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26/08/2015

Grand écran: "Dheepan", de l'horreur de la guerre civile à la jungle urbaine

2048x1536-fit_dheepan-jacques-audiard[2].jpgPalme d'Or au dernier Festival de Cannes pour Dheepan, Jacques Audiard, surfant sur le problème de l'immigration et de l'intégration, raconte l'histoire de trois réfugiés tamouls qui passent de l'horreur de la guerre civile à la violence de la jungle urbaine.
 
Dheepan, c'est aussi le nom du héros, un ancien soldat tamoul. Avec Yalini, une jeune femme et Illayaal une orpheline de 9 ans, ils récupèrent les passeports de morts pour fuir le Sri Lanka. Ils ne se connaissent pas mais se font passer pour une vraie famille, suffisamment convaincante pour leur permettre de gagner l'Europe.
 
Ils se retrouvent dans une cité de la banlieue parisienne, Pendant un temps on suit ces trois réfugiés qui tentent de se construire un foyer, une nouvelle vie, après tracasseries administratives et ballotage d'un foyer d'accueil à l'autre. Tandis que Yalini s'occupe d'un vieux caïd handicapé, qu'Illayal s'est intégrée dans son école, Dheepan a décroché un boulot de gardien.
 
Il pense alors que le pire est derrière lui, Mais le quotidien de la cité est miné par le trafic de drogue, la rivalité brutale entre gangs. Et le malheureux ne va pas tarder à connaître un autre conflit en se heurtant violemment aux dealers dans cette zone de non droit sous haute tension où, laissant les gens s'entretuer, pas un seul flic ne met les pieds.
 
Virage vers le thriller
 
Une situation abusivement présentée comme  l'équivalent de la véritable guerre qu'a fuie le survivant tamoul et qui le pousse, sinon l'autorise à  rendre la justice lui-même. C'est là que le film change de trajectoire en virant vers le thriller conventionnel avec fusillades et réglements de comptes à l'appui.
 
467e511657140cbe80989bcc804803e8bc2c2d15[1].jpgFracturé ainsi entre chronique sociale, voire sociologique et polar noir, Dheepan déçoit. Et cela en dépit d'une mise en scène impeccable et l'interprétation de ses trois principaux protagonistes non professionnels, Jesuthassan Anthonythasan, un ancien émigré tamoul en France, Kalieaswari Srinivasan et Claudine Vinasithamby.
 
Ce n'est en effet pas du grand Audiard. Il lui manque cette puissance, cette ampleur qui avaient tant séduit dans Un prophète. Outre le basculement peu heureux du dernier tiers où Dheepan retrouve sa posture de combattant et ses instincts guerriers, l'épilogue idyllique, fleur bleue et attendu laisse également très songeur. Un euphémisme.

Voici qui nous donne au final une Palme d'Or pour le moins discutable. Presque en forme de lot de consolation. De luxe certes, le lot...

Film à l'affiche dans les salles de Suisse romande dès le mercredi 26 août.
 

 

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25/08/2015

Grand écran: Gaspar Noé rate son coup avec "Love", premier porno en 3D

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Affiche libertine pour cet opus labellisé hot, signé du dérageant Gapar Noé ou en tout cas se voulant tel, il n'en fallait pas davantage pour émoustiller le client accouru en masse lors de sa présentation cannoise de mai dernier. Beaucoup de bousculades pour pas grand-chose, si l'on se réfère aux maigres applaudissements à l'issue de la projection.

Pour résumer brièvement l'affaire, le pauvre Murphy, 25 ans, étudiant en cinéma, au trente-sixième dessous suite à un coup de fil inquiétant, se retrouve seul dans son appartement. Il se souvient alors douloureusement de la folle passion dopée en drogues et excès en tous genres, vécue pendant deux ans avec Electra, femme fatale qui a mystérieusement disparu. Flash-backs...

Entre décomposition du couple, déception sentimentale et désespoir existentiel, nous voici partis pour un mélo porno mélancolique, dégoulinant de sperme et de larmes destiné à faire bander les mecs et pleurer les filles.

Le moins qu'on puisse dire c'est que Gaspar Noé a raté son coup, la principale originalité de Love étant d'être le premier porno en 3D et dont l'utilité, histoire de nous en foutre plein les yeux, ne se manifeste qu'à l'occasion d'une éjaculation face caméra!

Le film ouvre sur une interminable séquence de branlette, prélude à une profusion de scènes de cul non simulées dont on relèvera certes une certaine douceur, la beauté et le côté statuaire. Trop esthétisantes toutefois pour provoquer une quelconque excitation. D'autant que les acteurs de la chose ont l'air de s'ennuyer comme des rats morts.

Et que dire du fond, navrant. Par exemple le discours d'une rare banalité de Gaspar Noé et sa manière d'aligner sans complexes des platitudes comme "la bite n'a pas de cerveau, la vie c'est ce que tu en fais, elle n'est pas facile, en naissant on sait qu'on va mourir, je n'ai pas peur de mourir je ne veux pas souffrir…et autres lieux communs du genre.

Sans oublier surtout Murphy, alias Karl Glusman, le héros de l'histoire. Un Américain plutôt belle gueule mais fruste, père suite à un accident de capote, constamment renfrogné, dont le vocabulaire se résume à "fucking" et "you are a piece of shit". Ce qui serait un moindre mal s'il n'était pas par ailleurs beaufissime, macho et homophobe.

Film à l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 26 août

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24/08/2015

Cincinnati: Djokovic tombe sous les coups de Son Altesse Federissime!

roger-federer-au-septieme-ciel[1].jpgA force de jouer avec le feu, Djokovic en a senti la douloureuse brûlure. Par deux fois, il s’en était insolemment sorti par les poils, ne méritant pas sa victoire contre les malheureux Goffin et Dolgopolov.

Un peu, si j’ose la comparaison, à l’image de Wawrinka, le cul pareillement bordé de nouilles contre Bornic et Karlovic et qui avait fini par s’effondrer devant le vampire serbe. Jusqu’à ce que celui-ci connaisse le même sort face à Sa Grâce, que je n’hésiterais pas à appeler en l’occurrence son Altesse Federissme.

Volant sur le court, le Mozart de la raquette aurait pu d’ailleurs se montrer encore plus impérial, s’il n’avait pas persisté dans sa mauvaise habitude de galvauder un wagon de balles de break. Vous me rétorquerez que malgré son péché mignon, il n’a pas perdu un seul jeu de service au cours du tournoi. Tout ça pour remporter une septième fois la coupe la plus moche de la planète tennis!

Mais bref. Du coup évidemment, les experts qui ont enterré la légende à d’innombrables reprises ne savent plus où ils en sont. En chantant à nouveau follement les louanges du fabuleux kid de Cincinnati, certains écrivent, comme à regret face au phénix s’obstinant à renaître de ses centres, que le Suisse est décidément éternel.

Quant à l’inoxydable, imbattable, invulnérable, inexpugnable numéro un mondial, du moins étiqueté tel, il vient d'encaisser sa deuxième défaite de suite après avoir déjà subi à Montréal la loi de Murray, impitoyablement laminé en demi-finale une semaine plus tard par Rodgeur en forme olympique. A se poser quelques questions sur le génie.

juste en passant, il paraît que le maestro et Dracula étaient redevenus copains après une période glaciaire. La chose pourrait ne pas durer dans la mesure où le premier empêche encore le second d’écrire un bout d’histoire. A Roland Garros en 2011, la légende l’avait privé du record de succès de rang détenu par McEnroe.

Et là, caramba, il ne sera pas le premier joueur à empocher les neuf Masters 1000 de l'année. Des bêtes noires que ces Helvètes, si l'on ajoute le plus cuisant des revers, sa défaite contre Stan, The vrai Man de l'ocre parisien en mai dernier, à cause duquel un Grand Chelem en carrière avait filé sous le nez de l'as de Belgrade. 

images[7].jpgPour en revenir à ses échecs au Québec et dans l'Ohio, ils prouvent certes le faible taux d’hémoglobine actuel du saigneur du tamis. Mais il devrait toutefois, pour le malheur de notre gloire nationale et de la belette écossaise, refaire le plein de raisiné dans une semaine à l’US Open dont il reste le grand favori.

A l’instar, chez les dames, de Son Altesse Sérénissime qui, après s'être inclinée contre Belinda Bencic il y a huit jours, a remis les pendules à l’heure en battant Simona Halep et se prépare à rafler son 22e Majeur, assorti d’un Williams Slam. De quoi renforcer les certitudes des hyper fans selon lesquels à côté de la panthère, Federer c’est plus ou moins de la roupie de sansonnnet…

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20/08/2015

Grand écran: "Amnesia" agite de vieux démons. Avec Marthe Keller

amnesia[1].jpgPrésenté en séance spéciale à Cannes en mai dernier, Amnesia a eu tout récemment les honneurs de la Piazza Grande au Festival de Locarno. C'est sans doute le film le plus personnel du Suisse Barbet Schroeder qui le voit revenir à Ibiza. Non seulement le lieu où sa mère, dont il s'inspire, a vécu, mais qui est aussi celui de ses débuts cinématographiques en 1969 avec More, son long-métrage sur la drogue. 

En bouclant ainsi  la boucle, Barbet Schroeder, tout en évoquant la naissance de la techno à Ibiza futur temple de la chose, se livre à une réflexion sur la barbarie nazie. Il agite de vieux démons en racontant l'histoire de Martha. Cette mystérieuse et intrigante Allemande s'est installée seule sur l'ïle en 1990, dans une belle maison blanche avec vue imprenable sur la mer. Symbole d'une génération qui a connu la guerre, elle a renié sa patrie depuis 1945, ne lui pardonnant pas son crime contre l'humanité.

Elle s’interdit ainsi de parler dans sa langue maternelle, d'utiliser un quelconque objet fabriqué en Allemagne. Ou de jouer du violoncelle qui lui rappelle de trop douloureux souvenirs. Jusqu'au jour où débarque son voisin Jo, un Berlinois exubérant d'une vingtaine d'années (Max Riemelt), dingue de techno et rêvant d’être engagé comme DJ à l’Amnesia, le fameux club électro (véritablement existant) de l’île. Une amitié ambiguë naît alors entre le jeune homme et sa compatriote Martha, son aînée de 40 ans (photo), qu’il finit par entraîner dans son monde. Avec le violoncelle…

Relation complexe sinon transgressive, dénonciation de l’amnésie allemande face à l’impossible oubli, refus d’assumer les atrocités commises forment la trame d’un film qui promettait beaucoup. Pourtant, à l‘exception de paysages sublimes inratables, rien ne va vraiment, du scénario bancal à la mise en scène maladroite.

Sans oublier l’interprétation. Car si l’irrésistible Marthe Keller assure comme toujours, on n’en dira pas autant de ses partenaires qui se contentent d’un jeu approximatif. Il vire même carrément au gênant lors de l’apparition de Bruno Ganz dans le rôle du grand-père de Jo, se lançant dans un long monologue de repenti en pleurant sur son passé criminel.

Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 19 août.
 

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19/08/2015

Grand écran: "Floride" met face à face Sandrine Kiberlain et Jean Rochefort

maxresdefault[1].jpgPhilippe Le Guay avait beaucoup séduit avec Les femmes du 6e étage, une comédie sociale exubérante jouant sur les stéréotypes xénophobes des années 60.

Ce n'est pas franchement le cas avec Floride, où il traite des problèmes de l'âge en mettant en scène Claude, un octogénaire capricieux de plus en plus sujet aux oublis, confusions et autres errements.
 
Mais il refuse catégoriquement de l'admettre. Alors que Carole, en fille fidèle, ne cesse de se démener pour ne jamais le laisser seul, il ne lui en est aucunement reconnaissant. Au contraire, il se montre mesquin, désagréable sinon odieux avec elle, se fâche et un beau jour décide soudain de s'envoler pour la Floride…
 
Des attitudes évidemment provoquées par son état, car en réalité Claude aime beaucoup sa fille. A travers la dégradation des facultés mentales du père, l'auteur tente d'aborder le vieillissement en général, la responsabilité des enfants envers leurs parents, le devoir de s'occuper d'eux, tâche souvent incompatible avec les exigences de leur vie professionnelle, ou source de conflit dans leur couple, voire les deux.
 
Vaste sujet effleuré sur un ton qui se veut léger dans cette comédie dramatique pourtant pesante, dépourvue des émotions que l'auteur voudrait provoquer et se déroulant dans le cadre bourgeois d'une belle maison de campagne,  
 
Côté comédiens ce n'est pas non plus la grande forme. Tandis que Sandrine Kiberlain frise plus ou moins la déprime, Jean Rochefort en fait des tonnes dans un désir assez pathétique d'être drôle. Mais il est tellement dans l'outrance qu'il agace hélas plus qu'il amuse.
 
Film à l'affiche  dans les salles de Suisse romande dès mercredi 19 juillet.

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Grand écran: "Southpaw", avec Jake Gyllenhaal convaincant en champion de boxe KO

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De Raging Bull à Million Dollar Baby en passant par Rocky, Ali ou autres Tyson, on ne compte plus les films sur la boxe. Spécialement dans le cinéma américain qui nous en propose un de plus avec Southpaw (en français La rage au ventre) d'Antoine Fuqua.
 
Le scénario ne brille pas par sa folle inventivité. Le champion du monde Billy Hope a tout ce qu'il peut souhaiter, belle gueule, amour, gloire et argent. Mais son parfait univers s'écroule le jour où sa superbe femme est tuée. Du jour au lendemain il sombre, perd sa fortune, sa luxueuse villa et pire que tout la garde de sa fille adorée.
 
Alors qu'il est au bord du gouffre, un ancien boxeur lui tend l'inévitable main secourable, le pousse à reprendre l'entraînement et à se battre comme un diable pour regagner ce qui lui a été enlevé. Et voici donc Billy Hope sur le chemin de la rédemption sur fond de bons sentiments servis à la louche. 
 
Bref du vu et revu, même pas corrigé et souffrant de la comparaison avec de grands classiques du genre.  Toutefois la mise en scène se révèle plutôt efficace et on retiendra surtout la bonne performance du très charismatique Jake Gyllenhaal, qui porte le film sur ses robustes épaules. Limite squelettique dans Nightcrawler, Il a pris un paquet de muscles pour mieux convaincre. C'est réussi et pas seulement à cause des barres de chocolat...
 
Film à l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 19 août.  

 

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18/08/2015

Grand écran: "Une famille à louer" avec Benoît Poelvoorde et Virginie Efira

famille-louer-2[1].jpgAprès Marie Heurtin, drame historique situé à la fin du 19e siècle, évoquant une fille sourde et aveugle de naissance dont une religieuse a décidé de s'occuper, Jean-Pierre Améris change totalement de registre en se lançant dans une comédie avec Une famille à louer.

D'un côté on a Paul-André, un quadra richissime, timide, introverti, réservé, maniaque, limite dépressif, et vivant dans une immense maison vide, grise, triste et froide. Avec son valet de chambre comme unique compagnie. 

De l'autre la jolie Violette, la quarantaine explosive, extravertie, excentrique, habitant un petit pavillon joyeusement bordélique, où règnent chaleur et couleurs et  où s'entassent des objets  de toute sorte. Mais fauchée, cette maman qui se décarcasse pour élever seule ses deux enfants, est menacée d'expulsion. A l'occasion d'une rencontre fortuite, Paul-André cherchant à meubler une solitude qui lui est devenue insupportable, lui propose de louer sa famille contre le rachat de ses dettes. 

Mais ça ne va pas être du gâteau, Violette et ses mômes, surtout sa fille, lui menant la vie dure. Le film est basé sur le principe des contrastes, qu'il s'agisse des lieux et des comportements contraires des deux adultes, tout comme ceux des gamins, dont l'un est sage comme une image et l'autre joue les adolescentes rebelles. L'ensemble étant prétexte aux situations à la fois humoristiques et conflictuelles.

Eclectique dans sa filmographie, Jean-Pierre Améris, tout en surfant sur l'amour et les sentiments, explore ainsi les liens familiaux, eux aussi radicalement différents. Tandis que Paul-André veut oublier une mère odieusement snob, Violette tient à préserver des relations étroites avec ses frères et sœurs. Benoît Poelvoorde et Virginie Efira tiennent le haut de l'affiche dans cette comédie improbable, inégale, aux rebondissements téléphonés. Mais assez drôle, elle se laisse voir.

Film à l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 19 août.

 

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Grand écran: "La belle saison", une émouvante histoire d'amour lesbien dans les seventies

dafa558e26447adfc1517768a30423f9[1].jpgSigné Catherine Corsini, La belle saison que portent magnifiquement, aux côtés d'une excellente Noémie Lvovsky, Cécile de France et Izïa Higelin, est la bonne surprise française de l'été. Il s'agit d'une histoire d'amour bouleversante, joyeuse, sombre et mélodramatique entre Delphine, une jeune paysanne de 23 ans rêvant d'avoir sa ferme et Carole, une Parisienne de 35 ans alors en couple avec un homme et investie dans le combat féministe des seventies.
 
Opus très réussi aussi bien en ce qui concerne la mise en scène, le traitement du sujet, de l'image et le jeu des comédiennes dont celui de la lumineuse et solaire Cécile de France, alias Carole, récemment rencontrée avec sa réalisatrice à Locarno. Elle a déjà joué les lesbiennes dans cinq autres films et se dit fière de servir la cause gay,"Si cela peut aider les gens à assumer leur différence, tant mieux". Voir  l'interview complet de l'actrice dans ma note du 8 août dernier. 
 
Pour Catherine Corsini, cette plongée dans la France puritaine de Pompidou lui a permis de rendre hommage aux femmes engagées à la tête de la lutte pour l'égalité, la liberté sexuelle et l'émancipation de leurs congénères isolées socialement et qui n'avaient pas droit à un compte en banque.

catherine-corsini[1].jpg"Ces combattantes étaient souvent dénigrées, insultées, traitées de mal baisées ou autres grossièretés du genre. Nombre d'entre elles étant homosexuelles, elles ont pu se faire entendre et contribuer ainsi à l'avancée des problématiques à la fois politiques et intimes. Reste que ces  thèmes sont toujours d'actualité. Ce n'est en effet pas gagné par exemple sur le plan salarial. Et il n'existe pas de vraie parité sans loi".

Comment vous êtes-vous documentée?

J'ai fait beaucoup d'interviews et j'ai surtout visionné  l'œuvre de la vidéaste suisse Carole Roussopoulos. Une pionnière, qu''il s'agisse de filmer les luttes féministes ou le premier défilé homosexuel en marge du 1er Mai 1970. Elle était par ailleurs très amie avec Delphine Seyrig, avec qui elle a réalisé quelques métrages militants d'anthologie. C'est en hommage à ces deux femmes exceptionnelles que mes deux héroïnes s'appellent Carole et Delphine.
 
Et qu'est-ce qui a présidé au leur choix?

J'ai écrit le rôle pour Cécile de France, alors qu'elle était réticente à l'idée de jouer encore une homosexuelle. J'étais très triste mais j'ai insisté, je lui ai donné le scénario et elle a fini par accepter. J'étais ravie car je voulais qu'on croie à l'incarnation d'une militante, à un âge où quelque chose s'opère. De plus, elle est très complémentaire avec Izïa Higelin, sa force, son côté courageux, son physique pas complètement glamour.
 
A-t-elle été elle aussi difficile à convaincre ?
 
Au contraire. Elle a tout de suite répondu oui, mais le tournage a été compliqué dans la mesure où elle n'avait pas mesuré l'enjeu, les contraintes d'un tournage. Et il y avait les scènes de nu qui la gênaient. Elle m'a d'ailleurs accusée d'en avoir rajouté, ce qui  est faux..

Il y a aussi Noémie Lvovsky, qui interprète formidablement la mère de Delphine. Elle ne sait même pas que l'homosexualité existe ou du moins ne veut pas le savoir.
 
C'était le cas à l'époque. Quant à Noémie, elle me reprochait de ne jamais lui offrir de rôle. Quand je lui ai proposé celui-ci, elle m'a traitée de folle en me disant: "Non mais tu m'as vue sur un tracteur!" Elle s'est évidemment vite mise au jeu et a même apporté de nuances au peronnage.
 
Puisqu'on en parle, pourquoi situer l'intrigue à la campagne ?
 
On en traite rarement et c'set une manière de rendre hommage au monde paysan, à la terre.

Film à l'affiche ns les salles de Suisse romande dès mercredi 19 août.

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15/08/2015

Festival de Locarno: le Léopard d'or au Sud-Coréen Hong Sangsoo pour "Right Now, Wrong Then"

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L’Asie triomphe en cette 68e édition locarnaise. Alors que Tikkun faisait figure de favori, du moins à mon avis et celui d’une grande partie de la critique, c’est Right Now, Wrong Then de Hong Sangsoo, le seul que je n’aie pas mentionné dans mes pronostics, qui repart évidemment avec le Léopard d’or!

Une petite déception, mais un choix qui certes se justifie, voire bien davantage pour les fans du cinéaste sud-coréen, estimant qu’il est le seul à avoir produit un enchantement total.

Toutefois, en dépit d’une forme originale, le film étant dédoublé pour raconter deux versions de la même histoire à quelques détails près, le fond, se limitant peu ou prou aux galipettes amoureuses d’un réalisateur et d’une jeune peintre, ne contribue pas véritablement à mon éblouissement personnel.

3463187_7_c4ce_une-image-de-sunhi-de-hong-sang-soo_2ef554b6f376589e458d95f0e2b1e85c[1].jpgLes meilleurs interprètes

Reste que le vainqueur Sangsoo déjà récompensé d’un léopard d’argent en 2013, fait même coup double, puisque son principal protagoniste Jung Jae-You (photo) est sacré meilleur acteur. Du coup question comédiens, je peux aussi remballer mes prévisions, aucun de mes préférés des deux sexes n’ayant réussi à séduire le jury.

Le Prix d’interprétation féminine est allé aux quatre filles de Happy Hour,  Tanaka Sachie, Kikuchi Hazuki, Mihara Maiko, Kawamura Rira, pour leur prestation dans le conte fleuve (5h17) du Japonais Ryusuke Hamaguchi.

get.do__0[1].jpgSuffisant pour donner une allure très asiatique à ce palmarès, le Nippon, l’un de mes papables, obtenant par ailleurs une mention spéciale pour son scénario.

TIkkun doit se contenter du Prix du jury

Pas de précieux métal donc pour Tikkun, dont j’ai déjà eu l’occasion de vous parler dans mes deux notes précédentes. L’Israélien Avishai Sivan se console avec le Prix du jury, deuxième récompense la plus importante, ainsi qu’une mention spéciale pour la photographie de Shai Goldman.

Enfin Cosmos d’Andrzej Zulawski, autre habitué des lieux, décroche le Prix de la réalisation. Assez logique, même si certains s'en étonnent, jugeant injustement à mon sens sa mise en scène à la limite du clownesque. 

Quelques bons films sur la Piazza grande

Si la compétition de ce cru 2015 s’est révélée plus convaincante que par le passé, il en allait de même pour les films proposés sur la Piazza Grande. Outre des classiques, E la nave va de Federico Fellini, Pat Garrett & Billy The Kid de Sam Peckinpah  (présentés en préfestival) et The Deer Hunter de Michael Cimino, on retiendra quelques nouveautés, dont en tête l’excellent La belle saison de la Française Catherine Corsini.

fritz-bauer-burkhart-klaussner[1].jpgMais on s’est aussi diverti avec Ricki And the Flash de Jonathan Demme, Southpaw d’Anton Fukua,  Guibord s’en va-t-en guerre du Québécois Philippe Faladeau, Der Staat gegen Fritz Bauer (photo) de l’Allemand Lars Kraume, qui a obtenu le Prix du public. Sans oublier La vanité du Vaudois Lionel Baier où un vieil architecte las de la vie s’adresse à une association d’aide au suicide. Avec Patrick et Carmen Maura.

En revanche on a touché le fond avec deux comédies américaines Trainwreck de Judd Apatow sur un scénario d’Amy Schumer, l’étoile montante du rire outre-Atlantique et surtout en compagnie  de Me And Earl And The Dying Girl d’Alfonso Gomez-Rejon, une calamité tire-larmes où rien ne nous a été épargné.

Reprise de la rétrospective Peckinpah

Et bien sûr les amoureux du cinéma de Peckinpah, rebelle et hors-la-loi hollywoodien, représentant phare d’un Far-West en train de disparaître, se sont régalés de l’intégrale du réalisateur présentée en collaboration avec la Cinémathèque suisse.

On aura l’occasion d’en reparler, ainsi que de l’ouvrage qui lui a été consacré, sobrement intitulé Sam Peckinpah. De nombreuses institutions suisses, européennes, ou américaines reprendront en effet tout ou partie de cette rétrospective dont Les Cinémas du Grutli à Genève, du 19 août au 1er septembre.

En ce qui concerne la fréquentation, elle semble relativement constante. En l’absence de chiffres précis pour l’instant, les organisateurs notent une légère hausse du public le soir sous les étoiles et une petite baisse dans les salles durant la journée principalement due au beau temps. Trop beau pour aller s’enfermer dans l’obscurité…. 

 

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14/08/2015

Festival de Locarno: à qui le Léopard d'or? Le mot de la fin au jury

get[1].jpgLe grand jour arrive pour les dix-huit chasseurs du fauve. Au sein d’une compétition plus relevée que d’ordinaire, mes favoris demeurent ceux  mentionnés nnés dans ma précédente note. Avec toujours en tête  de la course Tikkun de l’Israélien Avishai Sivan évoquant les souffrances d’un brillant étudiant ultra-orthodoxe d’une yeshiva (école religieuse), tourmenté par les démons de la chair.

Viennent ensuite James White de l’Américain Josh Mond, explorant une forte relation entre une mère atteinte du cancer et de son fils perturbé, qui renonce à s’étourdir dans une entreprise d’autodestruction pour s’occuper d’elle. Sans oublier Cosmos du revenant Andrzej Zulawski, qui nous emmène dans son univers foldingue peuplé de gens brindezingues.

On ajoutera les deux derniers films vus en compétition. A commencer par Suite Armoricaine de la Française Pascale Breton, qui a séduit avec son film dense, construit autour du temps. Et de son héroïne dont le monde n’existe plus et qu’elle doit apprendre à réhabiter. La réalisatrice française livre ainsi une sorte de mini-comédie humaine avec beaucoup de personnages. En s’engageant sur les différents territoires de la mémoire, de l’inconscient, de la transmission.  

get.do__0[1].jpgHappy Hour du Japonais Riyusuke Hamaguchi faisait office de petit événement avec ses 5h17. Il n'a toutefois pas la force et la puissance de What is Before du Philippin Lav Diaz (5h38) lauréat du Léopard d'or l'an dernier. Mais il pourrait éventuellement figurer au palmarès

Ce conte fleuve qui aurait aussi pu s’appeler Paroles de femmes, raconte la trajectoire de quatre amies dans leur fin de trentaine, la génération du réalisateur, déçues de leur vie professionnelle, familiale, maritale, sentimentale.

L’ensemble se déroule sur fond de malaise et de mal-être de la société nippone en général. On s'y est beaucoup moins ennuyé que dans des métrages infiniment plus courts, mais l'auteur aurait quand même pu conclure nettement plus vite...

D’autres opus ont les faveurs de la critique, comme Schneider vs. Bax du Hollandais Alex van Wanmerdam comédie macabre mettant en scène un tueur à gages éprouvant les pires difficultés à abattre sa cible, Bella e perduta, avec un homme et un animal entreprenant un long et vain périple dans.. un beau pays perdu.

get[1].jpgOu encore Ma dar Behesht (Paradise), de l’Iranien Sina Ataeian Dena, premier chapitre d’une trilogie sur la violence et sa reproduction par les victimes. Un film donnant le rôle principal à la superbe Dorna Dibaj (photo) qui débute au cinéma, mais son auteur, s’intéressant plus particulièrement à l’humain, réfute toute volonté de se pencher sur la condition féminine.

Côté interprétation, Je plébiscite Aharon Traitel dans Tikkun ou Christopher Abbott dans James White.  Et chez les femmes Cynthia Nixon, également dans James White et Dorna Dibaj dans Ma dar Behesht. Voire Valérie Dréville dans Suite Armoricaine

Mais évidemment, ces vœux ne sont que pieux. Comme on dit dans ces cas-là et au risque de me répéter, le journaliste propose, le jury dispose. J’espère qu’il ne jettera pas son dévolu sur l’affreux et très limite Bart Dejan du Serbe Bakur Bakuradze. Mais à Locarno tout est hélas possible. Verdict demain.

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