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27/11/2012

Sorties cinéma: "More Than Honey" pour sauver les abeilles

more-than-honey-poster-fr-180[1].jpgCinéaste suisse-alémanique, Markus Imhoof s’est largement fait connaître en 1981 grâce à son film majeur La barque est pleine (Das Boot ist voll), évoquant la douloureuse histoire de réfugiés qui avaient réussi à passer la frontière suisse pendant la Deuxième Guerre mondiale. Après une assez longue absence, il revient avec More Than Honey, un documentaire sur la mort des abeilles qui a fait un tabac sur la Piazza grande, où il a conclu en août dernier le Festival de Locarno.

Beaucoup de scientifiques, de chercheurs et d'experts se sont penchés sur la disparition mystérieuse de millions d’abeilles depuis une dizaine d’années. Une énigme d’autant plus urgente à résoudre qu’elles constituent un rouage irremplaçable de l'agriculture, un tiers de notre nourriture dépendant directement de la pollinisation de nos aliments.

Dans une tentative d’explication de ce phénomène d’effondrement des colonies hypothéquant l’avenir de l’espèce humaine, Markus  Imhoof, commençant par son propre passé, a fait pendant cinq ans deux fois le tour du globe. Il s'est rendu en Californie, en Australie et en Chine, l'un des pays le plus touché, particulièrement dans la province du Sichuan où les abeilles ont déjà disparu, forçant les ouvriers à féconder eux-mêmes à la main les fleurs des poiriers.   

Les raisons de ce déclin angoissant sont multiples. Il y a les pesticides, les insecticides, les maladies, les virus, les acariens varroas, la pollution, la déprédation de l'environnement. Sans compter la rupture, par l’homme âpre au gain, du lien qui unit l’abeille à la fleur. Par interférence manuelle, mécanique ou génétique.

Il y a aussi la consanguinité. Sélectionnées de manière à ne plus piquer, domestiquées, les abeilles ont perdu de leurs capacités de résistance. Mais tout espoir n’est pas perdu. On peut les sauver, les rendre plus fortes et moins malades, en améliorant leur patrimoine avec des insectes mellifères sauvages existant encore en Australie. On compte aussi beaucoup sur l’abeille tueuse d’origine africaine, dont des essaims formés de spécimens très agressifs et robustes, échappés des laboratoires, sont en train de coloniser l’Amérique du Nord.

Tout en tirant la sonnette d'alarme, l’enquêteur Markus Imhoof propose un grand documentaire aux images saisissantes, nous emmenant au coeur des ruches. Il a pour thème central l'éternel conflit entre l’évolution et la civilisation, le rapport de l’homme avec la nature et son côté apprenti-sorcier. Passionnant.


The Rise Of The Guardians

37136.thumb[1].jpgDeux mots sur le traditionnel film de Noël pour enfants sorti des studios DreamWorks. Emmenés par Jack Frost, gamin ingénieux et rebelle mais fatigué d’être invisible aux yeux des autres, le Père Noël, le Lapin de Pâques, le Marchand de sable et la Bonne Fée s’unissent contre le Croquemitaine.

Esprit maléfique, le méchant Pitch veut régner par la peur sur un monde voué aux ténèbres. Les gentils vont donc oublier leur ego et jouer les héros pour protéger les espoirs, les rêves, l’univers merveilleux et l’imaginaire des gosses.

Rien à dire sur les qualités techniques et certaines superbes scènes de The Rise Of The Guardians (Cinq légendes), animation par ordinateur qui bénéficie d’un budget colossal. Beaucoup moins convaincants en revanche l’histoire et les messages sirupeusement moralisateurs quelle renvoie. A qui d’ailleurs? Ce genre de super-héros n’est pas franchement la tasse de thé des ados. Quant aux petits, ils vont avoir du mal à comprendre une intrigue parfois inutilement tarabiscotée. En 3 D, évidemment.

Films à l’affiche dans les salles romandes dès mercredi 28 novembre.

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Sortie cinéma: "The Artist Is Present", époustouflante performance

20320370.jpg-r_160_240-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx[1].jpgDeux simples chaises face à face au milieu d’une vaste pièce. Sur l’une une femme, immobile, silencieuse, sur l’autre une personne du public en relayant une autre, puis une autre et encore une autre se regardent sans parler. Au début aussi longtemps qu'elles le souhaitent. Ou le supportent. Plus brièvement ensuite, en raison de l'allongement des files et du nombre des candidats...

Drôle d'idée, pas très affriolante a priori. Et pourtant, 750.000 visiteurs se sont rués au MoMA de mars à fin mai 2010, pour participer à l’incroyable performance imaginée par la reine du genre, Marina Abramovic (photo). C’était le sujet principal de la rétrospective, occupoant plusieurs étages, qui lui était consacrée par le célèbre musée newyorkais. 

Certains ont attendu toute la nuit, d’autres plus de dix heures. Se précipitant dès l’ouverture des portes, pour dénicher un ticket, précieux sésame qui leur permettrait d’occuper la chaise vide tant convoitée et d’engager un échange muet, les yeux dans les yeux, avec l’artiste. 

Trois mois, six jours par semaine, sept heures et demie par jour

Inimaginable en sachant que la majorité des gens passent rarement plus de 30 secondes devant un tableau, aussi célèbre soit-il. Plus incroyable l’exploit physique et mental de l’artiste, 63 ans alors, vêtue d’une très longue robe rouge sang ou blanche comme neige, restée assise sous le feu des projecteurs et de la foule sans boire, manger, ou bouger pendant trois mois, six jours par semaine, sept heures et demie par jour.

L’oeuvre et l’artiste, 63 ans alors, figurent au centre de The Artist Is Present, un premier film signé Matthew Akers. Après s’être documenté pendant dix mois sur les moindres faits et gestes de l'existence de Marina Abramovic, il dresse un portrait intimiste et inédit. L'accompagnant avant, pendant et après la rétrospective, s’appuyant sur des entretiens avec elle, ses collaborateurs, ses amis et ses fans, il nous laisse découvrir une icône glamour venue de Belgrade.

Provocante, séduisante, produisant un travail hors norme depuis quarante ans, elle est connue pour utiliser sans limite son propre corps comme moyen d’expression et se livrer à des mises en scène audacieuses, voire choquantes, où domine la nudité. Très controversée, qualifiée d’alternative, elle rejette cette étiquette et veut que la performance soit une véritable forme artistique.

Extraordinaire, sinon concluante, celle menée au MoMA s’est pour le moins révélée surprenante en regard de l'étonnant nivellement social qu’elle a provoqué, mêlant des gens de tous genres, de tous âges, de tous milieux et de toutes origines.

Radical, hynotique, dérangeant, ce "dialogue direct des énergies" a par ailleurs déclenché des émotions rares chez beaucoup des vis-à-vis de Marina Abramovic, allant du sourire lumineux aux larmes, tout en passant par d'autres manifestations de sldération, de souffrance, de bonheur, de plaisir, d’apaisement. Montrant par là que le public était partie intégrante de l’accomplissement d'une oeuvre qui ne se distingue pas de sa vie.  

Film à l’affiche dans les salles romandes dès le 28 novembre.

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Sortie cinéma: "Au-delà des collines" laisse entrer le diable au couvent...

28c669c4-3303-11e2-8b8c-bebc0bbc3090-493x328[1].jpgEn 2007 Cristian Mungiu décrochait la Palme d’Or pour 4 mois, 3 semaines, 2 jours. En mai dernier, il revenait sur la Croisette avec Au-delà des collines pour nous plonger, pendant 2h30, dans le rude quotidien d’un couvent orthodoxe. Séduisant à nouveau le jury, il  remportait le prix du scénario, tandis que ses deux héroïnes principales, Cosmina Stratan (à droite sur la photo) et Cristina Flutur étaient sacrées meilleures actrices.
 
Alina, une jeune Roumaine de 25 ans, vient voir Voichita, son amie d'enfance avec qui elle a eu une petite relation amoureuse à l'orphelinat. Elle la supplie de rentrer avec elle en Allemagne. Mais la vie de Voichita a bifurqué sous l’influence d’un pope hirsute, ultra rigoriste, aux méthodes d’un autre âge. Depuis leur séparation, c’est à Dieu qu’elle s’est donnée. Un rival de taille. Alina décide quand même de rester un peu, dans  l’espoir de convaincre son amie de changer d’avis. En vain. 

Entre prières et corvées domestiques, la jeune femme a du mal à se plier aux règles dans ce monde clos, silencieux, sans électricité, perdu dans un paysage hivernal, désolé, désert.

De plus en plus minée par le désespoir, la frustration et la rage, Alina profane le mausolée, jette l’icone par terre, critique violemment le rituel. Des comportements violents qui laissent penser au prêtre qu’elle est possédée par le diable. Il s’agit dès lors de protéger la communauté. Sous le regard impuissant d’une Alina désemparée et la complicité servile des autres membres, l’intruse est séquestrée, bâillonnée, attachée à une croix…

L’histoire, brutale, se base sur des faits authentiques qui s’étaient déroulés en Moldavie en 2005 et où une jeune nonne schizophrène fut retrouvée morte suite à un exorcisme. Cristian Mungiu dépasse ce fait divers tragique pour parler de la pratique de la religion, d’amour, de libre arbitre, et de tous ces éléments qui déterminent notre destin, comme l’endroit où l’on est né, le milieu où on évolue, l’éducation qu’on a reçue.

Avec ce film magnifiquement porté par Cosmina Stratan et Cristina Fultur, le cinéaste roumain livre une œuvre dense, originale, sous tension, à la mise en scène à la fois simple, sobre et puissante.

Film à l'affiche dans les salles romandes dès mercredi 28 novembre.

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26/11/2012

Ski: match au couteau entre la RTS et Eurosport...

topelement[1].jpgC’est toujours avec un plaisir sans mélange que je retrouve le ski à la télé. Bien que ces malheureux Helvètes fassent franchement pitié pour l'heure. Tir groupé en queue de classement dans les deux premières courses de vitesse, à l'image d'un Didier Défago (photo) portant non seulement tous les espoirs de la nation, mais n'ayant jamais attaqué la saison dans d'aussi bonnes conditions...

Au secours! Pour ne rien vous cacher, je n imaginais pas que j’allais ressentir aussi cruellement l’absence de ce brave Didier Cuche.

De quoi se dire que décidément, partout où on se tourne on se rend compte que l'Helvétie n’a que des arbres qui cachent les forêts. A commencer évidemment par le tennis où, lorsque la légende fera ses valises, on n’aura plus que les yeux pour pleurer.

Rien de tel en revanche et heureusement chez les commentateurs, qui ont débarqué plutôt en forme sur les ondes. Bien que Fabrice Jaton orphelin de la flèche des Bugnenets me semble un chouïa déboussolé, et du coup un poil au-dessous de ses meilleures performances. Mais nul doute qu’il va peaufiner la chose au fil des épreuves.

Et il a intérêt, car Eurosport paraît prêt à livrer un match au couteau avec la RTS dans le domaine. Certes l’inénarrable William Besse, qui continue à faire se retourner Molière dans sa tombe, a pris une belle option sur la victoire. Dans son style inimitable, il nous déclarait par exemple dimanche lors du super-G de Lake Louise: "La piste n’est pas difficile, mais elle est difficile à être vite… Surtout quand tu dois recréer un ski…"

Admettez que face à un tel talent, il n’est pas simple de régater côté français. On ne s’est pas moins donné du mal pour y arriver. Consultante pour la chaîne, Christelle Pascal se livrait elle aussi à une étude extraordinairement pointue du comportement des skieuses tricolores, qui avaient tendance à "mettre la charrue devant les bœufs"  défaut rédhibitoire leur interdisant de "claquer une bonne manche". Complétant son analyse d’un ton péremptoire, en n'hésitant pas à affirmer que dans le ski "beaucoup de choses se jouent par les pieds… "

Dément, le scoop. Et on n’en est qu’au tout début des hostilités. Avouez que ça promet!

17:22 Publié dans Les pieds dans le plat | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | | | Pin it! |

20/11/2012

Sortie cinéma: "War Witch" se penche sur les enfants soldats

AFP_120218_u15qv_nguyen-mwanza-rebelle_sn635[1].jpgParticulièrement éclectique, le cinéma québécois continue à se bien porter et à surprendre. Après des films aussi différents que Monsieur Lazhar ou Laurence Anyways, War Witch s'intéresse aux enfants soldats. Jeune Africaine de 14 ans, Komona raconte sa vie à l’enfant, produit d’un viol, qu’elle porte depuis son enlèvement par une armée rebelle qui l’a obligée à faire la guerre. Le seul qui l’aide, la protège et l’écoute est le Magicien, un albinos de 15 ans qui veut l’épouser. Bravant leurs redoutables chefs, Komona et lui s’évadent pour essayer de vivre leur passion.

Film sur la résilience, la rédemption et la quête de la lumière, War Witch ou Rebelle illustre jusqu’à l’horreur la terrible existence des enfants soldats. Au départ, le premier réflexe du réalisateur Kim Nguyen fut d'ailleurs de dénoncer cette situation. Mais tout en se nourrissant de faits réels, le jeune cinéaste québécois s’en est détaché pour proposer une histoire d’amour entre deux jeunes gens pris dans un monde de violence.

Mais cette fable humaniste, mélange également de lyrisme, de poésie et d'apparition de fantômes, ne se veut jamais misérabiliste. Elle montre une adolescente qui, à l’image de ses petits camarades, manifeste une incroyable force et ne cesse de vouloir s’en sortir.

Lors d'un récent passage à Genève, Kim Nguyen a évoqué son quatrième long-métrage, qui va représenter le Canada à la prochaine cérémonie des Oscars.

Vous le portez en vous depuis une dizaine d’années. Pourquoi une si longue gestation?

Pour plusieurs raisons, la plus simple étant qu’écrire prend du temps! Mais revenons à la base où il y a de vrais témoignages et  surtout l’histoire de ce gamin de neuf ans, en Birmanie, qui s’est réveillé un beau matin en déclarant qu’il était la réincarnation de Dieu. Suivez mes enseignements, disait-il aux soldats et vous ne mourrez pas.

Et que leur est-il arrivé?

Rien, ainsi qu'il l’avait affirmé. Pendant six semaines. J’ai alors fait des recherches sur les enfants soldats et décidé de situer le récit en Afrique subsaharienne. En plaçant au centre une adolescente, Komona, dont j'ai adopté le point de vue. Il s'agit d'une non-professionnelle, à l'image des autres  protagonistes, ce qui pour moi est un avantage. Ils évitent l’autoanalyse…

Le rôle de Komona est joué par Rachel Mwanza (photo avec son réalisateur), qui a décroché l’Ours d’argent de l’interprétation à la dernière Berlinale. C’est une actrice née. Comment l’avez-vous trouvée?

Dans la rue à Kinshasa. Pour les besoins d’un documentaire, un millier d’enfants avaient été auditionnés et quelques-uns sélectionnés, dont Rachel. Elle avait 13 ans et habitait chez un caïd qui la contraignait à voler. Du coup elle est devenue une grande bagarreuse. Et comme vous dites une actrice née. Elle a un talent fou, un naturel incroyable, n’a pas peur de la caméra. Elle est aussi d’une rare nonchalence. Elle ne se prépare pas. C’est une instinctive. Elle a transcendé le scénario.

Vous avez choisi de tourner au Congo, où vous avez passé plus de quatre mois. Un sacré défi.

Il est vrai que Kinshasa est une des villes les plus dangereuses du monde et nous avons souvent eu très peur. Mais ce n’était pas pour jouer les kamikazes.  Cela m’a permis de remettre nos problèmes occidentaux en perspective et de réaliser à quel point nous dépendons des ressources du tiers-monde. En l’occurrence du coltan, dont 80% proviennent du Congo. C'est un métal rare qu’exploitent les compagnies minières et qui entre dans la fabrication de nos portables. Nous sommes donc en partie responsables des conflits dans la région.

Film à l'affiche dans les salles romandes dès mercredi 21 novembre.

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Sortie cinéma: "Thérèse Desqueroux", le dernier défi de Claude Miller

20183107.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx[1].jpgSpécialiste de l’adaptation littéraire, Claude Miller, mort le 5 avril dernier, avait décidé pour son dernier film de porter à l'écran Thérèse Desqueroux, le chef d’œuvre de François Mauriac. Publié en 1927, le roman avait déjà tenté Georges Franju et avait valu à Emmanuelle Riva le prix d’interprétation à la Mostra de Venise en 1962.

Un double défi à relever pour Claude Miller, qui a fait appel à Audrey Tautou pour incarner la fascinante Thérèse. Personne ne remplacera Emmanuelle Riva, mais le choix se révèle plutôt judicieux, la comédienne se montrant convaincante dans le rôle de cette avant-gardiste de l'époque à l'allure un peu austère, de cette intello qui a lu quelques livres, élevée par un père radical, exaltée mais froide, mère indifférente, pleine d‘idées folles mais décidée à les refouler et croyant vraiment que le mariage allait la rendre heureuse. 

Avide de liberté, elle ne tarde pourtant pas à étouffer sous le poids des conventions bourgeoises dans l’environnement de ces Landes où on arrange les mariages pour unir les terres et allier les familles. Elle tente, sans le haïr vraiment, d’empoisonner son mari Bernard à l’arsenic. Pour éviter l’éclatement du scandale et alors que tous la savent coupable, Bernard, de connivence avec son beau-père et l'avocat, la disculpe devant le tribunal qui prononce un non-lieu.

Le roman commence tandis que le procès se termine. Puis, le narrateur opère un retour en arrière pour évoquer le parcours de Thérèse, suggérant ce qui l’a poussée à cette tentative de meurtre. La jeune femme se rappelle alors son adolescence joyeuse avec la jeune Anne, le mariage avec  son demi-frère, sa déception sentimentale en se voyant réduite à la maternité, sa cruelle intervention pour détruire l’amour qu’Anne voue à un bel étudiant juif bordelais en vacances, la naissance de sa fille…
 
Et surtout le jour où elle surprend son mari, stressé par un gros incendie menaçant leur maison, à avaler deux fois la dose d’un médicament à base d’arsenic. Ces doses qu’elle augmentera chaque jour, jusqu’au moment où le médecin découvre une ordonnance falsifiée et porte plainte.…
 
Hostile au flash back, Claude Miller a lui complètement renversé la structure, estimant que l’histoire était parfaitement racontable d’une façon linéaire. Qu’elle en prenait même de la force et permettait de se sentir plus proche de Thérèse. Il a pris d’autres libertés avec le livre, à commencer par le personnage de Bernard, qu’il rend moins brutal, moins rustre, moins dur, moins moche.

Alors que le rôle était tenu par Philippe Noiret il y a cinquante ans, c’est Gilles Lellouche qui s’y colle. Il surprend par une bonne interprétation, presque à contre-emploi, de ce mari hypocondriaque, attaché aux valeurs familiales, qui dans le fond semble aimer sa femme et préfèrera le faux-témoignage à la souillure de son nom.

Ce remake de Thérèse Desqueroux, d’une facture très académique, n’est pas le meilleur de Claude Miller. Mais tout acquis à Thérèse, il porte un éclairage et un regard intéressants sur la condition féminine dans les années 20. Donnant aussi très envie de (re)lire le roman de Mauriac et de (re)voir l’adaptation de Franju.

Film à l’affiche dans les salles romandes dès le mercredi 21 novembre.

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Sortie cinéma: Clint Eastwood revient jouer l'acteur

20120920-trouble-with-the-curve-02-x306-1348152462[1].jpgEn attendant de tourner le remake d'Une étoile est née, Beyoncé s’étant retirée du projet, Clint Eastwood repasse avec bonheur devant la caméra. A 82 ans, c'est la première fois qu’il refait l’acteur depuis 2008 et le formidable Gran Torino qu’il avait réalisé et qui devait être sa dernière prestation de comédien. A travers un vétéran de la guerre de Corée rongé par la culpabilité, veuf aigri et xénophobe, le cinéaste se penchait, rapppelons-le, sur une Amérique profonde minée par les conflits communautaires, tout en explorant le côté sombre de son patriotisme.

Rien de tel dans Trouble With The Curve, même si on retrouve un peu du personnage de loup solitaire, grognon et râleur impénitent. Il incarne Gus, un recruteur de baseball à l’ancienne qui éprouve douloureusement l’âge de ses artères, avec ses problèmes de prostate et la perte progressive de la vue.

A trois mois de la fin de son contrat, il entreprend un ultime voyage à Atlanta dans le but de dénicher un de ces génies dont il a toujours eu le secret. Et tente d’en profiter pour se réconcilier avec sa fille Mickey qu’il a toujours négligée mais qui, inquiète, est venue lui donner un coup de pouce. Un découvreur de talents de la nouvelle génération complète le trio.

Fidèle assistant du réalisateur sur sept films, son ami et producteur Robert Lorenz signe là un premier long-métrage au scénario cousu de fil blanc et à l’action téléphonée du début à la fin. Qu’il s’agisse de la capacité à réagir du vieux singe qu'on veut mettre au rancart mais à qui on n’apprend pas à faire la grimace, de ses retrouvailles avec son enfant, en passant par la romance de celle-ci avec le jeune recruteur.

Mais dans le fond on se moque un peu de cet aspect mièvre et convenu, tant l’attachant et irrésistible Clint Eastwood fait bien le job. Dans le registre autodérision et humour acerbe, il est de surcroît en pleine harmonie avec Amy Adams, parfaite en fille prétendument mal aimée qui se noie dans son travail d’avocate pour oublier le père absent. On est moins convaincu par Justin Timberlin, sorte de pièce rapportée et pas aussi séduisant qu’on le laisse croire.

Film à l’affiche dans les salles romandes dès le mercredi 21 novembre.

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Sortie cinéma: "The Impossible" nous plonge dans l'enfer du tsunami

339415-affiche-francaise-the-impossible-150x200-1[1].jpgLe 26 décembre 2004, un séisme sous-marin d’une violence exceptionnelle déclenchait des raz-de marée dévastateurs dans une grande partie de l’océan indien, tuant et portant disparus plus de 280.000 personnes. Un bilan humain dépassant tout ce qu'on connaissait dans le domaine des catastrophes naturelles. Parmi les innombrables endroits submergés, la côte ouest de la Thaïlande, où des murs d’eau se sont abattus, faisant près de 9000 victimes.

Henry, sa femme Maria et leurs trois fils, Lucas, Simon et Thomas, sont venus passer les vacances de Noël dans un hôtel de luxe de l’un ces villages côtiers. Ils seront pris en quelques secondes dans l’enfer du tsunami. Séparés les uns des autres, blessés, ils luttent pour survivre et se retrouver au milieu de centaines de milliers d’autres personnes. C’est ce que raconte le film de Juan Antonio Bayona en s’inspirant de l’histoire vraie et hallucinante d’une famille espagnole, les Alvarez Belon.

Dans The Impossible, les protagonistes sont anglais. Ewan McGregor dont le personnage travaille au Japon et Naomi Watts, un médecin, jouent les parents aux côtés des trois garçons Tom Holland, Oaklee Pendergast et Simon Joslin.

Ce matin-là, c’est le bonheur parfait au bord d'une plage idyllique. Papa et les enfants jouent à la piscine sous le soleil, tandis que que maman se prélasse dans son transat. Mais soudain un sourd grondement se fait entendre, des oiseaux s’envolent en criant… Et puis la vague déferle, noire, gigantesque, meurtrière. Un cauchemar. Henry attrape les deux plus jeunes, mais la violence des flots le force à lâcher prise. Engloutie, percutée par les débris, Maria refait surface pour voir son aîné à quelques mètres d’elle, emporté par le courant...

Avec ce genre de sujet, abordé de surcroît sous forme de mélodrame hollywoodien, on pouvait craindre le pire, à savoir la volonté du réalisateur de nous noyer à son tour sous des torrents de sentimentalisme lacrymogène. Juan Antonio Bayona, l’auteur de L’Orphelinat en 2008, évite cet écueil. Du moins jusqu’au dénouement, où il ne peut s'empêcher de trop tirer sur la corde sensible.

largethumb_616334[1].jpgMais avant de se laisser aller à faire sangloter dans les chaumières, il arrive dans une première partie à allier une terrible catastrophe, magistralement montrée avec un réalisme saisissant, et un récit de survie poignant, une fois le premier choc passé. La mère et le fils se soutiennent au milieu des décombres, s’accrochant à ce qu’ils trouvent, tout en révélant, en dépit de leur affolement et de leur épuisement, cette incroyable capacité à aider encore plus démuni dans la plus extrême des situations. 

Le cinéaste évoque ensuite l’après désastre, où il mêle angoisse, traumatisme et suspense, décrivant là également de manière très réaliste l’invraisemblable chaos, les hôpitaux, les médecins, le secouristes débordés, l'espoir fou et la difficulté de retrouver un proche dans la confusion générale.  

On est, parfois malgré soi, happé par cette histoire démente aux allures de film d’horreur. Evitant la plupart du temps d’en faire trop, les comédiens contribuent à l’intensité de cette dramatique aventure humaine qui parle surtout de détermination, d’amour, de solidarité et de courage. Clint Eastwood s'y était essayé de façon finalement moins convaincante dans un volet de son Au-delà à vocation mystique. 

Film à l’affiche dans les salles romandes dès mercredi 21 novembre.

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14/11/2012

Sorties cinéma: "La chasse", un redoutable sport danois...

The-Hunt-Jagten-film-stil-008[1].jpgEn 1998, le Danois Thomas Vinterberg, l’un des signataires avec Lars Von Trier du fameux Dogme, faisait irruption en compétition à Cannes avec Festen, où il révélait le passé pédophile d’un père écoeurant en plein dîner de famille. Il revenait en mai dernier avec La chasse (Jagten) où se penchant à nouveau sur la pédophilie, il raconte la descente aux enfers d’un homme innocent du crime dont on l’accuse.
 
Lucas, un quadra séduisant luttant pour voir davantage son fils Marcus après un divorce difficile, a noué une nouvelle relation et trouvé un boulot d'éducateur dans une école maternelle où les enfants l’adorent. Et puis un jour, c’est le drame. La fille de son meilleur ami, une gamine de 5 ans au visage d’ange, perturbée par des images pornos que lui a montrées son frère aîné, raconte à la directrice que Lucas s’est exhibé devant elle.

Le mensonge se propage comme un virus par la faute d’autres enfants, poussés par des parents irresponsables à s’avouer eux aussi victimes d’attouchements. Malgré leurs récits fumeux et surtout les vigoureuses dénégations de Lucas, la chasse s’organise. C’est la curée. De traqueur de gibier à ses heures avec ses copains, l'éducateur interprété par le remarquable Mads Mikkelsen (photo), sacré à meilleur acteur sur la Croisette, est devenu la proie d’une communauté hystérique.

Ce drame noir qui se déroule pendant les fêtes de Noël, se révèle moins percutant que Festen. Mais à la fois consensuel et peu original, il n’en analyse pas moins avec pertinence et vraisemblance le redoutable comportement grégaire du groupe, à qui de vagues rumeurs suffisent pour se transformer en implacable meute prête à déchiqueter l’animal blessé.

Ma Nouvelle Héloïse, encore un hommage à Rousseau

photo1G[1].jpgPour ses 300 ans, le grand  Jean-Jacques n’en finit plus d’alimenter la création artistique. A son tour, Francis Reusser lui rend hommage avec Ma Nouvelle Héloïse. Un riche mécène japonais, amoureux de Rousseau, propose au réalisateur Dan Servet de tourner une version filmée du roman épistolaire de l’écrivain philosophe.

Servet réunit alors trois jeunes acteurs pour un atelier cinéma dans un palace désaffecté au-dessus de Clarens pour mettre en images la passion de Julie, St Preux et Claire, qui va rapidement influencer les personnages contemporains.

Les comédiens lisent bien leur texte et sont jolis, à l'image de la délicate Mali Van Valenberg. Mais quelques belles pages de Rousseau et une défense de la pellicule ne suffisent pas à donner de la chair à un film qui se veut gracieux, érudit et littéraire, mais agace souvent par son côté artificiellement ludique, affecté et poseur.

Shanghaï, Shimen Road, évoque une jeunesse perdue dans la mégapole

shanghai89shimenlu_shanghai_05_[1].jpgXiaoli, 16 ans, dont la mère a émigré aux Etats-Unis vit avec son grand-père dans un vieux quartier de Shangaï. Sa meilleure amie, Lanmi, travaille dans une usine. Elle est un peu plus âgée et Xiaoli souffre bientôt de la voir s’éloigner de lui, attirée par les possibilités qu’offre une Chine commençant à s’ouvrir à la culture occidentale en cette fin des années 80.

Il se rapproche alors de Lili, sa camarade de classe, une jeune fille dynamique qui veut l’emmener à Pékin où se déroulent sur la place Tian’anmen les manifestations de 1989, déclenchées par des étudiants, des intellectuels et des ouvriers qui dénoncent la corruption et demandent des réformes politiques.

Xialoli ne se rendra pas à Pékin, mais la contestation qui s’étend aux grandes villes, gagne Shanghaï, forçant le jeune garçon à grandir. Le film de Shu Haolun, générationnel et initiatique, évoque une jeunesse troublée, à l’avenir incertain, perdue dans une ville gigantesque, tentaculaire et tentant de trouver sa propre voie. L’excellente interprétation des comédiens contribue largement à la réussite de l’opus.

Films à l’affiche dans les villes romandes dès mercredi 14 novembre.

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13/11/2012

Sortie cinéma: Gad Elmaleh, requin de la finance dans "Le Capital" de Costa-Gavras

20283496.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx[1].jpgDocumentaires et fictions se multiplient depuis le début de la crise sur l’univers impitoyable de la finance. Toujours prompt à mettre le doigt là où ça fait mal, à s’enflammer contre les dérives  de la dictature grecque (Z), du communisme (L’aveu) ou  de  l’Eglise (Amen), Gosta-Gavras le rebelle ne pouvait laisser passer l’occasion de  nous livrer à son tour son brûlot contre les excès désastreux du capitalisme sauvage. Un sujet qu’il avait d’ailleurs déjà abordé dans Le couperet.

Adaptant le roman éponyme de Stéphane Osmont, le réalisateur évoque ainsi,dans Le Capital, l’ascension de Marc Tourneuil, un valet de banque aux dents longues, prêt à tout pour grimper  les échelons quatre à quatre. Il n’en aura pas franchement besoin, puisqu’il est soudainement propulsé au sommet d’un des plus grands établissements européens par son patron tombé gravement malade. Du coup, évoluant dans une nasse aux forts relents mafieux, il devient la cible privilégiée des autres requins avides de se débarrasser de lui au plus vite.  

Pour le rôle de cette petite ordure uniquement motivée par le pouvoir et la jouissance que lui procurent l’argent, mais curieusement censée forcer la sympathie, Costa-Gavras a choisi Gad Elmaleh, acteur comique à contre-emploi donc, que tout le monde ou presque s’accorde à trouver excellent, sinon carrément génial. Ce n’est pas vraiment le cas dans la mesure où, se muant en espion façon James Bond dans les réunions des pontes, il paraît souvent à côté de son sujet. Et il ne lui suffit pas non plus de prendre un air sérieux pour se montrer convaincant.

Comme les femmes, pièces rapportées dont l’auteur offre une vision outrancièrement caricaturale. A l’image de Natacha Régnier en improbable épouse sujette à une vague culpabilité face aux licenciements massifs opérés par son homme, ou de Liya Kebede, top model style pute de luxe marchant à la coke, et extorquant de substantiels cadeaux aux hommes qu’elle excite pour mieux se refuser à eux.  

Par ailleurs, outre le fait qu’on peine un peu à se passionner pour l’aspect assez ennuyeux du milieu bancaire et le traitement compliqué de ce Wall Street à la française, Costa-Gavras rechigne à se décider entre la satire féroce, le thriller financier faussement vitriolé et la grosse farce. Pour preuve cette scène de fin où Gad Elmaleh s’écrie: "Je suis votre Robin des Bois moderne. Continuons à prendre aux pauvres pour donner aux riches!"

Formidable de clairvoyance et de cynisme ce Tourneuil! D’autant que les actionnaires s’esclaffent, pleinement conscients du mal qu’ils font, croit-on. Mais non. Il s’agit d’une simple saillie, un bon mot pour amuser une brochette de vilains méchants, banalement ramenés à une bande de potaches turbulents et joueurs. Dommage. Même s'il se prend pour l'un d'eux en l'occurrence, le cinéaste nous a habitués à mieux.

Film à l’affiche dans les salles romandes dès mercredi 14 novembre.

21:47 Publié dans Sorties de la Semaine | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | | Pin it! |