19/09/2012

Sortie cinéma: Stéphane Brizé propose "Quelques heures de printemps"

19180456.jpg-cx_160_213_0-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx[1].jpgTrès beau moment de cinéma avec le film coup de poing de Stéphane Brizé (photo) qui, à son habitude, explore les troubles de la sphère intime dans Quelques heures de printemps. Sorti de prison, Alain Evrard, camionneur de 48 ans, complètement démuni, est obligé de retourner vivre chez sa mère. Devenu trieur d'ordures, rejeté par la société, il subit douloureusement le partage de son quotidien avec cette femme froide et distante, presque mutique. Une cohabitation forcée qui fait ressortir la violence de leur relation, lorsqu'Alain se laisse aller à ses explosions de rage.

Un jour, il découvre que sa mère, condamnée par la maladie, a fait appel à Exit. Stéphane Brizé s'empare alors du sujet du suicide assisté. Une urgence qui devrait inciter ces deux êtres affectivement handicapés et murés dans leur silence en dehors de leurs monstres engueulades, à se rapprocher l'un de l'autre avant l'issue fatale.  


"Si j'étais un acteur, je serais Vincent Lindon"

article_20172205.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx[1].jpgL'opus plein d'émotion, qui n'exclut pas une pointe d'humour, est magistralement interprété par Hélène Vincent et Vincent Lindon (photo). Un comédien très cher au réalisateur, rencontré au festival de Locarno. "Si j’étais un acteur je serais Vincent Lindon qui fait Brizé à l’écran", avoue-t-il. "Nous avons des chemins identiques à l’intérieur, nous sommes faits du même bois en venant de milieux sociaux différents. C'est quelqu’un avec qui je partage des instants de vie". 

Comme A perdre de la raison de Joachim Lafosse, autre film choc de la semaine, Quelques heures de printemps évite le pathos, la démonstration et le jugement. Par ailleurs, s'il évoque le suicide assisté, ce n'est pas le thème central. Le cinéaste s'en sert comme d’un outil dramaturgique très puissant au service des rapports conflictuels et déchirants entre une mère et son fils qui ont manqué l’essentiel. "Quelle importance donne-t-on à son passage sur terre. Quand il est raté, il y a une énorme colère. Pour autant je ne filme pas un règlement de compte, mais un chemin qui n’a pas été pris".

Exit n’en est pas moins présent, avec des bénévoles calqués sur ceux de l’association helvétique. A ce sujet, Stéphane Brizé n’a pas de point de vue  moral. "Je ne suis ni pour ni contre. Je trouve important que la question soit posée. Je suis parti de Le choix de Jean, (ndrl: téléfilm suisse posthume sorti en 2005) qui m’a bouleversé. Quand j’ai rencontré le Dr Sobel, j’ai aimé son propos, Je n’ai pas d’avis définitif sur la question, mais je peux regretter qu’elle ne soit pas posée en France alors que cela existe chez vous depuis 25 ans. Il est beaucoup plus intéressant de proposer à quelqu’un de choisir sa mort que de légiférer sur l’euthanasie et j'espère que mon film va nourrir le débat".

Hélène Vincent, qui place Quelques heures de printemps en tête de tout ce qu'elle a joué et pour qui Stéphane Brizé raconte des choses d'une rare profondeur avec une économie absolue d'emphase, a également son avis. "S'il devait m'ariver une grave maladie, je souhaiterais personnellement être aidée pour mourir. On devrait laisser à chacun le soin de décider. On peut aussi penser que chaque seconde a un sens jusqu'au bout".

Si elle estime extraordinaire le rôle que lui a confié le réalisateur, "un enjeu exceptionnel, un voyage artistique, intellectuel, spirituel fascinant", il est à l'opposé total de sa personnalité. "Ce qui me caractérise c'est de me laisser déborder par la rétention des sentiments. Alors que là, je suis contrainte de tout réfréner". Sa performance chez ces infirmes de l'amour n'en est que plus remarquable.

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