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31/12/2014

Grand écran: cru cinéma 2014, mes tops et mes flops

52234.player[1].jpg2014 est un millésime plutôt flatteur pour le septième art, qui a livré de très beaux films. Mais également de redoutables navets. Avec en tête de calamiteuses comédies américaines et françaises. Voici mes films préférés et ceux que j’ai détestés. Dans les deux cas, la liste n’est évidemment pas exhaustive.

Mon top ten

Pas son genre, de Lucas Belvaux, avec Emiiie Dequenne et Loïc Corbery
 
Une irrésistible romance sur fond de fossé socio-culturel. L’éclat de ce petit bijou est rehaussé par  la remarquable prestation d’Emilie Dequenne dans le rôle d’une ravissante coiffeuse de province prête à tomber amoureuse et de Loïc Corbery dans celui d’un intello bobo parisien inapte au bonheur. 

Timbuktu d’Abderrahmane Sissako, avec Ibrahim Ahmed, Toulou Kikiplus

Le réalisateur mauritanien raconte le quotidien infernal de Tombouctou tombé aux mains des djihadistes et de ses habitants soumis aux lois des extrémistes religieux. Tout manquement aux interdictions signifie mort ou torture .au terme de simulacres de procès. Un film coup de poing sans manichéisme ni pathos , dénonçant les atteintes aux libertés et aux droits de l’homme. ,

Mommy de Xavier Dolan, avec Antoine-Olivier Pilon, Anne Dorval

Passion et humour vache, pour ce film où  le cinéaste prodige nous plonge  dans une relation  houleuse entre Steve et sa mère Diane. Adolescent hyperactif, il souffre de graves troubles psychiatriques. Il devient ingérable au point que l’établissement où il est scolarisé refuse de le garder. Diane refuse de le voir à nouveau interné et décide de l’élever seule en dépit du danger qu’il représente. Pour  lui et pour elle. 

Whiplash de Damien Chazelle avec Miles Teller, J.K. Simmons

Whiplash-2[1].jpgL’auteur propose un duel implacable, total entre un disciple acharné à dépasser ses limites pour devenir une star dans son domaine, et son mentor tyrannique, gourou admiré, redouté, détesté et déterminé à pousser celui qu’il sent comme un futur virtuose dans ses derniers retranchements. Quitte pour l'élève et le maître avides de gloire, à se perdre dans ce combat d’une rare et folle intensité  Un récit autobiographique pour un choc cinématographique

Twelve Years A Slave de Steve McQueen, avec Chiwetel Ejiofor, Michel Fassbender

Le film raconte le destin tragique d’un jeune afro-américain né libre  à New York. Enlevé, il est vendu comme esclave au cruel propriétaire d’une plantattiion en Louisiane et réduit à travailler dans les champs pendant douze ans. S’ensuitun incessant combat pour ecnquérir sa liberté. Un opus ample,intense etuissant sur la résistance à l’injustice et à la torture.

Dallas Buyers Club de Jean-Marc Vallée, avec Matthew McConaughey, Jared Leto

La vie de Ron Woodroof cowboy macho, alcolo et drogué bascule lorsqu’il apprend qu’il a le sida et un mois à vivre. Mais il  durera encore  sept ans, recourant à des médicaments alternatifs et se lançant dans la contrebande de ceux-ci. Une histoire vraie mettant en parallèle la prise de conscience de l’Amérique face au sida et le parcours d’un homme faisant certes du business, mais contribuant à l'avancée de la cause et à sauver des vies.


Saint Laurent de Bertrand Bonello avec Gasard Ulliel et Jérémie Renier

la-production-de-saint-laurent-de-bertrand-bonello-repoussee,M108198[1].jpgTout en racontant l’histoire d’amour entre YSL et Pierre Bergé, son compagnon pendant plus de cinquante ans, l’auteur s’est plus particulièrement penché, avec la complicité de Gaspard Ulliel et de Jérémie Renier, sur la période 1965-1976. La décennie la plus riche en terme de mode et de vie du héros de l’histoire, en proie à ses démons.


Une nouvelle amie de François Ozon, avec Romain Duris, Anais Demoustier

Romain Duris se sent femme dans ce film entre mélo et comédie, questionnant avec humour, ironie et finesse le genre, la différence, la tolérance. Il joue sur les apparences tout en surfant sur le sujet du mariage pour tous.

Magic in Moonlight de Woody Allen, avec Colin Firth, Emma Stone

Un magicien du cinéma raconte l’histoire d’un autre magicien qui ne supporte pas les spirites. Baignant dans les années 20, Woody Allen livre une comédie romantique, pimentée de fantaisie, de malice, d’humour. Sans oublier une touche de surnaturel

Gone Girl, de David Fincher, avec Ben Affleck, Rosamund Pikeplus

A l’occasion de son cinquième anniversaire de mariage, Nick Dunne signale la disparition de sa femme, Amy. Sous la pression de la police et l’affolement des médias, l’image du couple modèle s’effrite. Les mensonges de Nick et son étrange comportement amènent tout le monde à penser qu’il a tué sa femme. Un thriller haletant où le cinéaste n’épargne rien ni personne.

Mon flop ten 

Welcome To New York d’Abel Ferrara, avec Gérard Depardieu, Jacqueline Bisset

7771240803_gerard-depardieu-et-jacqueline-bisset-dans-welcome-to-new-york-d-abel-ferrara[1].jpgUn long-métrage inspiré de l’affaire DSK, grotesque, douteux et d’une rare indigence, où un Gégé obèse et pathétique donne la réplique à la classieuse Jacqueline Bisset.

Sex Tape de Jake Kasdan, avec Cameron Diaz, Jason Segel

La vidéo d’un couple filmant ses ébats amoureux risque de se retrouver sur YouPorn. Une comédie se voulant grivoise sinon X, mais se révèlant  d’une consternante vulgarité et d’un rare ennui,

Triple Alliance de Nick Cassavetes, avec Cameron Daz, Leslie Mann

Un calamiteux navet surfant sur une prétendue et minable guerre des sexes, où le girl power, est censé l’emporter. Tout se joue en-dessous de la ceinture, entre le pas drôle, les gags vulgaires,  l'humour scato, humain ou canin, saupoudré de vomi. Du sale en pagaille à déguster!

Horrible Bosses 2 de Sean Anders, avec Jason Batman, Jason Sudeikis

Nick, Dale et Kurt décident de monter leur entreprise pour ne plus avoir de patrons et mettent au point un plan  foireux avec rapt et rançon exigée à la clé. Cette deuxième mouture est encore pire que la première.

Les trois frères, le retour de Didier Bourdon, avec Bernard Campan, Pascal Legitimus

19 ans après, les trois humoristes effectuent un come-back cauchemardesque. Figés dans une nostalgie vulgaire et ringarde, ils llvrent une succession de gags plus pesants qu’un troupeau de mammouths.

Fiston de Pascal Bourdiaux, avec Kev Adams, Frank Dubosc

Le film aligne sans surprise  les clichés, les grosses ficelles, les maladresses et les situations téléphonées, sur fond de conflit de génération. Frank Dubosc y apparaît plus beauf que jamais,

Les recettes du bonheur de Lasse Hallström, avec Helen Mirren

Lutte entre un resto indien et un représentant de la haute gastronomie française Pour une fable d’une indicible fadeur, sous prétexte de tolérance et de diversité culturelle. On a mal pour Helen Mirren censée incarner le sommet de la restauration hexagonale.

Grace de Monaco d’Olivier Dahan, avec Nicole Kidman, Tim Roth

sipa_rex40276950_000001-(1)[1].jpgRidicule opus frisant l’outrance, en évoquant  la période particulière où Grace Kelly a dû choisir entre rentrer à Hollywood pour tourner Marnie sous la direction d’Alfred Hitchcock et rester Altesse Sérénissime sur le Rocher. Tandis que le général de Gaulle menace d’annexer Monaco

Lucy de Luc Besson avec Scarlett Johansson

Une intrigue aux hypothèses fantaisistes, où se mêlent pseudo-métaphysique, philosophie de bazar et  féminisme saugrenu. Avec effets spéciaux,  laborieuses scènes d’action et interminables fusillades. En questionnant  le pouvoir de nos neurones, Luc Besson néglige de se servir des siens.

The Search de Michel Hazanavicius, avec Bérénice Béjo, Annette Benning

Oscarisé pour The Artist, le réalisateur s’est lancé dans un film de guerre dont l’action se situe pendant la seconde guerre de Tchétchénie, en 1999. N’ayant pas les moyens de son ambitieux projet, il nous fourgue un interminable drame tire-larmes dégoulinant de bons sentiments.

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23/12/2014

Grand écran: "Whiplash", un récit autobiograhique pour un choc cinématographique

Whiplash-2[1].jpgTout a commencé par un court-métrage déjà intitulé Whiplash. Et puis Damien Chazelle, réalisateur franco-américain passionné par la musique, auteur en 2009 du confidentiel Guy And Madeline On A Park Bench, s’est lancé dans la version longue d'une relation conflictuelle à l’extrême, entre un batteur de jazz et son professeur. Un remarquable récit autobiographique pour un choc cinématographique.

Chazelle propose un duel implacable. Un affrontement total entre un disciple suant sang et eau (ce n’est pas une image), acharné à dépasser ses limites pour devenir une star dans son domaine, et son mentor tyrannique, gourou admiré, redouté, détesté et déterminé à pousser celui qu’il sent comme un futur virtuose dans ses derniers retranchements. Quitte pour l'élève et le maître avides de gloire, à se perdre dans ce combat d’une rare et folle intensité  

Il fallait de sacrés comédiens pour relever un tel défi et maintenir d’un bout à l’autre sous haute tension, sans faiblir, ce petit bijou à l’étonnante puissance dramatique et au rythme d’enfer. Rendant hommage à la musique au cinéma, il vous prend aux tripes comme un formidable solo de batterie.

Damien Chazelle a trouvé son bonheur et le nôtre en engageant J.K Simmons pour jouer le méchant et draconien enseignant tandis que Miles Teller incarne l’étudiant dans sa recherche obsessionnelle de la perfection. Tous les deux (photo) sont simplement bluffants, évitant avec brio, intelligence et finesse le piège de la caricature. A commencer par Simmons, qui n'hésite pas à surfer sur le second degré.  

On a comparé le rôle de Miles Teller à celui de la ballerine en quête d’absolu, interprétée par Natalie Portman dans Black Swan. En ce qui concerne J.K. Simmons, on pense à la première partie de Full Metal Jacket de Stanley Kubrick, où le terrifiant harcèlement du redoutable sergent Hartman contre le malheureux marine qu’il a surnomme Baleine, conduit à la tragédie. Les choses ne se terminent pas aussi tragiquement ici, mais dans l’esprit, on n’en est pas loin. Et ce drame qui menace, amplifiant le malaise, rend Whiplash encore plus fascinant.

Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 24 décembre.

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Cinéma: "Exodus: Gods And Kings", l'histoire de Moïse pauvrement revisitée

Exodus-Gods-and-Kings[1].jpgAprès le succès mitigé de Prometheus et du thriller Cartel, Ridley Scott s’est attaqué à un célébrissime mythe religieux, proposant Exodus: Gods and Kings. Dans son nouveau péplum, il revisite librement l’histoire de Moïse, leader insoumis qui défia le pharaon Ramsès, entraînant 600.000 esclaves hébreux dans un long périple pour fuir l’Egypte. Avec bien sûr le fameux passage de la Mer Rouge.

L’opus, qui passait pour l’un des films les plus attendus de l’année, cartonne au box-office nord-américain. Mais voilà qui n’est pas une garantie de qualité. Encore une fois, on attendait beaucoup mieux de Ridley Scott.

Et non parce qu’il fait de Moïse, qui osa braver puissance de tout un empire, un chef de guerre fanatique et violent, joué par Christian Bale. Mais parce qu’il ne montre finalement pas grand-chose dans sa fresque, en-dehors de scènes de bataille qui se veulent grandioses ou des dix plaies d’Egypte expédiées en trois coups de cuillères à pot numériques. 

En voyant Exodus: Gods And Kings, on ne peut s’empêcher de penser à l’adaptation de Cécil B. DeMille Les dix commandements, en 1956, avec sa spectaculaire approche et ses effets spéciaux qui vous clouent autrement au fauteuil. Par exemple l’extraordinaire partage des eaux permettant à Moise et son peuple de passer avant qu’elles ne se referment sur leurs poursuivants.

Scott, lui opte pour le tsunami certes monumental, mais dans le fond banal. Et que dire du buisson ardent? Là où DeMille misait sur une aveuglante incandescence, on se retrouve près de soixante après face à un arbuste riquiqui, chichement éclairé à la LED. 

En fait, il y a surtout du ridicule dans la relecture de cette légendaire épopée biblique. A l‘image de la représentation de Dieu, certains la qualifiant abusivement d’osée, sous forme d’un garçonnet de 11 ans que Moïse est le seul à voir. On se pince carrément lorsque le créateur de poche prépare du thé au sauveur de tout un peuple, en train de plancher sur les tables de la loi…

ngkrctjpxxfy7xlzbixs[1].jpgEcrite avec les pieds, cette saga religieuse, qui va de surcroît sans doute déplaire aux fervents adeptes des trois religions concernées (juifs, chrétiens et musulmans), bâclée en 74 jours de tournage au Mexique, pèche également côté interprétation. Si Christian Bale fait à peine le poids en Moïse, Joel Edgerton, alias Ramsès (photo), manque totalement de charisme, apparaissant tel un petit prétentieux colérique alors qu’il se glisse dans le costume du pharaon des pharaons!

Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 24 décembre.

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17/12/2014

Cinéma: "Still Life", la valeur de la vie pour un héros très discret

4v7i3333[1].jpgVêtu d’une gabardine grise, ne se déplaçant jamais sans sa serviette brune, John May est un petit fonctionnaire secret, vivant dans l’austérité, passionné par son travail qu’il exerce dans une banlieue londonienne. Lorsqu’une personne solitaire décède, c’est lui qui part à la recherche de ses éventuels proches, ses investigations le faisant voyager dans le pays. 
 
Mais il est toujours seul aux obsèques et s’occupe de l’éloge funèbre des défunts, qu’on ne voit jamais. Ils nous sont révélés à travers leurs objets, leurs bijoux, leurs vêtements, leurs photos, des cartes postales que John May classe minutieusement. Jusqu’au jour où cet homme entièrement  dévoué à sa cause perd son travail. Il décide alors de quitter Londres pour une ultime mission, au cours de laquelle il rencontre Kelly, la fille du disparu sur lequel il enquête. Un rayon de soleil en forme de brève ouverture au monde. 

Still Life, qui pour son auteur Uberto Pasolini  n’est pas un film sur la mort mais sur la valeur de la vie des gens, n’en évoque pas moins un isolement social de plus en plus fréquent dans une société en crise,  où les inégalités gagnent du terrain et où le sens du voisinage a pratiquement disparu, en même temps que les notions de solidarité ou d’entraide.
 
Pour jouer ce héros très discret d’une rare humanité, le réalisateur italien a choisi le comédien britannique Eddie Marsan, connu pour ses rôles de méchant notamment chez Martin Scorsese, mais qui se retrouve pour la première fois tout en haut de l’affiche dans un long-métrage.

Il se révèle parfait, proposant un jeu précis, sobre, minimaliste, avec parfois une touche d’humour à la Buste Keaton. Une interprétation qui s’accorde parfaitement avec la mise en scène subtile,  les décors un peu figés et la caméra presque toujours immobile du cinéaste.
 
Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 17 décembre.

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16/12/2014

Cinéma: "La famille Bélier" vers un carton au box-office?

237211[1].jpgBeaucoup lui prédisent un succès d’enfer, du genre Intouchables ou Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu? Peut-être ne faudrait-il pas, pour parodier un critique sur un site, vendre la peau du spectateur avant qu’ils se soit assis dans une salle obscure... A vérifier dès mercredi.

La famille Bélier, signée Eric Lartigau, se déroule à la campagne. Paula, 16 ans, très mature pour son âge, est la seule entendante dans une famille d’agriculteurs sourds muets. Epanouie, pleine d’entrain, elle a aussi une voix magnifique. Et bien qu’elle adore son papa, sa maman et son frère, pour qui elle est une interprète indispensable au quotidien, elle rêve de quitter le nid pour devenir chanteuse. Poussée par son professeur de musique, elle prépare en secret le concours de Radio France. Tout cela implique de partir pour Paris et laisser dorénavant les siens se débrouiller seuls.

C’est Louane, découverte dans l’édition 2011 de The Voice qui joue le rôle de Paula, tandis que l’irrésistible Karin Viard et François Damiens se glissent dans celui des parents. A leur côté, on trouve encore Eric Elmosnino, l’inoubliable Gainsbourg dans Vie héroïque, en prof de chant excentrique obsédé par Sardou.

Ceux qui trouvent le chanteur ringard, ou pire, auront sans doute un peu de mal à adhérer à l’opus, car Eric Lartigau nous en sert à la louche. Allant jusqu’à mettre dans la bouche d’Elmosnino: "Sardou est à la variété française ce que Mozart est à la musique classique: intemporel". Le film est à peine sorti que la  réplique est déjà culte… 

Sans aller jusqu’à délirer, à l’image de certains, il faut reconnaître que cette comédie, certes bourrée de bons sentiments, est à la fois drôle et touchante. Sa réussite tient surtout à l’interprétation du couple Viard-Damiens, aussi enthousiaste qu'amoureux, ainsi qu’à celle de Louane, qui ne contente pas de donner de la voix.  

La famille Bélier, qui pourrait donc cartonner au box-office, est parti d’un scénario de Victoria Bedos à qui une grande interview sera consacrée dans Femina le 28 décembre. Ancré chez elle depuis longtemps, elle l'a coécrit avec Stanislas Carré de Malberg. La fille de Guy et soeur de Nicolas s’est inspirée de l’assistante de son père, née de parents sourds. Elle a mis pas mal de choses d’elle dans ce qui reste bien sûr une fiction. "Paula c’est moi. Petite, j’avais l’impression qu’on ne m’entendait pas", nous confie-t-elle. "En outre mes parents ne voyaient pas d’un bon œil mon envie de devenir chanteuse".

1382435053013_0570x0342_1382435113090[1].jpgEric Lartigau, à qui on doit Un ticket pour l’espace, Prête-moi ta main ou encore l’homme qui voulait vivre sa vie a repris l'histoire avec Thomas Bidegain, le sparring-partner de Jacques Audiard, notamment pour Un prophète et De rouille et d’os. Nous avons rencontré le réalisateur à Genève où il était venu présenter sa comédie en avant-première. "La famille n’existait pas vraiment. Tout était axé sur Paula".

-Le thème de la famille vous tient apparemment très à cœur.

-Absolument. C’est un vivier de la société, son reflet, un microcosme plein de contrastes, de reliefs. On passe par tous les sentiments, les émotions contradictoires, paradoxales. C‘est l’ouverture à l’autre, le dépassement de soi.

-Le choix de Karin Viard et de François Damiens dans le rôle des parents s’est imposé d’emblée.

-Dès que je me mis à retravailler le texte, j’ai immédiatement pensé à eux. Ils m’apparaissaient physiquement, à l‘écriture déjà. Ainsi qu’Eric Elmosnino.

-Et Louane Emera?

-C’était différent. J’ai opéré un vaste casting et gardé une sélection de 80 jeunes filles. L’une était géniale en tant qu’actrice, mais chantait comme une casserole. J’ai finalement opté pour Louane. 

-A part le jeune frère vraiment sourd de Paula dans le film, et un autre garçon, les autres acteurs ne connaissaient rien de la langue des signes. Ils ont dû se livrer à un apprentissage intensif.

-Ils ont effectivement suivi des cours plusieurs heures par jour. Leur préparation a duré entre quatre et cinq mois. C’était un sacré challenge. Pour moi également. Je n’avais jamais collaboré avec des comédiens censés être sourds. La langue des signes est chorégraphique mais très compliquée. Les gestes doivent être en accord avec l’expression des visages et des corps.

Après La famille Bélier, Eric Lartigau ne va pas quitter son univers de prédilection. Il projette deux nouveaux métrages sur le sujet, une autre comédie et un mélodrame.

Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dés mercredi 17 décembre.

 

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09/12/2014

Cinéma: avec "Eden", on n'est pas vraiment au paradis...

eden_51[1].jpgAprès Tout est pardonné, Le père de mes enfants, Un amour de jeunesse, la cinéaste Mia Hansen-Love tente de faire revivre l’euphorie musicale des années 90 dans son quatrième long-métrage.

Elle raconte l’histoire de son frère Sven, DJ de la French Touch -l’électro française qui allait conquérir le monde- , resté finalement et malheureusement pour lui dans l’ombre des mythiques Daft Punk. On les voit de loin en loin, interprétés par Vincent Lacoste et Arnaud Azoulay.

Le récit, qui veut évoquer la fête sous toutes ses formes, se déroule sur quinze ans et se fait l’écho du parcours de Sven, organisateur de soirées, co-scénariste et alias Paul dans le film, qui crée avec son meilleur ami le duo Cheers. Ces passionnés jouent dans les plus grands clubs parisiens et connaissent une ascension aussi fulgurante qu’éphémère entre musique, potes, drogues. Et amours bien sûr.

Parallèlement, la réalisatrice évoque en effet la vie sentimentale particulièrement agitée du jeune homme qui accumule les aventures. On a droit à une véritable succession de filles (Greta Gerwig, Golshifteh Faharani, Pauline Etienne, Laura Smet) rejoignant sous les draps pour en ressortir aussitôt, le héros, ou plutôt l’anti-héros qui ne les tombe pas moins aussi sec. Un type doué mais trop dilettante pour réussir vraiment ce qu’il entreprend, retourné dans l’ombre après être à peine entré dans la lumière.

Nostalgique, assez déprimant, d’un intérêt dramaturgique et romanesque quelconque, Eden, évocation d’un moment, d’une époque, propose le portrait intimiste et plat d’une jeunesse à travers des personnages trop creux et trop fades pour qu’on s’y attache et qu’ils nous fassent vibrer. Par ailleurs le manque de rythme  rend la durée, plus de deux heures, pesante. Passé le milieu de l'opus, on n’est pas loin d’en éprouver chaque minute…

Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 10 décembre.

19:09 Publié dans Cannes dans Chassé-Croisette, Sorties de la Semaine | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | | Pin it! |

Cinéma: "Timbuktu", une ville livrée aux djihadistes. Un film coup de poing

Tombouctou%20internet[1].jpgLe Mauritanien Abderrahmane Sissako a planté sa caméra à Tombouctou pour raconter le quotidien infernal de cette ville tombée aux mains des djihadistes, à travers les yeux de Kidane.

Il mène  une vie simple et heureuse sous sa tente en compagnie de sa femme Satima, de sa fille Toya et d’Issan, un berger de 12 ans. Jusqu’au jour où leur vie bascule et qu’ils doivent subir les nouvelles lois autoritaires des extrémistes religieux. .

Le réalisateur nous laisse éprouver la terreur que font régner les intégristes en parcourant jour et nuit les rues armés de kalachnikov et munis de mégaphones pour rappeler les règles. Violents, d’une redoutable bêtise, ils représentent les nouveaux visages de l’obscurantisme .

Les interdictions pleuvent. Pas de musique, pas de cigarettes, pas de rires, pas de football, pas de flânerie. Les hommes sont forcés de retrousser leurs pantalons, les femmes contraintes de porter non seulement le voile, mais des gants et des chaussettes.

9_timbuktu_de_abderrahmane_sissako-_c__2014_les_films_du_worso__dune_vision[1].jpgTout manquement signifie mort ou torture décrétées par de ridicules juges siégeant dans des tribunaux improvisés au terme de simulacres de procès. D’où des images insoutenables d’un couple lapidé ou d’une jeune femme, ayant commis l’’imprudence de chanter, condamnée à quarante coups de fouets. Et qui hurle de douleur au milieu du désert.

Dans Timbuktu, film politique militant, dénonçant les atteintes aux libertés et aux droits de l’homme, l’auteur de Bamako, son précédent long-métrage, réussit à éviter le piège du manichéisme et du pathos, allant jusqu’à se permettre quelques notes d’humour au milieu de toute cette horreur.

A la brutalité des hommes et des situations, il mêle des moments de douceur, de poésie, de somptuosité des paysages. Ou encore de grâce bafouée, comme cette folle et symbolique galopade d’une gazelle traquée dans les dunes,en tentant d'échapper aux bourreaux.  

Cinématographiquement bien maîtrisée, cette fable coup de poing en forme de pamphlet, de plaidoyer contre l’ignorance, bouleverse par un propos d’une brûlante et cruelle actualité. Ouvrant la compétition au dernier Festival de  Cannes, elle avait provoqué un choc sur la  Croisette. Mais son auteur était malheureusement reparti les mains vides.

Film à l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 10 décembre. 

 

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03/12/2014

Cinéma: "La French". avec le duo Jean Dujardin et Gilles Lellouche

imagesCAZTAS2N.jpgInspiré de faits réels, le deuxième long-métrage de Cédric Jimenez nous plonge dans le Marseille des seventies, en évoquant l’affrontement entre le fameux juge du grand banditisme Pierre Michel et Gaëtan Zampa, redoutable et intouchable parrain de la pègre du cru.

Débarqué de Metz dans la cité phocéenne avec femme et enfants, le jeune magistrat, alias le cowboy, part pour son malheur en croisade contre la French Connection, organisation mafieuse exportant de l’héroïne dans le monde entier. 

L’auteur adopte tous les codes du film de gangsters avec figures emblématiques côté milieu et côté justice, hommes de main, lutte de pouvoir pour s’approprier le marché de la drogue, flics ripoux et politiques corrompus. Il ne cache par ailleurs pas son admiration pour les cadors du genre, de Martin Scorsese à Michael Mann. En passant évidemment par William Friedkin, LA  référence en l’occurrence. En 1971, il signait son chef d'oeuvre avec French Connection, où il décrivait les choses sous l'angle américain, tandis que Cédric Jimenez l'aborde du point de vue hexagonal.

Pas facile pourtant de rivaliser avec Les Affranchis, Casino ou autres Heat. Ecrasé par le poids de ses idoles, Cédric Jimenez propose ainsi un polar français à l’américaine qui, sans grande surprise, n’est pas à la hauteur de ses modèles. 

Fourre-tout et manque de rythme

La French souffre notamment d’un manque de rythme. En dépit d’une réalisation qui se veut dynamique, le film se traîne plus ou moins pendant 2h15, pour finir par rater la mise à mort attendue de Pierre Michel. Logique dans la mesure où l’auteur court (enfin si l’on peut dire…) plusieurs lièvres. Brassant pêle-mêle les dessous du trafic d‘héro et son démantèlement, la vie de famille sacrifiée, la biographie du juge assassiné mâtinée du portrait d’un homme qui évacue sa dépendance au jeu dans une traque obsessionnelle au malfrat, lui aussi plus ou moins sous examen de la part du metteur en scène. 

Résultat, un côté fourre-tout pour ce film noir, dont la principale réussite est la reconstitution importante et minutieuse de l‘ambiance de Marseille à l’époque. Avec photographie vintage à l’appui. En résumé donc, un polar assez bourrin réalisé par une sorte de copieur s’appliquant à faire ce qu'il peut. L’ensemble est à l’image de l’interprétation des deux têtes d’affiche Jean Dujardin et Gilles Lellouche, qui sont un peu à Al Pacino et De Niro (surtout Lellouche) ) ce que la Twingo est à la Ferrari.

Les personnages secondaires peinent carrément à exister, comme Benoît Magimel ou le malheureux  Gérard Meylan. Quant aux femmes, elles font de la figuration, à l’instar de Céline Sallette et Mélanie Doutey, respectivement compagne des deux héros de l'histoire. 

Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 3 décembre.

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02/12/2014

Cinéma: Mike Leigh raconte "Mr Turner", le peintre de la lumière

images[3].jpgMike Leigh revient avec Mr Turner, consacré à l’un des plus célèbres peintres britanniques, précurseur des impressionnistes, né Joseph Mallord William Turner en 1775 et mort en 1851.

Evoquant les 25 dernières années de celui qui fut si justement surnommé le peintre de la lumière, le grand cinéaste capte ses deux visages. Celui d’un artiste visionnaire qui a laissé une œuvre admirable avec des ambiances extraordinaires frisant parfois le fantastique, et celui de l’homme «très mortel» personnage complexe et tourmenté, dévoré par son art et ses blessures.
 
Il habite avec son père qu’il adore, son confident qui lui sert aussi d’assistant et une gouvernante  dévouée, s’immisce chez les lords, fréquente les bordels et entreprend de nombreux voyages qui nourrissent son inspiration. La mort de son père l’affecte terriblement et il se renferme comme un petit garçon. Sa vie est aussi rythmée par les visites qu’il rend à sa maîtresse, propriétaire d’une pension de famille au bord de la mer.
 
Cet homme hors normes, autodidacte, instinctif, à la fois rustre et doté de grandes capacités intellectuelles était victime, en dépit de sa célébrité, de sarcasmes et de railleries  émanant aussi bien du public que de l’establishment.
 
Mike Leigh nous le montre renfrogné, taiseux, irascible, désagréable. Et vilain. Un contraste saisissant avec la beauté de ses paysages et de ses marines. Ce héros peu attachant a de surcroît de grosses difficultés à s’exprimer. Au lieu de parler, il grognait comme un animal.
 
Il est incarné par Timothy Spall, un fidèle de Leigh, qui se glisse à merveille dans la peau de ce drôle de gros petit bonhomme. Sa performance lui a valu le prix d’interprétation au dernier Festival de Cannes où le réalisateur figurait pour la cinquième fois en compétition. "Afin de ne pas être ridicule à l’écran, j’ai pris du temps, deux ans, pour apprendre à dessiner et peindre", révélait le comédien lors de sa conférence de presse sur la Croisette.
 
Sur fond de film social évoquant le quotidien trivial d’un Londres du milieu du 19e siècle, notamment peuplé de gens plutôt moches et sales, le cinéaste rend hommage à l’artiste à sa condition, au mystère et à l’exaltation de la création.
 
Malgré son talent, les qualités formelles et visuelles d’une œuvre ambitieuse, sublimée par la photographie du chef opérateur Dick Pope, on peine à s’enthousiasmer véritablement pour ce biopic classique et très long (2h29), où Mike Leigh a tendance à ronronner.

Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 3 décembre.

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