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06/11/2013

Cinéma: Martin Provost fait revivre Violette Leduc. Une réussite

5229c1058e3fb[1].jpgPendant la Deuxième Guerre mondiale, Violette Leduc fait du marché noir. Rien alors ne destinait cette femme, née bâtarde 35 ans auparavant et morte en 1972, à une carrière littéraire. Réfugiée en Basse-Normandie, elle vit avec l’écrivain homosexuel Maurice Sachs, qu’elle aime sans être payée de retour, et publie des articles dans les journaux. 

Sur ses conseils, elle commence à écrire ses souvenirs d’enfance et remet le manuscrit à Simone de Beauvoir, dont elle tombe immédiatement amoureuse. Une passion non partagée. Mais la célèbre philosophe et essayiste est convaincue, en dépit du flop initial de Violette Leduc avec L’Asphyxie, d’avoir découvert un écrivain hors norme chez celle qu’elle appelait la femme laide. Elle l’exhorte, sinon lui ordonne de continuer à travailler. Et l’aidera toute sa vie, préfaçant La bâtarde, son premier succès. 

C’est entre ces livres que se déroule le film. Très réussi, il évoque à la fois cette relation entre les deux femmes basée sur l’écriture et le combat que Violette Leduc, écorchée vive, souffrant d’avoir été reniée à sa venue au monde, mène contre elle-même pour s‘en sortir.

Magnifiquement interprété par Emmanuelle Devos (Violette) Sandrine Kiberlain ( Simone de Beauvoir) entourée d’une brochette d’excellents acteurs comme Catherine Hiegel, Olivier Goumet, Jaques Bonnaffé, Olivier Py, il est signé Matin Provost (photo), auteur il y a cinq ans de Séraphine. Il racontait l’histoire d’une peintre autodidacte visionnaire, femme de ménage chez un marchand d’art allemand et morte à 78 ans dans un asile psychiatrique. Le réalisateur a coécrit à la même période Violette, avec son biographe René de Ceccaty qui lui a fait découvrir la talentueuse romancière.

Martin+Provost+NhNQG1MVE6Km[1].jpgAprès ces deux portraits de femmes très à l’avant-garde dans leur époque, Martin Provost en imagine un troisième. "Peut-être une musicienne, je cherche encore", nous a-t-il confié lors d’un récent passage à Genève.

– Qu’est-ce qui vous fascine tant chez Séraphine de Senlis et Violette Leduc, héroïnes oubliées du grand public?

-Je ne suis pas vraiment fasciné. Je veux surtout montrer que des êtres humains en marge, des femmes, ont œuvré, même dans l’ombre,  pour évolution de l’art. Violette est la première à avoir pratiqué ce que l’on appelle aujourd’hui l’autofiction la première à s’exprimer ouvertement sur  l’homosexualité féminine, à décrire un pénis avec des mots extraordinaires.

-Vous semblez d’ailleurs parler de vous à travers Violette Leduc.

-C’est vrai. Comme j’ai traversé des années difficiles, il y a une identification forte. Je suis arrivé très jeune à Paris avec ma valise. J’ai vécu dans une chambre de bonne. J’aurais pu être délinquant. Mais j’ai eu de la chance. Je pense que la richesse de Violette, c’est d’avoir été bâtarde et rejetée. Je suis également quelqu’un de très féminin. J’ai été élevé par des femmes. Ce que je suis me vient de ma mère, dotée d’un formidable potentiel, mais une artiste frustrée. J’ai réalisé ce qu’elle n’a pas osé faire. A cause de mon père. C’est du moins ce qu’elle disait.

-Comment avez-vous choisi vos deux comédiennes principales?

-J’ai écrit le rôle de Violette pour Emmanuelle Devos comme j’avais destiné celui de Séraphine à Yolande Moreau. Emmanuelle a accepté de s’enlaidir, de mettre un nez postiche. C’est aussi elle qui m’a suggéré Sandrine Kiberlain pour jouer Simone de Beauvoir. Beaucoup d’actrices refusent de l’incarner par crainte de ne pas être à la hauteur. Pas Sandrine. Elle était déterminée et y est allée à fond.

Film à l'affiche dans les salles romandes, dès mercredi 6 octobre.

 

 

 

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