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Festival de Cannes: deux réalisatrices provoquent des électrochocs

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Le président Robert de Niro a beau s’imaginer un peu en vacances, il va devoir plancher ferme avec ses jurés si les prétendants à la Palme d’Or suivent, et il y a toutes les raisons de le penser, le rythme imprimé dès le début de la compétition.

 

Deux réalisatrices ont en effet mis la barre très haut. A commencer par l’Ecossaise Lynne Ramsey, avec We Need To Talk About Kevin. Adapté du roman de  l’Américaine Lionel Shriver, cette œuvre coup de poing raconte l’histoire d’Eva et Franklin qui ont mis au monde un gamin odieux et terriblement difficile. Petit, ses hurlements sont si intolérables qu’Eva s’arrête avec la poussette près d’un marteau piqueur pour ne plus les entendre.

 

De plus en plus méchant au fur et à mesure qu’il grandit, il ne cesse de provoquer sa mère, saccageant systématiquement ce qu’elle propose ou entreprend. De son côté, tout en se consacrant à lui corps et âme, Eva éprouve des sentiments ambigus et a l’impression qu’il a gâché sa vie.

 

Lynne Ramsey montre avec talent l’aversion qui augmente entre ces deux personnages, tandis que largué, le père  ne voit rien, ne comprend rien. Il est complètement manipulé par cet enfant qui mène une vraie guerre contre sa mère. Il finira d’ailleurs par la respecter davantage à la fin.

 

Tout en explorant une situation de plus en plus conflictuelle, la cinéaste se focalise sur la culpabilité parentale, à laquelle Eva est confrontée lorsqu’à 16 ans, Kevin commettra l’irréparable dans un lycée façon Columbine. Rappelant ainsi Elephant qui avait valu la Palme d’Or à Gus Van Sant en 2003.

 

Au-delà du malaise et des émotions qu’il suscite, ce voyage cauchemardesque évoque ainsi le combat d’une femme pour tenter de comprendre les fautes  commises, d’expliquer la tragédie en revivant des moments clés. Des retours sur le passé prétextes à un montage chahuté et éclaté qui constitue un véritable défi de structure.

 

Grand film, We Need To talk About Kevin  est évidemment formidablement interprété. Tilda Swinton fascine et impressionne dans le rôle d’Eva, tandis que le jeune Ezra Miller aussi beau que brillant interprète le sien avec une rare aisance. « C’est horrible à dire mais je me sens lié à Kevin. La réalité que nous vivons nous amène à connaitre le bien et le mal qui est en nous. J’aurais pu être lui.»

 

Beautés endormies pour vieux messieurs

 

Jeune étudiante, Lucy a besoin d’argent et multiplie les petits boulots, dont de désagréables expériences de médecine. Apparemment totalement décomplexée et dépourvue de sentiments,  elle répond à une petite annonce et intègre un réseau de beautés endormies, livrées au désir d’hommes âgés, interdits pourtant de pénétration.

 

Plongée dans le sommeil grâce à une mystérieuse potion, Lucy se réveille comme si rien ne lui était arrivé. Elle ne voit pas les vieux messieurs qui viennent la retrouver dans son lit et ne se souvient pas de ce qu’ils lui ont fait.

 

Ce conte de fées érotique est signé de la romancière australienne Julia Leigh, qui livre un premier film étrange, singulier et dérangeant à la mise en scène cliniquement raffinée.

   

Personnage sans limite Lucy se trouve dans une forme radicale de soumission qu’elle a choisie. D’allure physiquement innocente, la peau diaphane, elle n’est pas une victime. Il y a de la perversion dans sa manière de s’abandonner à ceux qui la contrôlent. Elle se met elle-même en danger en perturbant des conventions qu’elle rejette.

 

On suppose qu’il s’agit là d’un rôle difficile, l’héroïne étant nue la plupart du temps dans Sleeping Beauty. Ce n’est pas le cas pour l’excellente Emily Browning. «Ces scènes n’ont pas autant d’impact sur moi qu’on pourrait le penser. La nudité n’est pas un problème pour moi et je savais que Julia n’allait pas faire des choses de mauvais goût. Alors j’en profitais pour méditer… »

 

Gus Van Sant déçoit

 

Un mot encore sur Restless de Gus Van Sant, dont on attendait beaucoup. Malheureusement, il ne tient pas ses promesses et on comprend la raison de sa présence dans Un certain regard plutôt qu’en compétition. En phase terminale d’un cancer, la jolie Annabel Cotton n’en est pas moins animé d’un farouche appétit de vivre.

 

Lors d’un enterrement, elle rencontre Enoch Brae, au contraire mû par un instinct de mort depuis celle, tragique, de ses parents dans un accident. Séduit par le courage exemplaire de la jeune femme, il l’aidera à vivre intensément ses derniers jours. Voilà qui rappelle singulièrement, par certains côtés, un certain Love Story qui fit pleurer la planète entière en 1970. Même si le réalisateur déçoit, on lui souhaite le même sort.

Lien permanent Catégories : Cinéfil 2 commentaires

Commentaires

  • Quel rapport avec Federer ou le Servette ?

  • Très intéressants compte-rendus journaliers de Cannes.
    J'attends surtout avec impatience le nouveau Terence Malick.
    Je vous préfère les pieds dans l'eau à Cannes plutôt que les pieds dans le plat le reste de l'année!

    @Sébastien: ce blog s'intitule "les pieds dans le plat et dans le cinéma"

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