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29/05/2014

Roland Garros: quand les Français font de l'intox...

Mladenovic-Pas-la-pour-faire-de-la-figuration_article_hover_preview[1].jpgIls ont rarement été aussi nombreux. Vingt-huit garçons et filles, dont dix-neuf chez les premiers. Je veux parler des représentants français à Roland Garros. Et alors qu’on va jouer le troisième tour, ils ne sont plus que six, dont quatre dans le tableau masculin.

La tasse, mais pas de quoi s’étonner vu que c’est loin d’être inhabituel. Car au risque de me répéter, les Bleus sont particulièrement qualifiés à chaque Grand Chelem pour démontrer que la quantité ne fait pas la qualité, A part éventuellement chez ces dames où l’une des deux rescapées de l’hécatombe Kristina Mladenovic (photo), 103e à la WTA, a réussi l’exploit de s’offrir la Chinoise Li Na, deuxième mondiale.

Rien de tel en revanche chez les messieurs, où restent logiquement en lice les quatre mousquetaires, à savoir Jo-Wilfried Tsonga, Gilles Simon, Richard Gasquet et Gaël Monfils. La crème de la crème de la raquette hexagonale. Surtout les deux derniers, dont les deux succès de rang sont encore plus fabuleux, dans la mesure où nous avons affaire à des éclopés, à en croire les médias déchaînés.

En effet, depuis des jours et des jours ils nous serinent sur tous les tons  que les malheureux Richard et Gaël n’étaient pas franchement sûrs de participer au Grand Chelem parisien. A la sortie de son second match, enlevé paraît-il dans la douleur, le Biterrois nous racontait même le plus sérieusement du monde que s’il se fut agi d’un  autre tournoi, il n’aurait pas hésité une seconde à déclarer forfait. Je ne sais pas si vous mesurez l’étendue de son courage et de son talent…

Alors certes, il a un peu grimacé de temps en temps ce brave homme. Histoire de nous laisser oublier que la plupart du temps, il courait mieux qu’un lapin sur le court en n’ayant vraiment pas l’air de ressentir le moindre bobo à son petit dos.

Dans le genre impossible n’est pas français, vous avez aussi Gaël Monfils, venu à bout de l’Allemand  Jan-Lennard Struff, dont les experts du tamis n’ont eu de cesse de vanter les extraordinaires mérites Une de sublimer encore davantage la victoire d’un Gaël, sans la moindre référence et aussi juste physiquement que son pote. Pas grand-chose dans le moteur, sinon carrément en panne d'essence...

L’intox, je ne vous raconte pas. Dans le genre de la rumeur selon laquelle l'Autrichien Thiem allait bouffer Nadal tout cru. Enfin remarquez qu’il est toujours bon de garder un atout dans sa manche. Cela fournira une bonne excuse à nos faux handicapés tricolores et leurs groupes si d’aventure ils ne parviennent pas à se défaire de leur adversaire respectif, à savoir l’Espagnol Fernando Verdasco pour Gasquet et l’Italien Fabio Fognini pour Monfils. Dans le cas contraire, gare aux cocoricos ! Parce que c’est déjà drôlement bien parti pour.

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28/05/2014

Cinéma: "Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire": un Forrest Gump à la suédoise

587881.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx[1].jpgA l’origine du film, il y a le roman éponyme du Suédois Jonas Jonasson publié en 2009. Véritable best-seller, il a été traduit deux ans plus tard dans 35 pays et vendu à six millions d’exemplaires dans le monde. Son adaptation à l’écran en 2013 a fait un carton en Suède, allant jusqu’à détrôner le premier épisode de la célèbre saga Millenium de Niels Arden Oplev.

Signé Felix Hemgren, l’opus raconte les aventures rocambolesques d’Allan Karlsson, un vieillard pour le moins singulier, ex-spécialiste en explosifs. Persuadé qu'il peut tout recommencer à zéro, il s’échappe de la maison de retraite, par la fenêtre de sa chambre, le jour de son 100e anniversaire.  C’est le point de départ d’une cavale farfelue aux côtés d’un escroc, d’un vendeur de hot-dogs,  d’un éléphant et de sa pulpeuse propriétaire.

Sur fond d’une série de quiproquos, Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire est prétexte à revisiter le siècle, avec un héros particulièrement gaffeur. Responsable à l’insu de son plein gré de bouleversements politiques majeurs comme l’entrée dans la guerre froide ou la chute du mur de Berlin, il pimente sa balade de rencontres avec les grands de la planète, Einstein, Staline, Franco ou Gorbatchev.

Robert+Gustafsson+Portrait+Session+WSdGMSBk0NFl[1].jpgC’est le même acteur, en l’occurrence Robert Gustafsson (photo), qui incarne cet homme aux différents stades de sa vie. Il amuse la Suède depuis la fin des années 80 et a reçu par deux fois le titre de l'homme le plus drôle de son pays. ll se montre plutôt convaincant dans ce Forrest Gump à la suédoise, qui nous délivre également la devise futée d’une mère. 

Chez Robert Zemeckis on avait: "La vie c’est comme une boîte de chocolat, on ne sait jamais sur quoi on va tomber". Et chez Felix Hemgren: "les choses sont ce qu’elles sont, ce qui sera sera…" Allan la fait sienne, embarquant par mégarde dans sa fuite une valise bourrée de billets de banque qu’un jeune fou furieux l’avait chargé de surveiller.

A l’image du roman, le film qui mise sur l’humour froid joue sur l’alternance entre présent et passé avec course poursuite à l'appui. Sympathique et amusant dans sa première partie, il a toutefois tendance à tomber dans la farce lourdingue au fur et à mesure du récit. Le réalisateur commet l’erreur de vouloir trop en faire en mélangeant les genres et se perdant entre, saga, fresque et comédie romantique. Qui trop embrasse…

Film à l’affiche  dès mercredi 28 mai dans les salles romandes.

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26/05/2014

Roland Garros: grosse humiliation pour Wawrinka, l'outsider de choc!

67f55f5597f786a5dea0d7cd4caecb6c-1399439850[1].jpgCoup de tonnerre à Roland Garros avec la défaite pitoyable de Wawrinka dès son entrée dans le tournoi, alors que l’outsider de choc jouait les foudres de guerre. Affichant sans complexe ses ambitions dans tous les médias de la planète. Je suis capable de gagner Roland Garros. Je tiens la grande  forme, mon jeu est en place. La prétention du monsieur, je ne vous raconte pas.

Et les journalistes de surenchérir en chœur, continuant à couvrir le Vaudois de fleurs comme ils ne cessent de le faire depuis son huitième de finale galactique (mais perdu) contre Djokovic en Australie en 2013. Sans évidemment parler de sa victoire extraordinaire contre Nadal en janvier dernier. 

Certes, il avait hérité de l’adversaire le plus difficile comparé à ceux que devaient affronter les trois autres favoris du top. En l’occurrence Guillermo Garcia Lopez. Un garçon solide, mais pas de taille à poser de sérieux problèmes au valeureux Stan The Man, de loin plus puissant, costaud et doué. Au contraire, c’était plutôt une bonne chose pour le mettre immédiatement dans le bain.

L’intéressé lui-même n’hésitait pas à traiter l'Espagnol par-dessus la jambe. Oui, oui, je le connais bien. Je l’ai déjà battu. II a un jeu qui me convient. En d’autres termes, je me réjouis de lui flanquer la  pâtée. A croire qu'il affrontait Cyril Hanouna, la calamité du talk show! Résultat, une sacrée humiliation pour notre matamore. Du coup, les commentateurs s’arrachaient les cheveux toutes télés confondues, ne comprenant pas ce qui se passait sur le court où le malheureux Suisse errait misérablement, telle une âme en peine.

Or non seulement les experts du tamis ne doivent pas avoir vu évoluer récemment l’Ibère, qui s’est montré dangereux plus souvent qu’à son tour. Mais après les prestations catastrophiques de Wawrinka à Madrid et à Rome, nos connaisseurs auraient pu imaginer, sinon carrément se douter que les choses n’allaient pas franchement se passer de la meilleure des manières à Paris pour la nouvelle orchidée helvétique.

Mais le plus folklorique, c’était quand même le grand Marc Rosset qui, entre autres sottises du genre «si Stan remporte le second set, ce sera beaucoup plus difficile pour Garcia Lopez...", nous serinait que son idole faisait tout juste. Vraiment à se demander ce qui lui serait arrivé s’il avait fait tout faux!

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25/05/2014

Festival de Cannes: la Palme d'Or à "Winter Sleep" du Turc Nuri Bilge Ceylan

647508-000_dv1740013[1].jpgGilles Jacob ovationné, le prodige de 25 ans Xavier Dolan en larmes, Jean-Luc Godard primé pour la première fois, Timbuktu tristement ignoré, tout comme Marion Cotillard négligée pour la troisième fois et les frères Dardenne repartis les mains vides, une première pour eux qui visaient une troisième Palme d’Or avec Deux jours, une nuit

Mais Jane Campion et ses huit complices en ont décidé autrement au cours d’une cérémonie animée par le pétulant Lambert Wilson. Ils ont décerné la médaille suprême à un habitué de la Croisette, le Turc Nuri Bilge Ceylan, déjà lauréat de deux Grand Prix, pour Winter Sleep. Film le plus long de la compétition avec ses 3h16, ce huis-clos psychologique se déroule en hiver dans l’hôtel quasiment désert d’un petit village d’Anatolie centrale.

Aydin, un ancien acteur médiocre mais arrogant d’une soixantaine d’années, y habite avec sa jeune femme et sa sœur divorcée, qui vont peu à peu briser l’image d’intellectuel dont il se targue. L’auteur a aussitôt dédié sa Palme à la jeunesse turque, « à celles et à ceux qui ont perdu la vie au cours de l’année ». 

Si la Palme d’Or, coïncidant avec les 100 ans du cinéma turc, distingue logiquement un maître du septième art, figurant de surcroît parmi les favoris des critiques, la grosse surprise est venue de la cinéaste italienne de 32 ans Alice Rohrwacher, qui rafle le Grand Prix du jury pour Les merveilles. Plus que fraîchement accueilli lors de sa projection, l’opus raconte comment l’irruption d’un jeune délinquant et d’un show télévisé bouleverse l’existence d’un couple d’apiculteurs en quête de pureté et vivant avec ses quatre filles en marge de la société.

Juliane Moore et Timothy Spall sacrés

Pour le Prix d’interprétation on pensait plutôMaps-To-The-Stars-131107-01[1].jpgt à Marion Cotillard ou Anne Dorval, à notre avis mieux inspirées. Mais Juliane Moore s’est imposée. Elle avait également la cote en starlette sur le déclin, hystérique et névrosée dans Maps To The Stars du Canadien David Cronenberg.

Pareil chez les hommes où, face à nos préférés Gaspard Ulliel ou la révélation Antoine-Olivier Pilon, le Britannique Timothy Spall l’a emporté pour son rôle dans Mr Turner de Mike Leigh. Le comédien aux anges s’est alors permis un discours aussi interminable qu’ennuyeux en hommage à son réalisateur.

L’émotion de Xavier Dolan

Il avait provoqué le buzz et tout le monde le voyait cousu d’or pour Mommy, où une mère veuve décide de se charger de son fils Steve, un ado ingérable et violent. Il n’a récolté « qu’un » Prix du jury. Ce qui n’a pas empêché le petit génie québécois, éperdu de gratitude, de manifester une intense émotion, finissant en larmes. «Tout est possible à qui ose, travaille et n’abandonne jamais. Puisse ce prix en être la preuve la plus rayonnante… »

Benjamin de la compétition, Dolan partage son prix avec le vétéran Jean-Luc Godard,  83 ans, récompensé pour la première fois à Cannes avec Adieu au langage, une véritable curiosité en 3D. Le choix du jury paraît bizarre. Un euphémisme. Pour la légende de la Nouvelle Vague, c’était Palme d’Or ou rien. On ne sait pas trop comment le réalisateur franco-suisse accueillera la chose. Sans doute avec indifférence.

Restent le Prix de la mise en scène et du scénario. Foxcatcher de l’Américain Bennett Miller, inspiré de l’histoire vraie de deux lutteurs médaillés d’or aux JO de Los Angeles, a décroché le premier. Le Russe Andrey Zvyagintsev, qui se livre à une critique implacable du régime, a gagné le second pour Leviathan. S’y prenant à trois reprises, Jane Campion n’a jamais réussi à prononcer le nom du cinéaste…

Un mot encore sur la Caméra d’Or, qui couronne le meilleur premier film toutes sections confondues. Le trio Marie Amachukeli, Claire Burger et Samuel Theis l’a emporté avec Party Girl, mettant un  peu de baume sur l'honneur un rien meurtri de l’Hexagone. Ce prix a été créé par Gilles Jacob à qui la salle a réservé une standing ovation pour son départ après 38 ans de direction et de présidence du festival. «Remettre ce prix est la meilleure façon de passer la main » a-t-il déclaré en tirant sa révérence avec élégance. Pierre Lescure dirigera désormais les opérations.


 

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24/05/2014

Festival de Cannes: nos favoris, filles et garçons, pour le Prix d'interprétation

Il n’y a pas que la Palme d’Or attendue avec fébrilité par les réalisateurs. Les comédiens sont aussi impatients de savoir lequel et laquelle décrocheront les Prix d’interprétation. En attendant de connaître la décision de Jane Campion et ses co-jurés, ce soir sur Canal +, voici nos favoris, filles et garçons.


images[6].jpgMarion Cotillard. La Française est bouleversante dans Deux jours, une nuit des frères Dardenne. Métamorphosée en ouvrière dépressive dans une petite usine belge, elle passe un week-end épuisant, avec l’aide de son mari, pour tenter de convaincre ses collègues de ne pas céder au chantage du patron. Prenant son courage à deux mains elle leur demande de renoncer à leur prime de 1000 euros pour lui éviter d’être licenciée.

Anne Dorval. La Québécoise est tout simplement bluffante en mère quadra bien roulée, un rien vulgos à l’allure rock, Dans Mommy, du prodige de 25 ans Xavier Dolan, dont la projection a provoqué un tsunami sur la Croisette, elle entretient une relation houleuse avec son fils, un adolescent ingérable et violent souffrant de graves troubles psychiatriques.

Juliette Binoche. Déjà sacrée en 2010 pour Copie conforme d’Abbas Kiarostami, la comédienne enfile avec talent le costume d’une actrice dans Sils Maria d'Olivier Assayas, tourné aux Grisons et proposant une réflexion sur l’âge. Femme mûre, l’alias de Binoche, Maria Enders, est acculée au suicide par une jeune fille ambitieuse au charme trouble interprétée par Chloé Grace Moretz. Kristen Stewart est également de la partie.

Hilary Swank. L’Américaine se révèle géniale dans The Homesman, le western féministe et noir signé Tommy Lee Jones et qui se déroule en 1854. Elle incarne une pionnière trentenaire à la fois frustrée et au caractère bien trempé, qui doit transporter trois malheureuses folles du Nebraska en Iowa. En quête désespérée d’un mari, Hilary Swank se voit cruellement rejetée par les hommes qui la trouvent trop autoritaire.

Juliane Moore. Autre Américaine, elle séduit dans Maps To The Star. En actrice comme Juliette Binoche mais complètement barge, elle rêve de jouer le rôle principal dans un remake qui avait fait de sa mère une vedette. Le film est réalisé par le Canadien David Cronenberg qui, poursuivant son exploration de l’être humain, de ses névroses et de ses phobies, en profite pour décrire avec férocité, cynisme et humour les dessous de l’industrie hollywoodienne.
 
n-MOMMY-DOLAN-large570[1].jpgAntoine-Olivier Pilon. Donnant la réplique à Anne Dorval dans Mommy de Xavier Dolan, il est à 16 ans la grande révélation masculine du festival. Extraordinaire dans le rôle de Steve (voir ci-dessus), il campait l’an dernier l’ado torturé de College Boy, le clip d’Indochine réalisé par le cinéaste québecois.

Steve Carrell. Très loin de ses comédies habituelles il apparaît méconnaissable avec ses cheveux grisonnants et son menton déformé. Remarquable, il incarne John Du Pont un coach sportif milliardaire excentrique,  redoutable et terrifiant dans Foxcatcher de Bennett Miller inspiré d’une histoire vraie. A ses côtés, Channing Tatum se montre lui aussi convaincant en lutteur médaillé d’or aux JO de Los Angeles en 1984, et qui retente sa chance pour ceux de Seoul.

Gaspard Ulliel. Il est formidable dans Saint Laurent de Bertrand Bonello. Certains diront mieux que Pierre Niney chez Jalil Lespert, d'autres non. Mais peu importe. Ulliel livre sa composition, décoiffante, du célèbre couturier. Evitant le mimétisme, il ne cherche pas à être Yves Saint Laurent. Il est juste et vrai dans la voix, nasale et flutée, dans la démarche, la gestuelle et la retenue. 

Timothy Spall. Dans Mr Turner de Mike Leigh, le comédien britannique se révèle excellent en peintre  presque autiste. Il se glisse avec une rare aisance dans la peau de cet artiste visionnaire complexe et tourmenté, dévoré par son art et par ses blessures. Autodidacte instinctif et rustre, il avait notamment de grosses difficultés à s’exprimer et qui, au lieu de parler, grognait.

Haluk Bilginer. Son nom ne dira sans doute rien à beaucoup, mais il est très populaire en Turquie. Dans Winter Sleep de son compatriote Nuri Bilge Ceylan, l’opus le plus long de la compétition avec ses 3h16,  le comédien joue à merveille un ancien acteur médiocre qui tient un petit hôtel en Anatolie centrale avec sa femme et sa sœur. Arrogant, sûr de son pouvoir et usant de la parrole comme d’une arme, il perd peu à peu de son orgueil et de sa superbe.
 
 

 

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23/05/2014

Festival de Cannes: Les jeux sont faits, mais à qui la Palme d'Or? La bouteille à encre!

imagesCA5H15G7.jpgC'en est terminé pour cette 67e compétition cannoise qui ne fut pas d’un cru exceptionnel. D’où la difficulté de parier avec une quasi certitude sur la Palme d’Or. Car même si Mommy de Xavier Dolan a électrisé la Croisette, le courant n’est pas aussi fort que celui qui avait irrésistiblement emporté La vie d’Adèle vers les sommets l’an passé.

Quelques autres prétendants se détachent comme Deux jours, une nuit des frères belges Dardenne (photo) et Winter Sleep du Turc Nuri Bilge Ceylan qui séduisent encore davantage les critiques, ou encore Timbuktu du Mauritanien Abderrahmane Sissako, qui fait aussi bien. Bref, abondance de biens nuisant à  l'excellence, c'est la bouteille à encre.

Et malheureusement les derniers films en lice n’ont pas permis de changer la donne. A l’image de l’ultime, Sils Maria signé Olivier Assayas et tourné, comme son titre l’indique, dans les Grisons. Il met en scène Juliette Binoche et Kristen Stewart. La première incarne une comédienne, Maria Enders, et la seconde son assistante Valentine, qui lui donne la réplique côté cour et côté jardin. Avec également Chloé Grace Moretz.

La Croisette divisée

A 18 ans, Maria Enders a connu un gros succès au théâtre en jouant, dans une pièce de Wilhelm Melchior, la jeune et ambitieuse Sigrid, qui pousse au suicide Helena, une femme mûre. Vingt ans plus tard Maria Enders se voit proposer de reprendre la chose, mais cette fois dans le rôle d’Helena.

images[8].jpgA l’image d’autres opus en concours, Sils Maria, qui mêle références nietzschéennes, rapport au passé  et réflexion sur l’âge, divise fortement la Croisette. Ceux qui ont aimé et crient à la Palme d’Or évoquent un excellent scénario tandis que les détracteurs de l’opus avouent s’être ennuyés comme des rats morts. Comme souvent dans ces cas là, la vérité sse situe quelque part au milieu. .

Leviathan montre une Russie minée par la corruption

La veille, le Russe Andrey Zvyagintsev opérait son retour en compétition six ans après Le bannissement,  Dans Leviathan, il évoque une  Russie minée par la corruption et dont les habitants noient leur désespoir dans des litres de vodka. Dont le personnage principal, Kolia, un garagiste menant une vie tranquille entre sa femme et son fils d’un précédent mariage, mais dont l’existence est détruite par l’odieux maire de son village qui le dépouille de tout, son terrain, sa maison, son garage.

Son combat illusoire pour récupérer ses biens révèle un quotidien où règnent en maîtres le chantage, les menaces et la violence physique contre les individus qui refusent de plier devant l’autorité. Mais après une première partie intense où le réalisateur se livre courageusement à une critique implacable du régime de Poutine, il s’embourbe malheureusement dans une histoire confuse d’adultère. En dépit d’une excellente mise en scène et d’une belle interprétation, cela finit par plomber l’ensemble.

Ken Loach déçoit avec Jimmy’s Hall

Pas trop convaincant non plus le dernier Ken Loach, Jimmy’s Hall, qui raconte l’histoire vraie de Jimmy Gralton, un leader communiste irlandais, symbole de la résistance, exilé aux Etats-Unis et qui revient chez lui en 1932, dix ans après la guerre civile.

imagesCAX97732.jpgIl y trouve un pays certes indépendant mais où ceux qui croient en une révolution politico-sociale se heurtent à l’Eglise et aux pontes locaux. En dépit de la pruderie ambiante, Jimmy décide la réouverture d’un dancing à vocation éducative et culturelle qui déplaît fortement aux autorités précitées.

Un film engagé, comme toujours chez Ken Loach, Palme d’Or en 2006 pour Le vent se lève, mais qui déçoit un peu, bien que certains estiment qu’il écrase la concurrence. A relever toutefois la présence de l’acteur principal Barry Ward (photo), charismatique et plutôt beau gosse.

Le mélo tire-larmes de Michel Hazanavicius

Mais voilà. Comme d’habitude le journaliste propose et le jury dispose. Il pourrait aussi  bien s’enthousiasmer pour The Search de Michel Hazanavicius, oscarisé il y a deux ans pour The Artist. Changeant complètement de registre, il s’est lancé dans un film de guerre dont l’action se situe pendant la seconde guerre de Tchétchénie, en 1999.

Ce remake très libre d’un long-métrage de Fred Zinneman sorti en 1948 Les anges marqués, montre en parallèle le destin un gosse tchétchène traumatisé par l’exécution de ses parents sous ses yeux, contraint à l'errance puis recueilli par une humanitaire, et celui d’un jeune Russe enrôlé dans l’armée qui en fait une bête sauvage.

N’ayant pas les moyens de son ambitieux projet, Michel Hazanavicius nous fourgue un interminable drame à faire pleurer dans les chaumières, dégoulinant de bons sentiments. La presse a sifflé l’œuvre mais le public l’a ovationnée. Alors sait-on jamais? Surtout avec cinq femmes dans le jury, comme l’ont relevé quelques machos de service…

Palmarès en direct samedi soir. Rendez-vous dès 18h55 sur Canal + 

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22/05/2014

Festival de Cannes: Xavier Dolan plébiscité pour "Mommy". De la Palme d'Or dans l'air?

n-MOMMY-DOLAN-large570[1].jpgL’an dernier, La vie d’Adèle avait bouleversé les pronostics dès la projection de presse. Apparemment Mommy, du Québécois Xavier Dolan, a lui aussi fait chavirer la Croisette. Ronronnante il est vrai jusque-là, avec du déjà vu et des valeurs sûres, à part Timbuktu, Deux jours, une nuit ou Saint-Lauent  

Sans partager à fond l’enthousiasme critique délirant, je salue la  belle performance du prodige. Mais reste surtout à savoir si le jury de Jane Campion sera aussi sensible à ce coup de cœur que celui de Steven Spielberg, qui avait décerné une triple Palme d’Or historique à Abdellatif Kechiche, Léa Seydoux et Adèle Exarchopoulos.

Xavier Dolan avait été révélé à 20 ans à Cannes dans La Quinzaine des réalisateurs avec J’ai tué ma mère. Cinq ans plus tard, entré dans la cour des grands, il veut en quelque sorte la venger avec Mommy, même s’il lui balance souvent des horreurs. Pas de quoi effrayer maman, de taille à se défendre et du répondant à revendre.

Le cinéaste nous plonge en effet dans une relation houleuse entre ces deux personnages. Adolescent, Steve souffre de troubles psychiatriques. Il devient ingérable au point que l’établissement où il a été scolarisé refuse de le garder. Sa mère Diane, une quadra bien roulée un rien vulgos à l’allure rock qui adore son gamin, refuse qu’il soit interné et décide de l’élever seule en dépit du danger qu’il représente.

Un couple de fous furieux

De violentes disputes ne tardent pas à rythmer leur cohabitation. Steve et Diane s’affrontent à grand renfort de hurlements hystériques dans un langage de charretier (en français du Québec incompréhensible sans sous-titres), pour se réconcilier dans de déchirantes protestations d’amour. Très vite une voisine, Kyla, enseignante timide et introvertie qui peine au contraire à sortir deux mots de suite, rejoint le couple et tend ainsi à agir comme un calmant sur ces deux fous furieux.

Pour ce mélo où se mêlent le pathétique, la brutalité et l'humour, le créatif Dolan a choisi (avec une petite surprise qui a déclenché les applaudissements) un format carré, comme pour mieux y enfermer son trio, à commencer évidemment par Steve, dont la société ne sait que faire, sinon lui passer la camisole de force..

Il est incarné par l’étonnant et talentueux Antoine-Olivier Pilon (photo). Pour la mère, l’auteur a fait appel à la géniale Anne Dorval et, pour la voisine Kyla, à la non moins formidable Suzanne Clément. Des fidèles. Vu leur prestation, il y a du Prix d’interprétation dans l’air. Et si Xavier Dolan raflait la Palme, il serait le plus jeune à la décrocher depuis Louis Malle, en 1956, avec Le monde du silence.

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Festival de Cannes: Godard et son "Adieu au langage", de la 3D décoiffante

auldog[1].pngTrès fort Godard. Le seul qui réussisse à faire poireauter les gens dans une queue interminable pendant plus d’une heure et demie pour un film qui dure 70 minutes. A l‘occasion de son retour en compétition treize ans après L’éloge de l’amour, le réalisateur culte de 83 ans, qui n’a fait pas le voyage sur la Croisette, proposait Adieu au langage.

Un opus farfelu, inclassable, sinon un objet cinématographique non identifié, où se succèdent dans une sorte de frénésie des scènes saugrenues, parfois brusquement coupées, et où se multiplient maximes ou citations .

Dans une interview à France Inter, le cinéaste s’est expliqué sur la signification de son titre Adieu au langage, dont il est parti pour tourner son film. "En gros, c’est un adieu à ce que les gens appellent le langage qui ne l’est pas. On pourrait dire aujourd’hui de la conversation, du talk show, du dialogue personnel entre les gens. Le langage vient de plus loin, c’est une alliance entre la parole et l’image que l’enfant qui naît connaît un bref moment car il est à la fois ébloui et il crie. Puis vient la communication, qui n’a aucun rapport sérieux avec le langage…"

Oui mais encore... On croit alors être aidé par le dossier de presse où Godard nous dit que le propos est simple. Une femme mariée et un homme libre se rencontrent ils s’aiment se disputent, les coups pleuvent un chien erre entre ville et campagne les saisons passent l’homme et la femme se retrouvent…

A l’écran, on voit un couple nu philosopher, un bateau sillonner le "lac de Genève" (pour agacer les Vaudois et autres riverains?), des extraits de vieux films hollywoodiens en noir et blanc et souvent un chien qui fait le chien en battant de la queue. C’est Roxy, le toutou du maestro, qui vous aime plus qu’il ne s’aime lui-même et nous regarde de ses yeux noisette. Lui ne communique pas, il communie. 

Tout et n'importe quoi. Ou pas...

Tandis que s’inscrivent en alternance les chapitres 1 et 2 soit la nature et la métaphore, les aphorismes foisonnent en voix off. "Ceux qui manquent d’imagination se réfugient dans la réalité". "Bientôt on aura besoin d’un interprète pour comprendre les mots qui sortent de votre propre bouche". "Une femme ne peut pas faire de mal, elle peut gêner, elle peut tuer, c’est tout". "La société est-elle prête à accepter le meurtre pour limiter le chômage?"  "La pensée retrouve sa force dans le caca".

Tout et n'importe quoi en somme. Ou pas... Le mieux est encore de regarder. Et là, on en a plein les yeux. On est littéralement scotché au fauteuil par l‘utilisation étonnante et géniale que le réalisateur fait de la 3D. Dans son entretien à France Inter, Jean-Luc Godard expliquait que la 3 D est juste quelque chose qui vous fait croire que vous pouvez voir une surface plate en relief. Mais quelle vision extraordinaire! 

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21/05/2014

Fetival de Cannes: "The Homesman", le western noir et féministe de Tommy Lee Jones

rs_560x415-140415184503-1024.Hilary-Swank-Tommy-Lee-Jones-The-Homesman.ms.041514_copy[1].jpgNeuf ans après Trois enterrements, qui lui avait valu d'être sacré meilleur acteur, Tommy Lee Jones repasse derrière la caméra pour son retour à Cannes avec The Homesman, un western au thème un peu particulier, adapté du roman de Gendon Swarthout.

Nous sommes en 1854. Mary Bee Cuddy une vieille fille trentenaire originaire du Nebraska, au caractère bien trempé et en quête désespérée de mari, se voit confier trois femmes devenues folles. Elle a la lourde mission de les emmener en Iowa où elles trouveront refuge, dans une carriole, prison roulante spécialement aménagée pour le transport. 

Sur la route elle croise celle de George Briggs, un vieux soldat vagabond, usé, rustre et bourru qu’elle sauve de la pendaison. Ayant besoin l’un de l’autre, ils décident de s’associer. Cet attelage aussi étrange qu’atypique va affronter les dangers d’une expédition qui durera des semaines.  

Crépusculaire, poignant, étiqueté féministe, l'opus montre la maîtrise de l’espace de Tommy Lee Jones, qui filme magnifiquement les paysages de l’Ouest américain. Tout en nous plongeant dans un monde d’une rare noirceur s’opposant à un visuel sublime, il montre l’effroyable condition des femmes de l’époque à travers ces trois pauvres créatures traumatisées et abandonnées par leur mari. L’une a tué son bébé, l’autre a vu ses trois enfants mourir et la troisième n’a pu en avoir. Ce qui pousse Tommy Lee Jones à une certaine outrance dans la représentation de la folie.  

Bon pour figurer au palmarès?

Par ailleurs, s’il fait la part belle aux femmes, il néglige d’en creuser la personnalité. On aurait souhaité en savoir davantage sur les violences qui leur ont fait perdre la raison, outre les problèmes liées à la maternité, ainsi que leur devenir en Iowa. Sans parler des raisons de leur comportement étrangement calme durant le voyage, étant donné leur état mental.

L’auteur se concentre avant tout sur Mary Bee Cuddy, interprétée par Hilary Swank. Elle est géniale dans le rôle de cette pionnière frustrée en mal d’amour, rejetée elle aussi par les hommes qui la trouvent trop autoritaire. En face d'elle un Tommy Lee Jones à la fois complexe et burlesque qu’elle cherche à entraîner dans une sorte de romance fatale. Au final un opus qui a séduit les festivaliers, dont beaucoup le verraient bien figurer au palmarès.

Film à l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 21 mai.



 

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20/05/2014

Festival de Cannes: les Dardenne visent une troisième Palme d'Or et Marion Cotillard un Prix d'interprétation

dardenne[1].jpgAprès Rosetta et L’enfant, les frères Dardenne convaincront-ils le jury qu’ils méritent à nouveau d’être couverts d’or? Ce serait historique. En attendant le verdict, Deux jours, une nuit a été acclamé en projection de presse tout comme lors de la conférence qui a suivi. Il met en scène Sandra, une ouvrière aux abois qui, avec l’aide de son mari, passe un week-end à tenter de convaincre ses collègues de renoncer à leur prime de 1000 euros pour qu’elle garde son emploi.

Au départ, ils se sont prononcés contre elle sous l’influence d'un redoutable contremaître. Mais une amie de Sandra a obtenu du patron un nouveau vote, lundi matin. Alors la jeune femme les prend un à un, dans des scènes répétitives en forme de course la montre à pied, en bus ou en voiture, pour leur demander de changer d’avis. Son mari qui l’aime la pousse à essayer encore et encore. Mais au long de cet épuisant plaidoyer, Sandra, sortant d’une dépression et près de retomber, avale cachet sur cachet, doutant du succès de son entreprise…

Une brûlante envie commune de travailler ensemble

Avoir choisi Marion Cotillard semble a priori surprenant, les deux Belges n’ayant pas l’habitude de  faire appel à des stars. Mais à en croire les trois intéressés, il s’agissait d’une brûlante envie commune de travailler ensemble. Et le résultat est convaincant. Emouvante, sinon bouleversante,  crédible, Marion Cotillard a arraché quelques larmes et sa performance est unanimement saluée. Du coup on parle d’un Prix d’interprétation pour la Française qui avait décroché l’Oscar pour La môme en 2008.

Dans leur nouvel opus, les Dardenne font un état des lieux édifiant du monde du travail, de l’injustice et des contraintes qui y règnent en période de crise, poussant les individus à ne pas bien agir, par peur de se retrouver sur le carreau.  Mais ils  tiennent aussi à montrer que la solidarité peut exister et comment le soutien que ses collègues lui témoignent est finalement parvenu à transformer Sandra.

images[4].jpg"J’aime les rôles complexes"

En conférence de presse, l’héroïne du jour, douce souriante et disponible a longuement évoqué cette femme aux abois, perdue, à l’image du personnage qu’elle incarnait l’an dernier dans The Immigrant. "J’aime les rôles complexes. Je vois toutes ces femmes qui se battent pour leur survie et découvrent des choses en elles qu’elles ne soupçonnaient pas. Je suis très touchée par les gens qui se sortent de n’importe quelle situation. Visiter les coeurs et les âmes de ces personnes m’en apprend sur l’humain".

Pense-elle à un éventuel sacre de meilleure actrice? Je suis heureuse d’être là et j’ai la chance de ne jamais espérer un prix. Cela ne fait pas partie de mon fonctionnement. Mais évidemment quand cela arrive, je l’apprécie énormément, comme je l’ai vécu avec l’Oscar (pour La môme en 2008) qui m’a amené plein de beaux projets.

Dans Deux jours, une nuit, elle n‘est pas spécialement gâtée par la nature. Un défi pour elle? "Je suis  mouvante sur le sujet. Je ne me considère pas comme quelqu’un de moche….En même temps, des femmes très belles ne se perçoivent pas toujours forcément comme telles…  Ce que je sais, c’est que je peux réussir à être jolie ou très moche. J’ai cette capacité à me transformer, ce qui tombe plutôt pas mal dans ce  métier! Pour autant, je ne choisis pas des rôles en fonction de l’apparence du personnage ou pour échapper à mon physique. Cela ne rentre jamais en ligne de compte".

"Je laisse les clés de la voiture au personnage…"

Comment s’est-elle transformée pour être crédible en ouvrière ? "C’est un processus. Je pars à la découverte de quelqu’un. Je n’ai pas à proprement parler de méthode de travail. J’aime investiguer à l’intérieur du personnage. Et l’extérieur arrive, la façon de parler, de respirer, de marcher dans la rue. Je cherche les solutions qui vont me permettre de comprendre le personnage. Ensuite Je m’abandonne, je lui laisse les clés de la voiture et c’est lui qui va me conduire".

Un voyage inoubliable. "On sent que les frères Dardenne ont envie de faire vivre quelque chose d’exceptionnel aux spectateurs. Ce fut une expérience bouleversante, enrichissante, belle. Peut-être la plus belle  de toute ma carrière. Mais elle en a d’autres à tenter, dans une comédie, un film d’action. Elle avoue aussi avoir la fascination de jouer un homme. "Parce que cela paraît impossible, ça m’excite un peu". 

Film à l'affiche dans les salles romandes dès mercredi 21 mai. 

 


 

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