Google Analytics

31/08/2011

US Open: Mouratoglou et Wilander, les rois du pronostic foireux

anadal.jpgJ’avais raison de me faire du souci pour Nadal. Je ne sais pas si vous avez eu le courage de vous lever au milieu de la nuit pour suivre sa triste prestation. Il m'a franchement fait de la peine, ballotté qu’il était par le jeune Andrey Golubev.

 

Ses errements sur le court ont naturellement poussé l’ineffable Patrick Mouratoglou à vilainement vilipender l’Ibère tout au long de ce match au déroulement improbable. Mais comme le pitbull, plus têtu qu’une mule, a fini par gagner in extremis, il n’a pas fallu deux secondes à l'expert en chef de l’Hexagone, ou du moins se considérant comme tel, pour retourner complaisamment sa veste.

 

Affirmant que finalement, dans le fond et tout bien considéré, le taurillon de Manacor n’était pas si mauvais et pouvait légitimement prétendre à un deuxième titre newyorkais d’affilée. Et cela parce qu’il avait agi pareillement à Roland Garros. Sauf que Rafa avait été breaké une seule fois par l’Américain John Isner dans le premier tour. Et non pas à six reprises, par un concurrent en outre nettement moins coté.

 

C'est dire si à la place de l'Espagnol, je ne tiendrais aucun compte de ces sornettes. D’ailleurs sa manière de rugir et de brandir le poing comme s’il avait emporté la finale m'a paru révélatrice de son état. Il se retrouve en somme dans la position de  Federer. S’il continue à jouer de cette manière, lui non plus ne fera pas le poids contre Djokovic. Un rival qu’il n’aura, à l’image de sa Grâce helvétique, même pas à affronter dans la mesure où quelques outsiders, galvanisés par la performance du Kazakh made in Russia, ne vont pas se gêner pour tenter le crime de lèse-majesté. 

 

Et puisqu’on parle de Dracula, la manière dont il enchaîne les victoires et s’en vante devient choquante.Sinon carrément indécente. Non seulement il tombe d’entrée de jeu à Flushing sur un certain Conor Niland, un nobody irlandais de 30 ans, qui déclare de surcroît forfait à cause d'une intoxication alimentaire.

 

Excuse bidon à mon avis. Le malheureux n’a simplement pas eu le courage de rester sur le court pour se taper honteusement une seconde roue de vélo dans le troisième set, qui lui aurait autrement pesé sur l’estomac qu’un hamburger avarié!

 

Cela dit, Djokovic devrait se préparer à une fin de règne plus rapide qu’il l’imagine. Eh oui, c’est de nouveau rapport aux déclarations de Mats Wilander, le genre Mouratoglou en plus présomptueux. Le Suédois a en effet décrété que l’express de Belgrade resterait numéro un mondial pendant au moins trois ou quatre ans, notamment sous prétexte qu’il a changé sa façon de vivre et de manger.

 

Pour ne rien vous cacher, les pronostics du Viking sont en général tellement foireux que j’aimerais l’entendre rayer Rodgeur de sa liste de favoris pour la victoire. Mais évidemment, le mieux serait encore qu'il se taise sur le sujet...

17:14 Publié dans Les pieds dans le plat | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook | | | | Pin it! |

30/08/2011

US Open: la légende et le pitbull m'inquiètent

753509-8907169-317-238[1].jpgAlors que le foot suisse navigue entre le flou et le folklore avec Christian Constantin, le matamore de Sion qui défie dédaigneusement les hautes instances du crampon et Bulat Chagaev, le potentat de Xamax qui licencie comme il respire quand il ne tape pas sur les gens, les fines lames du tamis ont commencé à en découdre à New York. En principe entre gentlemen...

Djokovic, Nadal, Federer, sans oublier Murray suite à sa victoire de Cincinnati, font évidemment jaser un max. Mais je laisserai momentanément de côté Dracula actuellement sur une autre planète, ainsi que la belette écossaise, pour me concentrer sur la légende helvético-universelle et le pitbull espagnol.

Le Bâlois d’abord. A son habitude il se sent physiquement et mentalement au top, s’est bien entraîné, ne ressent aucun bobo et a tout sous contrôle, y compris ses trente ans récemment fêtés qui ne lui font ni chaud ni froid. Comme il l’affirme en haussant les épaules alors que les experts lui serinent à l’envi que cela constitue un sacré cap, ce n’est qu’un chiffre qui a changé. Et qu’est-ce qu’un vulgaire chiffre en effet dans la vie ?

D’aucuns prétendront qu’il l’a brillamment démontré lors de son match initial contre Santiago Giraldo, égalant du coup le record d’Agassi en remportant sa 224e victoire en Grand Chelem. J’ai lu qu’il avait même aisément battu son adversaire. Le contraire eût été surprenant, vu que non seulement le Colombien figure au 54e rang ATP, mais joue à la Leconte, ce dont se sont gargarisés les commentateurs d’Eurosport, ne se rendant pas compte qu’il s’agissait là davantage d’un handicap que d’un atout...

Et pourtant, en dépit de cette gêne, l’homme de Bogota n’a pas moins réussi à prendre trois fois le service de Rodgeur les doigts dans le nez. Moi qui m’étais vivement inquiétée en regardant le Français Romain Jouan pâlissime matricule 230 se payer le luxe, contrairement au mythe dans l’Ohio, de breaker Tomas Berdych, je ne vous raconte pas si je me ronge les ongles en songeant à la suite des  événements.

Car le maestro a beau affirmer qu’il n’y a pas besoin d’être élégant dans un premier tour, s’il continue à égarer de la sorte des jeux en route, inutile de préciser qu’il n’aura pas l’ombre du début du commencement d’une vague chance de damer le pion au Serbe. Ce sera même un vrai miracle de le voir arriver en deuxième semaine. Et de se débarrasser de Tsonga dans la foulée.

Je me fais aussi beaucoup de souci pour ce brave Nadal que je ne saurais trop inciter à ignorer les conseils qu’on lui donne. Comme par exemple de jouer son coup droit plus à plat ou de monter davantage au filet. D’autant que cela vient de l’inénarrable Mats Wilander. Imaginez-vous par ailleurs que selon le péremptoire Suédois, le taureau de Manacor aurait intérêt à… retrouver son grand service de l’US Open 2010 et à... s’améliorer pour atteindre le niveau de l’express de Belgrade.

Entendre enfoncer autant de portes ouvertes, cela doit drôlement vous plomber le moral. Déjà que la rafale l’a en fond de cale!

18:05 Publié dans Les pieds dans le plat | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Facebook | | | | Pin it! |

21/08/2011

Ses bêtes noires en délicatesse, une ultime chance pour Federer?

andry-murray-remporte-masters-series-cincinnati[1].jpgCela faisait quelques rencontres que les rivets menaçaient dangereusement de sauter chez l’indéboulonnable. Mais c’est en le voyant frôler la défaite contre…  Gaël Monfils, un comble quand j’y pense, que j’ai véritablement entrevu un vague espoir pour Andy Murray (photo) de terminer le travail en finale de Cincinnati. 

Ce qui s’est donc produit après un peu plus d’une heure de jeu. Du coup, c’est mine de rien la troisième fois que Djokovic, qu'on ne cesse de porter follement aux nues, s’incline dans l’Ohio. A deux reprises contre la belette écossaise et en 2009 face à la légende.

Et je ne prétendrai pas être spécialement marrie pour ce brave Novak. Je l'aime bien, il est drôle, doué, mais Il commençait sérieusement à me fatiguer avec ses insupportables rugissements de lion en rut croisé avec un gorille à chaque point crucial marqué. Notamment contre le Français.

De quoi rabattre aussi un chouïa le caquet de son entourage, particulièrement celui de son entraîneur Marian Vajda. Puérilement fringué de surcroît comme son poulain lors de chaque duel, bermudas compris, histoire de laisser rejaillir sur lui un peu de la gloire de la nouvelle superstar.  

Certes c’est toujours assez moche, pour le gagnant, de devoir sa victoire au forfait de l’adversaire sur blessure. Mais il y a une justice. Car le vampire n’a pas lui non plus acquis ses cinquante-sept succès depuis le début de l’année en allant toujours au bout de ses matches. Il a notamment pu compter sur les abandons, parfois surprenants, de ses compatriotes. Troïcki et  Tipsarevic. Sans oublier ceux de quelques joueurs nettement moins motivés à se débiner.

Le second cuisant revers de Dracula va également sans doute mettre du baume au cœur de Federer, qui non seulement traîne considérablement la patte depuis des mois, mais a en sus par deux fois servi sur un plateau à son plus redoutable rival, des adversaires singulièrement diminués après s’être durement employés à le battre.

Il y eut d’abord Jo Wilfried Tsonga à Wimbledon, complètement cuit suite à son triomphe historique sur le Bâlois qui se plantait donc pour la première fois en Grand Chelem en ayant gagné les deux manches initiales. Et il y a trois jours, le Suisse livrait au Serbe un Tomas Berdych avec une épaule en marmelade, forcé de se retirer au terme d’un petit set contre l’express de Belgrade.

A me demander d’ailleurs si Sa Grâce n’aurait pas un bon coup à jouer dans une semaine à l’US Open. L'un des derniers sinon l'ultime à mon avis. Car s’il joue pire qu’un pied ces temps, le maestro a l’air au top côté forme. En revanche, de Djokovic à Berdych en passant par Nadal et Tsonga, les autres cadors du circuit ne semblent pas en mesure d’aborder le tournoi newyorkais à cent pour cent de leurs moyens physiques. Autrement posé, toutes ses bêtes noires!   

 

22:19 Publié dans Les pieds dans le plat | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | | | Pin it! |

14/08/2011

Le Léopard d'Or à une cinéaste helvético-argentine. Prime à l'ennui

aleopard.jpgUne chose est sûre, j’aurais perdu ma chemise sur un champ de course avec mes pronostics. Certes, à Locarno, il faut toujours s’attendre à quelques surprises. Mais un palmarès aussi folklorique, ce n’est pas banal. A commencer par le Léopard d’Or, qui est allé à l’un des films le plus ennuyeux et le plus creux d'une compétition dans l'ensemble peu exaltante.

Son auteur Milagros Mumenthaler, qui s'est logiquement montrée étonnée par l'obtention de cette médaille inattendue, s’attache au quotidien de trois sœurs vivant seules dans la maison familiale à Buenos-Aires, après la mort de leur grand-mère qui les a élevées. Entre chamailleries, parties de rigolades et défilé de petites culottes, chacune à sa façon tente de combler le manque.

Ce prix semble avoir un brin divisé le jury à en juger par les propos voilés de son président, le producteur Paulo Branco. "Je ne crois pas à l’unanimité, c’est la médiocrité. Notre premier souci est de trouver les films qui reflètent quelque chose d’important sur le plan cinématographique. Tout ce qui est absent de ce huis-clos entre le dit et le non dit en fait une réussite totale, laissant découvrir une grande réalisatrice", a-t-il encore déclaré en substance.

 Fernand Melgar rudement taclé

En réponse à une question sur ce choix à la conférence de presse, le boss en profite pour sortir du sujet et tacler rudement Fernand Melgar, l’accusant d’être "complice du fascisme ordinaire" dans Vol spécial. Si les bras lui en tombent, l’intéressé, qui a dû se contenter du prix du jury  oecuménique et de celui des jeunes, ne veut pas entrer dans ce jeu. Selon lui, son film doit provoquer le débat et c’est apparemment le cas…

Pour en revenir à Abrir puertas y ventanas, d'autres ont succombé à la tentation du vide. Le film a accessoirement raflé le prix FIPRESCI (Fédération internationale des critiques de cinéma) et une mention spéciale œcuménique. Pour couronner le tout, l’une des comédiennes, Maria Canale a été sacrée meilleure actrice.

Paulo Branco et son équipe ont par ailleurs innové en créant un Léopard d’Or spécial qui récompense le Japonais Shinji Aoyama pour Tokyo Koen, une œuvre jugée remarquable. On cherche encore l'extraordinaire dans cette intrigue moyenne où un étudiant suit et photographie une femme dans des parcs à la demande de son ami jaloux. Pour des raisons qui continuent à nous échapper, il a attribué une autre récompense spéciale à Hashoter de l’Israélien Nadav Lapid, évoquant la rencontre d’un policier d’élite avec un groupe violent et radical.

Bien loti également l’insupportable Din dragoste cu cele mai bune intentii (plus simplement en français : Les meilleures intentions) du Roumain Adrian Sitaru. Il reçoit le prix de la mise en scène et son acteur Bogdan Dumitrache celui de l’interprétation masculine.

Seule rescapée parmi nos favoris ignorés, la Française Mia Hansen-Love, qui a décroché une mention spéciale pour Un amour de jeunesse où elle revisite avec talent la passion adolescente.

Le jury de la section "Cinéastes du présent" s’est montré nettement plus avisé en récompensant le meilleur film de ce cru 2011, L’estato di Giacomo. Dans un cinéma à la Renoir, l’Italien Alessandro Comodin filme magnifiquement les jeux sensuels d’un adolescent sourd de 19 ans, parti pique-niquer au bord d’un fleuve avec sa meilleure amie.

 Le public plébiscite Bachir Lazhar

De même le public ne s’est pas trompé en attribuant son prix à Bachir Lazhar du Québécois Philippe Falardeau. Le célèbre Fellag, sorte de Fernand Reynaud algérien, campe un immigré au passé douloureux et risquant l’expulsion, engagé pour remplacer une institutrice morte tragiquement. Une œuvre pleine d’émotion, de tendresse, de sensibilité et d’humour.

Locarno a ainsi bouclé son édition la plus glamour si l’on considère la pluie de stars présentes au Tessin, de Daniel Craig à Claudia Cardinale, en passant par Abel Ferrara, Harrison Ford, Isabelle Huppert, Claude Goretta, Gérard Depardieu, Marina Hands, ou Guy Bedos.

Les étoiles de la pellicule, dont beaucoup ont reçu des Léopards pour l’ensemble de leur carrière, ont évidemment dragué la foule sur la Piazza Grande ou lors de débats animés par le directeur artistique Olivier Père. Nonobstant les trombes d’eau des premiers jours, plus de 80.000 festivaliers se sont ainsi rués aux projections sur le plus grand écran du monde. Très courues également, les autres sections et la rétrospective Vincente Minnelli.

Du coup le président Marco Solari peut fièrement parler d’une édition idéale qui a dépassé toutes ses attentes. "Le festival ne doit pas pour autant se reposer sur ses lauriers, mais chercher sans cesse à se perfectionner, car la pression augmente avec le succès". Autrement posé, en route dès maintenant pour la préparation de 2012.

01:48 Publié dans La griffe du léopard | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook | | | | Pin it! |

13/08/2011

Nadal-Federer, même galère

atsonga.jpgDémantelé le gang des quatre. Après Murray et Nadal, au tour de Federer de subir un cuisant échec. Ne reste plus pour l’instant en quarts que le boss Djokovic. Mais vu la manière cauchemardesque dont Sa Grâce a commencé son tournoi à Montréal contre l’inconnu canadien Vasek Pospisil, rien d’étonnant à ce qu'il se fut à nouveau laissé lamentablement piétiner par Tsonga la bomba en huitièmes de finale.

 

Ce qui n’a pas empêché le Suisse de minimiser le désastre, à son habitude. «Je savais qu’il pouvait me battre. Il joue bien en ce moment. J’aurais dû gagner la première manche car j’ai eu des occasions que je n’ai pas su concrétiser, a-t-il déclaré, reprenant en quelque sorte le texte qu’il avait passé à Nadal la veille.

 

Le pitbull, victime d’entrée de jeu par l’insignifiant Croate Dodig qu’il avait pourtant ridiculisé en début de rencontre, avait lui aussi surfé sur la méthode Coué en nous servant du Federer tout craché. Du genre je n’ai pas le sentiment d’avoir mal joué, ce n’est pas la première fois que je perds en menant. Je dois accepter les défaites comme les victoires, blablabla… 

 

Le pire n'est cependant pas le énième revers de Federer, mais le fait que plus personne, à commencer évidemment par les Français, ne considère le succès de Jo-Wilfried comme un exploit. La preuve, ils ne parlent plus du déclin du mythe. C’est dire si pour eux, il est désormais acquis!

 

Le phénix, qui a de plus en plus de mal à renaître, ne veut pas moins rassurer son monde. J’ai du temps d’ici à l’US Open, je me sens bien physiquement et mentalement a-t-il ajouté. Autrement posé, il croit fermement en ses chances de remporter son dix-septième Grand Chelem  à New York.

 

Une chose est sûre, le Bâlois ne tranquillise que lui-même. Parce que là, il me paraît encore plus  ridicule que nos footeux, qui imaginent toujours se qualifier pour l’Euro 2012. Même après avoir si laborieusement réussi à terrasser … le Liechtenstein en match amical. 

 

Bref, sale temps pour les fans. Et ce n’est pas avec Wawrinka  qu’on risque de se titiller la fibre nationaliste. Pas banal en effet de perdre sept fois d’affilée sa mise en jeu. Mais au moins le Vaudois ne pratique-t-il pas la langue de bois. Mon service s’est avéré très mauvais, point barre. C’est déjà ça!

 

00:39 Publié dans Les pieds dans le plat | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | | | Pin it! |

12/08/2011

Festival de Locarno: à qui le Léopard d'Or?

azazel.jpgAlors que la compétition s’achève, lequel des vingt prétendants partis à la chasse au Léopard d’Or parviendra à mettre le fauve en cage? Bien malin celui qui peut le deviner. Cela n’a rien d’étonnant si on considère la faiblesse du concours, comme d’habitude hélas le parent pauvre du festival.

  

Restons en donc à nos premières émotions avec Vol Spécial de Fernand Melgar, Another Earth de Mike Cahill, Un amour de jeunesse de Mia Hansen-Love, trois longs-métrages dont on a déjà eu l’occasion de vous parler dans les précédentes chroniques.

 

On y ajoutera Terri, de l’Américain Azazel Jacobs (photo, le jeune Jacob Wysocki et John C. Reilly). Il traite avec originalité de la différence menant à l’exclusion, à travers le portrait d’un adolescent obèse, victime de la cruauté de ses camarades de lycée. Jusqu’au jour où, grâce au proviseur, il noue une relation avec deux autres élèves marginaux. Les comédiens sont excellents.

 

Parmi les films que certains critiques voient paré d’or, sinon au palmarès, il y a El ano del tigre du Chilien Sebastian Lelio. Au cours d’un tremblement de terre, un prisonnier parvient à s’échapper et erre dans des paysages dévastés  tout en s’interrogeant sur son propre anéantissement. Rude, mais belle prestation de l’acteur Luis Dubo.

 

De son côté The Loneliest Planet de la Russo-Américaine Julia Lovek  nous emmène à pied dans les montagnes du Caucase en compagnie d’un couple à la veille de se marier et de leur guide.  Nature splendide, beaux comédiens, anecdotes rigolotes pour passer le temps. Et le nôtre, cette marche se révélant quand même assez interminable.

 

 Mais on s’y morfond avec grâce. Car côté ennui mâtiné d’exaspération, ce fut parfois vertigineux. A l’image d’Abrir puertas y ventanas, de la cinéaste helvético-argentine Milagros Mumenthaler, qui nous propose en gros trois pétasses vautrées sur un canapé à Buenos Aires. Ou de Dernière séance du Français Laurent Achard, faux film d’art et d’essai d’une rare prétention à propos d’un tueur de dames. Sans parler du pire, le plombant Tanathur du Palestinien Tawfik Abu Wael, évoquant un couple empêché par un terrible accident de quitter Jérusalem pour Paris.

 

Les Suisses Frédéric Choffat et Julie Gilbert relèvent un peu le niveau avec Mangrove, où une jeune femme (la charmante Vimala Pons) revient plusieurs années après sur les lieux d’un crime avec son fils. Peu de choses à retenir pourtant, à part de belles images, limite touristiques, de la côte sud du Pacifique.

 

En attendant samedi soir le verdict du jury présidé par Paulo Branco, qui peut totalement nous démentir, un mot sur l’une des plus belles surprises venue de la Piazza Grande: Bachir Lazhar, du Québécois Philippe Falardeau. Une vraie pépite surfant avec légèreté sur de graves problèmes comme le suicide, le système d’éducation ou l’immigration. Bouleversant, délicat, sensible mais sans pathos, il pourrait bien remporter le prix d’un public en larmes après avoir gagné son cœur.  

14:05 Publié dans La griffe du léopard | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook | | | | Pin it! |

10/08/2011

Festival de Locarno: Depardieu se raconte, en faisant le clown

depa.jpgLe comédien français peut se vanter d’avoir autant la cote à lui tout seul que Daniel Craig et Harrison Ford réunis. C’est par la foule des grands jours que Gérard Depardieu, cheveux longs et costume clair à rayures, a été accueilli façon rock star au Forum de Locarno. Pour un débat public à propos de sa collaboration avec Maurice Pialat, en compagnie de Sylvie, la femme du réalisateur disparu en janvier 2003.

 

Ce qu’il y a de bien avec Depardieu, c’est qu’il suffit de demander pour qu’il déroule, pratiquement sans respirer. Comme a pu le constater un rien désarçonné le directeur du festival Olivier Père, en lui posant une question sur leurs quatre films tournés ensemble Loulou, Police Sous le soleil de Satan (Palme d’Or à Cannes en 1987) et Le Garçu. Et qu’il y aurait dû y avoir un autre,  La gueule ouverte.

 

Savoureuses anecdotes

 

C’est alors parti pour une longue réponse agrémentée d’anecdotes savoureuses et de remarques désopilantes. Surtout que cabotin, il ne ménage personne. A commencer par lui d’ailleurs. Du genre. « J’avais tourné  avec un abruti, Claude Lelouch… Ou encore: «J’ai fait un paquet de films avec un paquet de cons. Mais du moment que j’étais comme eux, je ne sentais pas la douleur…»

 

Dans sa bouche, Jean de Florette de Berri devient «Jean défloré». Et le suivant «Manon la suçeuse…»  A propos de sa rencontre avec Alain Resnais: «C’était le même boy scout que maintenant, avec le même talent. Il ne mangeait pas grand-chose, mais il faisait du bruit. Et en moi-même, je me demandais quand il allait la fermer… »

 

Il a aussi son avis sur le web. « Une boîte à porno qu’on appelle Internet.  Il est vrai que je ne sais pas m’en servir… » Maniant le compliment et déclenchant les applaudissements après les rires, il ajoute: «Le cinéma est dépassé. A Locarno, avec les 8000 spectateurs sur la Piazza Grande, on est dans la fête  qu’il devrait être. »,

 

« Maurice s’est toujours senti trahi»

 

Retour au cœur du sujet: «J’ai fait Les valseuses à la place de La gueule ouverte sans savoir que ça allait torturer Pialat. Sur le tournage de Loulou, au début c’était tendu. Moi avec ma prétention, lui avec sa rancune. En outre, avec ce film, il s’est revu dans un autre monde que le sien. Il m’a haï comme il se haïssait. Puis on s’est réconcilié et on a tourné Police. On n’aimait pas trop Sophie Marceau. On savait qu’elle allait trahir l’amour. Maurice s’est toujours senti trahi…»

 

L’un des meilleurs moments fut celui où Sylvie Pialat a rappelé le tournage de  Sous le soleil de Satan. «Pour l’abbé, on a tout de suite pensé à Gérard. On croyait qu’il mincirait pour l’occasion. Mais quand il est arrivé, il faisait 150 kilos. J’avais dit, mais j’ai pas pu, on mettra un corset, nous avait-il déclaré ».

 

«C’est dur et c’est lourd, la grâce»

 

Il a donc fallu refaire tous les costumes. Ce qui permet à l’intéressé d’en rajouter. «Je n’enlevais plus la soutane car j’avais du mal à la remettre, La foi n’entraîne pas forcément un manque d’appétit. C’est dur, c’est lourd, la grâce. Parfois on était vidé et on se remplissait de cuisses de grenouilles au beurre.» Avec un coup de pinard. On le sait le vin est l’une de ses passions. Pour lui c’est comme le cinéma. «Je n’aime pas les films où il y a 1000 plans qui me soulent avant de boire…»

 

Gérard Depardieu ne se contente pas de faire le clown. Sous les gags, il y a de la culture, de la finesse, de la classe. Cet acteur magnifique, incontournable depuis des décennies, qui a apporté une nouvelle façon de jouer, une de plus belles voix du cinéma, rappelle Olivier Père, se définit comme un être sensible, normal.

 

«J’ai eu du mal à être viré de l’Eglise, de l’école. Je n’ai pas appris, j’ai vécu. Par exemple j’ai été musulman deux ans. Je n’ai jamais eu de carcan pédagogique, de maître. Rien ne m’est tombé dans la gueule. J’ai beaucoup travaillé, sans m’en rendre compte. La vie m’a rendu ce que j’attendais.»

 

 

08:08 Publié dans La griffe du léopard | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | | Pin it! |

08/08/2011

Festival de Locarno: Isabelle Huppert décroche son Léopard

isabelle.jpgAprès Abel Ferrara et son Léopard d’honneur, Harrison Ford et le sien pour l’ensemble de sa carrière, c’était au tour d’Isabelle Huppert de recevoir dimanche soir l’Excellence Award  Moët et Chandon sur la Piazza Grande.

 

Souriante, la lauréate s’est déclarée particulièrement ravie de ce prix qui la montre «bonne élève», lors d’un débat public où elle a retracé les grandes étapes de sa carrière en compagnie d’Olivier Père, le directeur du festival, et de Jean-Marc Lalanne, rédacteur en chef des Inrockuptibles.

 

Sacrée meilleure actrice à plusieurs reprises entre Cannes et Venise, Isabelle Huppert à la tête d’une filmographie extraordinairement riche, pareillement à l’aise dans les registres dramatique ou comique (elle l’a encore récemment prouvé dans Copacabana aux côtés de sa fille Lolita), est l’une des rares comédiennes à avoir construit une œuvre à l’écran par ses choix artistiques, à l’instar d’un réalisateur.

 

Révélée par Claude Goretta

 

Cest La dentellière de Claude Goretta lui aussi bientôt détenteur d’un Pardo, qui l‘a véritablement révélée au grand public. Ainsi qu’aux cinéastes et  notamment à Claude Chabrol, impressionné par son jeu. Avec lui elle a entamé, grâce au remarquable Violette Nozière, une longue collaboration.

 

« Il est vrai que si j’avais déjà tourné avant Aloïse, Dupont Lajoie, ou Les Valseuses, La dentellière allait au-delà de tout ce qu’une jeune actrice pouvait espérer. C’est un long-métrage qui me permettait de mettre en jeu des choses qui n’étaient pas forcément de mon âge comme l’intériorité, la souffrance, la séduction.»

 

 Pour Isabelle Huppert, ce n’est pas l’acteur qui devient un personnage mais l’inverse.. « l’acteur est très vite soumis au personnage alors qu’il faut d’abord être soi. J’ai eu la chance que  Goretta, Chabrol, Haneke ou Claire Denis  me laissent imposer ça.»

 

 Le travail avec les grands

 

 Ce qu’elle recherche avant tout, c’est le travail avec de grands cinéastes. L’occasion pour Olivier Père de lui rappeler la fameuse année 80 où elle a tourné coup sur coup Loulou de Pialat, Les portes du paradis de Cimino, et Sauve qui peut (la vie) de Godard. Voilà qui lui rappelle d’ailleurs quelques anecdotes dont l’une sur ce dernier, à qui elle avait demandé deux mots sur son rôle. Réponse : «Le visage de la souffrance…».

 

Aimant faire confiance aux jeunes auteurs (François Ozon, Christophe Honoré, Ursula  Meier) Isabelle Huppert préfère aussi aller vers les cinéastes plutôt que le contraire. Très ouverte au cinéma étranger, elle vient de rentrer de Corée du Sud où elle a travaillé avec Hong Sang-Soo. On la verra également prochainement dans un film du Philippin Brillante Mendoza.

 

En attendant, cinq films dont cette magnifique interprète qui s’illustre parallèlement aussi sur les planches, garantit la qualité par sa seule présence, sont projetés à Locarno, un festival qui représente pour elle l’amour au cinéma. Et qui la ramène à la Suisse, pays avec lequel elle entretient d’étroites relations à travers le cinéma ses réalisateurs et ses lieux, notamment le Théâtre de Vidy et la comédie de Genève où elle a beaucoup joué.

 

Rien de plus normal. «Comme disait Godard, rappelle-t-elle, la Suisse est un grand studio hollywoodien, avec des vaches… » 

00:11 Publié dans La griffe du léopard | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | | Pin it! |

07/08/2011

Festival de Locarno: ambiance Croisette avec Harrison Ford et Daniel Craig

craig.jpgBallet d’hélicoptères et de voitures, ambiance Croisette au Forum de Locarno avec caméras qui flashent, portables qui enregistrent, journalistes qui se bousculent pour dénicher un fauteuil, curieux qui s’agglutinent autour du Forum dans l’espoir d’apercevoir les célébrités du jour.

 

Entre deux trombes d’eau, Locarno a pris des airs hollywoodiens pour la conférence de presse de Harrison Ford et de Daniel Craig, flanqués de leur réalisateur Jon Favreau et de leur partenaire féminine, la belle Olivia Wilde. Tout près de leur voler la vedette d’ailleurs, l’héroïne de Dr House.

 

Deux heures plus tard rebelote dans le glamour sur la Piazza Grande, où Harrison Ford s'est vu récompensé d'un Léopard pour l’ensemble de sa carrière. «Je suis très fier de la chance que j’ai eue de travailler avec des acteurs et des réalisateurs très talentueux. Et je suis extrêmement reconnaissant au festival de m’offrir ce prix très honorifique.»

 

Improbable mélange de genres

 

Mais autant le dire tout de suite, l’effervescence fut inversement proportionnelle à l’intérêt de Cowboys & Aliens, où James Bond et Indiana Jones se partagent l’affiche. C’est même l’un des moins bons longs-métrages vus jusqu’ici. Et  pas seulement parce que le grand Harrison Ford se fait un peu vieux pour les chevauchées fantastiques.

 

Improbable mélange de genres, le film produit par Steven Spielberg rend un hommage laborieux au western classique avec débarquement, dans la ville d’Absolution, d’affreux monstres extraterrestres pour kidnapper les pauvres. Et surtout augmenter la rentabilité de l’opus en séduisant les ados férus de SF.

 

Content de son œuvre et de la possibilité d’avoir pu «mettre deux générations ensemble pour «créer une dynamique particulière», Jon Favreau reconnaît volontiers la motivation commerciale. «70% des recettes provenant de l’international, les extraterrestres nous facilitent les choses. Avec eux les méchants le sont toujours, quel que soit le pays.»

 

 « Le cinéma, c’est mieux qu’un vrai boulot!»

 

De son côté, Harrison Ford, qui s’emmêle un poil  les pinceaux dans sa filmographie en confondant les auteurs,  regrette de ne pas avoir plus souvent incarné un héros de western. «La dernière fois c’était en 1979 dans The Frisco Kid. Et comme je ne suis pas un très grand cinéphile, j’en ai visionné plusieurs pour me familiariser avec le genre.»

 

Interrogé sur son envie de continuer à faire du cinéma, il déclenche les rires. «C’est mieux qu’un vrai boulot! J’adore  l’atmosphère du plateau, la camaraderie, le processus de réalisation des problèmes. Là, j’ai aimé monter à cheval. En fait je me suis rarement autant amusé.»

 

Passer derrière la caméra ne l’a jamais tenté. «J’ai observé de nombreux metteurs en scène. Ils travaillent plus que moi et gagnent moins d’argent. Je ne tiens pas à contrôler les choses, avoir des responsabilités. Juste travailler avec un groupe de personnes en faisant l’acteur. Je continuerai aussi longtemps que je pourrai et que ma santé le permettra.»

 

Une première pour Daniel Craig

 

En ce qui concerne Daniel Craig, qui tient le rôle principal et dont l’impeccable arrondi fessier, encore mieux mis en valeur par ses jambières de garçon vacher  n’a échappé à aucune spectatrice, c’était son premier western.

 

«J’apprécie cet équilibre entre réalisme et recherche historique. Gamin je voulais être un cowboy. Comment je me suis préparé ? Eh bien  je l’ai (Harrison donc) regardé. Ce qui me plaît c’est la lutte entre les bons et les méchants, la touche moralisatrice. Notamment en ce qui concerne mon personnage en quête de rédemption après avoir commencé dans la mauvaise voie. Mais je suis loin d’être aussi coriace et dur dans la vie!»

22:24 Publié dans La griffe du léopard | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | | Pin it! |

06/08/2011

Festival de Locarno: Melgar en route pour un Léopard

fernand.jpgAccueil critique enthousiaste et ovation lors de la projection publique de Vol Spécial, le nouveau documentaire de Fernand Melgar. Une première à laquelle a finalement décidé d’assister la présidente de la Confédération Micheline Calmy-Rey.

 

Trois ans après La forteresse traitant des conditions d’accueil des requérants d’asile en Suisse et qui lui avait valu un Léopard d’or dans la section «Cinéastes du présent », le réalisateur vaudois, aligné en compétition officielle, a de bonnes chances de décrocher un nouveau Léopard. Reste à savoir de quel métal il sera fait.

 

Dramatique fin du parcours

 

Cette fois, il boucle la boucle en évoquant l’autre bout de la chaîne. La fin du parcours migratoire C’est en effet au centre genevois de détention administrative de Frambois, l’un des ving-huit à travers le pays où se joue définitivement le sort des demandeurs déboutés ou des clandestins, que Melgar a planté sa caméra.

 

 Invisible, discrète, elle montre des gens qui, comme des milliers d’autres chaque année, sont emprisonnés sans procès ni condamnation dans l’attente du  renvoi inéluctable. Un attente stressante et sous tension qui peut durer jusqu’à vingt-quatre mois. Le crime de ces étrangers dont certains vivent en Suisse depuis des années, ont des enfants, travaillent, paient des impôts: résider illégalement sur le territoire.

 

Immergé pendant neuf mois à Frambois où on lui a laissé toutre liberté, Fernand Melgar raconte le drame de chacun, suivant le parcours tragique de Serge, Alain, Ragip ou Geordry. Pour  mieux nous laisser pénétrer avec lui dans cet univers carcéral, il filme à hauteur d’homme, qu’il s’agisse des détenus ou de leurs gardiens.

 

L’humiliation de l’entravement

 

Jusqu’à l’expulsion fatale, se tissent entre eux des liens. D’amitié, de haine, de gratitude, de respect, d’amertume. Des relations qui se terminent le plus souvent dans le désespoir. Car aucun détenu  ne veut quitter volontairement la Suisse. Et ceux qui refusent finissent par subir l’humiliation de l’entravement. Une pratique d'une rare brutalité qui a déjà causé la mort de trois personnes  

 

Menottés, ligotés à une chaise, casqués, munis de couches- culotte, ils sont installés de force dans les avions. C‘est ce que l’on appelle les vols spéciaux qui peuvent durer jusqu’à quarante heures. Des scènes que Melgar n’a pas été autorisé à filmer. Pour lui c’est évidemment là que le bât blesse.   

 

Profondément humain, son documentaire n’en est pas moins intense et bouleversant, donnant à voir sans jugement ni commentaire. C’est sa force. Melgar se défend de faire un film militant. «Mon cinéma est là pour mettre un visage sur les choses, pour rappeler des destins brisés par des lois infâmes».

 

En salles dès le 21 septembre. A noter aussi que Fernand Melgar et son équipe ont suivi les expulsés chez eux et ont continué à les filmer. Ces portraits feront l’objet d’un webdocumentaire coproduit par la RTS et Arte, début 2012.  

17:35 Publié dans La griffe du léopard | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook | | | | Pin it! |