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26/09/2018

Grand écran: "Dogman", conte urbain très noir avec Marcello Fonte, prix d'interprétation à Cannes

MARCELLO-FONTE-DOGMAN-MATTEO-GARRONE-2018-600x338.jpgToiletteur pour chiens dans une sinistre station balnéaire italienne qui semble coupée du monde, Marcello est un petit bonhomme simple, frêle et discret, apprécié de ses voisins Un jour, il voit revenir de prison son "ami" Simoncino, ancien boxeur accro à la coke qui se met à racketter, terroriser et brutaliser les habitants du quartier.

Attiré par cette brute épaisse, insensible, Marcello incapable de lui résister en devient le martyr et se laisse entraîner malgré lui dans une redoutable spirale criminelle. Suite à l’apprentissage douloureux d’une trahison du monstre qui le mènera pour un an derrière les barreaux, tout en lui valant la colère et le rejet de la population, il va concocter une vengeance féroce.

Dogman, conte urbain mettant en scène l’image implacable de loi du plus fort et d'une violence que l'auteur  dénonce, peut être vu comme le symbole d’une Italie minée par la violence et en proie à une dérive extrémiste. Matteo Garrone, l’auteur de Gomorra, signe là un film puissant, âpre, sous tension extrême. Drame humain d’une terrible noirceur, inspiré d’un fait divers sordide, il est porté de bout en bout par le remarquable Marcello Fonte (photo), sacré meilleur acteur au dernier Festival de Cannes.

Une reconnaissance méritée pour ce tragique antihéros largué, quadragénaire chétif et timide au visage antique, limité physiquement et intellectuellement, pétri d'humanité. Atout majeur de l'oeuvre, il est de tous les plans, avare de mots pour exprimer son impuissance, mais émouvant de fragilité avec son regard de chien battu qui nous transmet sa peur. Et plus bouleversant encore lorsque blessé, à terre, il essaye de retrouver un semblant de dignité

Insupportables humiliations

Le réalisateur le suit dans son quotidien solitaire et infernal constitué d’une suite d’insupportables humiliations destructrices. Une existence cafardeuse, lugubre, sombre, brièvement traversée de quelques lueurs dans le rapport d’une douceur à fendre le cœur qu’il entretient avec sa fille de dix ans, ou avec ses molosses qu’il toilette avec une sorte de tendresse.

Malgré leurs aboiements effrayants et leur gueule terrifiante remplie de crocs acérés qui font froid dans le dos, ils valent mieux que les personnages auxquels le malheureux Marcello est confronté. A commencer par le sadique Simoncino, abominable bête humaine.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 26 septembre.

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25/09/2018

Grand écran: "I Feel Good", pamphlet comique anti-Macron avec Jean Dujardin et Yolande Moreau

180921_IFeelGoodAdVitam.jpgVêtu d’un peignoir blanc et chaussé de claquettes en éponge, Jacques marche à contresens sur une autoroute en gesticulant et en marmonnant, avant de débarquer chez sa sœur Monique. Modèle de dévouement et de bienveillance, elle dirige un village d’Emmaüs dans le Sud-Ouest, consacrant sa vie aux plus démunis. Ils ne se sont pas vus depuis des années. Elle lui offre un toit et un emploi.

Mais Jacques s’en balance de la générosité de Monique. Alors qu'elle a gardé la foi communiste de leurs parents et milite pour la décroissance au milieu d’un collectif de rescapés marginaux, Jacques, reconverti au capitalisme échevelé, a une vision du monde diamétralement opposée.

Quadra raté condescendant et goguenard, il méprise les petites gens. « Si t’as pas un peignoir et des mules à 50 ans, t’as pas réussi ta vie » , explique-t-il à l’un d’eux. Fasciné par Bill Gates, il veut sa loge à Roland Garros, sa Trump Towers et être dans le Who’s Who. Pour y parvenir, ce bon à rien pathétique imbu de sa petite personne a une obsession: trouver l’idée du siècle, genre Rubik’s Cube, qui fera de lui un homme richissime. Et décide de monter une start up de chirurgie esthétique low cost

Pamphlet comique engagé, absurde, en forme de manifeste anti-Macron, I Feel Good, est signé des incontournables Benoît Delépine et Gustave Kervern. Porté par leur impayable muse Yolande Moreau et du nouveau venu dans leur univers  Jean Dujardin qui fait son show jusqu'à l'ennui, il pointe les dysfonctionnements d’une société au matérialisme forcené, basée sur l’apparence, qui a égaré ses valeurs  dans sa propension toujours plus grande à ne prôner le succès que par l’argent.

Pourtant, alors qu’il se veut déjanté et foutraque, le film déçoit en s’égarant dans le gentillet, les bons sentiments, le politiquement correct, l’humour convenu, à l’exception, la moindre des choses pour notre duo de contestataires, de quelques saillies désopilantes. Bref, avec cette critique sociale scénaristiquement pauvre et manquant de rythme, on est loin du road movie pataphysique de Mammuth, de l’humour noir de Louise Michel ou des désaxés de la norme du Grand Soir.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 26 septembre.

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Grand écran: "Un peuple et son roi", quête bancale de la liberté par une France insoumise

2987281.jpg-r_1280_720-f_jpg-q_x-xxyxx.jpgAprès L’exercice de l’Etat, Pierre Schoeller poursuit son exploration des hautes sphères du pouvoir. Cette fois, il retourne dans le passé avec Un peuple et son roi, dans les trois premières années de la Révolution française. Une ambitieuse fresque politique où se croisent les destins de gens du peuple et des figures historiques dans la toute jeune Assemblée nationale.

Reconstruisant la révolution, sa naissance, son développement avec ses grandeurs et ses bassesses infâmes, l’œuvre commence le Jeudi saint 1789 avec la cérémonie, à Versailles, du lavement des pieds des enfants pauvres par le roi, et se termine par sa décapitation le 21 janvier 1793.

Entre ces deux scènes se succèdent la prise de la Bastille, la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, la marche des femmes sur Versailles, la signature par le roi des décrets d’abolition des privilèges après avoir quitté le célèbre château pour Paris, la fuite manquée à Varennes, le discours de Saint Just sur le procès du monarque, celui de Robespierre, respectivement en novembre et décembre 1792.

Frénésie bouillonnante d’une nation qui bâtit une nouvelle société. Le sujet est aussi passionnant, ample, dense, retentissant, que difficile à traiter. D’autant que Pierre Schoeller veut lui ajouter un côté épique et romanesque. Malheureusement le réalisateur, courant trop de lièvres à la fois, n’est pas à la hauteur de ses aspirations.

XVMcb842f44-874d-11e8-b8b4-8c07df39ac28.jpgEn dépit d’un immense travail de recherche, d'interventions des députés et de débats à l’Assemblée parfaitement documentés, de beaux éclairages, du rôle décisif donné aux femmes, omniprésentes et faisant pour la première fois entendre leur voix, le film est une quête bancale et souvent confuse de la liberté par une France insoumise. En cause notamment un montage chaotique de trente-six tableaux trop courts, une reconstitution et une figuration revues à la baisse faute d’un budget suffisant.

Une autre limite se situe dans la représentation d’un peuple idéal, fier, aseptisé, faisant bloc, d’une unité sans faille, d’une droiture et d’une solidarité à toute épreuve. On regrette également le manque d’incarnation des personnages. En cause un casting cinq étoiles qui se révèle être davantage un handicap qu’un atout.

Autour d’Olivier Gourmet, verrier de son état (prétexte à une métaphore entre fusion, flammes et explosion), et de Noémie Lvosky sa compagne dans le film, Pierre Schoeller a en effet réuni Adèle Haenel, lavandière se rêvant citoyenne, Céline Sallette, vendeuse de harengs, Izia Higelin, victime expiatoire, Gaspard Ulliel, voleur de poules gracié, Laurent Laifitte, Louis XVI grognon Louis Garrel, Robespierre impitoyable, Nils Schneider, Saint-Just réclamant la mort du roi, Denis Lavant, scandaleux Marat déchaîné.

Propres sur eux, les manants exhibent de surcroît d'improbables dents blanches, une belle peau et des ongles soignés. Et comme il faut que chacun ait une partition plus ou moins égale dans cet opus choral, l’ensemble a un côté théâtral qui sonne souvent faux. Peut-être en sera-t-il autrement dans une éventuelle deuxième partie intitulée Un monde nouveau.

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 26 septembre.

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Grand écran: "Les dames", une planète vivace de sexagénaires (ou plus) décidées à avancer

p1chd5mr07vk81ak35ifsih1bo14.jpgAprès La petite chambre avec Michel Bouquet sorti il y a huit ans, Stéphanie Chuat et Véronique Reymond se penchent aujourd’hui sur la réalité de femmes qui, à l’aube de la retraite , ont perdu leur compagnon après de longues années de mariage. Confrontées à leur solitude, à leur sentiment croissant d’invisibilité, elles portent, dans Les dames, un regard sur leur vie passée et cherchent à réinventer leur quotidien.

Pour nourrir leur documentaire, les réalisatrices avaient lancé un "appel à dames" dans les médias et ont reçu une centaine de réponses. "Sexagénaires, septuagénaires, elles avaient un désir de parole, une envie d'être vues et entendues". 

Cinq d'entre elles, Marion, Odile, Pierrette, Noelle et Carmen ont été retenues. En pénétrant dans leur intimité, on découvre des personnalités originales, singulières, de la mélomane à la féministe en passant par la romantique ou la battante. Rigolote, émouvante, volontaire, sentimentale, chacune a son vécu, une façon personnelle d’appréhender l’existence, de tromper la solitude, de croire encore à l’amour.

En donnant une voix à leurs protagonistes les deux cinéastes abordent la vraie vie et, pour rendre le récit cohérent s’ingénient, grâce à un excellent montage, à tisser des liens entre les trajectoires de leurs héroïnes. Avec des passages fluides de l’une à l’autre lorsque les sujets se recoupent.

La planète dames de Stéphanie Chuat et Véronique Reymond se révèle guillerette et vivace, dans la mesure où elles ont délibérément choisi des personnes décidées à avancer. Si elles osent se dévoiler, raconter leurs blessures, leurs secrets, leurs désirs, leurs envies, elles le font avec une retenue mêlée d’humour et d’autodérision. Privilégiant l’espoir et l’optimisme, évitant des êtres pouvant dégager de la tristesse, de l’angoisse, du désespoir, les deux auteures, plongeant certes dans la réalité, ne nous en donnent toutefois qu’une image fragmentaire.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 26 septembre.

 

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22/09/2018

Grand écran: "Chris The Swiss", passionnante enquête entre animation et documentaire

4c6d2cbf33c3734955816c9f1b484bf9_XL.jpgPetite, Anja Kofmel admirait son ténébreux cousin Chris, correspondant de guerre. Sa mort mystérieuse en Croatie, en janvier 1992, d’abord imputée à une balle, puis à un étranglement suite à deux autopsies, l’occupe encore aujourd’hui, Car au moment de son décès, le journaliste suisse de 27 ans portait un l’uniforme d’un groupe international de mercenaires. Pourquoi ?

Devenue adulte, Anja décide de suivre son histoire. Et, avec Chris The Swiss, nous emmène à Zagreb, pour saisir la véritable implication du jeune homme dans un conflit manipulé par divers intérêts inavoués. Qui était-il vraiment? Un reporter infiltré, un aventurier fasciné par le danger, un individu ambigu engagé dans une milice pro-croate d’extrême droite ayant perpétré d’affreux crimes ?

Une passionnante enquête

Mêlant documentaire, images d'archives et dessins animés en noir et blanc d’une beauté sépulcrale touchant au cauchemar sublime, la réalisatrice se livre à une enquête passionnante doublée d’une réflexion sur les abominations de la guerre. Elle construit un film particulièrement original, personnel, d'une portée universelle.

En partant d'un deuil familial, elle élargit son propos au drame d'un conflit civil. Un voyage initiatique au cours duquel, équipée des carnets de son cousin rapatriés avec son corps, elle tente à la fois de percer les secrets de Christian Würtemberg et de reconstituer le quotidien dangereux des journalistes plongés dans un véritable bourbier. Donnant ainsi un éclairage inédit sur un profond traumatisme européen.

Pour quelles raisons avez-vous choisi un style hybride? L’animation est si prenante qu’on aurait souhaité les voir constituer l’œuvre entière.

J’aurais également bien voulu. Je viens de l’animation. Depuis que je suis enfant, je dessine. Tout le temps. C’est mon mode d’expression naturel. Mais ce n’était pas possible. D’une part pour une question d’argent et d’autre part, si l’animation peut beaucoup, elle ne peut pas tout quand on en vient aux dialogues, aux sentiments des personnes placées dans une certaine situation..

Quand avez-vous décidé de consacrer un film au parcours de votre cousin?

A peu près à l’âge où il est mort. Un peu plus tard. «J’ai commencé à comparer sa vie et la mienne. Nos réalités étaient si éloignées. J’étais intéressée, mais plus du tout admirative. Il a fait des choses très moches, tabous. Toutefois, en lisant son journal, je me suis rendu compte qu’il ne se voyait pas comme un mercenaire mais comme un journaliste. Pourtant il portait un uniforme et une arme.

A votre avis, pourquoi s’était-il engagé?

Ma théorie, c’est qu’il, s’est perdu lui-même à un certain moment, Il a notamment écrit ceci. "Je veux entendre, sentir, comprendre, survivre". Cela m’a beaucoup émue. Il ne savait plus comment s’en sortir. Pouvait-il redevenir à une vie normale ?

Pour autant, votre but n’est pas de le réhabiliter.

Pas du tout. Ses actes sont condamnables. Mais, sans l'excuser, peut-être lui ai-je donné une voix. Pour moi c’était très important de comprendre. Je me demande aussi pourquoi on n’arrive pas à se sortir de ces guerres, pourquoi on n’apprend jamais de l’histoire. Je sais que c’est naïf, mais je n’accepte pas cette fatalité de l’éternel recommencement. Même si je me sens impuissante

La complexité de votre sujet vous a sans doute obligée à d’innombrables recherches.

En effet. Ce fut un long processus. Je me suis énormément documentée, j’ai beaucoup lu et je me suis entourée de deux historiens, un Croate et un Suisse qui m’ont donné des conseils pour prouver que ce que je dis est vrai. Même dans l’animation, je parle de personnes qui existent et je dois être crédible. C’est le cas, selon des journalistes, des avocats, des soldats alors en guerre et qui me l’ont confirmé quand j’ai présenté le film à Sarajevo. C’est ma plus grande fierté.

A l'affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 19 septembre.

 

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19/09/2018

Grand écran: Jacques Audiard s'attaque au western avec "Les Frères Sisters"

The-Sisters-Brothers-Film-4.jpgAdepte du film d’auteur et de genre ( Sur mes lèvres, Un Prophète, De rouille et d’os, Dheepan, Palme d’or en 2015), Jacques Audiard change de registre. S’éloignant du drame intimiste contemporain, il s’attaque au western, avec une impitoyable chevauchée sanglante dans les grands espaces au temps de la ruée vers l'or.

Pour son huitième long métrage, Les Frères Sisters, adapté du roman éponyme de Patrick DeWitt et tourné en Espagne dans les décors de Sergio Leone, il convoque toute la mythologie de l’Ouest. Respectant les codes du genre, cavalcades, duels, fusillades dans la nuit, il livre un opus crépusculaire en anglais, interprété par une brochette de stars américaines.

Nous sommes dans les années 1850. Charlie et Elie Sisters (Joaquin Phoenix et John C. Reilly) n’ont jamais connu que la brutalité. Tueurs à gage, ils évoluent dans un monde sauvage et hostile, éliminant sans état d’âme criminels ou innocents. C’est leur boulot. Engagés par le Commodore, un sénateur véreux, ils se lancent, entre l’Oregon et la Californie, dans la traque implacable d’un chimiste (Jake Gyllenhaal), détenteur d’une mystérieuse formule pour dénicher de l’or.

Un portrait de l'Amérique

A travers la relation des frères, êtres frustes sur le chemin de la rédemption, leurs discussions, la vision de leur existence, Jacques Audiard brosse un portrait personnel de l’Amérique d'hier et d'aujourd'hui dans ce film à la fois psychologique, philosophique, violent, cruel. Non dénué d’émotion par ailleurs (Elie pleurant la mort de son cheval borgne) ou d’humour à la faveur de certaines scènes, une coupe de cheveux, la découverte de la brosse à dents, de la poudre dentifrice mentholée, des toilettes.

On relèvera une mise en scène soignée qui a valu à son auteur le Lion d’argent à la Mostra de Venise, des comédiens convaincants, une belle photographie et de beaux paysages. La moindre des choses pour un cinéaste dont le talent n’est plus à prouver. Mais d’ci à prétendre qu’il transcende et renouvelle le western il y a un pas. Franchi allègrement et sans surprise par une presse française éperdue d’admiration, évoquant en gros la sublime pépite miraculeuse d’un Audiard en état de grâce, touchant au génie. Un rien excessif…

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 19 septembre.

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18/09/2018

Grand écran: "Le vent tourne" avec Mélanie Thierry et Pierre Deladonchamps

daily-movies-Le-vent-tourne-8.jpgAvec son compagnon Alex, écolo radical, Pauline a construit une vie autosuffisante en accord avec la nature, dans une ferme isolée du Jura. Liés par leur travail, leur amour et leur idéal, ils veulent, pour parachever leur autonomie, produire leur propre électricité. C’est alors que débarque Samuel, ingénieur insouciant, venu équiper la propriété d’une éolienne, le grand projet de Pierre. Pauline est immédiatement attirée par lui. Sa vie de couple et sa vision du monde vont s’en trouver chamboulées,

Notamment auteure de la comédie à succès Les mamies ne font pas dans la dentelle (2006), Bettina Oberli, qui s’est entourée de la jolie Mélanie Thierry et du séduisant Pierre Deladonchamps, coqueluche du cinéma français, veut traiter à la fois d’émancipation féminine, d’amour, de séparation, d’écologie, notamment à travers une prise de position mitigée face aux éoliennes. Avec en ligne de mire la fragilité de la vie, de la nature, des sentiments et des relations.

Posant des questions philosophico-existentielles sur la façon de mener sa vie en sachant qu’on va vers l’Apocalypse, l’histoire est vue à travers le regard de Pauline. «Ce qui m’intéressait, nous dit la réalisatrice, c’était sa volonté de s’affranchir d’une situation qui au départ n’est pas mauvaise, au contraire. Elle est amoureuse d’Alex, elle est d’accord avec ses choix, partage ses idées, mais pourtant quelque chose ne va pas. En fait ils sont écologiquement compatibles jusqu’à l’arrivée de Samuel. Elle est séduite par ce personnage à l’opposé de ce qu’elle vit. Il est léger, content, ne demande rien, voyage beaucoup».

Le contraire d’Alex en somme: «En effet. Personnage central, il est censé amener l’indépendance, mais il a aussi un côté destructeur. J’admire les gens qui croient, qui ont des convictions. Trop radical pourtant, il perd sa compagne. Si on veut sauver la planète, le meilleur chemin n’est sans doute pas de s’enfermer dans son lopin de terre, à l’écart des autres».

Avec Le vent tourne, son  premier film en français, la réalisatrice se sentait comme une page blanche. Elle avait une grande envie d’ouvrir son horizon, de quitter sa zone de confort. Malheureusement, ce drame sentimental rural manque singulièrement d’intensité dans la mesure où Bettina Oberli en reste trop aux intentions sur le fond. Par ailleurs, ses personnages  peinent à exister, même si Pierre Deladonchamps vient d’une famille de paysans et que le rôle de Pauline a été écrit pour Mélanie Thierry. Restent quelques beaux paysages montagneux…

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès le 19 septembre.

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Grand écran: Avec "Climax", Gaspar Noé succombe à sa passion pour le chaos

big_1526372034_image.jpgQuand Noé paraît à Cannes c’est le déluge sur la Toile et la galère pour monter dans l’Arche! Ainsi se bousculait-on sur la Croisette en mai dernier pour voir le dernier film du clivant Franco-Argentin, sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs. Qui lui a décerné un prix pour ce premier opus en français depuis Irréversible.

Climax, un titre idoine pour cette chronique du chaos qu’affectionne l’auteur. Le début nous montre une femme en sang dans la neige. C’est bien parti pour un film d’horreur. Mais on bifurque sur un casting de jeunes gens de différents milieux, origines et couleurs, prêts à tout raconter d'eux, dans l’espoir d’intégrer un spectacle.

Une  troupe multiculturelle de danseurs hip-hop, métaphore d’une France mixte, investit ensuite un hangar isolé. Ils fêtent la fin des répétitions avant de partir en tournée aux Etats-Unis, discutent, draguent, boivent de la sangria en dansant sur Supernature, le tube disco de Cerrone.

Gaspar Noé nous entraîne alors dans une première partie à l’ambiance joyeuse, survoltée. Et filme magistralement une performance virtuose, génialement chorégraphiée. Et puis les danseurs en transes, découvrent qu’ils ont été drogués à leur insu, quelque chose ayant été mis dans la sangria.

A partir de ce moment, les choses dérapent. A l’image en quelque sorte du film qui sombre petit à petit dans la folie, le macabre, le sexe et la violence au cours d’une interminable séquence sous acide. Tournant rapidement à vide, elle s’apparente toutefois à une descente aux enfers orgiaque où, sous l'emprise d'une substance destructrice,  les corps titubent, s’agitent, se heurtent, s’accouplent, se volatilisent dans une lumière rouge.

Un discours banal et des dialogues plats

Cela pousse les inconditionnels à relever que le spectateur ne sort pas indemne de ce «Dancing vraiment dirty», huis-clos étouffant extrême et traumatisant. Des qualificatifs exagérés pour ce trip hallucinogène peu terrifiant, en forme d’expérience sensorielle, mystique et hypnotique. Le réalisateur se veut tellement subversif qu’il a tendance à rater son coup. A l’instar de Love, porno de luxe esthétisant à outrance, bien trop léché pour faire bander l’amateur.

Par ailleurs, le problème avec Gaspar Noé, c’est qu’il n’a pas grand-chose à dire et qu’il l’exprime trivialement, livrant du coup un discours banal à travers les dialogues d’une rare platitude de ses protagonistes. Tout en nous assénant quelques maximes dont il a le secret et qu’il doit imaginer choc du genre: «Naître et mourir sont des expériences extraordinaires. Vivre et un plaisir fugitif… »

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès le 19 septembre.

 

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15/09/2018

Grand écran: "Figlia Mia", émouvant duel de mères sous le soleil de Sardaigne

4-format43.jpgVittoria, une gracile et timide rouquine de dix ans, vit avec ses parents dans un petit bled reculé de Sardaigne. L’amour débordant de sa maman Tina (Valeria Golino)  la console d’être souvent rejetée par les autres enfants à cause de sa chevelure flamboyante.

A l'occasion d'une fête, Vittoria (Sara Casu) rencontre Angelica (Alba Rohrwacher). Elle est fascinée par cette blonde fantasque au teint diaphane, une allumeuse provocante à l’esprit libre et au tempérament explosif. Le contraire de sa mère ultra protectrice, conservatrice, responsable et posée. Elle lui rend de plus en plus fréquemment visite dans sa ferme, à quelques kilomètres du village, provoquant l’inquiétude et la jalousie de Tina.

Le malaise s’installe et Vittoria comprend assez vite qu’un secret liant les deux femmes est à l’origine de leur affrontement croissant. Elle n’est pas la fille de la sage Tina, à qui l’irresponsable Angelica, accumulant les dettes et les hommes, incapable d’élever une enfant, l’avait confiée. Tout en arbitrant ce combat entre la madone et la putain, la fillette, d’abord choquée et ne sachant à quel modèle se vouer, va courageusement finir par trouver sa propre identité.

Figlia Mia, mélodrame émouvant en forme de chronique féminine avec références à la tragédie grecque, porté par trois comédiennes très convaincantes, est signé de l’Italienne Laura Bispuri. Elle avait séduit avec Vierge sous serment, où Alba Rohrwacher jouait déjà le rôle-titre. Amatrice de contrastes, la réalisatrice a choisi, après le froid de l’Albanie où se déroulait son premier long métrage, la chaleur et la lumière de la Sardaigne, évitant toutefois soigneusement le côté carte postale.

bispuri.jpgLa complexité de la maternité

Auteur d’un cinéma physique, elle a longuement sillonné l'’ìle pour découvrir des lieux qui s’accordent avec ses protagonistes. "La Sardaigne a une très forte identité et les paysages fonctionnent comme un miroir des personnages", nous dit-elle lors d’une rencontre à Genève. "Et j’avais besoin de cette lumière chaude pour créer l’atmosphère".

Laura Bispuri évoque la maternité à travers le duel que se livrent mère adoptive et mère biologique, si radicalement opposées que cela peut paraître caricatural. "Il ne s’agit pas seulement de cela. D’autant qu’en fait, chacune a son côté noir et blanc. La madone n’est pas un ange et la vamp n’est pas qu’un démon. En plus elles se rapprochent au fur et à mesure du développement du récit".

Par ailleurs, ce dont elle parle surtout, c’est de la complexité de la maternité, en posant la question de la vraie mère. "Moi, je les place au même niveau. Pendant le film, Vittoria apprend quelque chose d’important à propos d’Angelica, qui elle comprend que sa fille peut l’aimer autant que Tina".

Un cordon ombilical entre les personnages

Laura Bispuri a corsé les choses en écrivant trois partitions égales. "C’est très difficile pour tout, le scénario, la mise en scène, l’action. Mais je voulais qu’il y ait un mouvement émotionnel, un cordon ombilical entre mes comédiennes et c’était le seul moyen".

Si le choix d’Alba Rohrwacher et de Valeria Golino semblait évident, il n’en allait pas de même de Sara Casu.«J’ai mis huit mois à la trouver, en cherchant notamment dans les écoles. Je dois avoir vu un millier de gamines. Je la trouve extraordinaire. Elle n’avait jamais joué, ne serait-ce qu’un minuscule rôle dans un spectacle de fin d’année. Et là, elle se révèle. C’est la plus forte des trois. Au début elle est perçue comme une porcelaine fragile et à la fin, c’est une super héroïne… »

A l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 12 septembre

 

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04/09/2018

Grand écran: "McQueen", portrait passionnant du fascinant génie britannique de la mode

McQueen_ImageArticle02.jpgJe fais défiler les horreurs de mon âme sur les podiums…. Une phrase choc mais qui n’étonne guère de la part d’Alexander McQueen, le célèbre, fascinant et provoquant couturier britannique gay, descendu en flammes, haï ou adulé, mort à 40 ans il y a huit ans. Un visionnaire à qui le Genevois Ian Bonhôte et Peter Ettedgui ont consacré un passionnant et émouvant portrait.

Il débute au Saint-Martin’s College Of Art And Design, pépinière de talents où il est repéré  par la journaliste de  mode Isabella Blow. Elle va le propulser vers les sommets. L’ascension est même fulgurante pour ce bad boy avant-gardiste, né dans un milieu modeste, d’un père chauffeur de taxi et d’une mère enseignante qu’il vénérait.

260px-Alexander_McQueen_by_FashionWirePress.jpgSans un sou en poche, le «hooligan» de la fringue débarque à Paris et intègre la maison Givenchy dont il devient le directeur artistique. Le contraste avec son monde et son approche de la mode est saisissant. Mais il garde son propre label où il donne libre cours à sa créativité, son inventivité au sein d’un univers trouble, glauque, puisant son inspiration dans l’histoire, la danse, la peinture, la musique, la littérature et le cinéma.

Défilés extravagants destinés à choquer

Amoureux du drame et du scandale, désireux de choquer, le concepteur de vêtements déments imagine des défilés extravagants où il déploie son sens du spectacle, de la théâtralité, de la chorégraphie. A l’image de sa collection Le viol de l’Ecosse en 1995, proposant des  habits déchirés, lacérés au niveau des seins, avec des traces d’urine à l’entrejambe…  La presse se déchaîne.

Toujours sulfureuses, ses collections avaient un thème, comme son utilisation de robots qui aspergeaient de peinture un mannequin en robe blanche, son  époustouflant hologramme de Kate Moss, son hommage à Hitchcock, sa mise en scène dans un asile psychiatrique, sa  dénonciation de la société de consommation dans Horn Of Plenty, ou sa dernière présentation, Plato’s Atlantis, filmée par des drones. Elle raconte un monde sous-marin hostile, avec des robes-méduses, des corps recouverts d’écailles, de corail…

Images d'archives, vidéos et témoignages 

Le documentaire tente ainsi de percer la personnalité complexe d’Alexander McQueen, homosexuel déclaré, abusé dans son enfance, grassouillet avant de se faire poser un anneau gastrique. Entre les shows extraordinaires, les réalisateurs proposent des images d’archives, de surprenantes vidéos intimes et inédites.

Tous ces témoignages, dont ceux (un peu trop nombreux et répétitifs) des siens et de son entourage, évoquent l’excessif artiste de génie en symbiose avec la nature, mais aussi un homme obsessionnel, triste, torturé, miné par la drogue et l’alcool. Séropositif, il s’est pendu le 11 février 2010, la veille de l’enterrement de sa mère.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 5 septembre.

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