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31/03/2015

Grand écran: "Un homme idéal", la descente aux enfers d'un imposteur

un-homme-ideal-pierre-niney[1].jpgCésarisé pour avoir enfilé le costume du célèbre couturier dans Yves Saint Laurent, le biopic de Jalil Lespert, Pierre Niney se retrouve dans Un homme idéal, le deuxième long-métrage de Yann Gozlan.

Mathieu Vasseur, 25 ans, déménageur dans la société de son oncle, rêve de devenir un grand écrivain. Mais l’absence de talent de cet homme insignifiant lui vaut logiquement le rejet de tous ses manuscrits.

Et puis un jour, alors qu’il vide l’appartement d’un mort, un ancien d’Algérie, il tombe sur son journal de soldat, un beau texte écrit dans un style magnifique. En mal de célébrité, Mathieu voit immédiatement le profit qu’il peut en tirer. Il s’en empare et signe "son" œuvre sous le nom de "Sable noir". Un titre qu'il n'a même pas réussi à inventer, les mots se trouvant dans les notes du défunt.

Comme prévu les média s’enflamment, c’est la gloire. Dans la foulée Mathieu tombe amoureux d’une jeune fille de la bonne société. Il plaît à ses parents, qui l’invitent dans leur belle propriété. Tout semble lui sourire. Mais son coupable secret devient de plus en plus difficile à préserver. Pressé par son éditeur d’écrire un autre roman pour justifier les confortables avances reçues, menacé par un maître-chanteur, Mathieu aux abois s’engage dans la redoutable spirale du mensonge. C’est la descente aux enfers.

Le thème de l’imposture, de l’usurpation d’identité, a inspiré de nombreux réalisateurs. Mais n’est pas qui veut René Clément (Plein Soleil, référence certes assumée par Gozlan et alors?), ou plus récemment Big Eyes de Tim Burton. Un homme idéal démarre bien, mais trop d’invraisemblances lui font assez rapidement quitter la route.

Dire que certains critiques n’ont pas hésité à évoquer Lost Highway de David Lynch, juste parce qu’une voiture roule à fond la caisse la nuit en ouverture du film… A oublier. Plus ce thriller à prétention psychologique avance, plus les incohérences se multiplient en raison de la faiblesse d’un scénario troué comme un Emmental. Jusqu’à une mise en scène fumeuse de la mort du plagiaire, à laquelle on ne croit pas une seconde.

Dommage de gâcher un bon sujet, certes recuit mais toujours fascinant, pour autant qu’on parvienne à le renouveler au lieu d’en livrer une pâle… copie. Reste la bonne interprétation de Pierre Niney qui, contrairement à son personnage, a déjà trouvé la reconnaissance de ses pairs et du public.

Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 1er avril.

 

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Grand écran: "Le journal d'une femme de chambre" revisité par Benoît Jacquot. Avec Léa Seydoux.

Benoit-Jacquot-Journal-dune-femme-de-chambre[1].jpgNous sommes à la charnière des 19e et 20e siècles. Quittant Paris contre son gré pour la province, la jolie Célestine est engagée comme femme de chambre chez des bourgeois normands, les Lanlaire. Où elle doit repousser les avances graveleuses de Monsieur et supporter le caractère exécrable de Madame.

Elle y rencontre aussi Joseph, mutique et mystérieux jardinier-palefrenier qui exerce sur elle une véritable fascination. Elle finira par suivre à Cherbourg cet individu antisémite sadique, qui a fait sa pelote en volant l’argenterie des Lanlaire.

Après Jean Renoir (1946) et Luis Bunuel (1964), il n’est pas étonnant que Benoît Jacquot, poursuivant son exploration des rapports de soumission, se soit lui aussi inspiré du roman subversif d’Octave Mirbeau, pour brosser le portrait d’une soubrette intelligente et insolente, dénonçant la condition de domestiques traités comme des esclaves.

A travers le regard de cette rebelle d’une rare lucidité déterminée à échapper à sa classe, l’auteur décrit un climat social détestable, propice à la vilenie et à la corruption, inévitable pousse au crime et à la haine, où règne la loi du plus fort et qui trouve un écho à celui d’aujourd’hui.

Le-Journal-d-une-femme-de-chambre-Lea-creature-erotique_article_landscape_pm_v8[1].jpgSuite à Paulette Goddard et Jeanne Moreau, c’est une Léa Seydoux à la fois peuple, élégante et subtilement érotisée, qui se glisse dans la peau de la chambrière frondeuse, donnant la réplique à Vincent Lindon.

Contrairement à ses deux illustres prédécesseurs qui ont pris quelques libertés avec le texte de l’anar dreyfusard qu’était Mirbeau, Benoît Jacquot en reste plus près.

Dans l’ensemble il se montre plutôt convainquant avec son adaptation moderne d’un roman en phase avec notre époque, la justesse des rapports entre maîtres et domestiques, dont les femmes, de surcroît exploitées sexuellement. 

On lui reprochera toutefois une qualité de narration fluctuante, avec des flash-back un peu bâclés permettant par exemple à Célestine d’évoquer les riches maisons où elle a servi. Par ailleurs, plutôt fâcheux, la forme du journal donnant de l’importance au récit à la première personne, par la voix off de Léa Seydoux, on ne comprend pratiquement rien à ses apartés.

On regrettera aussi un final abrupt frustrant, dans la mesure où le réalisateur élude la révolte de courte durée de Célestine, qui finit en dominante et mène à son tour sans scrupule ses serviteurs à la baguette.

 Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 1er avril.

 

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29/03/2015

Masters de Miami: cerise pourrie sur le gâteau pour les 30 ans de Wawrinka!

nic6402896[1].jpgLe remake d’un bon film, c’est toujours raté. Mais que dire de celui d’un mauvais match! Franchement j'espérais avoir tort  en vous racontant que Wawrinka allait nous rejouer la vilaine farce d’Indian Wells à Miami! Même si je vous disais, histoire de conjurer le mauvais sort, que sa chute prématurée en Floride m’apparaissait grosse comme une maison.

Hélas, ce fut le cas en dépit des bons vœux de Lüthi et Chiudinelli pour ses trente ans fêtés samedi. En tout cas une chose est sûre, le malheureux Vaudois n’a pas digéré le gâteau. Plutôt pourrie, la cerise en l’occurrence!

Certes, il n’est pas tombé d’entrée, encore que le scénario ne fut pas loin de se reproduire, face cette fois à un nobody argentin, Carlos Berlocq, pointant à la 68e place mondiale. Mais, ce qui ne change dans le fond pas grand-chose, il a été sorti à son second tour contre le Français Adrian Mannarino, classé au-delà du trentième rang. En deux petits sets de surcroît. 

J’imagine que ce brave Stan va nous répéter qu’il donne le maximum pour être au top. Et de nouveau se pencher sur son glorieux début de saison pour excuser ses récents errements coupables sur le court. Qui ne vont en plus pas améliorer son classement. C’est vraiment à se demander par quel miracle il a réussi à battre des cadors comme Nadal, Djokovic et Federer la saison dernière. Sans oublier les Tricolores en  Coupe Davis! 

Il a été tellement pitoyable sur ses deux Masters américains qu’à mon avis Magnus Norman, que j’ai même vu bailler lors de la rencontre précédente de son poulain, doit sérieusement se tâter pour savoir si ça vaut la peine de continuer à se défoncer, pour entrainer ce Vaudois persistant dans sa stratégie d’échec.

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24/03/2015

Masters de Miami: la menace d'un remake d'Indian Wells pour Wawrinka...

Warwinka%20S%2052746[1].jpgIronstan affiche un poil de rouille, ce qui n’empêche pas ses fans d’avoir l’espoir chevillé au corps, manifestant un optimisme forcené quant à l'opportunité de leur idole d’affronter Murray en quarts de finale à Miami…

A commencer par l’intéressé. L’an dernier il se déclarait très déçu de lui-même suite à son élimination en huitièmes de finale au Masters d’Indian Wells, pestant en invoquant à la fois la fatigue mentale et la nervosité.

C'était tout le contraire il y a une dizaine de jours après sa défaite au… premier tour dans le désert californien.

Wawrinka assurait en effet donner le maximum pour être au top à chaque tournoi. «Et c’est ce qui se passe», ajoutait-il en balayant son vilain match du jour. Avouez que notre brave Vaudois a quand même une drôle d’idée du pinacle. Pour lui le sommet s’apparente apparemment davantage à une montagne à vaches qu’à un 8000 mètres!

Bref, Stan The Man nage en pleine confiance. Hélas, contrairement à lui, je suis particulièrement inquiète en ce qui concerne sa prochaine entrée en lice en Floride. Pour ne pas dire qu’une nouvelle chute prématurée m’apparaît grosse comme une maison, dans la mesure où il n'aura pas un modeste Néerlandais de l'autre côté du filet, mais risque de se retrouver face à l’un des deux redoutables «Special K» australiens. En l’occurrence le teen-ager Thanasi Kokkinakis, au bénéfice d’une wild card et qui a passé trois tours en Californie.

De surcroît, Federer et Bacsinszky ne seront malheureusement pas là pour nous pimenter le tournoi à la sauce helvétique. La jeune Bencic devrait avoir bien du mal à se débarrasser d’Hantuchova et on connaît la fâcheuse tendances de Vögele, qualifiée pour le tableau principal, à solder ses premiers tours. Puisse le ciel de Miami me donner tort! 

 

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Grand écran: Will Smith tente de faire "Diversion". Essai non transformé!

DIVERSION-le-film-FOCUS-movie-4-Will-Smith-Margot-Robbie-2015-Go-with-the-Blog[1].jpgAprès le flop du film de SF After Earth, Will Smith tente un retour gagnant grâce à Diversion. Le moins qu’on puisse remarquer, c’est que l’essai n’est pas franchement transformé…

L’opus, qui compte comme principal titre de gloire d’avoir détrôné 50 Shades Of Grey lors de son premier week-end d’exploitation outre-Atlantique, est signé de l’inséparable tandem Glenn Ficarra et John Requa.

Pour l’occasion, l’ex roi de Hollywood se glisse dans la peau de Nicky, prince de l’arnaque. Entouré des meilleurs dans le domaine, logique c’est lui qui les forme, le maestro craque pour l’une de ses recrues, aussi sexy que douée (Margot Robbie, qui donnait la réplique à Leonardo DiCaprio dans Le Loup de Wall Street). Mais il doit s’en séparer à son corps défendant pour rester au top. Eh oui, la blonde bimbo faite au moule le déconcentre un brin. Amour quand tu nous tiens…

Trois ans s’écoulent et les amants (photo) se retrouvent par le plus grand des hasards au GP de Buenos Aires. La débutante donnant plus que jamais dans la femme fatale faussement hitchcockienne, a drôlement pris de la bouteille. Redoutable, elle risque de flanquer en l'air le super plan de Nicky. Toujours aussi fou de la belle, évidemment. 

Moins convaincant et plus surjoué que ce couple de couverture pour magazine people bas de gamme, c’est difficile. Mais son côté toc et clinquant correspond au scénario recuit et à grosses ficelles d’une comédie romantique paresseuse, laborieusement mâtinée d'action et de thriller. 

Se voulant, sans y parvenir, sophistiquée, bourrée d’humour et de suspense, Diversion, loin de le faire en l’occurrence, tente en plus vainement de désarçonner le spectateur à coups fumants d’escroqueries et de manipulations prétendument géniales, mais hautement improbables.

25D7BA4900000578-2960972-Natural_Miss_James_said_she_did_have_to_squeeze_to_within_an_inc-m-16_1424396527657[1].jpgCendrillon façon Branagh

A oublier aussi paraît-il, une énième adaptation de Cendrillon, conte revisité cette fois par Kenneth Branagh qui fait de l'héroïne une princesse en chair et en os. A noter toutefois que cette resucée kitsch avec Cate Blanchett dans le rôle de la méchante belle-mère de l'orpheline au cœur tendre (Lily James révélée par la série Downton Abbey), a enchanté le public américain lors de sa sortie.

Cela n'a pas empêché cette version où le réalisateur  s'autorise quelques libertés par rapport au récit de Charles Perrault, de se voir très rapidement supplantée au box-office par le deuxième chapitre de Divergente: l’insurrection, depuis la semaine dernière sur nos écrans.

Diversion et  Cendrillon à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 25 mars.

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17/03/2015

Grand écran: "Le Président", un plaidoyer pour la paix et la réconciliation

the-president-makhmalbaf-640x330[1].jpgUn dictateur vieillissant mène son pays à la baguette, vivant avec son indécente famille dans un luxe vulgaire et clinquant, tandis que son peuple croupit dans la misère. Mais lors d’un violent coup d’Etat, il devient l’homme le plus recherché du pays. Fuyant avec son petit-fils de cinq ans, il cherche à rejoindre la mer où doit les attendre un navire.

Leur cavale débute en voiture, puis ils volent une mobylette et terminent leur échappée à pied. Déguisés en musiciens des rues, ils sont forcés de se confronter à la souffrance et à la haine que le président honni a provoquées.Leur cavale débute en voiture, puis ils volent une mobylette et terminent leur échappée à pied. Déguisés en musiciens des rues, ils sont forcés de se confronter à la souffrance et à la haine que le président honni a provoquées.

Exilé depuis longtemps à Londres, le réalisateur iranien Mohsen Makhmalbaf, réinterprète à sa façon, dans  ce conte en forme de comédie dramatique, les révolutions du printemps arabe. Ainsi que les problèmes du passage à la démocratie pour les pays dans lesquels  elles ont éclaté ces dernières années. Tout n’est pas réussi dans cet opus un peu longuet et parfois simpliste dans la manière de raconter la détresse d’une population sous le joug d’un tyran, mais il a le mérite de militer pour la paix et la réconciliation. 

Iranian-filmmaker-Mohsen--001[1].jpg"Le conte est un moyen d’appliquer le film à la réalité. Lorsque c’est abstrait, on peut mieux s’identifier", nous confie le réalisateur (photo) lors d’une récente rencontre à Genève dans le cadre du Festival des droits humains. "J’ai écrit le scénario il y a huit ans,  par rapport au gouvernement d’Afghanistan. Puis je l’ai modifié pour que cela reflète les révolutions".

De nombreux pays ayant refusé qu’il tourne chez eux, c’est en Géorgie, pays fictionnel dans le long-métrage, qu’il est allé planter sa caméra. « il y a une belle énergie du cinéma en Géorgie et on trouve beaucoup de jeunes réalisatrices qui ont fait de très bons films »

-Le Président, condensé de plusieurs représentants  du genre, le shah, Hussein, Khadafi,  démarre comme une farce caricaturale avec ce dirigeant qui veut montrer l’étendue de son pouvoir en faisant allumer et éteindre les lumières de la ville. Pourquoi  ce parti pris ?
 
-Il ne fallait pas que cela débute de façon tragique. Si on rit d’abord, on pleure plus facilement après. Je montre le côté joyeux et ensuite ce n’est que de la tristesse. Au commencement il y a plein de couleurs, du monde, et plus on avance, plus les choses deviennent ternes. Vers la fin, il n’y a plus personne et c’est tout gris. C’est un voyage de beaucoup de choses vers d’autres  choses.

imagesSQ28PZDH.jpg-Le dictateur est voué à une déchéance progressive et à une obligation de rencontrer son peuple. Agissez-vous en moraliste?

-Oui. Je souhaite qu’on puisse envoyer ce film à tous les pays pour que cela réveille les consciences. La plus importante des pertes c’est la moralité. On ne peut pas dire que les présidents soient illettrés ou incapables. Ce qui leur manque c’est la moralité. Et ce qui manque au peuple, c’est la culture.

-Le message que vous délivrez est clair. La violence engendre la violence. Une escalade infinie. Mais peut-il en être autrement ?

-Qu’est-ce qui déclenche cette violence? C’est  de ne pas pardonner. Après la chute d’un régime, les gens se vengent et ceux qui ont été portés au pouvoir s’y accrochent par tous les moyens, quitte  tuer à leur tour.  Et c’est l’engrenage infernal. Il faut apprendre au peuple à pardonner. C’est possibl. Gandhi et Mandela sont arrivés à changer deux pays.

-Vous nous laissez voir les choses à hauteur d’enfant. Est-ce pour augmenter la portée du film ?

-L’une des raisons est que l’enfant joue plusieurs rôles. Par ailleurs, lorsqu’on met un être innocent face à un personnage cruel, la férocité n’en devient que plus visible et cela renforce la dimension humaine. C'est c que je souhaite.

Film à l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 18 mars.
 

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Grand écran: Quartz du documentaire, "Electroboy" raconte l'histoire d'un touche-à-tout génial

bild_span12[1].jpgUn homme dans la quarantaine est assis sur une chaise dans une pièce nue aux murs défraîchis. L'air emprunté, malhabile, il raconte sa vie face caméra. Sur un ton détaché, presque indifférent. Comme si son histoire n'avait aucun intérêt. Ou qu'il s'agissait de celle d'un autre.
 
Rien de tel pourtant. Cet homme c'est Florian Burkhardt. Un nom qui ne dira sans doute rien à beaucoup, mais dont le réalisateur suisse Marcel Gisler a choisi de retracer, dans un documentaire mêlé de fiction, le parcours extraordinaire. Celui d’un être fascinant, intriguant, un touche-à tout génial, qui s'est senti différent dès son enfance.
 
Une jolie gueule à la James Dean
 
On découvre en effet un jeune gay sulfureux d'une beauté à la James Dean, décidé à devenir une star. A 20 ans, fuyant une existence étriquée, il s'envole pour Hollywood, suit des cours d'art dramatique. Intime de Kate Winslet et de Leonardo DiCaprio, il tourne dans une série. Il se croit arrivé, mais ses rêves de gloire s'évanouissent. 
 
eboy-gallery[1].jpgFlorian n'en rebondit pas moins. A l'occasion d'un voyage à Milan, sa jolie gueule lui permet de devenir top model pour Gucci et Prada qui se l'arrachent. Dans les années 90, ce promoteur du snowboard en Suisse se passionne également pour le web. Pionnier du net, il travaille pour Migros, Bank Leu, Sunrise. Compositeur de musique électronique, il organise des nuits techno hyper tendances à Zurich, sous le nom d'Electroboy.

Brusquement, la panne

Mais soudain, c’est le coup de frein brutal. Après avoir vécu douze ans à mille à l'heure, Florian Burkhardt craque. Il n'a que 32 ans. En pleine notoriété, cet hyperactif narcissique se retire de la vie publique. Suite à un passage par l'hôpital psychiatrique, il vit aujourd'hui seul avec son chien Hugo à Bochum, en Allemagne, bénéficiant d'une rente d'invalidité pour troubles du comportement et crises d'angoisse. Accro aux médicaments, agoraphobe, il a du mal à sortir de chez lui. 
 
Des névroses dont Marcel Gisler tient à rechercher l'origine en se penchant sur son passé et en interviewant ses proches: Fidji, son improbable agent américain, son père, sa mère, son frère. Dans la deuxième partie, le documentaire vire ainsi au drame psycho-familial, avec résurgence de lourds secrets, un deuil, une jeunesse cloîtrée, son homosexualité, le comportement de parents "incompatibles". A commencer par une mère castratrice et un père psychorigide, pour qui l'orientation de son fils est inconciliable avec sa religion.
 
Avec Electroboy qui vient d’obtenir le Quartz du documentaire suisse, le cinéaste livre, sous forme de confession entre émotion, transparence, respect, drôlerie et impudeur, le portrait passionnant d'un être en souffrance, en manque d'amour et avide de reconnaissance.

Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 18 mars.

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14/03/2015

Prix du cinéma suisse: "Der Kreis" rafle la mise et Godard amuse la galerie

5873705[1].jpgHeureusement qu’il y eut Godard en toute fin de cérémonie pour nous arracher un sourire lors des 18e Quartz du cinéma suisse!

Toujours aussi caustique et drôle, lauréat d’un prix d’honneur pour l’ensemble de son oeuvre mais absent pour raison de santé, le célèbre cinéaste fait le clown dans une vidéo diffusée au BFM, lâchant des formules qu’il affectionne du genre; "il n’y a pas de cinéma suisse, il n’y a que des films suisses".
 
Mais ce qu’il a fallu endurer jusque là au cours d’une soirée de deux heures qui en paraissait carrément le double. Présentée par une animatrice chignonnée années 40, elle était largement dominée par la production alémanique, le Schwytzerdüsch (nouvelle langue officielle à Genève vu l’absence sadique de traduction), par l’amteurisme et, au balcon, par l’odeur tenace des oignons du risotto qui mijotait en attendant la ruée des invités sur le cocktail dinatoire…

2348_230512_the-circle46[1].jpgEt que dire de la qualité des extraits choisis pour les films nominés, loin de rendre justice aux gagnants. Logique grand vainqueur Der Kreis (Le Cercle), docufiction de Stefan Haupt, qui rafle quatre Quartz. Meilleur film, meilleur scénario, tandis que Sven Schelker (photo à gauche) est sacré meilleur acteur et Peter Jecklin meilleur second rôle. 

Déjà auréolé d’un Teddy Award et du prix du public au festival de Berlin 2014, le film se déroule dans le Zurich des années 50. Tout en nous laissant pénétrer dans l’une des premières communautés de libération des homosexuels, il est centré sur le couple formé dans la vraie vie par Röbi Rapp, garçon extraverti coiffeur le jour, artiste travesti la nuit, et Ernst Ostertag, issu d’une famille psychorigide, enseignant dans une école de filles et redoutant de s’assumer.

De milieux différents, ils tombent fous amoureux lors de leur rencontre au sein de la revue gay trilingue "Der Kreis-¬Le Cercle- The Circle., alors unique au monde. Rendant compte d’une dure bataille pour les droits humains, l’opus est émaillé de passionnants documents d’époque et des témoignages des deux principaux protagonistes qui furent, dans les années 90, le premier couple homo suisse officiellement marié.

image_manager__gallery-thumb_pressefoto_09_electroboy[1].jpgDeux médailles pour Electroboy

Côté documentaire, Marcel Gisler s’empare tout aussi naturellement de la médaille avec Electroboy, qui rapporte également le Quartz du meilleur montage à Thomas Bachmann.

Le film retrace le parcours hors du commun d’un être intriguant et fascinant, le Suisse Florian Burkhardt. Touche-à-tout génial, ce gay sulfureux d’une beauté à la James Dean, fréquente les stars hollywoodiennes et devient top model pour Gucci et Prada.

Promoteur du snowboard en Suisse dans les années 90, pionnier du net, compositeur de musique électronique, il organise des nuits tehcno hyper tendance à Zurich. Et soudain c’est la panne. Après avoir vécu douze ans à 1000 à l’heure, Florian Burkhardt craque et se retire de la vie publique en pleine notoriété, à 32 ans.(Sortie le 18 mars) .

En ce qui concerne les autres récompenses, Driften vaut à Sabine Timoteo le prix de la meilleure actrice. Discipline de Christophe M. Saber remporte le Quartz du court métrage Timber celui de l’animation. Mathieu Urfer, Marcin de Morsier, John Woolloff et Ariel Garcia enlèvent celui de la musique pour Pause et  Lorenz Merz celui de la photographie dans Chrieg.

Films primés à l'affiche samedi (dès 14 heures) et dimanche au Grütli.

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11/03/2015

Grand écran: "Selma", la longue marche historique de Martin Luther king

images[6].jpg

"La marche n’est pas terminée", lançait Barack Obama samedi dernier dans son discours à Selma, Alabama, où il s’était rendu avec sa femme et ses deux filles, pour  commémorer le 50e anniversaire des grandes marches qui ont contribué à l’adoption, par le Congrès, de la loi garantissant le droit de vote aux minorités.

Le premier président noir des États-Unis a rappelé que plusieurs efforts restaient à faire pour atteindre l’égalité, mais que les choses s’amélioraient.

C’était loin d’être le cas en 1965. Alors que le 15e amendement permet en théorie à tous les Noirs américains de voter depuis 1870, près de 100 ans après certains états du Sud, dont l’Alabama et son gouverneur George Wallace, refusent toujours d’appliquer la loi. Du gâteau pour les petits fonctionnaires locaux, qui en profitent pour humilier ou menacer les citoyens noirs.

Ainsi à Selma, seuls 2% d’entre eux sont inscrits sur les listes électorales. Martin Luther King, auréolé du Nobel de la paix reçu en 1964 à Oslo (c’est par ces images que débute le film), a l’intention de faire plier Lyndon B. Johnson, hôte de la Maison Blanche depuis l’assassinat du président Kennedy, en le contraignant à signer le Voting Rights Act.

Terrible répression policière

Le dimanche 7 mars 1965, en compagnie de collègues pasteurs non-violents, il organise une longue marche entre Selma et Montgomery, la capitale de l’Etat. Les choses tournent au chaos et donnent lieu à une répression policière meurtrière sans précédent sur l’Edmund Pettus Bridge, qui traverse la rivière Alabama.
 
Les images de ce qui fut appelé le "Bloody Sunday" choquent l’Amérique. Pour apaiser les tensions, Johnson intervient auprès du Dr King qui, dans le doute, accepte de faire stopper une deuxième marche au pied du pont au risque de mécontenter ses adeptes. Mais le 25 mars, il ouvre un cortège de quelque 4000 personnes. Ils sont 25.000 à l’arrivée. Le 6 août, le président paraphe le Voting Rights Act. 

Le grand intérêt de Selma de la cinéaste afro-américaine Ava DuVernay, c’est de ne pas se lancer dans le biopic traditionnel et hyper classique. Renonçant à se  pencher sur toute la vie de Martin Luther King, elle a choisi de se concentrer sur cette période-clé de son existence. 

Dans cette optique, tout en évitant l’hagiographie, elle laisse dans l’ombre des aspects de la personnalité du leader charismatique, ne faisant qu’effleurer des sujets tabous comme par exemple ses nombreuses et scabreuses aventures extra-conjugales. Qui lui ont valu un chantage de la part de FBI alors dirigé par le tout-puissant J. Edgar Hoover.

Certains grincent des dents, regrettant un trop grand respect de l’icône. Mais on ne le lui reprochera pas trop. En l’occurrence, le but n’est  pas de mesurer le degré de sainteté du pasteur, mais d’évoquer un homme porté par son incessant combat pour l’égalité raciale, un visionnaire et un fin politicien doublé d’un redoutable négociateur.

images19C245Q7.jpgDonnant libre cours à son sens de la dramaturgie et à sa connaissance du sujet, la réalisatrice a ancré son film dans un passé qui fait écho au présent. Les antagonismes entre communautés noire et blanche demeurant vifs, comme nous l’ont rappelé les récentes émeutes de Ferguson. De ce fait Ava DuVernay livre un drame politique à la fois spectaculaire, poignant, édifiant et instructif. Un pan d’histoire en forme de rappel absolument nécessaire.

Une réussite à laquelle contribuent les comédiens, à commencer par  David Oyelowo (photo), qui enfile avec talent le costume de son impressionnant personnage. A ses côtés, Tom Wilkinson se révèle parfait dans le rôle d'un Johnson au comportement dominateur, à l’image de Tim Roth, dans celui de Wallace, le très agressif gouverneur raciste. On n'en dira pas autant d’Oprah Winfrey, qui ne peut s’empêcher, comme toujours ou presque, de tomber dans la caricature. 

Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 11 mars.

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10/03/2015

Grand écran: "Still Alice", avec Julianne Moore oscarisée pour son rôle de victime d'Alzheimer

NExfzWhlijhrAB_1_b[1].jpgLes mots qui s’envolent, l’intense frustration de les voir mais de ne pouvoir les attraper, la mémoire qui se trouble, les souvenirs qui s’évanouissent, la sensation que le sol se dérobe sous ses pieds, celles de ne pas savoir où elle se trouve, de disparaître en quelque sorte petit à petit sous ses propres yeux.

C’est la tragédie que commence à vivre Alice Howland. Heureusement mariée, mère de trois enfants adultes, professeur de linguistique admirée de ses pairs, cette brillante quinquagénaire apprend qu’elle est atteinte d’un Alzheimer précoce. Comment faire face à cette terrible maladie, qui va évidemment affecter également la vie de toute sa famille?

Pour incarner cette femme, les réalisateurs Richard Glatzer et Wash Westmoreland, qui ont adapté le roman éponyme de Lisa Genova, ont fait appel à Julianne Moore, oscarisée pour le rôle et sacrée meilleure actrice au dernier festival de Cannes pour Maps To The Stars de David Cronenberg.

Un excellent choix. La comédienne, qui s‘est astreinte à de nombreuses recherches se pliant notamment à un test de mémoire avec un neuropsychiatre pour mieux se mettre dans la peau du personnage, se montre très convaincante.

Jouant avec les expressions de son visage, de son regard de plus en plus vide, elle a une façon à la fois sobre et bouleversante d’interpréter les ravages de cette lente et inexorable dégénérescence des neurones. Terrible pour tous ceux qui en sont victimes, mais davantage encore pour une intello dotée d’un langage choisi et d’une grande facilité d’élocution.

La performance de Julianne Moore, de tous les plans, est en fait la raison essentielle, sinon la seule, d’aller voir le film qui ne brille ni par son scénario convenu, ni par sa mise en scène bien plate. On n’est pas non plus subjugué par les partenaires de l'actrice, dont Alec Baldwin, le mari, ainsi que ses trois enfants, Kristen Stewart, Kate Bosworth et Hunter Parrish.  

Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 11 mars.

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