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28/03/2017

Grand écran: "A United Kingdom", l'amour inébranlable d'un couple mixte qui va tout défier

aaaaaunited.jpgSeretse Khama, 27 ans, roi du Bechuanaland alors sous protectorat britannique et Ruth Williams, une dactylo londonienne de 24 ans tombent éperdument amoureux. Nous sommes en 1947 et la chose provoque un gros scandale. Tout s’oppose à ce mariage interracial, qu’il s’agisse de leurs familles et pays respectifs de l’Afrique du Sud en plein Apartheid. Mais les deux tourtereaux vont surmonter tous les obstacles.

Leur amour inébranlable a changé leur pays et inspiré le monde. L’Anglaise Amma Asante, fille d’immigrés ghanéens, à qui l’on doit également Belle et A Way Of Life, s’en est servie pour porter à l’écran le biopic A United Kingdom, adapté du livre Colour Bar de Susan Williams.

Entre Histoire, lutte politique, passion et romance, elle revient ainsi sur l’incroyable aventure du couple mixte discriminé, son combat ensuite pour l’indépendance du Bechuanaland devenu le Botswana et dont le démocrate Seretse Khama fut le père.

La première partie est centrée sur la relation impossible entre ces deux êtres, la seconde sur leur installation au Bechuanaland. Bien que leur union ait déclenché un vrai conflit diplomatique (les Britanniques ont retenu le jeune ménage jusqu’en 1956, notamment pour ne pas déplaire à l’Afrique du Sud), on reprochera à l’auteur une vision simpliste et très idéalisée dans son approche ultra sentimentale de la situation.

Mais en dépit de son côté excessivement lisse, le film se laisse voir à la fois pour cet important épisode historique que bien peu connaissent et la prestation convaincante des deux comédiens principaux David Oyelowo (Selma, Le Majordome) et Rosamund Pike vue dans Gone Girl ou encore Orgueil et préjugés.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 29 mars.

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21/03/2017

Grand écran: "Cahier africain" raconte l'enfer vécu en République centrafricaine

aaaacahier.jpgAu début il y a un cahier d‘écolier ordinaire. Sur les feuillets à petits carreaux des photos en forme de témoignages courageux de femmes, jeunes filles, garçons enfants de Centreafrique, dont les vies ont été brisées par la vague de meurtres et de viols commis par les 1500 hommes de la milice de Jean-Pierre Bemba, leader du Mouvement de libération congolais entre octobre 2002 et mars 2003. Des traumatismes vécus par des familles entières.

Ce cahier, devenu un vrai personnage du documentaire et que les victimes ont-elles-mêmes fabriqué a été découvert par hasard en 2008 par la réalisatrice Heidi Specogna. Elle s’est alors embarquée pour un voyage cinématographique de sept ans qui lui a valu trois nominations au Prix du cinéma suisse. 

Au départ l’idée était de se focaliser sur un petit nombre de femmes violées essayant de se reconstruire. Toutefois elle a été rattrapée par la réalité en 2012, cinq ans après la guerre civile, quand les rebelles de la Séléka opposés au président François Bozizé ont repris les armes. Et que l’horreur recommençait nourrie par la rivalité entre chrétiens et musulmans. Un nouveau cauchemar pour les victimes d’atrocités, qui pensaient être enfin sorties de l’enfer.

On retiendra à cet égard la remarque désespérée d’un chef de village. «C’est comme si le diable avait choisi notre pays… » Une malédiction que la réalisatrice nous laisse ressentir en évoquant un pays où tout se répète, rien ne s’arrête dans un cycle de violence constamment renouvelé.

Hedi Specogna n’hésite pas à en montrer les terribles stigmates avec des images choc mais non voyeuristes dans son film divisé en trois chapitres. Il débute avec le procès de Bemba en 2011 (il a été condamné à 18 ans de prison par la Cour pénale internationale) et se termine en 2015, sur une petite note d’espoir. Il raconte un peuple meurtri, dont les souffrances passent par le récit, le regard triste, douloureux et digne des protagonistes dont les visages sont souvent filmés en gros plans.

Un petit regret pourtant. Evoquant un pan de vie tragique, ce documentaire émouvant plein d'une humanité teintée de poésie, reste parfois difficile à suivre pour qui connaît mal ou pas du tout l'histoire des monstruosités commises et subies dans cette partie du monde.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 22 mars.

 

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Grand écran: " Sage-femme" réunit Deneuve et Frot, les deux grandes Catherine du cinéma français

aaaafemme.jpgClaire, sage-femme au sens propre et figuré, a voué son existence aux autres. Alors que la fermeture proche de la maternité où elle travaille la préoccupe, son quotidien est de surcroît chamboulée par l’irruption, au bout de 40 ans, de Béatrice, ancienne maîtresse passionnée de son père qu’elle a poussé au suicide après l’avoir quitté sans explication.

Dans Sage-femme, à la base un hommage à la sage-femme qui l’a sauvé à sa naissance en lui donnant son sang, Martin Provost met en scène des retrouvailles étonnantes entre deux femmes que tout sépare.

D’un côté le personnage interprété par Catherine Frot, raide, buté, rigoureux, cultivant son petit jardin au bord de l’eau entre deux accouchements, menant une existence dédiée à son fils étudiant en médecine et à son métier au point d’oublier de vivre. De l’autre Catherine Deneuve, alias Béatrice, flambeuse fantasque, excentrique, menteuse, tricheuse, égoïste, qui a brûlé la chandelle par les deux bouts.  

Sa réapparition brutale ravive les blessures du passé. Mais les rancoeurs, la désapprobation ou le mépris de l’une pour la vie de l’autre, s’effacent petit à petit entre celle qui a brûlé la chandelle par les deux bouts et son exact contraire pour laisser place à une relation quasi filiale. D’autant que Béatrice annonce à Claire qu’elle est atteinte d’une tumeur au cerveau  

Fable rappelant celle de La cigale et la fourmi, comparaison qu’il assume totalement, ce film est à l’image de Martin Provost, à la fois joyeux et désespéré. Un film où il évoque la transmission tout en livrant une opposition constante entre la vie et la mort.

Pourtant, après ses magnifiques portraits, Séraphine en 2008 et Violette en 2013, le réalisateur déçoit un peu avec Sage-femme, un opus certes touchant mais où, dans une mise en scène illustrative, il privilégie une opposition finalement assez banale de deux caractères à la folie de ses héroïnes précédentes.

Et cela bien qu''il nous propose un duo inédit avec les deux grandes Catherine de la pellicule française. Un jeu de miroirs où Frot l’emporte sur Deneuve qui, manquant de naturel, se complaît trop dans ce rôle de dame indigne exubérante, aimant les hommes, l’alcool, et le tabac pour convaincre.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 22 mars.

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15/03/2017

Grand écran:"Monsieur et Madame Adelman", une réussite pour Nicolas Bedos et Doria Tillier

video-decouvrez-la-bande-annonce-de-mr-et-mme-adelman-le-film-de-nicolas-bedos-avec-doria-tillier (1).jpgEcrivain à succès, Victor Adelman vient de mourir. Lors de l’enterrement, sa veuve Sarah raconte à un journaliste 45 ans d’une vie commune, remplie d’amour, de passion, de trahisons, d’ambition, de chagrins et de secrets, depuis leur rencontre à l’occasion d’une soirée alcoolisée.

Devenue sa muse, elle se plonge dans le travail de son homme et l’épouse. Mais comment ont-il fait pour se supporter aussi longtemps? Qui était vraiment Sarah, vivant dans l’ombre de Victor? Pour son premier film, coécrit avec sa compagne Doria Tillier, ex-sulfureuse Miss Météo sur Canal, Nicolas Bedos nous entraîne dans une folle épopée conjugale. Démarrant dans les années 70, elle est aussi prétexte à une chronique socio-historique de la France de la deuxième moitié du siècle dernier.

"Le fils de..." est doué

Vu la personnalité du chroniqueur télé people, narcissique et tête à claques, c’est un peu à reculons qu’on allait découvrir Monsieur et Madame Adelman. Mais force est de constater qu’en dépit de quelques réserves, c’est la bonne surprise. Le film démontre un indéniable talent chez "le fils de…", qui livre une comédie à tiroirs ambitieuse mais bien maîtrisée, à la fois romantique, humoristique, acide, vacharde, cynique.

On aime le ton léger, désinvolte, les dialogues ciselés, les vannes, le jeu avec les codes des différentes époques les règlements de compte avec la famille, que servent par ailleurs d’excellents interprètes. Aussi bon comédien que réalisateur, Nicolas Bedos incarne parfaitement l’auteur en crise, égocentrique et à fleur de peau, aux côtés de personnages secondaires comme Denis Podalydès en psy désabusé ou de Pierre Arditi en vieux bourgeois réac odieux.

aaaadria.jpgIrrésistible Doria Tillier

Sans oublier l’irrésistible Doria Tillier, rencontrée à Genève. Formidable, c’est une vraie révélation dans son premier rôle au cinéma. Elle nous confie que Nicolas s’est montré très exigeant.

"C’est fatigant, parfois déstabilisant. Quand on connaît bien quelqu’un, on décrypte tout de suite ses moindres déceptions. Il y a eu des tensions sur le plateau, mais on avait la même vision du film. C’était l’essentiel. Il ne m’a jamais demandé de faire quelque chose d’incohérent".

Vous dites être plus à l’aise en Sarah âgée qu’en Sarah jeune.

Agée, elle est plus loin de moi. Je préfère les rôles de composition. Ils m’amusent davantage. La notion de plaisir est importante. Quand j’étais Miss Météo sur Canal, j’adorais me déguiser, me travestir. Me cacher dans le fond.

Il s’agit d’une fiction, mais en même temps le film parle aussi un peu de vous.

Oui, il y a quelque chose de nous qui nous échappe. Nos proches pourraient remarquer que cela nous ressemble. Sans qu’on le cherche. Il y a juste des points communs avec nos personnages respectifs. A commencer par le physique évidemment...

Vous surfez sur l’imposture tout au long de l'intrigue

Aujourd’hui les gens s’attachent à l’image qu’ils renvoient. Sarah se moque de la gloire. L’important c’est ce qu’elle fait, ce qu’elle vit et, j'y reviens, le plaisir qu’elle prend. Lui est pétri d’angoisse à l’idée d’être mal aimé. Il a besoin de reconnaissance. C’est l’imposture au détriment de la posture.

Parmi tous les thèmes que vous traitez, il y a celui, rare et très osé, de l’enfant qu’on n’aime pas.

J’adore être sur un fil et ça me plaisait d’en rire. Mais si le sujet est difficile, la chose existe. On l’avait observé chez des gens. Beaucoup nous disent aussi que ça fait du bien de reconnaître qu’un môme parfois ça vous saoûle. Et puis il y avait l’envie de se moquer de ce couple qui a tout et projette un gamin prix Nobel Eh bien non, on ne peut pas toujours avoir de la chance jusqu’au bout!

Nicolas Bedos avouait que pour lui, ce film était la fin de l’ego trip. Qu’en pensez-vous ?

C’est une façon de se défendre après avoir beaucoup joué à la télévision avec un personnage narcissique, égoïste et mégalo.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 15 mars.

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14/03/2017

Grand écran: Oscar du meilleur fim, "Moonlight" est une bouleversante quête d'identité

aaaamoonlight.jpg«Mon héros est pauvre, noir, gay… C’est ma vie», relève dans divers interviews Barry Jenkins, 37 ans, le réalisateur de Moonlight. Enfant noir de Liberty City, un quartier défavorisé de Miami, orphelin de père, vivant avec sa mère toxico, harcelé par ses camarades, le jeune Chiron n’a pas d’ami à part Juan, un caïd de la drogue qui le protège et devient un père de substitution. De surcroît, il devra assumer son homosexualité dans un environnement hostile. 

En découvrant ce scénario, on pouvait craindre le pire. C’est le contraire absolu. Marqué par la grâce avec des scènes qui vous touchent au cœur par leur bouleversante simplicité, dont celle symbolisée par la photo ci-dessus, Moonlight est un film rare, à contre-courant, privilégiant une approche poétique, empathique, sensuelle.

Sans se laisser aller à la dramatisation hollywoodienne, son auteur propose une mise en scène dépouillée, stylisée, explorant avec finesse les rapports humains et les préférences sexuelles. Ces qualités lui ont d’abord valu le Globe du meilleur film, puis trois Oscars: meilleur film, meilleur second rôle attribué à Mahershala Ali (l'homme sur l'image) et meilleure adaptation.

Trois périodes-clés avec d'excellents comédiens

Le film est tiré de la pièce de Tarell Alvin McCraney In Moonlight, Black Boys Look Blue. Le dramaturge a aussi grandi dans le ghetto de Miami, au moment où l’arrivée du crack faisait des ravages dans les années 80. Egalement fondé sur la propre histoire difficile de Barry Jenkins, cet opus sous haute tension se divise en trois chapitres.

Ils évoquent trois périodes-clés de l’existence d’un être déchiré qui cherche sa place dans le monde, en commençant par se battre contre la dureté de sa mère et sa sexualité naissante. Une douloureuse quête d’identité faite de rejets, brimades et insultes qui finiront par le mener à l’acceptation de soi.

fotorcreated (1).jpgChiron, c’est d’abord Little, un enfant mutique au visage triste qui se cache pour échapper aux copains qui le pourchassent. Puis un adolescent replié sur lui-même qui récupère son prénom, Chiron, persécuté pour sa différence.

Et enfin un adulte, Black, devenu dealer à son tour, ultra viril avec ses muscles sa chaîne et ses dents en or. Mais toujours livré à ses démons et demeuré ce petit garçon demandant, tout en craignant de le savoir, ce que signifie «faggot». Une troisième partie que les non-dits rendent encore plus émouvante.

Outre par Mahershala Ali cité plus haut, Moonlight est porté par trois excellents comédiens, Alex R. Hibbert, Ashton Sanders et Trevante Rhodes (photo), chacun exprimant à sa façon les contradictions, l’introversion, les fêlures et les souffrances aux trois âges de de Chiron.

A noter que le casting est entièrement noir. Barry Jenkins n’y voit aucun problème, car il n’a pas connu de blancs avant d’entrer à l’université! «S’il avait fallu en créer pour une question de représentation, cela n’aurait eu aucun sens. Ce n’était pas une intention mais le respect du monde de mon personnage».

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 15 mars.

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07/03/2017

Grand écran: Jessica Chastain, lobbyiste de choc dans "Miss Sloane"

aaaasloane.jpegPlongée dans les arcanes de Washington avec Miss Sloane, belle, brillante et sans scrupules. Lobbyiste professionnelle dans la capitale américaine, grassement payée par de puissants groupes de pression, cette talentueuse et fascinante stratège n’hésite pas à user de n’importe quel moyen pour influencer les élus à voter pour ou contre des lois, selon les intérêts de ses clients.

Une mission de tous les instants à laquelle Elizabeth Sloane se consacre entièrement. Insomniaque, sous-alimentée, au taquet seize heures par jour, avalant pilule sur pilule pour tenir, elle  sacrifie volontairement sa vie privée. Et se paie des escort boys pour satisfaire ses besoins sexuels et s’en débarrasser ensuite.

Cynique, amorale, sûre d’elle, rationnelle, avide de défis et de victoires, elle n’a pas besoin de croire à une cause pour la défendre. C’est ainsi qu’elle fera campagne auprès du lobby des armes pour ensuite s’allier à un homme de principe pour faire adopter une loi limitant leur circulation. Tout cela à grands coups de manigances et de manipulations qui pourraient lui coûter cher dans ce milieu d'hommes aussi impitoyable qu'obscur. 

Le Britannique John Madden notamment auteur de Shakespeare in love et des deux Best Exotic Marigold Hotel livre un thriller psychologico-politique plutôt efficace, porté de bout en bout par Jessica Chastain. En tailleur impeccable, perchée sur ses hauts talons, elle se révèle parfaite dans le rôle. Autant préciser que c‘est l’atout majeur du film dont le scénario complexe confine parfois à l’incohérence.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 8 mars.

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Grand écran: "Les figures de l'ombre", hommage à trois scientifiques afro-américaines de génie

aaaafigures.jpgElles étaient exceptionnellement douées et on ne le savait pas. Du moins en ce qui me concerne. J'ignorais en effet tout de Katherine Johnson, Dorothy Vaughn et Mary Jackson, ces trois incroyables scientifiques afro-américaines travaillant dur pour la Nasa, aspirant à l’égalité des chances et à un salaire décent. Mais victimes de préjugés racistes, elles ont dû se battre pied à pied pour faire reconnaître leur talent

Nous sommes dans les années 60. Les Etats-Unis doivent absolument rattraper leur gros retard sur l’URSS, qui a envoyé le premier homme dans l’espace Youri Gagarine en 1961. C’est notamment grâce à ces trois femmes qu’ils y parviendront avec la mise en orbite, l'année suivante, de l’astronaute John Glenn, mort le 8 décembre dernier.  

Et pourtant que de bâtons on leur a mis dans les roues. Ne serait-ce que le fait de devoir, comme la mathématicienne Katherine Johnson, parcourir quotidiennement et à plusieurs reprises un bon kilomètre pour se rendre... aux toilettes réservées aux personnes de couleur. Une humiliation scandaleuse qui lui fait non seulement perdre un temps fou dans son job mais la ramène constamment à sa condition inférieure.

Traiter de la conquête spatiale par le biais de la discrimination, de l’intolérance, du sexisme et du machisme est la bonne idée de ce film hommage réalisé par Theodore Melfi, bien qu’il soit desservi par une mise en scène peu inspirée et un scénario trop prévisible.

Un excellent trio d'actrices

Mais outre des équations qui devraient faire saliver quelques matheux, l’histoire de ces trois génies armées de leurs seules cellules grises pour faire avancer la cause des Noirs et des femmes, est suffisamment extraordinaire pour nous faire oublier quelques maladresses 

D’autant qu’elles sont incarnées par un excellent trio: Taraji P. Henson, Octavia Spencer et Janelle Monae (photo). Rayonnantes, débordantes de vitalité, d’humour, elles se coulent avec aisance et naturel dans la peau de ces figures de l’ombre qui finiront par apparaître en pleine lumière.

La NASA a baptisé un bâtiment en l’honneur de Katherine Johnson qui a de plus reçu la médaille présidentielle de la liberté (plus haute distinction civile aux États-Unis) de la part de Barack Obama en 2015. Aujourd’hui âgée de 99 ans, elle vient d’être honorée lors de la cérémonie des Oscars.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 8 mars.

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Grand écran: "Chez Nous" asticote le Front National. Avec une grande Emilie Dequenne

aaaachez nous.jpgInfirmière à domicile, entre Lens et Lille, Pauline s’occupe seule de ses enfants et de son père ancien métallurgiste communiste. Confrontée à la misère sociale, pleine d’empathie, elle se montre dévouée et généreuse envers ses patients. Profitant de sa popularité, les pontes du Bloc patriotique, un parti extrémiste soucieux de dédiabolisation, lui proposent d’être leur candidate aux municipales.

Mélange de réalité et de fiction, critique du Front National même s’il n’est jamais nommé et dont l’action se situe de surcroît dans la commune fictive de Hénard (le fief frontiste d’Hénin-Beaumont dans le nord n’est pas loin) Chez Nous, (titre emprunté au slogan "On est chez nous" scandé par les militants dans les meetings en agitant follement des drapeaux tricolores), est signé du Belge Lucas Belvaux.

Il a énervé les dirigeants du parti, plus particulièrement Florian Pilippot qui, sans l’avoir vu, avait dénoncé une sortie scandaleuse et inadmissible quelques semaines avant l’élection présidentielle. Notamment dans la ligne de mire, le personnage d’Agnès Dorgelle (Catherine Jacob). Blonde et brutale patronne du Bloc capable de galvaniser les foules, elle évoque indéniablement Marine Le Pen.

En fait, elle ne tient qu’un rôle secondaire. La véritable héroïne, c’est cette jeune infirmière à nouveau formidablement incarnée par Emilie Dequenne (à droite sur la photo), recrue naïve à qui ce parti dirigé par une femme et s’adressant aux ouvriers ne semble pas dangereux. A relever aussi la prestation d’André Dussolier en médecin onctueux et inquiétant, passant de l’amabilité à la menace voilée.

aaaadequenne.jpgUn terreau fertile

Lucas Belvaux nie vouloir provoquer le FN. Tout au long d'une intrigue tenant davantage de la mise en garde que du brûott, il s’emploie à décrire une France divisée et déboussolé, peuplée d’individus frustrés et en colère, sur fond de crise économique et morale. Un terreau fertile à l’implantation complexe d’un parti en quête de respectabilité, pour emporter l'adhésion d'un électorat qu’il prétend défendre.

Le but est de susciter le débat en explorant ses mécanismes, se focalisant sur la manière dont il parvient à grossir ses rangs. La séduction qu’exerce peu à peu ce Bloc populiste sur une Pauline  désireuse d'améliorer le sort de ses concitoyens, représente l’un des principaux intérêts de ce film habile quoique parfois inégal et surligné, mais utile dans sa façon de pousser à la réflexion.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 8 février.

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