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30/08/2016

Grand écran: "Rara", le défi de l'homoparentalité face à une société chilienne corsetée

arara.jpgSara 13 ans et Catalina 9 ans vivent avec leur mère Paula et sa compagne Lia dans une chaleureuse ambiance féminine. Ce qui déplaît à leur père Victor, qui les prend pour le week-end et les vacances. Il s’est remarié mais n’apprécie pas cette promiscuité et souhaiterait que ses filles mènent une vie de famille «normale». Il considère en effet que l’éducation préconisée par les deux femmes et l’image que donne le couple sont nocives.

Son avis est partagé par son entourage, notamment une grand-mère trouvant qu’elles vont trop loin et traduisant son sentiment par un «Nous ne sommes pas à New York, mais à Vina del Mar… » Trop jeune pour avoir des préjugés, Catalina n’a apparemment que faire du regard des autres. Elle apprécie beaucoup sa vie entre ses deux mamans.

Ce n’est pas le cas de Sara. A l’aube de l’adolescence, elle aime les garçons, bien qu’elle les trouve plutôt bêtas. Un peu mal dans sa peau et dans son corps qui se transforme, elle se cherche en manifestant quelques velléités de rébellion.

Suite à une dispute futile, elle refuse de fêter son treizième anniversaire chez sa mère et quitte la maison pour aller chez son père. Qui en profite pour intenter un procès à son ex-femme dans l’espoir de récupérer la garde de ses enfants.

Adaptation d'une histoire vraie

Rara (Bizarre), premier film de la Chilienne Maria-José «Pepa» San Martin, journaliste, puis assistante réalisatrice après un passage au théâtre, est adapté d’un d’une histoire vraie. Il s’agit du cas de la juge Karen Atala, violemment discriminée en 2003 pour avoir fait son coming out. Avant de gagner son combat dix ans plus tard.

Dans ce film co-écrit avec la scénariste Alicia Sherson, Pepa San Martin élude heureusement les lourdeurs de la procédure juridique Pour les éviter, elle a choisi de raconter l’histoire d’un bout à l’autre du point de vue de Sara, optant pour un ton oscillant entre la légèreté, le sérieux, le drame, la drôlerie et l’émotion.

Par petites touches, sans dramatiser, la cinéaste s’inspire d’événements a priori sans importance, de remarques mal placées, d’un mot de trop, l’ensemble étant propice à autant de rebondissements et de surprises, jusqu’au dénouement plutôt inattendu…

Elle brosse ainsi un portrait intelligent, tout en subtilité et en finesse du quotidien de cette famille homoparentale victime de rejet au sein d’une société conservatrice. Une jolie réussite qui tient également beaucoup à ses interprètes. A commencer par Julia Lübbert, de tous les plans, étonnante de justesse, de pertinence et de naturel.

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 31 août. 

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29/08/2016

Grand écran: "Kiki-l'amour en fête" joue à briser quelques tabous entre deux fantasmes

akiki.jpgUn couple fait l’amour tandis que défilent sur une partie de l’écran des scènes de copulation entre animaux. C’est bien parti pour la célébration de la diversité sexuelle dans une comédie érotico-festive jouissive, où on oublie les préjugés. Cinq histoires drôles et déjantées, aux trames indépendantes mais parallèles s’entrecroisent, nous embarquant dans différents milieux sociaux, en plein cœur d’un torride été madrilène.

Kiki-l’amour en fête, est le troisième long-métrage du Sévillan Paco Leon, notamment sous influence originelle d’un Pedro Almodovar remuant et provocateur que l’on a un peu perdu ces dernières années. Remake du film australien La petite mort de Josh Lawson, sorti l’année dernière, l'opus a connu un gros succès en Espagne.

Paco Leon se penche sur les fantasmes de ses protagonistes, prétextes à parler de leurs problèmes, les uns et les autres faisant plus ou moins écho aux nôtres..Une femme ne jouit que si elle est victime d’une agression violente, une deuxième quand elle voit son mari pleurer, une troisième, sourde et particulièrement excitée par les tissus, quand elle touche de la soie. Et une quatrième, se découvrant des tendances lesbiennes lors d’une chaude soirée dans un club échangiste, ne prend désormais son pied que dans un ménage à trois.

Chacun invente des stratagèmes pour rallumer la passion, tomber enceinte, se faire demander en mariage, imaginer un concept…A l’image de cet homme qui parvient à atteindre l’orgasme seulement quand sa femme dort. Et comme elle refuse toute relation après un accident qui lui a paralysé les jambes, il lui donne chaque soir des gouttes pour arriver à ses fins, sans qu’elle ne se rende compte de rien.

S’inspirant de la réalité, de son vécu, de choses racontées, de dialogues entendus dans la rue ou les transports publics, le réalisateur s'amuse à briser quelques tabous, évoquant pour notre pus grand plaisir les petits délires sexuels de ses contemporains, sans céder à la vulgarité.

Cette retenue contribue à la réussite du film, qui tient évidemment aussi à l’interprétation de ses comédiens. Atouts majeurs, ils sont excellents, à l’image d’Alex Garcia, Natalia de Molina, Belén Cuesta, Luis Callejo, Candela Pena, Anna Katz, Alexandra Jimenez et…Paco Leon lui-même. Il dit laisser une large part à l’improvisation, en ne donnant pas le scénario aux acteurs, mais en le leur racontant. Une façon de travailler qui là, fait ses preuves.

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 31 août.

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24/08/2016

Grand écran: "Mohenjo Daro", du grand spectacle pour cette foisonnante épopée bollywoodienne

adaro.jpgLong-métrage bollywoodien épique, Mohenjo Daro a clos il y a une dizaine de jours le Festival de Locarno, enchantant les milliers de spectateurs de la Piazza Grande. Il est signé de l’Indien Askutosh Gowariker, qui avait fait un malheur sous les étoiles tessinoises avec Lagaan en 2002. Il avait par ailleurs été nommé pour l’Oscar du meilleur film étranger. Sans le décrocher pourtant. 

Son troisième opus se déroule en 2016 avant Jésus Christ dans la vallée de l’Indus. Il met en scène Sarman (la star Hrithik Roshan), un simple fermier beau comme un dieu qui se rend dans la cité de Mohenjo Daro et tombe fou amoureux de la créature de rêve Chaani (Pooja Hedge un célèbre mannequin), issue d’une caste supérieure. Mais elle est fiancée au fils du chef du Sénat, un homme cruel, cupide, ivre de vengeance, qui maintient les habitants sous le joug et menace la ville de destruction. Au péril de sa vie, Sarman va alors s’opposer au tyran pour sauver la civilisation. Et sa belle bien sûr…

De l’aventure qui renvoie au péplum, de Spartacus à Quo Vadis en passant par les Dix commandements, de l’action, des combats, de la romance, des chants, de la danse. Le tout parfaitement réglé, rondement mené et visuellement magnifique. C’est coloré, exotique, foisonnant, kitsch. En résumé, on ne s’ennuie pas une minute au cours de cette fresque spectaculaire qui en compte cent cinquante!

Nerve, un thriller pour ados dénonçant les dangers d'internet

anerve.jpgOn reste en 2016 mais… après Jésus Christ, avec un film dénonçant les dangers d’internet. Vee et Ian participent à Nerve, un jeu qui diffuse en direct des challenges filmés pouvant rapporter gros, si on a les nerfs suffisamment solides pour s'y attaquer.

Dans Nerve, on est soit joueur soit voyeur. Les deux jeunes, évidemment joueurs et devenus accros, s’associent pour relever les défis les plus risqués et gagner toujours plus d’argent. Mais ils s’aperçoivent qu’ils sont complètement manipulés par les voyeurs. Ils veulent arrêter. Impossible. Et le cauchemar commence. Mais qu’on se rassure…

Efficace, rythmée, la mise en scène de ce thriller pour ados est plutôt réussie, notamment dans l’intégration des images de smartphone aux images réelles ou dans la réalisation de certains obstacles à surmonter. En revanche, bien qu’il ait l’intention louable de critiquer la popularité les réseaux sociaux, on n‘en dira pas autant du scénario. Se révélant aussi convenu que prévisible, il réserve de surcroît un dénouement carrément ridicule. Quant aux comédiens, ils sont un peu mûrs pour leur rôle respectif. A commencer par Emma Roberts. Une lycéenne de 25 ans c’est plutôt rare

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 24 août.

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23/08/2016

Grand écran: "Toni Erdmann", une comédie burlesque mêlant satire sociale et chronique familiale

aaerd.jpgDès sa projection à Cannes en mai dernier, Toni Erdmann avait rallié tous les suffrages. Sauf, malheureusement pour sa réalisatrice l’Allemande Maren Ade, ceux du jury qui ne lui a pas réservé la moindre place au palmarès.

Il y en avait pourtant pour cette comédie formidablement interprétée par Sandra Hüller et Peter Simonischek (photo), évoquant l’intrusion d’un père, le farceur Winfried, alias Toni Erdmann, dans l’existence très réglée de sa fille Inès. Femme d’affaires psychorigide de 37 ans, cadre supérieure dans une grande société allemande basée à Bucarest, sacrifiant tout à son boulot et à l’économie de marché, elle ne supporte pas le moindre désordre.

Autant dire que la working girl toujours impeccable dans ses tailleurs stricts, n’apprécie pas du tout la visite de ce paternel sexagénaire encombrant, artiste idéaliste, adepte de coussins péteurs, prof de musique et clown dans des maisons de retraite. Son exact contraire qui, de surcroît,déboule dans son club de cols blancs affublé d’une horrible perruque et d’un dégoûtant dentier qu’il ne cesse d’enlever et de remettre. Elle en a honte, le courant passe mal et leurs relations, déjà tendues, ne s'arrangent pas. 

A son grand soulagement, Toni prétend alors repartir pour l’Allemagne. Mais en réalité, toujours plus facétieux, il s’incruste et squatte des cocktails où se rend sa fille. Se prétendant consultant, à tu et à toi avec les grands de ce petit monde de l’argent, il donne la (dé)mesure de ses talents de guignol, en multipliant les blagues douteuses, lourdes et ringardes. Non seulement ça marche, mais il exerce une curieuse fascination sur ceux qu’il mystifie. 

Une farce grinçante pimentée de scènes irrésistibles

Maren Ade se sert de ce bouffon déchaîné pour proposer un long-métrage parfaitement tenu en forme de farce grinçante, farfelue, sensible et très originale. Surfant sur le conflit de générations, elle mêle à la satire sociale où elle se moque du pouvoir ultralibéral et de ses jeux, de loin plus vulgaires que les gamineries  de Toni, un émouvant rapport père-fille. Dans la reconquête de l’amour d’Inès, il fait tout pour l’aider à retrouver le bonheur et un sens à sa vie.

La cinéaste pimente aussi son étude incongrue de l’intime et de l’univers capitaliste de scènes irrésistibles. Dont celle déjà culte d’un brunch censé ressouder l’équipe d'Inès et où les participants doivent arriver complètement nus… Un bémol toutefois. En dépit de toutes ses qualités faisant souffler un vent de renouveau sur le cinéma allemand, on reprochera à Maren Ade une tendance un rien fâcheuse à la répétition, allongeant ainsi inutilement la durée de son film.  

 A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 24 août.  

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Grand écran: Alain Guiraudie évoque ses thèmes chers et ses angoisses dans "Rester vertical". Interview

avertical.jpgSe maintenir debout pour résister, vaincre la peur, pour que rien ne nous arrive, dit Alain Guiraudie dans son dernier film Rester vertical, situé dans les Causses, en Lozère.

Sorte d’alter ego du cinéaste, Léo, (Damien Bonnard), la trentaine fauchée, doit un scénario à son producteur. Mais il ne cesse de remettre la chose et se promène dans la campagne à la recherche du loup. Il rencontre Marie (India Hair), fille d’un éleveur qui,garde ses moutons avec un fusil en cas d’attaque du prédateur.

Sodomie et accouchement en direct

Léo et Marie s’aiment et font un enfant Mais elle n’en veut pas. Resté seul avec son bébé, Léo croise régulièrement trois hommes plus ou moins gay: Yoan (Basile Meilleurat), un adolescent sauvage qui le repousse, Jean-Louis (Raphaël Thiéry), un paysan bourru d’âge mûr dont il refuse les avances et le vieux grincheux agonisant Marcel (Christiian Bouillette), fan des Pink Floyd qu’il va sodomiser, lui procurant une fin douce.

En-dehors de cette scène choc, à l’image d’un accouchement en direct ou de gros plans de sexe féminin. Alain Guiraudie, livre, entre rêve et réalité, comédie et tragédie, plans drague foireux, un émouvant conte social, rural, existentiel, métaphorique. Rencontre avec l’auteur lors de son récent passage à Genève.

aaguiraudie.jpg"C’est un film écrit en dilettante, même si je couchais chaque jour une ligne, deux phrases, un paragraphe sur le papier. Que je pouvais jeter le lendemain. Mais j’aimais m’imposer cette discipline quotidienne. A l’époque, entre 2013 et 2014, j’adorais voyager et j'ai commencé le scénario entre Melbourne et Dubaï. J’ai tourné autour de tous les débats qui avaient lieu en France, le mariage pour tous, l’homoparentalité, la théorie des genres, le suicide assisté"

-Votre héros Léo, en perte de repères et en quête de sens, part à la recherche du loup, face auquel il ne faut pas courber l’échine. Pourquoi cet intérêt ?

-C’est un animal mythique par excellence, un prédateur, une réalité sociale. Et puis il est de retour sur le sol français. J’ai rencontré des éleveurs très emmerdés par le loup. Cela m’a passionné au point que j’ai eu un projet de documentaire.

-La grande question du loup rejoint celle du sexe féminin. Dont vous privilégiez les gros plans.

-Il y a une relation dans le sens du primitif, de l’originel. Le loup fait peur. Le sexe de la femme fait peur. Parce que c’est l’autre, le grand trou noir. Pour les homos, mais également pour les hétéros. C’est l’inconnu, le mystère, l’objet de désir et de vie, l’origine du monde, D’où l’envie de le voir de plus près et donc les gros plans.

-Venons-en à deux scènes choc. La façon de filmer un accouchement en direct, sans doute comme jamais au cinéma, et ensuite la sodomie d’un agonisant. De simples provocations?

-C’est d’abord l’évocation des deux jalons, la naissance et la mort. L’accouchement est un moment très existentiel et je l’ai représenté de la manière la plus organique qui soit, sans mise en scène, juste en cadrant. Quant à la sodomie, c’est effectivement une provocation, mais surtout parce qu’il s’agit de suicide assisté, d’euthanasie, sujets très controversés en France. Après c’est une scène d’amour. Certes peu habituelle, mais belle. J’aimerais assez mourir en faisant l’amour. On pourrait appeler cela la jouissance absolue.

-Vous aimez jouer avec la norme, renverser la vapeur. Par exemple une mère n’aime pas forcément son enfant.

-Je trouve que l’instinct maternel n’existe pas forcément. J’ai signé une pétition pour soutenir les femmes qui craquent et n’ont pas spécialement envie d’élever leurs enfants,. En France, il y en a 3000 an qui décident de ne pas s’en occuper. Il y a aussi cette notion répandue de filles-mères qui veulent un bébé pour elles seules. Je ne vois pas pourquoi un homme n’aurait pas cette même envie d’un enfant pour lui tout seul.

-Vous montrez aussi qu’un hétéro qui couche occasionnellement avec un mec n’est pas forcément gay.

-Elle me plaît bien, cette idée. On est dans un monde où on est assigné à être quelque chose. Je ne sais pas comment on devient hétéro ou homo. Pour moi ce n’est certainement pas inné, cela dépend surtout des rencontres que l’’on fait. J’ajouterais qu’aujourd’hui cela ne reste facile nulle part d’être gay. Pas plus dans un milieu bourgeois qu’ouvrier, comme on veut le croire. 

-Vous brassez des thèmes de société comme paternité, misère sexuelle et sociale, détresse paysanne, écologie. Cela vous tient à cœur ?

-Ces thèmes me sont en effet très chers. C’est un peu ma banalité. J’y ajoute mes angoisses, le monde agricole qui disparaît, le sexe, la mort, la solitude. Et j’essaye de mixer ma petite histoire avec la grande autour du monde en m’inspirant du milieu je connais le mieux, la campagne où je suis né, chez des paysans.

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 24 août.

 

 

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20/08/2016

Jeux Olympiques: tous ces formidables Suisses à battre, mais qui finissent...vaincus

images.jpgCinq médailles, objectif atteint, plastronnaient les commentateurs sur la RTS, Marie-Laure Viola en tête. Mais il restait alors une semaine et nul doute qu’on allait doubler ce formidable capital, psalmodiaient audacieusement de conserve nos comiques en transes.

Contre toute attente évidemment, vu les forces en présence. Mais qu’importe. Et c’est ainsi que chaque jour, l’espoir chevillé au corps, ils nous laissaient miroiter un wagon de possibilités de breloques en cyclisme, en BMX, en voile, en beach volley, en athlétisme. A croire qu’il n’y avait que des Helvètes en lice aux Jeux. Mais sans surprise, que nenni partout. Avec même quelques échecs cuisants.

Et je ne vous parle pas des médailles déjà quasiment acquises, le bronze en gymnastique au sol avec Giulia Steingruber, l’or en équitation avec Steve Guerdat, pareil en VTT avec Jolanda Neff… Mais caramba, à chaque fois il a fallu à nouveau drôlement déchanter, Giulia finissant dernière de sa finale, le favori Steve terminant chocolat sur son coco et Jolanda la femme à battre, sixième sur son vélo. La poisse, plus collante que jamais.

Finalement, seule Nicola Spirig (photo) réussissait à décrocher l’argent en triathlon. Là encore, on imaginait un métal plus noble. Mais l’argent, c’est quand même bon à prendre et on ne va pas faire la fine bouche. Six médailles, objectif dépassé qu'on se le dise. De toute façon quel que soit le verdict, le mot d'ordre sur la chaîne romande, c'est la pensée positive.  

En résumé cela donne quelque chose de ce genre: certes on est déçu, mais on se montre peut-être trop exigeant… Ce n’est pas grave, lui ou elle est encore jeune, il y aura d’autres Jeux… C’est quand même une bonne performance…. Obtenir un diplôme c’est déjà magnifique… Arriver seizième pour une première fois, c’est extraordinaire… Il  n'y a pas de quoi rougir de ce résultat prometteur... Et en-dehors du traditionnel: l’essentiel c’est de participer, voici l’autre sempiternel leitmotiv naze à l’intention des vaincus: ils auront emmagasiné de l’expérience… Voilà qui leur fait une belle jambe!

Pour l’heure, la Suisse se classe au 30e rang. Elle pourrait éventuellement en gagner une demi-douzaine si Nino Schurter réalise un exploit en VTT. Mais avec tous ces ratages, j’avoue que j’ai du mal à concevoir la chose  Ce n’est pas le cas de nos spécialistes de tous poils, loin d’être découragés par ces revers en cascade et naturellement repartis aussi sec dans leurs pronostics optimistes.

awaw.jpgLes "vieux" au tapis à Cincinnati

Enfin, bien que ces derniers le regrettent amèrement, heureusement que Belinda Bencic et Stan Wawrinka avaient déclaré forfait pour cette olympiade. Car côté crève-cœur, c’eût été le pompon si on se réfère à leur triste prestation dans l’Ohio. La première n’a pas vu la balle au premier tour et le second a été éliminé sans gloire en huitièmes par Grigor Dimitrov.  Super pour des joueurs qui ont boudé Rio pour se consacrer à leur carrière...

Petite consolation, le Vaudois n’est pas le seul à avoir subi un échec mortifiant à ce stade. C’est pire pour Nadal, prématurément terrassé lui aussi, voire atomisé par Borna Coric, le jeune Croate de 19 ans. Si on ajoute Tsonga, Berdych, Ferrer, Gasquet, voire Monfils pareillement dans les choux, on constate que tous les "vieux" se sont retrouvés au tapis à Cincinnati! 

Des défaites qui par ailleurs permettent d'entretenir une vague illusion. Celle de voir le malheureux Federer entamer 2017 dans le top 20. Mais que c'est dur! 

 

 

 

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17/08/2016

Grand écran: Diane chasseresse dans "Moka", Emmanuelle Devos traque Nathalle Baye

aemadevos.jpgPour son deuxième thriller après Complices, Frédéric Mermoud met face à face Emmanuelle Devos et Nathalie Baye, réunies pour la première fois à l'écran. Emmanuelle joue Diane Kramer, une mère qui s’échappe d’une clinique lausannoise pour se rendre à Evian, munie de quelques affaires et d'un pistolet qu’un petit trafiquant lui a procuré.

Car suite à un drame qui a bousillé sa vie, Diane, qui a fait appel à un détective privé, rumine sa vengeance. Obsédée, folle de douleur, elle veut absolument retrouver le conducteur ou plutôt la conductrice d’une Mercédès couleur moka, qui a pris la fuite après avoir renversé et tué son fils. 

Trouvant que la police piétine, elle a décidé de mener sa propre enquête. Et va alors rencontrer, espionner et traquer Marlène (Nathalie Baye), patronne d'une parfumerie-salon de beauté, la soupçonnant d’avoir une responsabilité dans ce tragique accident. Mais les choses, on s'en doute, se révèlent plus sinueuses et compliquées qu’il n’y paraît...

Librement adapté d’un roman de Tatiana de Rosnay, Moka est un drame banalement traité, avec de belles images entre lac et montagnes. Côté comédiens, vêtue d'une parka verte, indépendante, énergique, et quelque peu exaltée, Emmanuelle Devos qui est de tous les plans, se montre convaincante en ...Diane chasseresse. 

Davantage que Nathalie Baye, quelconque en dame blondissime manucurée. Difficile de voir la créature attachante et mystérieuse imaginée par l'auteur, dans la compagne empruntée d'un homme de treize ans son cadet, maman par ailleurs d’une adolescente un rien trouble et rebelle, rêvant de monter à Paris.

Moka n’en a pas moins trouvé des admirateurs. Lors du récent Festival de Locarno, il a décroché le Variety Piazza Grande Award, décerné par un jury de critiques du célèbre magazine américain.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 17 août.

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13/08/2016

Festival de Locarno: Le Léopard d'or à "Godless" de la Bulgare Ralitza Petrova. Un choix décevant

agodless.jpgA Locarno, on peut toujours compter sur le jury pour déjouer les pronostics. Alors que personne ou presque parmi les critiques et les festivaliers n’avait misé un lev sur Godless, c‘est justement celui-ci qui a été distingué par Arturo Ripstein et ses collègues. Il est signé de la réalisatrice bulgare Ralitza Petrova, qui travaille également en Angleterre et en France.

Il s’agit sans doute du film le plus glauque de la compétition. En deux mots, Gana, peu gâtée par la nature (photo ci-dessous), s’occupe de personnes âgées atteintes de démence et revend leurs papiers au marché noir. Rien ne la touche dans son quotidien sombre, sans espoir, jusqu’au jour où elle entend un nouveau patient chanter… 

"J’ai été très chanceuse de réaliser ce film maintenant, de rencontrer toutes ces personnes partageant leur passion, avec un goût pour un cinéma exigeant et pas seulement divertissant. Je ne crois pas que nous sommes uniquement divertis par les rires, ou la violence gratuite et le sexe. Je pense que les idées sont ce qu’il y a de plus distrayant", a déclaré la lauréate à la RTS.

apivanov.jpgGodless a fait carton plein, puisque son héroïne Irena Ivanova décroche le prix de la meilleure interprétation féminine.  Côté masculin, c’est Andrzej Sewryn qui est sacré meilleur acteur pour son rôle dans The Last Family, du Polonais Jan.P Matuszynski, un film également boudé par les critiques.

Trois des papables les plus souvent cités se retrouvent tout de même au palmarès à l’image de Cœurs cicatrisés du Roumain Radu Jude, Prix spécial du jury, tandis que celui de la meilleure réalisation récompense L’ornithologue de Joao Pedro Rodrigues. De son côté Mister Universo de Tizza Covi et Rainer Frimmel se voit attribuer une mention spéciale.

Par ailleurs Moi, Daniel Blake, de Ken Loach, Palme d’or à Cannes en mai dernier, a remporté sans surprise le Prix du public, pour le meilleur film présenté sur la Piazza Grande.

Une compétition faible qui reste le parent pauvre 

Le choix du triste Léopard d’or est à l’image d’une compétition particulièrement faible, qui demeure le parent pauvre. Et le fait que huit des dix-sept prétendants à la médaille étaient des femmes, n’a pas contribué à changer fondamentalement la chose.

Comme on a déjà eu l’occasion de le remarquer, la Piazza Grande, vitrine de la manifestation, a au contraire réservé de fort bonnes surprises. Après Le ciel attendra, Dans la forêt, Stefan Zweig, adieu l’Europe, Jason Bourne, ou Moi, Daniel Blake, Mohenjo Daro, attrayant long-métrage bollywoodien de l’Indien Ashutosh Gowariker, a plaisamment clos le festival sous les étoiles.

Se déroulant en 2016 avant J.-C., il met en scène un fermier beau comme un dieu qui se rend dans la cité de Mohenjo Daro, tombe amoureux d’une créature de rêve et s’oppose à la cupidité d’un tyran pour sauver la ville. De l’aventure avec clins d'oeil au péplum, de l'action, de la romance, des chants, de la danse. C’est kitsch, mais on ne s’ennuie pas une seconde.

Un cru 2016 aussi glouton que moyen

On n’en dira pas autant de l’ensemble d’un festival plus glouton que jamais, provoquant de fréquents et regrettables télescopages. Un cru 2016 moyen, à l'instar d'un cinéma suisse plutôt poussif. Pour tout dire, le souffle de vent qui devait nous emporter promis par le directeur artistique Carlo Chatrian, ne nous a pas pas franchement ébouriffés…

Voilà qui n’a toutefois pas empêché le public de répondre présent à son habitude. Alors que la Semaine de la critique a comme toujours fait salle comble, les nombreuses autres sections ont elles aussi attiré du monde. Et notamment la rétrospective Aimé et refusé: le cinéma de la jeune République d’ Allemagne de 1949 à 1963. Les spectateurs ont ainsi été quelque 165.000 à se ruer dans les salles, dont 65.000 sur la Piazza Grande. 

Voir aussi toutes les notes réservées au Festival de Locarno depuis le 1er août.

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12/08/2016

Festival de Locarno: la course au Léopard d'or est terminée. A qui le trophée?

aorni.jpgAlors que les chasseurs de fauves s’étaient bien relancés dans le milieu de la course après un démarrage poussif, ils ont à nouveau relâché l’effort dans les derniers jours. Du coup, sur les dix-sept prétendants au Léopard d’or, dont huit femmes rappelons-le, seul un tiers nous paraît éligible.

Parmi eux L’ornithologue du Portugais Joao Pedro Rodrigues. Réinterprétant d’une façon onirico-fantastique le mythe et la vie de Saint-Antoine, il met en scène Fernando, un ornithologue de 40 ans, à la recherche d’une espèce rare, la cygogne noire, le long de la rivière Le Douro, au nord du Portugal.

Distrait, il se laisse entraîner par le courant et échoue à moitié mort sur une des rives. Où il est sauvé par deux jeunes Chinoises en folie et en pèlerinage vers Compostelle, qui le ligotent à un arbre.... Il réussit à leur échapper et s’enfonce dans une forêt aussi dense que dangereuse…. Un mystérieux récit initiatique qui fascine souvent et agace parfois. 

acoeurs.jpgSi L’ornithologue a une vraie gueule de Léopard façon Locarno, on lui préfère toutefois Cœurs cicatrisés du Roumain Radu Jude, d’après un roman autobiographique de Max Becher, mort de tuberculose osseuse à 29 ans, après dix ans de souffrance. Nous sommes en Roumanie en 1937. Atteint de cette terrible maladie, Emmanuel, 21 ans, est hospitalisé dans un sanatorium des bords de la mer Noire.

Tandis que son corps au torse pris dans le plâtre se détériore, il raconte ses efforts et ceux de ses compagnons pour vivre le plus normalement possible en faisant la fête et en tombant amoureux. On ne peut s’empêcher évidemment de penser à La montagne magique de Thomas Mann.

aeegypte.jpgSéduisante par ailleurs cette tragi-comédie égyptienne Brooks Meadows And Lovely Faces de Yousry Nasrallah, dont l’action se déroule au cours d’un mariage complètement fou. On vous dira juste que Yehia et ses fils Refaat et Galal assurent le service traiteur, mais que rien ne se passera comme prévu. La suite étant carrément impossible à résumer, en raison de nombreux rebondissements, il ne reste qu’à passer et savourer les plats…

Slava des Bulgares Kristina Grozeva et Peter Valchanov, dont on vous a déjà parlé, reste parmi nos préférés. A travers la simple histoire d’un cheminot bègue, les réalisateurs proposent une autre comédie enlevée, politique celle-ci, où ils se moquent d’un pays au système gangréné par la corruption, des politiques qui l’incarnent, tout en évoquant de manière à la fois cynique et joyeuse du fossé séparant la classe dirigeante du peuple exploité.

auniverse.jpgJolie surprise également que Mister Universo, de Tizza Covi et Rainer Frimmel. Le duo italo-autrichien avait été révélé par La Pivellina en 2009, un film qui se penchait sur un couple d’artistes de cirque.

Avec leur dernier opus, les auteurs restent dans le même univers en suivant Tairo, un jeune dompteur de fauves très malheureux car il a perdu son porte-bonheur. Il va l'utiliser comme prétexte pour partir en voyage à travers l’Italie à la recherche d’Arthur Robin, ancien Monsieur muscles qui le lui avait donné.

On signalera encore Jeunesse, premier film assez prometteur du Français Julien Samani qui nous emmène, avec Zico qui a soif d’ailleurs, sur un cargo pourri. Il ne connaît rien de la vie à bord, s’y prend mal pour tenter de se se faire accepter et les tensions ne tardent pas à naître au sein de ce huis-clos explosif. L’apprentissage du marin est aussi celui de l’auteur du film, qui fait partie du plan renouveau du directeur artistique du festival Carlo Chatrian.

Mais selon la formule consacrée, la critique propose et le jury dispose. Pour cette 69e édition, il est présidé par le Mexicain Arturo Ripstein. Réponse samedi soir sur la Piazza Grande.  

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Festival de Locarno: Ken Loach ovationné sur la Piazza Grande pour "Moi, Daniel Blake"

aloachloc.jpgEn mai dernier à Cannes, dix ans après Le vent se lève, Ken Loach rejoignait, avec Moi, Daniel Blake, le cercle des Dardenne, Haneke, Coppola Imamura et Kusturica, "happy few" doublement cousus d’or. Un choix politique convenu pour ce film militant, beau, émouvant, mais peu novateur et assez manichéen avec les bons ouvriers d’un côté et pratiquement tous les vilains fonctionnaires de l’autre.

Cela n’enlève rien à son efficacité. Présenté sur la Piazza Grande, ii a reçu, comme sur la Croisette, l’ovation du public. A son habitude donc, Ken Loach filme des laissés-pour-compte. Et, au-delà d’une critique sociale acérée, pousse un véritable cri de rage en suivant Daniel (Dave Johns), un menuisier veuf de 59 ans en arrêt maladie, mais contraint de chercher un travail sous peine de sanctions. Il entame alors un parcours kafkaïen dans les dédales de l’administration britannique pour obtenir l’aide sociale.

Pris dans un piège bureaucratique cauchemardesque, où les portes ne cessent de se fermer devant les plus vulnérables, où on vous coupe arbitrairement les subsides, Daniel croise Rachel (Hayley Squires) une jeune femme sans emploi élevant seule ses deux enfants. Ils vont s’allier pour mieux se soutenir.

Les yeux qui se détournent face à l’insupportable

Dans sa conférence de presse, le réalisateur de 80 ans raconte comment il a sillonné le pays, commençant dans les Midlands et finissant à Newcastle une ville à forte tradition de lutte ouvrière. "Partout, tous les jours, des centaines de milliers de familles ne peuvent manger sans le recours aux banques alimentaires. C’est insupportable, intolérable. Et pourtant, on détourne les yeux". 

Interrogé sur le Brexit, notamment voté par une classe aliénée, frustrée, abandonnée, étranglée par les banques, Ken Loach déclare que cela ne va pas modifier la situation dramatique décrite dans son film, bien au contraire. "Les choses vont empirer. Il y aura moins d’argent pour le gouvernement, ce qui se répercuter sur les défavorisés, moins d’emplois, les salaires diminueront". 

Ken Loach est également invité à donner son sentiment sur les terribles attentats qui secouent les pays:  "Les gens sont au bout du rouleau et l’expression de leur colère prend des formes horribles, choquantes. Mais ce n’est malheureusement pas surprenant".

A cet égard, on citera quelques phrases de son discours quand il a reçu la Palme d’or. "Ce monde dans lequel nous vivons se trouve dans une situation dangereuse. Nous sommes à l‘orée d’un projet d’austérité conduit par des idées néolibérales qui risquent de nous mener à la catastrophe". Un autre monde est possible et même nécessaire, ajoutait Ken Loach en mettant en garde contre le retour de l'extrême-droite.

10:04 Publié dans La griffe du léopard | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | | Pin it! |