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  • Grand écran: "Insoumises", avec Sylvie Testud parfaite en rebelle habillée en homme

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    csm_043af7b0d40a2bd6bb50b519d5dd0ced_c89d9f2d47.pngUne nonne seule, face à la mer, au sommet d’une falaise battue par les vagues. C’est ainsi que commence  Insoumises, un film coréalisé par Laura Cazador et Fernando Perez. Il raconte l’histoire incroyable mais vraie d’Henriette Faber, née à Lausanne, où elle demeure inconnue, en 1791, Comme tant d’autres c’est une figure oubliée de l’histoire. Mais elle est devenue l’icône de la communauté lesbienne, transgenre ou encore des militants anti-esclavagistes de Cuba, son île d’adoption.

    Mariée très jeune elle se retrouve veuve à 18 ans. Déguisée en homme, elle part à Paris pour étudier la médecine à la Sorbonne avant de débarquer à Cuba en 1819. A Baracoa, dans l’est du pays, elle devient Enrique Faber, ce chirurgien blanc qui intrigue la bonne société locale, soignant indifféremment les riches et les pauvres, tout en affirmant ses convictions anti-esclavagistes.

    Un procès aussi retentissant que scandaleux

    Tombée amoureuse de Juana de Leon, une superbe sauvageonne qu’elle a sauvée d’une méchante fièvre, rejetée pour avoir perdu sa virginité (alors qu’elle a été violée par un redoutable marchand d’esclaves), elle l’épouse. Un mariage célébré à l’église, qui rend pour un temps à Juana sa dignité flétrie. Mais la frêle silhouette et le comportement peu viril du médecin finissent par poser question.

    Quand la vérité éclate, tous se liguent pour dénoncer férocement Enrique(ta) qui, maltraitée et humiliée, se retrouve au cœur d’un procès retentissant, l’un des plus scandaleux de l’île. Elle sera condamnée à l’exil par la justice cubaine, et c’est cette fois sous l’habit de nonne, dans un couvent de la Nouvelle-Orléans, qu’elle a continué à soigner les déshérités jusqu’à sa mort.

    Un rôle sur mesure

    Le rôle d’Enrique Faber a été confié à Sylvie Testud, qui avait manifesté son intérêt et appris l’espagnol pour mieux investir son personnage. C’est du sur mesure. Avec son physique androgyne, elle incarne parfaitement cette insoumise habillée en homme, à la fois froide, énigmatique, inflexible et fragile,  à l’éthique sans failles. Insensible aux faveurs que les puissants du coin  tiennent à lui dispenser, elle ne craint pas de s’insurger contre la domination blanche et d’en dénoncer les préjugés.  

    Entre oppression coloniale, rebellions d’esclaves, catholicisme espagnol et religions africaines,  les auteurs se sont, de leur côté, attachés à comprendre le contexte de cette période décadente et contradictoire de l’histoire cubaine au prix d’un très long travail de recherches, de documentation et d’écriture. Ils parviennent ainsi  à restituer, entre moiteur et végétation luxuriante, deux l'atmosphère tropicale et glauque de Baracoa, où fleurissent le commerce d'esclaves et les terribles inégalités sociales. 

    A l’affiche à Genève dès le 27 août et ailleurs en Suisse romande dès le 28 août. 

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  • Grand écran: "Roubaix, une lumière", un polar brillant et troublant. Avec un trio de choc

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    Lea-Seydoux-Claude-Roschdy-Zem-commissaire-Daoud-Roubaix-lumiere-dArnaud-Desplechin_0_729_487.jpgUne nuit de Noël à Roubaix. La commune la plus pauvre de France confrontée à un chômage de masse, au délabrement et à la désespérance.  Insomniaque solitaire, le commissaire Daoud (Roshdy Zem) sillonne la ville. Véhicule incendié, bagarres, plaintes, interpellations, fouilles, tentatives inlassables de démêler le vrai du faux, les affaires courantes d’un quotidien policier laborieux sans cesse recommencé.

    Mais rapidement une enquête va prendre le dessus. En compagnie de Louis (Antoine Reinartz), un bleu qui vient de débarquer, féru de Levinas mais avide de faire ses preuves, le calme et chevronné Daoud va devoir résoudre le meurtre d’une vieille dame esseulée.

    Ses voisines Claude et Marie (Léa Seydoux et Sara Forestier), un couple de lesbiennes d’une trentaine d’années, sont rapidement suspectées. Alcooliques, toxicomanes et sans le sou, elles vont finir par avouer avoir tué Lucette, 83 ans, dans son lit. Un crime sordide pour un butin dérisoire, une télévision, des produits à vaisselle et de la nourriture pour chiens.

    Un changement de registre très réussi

    C’est la première fois qu’Arnaud Desplechin, adepte du romanesque, revenu pour l’occasion dans sa ville natale et désireux de filmer le réel, s’attaque au polar. Le changement de registre est très réussi, même s’il n’a pas convaincu le jury du dernier Festival de Cannes qui a laissé le réalisateur repartir les mains vides..

    Notamment inspiré par Hitchcock et Dostoïevsky, le fer de lance du cinéma d’auteur français livre avec Roubaix, une lumière, un polar noir, métaphysique, singulier, sans suspense, principalement centré sur l’investigation, les témoignages, les interrogatoires, les dépositions, la reconstitution du crime avec des versions passées au crible. C’est la force de ce film réaliste, basé sur une garde à vue authentique ayant déjà fait l’objet d’un documentaire en 2002, Roubaix, commissariat central.

    Entre le prêtre, l'assistant social et le psy

    Cette version fictionnelle, chronique de la misère ordinaire à la mise en scène stylisée qui sonde les profondeurs de l’âme des victimes et des coupables, est par ailleurs sublimée par le face à face entre Roschdy Zem, Léa Seydoux et Sara Forestier. Les trois se révèlent impressionnants dans cette affaire à la Simenon, à la fois sinistre et banale. Plus particulièrement Roshdy Zem, qui  compose un policier taiseux  façon Lino Ventura, empathique, tenant à la fois du prêtre, de l’assistant social et du psychanalyste.

    Daoud est une sorte de personnage utopique à la bonté absolue. Apparemment marqué par un passé douloureux, jamais dans le jugement, il veut comprendre, amener les deux femmes à la dérive à se confesser par le dialogue et la douceur. Il ne demande pas pourquoi, mais comment, cherchant ainsi à ramener Claude et Marie hébétées, perdues, sur le plan de l’humain. Brillant, troublant, émouvant.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 21 août.

    Sortie également de "Diego Maradona", passionnant documentaire d'Afsia Kapadia sur la gloire et la décadence du mythique footballeur, vénéré comme un dieu à Naples avant de devenir un pestiféré. Lire notre chronique du 15 août, à l'occasion de la projection au Festival de Locarno, sur la Piazza Grande. 

     

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  • Festival de Locarno: "Vitalina Varela" de Pedro Costa remporte le Léopard d'or

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    oc1132814_p3001_275450.jpgC’était couru et les inconditionnels du cinéaste ont le sourire. Le Portugais Pedro Costa, qui avait déjà remporté la mise en scène en 2014 pour Cavalo Dinheiro, a fait encore mieux en décrochant le Léopard d’or de cette 72e édition pour Vitalina Varela. C’est aussi le nom de sa comédienne principale, à laquelle la présidente Catherine Breillat et ses jurés, dévoilant un palmarès très cinéphile, ont remis le prix d’interprétation.

    Ce drame formellement parfait est tourné presque entièrement tourné dans l’obscurité, Eprouvant par sa lenteur, d’une splendeur d'ébène comme sa protagoniste, il montre une quinquagénaire capverdienne débarquant dans un bidonville lisboète trois jours après les obsèques de son mari. Celui-ci avait quitté son archipel dans sa jeunesse pour chercher du travail en Europe et Vitalina a attendu de le rejoindre pendant 25 ans. Elle se retrouve dans la maison en ruine construite par le défunt et qu’elle va s’atteler à rebâtir.

    Les autres prix

    Le Sud-Coréen Park Jung-Bum, qui a plongé nombre de spectateurs dans une léthargie profonde, a reçu le prix spécial pour Pa-go, tandis que le Français Damien Manivel remporte logiquement celui de la mise en pour Les enfants d’Isadora, une œuvre évoquant Mother, danse solo composée par Isadora Duncan à la suite de la mort tragique de ses deux enfants. Le film rend ainsi hommage à la danseuse mythique aussi libre que créative.

    De son côté Regis Myrupu a été sacré meilleur acteur dans A Febre. Par ailleurs une mention spéciale est allée à Hiruk-Pikuk si al-kisah de l’Indonésien Yosep Anggi Noen et Maternal de l’Italienne Maura Delpero. Enfin Camille du Français Boris Lojkine, a gagné le prix du public. On y suit une jeune idéaliste partie en Centrafrique couvrir la guerre civile et dont le destin va basculer.

    Un mot sur le Lausannois Basil da Cunha que beaucoup voyaient remporter l’or. Avec O Fim do Mundo (La fin d’un monde) qui se déroule, comme l'opus de Pedro Costa, dans un quartier délabré de Lisbonne. Malheureusement pour lui, il est reparti les mains vides. Il aurait pourtant mérité au moins un leopardeau.

    Un cru 2019 convainquant

    Mais il n’y a pas que la compétition à Locarno. Si la nouvelle directrice Lili Hinstin n’a pas renversé la table à cet égard, elle n’en a pas moins concocté un menu 2019 dans l’ensemble convaincant, comme en témoignaient les files de spectateurs dans les diverses sections. Avec parfois la crainte de ne pouvoir entrer.

    Outre la rétrospective Black Light, comme toujours bien suivie, on retiendra l'intéressante et divertissante programmation sur la Piazza Grande, avec cette nouvelle approche de films d’auteurs côtoyant le cinéma grand public. On a déjà cité Magari, La fille au bracelet. Once Upon A Time… In Hollywood, Diego Maradona, Camille. On peut ajouter Days Of The Bagnold Summer, une comédie anglaise plutôt rafraîchissante. Ou encore, dans Crazy Midnight, The Nest, un petit film flirtant avec un fantastique mêlé d’une pointe d’horreur.

    Pour conclure, on dira simplement que Le Festival de Locarno est entre de bonnes mains.

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  • Festival de Locarno: la chasse est terminée. A qui le Léopard d'or?

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    1564261169800.jpgDemain tout sera dit avec le dévoilement du palmarès de la 72e édition du Festival de Locarno. Quel film aura l’heure de plaire au jury présidé par la Française Catherine Breillat? A nos yeux, aucun parmi les dix-sept en lice dans une compétition pourtant moins «parent pauvre du festival» que d’ordinaire, ne s’impose véritablement comme un Léopard d’or indiscutable.

    Certains se détachent pourtant, faisant plus ou moins le buzz parmi les festivaliers. Celui dont on parle le plus, c’est O Fim do Mundo (La fin d’un monde) de Basil da Cunha, représentant la Suisse.Dans ce film qui commence par un baptème et se termine par un enterrement, le réalisateur suit le jeune Spira (photo) qui, après avoir passé huit ans dans un centre pour mineurs, retrouve ses potes en revenant dans son quartier lisboète voué à la démolition, où les habitants se débrouillent comme ils peuvent.

    Le cinéaste en profite pour dresser le portrait d’une jeunesse meurtrie, à travers des personnages dont on a volé l’enfance, qui ont perdu leur innocence et prônent le crime à l’ancienne. « J’ai voulu faire un film de résistance, sur la fin d’un monde, représenté par cet endroit, un des derniers maquis où on peut vivre autrement. Une résistance à la modernité. Même si elle s’immisce, il y a une volonté de pas rester rivé à son ordinateur … »

    Pedro Costa pour les inconditionnels

    Cinéphilie oblige, il ne faut évidemment pas oublier le retour du vénéré portugais Pedro Costa, déjà présent à Locarno avec Dans la Chambre de Vanda en 2000. Il se rapproche de Basil da Cunha, du moins par le lieu, avec son neuvième long métrage Vitalina Varela. On y voit une quinquagénaire cap-verdienne, dont le mari vient de mourir, débarquer dans un bidonville de Lisbonne.

    Arrivée trois jours après les obsèques alors qu’elle a attendu son billet d’avion pendant 25 ans, elle va s’atteler à la gestion des affaires du défunt et à rebâtir le souvenir d’une solide maison au Cap-vert. Formellement parfaite, splendidement sombre, nous laissant ressentir la souffrance, magnifiant le visage, le corps et le regard de Vitalina, l’œuvre qui pourrait demeurer confidentielle à l’image des autres films de l’auteur, constitue un sommet pour les admirateurs inconditionnels.

    De Yokogao aux Enfants d’Isadora

    Dans un tout autre registre, on évoque aussi Yokogao, (A Girl Missing), notre préféré par ailleurs, du Japonais Koji Fukada. Il raconte l’histoire d’une infirmière, Ichiko, qui travaille dans une famille dont elle fait quasiment partie. Mais un jour c’est le drame. La fille cadette disparaît et les médias ne tardent pas à révéler que le ravisseur n’est autre que le neveu d’Ichiko. Tout se dérègle alors dans la vie de la jeune femme, piégée par une révélation qu’elle aurait dû garder secrète et qui déclenche une invraisemblable frénésie médiatique. Un film qui vaut surtout par la qualité de l’interprétation de sa principale protagoniste.

    The Last Black Man In San Francisco, de Joe Talbot, compte quelques fans. Il raconte l’histoire de Jimmie Fails qui, dans une ville en pleine mutation à force de boboïsation, rêve de récupérer la maison victorienne de son enfance, construite par son grand-père en plein cœur de la cité et que la famille n’a pas pu garder. Le film a été primé à Sundance au début de l’année. Aura-t-il la même chance?

    A noter enfin que certains ont été envoûtés par Les enfants d’Isadora du Français Damien Manivel, où il interprète à sa manière le solo intitulé La Mère, composé par la danseuse mythique après la mort tragique de ses deux enfants en avril 1913. Dans un geste d’une grande douceur, une mère y caresse et berce une dernière fois son enfant avant de le laisser partir.

    Un siècle plus tard, quatre femmes se confrontent à cette danse déchirante, qui laisse éprouver la sensation de la perte et du vide: une danseuse déchiffre la partition du solo qui l’émeut, une chorégraphe en prépare l’adaptation dansée par une adolescente trisomique, une vieille dame seule assiste à une représentation du spectacle qui la bouleverse. Dans ce film construit comme un ballet en trois actes, Damien Manivel rend hommage à une femme libre qui a révolutionné l’histoire de son art.

    Mais comme on a l’habitude de le dire, le critique propose, le jury dispose. Réponse samedi soir sur la Piazza Grande avant la projection de To The Ends Of The Earth, du Japonais Kiyoshi Kurosawa.

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  • Festival de Locarno: "Diego Maradona", gloire et décadence du roi de Naples

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    image.jpgDeuxième perle de Cannes au menu de la Piazza Grande, Diego Maradona. Quatre ans après Amy, où il raconte la vie sulfureuse de la chanteuse fauchée à 27 ans, Asif Kapadia, qui a également retracé le destin exceptionnel du champion de F1 Ayrton Senna, se penche cette fois sur celui, hors norme, tumultueux, du footballeur le plus mythique de la planète. 

    Pour mieux brosser le portrait de ce fils d'un bidonville de Buenos Aires qui n’a cessé d'alimenter la chronique avec son talent et ses triomphes, de faire le buzz entre provocations, excès et scandales, le réalisateur se concentre plus particulièrement sur la folle période napolitaine du surdoué du ballon rond. Elle va de 1984, date à laquelle à Naples, et 1991, début de la décadence.

    Asif Kapadia évoque les rapports passionnels de Maradona avec des gens qui le vénéraient comme un dieu. Pas difficile d'en imaginer la raison. Pendant sept ans, le numéro 10 met le feu au terrain, menant son club, le SSC Napoli, en tête du championnat pour la première fois de son histoire. Sauvant ainsi l’honneur de cette ville pauvre et méprisée. Les tifosi chavirent, la fête dure et dure encore.

    Sexe, drogue et mafia

    Car le miracle se reproduit pour le nouveau roi de Naples qui, tant qu’il en accomplissait, pouvait tout se permettre. Mais s’il a connu l'apothéose, il a aussi vécu $l'inverse, passant du statut de messie à celui de brebis galeuse, entretenant des relations troubles avec la mafia qui le fournit en filles et en drogue. Une addiction qui sera l’une des causes de la descente aux enfers de Diego, piégé par le starsystem.

    Bientôt tous se détournent de lui. La ville, le club, les tifosi et même la Camorra pour qui il devient gênant. Sans compter l’humiliation suprême infligée par le mythe, En 1990, l’équipe argentine emmenée par Maradona gagne contre l’Italie en demi-finale de la Coupe du monde. Un match programmé au stade San Paolo de Naples qui l’avait sacré six ans plus tôt. L’affront ne lui sera jamais pardonné.

    Oscillant entre le génie de Maradona, sa fantastique science du jeu, evt les fêlures de Diego, le documentaire réalisé à partir de plus de 500 heures d’images inédites issues des archives personnelles du footballeur, est fascinant. Comme il sait si bien le faire, Asif Kapadia rend hommage à l’une des légendes vivantes du sport, à son parcours extraordinaire, en le montrant de l’intérieur. Un voyage propre à passionner tout le monde. Les connaisseurs, même s’ils ne découvriront pas la lune, et les autres.

    Le film sortira dans les salles le mercredi 21 août.

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  • Festival de Locarno: Tarantino revisite l'âge d'or du cinéma. Avec Brad Pitt et Leonardo DiCaprio au top

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    3228a6a88a3b99970589f684c67ca982-dans-once-upon-time-hollywood-de-tarantino-le-portrait-fait-de-bruce-lee-provoque-la-colere-de-sa.jpgLa Piazza Grande après la Croisette où, en mai dernier, Quentin Tarantino était carrément attendu comme le Messie. Malheureusement pour lui, Once Upon A Time… In Hollywood, événement le plus médiatique et le plus populaire du Festival de Cannes, ne lui avait pas permis de toucher au miracle, vingt-cinq ans après Pulp Fiction qui lui avait valu la Palme d’or.

    Le réalisateur revisite une période mythique, en rendant un vibrant hommage à l’âge d’or de la pellicule. Il aborde cette époque révolue en compagnie de Rick Dalton (Leonardo DiCaprio), cow-boy star de la télévision qui a du mal à trouver sa place avec la nouvelle ère qui s'ouvre dans la Mecque du cinéma, et de sa doublure de toujours, le cascadeur Cliff Booth (Brad Pitt), qui lui sert aussi d’homme à tout faire.

    Perdu, déprimé dans un monde qui change et annonce son déclin, le premier lutte pour avoir un rôle de plus, mais doit se contenter de partitions secondaires, tandis que le second, cool, qui vit à ses crochets, affiche une belle décontraction et se sent en paix avec lui-même. Au top, les deux comédiens ont eu beaucoup de plaisir à travailler ensemble, comme ils l’avaient d’ailleurs déclaré lors de la conférence de presse, Pitt le séducteur s’amusant à voler la vedette à DiCaprio.

    Fasciné par l’assassinat de Sharon Tate

    Ce l(trop) long film (2h45), ambitieux, triste, drôle, entre lettre d'amour, voyage nostalgique, western, comédie et analyse sommaire, voire paresseuse, de la prise de pouvoir du petit écran sur le grand, réserve des moments éblouissants mais aussi de grands tunnels, d'où son côté un peu décevant.

    L’intrigue se déroule en 1969, l'année de la mort de Sharon Tate (Margot Robbie), starlette montante et femme enceinte de Roman Polanski, assassinée par la secte Manson, dont Tarantino esquisse la vie avec une visite au ranch de la famille maudite.

    Ce fait divers tragique, marquant pour toute une génération et qui constitue la deuxième partie de l’opus, fascine Quentin Tarantino, qui nous emmène jusqu’à cette nuit fatale. «J'ai entrepris beaucoup de recherches. Mais plus on en lit sur le sujet, moins on comprend comment un tel acte a pu se produire. D'où mon attirance.», explique-t-il. On n'en reste pas moins dubitatif, sinon plus, en ce qui concerne le final, climax explosif cher à Tarantino, qui néglige la véracité du drame.

    La version cinéma ne serait toutefois pas la vision finale de l’auteur. Il proposerait un montage plus long, comprenant des scènes coupées. Le tout diffusé en épisodes sur Netflix.

    Film à l’affiche dans les salles de Suisse dès mercredi 14 août.

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  • Festival de Locarno: la Piazza Grande entre enfance, procès et catastrophe aérienne

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    magar-francesca-fago.jpgAnnoncée, la pluie menaçait de gâcher les projections sur la très convoitée Piazza Grande, Mais suite à des débordements torrentiels, le ciel se faisait plus clément et permettait mercredi soir, l’ouverture du festival sous les étoiles avec Magari, premier long-métrage de la réalisatrice italienne Ginevra Elkann.

    Une présentation entre les gouttes qui avait de quoi combler la nouvelle directrice Lili Hinstin à la tête de la 72e édition, qui a privilégié sa propre approche sur la fameuse place en laissant se succéder cinéma d’auteur et grand public.

    Ginevra Elkann, petite-fille du grand Gianni Agnelli, retrace l’enfance, dans les années 80, de deux frères et une sœur, enfants de parents divorcés qui vivent à Paris avec leur mère (Céline Sallette). Fatiguée par une quatrième grossesse, elle les envoie passer Noël en Italie chez leur père Carlo (Riccardo Scamario), un séducteur qui remanie inlassablement son scénario dont le producteur ne veut pas, en compagnie de son amie du moment Benedetta (Alba Rohrwacher)

    Alma, 9 ans, jean, 12 ans et Sebastien 14 ans, unis par le même désir d’être une famille, débarquent ainsi à Rome en tenue de ski. Mais au lieu de les emmener à la neige comme prévu Carlo, plutôt fauché, les embarque dans une villa au bord de mer. Et voici la smala partie pour une bien étrange semaine de vacances, où les tensions remontent.

    Entre non-dits et futur incertain idéalisé

    Avec ses comédiens rompus au jeu qui se confrontent à trois débutants, la réalisatrice analyse des non-dits, une difficulté à communiquer, un futur incertain idéalisé. Tout en observant avec finesse les états d’âme de ses protagonistes, elle livre une oeuvre pleine de grâce, de douceur, d’émotion et de poésie où se mêlent les différences de langues, de culture, de religion.

    En fait partie le titre Magari (Si seulement en français), illustrant l’espoir que les parents redeviennent un couple. Un mot très éloquent qui n’existe qu’en italien, évoquant à la fois le bonheur, la mélancolie, le désir.

    maxresdefault.jpgLa fille au bracelet

    Le Français Stéphane Demoustier a lui aussi profité de la bienveillance céleste pour La fille au bracelet. Lise, 18 ans, vit dans un quartier résidentiel sans histoire et vient d'avoir son bac. Mais depuis deux ans, elle porte un bracelet car elle est accusée d'avoir assassiné sa meilleure amie. Le film s’inspire du scénario d’Acusada un film dramatique argentin de Gonzalo Tobal réalisé à partir d’un fait divers, en compétition à la dernière Mostra et sorti en 2018. 

    La comparaison s’arrête là. Au spectaculaire et aux effets de manches, Stephane Demoustier privilégie l’épure, les joutes verbales en forme de duels, tout en faisant du spectateur un juré. Par ailleurs, contrairement à son collègue sud-américain, il adopte le point de vue de ceux qui entourent l’accusé et ses proches. Dans ce film à procès, en gros celui de la jeunesse et du fossé des générations où la vie secrète de Lise est dévoilée, on tente de discerner ou non la révélation d’une vérité.

    En dépit de quelques incohérences scénaristiques, les comédiens portent bien le film. Pour incarner l’adolescente, Stéphane Demoustier a choisi la jeune Mélissa Guers, à la fois intense, mystérieuse et mutique. Ses parents sont incarnés par Roschdy Zem (qui ne cesse de se bonifier) et Chiara Mastroianni. La sœur du réalisateur, Anaïs Demoustier, au jeu un rien raide, a elle enfilé le costume de l’avocat général.

    7500, tous dans le cockpit

    L’Allemand Patrick Vollrath, à son tour béni des cieux, a tenté la catastrophe dans 7500, son premier long métrage et nous enferme, claustrophobes s’abstenir, dans l'étroit cockpit d’un Airbus A319 avec le copilote Tobias Ellis, alias Joseph Gordon-Levitt.

    Menacé par un groupe de terroristes, il va tenter de faire atterrir l’appareil détourné en sauvant un maximum de passagers dont certains sont sauvagement assassinés par les attaquants. Le comédien séduit, le suspense s’amorce, mais ne dure malheureusement pas, le métrage ne tardant pas à se traîner pour virer dangereusement au ridicule. Et comme on sait, il tue.

    Pour terminer, un petit mot de la compétition qui promet d’intéressantes découvertes. Mais on aura l’occasion d’en reparler.

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  • Festival de Locarno: c'est parti pour le cru 2019 de Lili Hinstin, sa nouvelle directrice

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    Locarno, un festival mondial qui s’autorise de gros risques, qui secoue, surprend, dérange, interroge... Un festival où, après avoir été découverts, les artistes entament régulièrement une carrière internationale... Un festival hors norme avec l’écran géant de la Piazza Grande, la liberté de sa programmation, le mélange de stars, de grands auteurs et de jeunes cinéastes assumant avec détermination son rôle de phare et de tête chercheuse…

    C’est par ces mots que la nouvelle directrice, la Française Lili Hinstin, successeure de Carlo Chatrian parti s’occuper de la Berlinale, a présenté la 72 édition locarnaise. Elle est dédiée à Freddy Buache, le cofondateur de la Cinémathèque suisse disparu en mai dernier, avec notamment la projection .du court-métrage Lettre à Freddy Buache (1981) de Jean-Luc Godard.

    Magari de la réalisatrice italienne Ginevra Elkann (photo ci-dessus) ouvrira les feux mercredi 7 août sur la Piazza Grande, l’un des piliers de la manifestation tessinoise. Elle se terminera le 17, toujours sous les étoiles, avec To The End Of The Earth du Japonais Kiyoshi Kurisawa. Entre les deux se succèderont action, thriller, comédie romantique, dont deux films de Cannes, Once Upon a Time… in Hollywood de Quentin Tarantino avec Leonardo DiCaprio et Brad Pitt au top, ainsi que le passionnant documentaire d’Asif Kapadia, Diego Maradona.

    Innovation sur la célèbre place avec Crazy Midnight, une sélection d’une demi-douzaine de films montrés en deuxième partie de soirée. En fait partie Die Fruchtbaren Jahre sind vorbei, une comédie absurde de la Suissesse Natasha Beller.

    Compétition et rétrospective

    Deuxième point fort de ce cru 2019, la compétition comptant 17 longs métrages en provenance du Brésil, de Syrie, d’Allemagne, de France, des Etats-Unis, d’Islande, d’Italie, d’Espagne, de Suisse... Ils se disputeront le Léopard d’or sous l’oeil du jury présidé par la réalisatrice Catherine Breillat. Le concours, qui marque le retour du Portugais Pedro Costa, verra comme d’habitude alterner réalisateurs confirmés et débutants.

    Importantes aussi les autres sections du festival, dont Cinéastes du présent. Moving Ahead (volet expérimental), Léopards de demain, Histoire(s) du cinéma, Open Doors Screenings. Sans oublier bien sûr la traditionnelle rétrospective. Intitulée Black Light, elle reflète le cinéma noir international du XXe siècle, tout en allant au-delà des frontières déjà connues et dépassant le problème identitaire ou social.

    Touchant l’Europe, l’Amérique du Nord, du Sud ou les Caraïbes, elle se compose de 47 métrages réalisés par Zozimo Bulbul, Sidney Poitier, Ousmane Sembene, Med Hondo… Premier rendez-vous le 6 juillet avec Do The Right Thing de Spike Lee à l’occasion de la soirée pré-festival. 

    Artistes à l’honneur

    Le Léopard d’honneur sera décerné à John Waters, auteur de Pink Flamingos, Hairspray, Cry Baby, Serial Mother, mais surtout de Polyester que les spectateurs auront l’occasion de (re)découvrir. Ainsi que Female Trouble et Dirty Shame, dernière fiction en date du cinéaste de Baltimore.

    Hilary Swank, grande invitée de la soirée du vendredi 9 août sur la Piazza Grande recevra elle le Leopard Club Award. L'hommage sera accompagné de la projection de Boys don't Cry de Kimberly Peirce (1999) et de Million Dollar Baby de Clint Eastwood (2004). Deux films qui lui ont valu l’Oscar de la meilleure actrice,

    Egalement honorés Fredi M. Murer, réalisateur, scénariste, photographe, dessinateur suisse, avec le Pardo alla carriera, et son compatriote l'acteur l’acteur Bruno Ganz décédé en février dernier.

    Locarno du 7 au 17 août.

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