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29/11/2017

Grand écran: "Le musée des merveilles" manque de magie

maxresdefault.jpgDeux ans après Carol, Todd Haynes revient avec Wonderstruck (Le musée des merveilles), une fable s’ouvrant sur une allégorie d’Oscar Wilde: «Nous sommes tous dans le caniveau mais certains d’entre nous regardent vers les étoiles».C’est la phrase clé de son dernier-né adapté d’un roman graphique de Brian Selznick, l’auteur d’Hugo Cabret.

L'intrigue se divise en deux parties, deux époques, deux styles, du noir et blanc, de la couleur. En 1977, Ben, 14 ans, un jeune orphelin revenu sourd après avoir été frappé par la foudre un soir d’orage, décide de partir pour New York à la recherche d’un père qu’il n‘a jamais connu.

De son côté Rose, 12 ans, sourde et muette de naissance, vivant dans une vaste maison du New Jersey avec un père distant et autoritaire, fugue elle aussi à New York en 1927. Elle veut rencontrer son idole, une actrice hollywoodienne dont elle archive les articles de presse. Ben et Rose vont se retrouver par hasard cinquante ans plus tard à Manhattan.

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaamusée.jpgPour interpréter les enfants, Todd Haynes a choisi Oakes Fegley et Millicent Simmonds. Ils portent ce film sur la quête des origines, les liens familiaux et la transmission, thèmes chers au réalisateur, au côté de Juliane Moore tenant deux rôles, celui de Rose grand-mère et de la star du muet que la gamine adulait.

Manque de rythme

Vu le titre, on espérait être émerveillé par cette fable qui se veut magique, faite de rêves, de découverte, d’émancipation. A être ému par la quête de ces deux gosses  solitaires tentant de résoudre le mystère qui entoure leur vie, par cette ode à la différence, par cet hommage au cinéma muet.

Eh bien pas autant qu’on le souhaitait. Même s’il est visuellement réussi, à l’image de cette superbe et spectaculaire maquette géante de New York tapissant le sol du musée, ce conte dégoulinant de bons sentiments manque de rythme et traîne inutilement en longueur.

On est loin du magnifique Carol, évoquant la relation amoureuse entre deux femmes qui bravaient les interdits de l’Amérique puritaine des années cinquante.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 29 novembre.

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Grand écran: avec *M", Sara Forestier raconte une histoire d'amour entre deux écorchés vifs complexés

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaforsara.jpgLila est bègue. Complexée, maladivement timide, cible des moqueries de ses camarades de classe, elle perd même tous ses moyens face à des inconnus. Un jour Mo, un gros dur trentenaire aux allures de loubard casse-cou, qui participe à des courses de voitures clandestines lui demande son chemin. C’est le coup de foudre et le bad boy sexy et charismatique va prendre sous son aile la fille enfermée dans son mutisme. 

Lila veut sans cesse communiquer avec lui en écrivant dans son carnet, mais le problème, c’est que Mo est analphabète. Pour lui c’est une honte et comme il ne veut surtout pas que Lila découvre son handicap, il se débat pour éviter les pièges qui lui sont tendus, du texto au courrier en passant par une carte de restaurant.

Sara Forestier, 31 ans, passée pour la première fois derrière la caméra, n’a pas choisi a facilité en imaginant une grande histoire d’amour fou entre deux écorchés vifs, une jeune fille qui a du mal à dire les mots face à un homme qui ne sait pas les lire. Avec M, drame aux accents kechichiens, le réalisateur qui l’a révélée à l’écran avec L’Esquive en 2004, elle insiste à la fois sur les sentiments qui vous transforment, sur l’importance de la langue pour s’élever socialement et le blocage que provoque son absence de maîtrise.

Tendu, sincère, émouvant

Si le scénario est confus et que l’idylle un rien improbable vire au pathos, le film touche par sa sincérité, sa tension, son énergie et l’interprétation des personnages. A côté d’une Sara Forestier carrément habitée, Redouanne Harjane (photo ci-dessous) venu du stand up, s’est donné à fond, parfois excessivement d’ailleurs, pour mériter le choix de la réalisatrice. Après avoir vu plus de 600 prétendants au rôle, elle a détecté chez lui une faille intérieure, une souffrance similaire à celle de Mo.

M a été un long voyage pour Sara Forestier qui ressemble à son oeuvre, exaltée, tendue, un peu difficile à suivre, à canaliser... «Un film doit être une obsession. J’ai mis sept ans à l’écrire, mais je l’ai en moi depuis seize ans. J’étais alors en couple avec un garçon qui ne savait pas lire. Mais je ne l’ai appris qu'après l'avoir quitté. J’ai trouvé que c’était un bon sujet. Quand un sens vous est ôté, on est un étranger dans la société.»

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaredouanne.jpgCette rencontre entre une bègue et un illettré est assez singulière.

Non, ce sont des personnes pures, inadaptées, mues par une nécessité absolue de rencontrer quelqu’un comme eux. Ils étaient dans  un besoin de reconnaissance de pureté, une quête de vérité. Et c’est là qu’ils commencent à vivre. Grâce à l’amour. Mais l’amour peut vous sauver et vous détruire. Les névroses ressortent, les peurs, les défauts, tout ce qui vous constitue. Dans le film, tout vient de leurs émotions. Rien n'arrive de l'extérieur

Adèle Exarchopoulos devait jouer le rôle. Finalement c’est vous. Pourquoi ce choix?

J’ai d’abord casté de jeunes bègues, mais je n’ai pas trouvé. Puis j’ai pensé à Adèle Exarchopoulos. Mais elle n’a pas pu pour des questions d’agenda. Du coup, j’ai décidé de jouer moi-même. C’était dur, ça demande beaucoup. Bégayer est un travail de titan. Avant de tourner les scènes je m’exerçais au point que j’avais peur de devenir réellement bègue.

Dans votre vie, vous prônez le naturel, la simplicité.

J’aime parler des êtres humains qui sont vrais, qui recherchent la vérité. La société est terrible. Elle me rebute avec son excès de consommation. J’aime que la vie m’apporte des choses. Je n’achète jamais de fringues, de montre de portable. e dors sur un simple matelas. Consommer n’est pas ma vie. Ma vie c’est le bordel, rencontrer des gens, le voyage. La vraie vie c’est manger boire dormir faire l’amour, avoir des enfants.

Et le cinéma dans tout ça?

C’est mon travail, ma balise. Mais j’en ai de moins en moins envie. Quand j’aurai fondé une famille, j’arrêterai. A côté, un film ce n’est rien. Même si je suis actuellement dans un autre projet, Alpha, sur la féminité. Ce sera plus fougueux.

A propos de féminité, on rappelle que Sara Forestier a refusé d’être coiffée et maquillée pour l’émission Stupéfiant! de Léa Salamé, où elle en a notamment profité pour défendre la place des femmes dans le cinéma.

«J’adore le maquillage, j’adore la féminité, j’aime les nus, mais j’ai un problème avec l’injonction. Il y a cette injonction à être toujours sexy, glamour. Or, une femme ce n’est pas que ça.» Ajoutant: «Mon métier, ce n’est pas d’être sexy, ce n’est pas d’être glamour, mon métier c’est de créer de l’émotion.»

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 29 novembre.

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28/11/2017

Grand écran: hier, aujourd'hui, demain se mêlent dans "La Villa", de Robert Guédiguian. Politique et poétique

aff._la_villa_cr1.jpgLa calanque de Méjean, près de Marseille, en hiver. Une villa avec une grande terrasse, donnant sur la mer. Angèle, Joseph et Armand, une soeur et ses deux frères se retrouvent autour de leur père en fin de vie. Les deux premiers sont partis, elle pour devenir, actrice, lui pour prôner la révolution, tandis que le troisième restait pour reprendre le restaurant ouvrier familial.

Mais les rêves de chacun se sont envolés. Angèle a perdu sa fille unique, Armand vivote l’été grâce aux touristes. tandis que le capitalisme et la mondialisation ont été fatals à Joseph, viré sans ménagements. Retraité déprimé, il vit avec une fille trop jeune pour lui, que son mal-être et son amertume agacent.

Pour eux c’est le moment de mesurer ce qu’ils ont conservé de l’idéal que leur père leur a transmis, de la fraternité qu’il avait construite. Des réflexions chamboulées par l‘arrivée de migrants, représentés par trois enfants ne parlant pas un mot de français, retrouvés dans les collines,

Entre fable, constat et espoir, le militant Robert Guédiguian évoque avec nostalgie, poésie et générosité un monde perdu, observe celui d’aujourd’hui et imagine un futur possible dans La Villa. Son 21e film où il réunit à nouveau sa bande. A commencer par les potes de toujours, sa femme Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin, Gérard Meylan. Et ceux qui sont devenus des habitués, Anaïs Demoustier, Yann Trégouët, Robinson Stévenin.

media.jpg-Pourquoi aimez-vous tant travailler avec les mêmes acteurs. Je parle plus particulièrement d’Ascaride, de Meylan et de Darroussin ?

-Parce que c’est un plaisir. Nous avons le même âge mes camarades et moi. Quand j’ai commencé, j’en avais besoin pour incarner mes idées. Au bout de quatre, cinq films, c’est devenu ma manière de faire. 

-Participent-ils à l’écriture à force de vous accompagner?

-Chacun son boulot. C’est la division normale du travail. Je nuance. Comme on est ensemble depuis longtemps, ils ont une forte influence sur moi. On partage les mêmes valeurs, la même vision du monde, les mêmes idées politiques. Leurs voix sont la mienne et je parle à travers eux.

-Comment est né La Villa ?

-Cela vient du lieu qui est pour moi comme un théâtre où on joue du Shakespeare ou du Tchékov. Une ville ouverte sur la mer représente toujours le monde. Si on veut le résumer, il faut le raconter à travers un minimum de personnages d’âges différents dans un petit endroit.

-Hier, aujourd’hui, demain se mêlent dans l’histoire. A propos du passé, il y a cette scène émouvante de Ki lo sa, datant de plus de trente ans. C’est d’ailleurs l’intérêt de tourner avec les mêmes comédiens. Pas besoin d’effets spéciaux pour voir la calanque telle qu’elle était!

-Il s’agit d’une scène exceptionnelle. Tous ceux qui n’ont pas vu le film sont abasourdis. Je voulais montrer Angèle, Armand et Joseph dans l’enthousiasme, l’insouciance et la joie.

-Vous évoquez les migrants venus de la mer avec les trois petits réfugiés recueillis et cachés des militaires par le trio.

-Ce sont eux qui vont le remettre en marche. L’intéressant, c’est qu’il s’agit d’une fratrie symétrique à celle de La villa. Une fille et deux garçons.

-Qu’ils soient politiques, climatiques, économiques, parler des réfugiés vous tient à cœur.

-Comment l'éviter? Ils nous renvoient à l'essentiel de l'humanité. On est dans lun refus du partage atroce. Les politiques exploitent les gens. Je voulais être au cœur de la problématique. On n’a pas le droit d’être pessimiste. Il faut faire des constats précis mais aussi annoncer des temps nouveaux. Avoir une vision juste du monde qui ne sera jamais aussi beau ni aussi mauvais qu’on le dit. Sans être angélique, je trouvais nécessaire de montrer une possibilité de renaissance à travers ces trois enfants.

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 29 novembre.

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Grand écran: Frederick Wiseman célèbre le rôle capital de la bibliothèque au cours d'une passionnante visite

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaawiseman.jpgAuteur de 43 documentaires et d’un film de fiction La dernière lettre, Frederick Wiseman, 87 ans, se consacre depuis 50 ans aux diverses institutions culturelle, sociale, scientifique, policière, scolaire aux Etats-Unis et en France.

Cette fois il a décidé de planter sa caméra à la Bibliothèque publique de New York qu’il n'avait pas encore explorée. Après avoir contacté son directeur Anthony Marx, ravi de la proposition, il a commencé le tournage, en septembre 2015, dans 17 des 90 annexes du grand établissement et nous en fait visiter treize.

Procédant à son habitude sans aucune intervention, aucun ajout, aucune voix off, Frederick Wiseman nous invite ainsi, lors d’un passionnant parcours de plus de trois heures, à découvrir un lieu où on réfléchit, on apprend, on échange, on partage. S’y mêlent tous les âges, toutes les classes, toutes les communautés.

On peut tout y faire, prendre des cours d’histoire, de littérature, de danse, s’initier aux nouvelles technologies, à la fabrication des robots… S’y croisent également des conférenciers, des essayistes, des musiciens, des représentants des services sociaux, voire des SDF en quête d’un abri. Un microcosme représentant en quelque sorte l’anti-trumpisme.

«Chaque fois que je tourne je sais que je vais découvrir des choses intéressantes, car je ne connais rien à l’avance aux sujets que je choisis », raconte Frederick Wiseman. «C’est un grand voyage personnel. Je trouve la vie très étrange, fascinante Je suis curieux et j’aime savoir ce qui se passe. Pour moi c’est un privilège de passer du temps dans des situations différentes.»

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaabibliothèque.jpg-Dans Ex Libris: The New York Public Library, vous glorifiez le rôle essentiel de la bibliothèque en général.

-Il est en effet capital. Elle contient les archives de l’histoire humaine. Les sagesses, les connaissances, ou l’inverse, tout est là. Ce n’est pas un dépôt de livres, mais un endroit dédié à l’éducation, à la formation, pour ceux qui veulent acquérir du savoir tout au long de leur vie. Et le but est de les aider

-On apprend également que des centaines d’artistes ont puisé dans les collections. A commencer par Andy Warhol qui aurait piqué beaucoup de choses.

-C’est juste. Il a demandé à d’autres de faire son œuvre et il l’a signée…

-Vous montrez une Amérique qui n’est pas minoritaire. Du coup, on peut aussi voir Ex libris comme un antidote au discours de Donald Trump. Votre film devient alors politique.

-Tous le sont d’une certaine manière. Mais je ne l’ai pas tourné dans ce but. J’ai terminé le montage deux jours après son élection. Et j’étais très loin de penser, à l’image de mes amis, qu’il serait président! Cela dit, il est vrai que le côté politique ressort davantage. Trump est contre tout ce que représente la bibliothèque. C’est un fasciste, un narcissique psychopathe. Il n’a aucune éducation. Un linguiste a déclaré qu’il a le vocabulaire d’un enfant de 5 ans. Mais heureusement, il n’est pas tout le pays et il ne durera que quatre ans. Contrairement à la bibliothèque!

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 29 novembre.

 

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26/11/2017

Coupe Davis: faute d'adversaires, les Français raflent le Saladier d'argent!

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaacoupe.jpgColossal, prodigieux, fabuleux, fantastique… Franchement, je vous avoue que je manque de superlatifs pour qualifier la victoire des Français en Coupe Davis.

Certes, les spécialistes hexagonaux ne sont pas en reste. Historique, ont-ils même déclaré. Avec raison. Je trouve qu’il y a en effet vraiment de quoi s’ébaubir de l’ébouriffante performance des Bleus. Car je ne sais pas si prenez la pleine mesure de leur insigne exploit en cette fin novembre au stade Pierre Mauroy de Lille, qui les avait vus inexorablement plier en quatre manches devant Federer et Wawrinka en 2014.

Un exploit permis par d’autres tout au long de leur campagne pour l’obtention du très convoité Saladier d’argent. Imaginez. Seize ans après, ils ont réussi à rallier la finale en battant le Japon… sans Nishikori, la Grande-Bretagne … sans Murray et la Serbie… sans Djokovic.

Mais ils n’allaient pas s’arrêter là dans leur irrésistible marche en avant vers le trophée. L’effet Macron en somme. De quoi réclamer une descente des Champs-Elysées en compagnie du jeune et triomphant chef de l’Etat, qui lui aussi ne cesse d‘accumuler les succès face… aux mal-lotis de tout poil.

C’est ainsi que les Tricolores en feu ont bouclé le travail. D’abord ils s’offraient un succès inouï face à un double composé d’un quasi inconnu et d’un illustre nobody puis, alors qu’un monumental Tsonga échouait à se défaire d’un Goffin au genou en capilotade, un exceptionnel Pouille parvenait, lui, à terrasser le malheureux second couteau Darcis, au coude en marmelade de surcroît. 

Et dire que certains mauvais esprits vont chipoter à propos de ce sacre pourtant acquis de si haute lutte!

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22/11/2017

Grand écran: Daniel Auteuil et Camélia Jordana s'affrontent dans "Le brio"

collage_sans_titre_6_0.jpgLa rencontre entre un professeur réac et et une étudiante arabe rebelle issue de la banlieue ne pouvait être qu'explosive. Neïla Salah a grandi à Créteil et rêve de devenir avocate. Inscrite à la grande université parisienne d’Assas, elle se confronte dès le premier jour à Pierre Mazard, connu pour ses provocations et ses dérapages. Et qui profite de son statut pour l’humilier publiquement parce qu’elle est arrivée en retard.

Du coup les réseaux sociaux se déchaînent et la faculté, pour redorer son image, impose à Mazard de préparer Neïla au plus prestigieux des concours d’éloquence. Tout les sépare, leur origine, leur âge, leur vision du monde. Deux héros enfermés dans leurs préjugés, chacun prisonnier de son propre discours mais que les mots vont finir par rapprocher, réconcilier .

Tout en jouant sur l’art de la rhétorique, Yvan Attal évoque dans Le brio, la beauté de la langue, la transmission, la tolérance dans une farce sociale drôle, inspirée, aux dialogues percutants, évitant autant que possible la caricature de ces deux mondes qui s’opposent.

Une jolie réussite à laquelle les deux comédiens, formant un duo inédit, contribuent largement en se donnant à fond. Daniel Auteuil séduit à la fois en mentor acariâtre poussant son élève à bout pour la faire progresser, et en ténor du barreau au verbe haut, sûr de lui clamant avec cynisme que «ce qui compte, c'est avoir raison. La vérité on s'en fout".

La tchatche assumée face à cet expert des joutes verbales, Camelia Jordana est à la hauteur. Pleine de tempérament et de…brio, elle incarne avec justesse et spontanéité cette jeune femme impétueuse, comprenant que la langue est une arme pouvant l’amener à la réussite.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 22 novembre.

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21/11/2017

Grand écran: "Battle Of The Sexes", avec Emma Stone et Steve Carell dans le match du siècle!

battleofsex.jpgEmmené par Emma Stone et Steve Carell, excellent duo d’acteurs, Battle Of the Sexes revient sur le combat pour l’égalité de l’icône américaine de tennis Billie Jean King. En s’appuyant plus particulièrement sur l’histoire incroyable de son duel avec Bobby Riggs, ancien numéro un mondial. Le match du siècle suivi par 30.000 spectateurs et 50 millions de télespectateurs à travers la planète.

Nous sommes en 1972. Alors que les Américaines revendiquent l’égalité des droits et l’équité salariale, le sexisme est profondément ancré dans toutes les couches de la société. Forte de son petit Chelem en simple, Billie Jean King, une battante de 29 ans, se démène pour que les femmes touchent des primes équivalentes à celles des hommes.

Avide de retrouver une gloire perdue, l'adepte du show Bobby Riggs, 55 ans, incorrigible macho provocateur vivant de l’argent de sa femme, met la championne au défi de l’affronter et…de le battre. Dans un premier temps, elle refuse, mais après l’humiliante défaite de sa rivale australienne Margaret Court face à l’exaspérant Bobby, elle accepte et remporte ce bras de fer diffusé le 20 septembre 1973.

Signé Jonathan Dayton et Valerie Faris, à qui l’on doit notamment Little Miss Sunshine, ce biopic réalisé de façon classique est assez parfait, qu’il s’agisse de la reconstitution soigneuse de l’époque, des décors, des costumes des musiques, du filmage très crédible de la rencontre, des dialogues savoureux. Ou encore de l’ambiance électrique et des comportements phallocrates jugés anodins par les hommes évidemment, mais également par beaucoup de femmes.

L’intérêt de ce film féministe témoin qui n’a pas besoin d’en rajouter tant tout est vrai, c’est qu’il ne se cantonne pas aux domaines sportif et économique, mais étend son propos au niveau social et à l’homosexualité, sujet alors hautement tabou, en se penchant en alternance sur la vie personnelle et amoureuse de Billie Jean King. Mariée avec l‘avocat Larry King, elle découvre son attirance pour les femmes et entretient une liaison avec sa coiffeuse Marilyn Barnett (Andrea Riseborough). Elle deviendra d’ailleurs la première sportive à faire son coming out.

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaabillie.jpgDeux comédiens formidables

Très convaincante, méconnaissable avec ses cheveux foncés et ses grosses lunettes, à la fois douce et intraitable, la talentueuse Emma Stone se coule merveilleusement bien dans la peau de Billie Jean King. Au-delà des revendications féministes de son personnage, elle en montre la complexité et la passion.

Quant à Steve Carell, il est irrésistible en Bobby, vieux champion misogyne, flambeur sans scrupule, matamore bluffeur pour qui la place de la femme est dans la chambre à coucher et à la cuisine, et qui pensait ne faire qu’une bouchée de l'incontestable dominatrice de la petite balle jaune.

Pour la petite histoire, avant l’échauffement, les deux adversaires s’étaient offert des cadeaux. Lui, une sucette géante, elle, un porcelet vivant. Avant de balancer sans ménagement son propriétaire!

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 22 novembre.

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Grand écran: Anne Fontaine explore la différence dans "Marvin ou la belle éducation"

MARVIN-OU-LA-BELLE-ÉDUCATION-5.jpgMartin Clément, né Marvin Bijou, a fui son village des Vosges, un père tyrannique, une mère triviale et résignée. Il a fui l’intolérance, le rejet, les brimades que provoquait sa différence. Heureusement, il a trouvé chez la principale de son collège, Madeleine Clément, une précieuse alliée qui lui a fait découvrir le théâtre et dont il empruntera le nom.

Il devra aussi son salut à un professeur gay, directeur intransigeant d’un centre d’art dramatique, qui lui révèle ses fêlures et le pousse à raconter son histoire. Marvin, devenu Martin Clément, va créer avec succès un spectacle libérateur qui achèvera de le transformer, réglant férocement ses comptes avec un milieu familial médiocre sinon sordide. Des proches non seulement incapables de le protéger, mais coupables, avant de changer, de participation à la violente homophobie ambiante. Au point que le garçon se sentait un étranger dans sa propre maison.

Marvin ou la belle éducation, récit sensible de ce jeune homosexuel qui se sauve pour devenir lui-même, est signé Anne Fontaine. Elle l’a coécrit avec Pierre Trividic, dont les interrogations sur les tourments du désir et de l’identité font écho aux thèmes déjà abordés par la réalisatrice.

Quelque chose de Marvin en chacun de nous

Opposant deux mondes, la cinéaste pour qui il y a quelque chose de Marvin en chacun d’entre nous, propose une mise en scène sobre et poétique. Elle laisse son protagoniste cheminer vers le monde salvateur de l’art, alternant deux époques qui se répondent en mêlant les séquences de Marvin enfant harcelé par ses camarades de classe, et celles de Martin adulte, apprenti puis artiste triomphant.

Une réussite magnifiée par les acteurs, dont Finnegan Oldfield (photo), formidable dans le rôle principal, Grégory Gadebois, figure paternelle à la Michel Simon, alcoolique, mal embouché et grande gueule, Vincent Macaigne prof d’art dramatique à la fois émouvant, blessé et intransigeant. Ou encore l’émouvante Catherine Mouchet, inoubliable Thérèse d’Alain Cavalier, dans le rôle d’un bienveillant et inspirant proviseur de lycée. Elle prouve l’importance primordiale de l’éducation et guidera Marvin vers son émancipation.

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaannef.jpg«Faire de sa différence une force»

Rencontrée à Genève, Anne Fontaine (photo)nous parle de son film inspiré par «En finir avec Eddy Belle gueule » d’Edouard Louis, mais où elle prend de grandes libertés par rapport au roman. «Edouard Louis est venu me voir et m’a proposé d’adapter le livre. Je l’ai trouvé incroyable, mais je lui ai dit que je ne me cantonnerais pas à l’enfance de Marvin. Je voulais évoquer la suite de son parcours. Ce qu’il a accepté ».

-Vous aimez l’idée que rien n’est jamais joué. Que les gens peuvent échapper à leur condition, même misérable.

Je traite de sujets où on peut parvenir à la lumière au prix d’une profonde détermination et si on a l’opportunité d’un regard posé sur vous. Pour Marvin, c’est celui de la principale du collègue. Elle est le déclic, le rôle initiatique, fondamental.

-Ensuite il rencontre ce professeur d’art dramatique, son pygmalion.

-C’est lui qui met des mots sur son mal-être en parlant de la différence au sens global, universel. Marvin fait alors de la sienne une force. Il assume son orientation sexuelle tout en enterrant un passé douloureux en jouant dans une pièce de théâtre qui est comme une catharsis.

-Cette glorification de la victoire sur soi s'accompagne d’une réflexion sur le travail de comédien.

-Le comédien travaille sur lui-même et peut ainsi jouer quelqu’un d’autre. Auteur de sa propre théâtralité, il est capable de poétiser, de « dramaturgiser ». Le théâtre est le salut, l’exutoire, une façon de communiquer, une découverte de la culture qui vous permet d’accéder à d’autres mondes

-Vous n’êtes pas tendre avec les parents de Marvin. En même temps vous ne les jugez pas.

.-Il est victime de leur inculture qui provoque leur intolérance, leur homophobie. Mais je les aime. Ils font ce qu’ils peuvent avec leurs moyens limités. Ils aiment leurs enfants, mais sont influencés par ce que pensent les gens des «pédés», ceux qui voient l’homosexualité comme « une maladie mentale ». Ils ont toujours entendu ces mots-là. Je montre toutefois un visage différent du père, l’évolution dans son attitude et son vocabulaire quand Marvin revient voir sa famille.

-Finnegan Oldfield est remarquable. Comment l’avez-vous choisi ?

Je l’avais vu dans « Les Cowboys » de Thomas Bidegain. En le rencontrant, j’ai su qu’il était Marvin. Il a une élégance, une présence. Pour le film, il a suivi une préparation physique, des cours de danse. La danse est une façon de mettre son corps dans l’espace, de l’habiter. Etre danseuse moi-même m’a aidée à transcender les difficultés que j’ai eues. Je me suis créée à travers cet art qui m’a aidée pour la mise en scène.

-Une dernière question. Pourquoi faire jouer son propre rôle à Isabelle Huppert ?

-.Marvin rencontre une icône du théâtre dans une soirée. J’ai tout de suite pensé à Isabelle. Nous sommes amies. Un moment je me suis demandée si j’allais l’appeler autrement. Mais j’ai finalement décidé que non..

Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 22 novembre.

 

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20/11/2017

Grand écran: "A Beautiful Day", descente aux enfer de Joaquin Phoenix

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaalynne.jpgL’originale, brillante, audacieuse Lynne Ramsay a convoqué le talentueux, imprévisible, impétueux, vénéneux Joaquin Phoenix pour une descente aux enfers dans A Beautiful Day (You Were Never Really Here). Il incarne Joe, un ancien militaire et agent du FBI au mental fracassé par des traumas remontant à son enfance auprès d’un père brutal, et à son passé de soldat qui lui a laissé de sérieuses séquelles.

Habitant toujours chez une mère possessive, Joe est une vraie bombe à retardement victime de pulsions suicidaires, qui tente d’échapper aux démons qui le dévorent en se fourrant la tête dans un sac en plastique. Reconverti dans de basses besognes, il est chargé de rechercher et sauver la fille d’un sénateur piégée dans un réseau de prostitution.

Un sujet bien malsain dans la lignée de We Need To Talk About Kevin sorti en 2011, qui disséquait la relation intime et haineuse entre une mère dévastée et son fils qui a commis l’impensable. Ici, la réalisatrice écossaise propose une longue traversée effrayante au bout de la nuit dans un New York glauque et interlope. Un voyage dont la violence augmente au fur et à mesure que son héros s’enfonce dans l’horreur.

Face au déferlement de vengeance et de corruption, Joe joue du marteau, son arme de prédilection, partie intégrante de son personnage, ou encore du flingue pour éliminer un à un les individus qui gravitent autour de la gamine. Ce récit terriblement anxiogène, sous haute tension permanente, librement adapté d’un roman de Jonathan Ames, frise la caricature, la complaisance, parfois même le ridicule, Il navigue entre le thriller sanglant et l’étude clinique d’un cerveau malade, peuplé de visions cauchemardesques dévoilées à coups de flashbacks. 

Une œuvre indéniablement maîtrisée. Pourtant, en dépit de sa virtuosité et de son esthétique, on regrette la surenchère, la débauche d’hémoglobine, dans cet opus féministe se situant quelque part entre Taxi Driver de Scorsese et Drive de Nicolas Winding Refn.

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaphoenix.jpgPrix d'interprétation à Cannes en mai dernier

En revanche, on retient la spectaculaire interprétation de Joaquin Phoenix, qui a opéré une bluffante transformation physique.Il est absolument méconnaissable, le corps massif, alourdi, marqué d’impressionnantes cicatrices, la barbe broussailleuse. Sans oublier le catogan, la casquette et la capuche.

Se mouvant lentement tel un mort vivant dans une ambiance spectrale, farouchement taiseux, ce vétéran torturé et névrosé apparaît halluciné, glaçant dans sa sauvagerie, mais curieusement attachant et émouvant. Sa prestation lui a valu le prix du meilleur acteur au dernier Festival de Cannes, alors que Lynne Ramsay décrochait le prix du scénario. 

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 22 novembre.

 

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18/11/2017

Masters de Londres: David terrasse Goliath!

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaadvid.jpgEn l’absence de Nadal mou du genou et out après son unique match de poule, celles de Djokovic, Murray, Wawrinka, Nishikori, voire Raonic, il était assez ridicule de parler d’un tournoi de maîtres à Londres. Federer était le seul à mériter ce nom. C’est dire si le Suisse, du coup grandissime favori, avait la partie facile face à ses rivaux du moment, pour accrocher un septième titre à son palmarès d’exception.

Ce que tous les spécialistes pronostiquaient, même si certains, à l’image de Pascal Droz et Marc Rosset, osaient critiquer le king, remarquant un rien cavalièrement qu’il peinait la moindre depuis le début à envoyer ses adversaires au tapis. Un maestro au rabais donc pour régner sur la meute de seconds couteaux. Mais bon, l’essentiel était de passer et il allait fermement se reprendre pour nous écrire un nouveau brillant chapitre. Parce que quand ça compte vraiment, c’est bien connu, le grand Federer se montre intraitable.

Surtout contre le petit Belge Goffin, qui non seulement n’a pas les armes, mais possède en plus le jeu idéal pour se faire impitoyablement abattre par l'Helvète aux bras noueux, psalmodiait à l'envi le duo de choc de la RTS avant le match. Le premier set rondement mené par l’icône bâloise confortait encore davantage les deux compères dans leurs certitudes.

Et pourtant, à l’issue d’une rencontre aux accents quasi bibliques, Goliath était à terre. Atomisé par les redoutables coups de David, le Belge survolté au prénom prédestiné, qui a trouvé moyen de jouer le meilleur tennis de sa vie dans la première demi-finale londonienne.

Une déception, mais pas franchement une surprise, au vu de la vilaine prestation de Rodgeur dans ses duels de poule. De toutes façons, au cas où Sa Grâce, qui en manquait singulièrement sur le court, serait venue à bout de Goffin, je ne l'imaginais pas remporter le trophée face au menaçant Bulgare Grigor Dimitrov.

Le plus inquiétant toutefois c’est que le mythe stagne désormais à plus de 1000 points de Nadal. Qui peut tranquillement dormir sur ses deux oreilles dans la mesure où son dauphin en aura encore 2000 à défendre à l’Open d’Australie. Et si notre gloire nationale ne retrouve ni ses jambes ni son coup droit d’ici là, je ne vous raconte pas si on a de gros soucis à se faire!

18:25 Publié dans Les pieds dans le plat | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | | Pin it! |