dans l’ensemble un portrait à la fois désabusé, poétique, satirique, désespéré et humoristique des folles dérives d’un monde gangréné par la violence, l’oppression, la ségrégation, l’exclusion. Un monde dont l’auteur critique vivement la marche aberrante et où il tente de trouver un endroit où se sentir «chez soi». Mais derrière le pessimisme, se cache toutefois l’espoir d’un futur meilleur, notamment symbolisé par la jeunesse palestinienne.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 25 décembre. 

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  • Grand écran: "Echo", singulier Noël à l'islandaise en forme de miroir contemporain

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    bergmal_2_copy.jpgOn est loin des nanars du genre, hollywoodiens ou non, pleins de bons sentiments et de valeurs chrétiennes. Avec Echo, le réalisateur islandais Runar Runarsson propose, en 56 vignettes qui s’inscrivent entre les préparatifs de Noël et de Nouvel-An, une radiographie de son pays en particulier et de l’ensemble de notre société moderne en général.

    Ces tableaux sans lien les uns avec les autres, prosaïques, poétiques, magiques, joyeux, tristes, beaux ou laids,  diffèrent également par leur longueur ou leur sujet. Comprenant autant d’éléments que possible, ils sont interprétés par... 330 acteurs, eux aussi déconnectés les uns des autres.

    Traitant des fêtes tout en se penchant sur les à-côtés, l’auteur nous emmène d’abord dans une laverie automatique pour voitures où de grands balais s’animent progressivement au rythme d’une musique symphonique. Créant des contrastes, il passe du spectaculaire incendie d'une ferme abandonnée (photo) à une dispute ex-conjugale au téléphone, du corps d’un petit garçon dans son cercueil à une véritable naissance.

    On navigue également d’une représentation enfantine de Noël à un concours de Miss Bikini, d’un abattoir où défilent des poules à une jeune fille dans un salon demandant à sa grand-mère d’essayer son casque de réalité virtuelle, d’une révolte d’employés de supermarché à un jeune homme noir dans un solarium. Non pas pour bronzer mais pour chasser une déprime provoquée par le manque de lumière en ces courtes journées nordiques.

    Tout n'est certes pas pareillement réussi dans ce film collage singulier, visuellement soigné mais aux situations plus ou moins captivantes, où le réalisateur s'est fixé quelques règles comme une caméra fixe ou le fait qu'un acteur ne doit apparaître que dans une seule histoire, Il ne nous plonge pas moins dans une ambiance spéciale, en s'emparant à sa manière de la folie de Noël avec d'intrigantes saynètes entre drame, cynisme et humour.

    maxresdefault.jpg«C’est un film sur de petits fragments de la vie qui, ensemble, représentent notre société. Certains aiment Noël et Nouvel-An, d’autres pas. Echo agit comme un amplificateur d’émotions d’un côté ou de l’autre», nous dit Runar Runarsson (photo) lors d’une rencontre à Genève. «Mon but n’est pas de critiquer cette période festive, mais avant tout d’observer. Pour moi, c’est un miroir où chacun peut voir un reflet de sa propre existence.»
    .
    Vous traitez d’une multitude de thèmes.

    C’est normal. Tant de choses se produisent dans une semaine, voire quotidiennement. La vie, la mort, la naissance, la solitude, les sans-abri. Je n’ai rien inventé. Tout ce que je décris m’est arrivé en peu de temps ou concerne des gens qui me sont proches.

    Vos 330 protagonistes sont des non-professionnels. Etaient-ils difficiles à diriger?

    Non. Il y a eu un peu d’improvisation. J’exerçais un contrôle limité. Qu'ils soient non-professionnels me permettait d'ancrer le film encore davantage dans le réel. Certains d'entre eux ont suivi des études, mais n'ont jamais eu de rôle. De toutes façons, ce n'est pas très important car n'importe qui est capable de jouer la comédie ou de chanter. Il suffit d'essayer.

    C’est votre troisième long-métrage et il est radicalement différent des deux précédents, disons classiques en comparaison. Allez-vous tenter quelque chose de nouveau pour le suivant ?

    Je n’en sais rien. Je suis toujours mon cœur, mon instinct. Du coup, il est possible que je ne réalise plus d’autres films.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 25 décembre.

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  • Grand écran: "Docteur?" met laborieusement face-à-face Michel Blanc et Hakim Jemili

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    docteur_film_séguéla.jpgVieux généraliste alcoolique à la limite de la radiation en raison des libertés qu’il prend avec l'exercice de la médecine, le docteur Mamou Mani est néanmoins le seul SOS Médecin de garde à Paris le soir de Noël.

    Les appels s’enchaînent jusqu’à celui de Rose, un membre de sa famille. Le toubib arrive sur les lieux en même temps que Malek, un coursier Uber Eats, qui rêve de devenir médecin. Gentil, serviable mais casse-pieds, il commence à se mêler de tout. Leur rencontre provoque rapidement d’improbables situations quand Mamou Mani, soudainement immobilisé par un lumbago, se fait remplacer dans ses visites par le coursier qu’il guide grotesquement par téléphone.

    Tristan Séguéla met ainsi en scène Michel Blanc en praticien grincheux, dépressif, plus ou moins misanthrope, au bout du rouleau et le jeune youtubeur Hakim Jemili (photo), qui fait ses premiers pas sur grand écran dans le rôle d’un garçon aussi maladroit qu'emmerdeur.

    Si le réalisateur avait vaguement dans l’idée de reproduire le tandem Lino Ventura-Jacques Brel, c’est raté. Entre confrontation de générations et plate tentative de critique d’ubérisation tous azimuts, le réalisateur propose une grosse farce convenue qui se veut cynique mais se traîne. A de rares exceptions, il nous sert des gags bien gras et débiles avec un duo tentant laborieusement d’être drôle.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 11 décembre.

     

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  • Grand écran: Edward Norton revient avec "Motherless Brooklyn". Noir c'est noir...

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    edward-norton-motherless-brooklyn-opens-2019-rome-film-fest.jpgDans les années 50, l’administration municipale tente de revitaliser le quartier de Brooklyn. Alors qu’elle rase de vieux immeubles pour les remplacer par des appartements chics, Lionel Essrog, un détective privé atteint du syndrome de la Tourette, guidé par son sens de la vérité et de la justice, mène une enquête complexe sur la mort de son mentor Frank Minna.

    Ce dernier a été tué par une organisation criminelle aux ramifications multiples dans les hautes sphères de Big Apple. Des clubs de jazz de Harlem aux taudis de Brooklyn en passant par les beaux quartiers de Manhattan, Lionel découvre des secrets et va affronter l'homme le plus redoutable de la ville pour sauver l'honneur de son ami assassiné.

    Réflexion sur le pouvoir, Motherless Brooklyn, adapté du roman à succès de Jonathan Lethem paru en1999, est signé Edward Norton. Opérant son retour à la réalisation quelque 20 ans après Au nom d’Anna, il joue également le personnage principal et n’a pas lésiné sur le casting en convoquant à ses côtés Alec Baldwin, Willem Dafoe, ou encore Bruce Willis.

    Si, contrairement au livre, l’histoire est située dans les fifties, Edward Norton n’en dresse pas moins un parallèle avec le phénomène actuel de gentrification qui ne cesse de s’amplifier dans les métropoles, entraînant le déplacement de résidents à faible revenu. Le caractère d’Alec Baldwin est d’ailleurs directement inspiré du politicien Robert Moses, urbaniste sans scrupules qui a transformé New York en boboïsant certains quartiers,

    Avec Motherless Brooklyn, film très noir, Edward Norton veut recréer le style et l’atmosphère des classiques hollywoodiens du genre, ce qui implique une minutieuse reconstitution, dans les décors, les dialogues, les costumes, les voitures, les personnages, flics véreux et politiciens corrompus. Visuellement c’est réussi. On n’en dira pas autant de l’intrigue inutilement tarabiscotée, tortueuse et d’une longueur que rien ne justifie.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 4 décembre.

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  • Grand écran: "Je ne te voyais pas", plaidoyer pour une justice restaurative

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    8def5dcc3be1ed6cb0c5e54ff7f4c3ff.jpgPlus focalisée sur l’acte commis que sur les besoins des parties, la justice pénale montre des limites. François Kohler, juriste de formation, plaide pour une justice restaurative, démarche qui permet aux victimes et aux agresseurs de se rencontrer. En ouvrant le dialogue, elle encourage les unes et les autres à gérer eux-mêmes leurs conflits et les aide à sortir de leur statut réciproque.

    Elle donne l’occasion aux victimes de se reconstruire en exprimant la souffrance subie et aux auteurs des crimes de se responsabiliser en reconnaissant leur culpabilité, condition sine qua non à l’entame d’une médiation. C’est ce difficile rapprochement que le réalisateur neuchâtelois explore dans Je ne te voyais pas, un documentaire poignant où les protagonistes des deux bords se révèlent très émus.

    Le métrage évoque notamment le cas de Paul Steiger attaqué il y a 22 ans dans le bureau postal dont il était responsable. Menacé d'une arme chargée, ainsi que sa femme et sa fille, il a été obligé d'ouvrir le coffre. Récemment, il a pu voir Ruedi Szabo, l’un des auteurs du hold up. En prenant conscience du mal qu’il a causé, le braqueur a permis à sa victime de se libérer de son état, de reprendre le pouvoir, d’avoir le dernier mot.

    Si ces face-à-face peuvent être réparateurs, ils ne résolvent certes pas tout. Par exemple le pardon est difficile. S’il a lieu, c’est évidemment magnifique. Mais pour François Kohler, le processus qui vise à apporter des réponses, est plus essentiel que le pardon lui-même.

    Précisons par ailleurs que le cinéaste n’oppose pas justice pénale et restaurative. Celle-ci est un complément important, car il y a une marge de progression pour une réhumanisation. Au-delà de l’aspect juridique, il s’agit en effet de réparer le tissu dans une société fracturée, de recréer du lien, de la paix sociale. A cet égard, François Kohler regrette, en préambule, que la Suisse soit en retard sur ce type de médiation, contrairement à la Belgique où elle existe depuis 2005.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 4 décembre.

     

     

     

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  • Grand écran: Anthony Hopkins et Jonathan Pryce s'affrontent avec passion dans "Les deux papes"

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    the-two-popes-photo-anthony-hopkins-jonathan-pryce-1096044-large.jpgEn principe, un pape meurt à la tâche. Il ne démissionne pas. A moins qu’il ne soit déposé, déporté, poussé ou contraint, comme neuf d’entre eux au cours des siècles, le dernier étant Grégoire XII en 1415. C’est pourquoi l’abdication de Benoit XVI, le 12 février 2013, a provoqué la stupeur générale.

    Ouvrant une nouvelle page de l'histoire de l'Eglise catholique, cette renonciation et l’élection un mois plus tard de l’archevêque de Buenos Aires Jorge Bergoglio, servent de base à une nouvelle production Netflix, Les deux papes.

    Inspirée de faits réels, l’œuvre est signée du Brésilien Fernando Meirelles, sur un scénario du dramaturge néo-zélandais Anthony McCarten. Elle réunit Anthony Hopkins dans le rôle de Benoît et Jonathan Pryce dans celui de François, sur fond de scandales pédophiles et de corruption. Rapidement évacués, il faut le dire.

    Le film se concentre surtout sur la relation entre Joseph Ratzinger et Jorge Bergoglio. En 2012, ce dernier atteint par la limite d’âge avait demandé à Benoît XVI, qui le fait patienter, l’autorisation de se retirer. Il se rend ensuite à Rome où les deux hommes entament d'intenses conversations dans la résidence d'été du souverain pontife et la chapelle Sixtine. 

    L’intrigue se fonde sur leur opposition de style. On découvre l’érudition, la méditation et le doute chez le conservateur Allemand, la volonté de réformer et de prendre des risques chez le progressiste Argentin.

    Le film rappelle aussi que Joseph Ratzinger et Jorge Bergoglio ont connu chacun un passé dramatique, un éventuel engagement (démenti) au sein des jeunesses hitlériennes pour le premier et un rôle contesté lors de la dictature militaire argentine pour le second évoqué, lui en revanche, par des flashbacks en noir et blanc.

    L’opus dont on retiendra la finesse des dialogues, mais qui ne brille pas par sa mise en scène et auquel on reprochera sa longueur, vaut surtout par la remarquable prestation des deux protagonistes qui se livrent corps et âme lors de leurs rencontres.

    A côté d’Anthony Hopkins, Benoît cérébral tout en retenue, sinon coincé, mais d'une amabilité inattendue et se laissant aller à ses talents de pianiste, Jonathan Pryce campe un François physiquement plus vrai que nature, charismatique, plein d’humour, simple et modeste. Manifestant de surcroît un goût immodéré pour le tango et le football, passion qui donnera lieu à une scène jubilatoire.

    A l’affiche à Genève au Cinérama Empire dès mercredi 4 décembre à raison de deux séances par jour,  "Les deux papes" sera diffusé sur Netflix à partir du 20 décembre.

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  • Grand écran: Guédiguian se mue en lanceur d'alerte dans "Gloria Mundi". Avec Ariane Ascaride sacrée à Venise. Interview

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    1567605677695.jpgAprès La Villa, Robert Guédiguian revient avec Gloria Mundi, émouvante chronique où il se penche sur une société en perdition. Le film ouvre pourtant sur un jour heureux. Une famille recomposée se retrouve à la maternité pour fêter la naissance de Gloria, la fille de Mathilda (Anaïs Demoustier) et de Nicolas (Robinson Stévenin).

    Parallèlement on voit Daniel (Gérard Meylan), le père de Mathilda, sortir d’un long séjour en prison. Son ex-femme Sylvie (Ariane Ascaride), exploitée dans une société de nettoyage industriel et Richard (Jean-Pierre Darroussin), son second mari conducteur de bus, l’invitent à revenir à Marseille et à rencontrer sa petite-fille.

    Mais le bonheur, illusoire, va bientôt céder la place à la noirceur, à la violence, à la colère, au désespoir, à la trahison. Le jeune couple n’arrive pas à nouer les deux bouts. Nicolas qui pense s’en sortir comme chauffeur Uber s‘enfonce dans les dettes, tandis que Mathilda, vendeuse à l’essai se morfond sans oser broncher dans cet emploi précaire. Elle envie sa demi-sœur Aurore (Lola Neymark) et son compagnon Bruno (Grégoire Leprince-Ringuet) qui s’enrichissent sans états d’âme sur le dos des plus pauvres.

    Dans un Marseille gris et glacé à la modernité architecturale mondialisée, le toujours militant mais désabusé Robert Guédiguian brosse le portrait implacable d’une jeunesse aux abois, produit d’un monde impitoyable. Il lui oppose la génération précédente, assistant impuissante à la perte de ses idéaux, solidarité, fraternité, fidélité, dans un univers déshumanisé qui court à sa perte.

    5c21d9759a99b895fbd02ec460621428_L.jpgIl est symbolisé par cette famille modeste au destin tragique. Ce mélodrame en forme de constat social dur, amer et déprimant, où on peut reprocher au réalisateur de grossir le trait et de trop accabler les jeunes, a valu à Ariane Ascaride le prix de la meilleure interprétation féminine à la dernière Mostra de Venise.

    Elle est parfaite dans le rôle de Sylvie qui se tue à la tâche pour subvenir aux besoins des siens. Et on n’oubliera pas, aux côtés des impeccables Demoustier, Darroussin, Stévenin, Leprince-Ringuet, Lola Neymark, le lumineux et poétique Gérard Meylan, réfugié dans une chambre miteuse où il écrit des haïkus, et qui se sacrifiera pour aider cette tribu qui se déchire, victime du marasme ambiant.

    Gloria Mundi est probablement le film le plus noir et le plus pessimiste de Robert Guédiguian. Ariane Ascaride, rencontrée récemment à Genève n’en disconvient pas, tout en nuançant le propos. «C’est vrai. Il est très sombre. Mais en même temps Robert regarde les gens avec beaucoup d’amour et d’humanité. Il veut encore croire qu’on peut faire bouger les choses. C’est un cri d’alarme destiné aux politiques pour leur dire qu’on ne peut pas continuer comme ça. Il faut se préoccuper de ceux qui souffrent d’exclusion. A Paris, à Marseille et dans d’autres grandes villes, les cités, par exemple, forment un monde à part. Le fossé s’est considérablement creusé avec leurs habitants. Il faut aujourd’hui passer par l’école, la santé pour espérer que cela change».

    On est tenté de dire qu'il s'agit presque d'un film "gilet jaune".

    Robert l’écrit un an avant la crise. Quand on commence à tourner, c’est le début des manifestations. Pour moi un artiste anticipe toujours les choses. Je ne sais pas s’il parle des gilets jaunes, mais ce dont je suis sûre c’est qu’il évoque tous ceux qu’on ignore, qui s’épuisent pour des salaires de misère et ne savent pas comment ils vont finir le mois.

    Parlez-nous de votre rôle de femme de ménage.

    C’est la louve de Rome qui veut protéger ses enfants. Une combattante dans la survie. Et cela fait longtemps que ça dure. Il faut absolument s’en sortir. Elle ne veut pas que sa fille se retrouve dans la même situation quelle auparavant.

    On est surpris que vous ne vous mettiez pas en grève comme les autres employés.

    C’est en effet la première fois que je joue un personnage qui refuse de faire grève. Si c’était le cas, Sylvie ne  pourrait pas sauver sa famille. Cela suffit à raconter l’état d’anxiété des gens avec ce tissu social complètement distendu, où il n’y a plus de proposition politique, où la gauche en a pris un sacré coup.

    Vous avez neuf minutes pour faire une chambre. Quand vous frottez, on sent que ce n’est pas du flanc.

    Je viens d’une famille populaire, je sais très bien frotter. Et ce n’est pas nouveau. Vous n’imaginez pas le nombre de films où j’ai dû passer l’aspirateur. Pour résumer, j’ai rarement été une princesse au cinéma. 

    gloria_mundi_photo_12-ex-nihilo-2019-1600x865.jpgVous êtes entourée de Gérard Meylan (à droite), votre ex-mari dans le film et le second Jean-Pierre Darroussin. Il y a un petit parfum de Marie-Jo et ses deux amours.

    J’y ai évidemment aussi pensé. Mais pour être juste, on est très souvent tous les trois, Robert ayant utilisé toutes les situations possibles et imaginables en me faisant jouer avec ces deux hommes.

    Vous avez été sacrée meilleure actrice à Venise. Une surprise ?

    Oui je l’avoue. Pourquoi moi ? C’est un film choral. Sincèrement, je pense que le prix d’interprétation aurait dû être masculin et aller à Gérard Meylan. Evidemment j’étais très contente. Mais c’est un métier difficile. Et après un prix il faut tenir. On change de statut.

    Vous aviez pourtant déjà eu un César. Et apparemment vous avez bien supporté le choc.

    C’est vrai. Mais je l’ai eu à 40 ans. Heureusement d’ailleurs. De toute façon, à 20 ans, je ne correspondais pas aux actrices de mon âge. Après avoir été un handicap, mon physique particulier s’est révélé un avantage. Je reste un peu à côté, mais je suis incontournable.

    Dans le fond c’était une chance pour vous d’avoir un mari cinéaste.

    Je vous signale que lui aussi avait de la chance de m’avoir! On a chacun amené quelqu'un. Au départ c’était une petite entreprise à quatre. Et cela fait 36 ans que ça dure.

    A part deux films, vous jouez dans tous les Guédiguian. Vingt plus précisément. Mais vous collaborez avec d’autres réalisateurs. Comment cela se passe-t-il?

    Très bien. J’adore travailler avec d’autres cinéastes. La seule chose que je ne supporterais pas c’est le conflit. On me prend comme je suis ou on ne me prend pas. C’est très clair.

    "Gloria Mundi" à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 4 décembre.

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  • Grand écran: "And Then We Danced", émancipation sexuelle entre rivalité et désir irrésistible

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    And-Then-We-Danced.jpgA priori la danse folklorique géorgienne et la discipline de fer qu’impose un maître intransigeant à l’un de ses meilleurs adeptes ne sont pas de nature à provoquer un fol enthousiasme. C’est compter sans le talent de Levan Atkin, réalisateur suédois d’origine géorgienne, qui nous touche et nous séduit avec son troisième long métrage, And Then We Danced, récit d’une émancipation sexuelle sur fond de culture et de politique dans un Etat orthodoxe peu favorable à la liberté des mœurs.  

    Depuis qu’il sait marcher, Merab (l’excellent et lumineux comédien-danseur Levan Gelbakhiani) s’est formé avec rigueur à la pratique traditionnelle des sauts, kartuli, kandjlouri et autres khevsourouli. Avec une fougue qui ne trompe pas sur la volonté farouche de ce garçon mince et musclé au physique androgyne d’atteindre les sommets, en réalisant son rêve d’intégrer le prestigieux Ballet National.

    Humilié par son professeur

    On le découvre en studio où, avec Mary son amie de toujours, il recommence  inlassablement ses pas et ses mouvements, tendant à leur apporter un peu de renouveau entre fluidité et rigidité. Mais ce n’est pas gagné, son entraîneur ne cessant de l’humilier, lui assénant qu’il est trop mou, aboyant, sans qu’il ose le contredire, qu’il n’y a pas de faiblesse dans la danse géorgienne. Elle requiert une hyper masculinité s’opposant à la candeur virginale des filles, lui répète-t-il.

    C’est alors que débarque le charismatique et magnétique Irakli (Baschi Valishvili) à la boucle d’oreille. Mais si ce garçon décomplexé face au prof se pose en grand rival, il devient aussi le plus cher désir de Merab, qui finit par l’emporter sur la compétition. Cette forte attirance se manifeste lors d’un de ces week-ends alcoolisés, où Merab et ses amis cherchent à s’évader d’un quotidien dominé par la promiscuité familiale, le manque lancinant d’argent et la  perspective désespérante d’un avenir bouché.  

    Si l’éveil sexuel de ce personnage aussi attachant que désarmant, commence avec Irakli, il ne se prolongera pas avec lui, l’intéressé disparaissant un jour sans prévenir. L’important n’est toutefois pas seulement une romance gay contrariée, par ailleurs dénoncée comme contre-nature, mais le parcours intérieur de Merab, la découverte de son identité, la manière dont le cinéaste filme les corps, captant l’érotisme masculin en mêlant sensualité, intensité, délicatesse et tendresse.

    And Then We Danced, qui représentera la Suède aux Oscars, est le premier film LGBT en Géorgie, tourné à Tbilissi, la capitale. On rappellera que même si une loi a été promulguée pour protéger les minorités sexuelles, leur situation reste précaire dans le pays, comme l’évoque l’œuvre. Sélectionné à la dernière Quinzaine des réalisateurs à Cannes, Levan Atkin avait d’ailleurs rendu hommage aux personnes attaquées dans ce qui devait être la première Gay Pride en 2013.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 4 décembre.

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