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31/10/2018

Grand écran: avec "En liberté!", Pierre Salvadori amuse entre faux polar et farce macabre

en-liberte.jpgLa statue du capitaine Santi, héroïque policier tombé au combat, trône sur une place de la ville. Hélas! Yvonne, jeune inspectrice inconsolable (Adèle Haenel), est anéantie en apprenant que son mari n’était  pas le flic courageux et incorruptible adulé de tous qu'elle connaissait, mais un vulgaire ripou.

Jusqu’alors, préservant l’image formidable que son fils a de son père, elle lui racontait chaque soir, pour l’endormir, des histoires truffées d’extravagances glorifiant exagérément la bravoure et les exploits sanglants de Santi. Les récits deviennent pourtant de moins en moins avantageux après que la veuve bafouée a découvert le corrompu qu’il était.

Toutefois, pour éviter de traumatiser le gamin admiratif de son papa si fort en lui dévoilant d’un coup la triste vérité, Yvonne entreprend un dénigrement du mythe, ce qui se traduit à l’écran par des pastiches de films d’action goguenards ou des parodies de séries télé de plus en plus sarcastiques.  

Parallèlement, elle décide de réparer les torts qu’il a commis à l’égard d’Antoine (Pio Marmai) un jeune homme innocent que Santi a fait jeter en prison pendant huit ans et qui vient d’être libéré. Le réalisateur met ainsi en scène deux personnages paumés et un peu dingues en quête de reconstruction, Yvonne dévastée par la trahison de la crapule et Antoine, garçon déglingué, prêt à prendre une revanche sur l’injustice subie et le temps perdu.   

Pierre Salvadori mise sur le couple fantasque, attachant, formé par Adèle Haenel (dans un registre peu habituel ) et Pio Marmai, les entraînant dans mille péripéties où ils avancent masqués. Entre faux polar, comédie dramatique et farce macabre, il propose un film original, joyeux, déjanté, violent, poétique, burlesque, romantique, aux accents oniriques. En surfant sur le deuil, l’amour, la paternité, la culpabilité et la rédemption. Tout cela fait beaucoup, mais ça marche.  

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 31 octobre.

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Grand écran: "Bohemian Rhapsody", avec un Rami Malek plus Freddie Mercury que nature!

rami-fox.jpgBohemian Rhapsody, d’abord signé par Bryan Singer remercié par la production en plein tournage et remplacé par Dexter Fletcher, retrace le destin du groupe Queen et de son singulier chanteur emblématique Freddie Mercury, Né Farrokh Bulsara et mort en 1991, il a défié les stéréotypes, brisé les conventions et révolutionné la musique.  

Linéaire, ce biopic nous balade du succès fulgurant de Freddie Mercury et ses excès risquant l'implosion du quatuor, jusqu’à son retour triomphal sur scène en 1985 lors du concert historique Live Aid à Wembley, alors qu’il était atteint du sida. Avec des morceaux de tubes illustrant les différentes scènes.

Entre adoration, détestation et déception

Très attendu, le film divise entre adoration et détestation. Mais le plus souvent, c’est la  déception qui domine chez ceux qui attendaient du spectaculaire et de l’extraordinaire. Ils le jugent correct, lisse, conventionnel, ordinaire, standard, tiède, cliché, peu original et inventif, bref pas vraiment à la hauteur du légendaire et flamboyant groupe britannique. Estimant par ailleurs qu'il ne nous apprend rien que l’on ne sache déjà.

C’est tout relatif. Certes, on peut trouver que le film élude des cases avec son côté classique grandeur et décadence d’une rock star, ne fouille pas assez son intimité, ne rend pas assez compte des heures sombres, d’un parcours tumultueux, se montre trop sentimental dans l’évocation de son amour impossible avec Mary Austin, trop pudique sinon pudibond dans la révélation de son homosexualité, de sa maladie, de ses addictions. Mais était-il bien nécessaire d’en faire des tonnes ?

En réalité, le plaisir ou le déplaisir qu’on éprouve en voyant le film dépend, comme le dit si justement le Monde, «de la place que Queen tient dans votre vie». En d’autres termes de la connaissance que vous en avez et qu’il vous fasse ou non grimper au rideau.

596f633b775fa.jpgDes comédiens incroyables de ressemblance

Quoi qu'il en soit, Bohemian Rhapsody séduit surtout avec son atout majeur: Rami Malek. De l’ego surdimensionné au repentir, le comédien d’origine égyptienne se révèle plus Freddie Mercury que nature. 

Époustouflant, captivant, magnétique, habité, incarné, il fournit un fabuleux travail pour redonner vie à l’idole. On s’agace éventuellement de sa façon de remâcher sans cesse une prothèse dentaire un rien excessive. Mais Freddie Mercury était effectivement très complexé par ses dents proéminentes, bien qu’elles expliquent selon lui sa voix hors du commun.

Côté jubilatoire, on ajoutera le mimétisme des autres acteurs avec leurs personnages, les costumes, les décors, la reconstitution des séances d’enregistrement, celle, impressionnante, des concerts. A cet égard, si certains font la fine bouche, voire des crises d’urticaire, on se prend au contraire à taper des pieds pendant We Will Rock You et à chanter lors du dernier quart d’heure consacré à la formidable performance de Queen au stade de Wembley, avec quatre tubes in extenso, 

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 31 octobre

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Grand écran: Laetitia Carton nous emmène au Bal Trad pour danser jusqu'à l'aube

gennetines.JPGChaque mois de juillet, plus de deux mille personnes affluent de l'ensemble du continent à Gennetines, dans l’Allier, pour participer au Grand Bal de l’Europe. Ce festival de danses traditionnelles, créé en 1990, est devenu une véritable institution au fil des années. Pendant quinze jours, professionnels et amateurs mêlés enchaînent bourrée, polka, mazurka, scottish. Ignorant la fatigue, tout le monde virevolte avec tout le monde jusqu’à l’aube, les femmes avec les hommes, les filles avec les filles, les garçons avec les garçons.

Après J'avancerai vers toi avec les yeux d'un sourd, c’est ce Grand Bal, son quatrième documentaire, que la réalisatrice Laetitia Carton nous fait découvrir. Piquée par le virus du Bal Trad après en avoir elle-même un soir connu l’ivresse, elle est devenue accro, à l'image des danseurs qui se pressent avec passion sur les sept parquets et dans les trois ateliers.

Dans une ambiance musicale, chaleureuse, champêtre, on trouve toutes les générations (la doyenne a 93 ans et elle vient chaque année), tous les milieux, tous les genres, tous les physiques. Et s'il y a une majorité de Français, on y croise aussi toutes les nationalités, Suisses, Belges, Portugais, Anglais, Hollandais.

De jour et de nuit, plaçant l’humain au centre, Laetitia Carton a filmé l’événement, cette «parenthèse enchantée» comme elle l’appelle, rendant un hommage vibrant à un monde dynamique et vivant. Une façon pour elle de retendre le lien social, en célébrant le mouvement, la liberté, le lâcher prise, le désir d’aller l’un vers l’autre le temps d’une valse, d’une gavotte.

508556.jpg-c_215_290_x-f_jpg-q_x-xxyxx.jpgDes idées venues de son vécu

Laetitia Carton trouve toujours ses idées dans son vécu. Ses films naissent d’une envie de le partager, de le rendre visible. "J’ai découvert le documentaire sur le tard. La fiction ma dégoûtée à cause de l’ambiance sur le tournage. Là j’ai trouvé ma place, avec une équipe légère. Un chef op, un ingénieur du son et hop on y va".

La réalisatrice danse depuis l’âge de 5 ans. "J’ai participé pour la première fois au Bal Trad en 2000. C’est tellement extraordinaire ce qui se passe, cette vibration, cette osmose. J’ai pensé en faire un documentaire pendant des années. Mais je n'osais pas laisser entrer la caméra dans cet univers. Je craignais de l‘abîmer. En 2015 une équipe de TF1 est venue faire un petit sujet. S’ils peuvent, moi aussi, me suis-je alors dit".

Elle a beaucoup discuté avec les danseurs pour leur expliquer son point de vue, son désir de les rendre beaux. "La beauté est essentielle, Elle donne de la force. On vit dans un monde de brutes. La plupart m’a fait confiance, mais certaines personnes étaient réticentes à l’ide d’être filmées. On les a donc évitées ».

Le 17 mai dernier, le film sélectionné à Cannes a été projeté sur la plage. "C’était magique. Ils ont été plus de 1000 à danser après la projection. 200 ont débarqué juste pour l’occasion de Belgique et d’Espagne. Il y avait des Chinois pieds nus et en costume qui ont dansé la bourrée auvergnate!" 

Eclectique, Laetitia Carton a déjà pensé à la suite. «"J’ai commencé un film sur Vichy. C’est de là que je viens et j’ai un rapport complexe avec ce lieu. C’est une tentative de réconciliation. Je voulais savoir si c’était aussi difficile pour les autres que pour moi. Je pense par ailleurs à une fiction sur le polyamour avec une volonté de transparence et de communication. Je veux sortir de la culture de l’adultère et du mensonge qui font souffrir tant de monde".

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 31 octobre.

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28/10/2018

Grand écran: "Retour au Palais", un voyage plein de sensibilité et de poésie signé Yamina Zoutat

shellac-retour-au-palais-image-2334.jpgVingt-quatre kilomètres de couloirs, 3150 fenêtres, 6999 portes. Le Palais de justice de Paris. L’une des plus anciennes institutions françaises, située sur l’île de la Cité. Un monument austère et plein de secrets construit comme une cathédrale, résidence des rois de France du Xe au XIVe siècles.

C’est dans ses coulisses que nous emmène la réalisatrice suisse Yamina Zoutat. Elle connaît bien les lieux. De 1994 à 2004, elle a fait face aux accusés. "J’ai écrit des milliers de pages. Je consignais le spectacle de la justice pour en rendre compte le soir à TF1. J’étais chroniqueuse judiciaire", dit-elle au début du film. "Aujourd’hui je reviens, sans procès à suivre, mais je porte le souvenir de ce que j’ai vécu… Je reviens voir un monde qui va disparaître".

Découvrir des histoires, des choses non vues

En 2010 en effet, Nicolas Sarkozy impose le déménagement du Palais (il a eu lieu d'avril à juin de cette année) en banlieue parisienne. C’est alors que Yamina Zoutat a senti le besoin d’un retour. Pour mettre des images sur ses sensations, ses impressions, découvrir des histoires qu’elle ne connaissait pas, des choses qu’elle n’avait pas vues. Recluse dans la salle d’audience des jours et des nuits, elle ne pouvait qu’imaginer ce qu’il y avait autour.

Dans cette œuvre singulière, sensible et puissante, empreinte de poésie, de lyrisme et de tragique, l’auteure, caméra au poing, nous emmène partout, des bas-fonds aux toits, dans tous les interstices de la justice, pour y scruter son rôle et son sens. Elle nous fait partager son parcours personnel au cœur de cet édifice qui l’a impressionnée plus que tout autre, racontant les crimes, les drames qui l'ont chamboulée.

Yamina.jpgPassionnée par le fait divers

On voit les larmes, on sent la souffrance, on entend les cris au cours de ce voyage à la fois extraordinaire et quotidien. Un voyage que la cinéaste portait en elle depuis longtemps. Née à Yverdon et vivant à Paris, Yamina Zoutat, venue présenter son film au Spoutnik, à Genève, est passionnée depuis l’enfance par le fait divers. Après des études de journalisme à Paris IV, elle fait un stage à TF1, où elle est engagée.

Pendant dix ans, elle a suivi tous les grands procès, de celui de Papon au sang contaminé en passant par Dutroux, Tapie, ou Elf. "Les Assises ont été mon école de cinéma. Aucun scénariste ne pourrait inventer quelque chose d’aussi tordu, invraisemblable et inattendu que certains procès". Aujourd’hui, elle enseigne la vidéo dans différentes facultés parisiennes.

Une confrontation entre l’auteure et l’imposante bâtisse

Il lui a fallu sept ans pour aller au bout d’un travail bien soutenu par la Suisse. Les autorisations lui ont donné du mal. «J’ai dû m’armer de patience, m’adapter au temps de la justice. Mais finalement j’ai pu filmer ce que je voulais, d’une manière très subjective, au gré de mes rencontres. J’avais notamment envie de montrer d’autres personnes que des juges et des avocats. Des religieuses, des réceptionnistes, des ouvriers, des gardes, des membres du jury un homme à tout faire».

Yamina Zoutat voit son film comme une confrontation entre elle et le Palais. "Il s’agit d’une rencontre improbable entre cet édifice majestueux et la fourmi que je suis. J’ai cherché à imposer ma mise en scène à sa scénographie. Je le filme comme un personnage, avec du sentiment, avec mon cœur, mes tripes. C’est viscéral parce que j’ai vécu dedans". Une grande réussite qui avait décroché le Sesterce d'argent à Visions du réel en 2017.

"Retour au Palais" à découvrir au Spoutnik jusqu’à mercredi 31 octobre, en présence de sa réalisatrice. C’est le début d’une tournée en Suisse romande (Pully, Lausanne, Neuchâtel, Fribourg) puis en Suisse alémanique et au Tessin.

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24/10/2018

Grand écran; "Nos batailles", entre drame intime et chronique sociale. Du sur mesure pour Romain Duris

maxresdefault.jpgAprès Keeper, très prometteur premier long métrage sorti en 2015 et où s’illustrait le Suisse Kacey Mottet Klein, Guillaume Senez séduit tout autant avec Nos batailles. Il raconte l’histoire d’Olivier, syndicaliste non seulement absorbé par son boulot de chef d’équipe dans une usine, mais consacrant du temps à lutter contre les injustices d’une direction implacable envers ses employés.

Du coup, il compte beaucoup sur sa femme Laura pour élever leurs deux enfants. Jusqu’au jour où elle disparaît brutalement, fuyant sans explication une situation qui lui est devenue insupportable et le laissant face à ses responsabilités. Dépassé mais animé d’une farouche volonté de s’en sortir envers et contre tout, Olivier devra jongler à la maison et dans sa boîte pour concilier vies familiale et professionnelle.

Le réalisateur belge livre un film sensible, émouvant, d’une étonnante justesse psychologiquement et sociologiquement. Il évolue entre le drame intime en évoquant une famille désemparée, déstabilisée et la chronique sociale, en rendant compte de la violence au sein de l’entreprise. Rien ne cloche dans le traitement réaliste de ces deux sujets sérieux et graves. Mais Guillaume Senez, évitant le pathos et la dramatisation à outrance, se permet quelques bienvenues pointes d’humour, dans la mesure où une crise peut générer de petits moments drôles.

La réussite de cet opus sur la paternité, l’éducation, le travail, les rapports humains, très bien mis en scène, tient aussi à la qualité de ses comédiens. Parfaitement dirigés, des enfants aux adultes, ils se révèlent bluffants de sincérité et de naturel. Portant le film de bout en bout, Romain Duris, pas du tout dans la séduction contrairement à son habitude, trouve l’un de ses meilleurs rôles, écrit pour lui de surcroît, dans son cinquantième long métrage. Il incarne à merveille ce père abandonné, blessé, obligé de se remettre en question et de batailler pour avancer.

A ses côtés la solaire Laetitia Dosch, (Betty, la sœur d’Olivier ) se révèle elle aussi particulièrement touchante et attachante. Lucie Debay, Laure Calmy, Cédric Vieira et Dominique Valladié complètent ce joli casting.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 24 octobre.

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23/10/2018

Grand écran: Un dîner entre amis dégénère dans "Le jeu". Grand coupable, le smartphone!

le jeu2.jpgQui n’a pas de cadavre dans son placard ? Personne. Pour mieux vous en convaincre, organisez une soirée entre amis, posez votre téléphone sur la table et attendez qu’il révèle vos petits ou gros secrets inavouables.

Chaque appel, SMS, mail, message Facebook, photo, devra en effet être partagé avec tout le monde. Un jeu de la vérité façon 2018, qui peut tourner au cauchemar. Car les révélations compromettantes s’enchaînent, à commencer évidemment par les liaisons extraconjugales.

C’est ce qu’a imaginé avec Le jeu Fred Cavayé (notamment auteur du faiblard Radin), un remake du film italien Perfetti Sconosciuti de Paolo Genovese, sorti en 2016 et déjà adapté par l’Espagnol Alex de la Iglesia l’année dernière. Rien d’original donc, mais l’idée, à l’heure de l’hyerconnexion, est de faire réfléchir les personnes constamment vissées à leur téléphone portable aux conséquences sur leurs relations sociales, le couple, l’amitié, l'amour.

Ce vaudeville se veut grinçant, drôle, féroce, désespérant. Il l'est parfois. Mais, tombant rapidement dans la surenchère et l’invraisemblance, il offre plutôt des rebondissements souvent prévisibles, des quiproquos sans finesse, des situations manquant de diversité et de nuances quand elles ne virent pas à la caricature.

Côté comédiens, Stéphane de Groodt, Bérénice Béjo, Suzanne Clément, Grégory Gadebois, Roschdy Zem, Dora Tillier, Vincent Elbaz ne sont pas toujours au mieux de leur forme dans ce grand déballage dont personne ne sortira indemne. Encore que...

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 24 octobre.

Mais qui sont ces gens?

Sur le même thème (un hasard), mais autrement plus acérée, plus fine, plus mordante, plus drôle, mieux écrite et construite, une pièce signée de la dramaturge genevoise Manon Pulver Mais qui sont ces gens? vient de faire un carton au Théâtre du Loup. Mise en scène par Julien George, l’histoire, partie d’une banale discussion entre amis sur l’usage des smartphones qui dégénère, est impeccablement interprétée par Laurent Deshusses, Marianna Sylla, Etienne Fague, Julien Tsongas et Camille Figuereo.

Dans le cadre d’une petite tournée, elle sera le 2 novembre au Théâtre du Crochetan à Monthey, du 8 au 11 novembre au Théâtre Nuithonie à Fribourg, le 14 novembre au Théâtre Le Reflet à Vevey, les 16 et 17 novembre au Théâtre Benno Besson à Yverdon. A voir absolument si vous vous trouvez au bon endroit au bon moment.

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Grand écran: "Le Grand Bain", lourdingue éloge de losers, signé Gilles Lellouche

thumb_58638_film_main_big.jpgUne brochette de quadras, quinquas et sexas se rencontrent dans une piscine municipale. Plus ou moins ventripotents et déprimés, ils tentent de redonner un sens à leur vie pourrie en décidant de se mettre à la natation synchronisée. Et se lancent le défi de participer au championnat du monde, qui doit se dérouler en Norvège.

Jetés dans Le grand bain par Gilles Lellouche pour une thérapie de groupe, nous avons donc Guillaume Canet père aigri perpétuellement de mauvais poil, Mathieu Amalric, chômeur humilié qui veut regagner l’estime de sa femme (Marina Foîs), Philippe Katerine, vieux garçon un peu simplet, un peu poète, Benoît Poelvoorde, vendeur de piscine grande gueule à la dérive et endetté jusqu’au coup, ou encore le chevelu Jean-Hugues Anglade, rocker déchu et déglingué méprisé par sa fille.

Ils sont coachés par Virginie Efira, ancienne gloire des bassins alcoolique brisée par la vie, larguée un moment en cours de route. Elle est remplacée en attendant son retour par la revancharde Leïla Bekhti en fauteuil roulant, aboyant ses ordres en cinglant les fesses des réfractaires à l’entraînement.

Si seulement c’était loufoque. Mais non, c’est juste lourdingue Une comédie de potes à la réalisation convenue, paresseusement écrite, aux dialogues simplistes à l’exception de quelques répliques, aux vannes attendues et aux gags faciles, avec des comédiens en roue libre, plus particulièrement Benoît Poelvoorde.

Et dire qu’il faut plus de deux heures à Gilles Lellouche pour cet éloge lénifiant de losers qui vont finir par se sublimer dans un final tellement prévisible… A se demander comment Le Grand Bain a pu être sélectionné au dernier Festival de Cannes! Certes hors compétition, mais tout de même.

Eh bien apparemment, il y avait sa place, si on en juge par l’accueil chaleureux, sinon délirant lors de sa projection publique accompagné de critiques élogieuses d’une presse française quasi unanimement séduite, évoquant carrément un Full Monty aquatique. Et ça continue sur les plateaux télé où tous les présentateurs se pâment devant la troupe venue faire son show.

A l’affiche dans les salles romandes dès mercredi 24 octobre

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22/10/2018

Grand écran: "Sauvage", descente aux enfers d'un prostitué gay. Avec un remarquable Félix Maritaud

Sauvage-un-film-choc-sur-la-prostitution-masculine.jpgVisite d’un jeune homme chez un médecin. Petites questions classiques, prise de tension, palpage des ganglions, du ventre… Mais l’auscultation dérape, le toubib se mettant à masturber son patient, avant de lui donner un prochain rendez-vous. Car le patient est un prostitué gay, Léo, héros de Sauvage, premier long métrage coup de poing du Français Camille Vidal-Naquet.

Remarquable, il révèle aussi un extraordinaire acteur, Félix Maritaud. Désormais égérie du cinéma queer français, on l’a déja aperçu dans 120 battements par minute de Robin Campillo et Un couteau dans le cœur de Yann Gonzalez. Etre absolu, solitaire, insaisissable, indomptable, Félix alias Léo (ou l’inverse, tant les deux ne font qu’un «je me suis vidé pour être rempli par le personnage», remarque le comédien), erre dangereusement de rencontre en rencontre.

Léo drague au bois de Boulogne. Mais le vsexe est juste um boulot qui lui permet de quoi subsister plus ou moins. Marginal, sans règle ni code, il est tiraillé entre son état assumé, son désir de liberté et surtout une inépuisable force d’aimer, un besoin de tendresse qui subsistent quelle que soit la violence du monde qu’il traverse.

Perpétuelle fuite en avant

Dans sa quête obsessionnelle où il ne reçoit souvent que des coups en retour, il s’obstine à séduire sans succès Ahd (Eric Bernard, très bon lui aussi), un gay refoulé, limite homophobe, qui pratique le même job que lui. Mais dégoûté, répétant "je ne suis pas pédè, j'embrasse pas", Ahd le repousse. Il espère sortir au plus vite de cette galère en se trouvant un vieux pour l’entretenir.

Les passes se succèdent pour Léo dans une sorte de descente sacrificielle aux enfers. Son corps martyrisé, plein d’hématomes, se dégrade. Jamais endurci pourtant, il persiste à se vendre sans limite à des clients divers qu’il a envie de prendre dans ses bras ou de se lover contre eux. Dans une perpétuelle fuite en avant, il refuse toute perspective d'une éventuelle stabilité.

Malgré des scènes sexuelles très crues, d’une brutalité parfois insoutenable (comme celle du plug, où en plus on le frappe et on le jette à la rue sans le payer), il n’y a aucun voyeurisme dans ce récit d’un quotidien sordide.

Un gros travail de documentation

Camille Vidal-Naquet s’est livré à un gros travail de documentation sur la prostitution masculine. Il a rencontré et observé des garçons au bois de Boulogne pendant trois ans pour mieux saisir leurs rituels de drague, rendre compte de leur condition précaire, de leur état de santé déplorable.

Pour autant, il ne s’agit pas d’un documentaire avec analyse sociale à l’appui. Le cinéaste restitue le réel dans une fiction frontale, intense, ardente, magnifiée par l’incroyable performance d’un Félix Maritaud bouleversant et radicalement mis à nu.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 24 octobre.

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18/10/2018

Grand écran: "Rafiki" défie la censure au Kenya avec la mise en scène colorée et pop d'un amour interdit

RAFIKI_Presse_03-2.jpgTout semble opposer Kena et Ziki,  lycéennes habitant le même quartier de Nairobi. Gauche, réservée, garçon manqué, la casquette à l'envers, la première veut devenir médecin, fait du skate, du foot, traîne uniquement avec ses potes. Tandis que la seconde est une petite peste girly exubérante aux cheveux multicolores et aux ongles fluo. Rêvant de voyages, aimant la danse, elle invente des chorégraphies avec ses deux meilleures amies.

Leurs chemins se croisent en pleine campagne électorale locale, au cours de laquelle s’affrontent leurs pères respectifs. Kena et Ziki  font mine de s’ignorer, se défient. Mais irrésistiblement attirées l’une vers l’autre, elles se cherchent, échangent des sourires, des regards pleins de désir et finissent par se donner rendez-vous dans un vieux bus abandonné.

Mais vivre un tel amour, même en se cachant, est loin d’être simple dans une société kényane conservatrice et rétrograde. Confrontées aux redoutables préjugés homophobes de leurs parents, des voisins, les deux jeunes filles vont être contraintes de choisir entre passion, liberté et sécurité.

Dans Rafiki, défi à la censure, relecture pop et flashy d’un Roméo et Juliette lesbien, la réalisatrice Wanuri Kahiu raconte la relation amoureuse, sensuelle et sexuelle de ses deux héroïnes avec pudeur, délicatesse et retenue. Mais sans aucune ambiguïté. Tout comme elle livre un constat certes prudent mais néanmoins affligeant sur les graves persécutions dont sont victimes les homosexuels, dénonçant par ailleurs un pouvoir politique exercé de conserve avec les autorités religieuses.

S’inspirant de Jambula Tree de l’Ougandaise Monica Arac de Nyeko, ce premier long métrage à la fois naïf, optimiste et courageux est aussi le premier film kényan à avoir été sélectionné au dernier Festival de Cannes. D’abord interdit dans son pays, il a été autorisé de diffusion pendant une semaine, suite à la plainte de Wanuri Kahiu, pour lui permettre de concourir aux Oscars. Face au succès remporté, des séances gratuites et secrètes ont été organisées par la communauté LGBT+

A l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 17 octobre.

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17/10/2018

Grand écran: "First Man", intimiste conquête de la lune avec un formidable Ryan Gosling

first-man-le-premier-homme-sur-la-lune-5b89007de875e.jpgLa conquête spatiale. Apollo XI. Une épopée triomphante, des images vues et revues, un thème mille fois traité. Raconter quelque chose de nouveau sur l’un des enjeux les plus célèbres de l’histoire du 20e siècle relevait de l’exploit. Damien Chazelle, qui nous avait bluffé avec Whiplash, enchanté avec La La Land, l'a réalisé avec First Man, odyssée humaine aux accents kubrickiens. 

Evitant le côté spectaculaire et cliché de la grosse machine hollywoodienne célébrant le mythe planétaire, le réalisateur franco-américain oscarisé a audacieusement choisi l’approche intimiste en se penchant sur le destin hors norme de Neil Armstrong. Adaptant la biographie de James R.Hansen, à laquelle le héros a participé, il se focalise davantage sur l’homme, ses déchirements, ses joies, ses espoirs, ses sacrifices que sur les moments incontournables de cette vertigineuse balade lunaire.

First-Man-ces-trois-choses-que-l-on-a-aimees-dans-le-film-de-Damien-Chazelle.jpgPilote jugé « un peu distrait » par ses supérieurs en 1961, l’astronaute passionné sera le premier homme à marcher sur la lune le 21 juillet 1969. Durant huit ans, il subit un entraînement de plus en plus difficile et exigeant, assumant les risques d’un voyage vers l’inconnu total. Traumatisé par le décès de la petite fille de trois ans d’un cancer cérébral, il tente d’être un mari aimant mais moins présent qu’il le voudrait auprès d’une femme (Claire Foy, excellente) qui l’avait épousé en espérant une relation moins tumultueuse.

Neil Armstrong ne nous apparaît ne pas comme un surhomme, mais comme un père de famille taiseux, dont on apprend beaucoup sur la face cachée. Pour la deuxième fois, Chazelle a fait appel à Ryan Gosling. Un choix idéal que ce comédien habitué aux personnages mutiques. Il est parfait en écorché vif, livrant un jeu minimaliste, subtil, intense, laissant apparaître les fêlures d’un papa meurtri, viscéralement hanté par la mort, tout en exprimant la concentration extrême, la passion, le bouillonnement intérieur de l’astronaute.

Entre dimension existentielle et thriller sous haute tension

Mais si Chazelle privilégie le drame intime, la dimension existentielle, psychologique, métaphysique, immersive de la fabuleuse aventure, il n’en néglige pas pour autant le côté thriller sous haute tension

Deux scènes d’un réalisme extraordinaire nous collent plus particulièrement au fauteuil, avec l’impression du ressenti physique des protagonistes: le décollage assourdissant d'Apollo XI dans un déluge de feu et l’alunissage hallucinant du LEM dans la mer de la Tranquillité. On a des papillons dans le ventre en voyant carrément le vrai  Armstrong descendre l’échelle et poser sa «moon boot» sur la poussière grise avant de prononcer le fameux «Un petit pas pour l’homme, un pas de géant pour l’humanité». Bref, on y est, comme lors de la retransmission télévisée en direct, ce fameux 21 juillet 1969.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 17 octobre.

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