Google Analytics

Grand écran: "Les Misérables", un brûlot social sur la banlieue qui vous scotche au fauteuil

Imprimer

2340883.jpgAvec Les Misérables, son premier long métrage coup de poing, véritable brûlot social, Ladj Ly qui avait logiquement décroché le prix du jury à Cannes en mai dernier, vous scotche au fauteuil. Il livre un film choc, impressionnant sur la forme et le fond évoquant les tensions dans les cités avec une population en colère. Un tour de force pour ce débutant, qui a déjà gagné ses galons de réalisateur confirmé.

Né à Montfermeil, il avait créé à 17 ans le collectif Kourtrajmé avec notamment le soutien de Costa Gavras. Il a trouvé sa vocation en voyant La Haine de Mathieu Kassovitz. Les Misérables nous fait évidemment penser à ce film qui, en 1995, raflait le prix du jury, révélant par ailleurs un auteur, Mathieu Kassovitz et un acteur, Vincent Cassel.

On souhaite le même bonheur à Ladj Ly, qui assume la comparaison. Mais si Kassovitz filmait les affrontements entre les jeunes de la banlieue parisienne et les policiers du point de vue des habitants, lui inverse les choses et montre la confrontation à travers le regard des policiers.

Stéphane (Damien Bonnard), arrivé de Cherbourg, intègre la BAC (Brigade anti-criminalité) de Montfermeil, dans le 93e arrondissement parisien, au lendemain de la victoire des Bleus au Mondial, fédératrice d’une France réunie autour du drapeau et de la Marseillaise. Un état de grâce qui ne va pas durer

Les tensions entre les différents groupes

Pour Chris, flic assez naïf, c’est son premier jour et il fait connaissance de ses nouveaux coéquipiers expérimentés, Chris teigneux chef de brigade (Alexis Manenti) et Gwada (Djibril Didier Zonga). Pour le mettre tout de suite dans le bain, ils lui font faire le tour du propriétaire, se vantant de se faire respecter par la force et la peur. Disons-le tout de suite, ils sont excellents, même si le comportement macho-facho de Chris frise parfois la caricature.

L’histoire se déroule sur une journée. Stéphane ne tarde pas à découvrir les tensions entre les différents groupes. Cela commence très mal entre les habitants et les Tziganes d’un cirque auxquels une petite frappe a volé un lionceau. Rapidement localisé, le gamin est gravement blessé lors d’un tir de LGB. C’est la bavure que Chris veut absolument étouffer, mais elle a été filmée par un drone… Au fil d’actions saisissantes, les choses vont alors crescendo dans un ghetto déjà au bord de l’explosion.

19300535.jpgUne approche documentaire

Ladj Ly développe un court métrage réalisé en 2017. Il garde une approche documentaire dans sa description très réaliste de l’univers corrompu de la cité, tout en évitant les clichés et le manichéisme, veillant aussi à ne pas tomber dans le misérabilisme Il ne montre pas de gentils jeunes contre de méchants flics ou l’inverse. Les deux sont des deux côtés

Comme on le mentionnait plus haut, le cinéaste connaît bien Montfermeil. Il a grandi dans la cité des Bosquets et a réalisé plusieurs documentaires dont «365 jours à Clichy-Montfermeil» qui témoignait de la vie dans le département de la Seine-Saint-Denis confronté aux émeutes de 2005, dont les braises n’ont pas été éteintes quatorze ans après.

«On se sent toujours abandonné, écarté»

«Les choses n’ont pas vraiment évolué. J’habite la banlieue depuis trente-huit ans. On se sent toujours abandonné, écarté. Aujourd’hui, j’ai l’impression qu’on essaye de nous mettre dans des cases. Cela fait plus de vingt ans qu’on est des gilets jaunes, qu’on se prend des coups de flashball et on a l’air de découvrir les violences policières» Il précise: «J’ai emprunté le titre à Victor Hugo, parce qu’une partie du roman se déroule à Montfermeil, mais aussi pour rappeler qu’un siècle plus tard, la violence est toujours présente sur le territoire.»

«Les habitants sont en souffrance. Ils se cherchent sans cesse, avec de grandes gueules toujours avides d’en découdre, des flics qui font chier le monde quand ils veulent un peu d’action, des gamins sans perspective qui se révoltent contre toute forme d’autorité, le maire, les flics. Parce qu’ils en ont ras-le bol.»

En conférence de presse sur la Croisette, Ladj Ly déclarait: «J’aimerais que le président voie le film. Je lui demande de nous entendre, de nous écouter. C’est un vrai message que je lui adresse. Je suis prêt à lui faire une projection à l’Elysée». Finalement, Emmanuel Macron l’a regardé en DVD. Il s’est dit «bouleversé». Mais on parle de récupération politique.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 20 novembre.

Lien permanent Catégories : Sorties de la Semaine 4 commentaires

Commentaires

  • A lire votre résumé et à voir la bande-annonce, un flic macho-facho fait des contrôles au faciès, blesse un pauvre innocent tzigane et la banlieue s'enflamme. On ne peut qu'admirer un scénario aussi original et jamais imaginé dans le cerveau d'un islamo-gauchiste...
    Que des films aussi simpliste (c'est les autres qui ont commencé, c'est pas de notre faute, nous on est les pauvres opprimés, le tout filmé comme un téléfilm semble-t-il) obtienne un prix à Cannes montre la déliquescence de l' "intelligentsia" artistique. On ne prime pas les bons films, on prime les "mieux-pensants".
    A part ça, je vous invite, et vos collègues journalistes, à vous interroger sur les raisons qui font qu'aucun pays européen (et la Suisse non plus, informez-vous sur certains quartiers), même pas les plus à gauche (Suède, Danemark), n'a réussi à intégrer certaines (je vous laisse deviner lesquelles) populations immigrées. Voilà qui ferait un article plus intéressant que la louange de films aussi caricaturaux (le fait qu'il intéresse M. Macron est d'ailleurs très inquiétant et montre bien que celui-ci n'a décidément rien compris).

  • Je ne pensais pas lire un jour une "critique" aussi surréaliste que celle de Catherine (ci-dessus) qui a visiblement plus peur des musulmans que du ridicule en se permettant descendre un film sur la base de sa.... bande annonce.

    Faut le faire !

  • Diego, au moins je reconnais n'avoir pas vu le film et n'avoir aucune envie de le voir parce que je sais exactement ce qu'il va raconter et comment il va le faire. D'ailleurs Barbara Lefebvre (sur RMC), qui a vu le film, confirme ce que je pense. . De plus, je me suis déjà infligé la daube bien-pensante passée récemment à la TV, l'Ascension, film dans lequel le grand acteur (sic) Ahmed Sylla parle à 8848 m comme il parlerait à 200 m (dans sa banlieue donc), daube que l'intelligentsia a trouvé géniale et qui a obtenu plusieurs prix. Ca me confirme le faible niveau intellectuel des critiques de cinéma actuel et leur soumission à la bien-pensance et à une certaine communauté.

  • "Ca me confirme le faible niveau intellectuel des critiques de cinéma actuel"
    Il y a une quinzaine de minutes, sur la Première, Vertigo, Rafaëlle Bouchet, à propos du réalisateur de ce film : "même ceux qui commettent les pires horreurs, il les filme avec empathie" (je ne suis plus très sûr si elle a dit "empathie" ou sympathie" ou autre chose du genre. Mais cela signifie que Rafaëlle Bouchet admire le fait que les délinquants sont valorisés à l'extrême dans ce film.
    En un mot comme en cent : Catherine a complétement raison. Inutile d'aller donner son fric à nos pires ennemis...

Écrire un commentaire

NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.

Optionnel