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24/05/2013

Festival de Cannes: "La vie d'Adèle" pour une Palme d'or

La%20Vie%20d'Adèle_0[1].jpgContrairement aux stars américaines, le réalisateur franco-tunisien Abdellatif Kechiche qui vivait sa première à Cannes avec son cinquiuème film et ses deux sublimes héroïnes n’avaient pas rameuté la grande foule en conférence de presse.

Et pourtant ce sont bien eux qui nous ont procuré jusqu’ici  la plus formidable émotion du festival en nous racontant la plus bouleversante des histoires d’amour vues au cinéma depuis longtemps. Un pur joyau de trois heures qui passent comme un éclair.

La révélation cannoise Adèle Exarchopoulos et Léa Seydoux sont évidemment pour beaucoup dans la réussite de l’œuvre. Elles mériteraient le prix d’interprétation pour leur extraordinaire prestation dans cette torride passion homosexuelle, magnifiquement mise en scène.
 
Coup de foudre se muant en liaison, puis en rupture sur fond d’éducation, de transmission, ce film toujours vrai, juste, sous tension érotique extrême, contraste avec la platitude de certains autres prétendants à la Palme d’or. Il est librement inspiré de la bande dessinée de Julie Maroh, Le bleu et une couleur chaude.

On y suit Adèle, une très jolie fille de 17 ans. Exaltée par la lecture de La vie de Marianne de Marivaux, elle sort avec des garçons, mais n’est pas très emballée par une brève aventure avec l’un d’eux. Sa vie de lycéenne bascule alors en rencontrant dans un bar lesbien Emma, un peu plus âgée qu’elle. Adèle succombe follement à cette jeune femme aux cheveux bleus qui veut devenir peintre et lui fait découvrir le désir.

Une confiance aveugle en leur réalisateur

Terrassées, toutes les deux se laissent emporter par l’ivresse et la violence irrépressible des sentiments qui culminent dans de sulfureuses scènes sexuelles, mais dont le côté sculptural des corps et la grâce des visages font oublier la crudité. Un total don de soi de la part des deux actrices, avouant  non seulement leur confiance aveugle en Abdellatif Kechiche, mais leur grosse envie  de travailler avec lui.

Adèle Exarchopoulos a parfois oublié la caméra tant elle se sentait libre. Ce n’est pas  vraiment le cas de Léa Seydoux qui entretient un rapport particulier avec l’objectif. "On a tourné très longtemps et il nous arrivait d’avoir des fous rires. C’était un challenge". Rappelant un rôle osé, elle avouait sa fébrilité à l’idée de voir ces scènes dans la grande salle de l’Auditorium Lumière. "Cela s’est fait dans des conditions particulières, c’était assez éprouvant et cela va provoquer c’est sûr".

De son côté, le cinéaste dédramatise en  évoque la notion de jeu. "En plus de la beauté de l’acte en soi, c’est amusant pour des acteurs de jouer quelque chose qui ne leur appartient pas".

Interrogé sur la  coïncidence du sujet avec le battage autour de l’égalité des droits et du mariage gay, Kechiche répond que ce contexte politique n’existait pas quand il s’est lancé dans l’aventure de La vie d’Adèle. "Je n’ai pas réalisé un film militant sur l’homosexualité. Mais s’il est vu de cette manière, cela ne me dérange pas".

Serait-il prêt à procéder à des coupes pour le vendre dans des pays qui ont d’autres manières d’aborder l’amour ou le sexe? "Je considère qu’un film sert à exprimer quelque chose d’artistique. On m’a parfois demandé des coupes à cause de la censure. Je n’ai pas envie qu’un film ne soit pas vu à cause d’une scène. Je peux donc faire des compromis".

Cela dit, l'opus est par exemple déjà vendu aux Etats-Unis parfois à cheval sur la morale, mais il n’y a eu jusqu’ici pas une seule demande dans ce sens.

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