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31/12/2017

Grand écran: mes films préférés de 2017

maxresdefault.jpgLes chefs d’œuvre n’ont pas couru les écrans cette année, contrairement aux navets qui ont parfois atteint des sommets, à l’image de trop nombreuses comédies françaises et américaines. En d’autres termes, 2017 ne fut pas le cru du siècle même s’il n’en est qu’à son début. Reste qu’on a heureusement vu quelques très bons films, voire excellents. Plus ou moins dans le désordre, voici mes préférés.

120 battements par minute, de Robin Campillo. Début des années 90. Alors que
le sida tue depuis une dizaine d’années, les activistes d’Act Up multiplient les méthodes coups de poing et les mises en scènes chocs pour lutter contre l’indifférence générale à la maladie. Au cœur de l’action, deux amants vont mener leur propre combat. Une oeuvre rare, captivante, sur la nécessité d’alerter, de bousculer, où alternent les scènes d’amour, d’action, de débats. A la fois pudique et triviale, elle mêle l’intime et le politique. Insistant sur la libération de la parole, Campillo réussit par ailleurs à éviter tout pathos en évoquant la mort qui ne cesse de rôder autour de ces jeunes gens animés d’une soif de vivre, mais sacrifiés pour avoir trop aimé.

Detroit, de Kathryn Bigelow. La réalisatrice confronte à nouveau l’Amérique à ses démons avec une redoutable immersion au cœur des émeutes raciales qui ont secoué Detroit au cours de l’été 1967, causant la mort de 43 personnes et en blessant 467 autres. Avec un remarquable souci d’authenticité, Bigelow s‘attarde longuement sur la nuit d’horreur du 25 juillet, pour en montrer dans les moindres détails jusqu’à l’insoutenable, la folie, les pulsions criminelles incontrôlées, les dérapages meurtriers de flics blancs avides de violenter et torturer des «suspects» à majorité noirs. Un thriller coup de poing, sous haute tension, et un portrait implacable d’une société alors minée par un racisme institutionnel, faisant écho à l’actualité 50 ans plus tard.

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaastacy.jpgLe Redoutable, de Michel Hazanavicius. Les esprits chagrins s’offusquent de cette «impudence» à s‘attaquer à la légende vivante de la Nouvelle vague, en crise existentialiste et cinématographique pendant et après Mai 68. On adore au contraire cette démystification fantaisiste de Godard où, sous l’ironie apparemment féroce, perce l’admiration envers l’homme et le cinéaste. Il est interprété par un formidable Louis Garrel, irrésistiblement drôle dans la peau du mythe, dont il emprunte à la perfection le look, la démarche, l’accent traînant, la cruauté, le discours outrancier, l’autodérision.

The Battle Of Sexes, de Jonathan Dayton et Valerie Faris. Emmené par les excellents Emma Stone et Steve Carrell, les auteurs reviennent avec talent, maîtrise et humour sur le combat de la joueuse de tennis américaine Billie Jean King, icône alors âgée de 29 ans, qui se démène pour que les femmes touchent des primes équivalentes à celle des hommes. En s’appuyant sur son incroyable duel avec Bobby Riggs, 55 ans, ancien numéro un mondial, persuadé de la battre en trois coups de raquette! Mais le macho en fut pour ses frais lors du match suivi en 1973 par 30.000 spectateurs et 50 millions de téléspectateurs à travers la planète. 

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaamalric.jpgBarbara, de Mathieu Amalric. Mise en abîme aux frontières de la réalité et de la fiction, l’opus propose entre poème et rêverie musicale un portrait complexe, émouvant, de la mythique, insolente, capricieuse, autoritaire, fantasque, mélancolique Barbara. L’excellente Jeanne Balibar se révèle impressionnante. Habitée, naturelle, elle travaille son personnage, les chansons, composant au piano, s’entraînant à imiter la voix, s’appropriant les gestes, les accessoires, les attitudes de son modèle. Mais sans chercher le mimétisme. La ressemblance n’en est pas moins troublante.

Faute d’amour, d’Andrey Zvyaguintsev. Surfant sur internet, le réalisateur russe trouve une info sur Liza Alert, une organisation de bénévoles vouée à la recherche de disparus. Voilà qui lui permet de disséquer une crise familiale. En instance de divorce, des parents se déchirent sous les yeux de leur fis de 12 ans, sans se préoccuper des dégâts qu’ils peuvent provoquer chez l’enfant en dramatique manque d’amour. Jusqu’au jour où il disparaît. La police ayant déclaré forfait, les investigations  sont confiées à une association spécialisée, Suit une deuxième partie en forme d’enquête où Zvyaguintsev se livre à une charge implacable contre une société impitoyable, égoïste, glaciale, entre désespoir et frustration.

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaamoon.jpgMoonlight, de Barry Jenkis. Enfant noir de Liberty City, quartier défavorisé de Miami, orphelin de père, vivant avec sa mère toxico, harcelé par ses camarades, Chiron n’a pas d’ami à part Juan, un caïd de la drogue qui le protège et devient un père de substitution. De surcroît, il doit assumer son homosexualité dans un environnement hostile. Avec ce scénario, on pouvait craindre le pire. C’est l’inverse. On découvre un film à contre-courant, privilégiant une approche poétique, empathique, sensuelle. Explorant avec finesse les rapports humains et les préférences sexuelles, le metteur en scène raconte, en trois périodes-clés, une quête d’identité faite de rejets, brimades et insultes, qui finiront par mener Chiron à s’accepter.

Au revoir là-haut, d’Albert Dupontel. Deux rescapés des tranchées sortent traumatisès de la boucherie de la Première Guerre mondiale. L’un a perdu sa femme et son métier, l’autre y a laissé le bas de son visage. Pour se venger de l’Etat qui les ignore en dépit de leur sacrifice, ils montent une juteuse arnaque en vendant de faux monuments aux morts sur catalogue. Tout en recherchant l’immonde crapule qui les avait envoyés à l’abattoir après l’armistice. Un film brillamment adapté du roman éponyme de Pierre Lemaître, Goncourt 2013, où se mêlent humour trash, tragédie filiale, poésie, drame intime, cynisme, lutte des classes, lyrisme.

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaflorida.jpgThe Florida Project, de Sean Baker. Ce film à l’esthétique pop évoque dans des tons roses, verts, violets et jaunes l’envers du rêve américain, dénonçant la condition des laissés pour compte qui vivent dans des motels miteux à l’ombre de la férie Disney. Comme la turbulente, charismatique Moonee, six ans, sa très jeune mère et ses potes. Une chronique sociale émotionnellement forte, mais évitant tout pathos, complaisance ou jugement. Parfaits, les protagonistes sont des nom-professionnels, à l’exception de Willem Dafoe, particulièrement convaincant en paternel, attendrissant et bienveillant gérant de motel.

Les gardiennes, de Xavier Beauvois. L’auteur rend hommage aux femmes qui, restées à l’arrière pendant la Première Guerre mondiale, ont continué à faire tourner l’économie française, alors que les hommes étaient partis au front, en assurant notamment le fonctionnement des exploitations agricoles. Mise en scène et photographie soignées pour le portrait de ces vaillantes résistantes trimant dur aux champs et à la ferme. Avec Nathalie Baye, sa fille Laura Smet et une révélation, la lumineuse Iris Bry.

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaabelle.jpgLa belle et la meute, de Kaouther Ben Hania. Luttant contre un système perverti dont elle démonte les rouages, l’auteure signe un singulier thriller politique féministe, en adaptant une histoire vraie qui s’était déroulée post Printemps arabe, en 2012. Celle de la jolie Mariam, violée par des policiers. Elle veut porter plainte mais, se heurtant aux dénégations, intimidations et menaces au sein du commissariat de ses agresseurs, elle va vivre une longue nuit cauchemardesque pour tenter de le prouver.

Get Out de Jordan Peele. Chris, jeune photographe noir et sa petite amie blanche Rose, très amoureux l’un de l’autre décident de rencontrer les parents de Rose. Bien accueilli, Chris est troublé par le comportement étrange du jardinier et de la gouvernante, tous les deux black. Originale, inventive et angoissante, cette farce grinçante, anxiogène, à la frontière de l’horreur et du fantastique, aborde le racisme ordinaire avec un humour très…noir. Et laisse monter la pression au fur et à mesure que le héros bascule dans le cauchemar.

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaapaysan.jpgPetit paysan, d’Hubert Charuel. Alors qu’une épidémie de fièvre aphteuse se déclare en France, un éleveur de vaches laitières découvre avec horreur qu’une de ses bêtes est contaminée. Face à la menace de perdre son troupeau, il tue lui-même l’animal en cachette. Tombant dans l’illégalité, passible de prison, il est pris dans un engrenage infernal. Un premier long-métrage bien écrit, parfaitement documenté, mêlant thriller psychologique et réflexion sur les difficultés économiques et les tâches épuisantes des paysans.

Borg-McEnroe, de Janutz Metz Pedersen. Retour sur la rivalité exacerbée de deux géants de la petite balle jaune, qui en ont changé la face. Nous sommes à Wimbledon en 1980 et les hommes vont s’affronter dans une finale qui deviendra l’un des plus grands duels de l’histoire du sport. Une confrontation aux allures de thriller entre Borg, beau gosse suédois faussement insensible encensé par le public (Sverrir Gudnason bluffant de ressemblance) et McEnroe, le bad boy américain, rebelle, impulsif et colérique (Shia Labeouf). On s’y croirait…

Téhéran Tabou, d’Ali Soozandeh. Le réalisateur iranien réfugié en Allemagne, ouvertement militant, nous immerge au sein d’une société schizophrène et hypocrite, dans laquelle le sexe, la drogue et la corruption coexistent avec les interdits religieux, juridiques, traditionnels. A la fois poétique, politique et intime, cet audacieux métrage tourné en rotoscopie a valeur de témoignage avec sa peinture sociale dénonciatrice, dérangeante, provocante, sinon choquante.

 

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27/12/2017

Grand écran: "Menashé", plongée originale dans un quartier juif hassidique de New York

0469195.jpgAuteur américain de documentaires, Joshua Z Weinstein (heureusement pour lui sans parenté avec le tristement célèbre Harvey) opère, pour son premier long-métrage de fiction, Menashé" (Brooklyn Yiddish), qu’il a mis sept ans à réaliser, une plongée à Borough Park, quartier juif ultraorthodoxe de Brooklyn. En racontant le combat d’un père contre cette communauté cloîtrée, qui vit au rythme de la Torah.

Le modeste et brouillon Menashé travaille dans une supérette. Après la mort de sa femme, il veut absolument récupérer la garde de son fils de 10 ans, Ruben, ce que lui interdit la tradition hassidique avant qu’il ne soit remarié. Il rechigne pourtant à s'y soumettre. Le Grand Rabbin lui permet alors de passer une semaine avec son enfant. Menashé va tenter de prouver qu’il est la meilleure personne pour l’élever.

Le film tourné en yiddish est inspiré de l’histoire vécue du protagoniste principal Menashé Lustig, animateur de fêtes religieuses. Il joue ici impeccablement son propre rôle, à l’image des autres acteurs amateurs, dont le petit garçon. Pour la plupart, ils sont issus de cette branche très fermée du judaïsme.

Tout en brossant le portrait d’un jeune veuf attachant mais peu gâté par la nature, bedonnant, maladroit, peinant à nouer les deux bouts, désemparé, tiraillé entre sa foi et son amour paternel, l’auteur nous laisse découvrir le quotidien, les mœurs et les rites d’un monde parallèle peu connu, singulièrement fascinant.

Bienveillant, respectueux de son sujet qu’il traite avec une précision documentaire, observant sans juger, Joshua Z Weinstein livre ainsi une fable juive instructive sur les plans culturel et religieux. Pleine d’humanité, émouvante et originale, elle laisse aussi percer l’ironie sous l’austérité.

 A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 27 décembre.

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26/12/2017

Grand écran: *Momo", tragi-comédie laborieuse avec Catherine Frot et Christian Clavier

momo3.jpgMonsieur et Madame Prioux, un couple de quinquas bourgeois, découvrent avec stupeur un soir en rentrant à la maison qu’un homme s’y est installé. Il s'agit d'un certain Patrick, trentenaire, censé avoir été abandonné à la naissance et déterminé à renouer les liens.

Mais à leur connaissance, les Prioux n’ont jamais eu d’enfant. Inutile de dire qu’ils tombent des nues, d’autant que tout semble prouver que cet étrange garçon est bien leur fils. Alors Patrick serait-il mytho, où Madame Prioux en mal d’enfants’décide-t-elle de s'en inventer un? Mystère...

Sebastien Thiéry, connu pour son goût de la provocation qui l’avait poussé à une prestation dénudée à la cérémonie des Molière en 2015, face à Fleur Pellerin alors ministre de la Culture, pour défendre le régime des intermittents, a co-réalisé la chose avec Vincent Lobelle.

Dans ses interviews, il aime à répéter qu’il débute sur grand écran. Et malheureusement pour lui, ça se voit beaucoup dans ce film adapté de sa pièce à succès, où les comédiens d’origine Muriel Robin et François Berléand ont été remplacés par Catherine Frot et Christian Clavier.

Lui-même joue le rôle de Patrick, un garçon qu’au départ on croit handicapé mental. En réalité il est sourd, ce qui n’empêche pas l’auteur de le comparer à une sorte de crétin inadapté social total. Dans la foulée, on ajoutera que l’intéressé veut présenter aux Prioux sa fiancée aveugle, tout aussi maltraitée dans le genre cinoque et incarnée par Pascale Arbillot.

Si Catherine Frot donne ce qu’elle peut, on n’en dira pas autant de Christian Clavier qui, comme depuis trop de  films, fait du Clavier à  outrance. Pour résumer, Momo se voulant une tragi-comédie grinçante, acide et politiquement non correcte en surfant sur la maternité et la filiation, se révèle aussi laborieuse que lourdingue et paresseuse.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 27 décembre.

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Grand écran: "Maria by Callas" dévoile la face cachée de l'icône planétaire

183565-c1-maria-callas-remastered.jpgLa diva est morte d’une crise cardiaque le 16 septembre 1977. Elle avait 53 ans. Quarante ans après sa disparition, Tom Volf, 31 ans, réalisateur, producteur, photographe de mode, auteur, acteur, lui consacre un film, Maria by Callas. De Manhattan où elle est née de parents grecs, à Paris où elle est décédée, l’homme qui ne connaissait rien de l’art lyrique et de sa prodigieuse interprète il y a quatre ans, montre aujourd’hui la femme derrière la légende

Durant toute sa vie, celle dont la mère, lui découvrant un don pour le chant en avait fait une enfant prodige en sacrifiant son enfance, cette âme tourmentée à la personnalité double, parfois antagoniste, s’est toujours sentie incomprise et aspirait à être entendue par ses propres mots.

Comme elle le disait elle-même, il y avait deux personnes en elle: Maria, femme passionnée, amoureuse, drôle, vulnérable, impétueuse, farouchement indépendante et La Callas, la Voix du siècle, artiste en quête d’absolu restée immortelle, icône planétaire squattant les couvertures des magazines. 

Tom Volf a joué au détective, parcourant le monde à la rencontre des proches, amis, confidents de son héroïne,  qu’il s’agisse de célébrités, de son majordome Feruccio ou de sa femme de chambre Bruna, pour réunir ces deux facettes. Tout en se livrant à un gros travail de restauration, il donne l'occasion à la dernière des divas de se raconter pour la première fois à la première personne à travers des documents inédits.

La célébrissime tord le cou aux clichés

Des films Super 8 personnels, des témoignages, interviews (plus particulièrement celle réalisée en 1970 par le journaliste américain David Frost), des enregistrements live, des images d’archives exclusives ou télévisées de vie, de spectacles, composent ce film, ainsi que des lettres intimes lues par Fanny Ardant dans la version frnaçaise et par Isabelle Rossellini dans la version anglaise. La plupart sont celles envoyées à Elvira de Hidalgo, son professeur de chant rencontrée à Athènes dans ses jeunes années, et qui l’a suivie toute sa vie.

Insistant sur les trois périodes marquantes de son existence correspondant aux décennies 50, 60 et 70, Tom Volf donne ainsi une vision nouvelle et émouvante de la célébrissime cantatrice qui se dévoile incroyablement, tordant le cou au cliché de la diva scandaleuse et capricieuse, rétablissant également la vérité sur sa relation avec Onassis, une grande histoire d’amour qui a tant fait jaser. 

Mais surtout, entre souvenirs et confessions, le réalisateur laisse l’artiste transcendant les générations, les cultures et les styles, chanter les morceaux mythiques de son répertoire. Et là, il n’y a plus qu’à fermer les yeux et écouter cette voix sublime qui vaut toutes les images du monde.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 27 décembre.

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20/12/2017

Grand écran: "The Florida Project" ou l'envers du rêve américain. Une réussite

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaflorida.jpgAprès Tangerine, un film sur des prostituées afro-américaines transgenres tourné sur iPhone et Prix du Jury à Deauville en 2015, Sean Baker, réalisateur newyorkais indépendant, revient avec The Florida Project.

Un film à l’esthétique pop, comme le précédent, évoquant cette fois l’envers du rêve américain, où il dénonce la condition de nombreux laissés pour compte vivant dans des motels miteux, à l’ombre de la féérie Disney et au bord de la route.

Comme la charismatique Moonee, débrouillarde gamine de six ans et ses potes, livrés à eux-mêmes pendant les vacances d’été en marge des grands parcs d’attraction. Ils en profitent pour faire impunément les 400 coups, canailles insouciantes de la misère, de la dureté et de la crasse ambiantes.

Leurs frasques n’inquiètent pas trop les parents en situation précaire à l’image de Hally, la très jeune mère de Moonee, qui imagine des plans destinés à assurer un quotidien sans perspective. Pour veiller sur ce petit monde, il y a Bobby, bienveillant gérant du motel, très proche de ses locataires et prêt à les défendre dans cet univers impitoyable.

Filmant presque entièrement à hauteur d’enfants, Sean Baker peinturlure les choses dans un style lumineux très coloré, rose, violet, vert, jaune. Se penchant plus particulièrement sur les aventures cocasses de son insolente gamine et de son attachante petite bande exubérante et mal élevée, il insuffle un côté comique à un sujet dramatique et déchirant.

Formidables acteurs

Evitant tout pathos, complaisance, concession ou jugement, émotionnellement forte, et d’une grande humanité, cette chronique sociale est une vraie réussite qui tient par ailleurs énormément aux personnages extrêmement bien dirigés. A commencer par cette incroyable, impressionnante, pétulante et désinvolte fillette dans le rôle de Moonee, Brooklynn Prince. Originaire de Floride, elle a répondu à une annonce.

Tout aussi formidable Bria Vinaite (Hally, trouvée sur Instagram), en mère tatouée, les cheveux roses et verts, immature, irresponsable, débordée. Sa relation fusionnelle avec Moonee, plutôt celle de deux sœurs refusant de baisser les bras, est au centre du film. On adore pareillement le paternel, doux, gauche et attendrissant Willem Dafoe, s’essayant à l’autorité pour diriger au mieux son motel.

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaabaker.jpgSean Baker, 46 ans et l'air d'en avoir dix de moins, a tourné The Florida Project en 35 mm. «Je voulais que les spectateurs passent l’été avec les enfants, plongent dans leur environnement, dans l’atmosphère de la Floride, sentent la chaleur, perçoivent le chaos de la route, retournent à leur propre enfance. Seule la pellicule pouvait amener à ce résultat», nous explique-t-il lors d’une rencontre à Genève.

Il évoque en outre sa volonté de travailler sur des thèmes universels. «Je recherche des histoires qui parlent aux publics du monde entier, mais indirectement, de façon détournée pour donner matière à réflexion».

Quelle est la genèse du film?

L’idée vient de mon coscénariste et producteur Chris Berdoch qui a découvert ces motels en aidant sa mère à déménager. Nous avons fait de nombreuses recherches en nous rendant sur place à plusieurs reprises pendant trois ans. Nous avons rencontré des résidents, leur avons demandé de nous parler de leur vie, de nous raconter leurs histoires.

Ont-ils vu le film?

Oui. Ils ont très bien réagi. Ils ont trouvé que c’était une bonne représentation de leur existence.

Les comédiens sont excellents et pratiquement tous non professionnels. Vous avez par exemple casté Bria Vinaite sur Instagram.

Il me fallait une inconnue. Je ne voyais pas vraiment une star richissime dans ce rôle de mère luttant pour nouer les deux bouts…. Trop déconcertant pour le spectateur,

Et en ce qui concerne Willem Dafoe? Il est pourtant célèbre et il se retrouve gérant d’un motel miteux.

C’est différent. Il avait vu mes films et était très intéressé. Je dirais que c’est plutôt lui qui m’a choisi que le contraire. Il s’est beaucoup impliqué et a pris le temps de devenir Bobby.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 20 décembre.

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13/12/2017

Grand écran: "Les derniers Jedi" divise et traînasse entre action, humour et drame.

Star-Wars-ce-qui-fait-la-force-de-l-episode-VIII-Les-derniers-Jedi.jpg«C’est comme cela qu’on gagne. Non pas en détruisant ce qu’on déteste, mais en sauvant ce qu’on aime...» Belle profession de foi entendue au détour d’une scène dramatique dans Les derniers Jedi, le huitième volet de la célèbre saga Star Wars. Evidemment à nouveau espéré comme le messie.

DIsons-le tout de suite, que le réalisateur Rian Johnson se soit ou non inspiré de cette maxime philosophique pour tenter de remporter le morceau, la chose divise. Autant chez les critiques que chez les fans. Cela va de fantastique, captivant, intense, impressionnant, époustouflant, le meilleur depuis L’Empire contre-attaque, à bourratif, peu enthousiasmant, trop long, se traînant au milieu, peinant dans la narration. Bref, tout simplement décevant. 

L'heure est grave

La Résistance étant sur le point d’être éliminée, l’heure est grave dans ce nouvel épisode interprété par les acteurs de la trilogie, Daisy Ridley (image), John Boyega, Oscar Isaac, Adam Driver et Kelly Marie Tran, une nouvelle venue. Ainsi que par Mark Hamill et Carrie Fisher reprenant les rôles de Luke Skywalker et de sa soeur jumelle Leia Organa.

Daisy Ridley incarne Rey, une femme solitaire sensible à la Force, qui fait  équipe avec un ancien soldat du Premier Ordre, Finn (John Boyega). Tous les deux sont alliés du pilote Poe Dameron (Oscar Isaac) dans leur lutte contre le Premier Ordre et Kylo Ren (Adam Driver).

Le film reprend exactement là où le précédent s’était achevé (une première dans la mesure où une ou plusieurs années séparaient chacun des autres), avec la jeune Rey qui donne son sabre laser à Luke Skywalker sur une île aux confins de la galaxie. Elle s’en remet alors à lui pour apprendre à maîtriser ses pouvoirs, tout en tentant de le convaincre de reprendre du service. 

La générale Leia, qui compte notamment dans ses rangs Poe et Finn, s’efforce de diriger les Rebelles d’une main de fer. C’est la dernière de Carrie Fisher, décédée il y a un an et à qui le film rend hommage. De son côté, Kylo Ren, qui a basculé du côté obscur de la Force, se retourne vers le Leader suprême, l'affreux Snoke.

Les femmes aux commandes et au cœur de l’action

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaajedi.jpgRian Johnson fait la part belle aux personnages féminins, aux commandes et au coeur du combat dans cet épisode entre la lente déconstruction et le renouvellement du mythe mêlant action, humour, drame, émotion. Par ailleurs les effets spéciaux sont réussis tout comme la photographie. On aime également les bestioles bizarroïdes (image) et le petit robot BB-8 est toujours aussi irrésistible.

Mais en dépit de ses qualités, ce huitième métrage qui se veut un space opera ambitieux, audacieux, misant sur la réflexion, manque de rythme et pêche par un scénario fouillis en multipliant les redites, les batailles à la longue soûlantes entre vaisseaux spatiaux et duels au sabre. Sans oublier une prolifération de protagonistes et d’ intrigues parallèles inutiles car sous-exploitées. Comme la relation trouble entre Rey et Kylo Ren aussi enragé que torturé. Ou entre Finn et Rose l'un des nouveaux personnages. Et surtout, c’est interminable!

A l'affiche dans les salles de Suisse  dès mercredi 13 décembre

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05/12/2017

Grand écran: "Jeune femme" raconte les galères d'une trentenaire excessive, larguée par son mari

jeune-femme.jpgLéonor Serraille, 31 ans, dont le premier long métrage Jeune femme a gagné la Caméra d’0r en mai à Cannes, brosse le portrait complexe de Paula, une fille de son âge au caractère impossible et au tempérament excessif. Elle est interprétée avec talent par une volcanique Laetitia Dosch, de tous les plans.

Le mari de Paula vient de la plaquer alors qu’ils rentraient du Mexique pour venir vivre à Paris. Elle était tout pour cet artiste devenu célèbre en la photographiant, et soudain elle n’est plus rien. De surcroît il a tout, vit dans un grand appartement parce que sa famille est riche, tandis qu’elle se retrouve à la rue, sans rien, à part son gros chat angora, confesse-t-elle, furibarde.

Nonobstant son immense colère et son intense frustration, Paula est bien décidée à remonter la pente en poursuivant celui qui l’a abandonnée. Elle est prête à tout pour le récupérer, quitte à se battre farouchement contre la cruauté d'un monde qui la rejette. Et sans s'apitoyer sur son sort.

On suit donc cette fille singulière, farfelue, fêlée, excentrique, hors normes, différente, insaisissable, exaspérante, parfois attendrissante, dans sa descente assumée de l’échelle sociale, passant d'un d’hôtel miteux à une misérable chambre de bonne. Au cours de ses migrations urbaines, du métro au centre commercial, elle rencontre une lesbienne qui la prend pour une autre, une mère célibataire et sa fillette, un vigile diplômé en sciences économiques.

Un regard dur de la réalisatrice sur l'errance de son héroïne 

Autant de personnages secondaires permettant à l’auteure dans cette comédie à la fois désenchantée et baroque, d’évoquer le rapport au travail, à l’argent, tout en posant un regard dur sur l’errance de son héroïne en crise et à la dérive dans un Paris hostille, où elle n’a pas d’amis, ne connaît personne. Même sa mère ne veut pas la voir.

Elle la laisse tomber, la place face à la solitude, à la faim, mais l’autorise à rebondir. Car même SDF en puissance, Paula n’est pas du genre à sombrer dans la misère. Elle déniche d’ailleurs un job dans un bar à culottes de la Tour Montparnasse, tout en faisant du baby-sitting.

Largement plébiscité par la majorité de la presse française, encensant par ailleurs sans réserve Laetitia Dorsch en gros qualifiée d'exceptionnellement génialissime, Jeune femme est certes un film curieux, iconoclaste, plutôt original et humoristique, mais qui finit par lasser à force d’exagérer le côté épuisant, hystérique, voire cliché de sa principale protagoniste.

C'est aussi un film de femme. Autour de Léonor Serraille, enceinte à l’époque du tournage, il n’y avait qu’elles, de l’ingénieure du son à la chef opératrice en passant par la productrice et la monteuse.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 6 décembre.

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Grand écran_dans "Suburbicon", George Clooney se moque du rêve américain. Avec Matt Damon et Julianne Moore

9f481b85d02397b69139a9cdb71dfa59.jpgPaisible banlieue résidentielle blanche créée après la guerre, Suburbicon est un petit paradis aux maisons rutilantes et aux pelouses verdoyantes bichonnées. Mais au cours de l’été 1959, sa sérénité est troublée par l’arrivée d’une famille noire, bientôt accusée de tous les maux. Mais alors que les passions racistes se déchaînent, une affaire encore plus grave se trame dans le pavillon voisin.

Faute de pouvoir payer ses dettes, l’employé de bureau Gardner Lodge, père de famille rigide et guindé est pris en otage par des gangsters, avec sa femme Margaret, sa belle-sœur Rose et son fils de dix ans, Nicky. Margaret est assassinée et Gardner se transforme en justicier sanguinaire, tandis que Nicky s’interroge sur le comportement étrange de son père et de sa tante venue s’installer chez eux.

Pour son sixième film en tant que réalisateur George Clooney, se moquant copieusement au début du rêve américain avec cette banlieue éprouvette à l’harmonie factice, nous fait découvrir la face cachée d’une Amérique idyllique où le mal n’est pas, comme veulent le voir les résidents le fait d’une minorité innocente, mais bien derrière les murs de ces pavillons, dissimulant une réalité faite de mensonge, de duperie, de cupidité et de violence.

Au départ, l’intrigue s’inspire de l’ostracisme véritablement subi par une famille à Levittown, en Pennsylvanie en. 1957. Faute de trouver véritablement son bonheur, le beau George s’est replié sur un scénario des Coen vieux de 20 ans, que les frères avaient fini par abandonner. Clooney a alors greffé sa réflexion politico-sociale sur une comédie noire bien barrée du fameux tandem, avec arnaque, héros branques et tueurs bas de plafond.

Ces deux niveaux de lecture produisent une histoire un peu bancale,vue à travers les yeux de Nicky, qui observe avec crainte la violence des adultes. A la fois à l’extérieur avec celle des racistes criant leur haine et celle qui règne dans sa propre maison avec des parents sanguinaires, pathétiquement minables, égoîstes et sidérants de bêtise.

Une actualité hélas toujous brûlante

C’est un Matt Damon plutôt massif, qui a enfilé le costume du père. A l’image du film qui privilégie la caricature facile à la satire féroce et à l’humour mordant, il se révèle décevant avec son air constamment abruti. A ses côtés Julianne Moore semble beaucoup s’amuser dans son inquiétant double rôle de jumelle, comme Oscar Isaac en détective moustachu, tout droit sorti des films noirs de l’époque.

On se demande certes ce qu’aurait été Suburbicon réalisé par les Coen face à la farce macabre inaboutie de Clooney, notamment dans la sous-exploitation de l’histoire de cette famille noire installée dans un quartier (trop) blanc et menant à des émeutes. Reste que l’égérie de Nespresso ne fait pas moins passer un salutaire message politique anti-Trump en rappelant que plus de soixante ans après, les éruptions de violence raciale demeurent hélas d’une actualité brûlante.

A l'affiiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 6 décembre.

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Grand écran: avec "Les gardiennes", Xavier Beauvois rend hommage aux femmes et révèle une actrice

425602_0.jpgRares sont les films qui ont évoqué le rôle primordial des femmes qui, restées à l'arrière pendant la Première Guerre mondiale, ont continué à faire tourner l’économie française alors que les hommes étaient partis au  front, en assurant le fonctionnement des exploitations agricoles et des usines.

C’est à ces héroïnes que rend hommage Xavier Beauvois, dans son septième long-métrage Les gardiennes, très librement adapté d’un roman oublié d’Ernest Pérochon publié en 1924.

Le film, qui s’inscrit dans la lignée de Des hommes et des dieux, débute en 1915 à la ferme du Paridier, dans le Limousin. Mère de trois enfants, Solange, Constant et Georges, Hortense, travailleuse acharnée, a pris la relève des hommes réquisitionnés, dont ses deux fils et Clovis, le mari de Solange, lui-même père de Marguerite, née d’un premier mariage.

Mais les tâches s’accumulent et Hortense fait de plus en plus difficilement face d’autant que Solange rechigne à l’ouvrage. Elle embauche alors Francine, 20 ans, qui vient de l’assistance publique. Aussi infatigable qu’Hortense, la jeune femme sait tout faire, labourer la terre, moissonner, traire les vaches, s’occuper du potager et du ménage. Très vite, naissent entre elles de l’affection, de la confiance et du respect.

Leur vie est rythmée par les rudes labeurs et le retour des hommes en permission, oubliant pendant quelques jours l'atrocité des combats. A l’image de Georges, dont Marguerite est follement amoureuse. Mais c’est avec Francine qu’il va échanger des lettres, de plus en plus passionnées. Xavier Beauvois, qui s’était beaucoup focalisé dans une première partie sur la dure routine quotidienne aux champs et à la ferme, donne alors à l’histoire une dimension plus romanesque, plus intime, où se mêlent jalousie, injustice et manipulation. Le drame familial couve.

Xavier Beauvois prend le temps d’installer son récit et de laisser exister ses personnages dans ce film de guerre où on ne voit pas la guerre sinon dans les cauchemars des permissionnaires, le nom des morts égrenés à l’église, la disparition d’un fils, d’un mari, sobrement annoncé par le maire du village à une mère qui s’effondre, la présence de soldats américains qui serrent d’un peu trop près les jolies campagnardes…

 aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaairis.jpgPorté par d’excellents comédiens

De bonne facture classique, proposant une mise en scène et une photographie soignées ce portrait sensible de vaillantes résistantes, gardiennes d’un bout de patrimoine, est porté par d’excellents comédiens.

Vieillie, dure à la tâche, stricte et sévère dans son comportement, son allure (on regrette toutefois une redoutable perruque grise comme plaquée à la hâte !), Nathalie Baye se révèle très convaincante. Elle rencontre pour la première fois sur grand écran sa fille Laura Smet, avec qui elle avait déjà joué dans la série Dix pour cent.

Mais la révélation, c’est la lumineuse Iris Bry, magnifique dans le rôle parfaitement incarné, de cette jeune femme courageuse, sacrifiée au nom de l’honneur familial. Elle a sans surprise été présélectionnée pour le César du meilleur espoir féminin. A signaler également la belle présence de Cyril Descours, Nicolas Giraud et Olivier Rabourdin.

A l'affiche dans les salles de Suisse rmande dès mercredi 6 décembre.

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04/12/2017

Grand écran: "Ultimos Dias" en La Habana: tragi-comédie dans un Cuba suspendu entre présent et futur

Últimos-días-en-La-Habana-2-850x500.jpgMiguel et Diego, la quarantaine avancée, vivent ensemble dans un appartement délabré au centre de la Havane, une ville sur le point de connaître de grands changements. Plongeur dans un restaurant, le taciturne et morose Miguel (Patricio Wood), déçu d’un régime plein de contradictions, n’espère rien de la révolution. Il rêve de fuir aux Etats-Unis et se prépare à l’aventure en regardant une carte de son eldorado épinglée au mur de la cuisine, tentant également d’apprendre chaque jour quelques mots d’anglais.

Dans l’attente impatiente de son visa, il prend soin de Diego (Jorge Martinez) cloué au lit, le nourrit et veille à satisfaire ses désirs. En phase terminale du sida, ce dernier garde paradoxalement une incroyable vitalité, un sens aigu de l’humour et de la dérision. Continuant à affirmer haut et fort une homosexualité qualifiée de perversion par le gouvernement et qui lui a valu le rejet de sa famille, il veut jouir le plus possible d’une existence qu’il a tant aimée. Ces deux hommes que tout semble séparer, sont pourtant liés par une amitié profonde, indéfectible.

Solidarité dans un pays miné par la crise

Tandis qu’on suit son agonie, on assiste à une sorte de valse des habitants de l’immeuble décrépit, un vieux bonhomme, un coiffeur, une prostituée, une voisine pratiquant la Santeria, qui viennent rendre visite au malade, proposant leur aide. Ils manifestent une solidarité que l’on retrouve ailleurs dans la capitale, au sein d’une population hétéroclite. Affrontant son lot quotidien de difficultés, elle se débrouille avec les moyens du bord, plus ou moins catholiques, pour les surmonter dans un pays miné par la crise économique, celle du logement et la corruption.

Certains partent d’autres restent dans cette île qui n’est plus ce qu’elle était, mais ignore ce qu’elle deviendra. Avec Ultimos Dias en La Habana, (Derniers jours à La Havane) tragi-comédie pleine de finesse et de subtilité, Fernando Pérez, documentariste à ses débuts, nous offre l’instantané contrasté d’un Cuba comme suspendu entre présent et futur. Celui-ci est représenté par la jeune nièce de Diego, une adolescente fugueuse à la langue bien pendue qui veut camper chez son oncle pour échapper à sa mère.

Le réalisateur semble envisager cet avenir avec un certain optimisme. D’où ce film en forme de leçon d’humanité, à la fois triste, drôle, émouvant. Dénué de pathos et de misérabilisme, il montre l’amour que son auteur éprouve pour la ville, ses compatriotes et la culture cubaine. –

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 6 décembre.

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