Google Analytics

Cinéma: "La jaula de oro", dramatique odyssée d'ados clandestins vers les Etats-Unis. Un film coup de poing

Imprimer

la-jaula-de-oro[1].jpgLes Etats-Unis c’est l’eldorado pour Juan, Sara et Samuel, 15 ans, qui décident de fuir leur Guatemala natal pour tenter de le rejoindre. Contre l’avis de l'égoïste Juan, mais avec l’approbation de la compatissante Sara, Chauk, un indien tzotzil qui ne parle pas espagnol, se joint à eux pour un dramatique voyage de 3000 kilomètres.  

L’immigration clandestine des latino-américains juchés sur les toits des trains, n’est ni un thème inédit ni une image nouvelle. Mais pour son premier long-métrage, La jaula de oro, (Rêves d'or) le réalisateur espagnol Diego Quemada-Diez, 43 ans, fait preuve d’originalité en se concentrant sur ce passage obligé qu’est le Mexique, théâtre tout entier d’un vaste flux migratoire.

Cette odyssée représente une épreuve presque insurmontable pour les migrants en provenance du Guatemala, du Nicaragua, du Salvador ou du Honduras. C’est ce que vont découvrir les quatre adolescents, très vite réduits à trois en traversant ce pays hostile, plein de pièges et de menaces, bien avant d’atteindre la frontière américaine.

En évoquant le rêve qui se transforme en cauchemar, le danger permanent annonçant ce qui les attend aux Etats-Unis, le racisme et la violence dont ses jeunes héros sont l’objet, les terribles sacrifices auxquels ils doivent consentir, Diego Quemada-Diez aurait pu se contenter de faire pleurer dans les chaumières. Il livre au contraire un film coup de poing, qui nous immerge au cœur d’une situation extrême, proche de la guerre, sans pathos ni aucune complaisance. Certaines scènes, d'une rare brutalité, font même froid dans le dos. En même temps, cette épopée est teintée de poésie. 

Cinéphile déjà au berceau!

L'exploit n'est pas très étonnant pour le talentueux Diego, tombé dans la pellicule au berceau. "A six ans, j’étais déjà cinéphile", nous dit-il lors d’une rencontre à Genève. C’est à trente ans, à la mort de sa mère, qu’il  part pour les Etats-Unis.  Il suit une école de cinéma et réalise trois films courts. Assistant de pointures comme Ken Loach, Oliver Stone ou Spike Lee, il a attendu longtemps avant d’oser s’attaquer à un long-métrage. Par respect pour ses maîtres.

Son projet lui a bien pris dix ans.  "En 2003, je suis devenu copain avec un chauffeur de taxi à Mexico, qui habitait à juste à côté d’une voie ferrée. Les migrants descendaient des trains et  venaient chez lui pour demander à boire et à manger". Il découvre alors à quel point le sujet le passionne. "Tout en travaillant à côté, je me suis alors mis à interviewer des clandestins. Environ 6000".

En 2007, il décide que cela suffit, décline toute proposition de collaboration qui le détournerait  de son objectif sur lequel il se fixe désormais. "Mais j’ai mis un temps fou à trouver de l’argent, car je voulais de vrais trains, des décors naturels et des acteurs non professionnels, capables d’improviser au fur et à mesure. Tout le monde pensait que j’étais cinglé".

Des héros qui découvrent l’amitié et la solidarité

Pour trouver ses protagonistes, Diego a auditionné 600 enfants guatémaltèques pendant sept mois. Amateurs, ils ne sont pas moins artistes. Brandon Lopez (Juan) est un danseur hip hop, Rodolfo  Dominguez (Chauk) un musicien et Karen Martinez (Sara) étudie l’art de la scène.

Dans cet opus qu’il décrit lui-même comme un film politique d’aventure en forme de récit initiatique et de poème épique, l’auteur en fait certes des héros, mais surtout des êtres humains qui changent et mûrissent, à l’image de Juan, en découvrant  la force de l’amitié et de la solidarité. Tous excellents, ils avaient reçu le prix Un certain talent dans la section cannoise d’Un certain regard en mai dernier.

Film à l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 4 décembre.

Lien permanent Catégories : Sorties de la Semaine 0 commentaire

Les commentaires sont fermés.