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27/08/2013

Cinéma: "We're The Millers", humour extra-gras avec Jennifer Aniston

we-re-the-millers01[1].jpgAgressé par trois voyous qui lui piquent sa came et son fric, obligé du coup de rembourser Brad, un dangereux gangster qui est aussi son fournisseur, David Burke se retrouve dans une sale situation. Pour s’en sortir, il n’a qu’une solution: se rendre au Mexique et ramener une cargaison de drogue aux Etats-Unis.

Mais comment s'y prendre sans se faire pincer? C'est alors qu'une idée lumineuse surgit de son cerveau embrumé. Il loue un maxi camping-car, engage Rose, une stripteaseuse irascible, ainsi que Casey et Kenny, deux teen-agers débiles, histoire de se faire passer pour un bon père rentrant de vacances avec sa petite famille.

Laborieuse comédie à l’humour extra-gras et aux situations téléphonées de Rawson Marshall Thurber We’re The Millers est emmenée par une Jennifer Aniston atone, devenue donc mère bidon et fausse épouse d’un minable dealer de shit interprété par Jason Sudeikis. On peut s’en passer…

Red 2, le retour des retraités

Egalement dispensable, la suite des aventures des agents retraités de la CIA, toujours disposés à sauver la planète. Apprenant la mort de son ancien collègue Marvin, Franck Moses se rend à son enterrement avec sa compagne Sarah, sans se douter (c’est bien le seul!) qu’il va avoir de gros ennuis.

Arrêté et interrogé par le FBI au sujet d’un mystérieux "Projet Nightshade", il ne doit son salut qu’à l’intervention de Marvin qui avait simulé sa mort. Ils se lancent alors dans une course poursuite à travers le monde pour découvrir le secret du dit projet. Avec Bruce Willis, John Malkovich, Anthony Hopkins, Helen Miren, Catherine Zeta-Jones et les autres.

Films à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 28 août.

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Cinéma: Léa Seydoux et Tahar Rahim contaminés dans "Grand Central"

grand-central-tahar-rahim-lea-seydoux[1].jpgGary, un ouvrier dégourdi qui accumule les petits boulots, tombe amoureux de Karole. Jusque là rien de bien nouveau. Sauf que leur relation se déroule sur fond de radioactivité, Gary trouvant du travail dans une centrale nucléaire et d’interdit mêlé de clandestinité, Karole étant mariée avec son collègue Toni qui le chapeaute dans son nouveau boulot. Entre danger et passion, chaque jour devient une menace pour le jeune homme progressivement soumis à des irradiations de plus en plus fortes des deux côtés.

Dans Grand Central, qui fait écho au chef d’œuvre d'Alain Resnais Hiroshima mon amour, la réalisatrice Rebecca Zlotowski dresse ainsi un parallèle entre l’attirance à laquelle succombent inéluctablement les amants sous les yeux soupçonneux du mari, et le travail des décontamineurs, ouvriers les plus exposés aux radiations dans leurs combinaisons blanches qui leur donnent des airs de cosmonautes. Nous laissant ainsi découvrir un monde inconnu, sournoisement terrifiant, où des hommes côtoient la mort en permanence.

Œuvre politique et histoire d’amour

Tout en décrivant les conditions de travail inhumaines et apparemment à la limité de l’illégalité des employés, la cinéaste ne propose pas pour autant un documentaire sur les centrales nucléaires, mais revendique une œuvre politique, nécessaire selon elle après la catastrophe de Fukushima. Tournée dans une installation désaffectée en Autriche qui donne l’illusion de la réalité, elle raconte avant tout une folle passion encore renforcée par la proximité d’un danger où se mêlent les effets d’un désir irrépressible et ceux du réacteur.  

Parallèle mais aussi contraste entre cet intérieur confiné menaçant et un extérieur paisible presque idyllique en comparaison où Gary et Karole font l’amour (photo). Pour les illustrer, Rebecca Zlotowski retrouve Léa Seydoux, sublime palme d’or avec La vie Adèle et qui fut la protagoniste de son premier long-métrage Belle épine. Elle partage l’affiche avec Tahar Rahim, autre comédien parmi les lus beaux et les plus talentueux du moment.

Attachants, émouvants, ils donnent tout dans Grand Central. Avec une sensualité, une sensibilité et une justesse qui contribuent largement à la grande réussite de l’opus.

Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dés mercredi 28 août.

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Cinéma: "Jeune & jolie", Marine Vacth se prostitue chez Ozon

young-beautiful[1].jpgA l’évidence, Fançois Ozon aime enchaîner les films. Sept mois après la sortie de Dans la maison, il était déjà en lice pour la Palme d’Or au dernier Festival de Cannes avec Jeune & jolie. Un film qui dévoile la beauté et la plastique de rêve de Marine Vacth (photo), passée de mannequin à actrice. Elle incarne Isabelle, une étudiante de 17 ans  qui se prostitue. Le tout sur fond d’internet et des facilités offertes par la toile pour débusquer le client.

Loin pourtant de l’idée de François Ozon de faire œuvre documentaire, sociologique, psychologique  ou générationnelle en abordant les nouveaux moyens de communication particulièrement actifs dans l’éveil de la sexualité. S’il a mené son enquête, rencontré des policiers de la brigade des mineurs ou des psy spécialisés, c’est pour nourrir l’oeuvre en dominant la matière, de façon à mieux s’en éloigner par la suite.

Brossant le portrait d'Isabelle dans une approche impressionniste à travers quatre saisons et quatre chansons de Françoise Hardy, qui n’aime pas son choix dixit le cinéaste, celui-ci tient d'abord à raconter l'histoire d’une jeune fille particulière qui se cherche. Elle ne se prostitue ni par plaisir (il suffit de voir le look de la plupart des objets de ses passes pour s’en convaincre), ni par nécessité dans la mesure où elle vient d’une famille bourgeoise et n’a pas besoin d’argent. Mais pour se trouver.

Petite plongée dans l'univers des ados

Ozon suit donc le parcours d’Isabelle, qui commence par se débarrasser de sa virginité pendant les vacances en couchant avec un jeune Allemand de passage qu’elle jette aussi sec. Puis il se lance dans la description répétitive et assez lassante des 5 à-7 quotidiens et crapuleux de la lycéenne qui fait la pute sans états d’âme, se tapant n’importe qui contre de l’argent, même si ce n’est pas son moteur. Jusqu’au drame qu’on vous laisse découvrir.

Le sujet peut éventuellement étonner, mais il n’est en principe pas destiné à choquer, son auteur souhaitant avant tout se plonger dans l’univers des ados et leurs tourments, ce qu’il n’avait pas fait à partir de Sous le sable. C’est également dans le but de démythifier une adolescence idéalisée souvent montrée à son avis dans le cinéma français. "Je garde un souvenir plutôt douloureux de la mienne, raison pour laquelle j’ai eu envie d’en parler avec une certaine distance", remarquait-il lors de sa conférence de presse sur la Croisette.

François Ozon a rencontré de nombreuses comédiennes avant de craquer pour Marine Vacth, déjà vue chez Klapisch et Arcady et aux côtés de Vincent Cassel pour un parfum d’Yves Saint-Laurent. Jeune et jolie elle porte…  Jeune & jolie sur ses épaules avec une conviction qui n’emporte pas toujours l’adhésion.

Indifférent, introverti, mal à l’aise, secret dans son désir de se vendre, son personnage manque de chair et de sang. A l’image d’un opus certes bien mené, à la mise en scène élégante mais qui se contente trop de surfer sur l’activité se voulant scandaleuse et perverse de son héroïne pour titiller le spectateur.

Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 28 août.

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21/08/2013

Cinéma: "Jobs" évoque un génie dans un biopic...sans génie

ashton-kutcher-as-steve-jobs[1].jpgSteve Jobs disparu, on imaginait bien qu’un film sur sa vie ne tarderait pas à voir le jour. Le cinéma indépendant s'y est immédiatement attelé pour nous livrer la chose même pas deux ans après sa mort, survenue le 5 octobre 2011. Jobs est signé Joshua Michael Stern, qui s’est emparé du génie planétaire d’Apple pour nous livrer un biopic… sans génie hélas.

Il a confié au "geek" Ashton Kutcher (photo), comme il le revendique, le soin de se glisser dans la peau du grand homme dont il s'applique, après avoir regardé des centaines d'heures de vidéos sur lui, à reproduire la démarche, la gestuelle et la diction. Le réalisateur en rajoute d'ailleurs lourdement, histoire de nous montrer à quel point son protagoniste s’en tire bien…  

En fait, on se demande quelle est la réelle utilité de l’opus. Sinon de prendre de court Hollywood en se consacrant le premier au parcours et à l’ascension extraordinaires de cet innovateur hors du commun, qui a révolutionné notre manière de vivre et de percevoir le monde. Sony planche en effet également sur le sujet avec Steve Wozniak, l’autre père de la marque à la pomme. Ce qui l’a poussé à émettre des réserves sur Jobs, où son personnage est interprété par Josh Gad.

C’est aussi le cas des critiques et du public aux Etats-Unis qui ont largement boudé le film à sa sortie. Joshua Michel Stern y retrace vingt ans de l’existence de Steve Jobs, de la création d’Apple dans un garage californien à son retour triomphant à la tête de l’entreprise qu’il avait créée avant d’en être écarté. Pour en faire un formidable succès.

L'homme derrière l'icône

Tout en glorifiant l’inventeur visionnaire, le cinéaste s’attache aussi à révéler l’homme derrière l’icône. Et en dresse un portrait peu flatteur, le dépeignant comme un personnage froid, dur avec ses collaborateurs, égocentrique, asocial. Fuyant également lâchement ses responsabilités si on se réfère à sa rupture avec sa petite amie enceinte et à son refus initial de reconnaître l’enfant.

Très bien tout ça, sauf que les choses s’arrêtent au moment de la relance d’Apple, avec la sortie de l’iPod en 2001. Laissant le spectateur sur sa faim en ce qui concerne les dernières avancées technologiques de la compagnie et la maladie de son géniteur. Pour cela il faudra attendre la biographie de Sony, basée sur le bouquin à succès de Walter Isaacson et dont on doit le scénario à Aaron Sorkin.

Ce dernier avait déjà écrit celui de The Social Network consacré à Mark Zuckerberg, le fondateur de Facebook et qui avait rapporté 200 millions de dollars. C’est dire si Jobs aura affaire à la plus rude des concurrences.

Film à l'affiche dans les salles romandes dès mercredi 21 août.

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17/08/2013

Festival de Locarno: Le Léopard d'or à "Historia de la meva mort". Pauvre Casanova...

1417253_pic_970x641[1].jpgSelon le directeur artistique Carlo Chatrian, l’urgent, pour la prochaine édition, c’est de changer les chaises de la Piazza Grande! A mon humble avis, il serait plus pressant de se préoccuper d’une meilleure qualité des films, notamment en compétition. Par exemple pour primer un Léopard d’or réellement digne du précieux métal.

Ce n’est pas le cas du lauréat surprise 2013 Historia de la meva mort (Histoire de ma mort), une oeuvrette mineure qui illustre un concours bien loin de ses promesses… sur le papier. Son auteur, l’Espagnol Albert Serra (photo) nous conte les derniers jours de Casanova, dont est témoin son nouveau serviteur. 

Finies la légèreté, les mondanités, l’ambiance libertine très 18e du château français qu’il vient de quitter pour passer ses ultimes moments dans la pauvreté de l’Europe septentrionale. Où il doit faire face au pouvoir de Dracula. Et nous voici partis pour un opus à l’ancienne interminable (2h30) aussi poseur et prétentieux que lourdement crépusculaire avec référence à ce qui se passe aujourd’hui sur le Vieux Continent.

Une mention à "Tableau noir" d'Yves Yersin

Reprenant ses esprits, le jury a décerné son prix spécial à E Agora? Lembra-me du Portugais Joaquim Pinto. Vivant depuis vingt ans avec le sida et l’hépatite C, il propose une réflexion sur la survie, l’amour et l’amitié. Par ailleurs, alors qu’il a attribué le prix du meilleur réalisateur au Sud-Coréen Hong Sangsoo pour U ri Sunhi, sauvant ainsi l’honneur de l’Asie, il a eu la bonne idée de se fendre de deux mentions spéciales.

L’une va à Tableau noir d‘Yves Yersin, qui a ému aux larmes les festivaliers avec son documentaire touchant sur une école neuchâteloise condamnée à fermer, et où un instituteur pas comme les autres transforme l’enseignement en un jeu doublé d’une leçon de vie.

short-larson-stanfield[1].jpgLa seconde mention récompense Short Term 12 de l’Américain Destin Cretton, où la jeune Grace,  s’occupant d’ados à problèmes, est rattrapée par sa propre enfance douloureuse. Sa protagoniste Brie Larson (photo) a par ailleurs été sacrée meilleure actrice. Côté masculin, le trophée a été remporté par le Mexicain Fernando Bacilio, qui porte sur ses épaules l’œuvre plutôt alambiquée des frères Daniel et Diego Vega.

Du souci pour la Piazza Grande

Que la compétition demeure le parent pauvre n’est pas un scoop. En revanche on se fait du souci pour la Piazza Grande qui passe pour l’une des armes maîtresses du festival. Sur les quatorze nouveautés proposées, on n’en retient véritablement que cinq, Gabrielle, Gloria, Mr Morgan’s Last Love, avec un très craquant Michael Caine, ainsi que les films des deux Romands, Lionel Baier avec Les Grandes Ondes (à l’Ouest) et Jean-Stéphane Bron, qui a fait le buzz avec L’expérience Blocher

Pour le reste, si l’on excepte bien sûr Fitzcarraldo de Werner Herzog ou Rich And Famous de George Cukor, on s’est retrouvé avec une programmation presque aussi calamiteuse que l’an passé, entre quelques daubes américaines, une série B italienne ou encore une romance sirupeuse belgo-germanique.

Glamour et rétrospective en guise de piment

-a_star_is_born[1].jpgComme son prédécesseur Olivier Père, Carlo Chatrian a battu le rappel des stars et misé sur la rétrospective pour pimenter son édition. Bien lui en a pris, même si ce sont des arbres qui cachent la forêt. A l’image d’Otto Preminger l’an dernier, George Cukor, le maître de la comédie hollywoodienne, justifiait à lui seul le voyage au Tessin.

Rappel pour ceux qui auraient manqué l’événement, trente-cinq films de l’intégrale sont programmés du 29 août au 31 octobre à  la Cinémathèque suisse à Lausanne. De leur côté, les Cinémas du Grütli en proposent une vingtaine à Genève du 21 août au 10 septembre. A vos agendas!

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16/08/2013

Festival de Locarno: A qui le Léopard d'or pour ce cru 2013... qui n'en vaut pas le métal?

224916527_640[1].jpgEt voilà, les jeux sont quasiment faits pour la course au Léopard d'or 2013. Il ne reste plus qu’un film taïwanais en compétition A Time in Quchi. De quoi espérer encore... Je parlais en effet du côté languissant de la compétition à une ou deux exceptions près, jusqu’à l’émouvante réussite de Tableau noir d’Yves Yersin. Depuis, le concours n’a pas franchement décollé, comptant hélas davantage de bas que de hauts.

Des hauts qui n’atteignent de surcrfoît pas des sommets… Parmi ces derniers, Tonnerre de Guillaume Brac (photo). Le réalisateur français nous raconte l’histoire d’un rocker à la dérive pas très gâté par la nature. Revenu chez son vieux père (étonnant et fantasque Bernard Menez) dans sa ville natale de Tonnerre, il tombe amoureux raide dingue de la ravissante Mélodie, stagiaire dans le journal du coin. Mais la passion se transforme en une jalousie à deux doigts de la folie meurtrière lorsqu’elle le rejette pour retourner auprès d’un jeune et beau footballeur.

Filmbild_gross1[1].jpgHonorable également Mary Queen Of Scots, film en costumes du Suisse Thomas Imbach fasciné par cette figure historique. S’inspirant de Stephan Zweig, il revisite l’aventure tragique de celle dont l’ennemie mortelle, sa cousine Elisabeth, ordonna l’emprisonnement pendant dix-neuf ans avant de lui faire couper la tête. Le cinéaste qui procède par voie de lettres lues en voie off que Mary (Camille Rutherford, photo) écrit à sa rivale, compare les deux femmes à deux lionnes se battant pour le même trône. Le tout sur fond de guerres de religion renvoyant à ce qui se passe aujourd’hui.

Dans le genre boyscout et bondieusard sur les bords, à signaler Short Term 12 de l’Américain né à Hawai Destin Cretton. Particulièrement apprécié du public, il met en scène Grace, 20 ans. Elle s’occupe d’ados à problèmes dans un centre, mais est rattrapée par la violence et les abus qu’elle a  subis dans sa propre enfance.

De leur côté, les Asiatiques se contentent eux aussi de donner dans le respectable sans génie. Comme les Japonais Kiyoshi Kurosawa  avec Real et Shinji Aoyama avec Tomogui. Je n’ai pas été emballée non plus par Sangue, production italo-helvétique de Pippo Delbono, qui met en vedette Giovanni Senzani, un ancien leader des Brigades rouges récemment sorti de prison. Ensemble ils évoquent leur rapport à la mort, à la violence, aux rêves de révolution et à l’Italie en ruines.

90181[1].jpgLe choix de faire parler l’ex-terroriste a déplu au gouvernement tessinois mais a été bien applaudi par les critiques. Tout comme Educaçao Sentimental du Portugais Julio Bressane, un objet cinématographique pourtant assez plombant. Je lui préfère nettement E Agora? Lembra-me de son compatriote Joaquim Pinto (photo), dont je vous avais déjà parlé. Vivant depuis vingt ans avec le sida et l’hépatite C, il se livre à une réflexion sur la survie, l'amour et l'amitié à la fois douloureuse et pleine d'espoir. 

Reste un film roumain dédié au septième art, dont le titre peut se traduire en français par Quand le soir tombe sur Bucarest ou Metabolisme. L’œuvre et la vie du cinéaste s’entremêlent dans cet opus qui fait littéralement se pâmer certains. Je vous avouerais que ce n’est pas mon cas.

Tout cela pour vous dire qu’il m’est difficile de dénicher un Léopard véritablement digne de décrocher l’or. Et que s’il ne tenait qu’à moi, je le remballerais jusqu’à l’année prochaine. Mais évidemment, comme toujours, le journaliste propose et le jury dispose. Et tout peut arriver à Locarno, y compris un prix d'interprétation à Carla Juri, l'héroïne du dégoûtant Zones humides! Verdict samedi soir sur la Piazza Grande.

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15/08/2013

Locarno: ces coups qui font cavaler le festivalier...

images[3].jpgQu’est-ce qui fait beaucoup courir les festivaliers? Les stars, une daube américaine, une romance à sangloter dans les chaumières... et surtout le sexe, avec un sulfureux parfum de scandale à la clé. A Locarno cela fait belle lurette que les directeurs artistiques aiment miser sur la chose pour qu'on en cause. Avec succès, la preuve!

En 2000, Marco Muller avait réussi un bon  coup en sélectionnant en compétition Baise-moi de Virginie Despentes. Classé X en France, il avait rameuté la foule au triple galop. Pour sa première année Olivier Père, moins inspiré, avait appâté le client en 2010 avec  L. A. Zombie de Bruce LaBruce, lui aussi en lice pour le Léopard d’Or. Sous prétexte d’art, il nous fourguait tout bêtement un porno gore homo, mettant en scène une créature à la libido exacerbé, qui fouillait les blessures des morts de sa grotesque queue fourchue, histoire de les ramener à la vie. 

Pour ce cru 2013, le nouveau ponte Carlo Chatrian s’est sans doute dit qu’il se devait lui aussi de programmer du croustillant sous la ceinture. Il a ainsi choisi de mettre  en concours Zones humides de l’Allemand David Wnendt, adapté du best seller éponyme de sa compatriote Charlotte Roche et qui avait provoqué des remous dans le pays lors de sa sortie en 2008.

La vertu des odeurs, fluides et sécrétions

Dénonçant l’emprise pudique, hygiéniste et avilissante de la société sur les fondamentaux de l’être humain, la romancière décrit les aventures, qui se passent exclusivement à l’hôpital, d’une jeune fille  bisexuelle, adepte de pratiques anales et de plaisirs sales, prônant la vertu des odeurs, laideurs et disgrâces, le tout sur fond de fluides et de sécrétions diverses.

Si ce manifeste féministe se veut notamment un pied de nez à la mode et à notre obsession pour l’esthétique, ce n’est pas le cas du film qui s'est principalement distingué en faisant souffler un vent de cul sur le festival. Il n’en fallait pas davantage pour que l’objet fasse salle comble, tout comme la conférence de presse qui a suivi la projection. Et cela d’autant plus que l’héroïne n’est autre que la Tessinoise Carla Juri (photo), comédienne par ailleurs pleine de charme et de caractère.

Elle enfile le costume d’Helen qui entretient une relation conflictuelle avec ses parents divorcés. Espérant les réconcilier, elle utilise le sexe pour régler son problème existentiel, jouant les anticonformistes en compagnie de son amie Corinna. Evitant de trop se laver, elle écume aussi des toilettes publiques hyper crades. Souffrant d’hémorroïdes, elle ne cesse de se gratter le derrière en faisant du skate. Elle finit par se retrouver à l’hôpital après un malencontreux accident de rasage intime et tombe amoureuse de son infirmier.

Divagation parfois onirique autour des parties du corps qui puent, le film se targue prétentieusement de briser des tabous. Emmené par une rebelle bidon, il se révèle hélas faussement transgressif, faussement provocateur, minablement exhibitionniste et totalement dépourvu d’érotisme. Du pipi caca culminant dans un échange de tampons ensanglantés entre les deux copines ou dans l’histoire d’une commande de pizza copieusement assaisonnée au sperme. En bref, c’est juste dégueu!

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13/08/2013

Festival de Locarno: "L'expérience Blocher" à l'épreuve de la Piazza Grande

20101124-lunch-with~s600x600[1].jpgLes mesures de sécurité avaient été renforcées sur la Piazza Grande et dans la cabine de projection en raison de rumeurs de menaces visant à empêcher la séance du soir sous les étoiles. L’expérience Blocher de Jean-Stéphane Bron continue à provoquer des remous suite aux critiques socialistes autour de la subvention de fédérale allouée à un documentaire sur un politicien de droite.

Plus précisément le ténor de l'UDC qui a forcé le réalisateur à se poser quelques questions avant de mener son projet à terme. A commencer par celle-ci? Comment faire le portrait d’un homme dont on ne partage ni les idées, ni les méthodes, ni les idées,ni les convictions? Bron y répond avec une expérience de cinéma en mettant en place une stratégie, comme dans ses œuvres précédentes.

Il ne propose donc pas une enquête dans cette fable sur le pouvoir à valeur de document, émaillée de clins d’œil au septième art, notamment à Citizen Kane d’Orson Welles. Il nous livre avant tout un face à face inédit se déroulant essentiellement dans une voiture. Un poste d’observation pour le cinéaste qui raconte de l’intérieur, à la première personne et à partir de l’automne 2011, l’histoire du tribun zurichois en campagne pour les élections fédérales. Une façon de s’impliquer dans le processus en créant un hors-champ.

Au cours de ce périple rythmé par d’innombrables discours, de rencontres avec ses partisans, les non familiers du personnage découvrent la vie de ce fils de pasteur pauvre aux origines allemandes qui va devenir en quelques années un industriel milliardaire. Et une bête politique qui a provoqué, contre toute attente, le refus des Suisses d’entrer dans l’EEE en 1992. Le fameux dimanche noir. Et pourtant la star, accédant au Conseil fédéral en 2003 avant d'en être évincée quatre ans plus tard, a exercé une telle influence dans les années 1990 et 2000, qu’elle a profondément modifié le paysage helvétique.

Ceux qui attendent un opus agressif, à charge, réglant le sort d’un vilain bonhomme à coup de critiques ou de révélations explosives seront déçus. Ils n'apprendront même rien sur l'homme public dans ce film de cinéaste qui n'avait pas l'intention de faire un pour ou un contre. Mais de boucler en quelque sorte une trilogie commencé avec Le Génie helvétique en 2003 tourné avant la crise économique, Cleveland contre Wall Street (2010) pendant et L’expérience Blocher après. "Le fil rouge est la démocratie à travers un prisme qui est Blocher", explique-t-il à la conférence de presse.

l-experience-blocher_c_Frenetic--672x359[1].jpgEn passant dix-huit mois au contact de l’un des politiciens les plus haïs et admirés du pays, n’a-t-il pas craint de se laisser manipuler? "Non. je ne lui donne pas la parole. Je rappelle que le film s’intitule L’expérience Blocher, et non Le système Blocher. Je raconte mon expérience avec lui. Notre relation n‘a pas évolué".

Le cinéaste ne révèle pas non plus quelle a été la réaction de son "acteur" en se découvrant dans ce documentaire, se contentant de déclarer qu’il n’a demandé aucun changement. Il raconte aussi que tout ce qu’il a demandé à Christoph Blocher il l’a fait et que c’était assez jouissif.

On pénètre ainsi dans da maison, dans son intimité. On le voit nager dans sa piscine, effectuer quelques exercices, se mettre de la crème sur le visage, ou encore chanter un air d'opéra dans son château de Rhäzüns. Sa femme Silvia, qui voyage souvent avec lui, s’est également pliée à une mise en scène pour le moins surprenante. Bron la filme en train de lire dans son lit, à l’hôtel, tandis que son mari travaille à côté…

Certains ont reproché au cinéaste de glisser sur la surface, de ne pas avoir réussi à percer ses secrets, son mystère. D’avoir par exemple utilisé une voix off pour meubler, parce qu’il n’en avait pas appris autant qu’il l’aurait voulu. "Pas du tout. Encore une fois c’est une expérience, Je n’ai pas posé de questions pour en savoir plus. Je n’ai travaillé qu’avec des sources connues. Je me suis interdit d’aller au-delà. Il s’est livré petit à petit. Au bout d’un an, j’ai découvert qu’il détestait le crépuscule. Il a des angoisses vespérales".

Enfin, concernant la polémique provoquée par la gauche sur la subvention que la Confédération lui a accordée, Bron l’estime normale."Mais maintenant, j’espère qu’on va passer au débat. Le film est fait pour ça".

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12/08/2013

Festival de Locarno: pour Jacqueline Bisset, le cinéma passe aussi par l'estomac!

get[5].jpgLa plus belle femme de tous les temps... C’est ainsi que l’avait une fois qualifiée Newsweek. Une simple déclaration et non un fait, remarque modestement Jacqueline Bisset dans le quotidien officiel du festival, ajoutant qu’une telle affirmation était plutôt désobligeante pour toutes ses congénères.

La comédienne, née en 1944 en Angleterre, est venue à la rencontre du public après avoir reçu à son tour son Léopard d'Or. Comme Faye Dunaway, Anna Karina, Christopher Lee ou Sergio Castellitto, elle a évoqué sa carrière, dévoilant avec grâce, naturel et humour une part plus intime de sa personnalité à travers une foule de petites anecdotes. D’où il ressort que le cinéma pour elle passe aussi par l’estomac.

Il est clair qu’elle aime manger et boire. Ses souvenirs de tournage sont liés à un verre de vin, à la découverte du pernod, au bonheur de désobéir à un cinéaste, qui avait interdit l’alcool à ses protagonistes, en descendant quelques margaritas en douce. Aux repas pris en commun. "Pas seulement parce qu’on se nourrit. La pause, c’est aussi un moment privilégié pour discuter avec ses partenaires".   
 
get[1].jpgAlors qu’on a pu la voir à Locarno dans Under The Vulcano (1984) de John Huston, elle est aussi la vedette de Rich And Famous (1981), dernier film de George Cukor à qui le festival consacre sa rétrospective 2013. Jacqueline Bisset l'a redécouvert avec un immense plaisir sur l’écran géant de la Piazza grande et se déclare fière d'avoir coproduit cet opus dont elle a adoré le scénario.

C’est avec le célèbre réalisateur qu’elle a appris le langage du corps. "Au début les acteurs sont rigides. Ils se cachent derrière des gestes. Puis ils se détendent et les oublient. Ils avaient intérêt car Cukor détestait les poseurs. Avec lui, la seule difficulté c’était son obsession de la rapidité tant il craignait de perdre les spectateurs en ralentissant le rythme. Plus vite, plus vite ne cessait-il de nous répéter. S’il avait eu un fouet,  il s’en serait servi… "

Mais avant d’en arriver là, Jacqueline Bisset a rappelé ses débuts, précisant qu’elle n’avait jamais été mannequin, ainsi que tout le monde le prétend. "Pendant cinq mois, j’ai essayé de gagner un peu d’argent en faisant des photos. Ce n’est pas cela être un mannequin. D’ailleurs je n’étais pas bonne. Mais j’ai eu l’occasion de rencontrer de fantastiques photographes qui m’ont enseigné l’importance de la lumière".

De fil en aiguille, elle s’est retrouvée à jouer des petits rôles dans Cul de sac (1966) de Roman Polanski aux côtés de Catherine Deneuve et dans Voyage à deux de Stanley Donen l’année suivante, où elle donnait notamment la réplique à Audrey Hepburn. Une Audrey qui, à son désespoir, ne mangeait qu’une tomate et un peu de pain à déjeuner…

nuit_americaine_1973-2[1].jpgL’actrice raconte aussi sa collaboration avec François Truffaut dans La nuit américaine (1973). Elle se demandait en fait pourquoi il l’avait engagée. "J’étais une sorte de hippie qui vivait sur la plage. Mais il avait pris sa décision après m’avoir vue dans The Mephisto Waltz. J’ai ainsi eu l’impression d’être vraiment choisie par lui et non par le directeur du casting. Et c’est un bon sentiment. Toutefois  là encore s’est posé un petit souci de bouffe, Truffaut n’étant pas intéressé par la cuisine. En plus il ne buvait pas...

Dans le même ordre d’idée, elle pense que la réputation d’un Chabrol grand gastronome était surfaite. Elle ne semble pas non plus avoir beaucoup apprécié son rôle dans La Cérémonie (1995). Alors qu’elle avait été immédiatement traumatisée en débarquant dans un hôtel qui lui faisait penser à celui de Shining,  elle se sentait comme une poupée dans cette peau de bourgeoise que Chabrol lui avait assignée… "Nous n'avons pas eu une relation chaleureuse. Non seulement Il ne laissait pas place à l’improvisation, mais comme il détestait les bourgeois, à la fin il nous a tous tués!"

Une occasion pour elle de définir les qualités principales d’un réalisateur. "C’est le grand-père du plateau. Il doit être chaleureux, ouvert, capable de capter les moments de vérité, permettre aux acteurs de répéter, les respecter, voire les aimer. "Certains s’en foutent et ne sont franchement pas cool. A se demander pourquoi ils font ce métier."

Ce n'est pas le cas d'Abel Ferrara, avec qui Jacqueline Bisset vient de tourner Welcome to New York, adaptation apparemment scabreuse de l’affaire qui a provoqué la chute de DSK, l ’ex-directeur cavaleur du Fonds monétaire international. Elle incarne Anne Sinclair, aux côtés de Gérard Depardieu.

Du film, l’actrice ne révèle pas grand-chose, mais trouve Ferrara tendre sous sa carapace de New Yorkais sauvage. Elle chante par ailleurs les louanges  de Depardieu. "Nous nous sommes bien entendus. C’est un charmeur, un homme attachant, généreux, enthousiaste, déployant une énergie phénoménale et montrant un énorme appétit de vivre". On ne s'étonnera pas qu'elle ait dîné avec lui.  Un convive qui a dû lui plaire, le grand Gérard ne s’étant à coup sûr pas contenté d’une tomate avec du pain! 

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11/08/2013

Locarno: les Suisses Lionel Baier et Yves Yersin dopent le festival

ROUSSEAU_201_Lionel_Baier[1].jpgC’est assez rare pour être signalé. Alors qu’il pédalait un peu mollement, le festival vient de passer à la vitesse supérieure grâce à deux cinéastes suisses. Avec une comédie jubilatoire, Les Grandes Ondes (à l’Ouest), Lionel Baier (photo) propose le meilleur film vu jusqu’ici sur la Piazza Grande, tandis qu’Yves Yersin, en lice pour le Léopard d’Or, nous touche au cœur avec Tableau noir, un documentaire sur une petite école neuchâteloise menacée de fermeture.

En deux mots, Les Grandes Ondes (à l’Ouest) nous ramène à avril 1974, où Julie la féministe et Cauvin le reporter de guerre sont dépêchés au Portugal pour faire un reportage sur l’aide économique suisse. Ils sont accompagnés de Bob, un technicien proche de la retraite qui ne quitte pas sa camionnette Volkswagen. Sur place la tension monte et rien ne se passe comme prévu. Décidés à rentrer à Lausanne, ils se retrouvent en pleine révolution des Oeillets.

Le talentueux Lionel Baier s’est appuyé des faits et des personnages  réels pour réaliser cette fiction à la mise en scène très maîtrisée, pleine d’humour, portée par d’excellents comédiens comme Valérie Donzelli, Michel Vuillermoz, Patrick Lapp. Fidèle à sa réputation, ce dernier n’a pas manqué d’amuser la galerie lors de la conférence de presse en décrivant un tournage infernal, dirigé par un mégalomane fou doublé d’un tyran. Ajoutant que s’il faisait un film sans lui, il crèverait les pneus de toutes ses vieilles voitures...

L’intérêt de cette comédie enlevée, c’est aussi son ton. Cette liberté frondeuse que restitue le réalisateur à travers sa reconstitution des années 70, temps d’un soulèvement portugais qui s’est étendu à d’autres pays. D’où la dimension politique qui renvoie également à ce qui se passe aujourd’hui.

"En 1992, le refus  de la Suisse d’entrer dans l’Europe a été un choc pour ma génération", remarque Lionel Baier, qui avait alors 17 ans. L’idée de l’Europe m’a construit. Ce qui se passe depuis trois ou quatre ans, la façon dont on traite les Portugais, les humiliations subies par les Grecs, les Italiens, les Espagnols, tout cela m’angoisse profondément. Je ne suis pas un cinéaste engagé, mais ce film est pour moi une piqûre de rappel".

Du coup, on attend avec impatience voir le cinéaste vaudois poursuivre dans son idée de tétralogie qui, après Comme des voleurs (à l’Est) et Les Grandes Ondes (à l’Ouest), le conduira tout naturellement au Nord (Grand-Bretagne et Danemark) et au Sud, en Italie.

"Tableau noir", une leçon de vie

get[1].jpgOn change complètement de registre, mais on garde la qualité avec Tableau noir, qui marque le grand retour à l’écran d’Yves Yersin, le fameux auteur de "«Les petites fugues" en 1979. On pouvait craindre qu’il ait perdu la main. Il prouve le contraire avec cette remarquable chronique scolaire à Derrière-Pertuis, un hameau perché sur les crêtes du Jura, dans le Val-de-Ruz.

Yves Yersin a filmé pendant un an une douzaine d’élèves de six à douze ans, partageant la même classe. On pense évidemment à Etre et avoir du Français Nicolas Philibert qui avait entrepris la même démarche en 2002. Mais Tableau noir n’a rien d’une copie. Il nous laisse découvrir un merveilleux instituteur et sa manière exemplaire, unique, d’enseigner. De l’orthographe au calcul en passant par l'apprentissage de l'allemand, la découverte de la nature, de la spiritualité, tout se transforme en un jeu passionnant doublé d’une véritable leçon de vie.

Toujours justes, naturels, attachants, souvent irrésistibles, les enfants sont évidemment les premiers protagonistes de la grande réussite de l’œuvre qui vous fait passer deux heures de pur bonheur. Et d’émotion. On ne peut s’empêcher de verser une petite larme à la fin, quand l’école condamnée ferme et que le professeur licencié s’en va. C’est voulu, mais on marche. A fond.

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