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Grand écran: "Une affaire de famille"...en or, drame socio-politique critique signé Kore-eda

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une_affaire_de_famille_a.jpgNobody Knows, Tel père, tel fils, Notre petite sœur... Excellent chroniqueur des rapports humains, de la filiation, des liens biologiques ou ceux qu’on se choisit, Hirokazu Kore-eda revient après son thriller The Third Murderer, sur son sujet préféré avec Une affaire de famille. Il a valu en mai dernier la Palme d’or à ce grand habitué du Festival de Cannes

Au retour d’une nouvelle expédition de vol à l’étalage pour compléter son maigre salaire, Osamu et son fils Shota recueillent dans la rue Aki, une adorable gamine de cinq ans. D’abord réticente à l’idée de la garder pour la nuit, la femme d’Osamu accepte, en dépit d’une situation précaire, de s’occuper d’elle en découvrant que ses parents la brutalisent.

Dans ce nouvel opus, l’auteur prend le contrepied de Nobody Knows (2004) qui évoquait l’histoire bouleversante de quatre enfants livrés à eux-mêmes, en se penchant cette fois sur ce couple qui s’invente une famille en sauvant des gosses abandonnés ou maltraités.

Aki est immergée à son tour dans ce foyer atypique reconstitué, parfaitement amoral, où le père apprend à son fils à chaparder, où la mère blanchisseuse pique les objets laissés dans les vêtements des clients et où la ravissante soeur aînée, vêtue en écolière, excite les amateurs du genre dans un peep show.

Un nid douillet débordant de chaleur humaine

Tout ce petit monde s’entasse dans le taudis d’une grand-mère arnaqueuse. Un invraisemblable capharnaüm où s’amoncellent des objets hétéroclites mais qui, en dépit de son inconfort et de la promiscuité, forme un nid douillet débordant de tendresse et de chaleur humaine.

Mais les choses tournent mal. Bien qu’elle ne soit pas recherchée par ses parents, Aki est considérée comme ayant été enlevée. Ce qui provoque un rebondissement inattendu dans la dernière partie avec l’intervention de la police et de la justice, dépassées par l’organisation singulière de ce groupe marginal. 

Si Une affaire de famille n’est pas à notre avis l’œuvre majeure de Kore-eda, le métrage séduit par son humanisme, sa sensibilité, sa générosité, sa simplicité, sa délicatesse, son humour et son absence de pathos. Et comme toujours, les comédiens, à commencer par les enfants, sont impeccablement dirigés.

Par ailleurs, il ne s’agit pas que d’une fable touchante peuplée d’attachants petits délinquants se réchauffant les uns les autres au sein d'un cocon où l’amour remplace l’argent. Non seulement Kore-eda questionne la légitimité d’une famille, l’importance ou non des liens du sang mais, à son habitude, pose un regard très critique sur la dureté de la société japonaise, où le fossé s’élargit entre les riches et les pauvres souvent condamnés aux délits  pour joindre les deux bouts.

Malgré son prestigieux couronnement cannois, les accusations de l'auteur n’ont pas été du goût du gouvernement nippon, dont le porte-parole a félicité, officiellement du fond du cœur mais manifestement du bout des lèvres, l’auteur de de cet opus politiquement incorrect. Mais,c’est le plus important, il a conquis le public.

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 12 décembre.

 

 

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