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30/08/2017

Grand écran: "7 jours pas plus", comédie sociale surfant sur l'immigration et le racisme

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaajourspas plus.jpgRien ne semble relier une vache tombée du ciel, un jeune migrant paumé et une jolie Normande amoureuse d'un drôle de célibataire endurci. Et pourtant…

Vieux garçon Pierre (Benoît Poelvoorde)tient une quincaillerie en province. Il est aussi ronchon qu’irascible, ce qui n’arrange pas ses rapports avec ses fournisseurs et ses rares clients. Solitaire, pointilleux à l’extrême, vénérant sa mère morte dans son enfance, il mène une triste vie bien réglée et n’a pas d’amis, à part la pétillante Jeanne (Alexandra Lamy), dont il refuse de céder aux avances insistantes. Très curieusement d'ailleurs.

Ce misanthrope cultive pourtant quelques valeurs morales qui se révèlent lorsqu’il rencontre Ajit, un Indien jeté par son patron comme un malpropre et qui se retrouve à la rue. Après quelques démarches infructueuses auprès des autorités, il décide à contrecoeur de l’héberger. Mais pour sept jours, pas plus.

Les choses ne vont évidemment pas comme sur des roulettes, un euphémisme, entre ces deux êtres que tout sépare, la culture, les coutumes, les habitudes alimentaires et surtout la langue, chacun s’exprimant dans la sienne sans comprendre l’autre. Une communication difficile, mais qui prétend montrer que les mots ne sont pas toujours indispensables pour exprimer des sentiments

7 jours pas plus, premier long-métrage de Hector Cabello-Reyes librement adapté de El Chino de l’Argentin Sebastian Borensztein, se veut une fable en forme de comédie sociale surfant sur l’immigration, l’intégration et le racisme. Ce n’est pas très réussi, dans la mesure où le réalisateur rend platement le côté surréaliste de la rencontre entre les deux principaux protagonistes.

Fidèle au genre de personnage atypique, hors norme, fantasque sinon farfelu auquel il nous a habitués, Benoît Poelvoorde donne sans trop convaincre la réplique à Pitobash, un inconnu ici mais une star en Inde et en Afrique . Même si le duo se montre parfois assez touchant dans ses tentatives maladroites, teintées d’exaspération chez notre quincailler bourru mais au coeur d'or c'est bien connu, d’établir le contact. 

En revanche son histoire avec Jeanne ne tient pas debout. Non seulement on ne voit pas très bien ce qu’elle vient faire là, et surtout on ne croit pas une seconde que la séduisante créature puisse le poursuivre de ses assiduités. D’autant que cet ours mal léché ne cesse de la repousser.

Et la vache alors, me demanderez-vous? Eh bien pour le savoir, il faut aller voir le film…

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 30 août.

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Grand écran: "Bonne pomme", comédie laborieuse avec le couple mythique Deneuve-Depardieu

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaabonne pomme.jpgNouvelle collaboration, la dixième, entre Catherine Deneuve et Gérard Depardieu sur grand écran. Cette fois c’est devant la caméra de Florence Quentin, qu’ils se retrouvent. Pas pour le mieux….

En deux mots, Gérard en a ras-le-bol d’être pris pour une bonne pomme par sa belle-famille. Alors un beau jour, il quitte tout et part reprendre un garage dans un bled paumé. En face, il y a une auberge, tenue par Barbara, une belle femme déconcertante et imprévisible au caractère de cochon, qui exploite sans scrupule les habitants du village. Qui lui rangent sa terrasse ou s'occupent des clients du restaurant, quand Madame s'éclipse sur un coup de tête. Et Barbara, prenant des airs de diva offusquée, est plutôt coutumière du genre.

Elle ne va pas tarder à agir pareillement avec Gérard, garagiste fugueur ne buvant que... du jus d’abricot. Tout sucre tout miel, tombé sous le charme de l'intraitable et improbable aubergiste, il la laisse complaisamment le tourner en bourrique. Véritable crème d'homme, protecteur au grand cœur, il fait preuve à son égard d’une bienveillance et d’une générosité rares.

Décidément Catherine Deneuve continue, après Elle s'en va  et Sage Femme, à se complaire en fofolle plus ou moins indigne et irresponsable, sifflant des bières ou tapant le carton. Cette comédie laborieuse au scénario bancal représente celle de trop dans le genre.

Même s’il est indéniable qu’il se passe toujours quelque chose entre ces deux monstres sacrés, il ne suffit pas de les réunir pour faire un bon film. Et encore moins en y ajoutant une caricaturale Chantal Ladesou, qui en fait des tonnes en mémé gouaillante exaspérante, fan du gratin de pâtes!

Avec Bonne pomme, Florence Quentin est en effet loin de la plume mordante, cynique, humoristique, qu’elle a notamment exercée en tant que scénariste pour Etienne Chatiliez dans La vie est un long fleuve tranquille ou Tatie Danielle. Et c’est bien dommage.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 30 août.

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29/08/2017

Grand écran: "Petit paysan", thriller psychologique dans une ferme. Prenant

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaèetitpaysan.jpgPierre, la trentaine, est éleveur de vaches laitières. Son quotidien se déroule entre sa ferme, sa sœur Pascale vétérinaire, et ses parents dont il a repris l’exploitation. Alors qu’une épidémie se déclare en France, provoquant l’abattage du bétail, il découvre avec horreur que l’une de ses bêtes est contaminée.

Face à la menace de perdre tout son troupeau, il décide de lutter seul contre la propagation du mal et, au lieu d’avertir les autorités sanitaires, tue lui-même l’animal en cachette. Non seulement ce n’est pas une mince affaire mais, tombant dans l’illégalité, passible de prison, il est pris dans un engrenage infernal.

Sensible, subtil, lucide, prenant, Petit paysan, inspiré des épisodes de panique provoqués par la maladie de la vache folle ou la fièvre aphteuse, est signé Hubert Charuel. Qui sait de quoi il parle, étant lui-même fils d’éleveur. Il propose un premier long-métrage sous tension bien écrit, parfaitement documenté, entre naturalisme et cinéma de genre.

Distillant une atmosphère anxiogène, flirtant avec le fantastique, il mêle thriller psychologique et réflexion sur les difficultés économiques et les tâches épuisantes des paysans. Le tout à travers un héros cherchant obsessionnellement à nier la réalité et se murant de plus en plus dans l’isolement au fil de l’intrigue,

Hubert Charuel évoque aussi le rapport affectif trouble de Pierre avec ses vaches, bridant sa sexualité. Elles sont toute sa vie, au grand dam de la boulangère amoureuse de lui, ainsi que de ses parents, plus particulièrement de sa mère tentant maladroitement de le pousser dans les bras d'une éventuelle épouse.

Une jolie réussite à laquelle les comédiens contribuent largement. A commencer par le principal, le formidable Swann Artaud, Aux côtés de Sara Giraudeau, il se révèle absolument impeccable dans le rôle de Pierre, personnage singulier, attachant, sous pression, à la fois touchant, maniaque et paranoïaque.

 A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 30 août.

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22/08/2017

Grand écran: Sofia Coppola déçoit avec "Les proies", 46 ans après l'original sulfureux de Don Siegel

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaproes.jpgNous sommes en 1864 et la guerre de Sécession fait rage. Le caporal McBurney, un nordiste déserteur grièvement blessé à une jambe trouve refuge dans un pensionnat de vertueuses jeunes filles en Virginie, tenu par la pieuse et puritaine Miss Martha Farnsworth. Loup dans la bergerie, à la fois prédateur, manipulateur, romantique, il devient bientôt l’objet des fantasmes des recluses corsetées physiquement et psychologiquement qui se lâchent et se mettent à jouer les séductrices perverses…


C’est du moins ce dont Sofia Coppola veut nous convaincre dans Les proies. Pourtant, en dépit d’une belle photographie, de jolis costumes (son péché mignon), cette nouvelle version se révèle d’un intérêt mineur. Le casting, pourtant prestigieux (Colin Farrell, Kirsten Dunst, Elle Fanning, Nicole Kidman), n’arrange pas vraiment les choses. Au contraire dira-t-on, surtout dans le choix du personnage masculin, Farrell étant hélas très loin d’avoir le charisme du sulfureux Eastwood, obscur objet de la concupiscence de ces femmes.


Trop lisse et trop sage Sofia Coppola ne nous laisse guère éprouver la tension extrême ambiante, l’irruption sauvage du désir, la peur du yankee, la jalousie, la frustration sexuelle, qui donnaient le côté équivoque, dérangeant, vénéneux de l’original. Un chef d’oeuvre du genre, tiré du roman éponyme de l’écrivain Thomas Cullinan que Don Siegel avait adapté en 1971, avec Clint Eastwood dans le rôle titre.

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaasofia.jpg«Deux facettes d’une même intrigue»

Tout en respectant assez fidèlement sa trame, Sofia Coppola, qui au passage avoue aimer les petits budgets pour ne pas se voir imposer des choses, se défend d’avoir eu l’intention de réaliser un remake. Elle ne ressentait pas comme un défi de revisiter le film de Siegel. «Au contraire, j’ai voulu l’oublier. Pour moi, ce sont deux facettes d’une même intrigue », déclarait-elle lors de sa conférence de presse à Cannes, où son septième long-métrage prétendait à la Palme d’or

Quand on lui a proposé le sujet, elle a lu le livre, réfléchi à une autre manière de raconter cette histoire. «Je me suis plongée dans cette époque, j’ai cherché un lien avec la réalité d’alors tout en gardant ma liberté artistique. Et je me suis dit que j’allais faire quelque chose de différent, d’amusant et de juteux, en partant du point de vue des femmes.

«C’est intéressant d’en avoir sept représentantes d’âges différents », ajoute-t-elle. J’ai tenté de montrer leurs rapports, leur façon de se comporter de se parler. Pendant la guerre, elles sont enfermées, isolées, coupées du monde et ont développé un instinct de survie. Quand le caporal débarque, il gâche tout. Elles donnent alors libre cours à leur agressivité et entament une lutte de pouvoir avec cet homme ».

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 23 août.

 

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Grand écran: avec "120 battements par minute", Robin Campillo signe un flm choc, rare et captivant

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaabattements.jpg«Melton Pharm assassins», scandent les militants d’Act Up en arrosant les bureaux du groupe pharmaceutique de faux sang… Nous sommes au début des années 90. Alors que le sida tue depuis une dizaine d’années, les activistes de l’association parisienne créée en 1989, deux ans après sa sœur américaine, multiplient les méthodes coup de poing et les mises en scènes ébouriffantes, pour lutter contre l'indifférence générale à la maladie. Nouveau venu dans le groupe, Nathan va être bouleversé par la radicalité de Sean qui consume ses dernières forces dans l’intensité de la lutte. Au cœur de l’action, les deux amants vont mener leur propre combat.

Plébiscité sur la Croisette en mai dernier, le film a décroché le Grand Prix du jury. Fort, bouleversant, captivant, Il méritait la Palme d’or. Le jury présidé par Pedro Almodovar a pourtant raté la cible en n’offrant à son auteur Robin Campillo «que» le Grand Prix. Œuvre rare, s’adressant autant au coeur qu’à l’intelligence, 120 battements par minute rend justice à ces femmes et à ces hommes qui n’hésitaient pas à payer de leur personne quand il s’agissait de monter des opérations choc. (Voire ci-dessous)

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaarobincam.jpg«J’avais peur de me confronter à mes souvenirs»

Robin Campillo, 55 ans, a mis longtemps à s’attaquer au sujet. «En 1990 déjà, j’ai eu envie de faire un film sur le sida mais je ne trouvais pas de biais », expliquait-t-il lors de la conférence de presse cannoise, où lui et ses comédiens aussi remarquables qu’engagés, dont Adèle Haenel, Nahuel Perez Biscayart, Arnaud Valois, Antoine Reinartz, ont été follement applaudis » Chaque fois je reculais parce que j’avais peur de me confronter à mes souvenirs, de ne pas être à la hauteur ». Lui-même entré à Act Up, il a vécu, comme dans le film, des drames qu’on vous laisse découvrir.

Finalement il s’est lancé. «Mais j’ai essayé d’aller dans le côté froid qui laisse mieux ressortir l’émotion J’avais envie de choses très naïves au premier degré, contrebalancées par la difficulté de vivre une histoire d’amour avec quelqu’un atteint du sida. Une histoire qu’il raconte formidablement, à l’image de tout son long métrage. A la fois trivial et pudique, mêlant l’intime et le politique, il réussit à éviter tout pathos en évoquant la mort qui ne cesse de rôder autour de ces jeunes gens animés d'une soif de vivre, mais sacrifiés pour avoir trop aimé.

Libération de la parole

120 battements par minute est le troisième long métrage de Robin Campillo après Les revenants (2004) qui a inspiré la série homonyme sur Canal + et Eastern Boys en 2013. Un grand film sur la nécessité non seulement d’alerter mais de bousculer, qui propose une mise en scène très maîtrisée où alternent les séquences d’intimité, d’action et de débats. On voit par exemple souvent le collectif rassemblé en assemblée générale discuter longuement et passionnément de ses nouvelles opérations et formes de communication.  

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaactions.jpgLe réalisateur insiste sur la libération de la parole à cette époque. Un flot de paroles après dix ans d’épidémie tragique ignorée, que traduisent les nombreuses et passionnantes discussions entre les militants. Et ça, il sait faire, Campillo, ainsi qu'il l’avait démontré dans «Entre les murs» de Laurent Cantet, Palme d’or en 2008, dont il est le coscénariste et le monteur. «Il existait une communauté sida et des gens qui ne s’en rendaient pas compte. Il fallait arrêter ce silence».

Campillo revient également sur la difficulté de créer un mouvement politique. «Les choses prennent quand ça devient une lutte. Act Up était très petite mais il y avait des réunions chaque semaine. J’ai réalisé le film pour rappeler ce qu’était ce rassemblement de personnes qui ont forgé ensemble un vrai discours et une action forte. J’ai voulu montrer ce groupe comme un cerveau qui imaginait des choses. Le collectif, c’était une façon de rester debout. Il y avait aussi quelque chose d’assez joyeux chez Act Up. Pour ne plus subir l’épidémie, sortir du cercle mortifère». En témoignent de bienvenues pointes d’humour.

Bien que l’action se déroule il y a 27 ans, il ne s’agit pas d’un film d’époque. « Je m’en méfie. J’ai toujours le sentiment qu’il faut trouver le bon vêtement. J’ai juste retiré des expressions trop actuelles. En même temps, il fallait que le spectateur soit projeté dans un présent. Je voulais qu’on soit dans un univers parallèle. C’est le côté un peu fantastique du cinéma».

Les « zaps » les plus célèbres d’Act Up

Silence=mort. C’était l’un des slogans des militants d’Act Up qui se sont démenés à coups de «zaps», défendant toutes les populations touchées par l’épidémie. Ils se sont ainsi affrontés aux lenteurs à visée commerciale des grands laboratoires pharmaceutiques, pour que les services publics se saisissent enfin de la gravité de la situation.

L’une de leur plus grande réussite médiatique reste le fameux encapotage de l’obélisque de la Concorde le 1er décembre 1993 avec la pose d’un préservatif géant rose financé par Benetton pour faire passer ce message : *sida que cesse cette hécatombe ».

Il y eut également leurs nombreux «die in», où ils s’allongeaient sur la voie publique pour symboliser les morts du HIV. Comme le 1er décembre 1994 au milieu des Champs-Elysées, ou devant la cathédrale Notre-Dame de Paris en 2009 pour protester contre les propos du pape Benoît XVI sur le préservatif.

Plus récemment, en 2013, les militants déversaient du faux sang sur la façade de la Fondation
Jérôme-Lejeune à Paris, dont la directrice de communication Ludovine de la Rochère, est également présidente de la Manif pour tous.

A l‘affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 23 août.

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12/08/2017

Festival de Locarno: le Léopard d'or à "Mrs Fang", du Chinois Wang Bing. Isabelle Huppert meilleure actrice

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaleopard d'or.jpgSi le cru 2017 a été riche en célébrités, en hommages à de grands artistes disparus dont Jeanne Moreau ou, selon le directeur artistique Carlo Chatrian, en beaucoup de films qui ont fait salle comble, il ne restera pas dans les annales côté compétition.

Difficile en effet de s’enthousiasmer pour une oeuvre en particulier dans une course languissante au Léopard d’or. Moralité, une attente sans curiosité du verdict du jury présidé par le Français Olivier Assayas.

Il aurait pu, à l’exception de certains métrages n’ayant absolument rien à faire dans le concours, consacrer plus ou moins  n’importe lequel des autres prétendants, se situant au mieux dans une relative moyenne.

Son choix s’est porté sur l’un d’eux, Mrs Fang, un documentaire du réalisateur chinois Wang Bing, l’un des plus importants du genre dans son pays et qui a déjà fait partie du jury locarnais. Wang Bing filme les dix derniers jours de Fang Xiuying, 68 ans, une ancienne paysanne atteinte d’Alzheimer pendant huit ans. Après un séjour dans un foyer sans amélioration de son état, sa famille la reprend à la maison, où elle est décédée l’an dernier.

Une question d’éthique

Forçant le spectateur à regarder la mort en direct, le cinéaste multiplie les gros plans dérangeants d’une longueur éprouvante sur l’agonisante qui, les yeux vides et la bouche ouverte, est allongée pratiquement sans bouger sous une couverture, tandis que ses proches et ses amis s’agitent autour d’elle, parlent, boivent, fument. De temps en temps, ils viennent prendre son pouls, tâtant son cou ou ses bras pour voir si elle est encore chaude.

Au-delà d’une démarche cinématographique qui peut avoir un intérêt sociologique, se pose une grave question éthique. Fang Xiuying a-t-elle eu la possibiiité de faire valoir son droit à l’image, dans ce film qui la montre dans une déchéance physique de plus en plus cruelle. Même si la famille a en principe donné son accord, le doute subsiste.

Le jury a en outre attribué bizarrement son Prix spécial à As Boas Maneiras, des Brésiiens Juliana Rojas et Marco Dutra, surfant de manière plutôt grossière sur le thème du loup-garou, tandis que celui de la mise en scène est allé au Français F.J. Ossang pour 9 doigts. Un film qui vaut surtout pour son magnifique noir et blanc


aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaisa.jpgOn reste en France avec un prix d’interprétation convenu, décerné à Isabelle Huppert. Excentrique et timide professeure de physique dans Madame Hyde de Serge Bozon, elle change de personnalité après avoir été foudroyée durant un nuit d’orage.

Côté masculin c’est l’Américano-Danois Elliott Crosset Hove qui est sacré meiilleur acteur pour son rôle dans Winter Brothers, premier opus de l’Islandais Hlynur Palmason. De quoi provoquer la désolation chez quelques critiques qui avaient misé sur Harry Dean Stanton, nonagénaire athée, teigneux, ronchon et farouchement indépendant dans Lucky de John Carrol Lynch.

Un mot encore sur le Prix du public UBS, qui a été remporté par The Big Sick de Michael Showalter, inspiré de l'histoire vraie d'un comique né au Pakistan, tombé amoureux d'une étudiante américaine. Un film qui n'a pas beaucoup contribué à relever le niveau d'une programmation bien faible sur la Piazza Grande, comme on a déjà eu l'occasion de le dire. 

 

 

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11/08/2017

Festival de Locarno: Charlize Theron assure en "Atomic Blonde"

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaatomic.jpgNous sommes à la veille de la chute du mur de Berlin, édifié 28 ans auparavant par l’Allemagne de l’Est. Sa construction avait contribué à la création d’un véritable nid d’espions dans un Berlin coupé en deux. En automne 1989, la ville en pleine révolution est au bord de l’explosion.

Agent d’élite du MI6, Lorraine Broughton, une sulfureuse blonde sulpturale, brutale, sexy, sans état d’âme quand il s’agit de sauver sa peau, est envoyée seule dans cette poudrière, pour démasquer un réseau responsable de l’assassinat d’un agent allié infiltré.

Repérée dès son arrivée, elle échappe à une exécution et doit s’associer avec David Percival, le chef de station local d’une rare fourberie. Un jeu de dupes meurtrier commence alors pour mettre la main sur un officier des services secrets est-allemands, la tristement célèbre Stasi. Il détient une liste des identités de tous les agents infiltrés dans le coin. .

Autrement dit mission impossible. Sauf évidemment pour l’espionne la plus redoutable de Sa Majesté britannique. Dure au mal, marquée dans sa chair par des combats sanglants (photo), la dame de fer ne tarde pas à nous faire l’étalage de ses talents multiples dans l’art de buter impitoyablement son ennemi (James Bond peut se rhabiller, il ne fait pas le poids), ou de se laisser aller, avec une consoeur française fascinée par sa beauté glaciale, à quelques ébats qu’on voit toutefois venir à des kilomètres...

Le fantasme racoleur de la blonde et de la brune... Dommage car pour le reste ça dépote! Carrément nuclèaire, Charlize Théron assure dans ce film d’action musclé signé David Leitch qui tient la route, divertissant avec son côté coloré rocky-punky-punchy. Ne se prenant pas au sérieux en assumant comiquement les capacités outrancières de sa superhéroïne, il est basé sur la bande dessinée The Coldest City (2002), écrite par Anthony Johnston et illustrée par Sam Hart. A noter aussi une bande originale qui va ravir les fans de la musique de l’époque.

Bref de quoi réveiller un peu la programmation languissante de la Piazza Grande. On regrette également celle, très moyenne, de la compétition où on peine à dénicher un incontestable Léopard d’or parmi les dix-papables. On aura l’occasion de faire le bilan de cette 70e édition après le verdict du jury, attendu demain.

Atomic Blonde sera à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 16 août.

16:05 Publié dans La griffe du léopard | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | | Pin it! |

10/08/2017

Festival de Locarno: la lumineuse Golshifteh Faharani dans "The Song Of Scorpions"

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaagol.jpgL'année dernière, la belle Golshifteh Faharani subjuguait Cannes aux côtés d’Adam Driver dans Paterson de Jim Jarmush. Fantasque, farfelue, lunaire et joyeuse, elle redécorait obsessionnellement en noir et blanc tout ce qui lui tombait sous la main

La lumineuse comédienne a également fait tourner les têtes à Locarno où elle venait présenter sur la Piazza Grande The Song of Scorpions. Changement radical de style pour Golshifteh. Elle se glisse dans la peau de Nooran, chanteuse, guérisseuse, sage-femme et médecin dans la communauté Sindhi du Rajasthan (photo). En l’entendant Aadam, marchand de chameaux (interprété par le célèbre Irrfan Khan, découvert dans (Slumdog Millionnaire),en  tombe fou amoureux. Econduit, il ourdit une terrible vengeance.

Trop long, laborieux et manquant du coup de rythme, l’opus est signé par le réalisateur indien Anup Singh, installé depuis une quinzaine d’années à Genève. Pour son histoire d’amour tordu, sur fond de traîtrise, de vengeance et de rédemption, il a décidé de travailler dans le désert. Pour lui un milieu dur, sec et aride à l’image du monde, où se cache toutefois toujours une source d’eau. Il ne dénonce pas moins, même maladroitement, l’extrême violenc, notamment sexuelle, faite aux femmes en Inde. 

De gros défis à relever pour la comédienne

Nooran en est victime dans The Sng Of Scorpions. "En tant que femmes nous sommes violées partout. Notre existence, le fait d’être nées en Iran nous impose de ne pas pouvoir choisir", relève Golshfteh Faharani. "Le viol est une attaque horrible, affreusement humiliante. Cette scène a été pour moi un véritable défi. Mais il ne s’agit pas que de cela dans le film. Il faut continuer à repousser les limites. La vie est remplie de choses non désirées. Allons-nous nous laisser empoisonner par ces malheurs? Dans les ruines, on peut trouver un trésor. Il faut le chercher. Nooran a la rage de vivre. Elle retrouve la lumière, qui l’amène vers le pardon".

L’autre défi c’était la langue, l’une des choses les plus difficiles. *J’ai suivi six mois de cours pour parler de manière acceptable Jusqu’à présent, j’ai joué en sept langues. Et il y en aura une huitième. Cela ajoute de la pression, surtout quand on veut être authentique".

Cap sur Hollywood grâce à Ridley Sscott

C’est l’occasion d’un petit retour sur sa carrière prolifique. A 34 ans, elle en a déjà passé vingt an devant la caméra. C’est en effet à 14 ans que Golshifteh Faharani, née en Iran d’un acteur et metteur en scène lâche le piano, qu’elle pratiquait en virtuose depuis l’âge de cinq ans, pour le cinéma. Elle tourne une vingtaine de longs métrages au Moyen-Orient, avant de camper, en 2008, une infirmière jordanienne dans Mensonges d’Etat de Ridley Scott, avec Leonardo Di Caprio.

Devenue la première star iranienne à tourner dans une production américaine depuis la révolution islamique en 1979, elle irrite le pouvoir qui, dès son retour, lui interdit temporairement de quitter le territoire et lui confisque son passeport. Profitant d’une autorisation de sortie de vingt-quatre heures, elle s'enfuit et s’exile en France.

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaelly.jpgUn an plus tard sort son dernier film tourné en Iran A propos d'Elly d'Asghar Farhadi, lauréat de l’Ours d’argent au Festival de Berlin. Elle y incarne une jeune femme mariée libre d’esprit (photo) qui invite Elly, une institutrice de Téhéran à venir passer un week-end au bord de la mer. Un personnage dans lequel elle se reconnaît.

Il y aura ensuite Poulet aux prunes, Pierre de patience, Just Like A Woman. En 2014 l’actrice alors en couple avec Louis Garrel, qu’elle quittera pour épouser un Australien, joue dans Les deux amis, dans le western engagé My Sweet Pepper Land d’Hiner Saleem, et à nouveau sous la direction de Ridley Scott dans le péplum biblique Exodus: Gods And Kings. Cette année, on la retrouve également dans le cinquième épisode de Pirates des Caraïbes.

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09/08/2017

Grand écran: Fanny Ardant en "Lola Pater", une évidence pour le réalisateur Nadir Moknèche

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaafanettew.jpgFils d’immigrés algériens, Zino a grandi persuadé que Farid, son père, les a abandonnés, sa mère et lui. A la mort de cette dernière, il apprend que Farid n’est pas retourné en Algérie, mais qu’il vit en Camargue. Zino part alors à sa recherche dans le sud de la France et rencontre Lola, professeure de danse orientale. Elle finit par lui avouer qu’elle est Farid. Zino a de la peine à l’accepter. Toujours prête à tout, Fanny Ardant n’a pas hésité à se couler dans le rôle de Lola, donnant la réplique à Tewfik Jallab (photo

Nadir Moknèche s'est attaqué à un thème délicat qu'il traite avec subtilité et sensibilité, évitant la caricature et le cliché. "L’idée du film vient de loin. Dans les années 80, j‘habitais Pigalle et j’avais deux voisines transsexuelles qui se prostituaient en bas de chez moi. Le 11 mai 1987, alors qu’Antenne 2 retransmettait l’ouverture du procès de Klaus Barbie l’une d’elles m’a demandé si elle pouvait venir voir la télévision chez moi. J’ai d’abord pris un air condescendant du haut de mes 22 ans. Ensuite nous avons sympathisé Avec le temps, je suis entré dans ce monde et j’ai découvert une autre vie".

Pourquoi avoir choisi Fanny Ardant.

Je l’avais vue dans Vivement dimanche et j’avais cru alors qu’elle était italienne. Je suis dingue des actrices italiennes. Et puis, lors d’un déjeuner chez ma mère, on parlait du scénario, du personnage. Tout à coup, elle m’a dit comme un oracle  "Ne cherche pas, il y a une seule actrice qui peut jouer ce rôle. Fanny Ardant". On s’est rencontré et tout s’est enchaîné.

On pourrait vous reprocher de ne pas avoir choisi une vraie transsexuelle, comme l’a fait par exemple Sebastian Lelio pour "Una mujer fantastica".

Le cinéma est un métier et j’aime travailler avec les acteurs. Actuellement il n’y a pas de comédienne transsexuelle. Peut-être sera-ce le cas dans vingt ans. mais j’espère qu’elles ne seront pas cantonnées à ce genre de rôle. Le choix de Fanny Ardant s’est imposé de lui-même. Elle et moi nous sommes investis corps et âme dans ce personnage de Lola. (C’est aussi l’avis de l’intéressée. Voir notre interview de Fanny Ardant du 4 août dernier).

Si vous vous mettez dans la situation du fils, comment auriez-vous réagi ?

J’aurais également été dans le rejet a priori. Et puis j’aurais essayé de comprendre pourquoi c’est si douloureux d’être dans le mauvais corps. Personnellement je n’ai pas connu mon père. Il est mort alors que j’avais trois ans. Plus tard je me suis demandé comment je me serais entendu avec lui. Et je me suis aussi dit, si le cas s’était présenté, qu’il était préférable d’avoir un père vivant, en femme ,qu’un père mort, en homme.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 9 août.

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Festival de Locarno: avec "Chien", Samuel Benchetrit dénonce une société déshumanisée. Interview

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaabenvan.jpgChienne de vie que celle de Jacques Blanchot! Sa femme le flanque à la porte sous prétexte qu’elle est atteinte de blanchoïte aiguë, une maladie qui la pousse à se gratter lorsqu’il s’approche d’elle. Son fils profite de lui et il est exploité par son patron. Pour retrouver un peu d’amour il décide, en passant devant une animalerie, de s’acheter un chien. Avec niche, croquettes, laisse et dix leçons de dressage, le tout au prix fort exigé par un maître-chien fascisant.

Mais le chiot, qui en plus ressemble à Hitler, en ne va pas tarder à passer sous les roues d’un bus. Bouleversé, Blanchot s’installe à l’hôtel, mange les croquettes, dort dans la niche et va jusqu’à prendre les leçons qu’il a payées, se coulant dans le rôle du chien en acceptant les pires humiliations.

Un ton burlesque et décalé qui vire au noir

Signé Samuel Benchetrit, qui l’a adapté de son propre roman, Chien, interprété par Vincent Macaigne, Bouli Lanners et Vanessa Paradis commence sur un ton burlesque et décalé qui vire rapidement à l’humour noir. Très noir. Pathétique, gênant, limite malsain, cette comédie plus pathétique que drôle divise, provoquant la détestation totale ou une adhésion plus ou moins forte. 

Invité à la présenter sur la Piazza Grande l’écrivain réalisateur explique que son livre, un exutoire, est né suite à un état dépressif et de doutes, où il se demandait pourquoi gagner de l’argent, rester dans le mouvement, avoir tant de préoccupations ridicules alors que la vie est si courte. 

«C’est une histoire simple qui raconte quelque chose d’universel, être quelque chose ici-bas. Je dresse un état des lieux, je parle de dystopie, de cynisme à propos d’un personnage qui en est totalement dépourvu, qui va sortir de ce monde pour en découvrir un autre ». Cela m’intéresse de traiter un personnage sans ambition qui rend fou les autres par sa passivité, Une passivité qui les conduit à une violence extrême. Du coup c’est lui qui gagne».

Et tandis qu’il s’humanise en chien, vous dénoncez la déshumanisation de la société. Une prise de position politique?

Oui, je revendique modestement cet aspect. On est encore dans un fascisme incroyable. Rien n’est réglé, notamment en ce qui concerne les femmes. Là le fascisme est représenté par Bouli Lanners dans le rôle du dresseur. J’en ai rencontré et ils ne m’ont pas plu.

Ce qu’il fait subir à Jacques Blanchot va vraiment très, voire trop loin. N’y a-t-il pas de la complaisance dans votre façon de gommer tout ce qu’il pourrait y avoir d’humain chez lui?

Il faut aller au bout de son sujet. Mais il n’y a ni complaisance ni manipulation . Je ne veux pas plaire et j’imagine bien que les agissements du dresseur peuvent provoquer le malaise. Personnellement, en tant que spectateur, j’aime être bousculé.

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaavincent.jpegEn tout cas vous bousculez drôlement Vincent Macaigne, votre acteur principal. Assimilé à une maladie, il est quitté, frappé, obligé de se mettre à quatre pattes, de chercher la balle. On l'enferme dans une cage!

Aucun autre que lui n'aurait accepté ce genre d'avilissement, c'est certain.Il encaisse encore et encore. Vincent est un comédien incroyable. Il fait ce qu'on lui demande et reste complètement concentré sur l’humanité du personnage. Il connaît l'enjeu. Dans ses mises en scène de théâtre, il n'hésite pas à pousser également ses acteurs. Il a d'ailleurs fait beaucoup de propositions. En réalité, c’est un vrai rebelle, un révolutionnaire en avance sur son temps. Dans le film, c'est le plus heureux.  Il n’attend rien des autres. Il comprend tout.

Alors finalement, est-ce mieux d’être un chien pour vous?

Non c’est mieux d’être un homme. Cela dépend de la façon dont je me lève le matin. L’humain est une race magnifique. Mais il oublie la nature, ne vit pas assez le moment. En ce qui me concerne, je suis par exemple très encombré par mon passé…

 

00:03 Publié dans La griffe du léopard | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | | Pin it! |