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27/08/2010

La nouvelle invincible armada du crampon!

Avant la rencontre, les superlatifs ne cessaient de pleuvoir. Alors vous imaginez le délire après la victoire des footeux lausannois qui, contre toute attente, s’en sont allés battre in extremis les Russes chez eux.
Immense, colossal, monumental. Bref, majuscule, comme diraient les commentateurs de la TSR, très fiers de l’invention de ce nouveau mot.
L’engouement dépasse en effet l’imagination. Selon un sondage, seuls 13% d’esprits chagrins boudent la performance. En revanche, 80% d’aficionados se déclarent convaincus que le club va renouer sans tarder avec son glorieux passé.
Ils sont tellement fabuleux, ces Vaudois, qu’ils en apparaissent presque effrayants. Preuve en est la question quasi existentielle des observateurs éberlués par leur prodigieux exploit, se demandant qui arrivera à stopper cette fantastique machine lancée à plein régime depuis des semaines.
En d’autres termes, il faudra un formidable adversaire pour parvenir à freiner l’avancée inéluctable de la nouvelle invincible armada du crampon helvétique.
A mon avis, ce pourrait simplement être le prochain. Bien que les spécialistes mégotent drôlement sur le sex-appeal du CSKA Moscou. Si proche de zéro qu’il sera inutile de squatter le Stade de Genève pour le recevoir. A croire que c’est donner de la confiture à des cochons que d’obliger le diamant lausannois à affronter ces vulgaires zircons moscovites...
Rien de comparable en somme avec leurs compatriotes du Lokomotiv, que les Vaudois ont réussi à faire dérailler l’autre soir. Gare au péché d’orgueil. Car non seulement le train en question marchait plus à la vapeur qu’à l’électricité, mais encore les hommes du cru manquaient singulièrement de charbon pour alimenter la chaudière.
Du coup, il n’est pas si étonnant que les Lausannois, déjà portés aux nues, se mêlent de jouer les coqs en Europa League. Je l’admets, cela n’a pas mal de gueule pour des seconds couteaux. Je nourris cependant des espoirs plus flamboyants qu’une modeste phase de poules, avec l’US Open qui se profile.
Je veux évidemment parler des fermes résolutions de Sa Grâce, piquée au vif par des allusions blessantes, de se comporter en big boss à Flushing Meadows.
Et j’avoue que ça me ferait particulièrement plaisir de voir la légende remporter son dix-septième Grand Chelem. Surtout à la barbe du pitbull ibérique, du Schtroumpf serbe et de la belette écossaise, assez certains de lui barrer la route.

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22/08/2010

Les cadors à la niche, Sa Grâce sauve l'honneur

 

Bon d’accord, Rodgeur a remporté son 17e Masters, ce qui va sans doute pousser les fans à crier au génie retrouvé. D’autant que le roi à la couronne en berne depuis Melbourne a égalé le record de Bjön Borg en décrochant son 63e titre.

Il n’y a pourtant pas de quoi en faire un fromage. C’était la moindre des choses pour le Bâlois que de triompher plus ou moins sans gloire après avoir vaincu carrément sans péril dans ses deux premiers matches à Cincinnati. Grâce  à la blessure bienvenue d’Istomin et au forfait providentiel de Kohlschreiber. Vingt-sept minutes sur un court pour rallier un troisième tour, voilà qui aussi peu banal que fatigant. 

Bref du tout cuit en principe. Mais ce fut au contraire tellement dur en finale face au courageux Mardy Fish que je voyais déjà la légende recommencer le coup de Toronto, Et perdre en deux sets contre le second couteau américain en jouant bêtement au Père Noël.

Vous me rétorquerez qu’il s’en est quand même heureusement mieux sorti que ses rivaux Nadal, Djokovich et Murray. A la niche la tête basse, les trois autres cadors du circuit, tous misérablement éjectés en quarts de finale. Et devant compter sur Federer pour sauver leur honneur perdu.

Pour autant, j’imagine assez mal le Suisse ajouter quatre Grand Chelems à son palmarès, ainsi qu’il l’a récemment claironné, très agacé par l’insolence des journalistes toujours prompts à évoquer son déclin à la plus petite faille.

Après l’avoir observé, plus cheval de labour que pur-sang, ahaner contre Berdych et Djokovich la semaine dernière et suer ferme face à Fish dimanche, j’avoue que le gain de l’US Open dans huit jours pour commencer à viser l’objectif, ne me paraît pas franchement acquis les doigts dans le nez. 

A l’image d'ailleurs du succès du pitbull de Manacor en trois coups de cuillère à pot. Et pas seulement parce qu’il me semble fâcheusement émoussé de la canine, notamment suite à son pitoyable échec contre Baghdatis. Mais surtout parce que McEnroe ne cesse de clamer que l’Ibère va s’imposer cette année à Flushing. Or il est comme Mats Wilander, le grand John. Il suffit que l’un et l’autre étalent leur science de la raquette pour que leurs certitudes volent en éclats. Avec évidemment retournement de veste à la clé.

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15/08/2010

Encore un Chinois Léopard d'Or, mais ce n'est pas le bon...

Tout étant toujours possible à Locarno, rien ne surprend jamais vraiment en ce qui concerne l’attribution du Léopard d’Or. Comme l’an dernier, il est  allé à un film chinois. En l’occurrence Winter Vacation de LI Hongq’i, qui suit quatre ados désoeuvrés  façon mollusques, profitant de leur dernier jour de vacances pour se retrouver et traîner. Il ne se passe rien, ils ne discutent de rien ou presque,  font parfois mine de se quereller, histoire de s’échauffer vaguement, puis retombent dans leur état plus ou moins léthargique.

 Les jurés lui ont-ils décerné la palme parce qu’ils trouvaient qu’il s’agissait, comme lu dans le  journal du Festival, de la comédie du cru la plus drôle jamais réalisée ? Si c’est le cas une chose est sûre. Nous n’avons pas franchement le même sens de l’ humour.

 Des médailles en chocolat
Au point que je leur reproche vivement d’avoir raté le coche et du coup le bon Chinois, en oubliant dans leur palmarès Karamay, le monumental , puissant et poignant documentaire de  six heures de XU Xin. L’auteur revient, rappelons-le, sur une terrible tragédie scandaleusement enterrée par les autorités et qui avait causé, le 8 décembre 1994, la mort de 323 personnes dont 288 enfants. (Voir chronique du 13 août). Non reconnu à sa juste valeur,  XU Xin devra se consolera avec le prix FIPRESCI, celui des jeunes et autres mentions spéciales.

Tandis que notre deuxième préféré Womb, du cinéaste hongrois  Benedek Fliegauf et traitant du délicat problème clonage, mordait également la poussière, le prix spécial du jury a récompensé Morgen, de Marian Crisan. Le Roumain se penche sur les migrants sans papiers qui tentent de passer en Hongrie, avant de gagner d’autres pays d’Europe.

 Curling du Canadien Denis Côté, évoquant l’étrange rapport au monde d’un père et de sa fille de douze ans, a raflé le prix de la mise en scène. Dans la foulée son acteur principal, Emmanuel Bilodeau, était sacré meilleur acteur, tandis que la comédienne serbe Jasna Duricic remportait le pardo de l’interprétation féminine pour son rôle dans Beli beli svet (A White White World).

 Le sexe n’a pas fait recette
Bref, un palmarès classique pour une 63e édition qui se voulait provocante. Mais le sexe, voire le cul, n’a pas fait recette. Bruce LaBruce est reparti  les mains vides avec son zombie neurasthénique à la queue thérapeutique, alias François Sagat. Dont les biscotos en acier et les abdos en bétons, sans compter la taille du reste, n'ont pas non plus aidé Christophe Honoré à séduire avec Homme au bain. A l’image d’Isild Le Besco et la médiocre virée salement meurtrière de son trio lesbien dans Bas-Fonds.

Pour résumer, une compétition 2010 bien peu convaincante. Ce qui n’a rien d’étonnant en soi, le concours n’étant en général pas le point fort de Locarno. Sauf qu’on nous avait annoncé un changement d'enfer avec le retour aux racines d’Olivier Père. Mais encore fallait-il que celles-ci produisent  de beaux arbres. Preuve que la radicalité, maître mot ici pour qualifier la sélection du nouveau directeur, n’est pas forcément synonyme de talent.

En ce qui concerne la Piazza, il n’y eut guère qu’Au fond des Bois de Benoît Jacquot en ouverture et surtout Rubber, où Quentin Dupieux nous raconte les aventures extraordinaires d’un pneu tueur et amoureux d'une créature de rêve, pour nous faire  vibrer. Les spectateurs n’ont pas été beaucoup plus enthousiastes, une baisse de 5000 entrées ayant été enregistrée. Et la pluie venue perturber les derniers jours du festival est loin d’être la seule responsable.

Merci Lubitsch
Heureusement que la remarquable rétrospective Ernst Lubitsch a mis tout le monde d'accord. Des séances à guichets fermés pour (re)découvrir  le grand maître de la comédie l’ont amplement démontré. si vous en avez l'occasion, ne la manquez surtout pas à la Cinémathèque, qui l'accueille à Lausanne dès le 18 août.

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13/08/2010

Les six heures de «Karamay» valent bien un Léopard d’Or

 

«Six heures c’est trop, je ne tiendrais jamais, même avec un entracte»…  La longueur du documentaire du Chinois XU Xin rebute plus d’un festivalier, y compris les critiques. Du coup, ces derniers ne se sont pas bousculés au portillon pour la projection de presse, qui en a vu par ailleurs beaucoup ne cesser d’aller et venir dans la salle. Pourtant les six heures de Karamay pourraient mener son auteur tout droit au Léopard d’Or. Surtout face à des prétendants bien moins sérieux côté fiction.

 Son film en forme de réquisitoire, aussi puissant que bouleversant, revient sur une terrible tragédie qui s’est déroulée en Chine le 8 décembre 1994 à Karamay, une ville construite de toutes pièces il y a 50 ans, suite à la découverte de pétrole dans la région. Ce jour-là, huit cents professeurs et écoliers, ces derniers triés sur le volet, l’élite, la crème de leurs différentes classes, donnaient leur spectacle annuel de chant et de danse au Palais de l’amitié devant les représentants officiels de l’éducation, lorsque soudain la scène prit feu.

 Les élèves furent alors sommés de demeurer assis pour que les VIP locaux puissent sortir les premiers. Tous survécurent, tandis que 323 personnes périssaient dans les flammes, dont 288 enfants de 6 à 14 ans, piétinés, asphyxiés, brûlés. Mais immédiatement, le gouvernement s’employait à enterrer l’affaire, muselant les médias en censurant l’information.

 Professeur dans un collège à l’époque, Xu Xin avait malgré tout entendu parler de ce drame car des bruits circulaient. Treize ans plus tard, en 2007, il décidait de donner la parole aux parents des victimes. Leurs témoignages poignants en noir et blanc sont entrecoupés de vidéos en couleur de la catastrophe, de scènes du spectacle avant le déclenchement du feu, d’images télévisées édifiantes.

 Au fil de ce documentaire monumental, ceux qui, surmontant leur crainte de l’autorité, ont eu le courage de s’exprimer devant la caméra crient leur chagrin, leur impuissance, leur frustration, leur douleur qui ne s’apaise pas. Une souffrance qui va au contraire croissant au fur et à mesure de la progression du film. Mêlée de colère, de violente critique contre le gouvernement et le parti.

 Marqués à vie, se qualifiant parfois de personnes désormais  anormales et déséquilibrées,  ils veulent surtout savoir pourquoi leur enfant a perdu la vie. Poussés par une soif de justice, ils demandent la réouverture de l’enquête, une vraie punition pour les responsables et le droit au statut de martyrs pour les disparus.

 Car si au début ils ont cru à un déplorable accident, petit à petit  ils se sont rendu compte de ce qu’il y avait derrière: des manquements monstrueux et coupables à une sécurité  élémentaire. Evidents à tant de niveaux qu’un parent, dans un témoignage qui n’engage évidemment que lui, n’hésite pas à parler de crime prémédité. Fustigeant au passage le peuple chinois. «Nous sommes pauvres, ignorants et malades depuis longtemps. C’est notre tragédie. Nous sommes une race égoïste. Mieux vaut  une vie misérable qu’une mort honorable. Face au danger, nous nous révélons sous notre vrai jour… »

 Tout cela méritait bien un développement de six heures. Et encore le réalisateur pensait-il à 12 heures, un temps à son avis convenable pour un tel sujet. Il a finalement renoncé face aux coûts de production et aux problèmes de distribution.

Précisons enfin, même si ce n'est pas une surprise, que Karamay est interdit en Chine. Quant à XU Xin, interrogé sur les pressions ou les menaces dont il aurait pu faire l'objet, il a déclaré ne pas avoir été inquiété pour l'instant.

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12/08/2010

Le retour du roi à la couronne en berne

Certes, la légende reste la légende avec ses seize grands Chelems. Mais que ce troisième rang me blesse la rétine, quand je le vois implacablement écrit noir sur blanc. Rappelant que le roi, à la couronne en berne depuis l’Open d’Australie, erre misérablement sur les courts à la  recherche de succès qui lui permettraient d’entamer un semblant de remontée vers les sommets.

Mais vu la quantité de points à défendre pour tenter, ne serait-ce que de se rapprocher de Nadal, ça va être coton. Même si Federer affirme que dans le fond, ce n’est qu’une question de temps. Il est vrai qu’il vient d’opérer un retour gagnant à Toronto salué bien bas par les fans et portant ainsi à 210 ses triomphes dans les Masters 1000. Un nouveau record pour le Bâlois, plutôt content de lui en l’occurrence.

A part ça, la tenue de l’Helvète aux bras pas trop noueux fait jaser sur la Toile et ailleurs. A cet égard, on parle beaucoup de «body language» pour tenter d’évaluer la motivation des joueurs. Eh bien, à mon avis, les fringues ça vous raconte également quelque chose.

Je m’explique. D’un côté vous avez Sa Grâce et son petit maillot rose layette sur un short brun-beige. De l’autre, le pitbull de Manacor, arborant lui aussi un T-shirt rose, mais fluo pétant sur un bermuda d’un blanc éblouissant, le tout en jetant un max. Du coup le Bâlois, imprudemment qualifié de prédateur par certains , (pourquoi pas de panthère tant qu’ils y sont!), a l’air délavé face à l’Ibère plus flamboyant que jamais. Même s’il a curieusement mis un temps fou à se débarrasser du Vaudois Wawrinka dans son premier set du tournoi canadien.

Bref, je me demande avec angoisse la durée de cette reprise pour Rodgeur après trois semaines. Qui a donné un deuxième début de rèponse un s'imposant également contre le Français Llodra. Rien d'étonnannt en somme. Mais dans la mesure où le maestro en délicatesse se laisse aujourd’hui terrasser par à peu près n’importe qui, c’était un peu la panique.

Et je ne sais pas si le succès des footeux suisses m’aurait apporté une grande consolation en cas de revers sévère de mon tennisman préféré au troisième tour. Il paraît pourtant que leur résultat étriqué contre les Autrichiens en match amical est de bon augure pour la campagne de l’Euro 2012. J'en doute, mais il est vrai que c’est toujours mieux que la France qui, comme je le pressentais dans ma précédente chronique a trouvé moyen d’aller perdre contre la Norvège à Oslo. Replongeant les supporters dans un désespoir qu’ils venaient à peine de surmonter après la débâcle sud-africaine.

Cela n’empêche pas d’optimistes spécialistes tricolores du crampon de voir du plus volontaire et du plus frais dans cet échec annoncé aux couleurs du drapeau national : le bleu des joueurs, le blanc de Laurent et le rouge de la honte. C’est ce brave Domenech qui doit prendre son pied !

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09/08/2010

Entre compétition et Piazza, c'est la soupe à la grimace

 A mi-parcours, le festivalier renâcle. Et pour cause. En dépit de quelques éclats de grâce et de beauté, on navigue entre le cul et l’ennui à Locarno. Quand on n’a pas droit aux deux.

Certes le sexe peut séduire. Par exemple chez Benoît Jacquot, qui a ouvert les feu sur la Piazza Grande avec Au fond des bois. Tombée sous l’emprise mentale d’un vagabond pouilleux une jeune file le suit dans la forêt où elle se fait violer. Mais le cinéaste évite la complaisance en surfant sur ce fait divers datant de 1865. En revanche, si Olivier Père garde le cap côté compétition, il s'est montré nettement plus hard avec le porno gay gore de Bruce LaBruce L.A. Zombie. Où une grotesque créature hypermoche sortie des eaux se mue en thérapeute de choc, baisant  frénétiquement des cadavres pour les ressusciter.

En vedette donc, François Sagat, spécialiste du X. Apparemment conquis par les dons cinématographiques du monsieur, le nouveau boss n’a pas hésité à placer, toujours en concours, Homme au bain de Christophe Honoré. Permettant ainsi à l’acteur, bodybuilder aussi large que haut, d’exhiber également ses charmes dans ce film de garçons à la libido déchaînée, tourné entre la France et  New York. Ce qui n’a pas empêché Chiara Mastroianni de vouloir s’imposer dans l’histoire. Du coup elle joue les utilités. Sinon l’appât pour les spectateurs. A venir, pour équilibrer les choses, le troisième long métrage d’Isild Le Besco, Heroïne abusée chez Jacquot, l’égérie du réalisateur entraîne un trio lesbien dans les bas-fonds .

Les neuf autres prétendants au Léopard d’Or vus jusqu’ici se montrent plus réservés sur la question, mais souvent tout aussi plombants  Autant dès lors, bien qu’ils ne méritent pas de mettre le fauve en cage, évoquer les deux ou trois qui émergent de la grisaille. A l’image de Womb du Hongrois Benedek Fliegauf, abordant avec intelligence l’épineux thème du clonage. On peut aussi parler de Im Alter von Ellen de l’Allemande Pia Marais, qui voit une femme en rupture chercher une nouvelle place dans la société.

Ou pourquoi pas La petite chambre, des réalisatrices lausannoises Stéphanie Chuat et Véronique Reymond, qui ont eu la chance de travailler avec Michel Bouquet et dont on aura l’occasion de reparler. De son côté, le public  s’est paraît-il entiché de Pietro, de l'Italien Daniele Gaglianome. Son film nous raconte l’Italie berlusconienne sinistrée, à travers le quotidien sordide de deux frères banlieusards, dont l’un est attardé mental et l’autre drogué.

 Et ce n’est pas beaucoup moins indigeste, sur la Piazza. L’Islandaise Valdis Oskardottir nous a proposé une comédie noire aussi lourdingue qu’outrancière sur fond de crise économique, tandis que les Américains Mark et Jay Duplass sondaient les vilaines intentions de Cyrus, amoureux de sa maman et déterminé à lui pourrir sa relation avec son nouveau compagnon. De son côté le Français Cédric Anger a concocté L'avocat, un polar en forme de téléfilm, au casting d’enfer (Benoît Magimel, Gilbert Melki, Erica Caravaca) mais au scénario plus troué qu’un morceau d’Emmental. Et dire qu’il était journaliste aux Cahiers du cinéma !

Bref, autant dire que ça ne rigole pas tous les jours à Locarno. Mais remarquez, à quelque chose malheur est toujours bon. Alors que la rétrospective Ernst Lubitsch peinait à démarrer, la salle affichait complet  dimanche. Dur, dur de régater avec Ninotchka.

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08/08/2010

Jeanne Balibar à la dérive dans "Im Alter von Ellen"

Hôtesse de l’air, Ellen ne cesse de parcourir le monde dans des voyages qui ne la mènent nulle part. A l’image d’une existence toute tracée, sans intérêt et de relations aussi décevantes qu’insatisfaisantes. Et puis un jour, victime d’une crise de panique alors que son avion et sur le point de décoller de l’aéroport de Maputo, elle redescend soudain de l’appareil.

Un geste symbolique dans la mesure où, en traversant la piste, elle se rend compte qu’elle va tout envoyer promener et se donner une chance de s’ouvrir à autre chose, de rencontrer d’autres gens, de vivre d’autres expériences. Après quelques errances, elle se joint d’abord à un groupe de jeunes défenseurs de la cause animale, avant de se retrouver au Mozambique.

Même si l'oeuvre en lice pour le Léopard d'Or ne tient pas toutes ses promesses, il y a de la grâce et du talent dans Im Alter von Ellen, deuxième long-métrage de la réalisatrice allemande Pia Marais. Qui, après avoir longuement et vainement cherché une interprète dans son pays, s’est tournée vers Jeanne Balibar. Admirative du travail de Pia Marais, la comédienne française n’a pas hésité et du coup tient son premier rôle à l’écran dans la langue de Goethe.

Une expérience dont elle se sort parfaitement pour l’avoir déjà fait deux fois au théâtre. «Cela m’amuse de jouer dans une langue qui n’est pas la mienne. Il est vrai qu'au cinéma c'est plus difficile parce qu’il faut comprendre tout de suite ce que disent les gens».

Jeanne Balibar ne s’intéresse pas particulièrement aux animaux. «En tout cas je n’irais pas jusqu’à militer pour eux. En ce qui concerne le militantisme en général, c’est différent. J’ai vu arriver le sida et j’ai fréquenté des gens d’Act Up, qui ont la même approche que celle des activistes dans le film ».

Mais la comédienne a évidemment surtout été attirée par le caractère d’Ellen, qui se trouve à un point de déséquilibre. C’est une figure émouvante, très présente dans l’histoire du cinéma. Je pense par exemple à Wanda, de Barbara Loden, Une femme sous influence de Cassavetes, Sue Lost In Manhattan, d’Amos Kollek. C’est très excitant de jouer... ou de ne pas jouer ce genre de personnage à la dérive».

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07/08/2010

Pour Chiara Mastroianni, le cinéma c’est presque plus la vie que la vie

Présente à Locarno dans deux films de Christophe Honoré, Homme au bain  l’un des prétendants au Léopard d’Or et Non ma fille tu n’iras pas danser dans la section Premi Speciali, Chiara Mastroianni  a aussi reçu vendredi soir, sur la Piazza, L’Excellence Award  Moët et Chandon. Un prix qui la gêne horriblement. «Quand j’ai vu la liste je me suis sentie coupable d’imposture», dit-elle avec modestie lors de la conférence de presse organisée par le directeur Olivier Père. Un admirateur de la fille du grand Marcello et de la belle Catherine Deneuve.   

Des parents célèbres, mais classiques

Charmante, Chiara parle avec un plaisir évident  de ses illustres parents. «Ils étaient plus classiques que leurs personnages et ils m’ont assez strictement élevée. J’ai eu une enfance raisonnable. Au lit à l’heure et pas de champagne à six ans…». Evoquant les films de son père, elle trouve que c’est une chance de pouvoir les revoir.  «Je les adore au-delà du fait qu’il joue dedans. Pour moi c’est vraiment un acteur»

La jeune femme avoue aussi sa folle passion pour le cinéma. «Jouer c’est génial, comme entrer dans une autre dimension. C’est presque plus la vie que la vie. Cela me transporte tellement que j’ai de la peine à considérer ce métier comme un travail».

Pourtant, contrairement à ce qu’on imagine, elle ne voulait pas être actrice très jeune. «C’est venu petit à petit. Ma mère, une cinéphile, m’a montré beaucoup de vieux films américains et italiens. Même si cela fait un peu cucul la praline de le dire, cela m’a ouvert  à un monde merveilleux. Mais comme je suis lente, le moment décisif, pour moi, fut la rencontre avec Melvil Poupaud, un copain d’école. Il m’a donné l’impulsion lors du bac ».

Révélée par Xavier Beauvois

Si son père était content qu’elle se lance dans la carrière, sa mère, inquiète, a plutôt cherché à l’en dissuader. «En même temps, elle est la première responsable. Elle m’a mis le pied à l’étrier en me laissant découvrir tous ces films. Donc il a bien fallu qu’elle se fasse à cette idée. Mère et fille se retrouvent dans Ma saison préférée, d’André Téchiné. «C’est ma première expérience auprès d’elle, mais nous n’avions pas de scènes ensemble. Le jeu à deux est venu plus tard. Dans Conte de Noël, où je suis sa belle-fille et où on se déteste».

Chiara a beaucoup  travaillé avec de jeunes cinéastes, comme Arnaud Depleschin ou Xavier  Beauvois qui l’a révélée dans N’oublie pas que tu vas mourir, ainsi qu’avec des  grands, à l’image de Xavier Ruiz ou Manoel de Oliveira, qui l’a rendue célèbre avec «La lettre».  Heureusement qu’il y avait eu Xavier avant. J’ai toujours un peu mal au ventre au tournage et il a une façon de diriger très libératrice. Cela m’a énormément aidée, car  Manoel est terriblement exigeant. Il compose un tableau. Avec lui c’est se retrouver sur une autre planète Il est également d’une extrême précision, ce qui a contribué à m structurer.

Presque toujours choisie

Pour Chiara, ce sont les metteurs en scène qui font tout. «J’ai eu de la chance  à ce niveau-là". Et elle a presque toujours été choisie . «Avec Melvil, on a écrit une longue lettre à Coppola, mais on ne l’a jamais envoyée. Et j’ai sollicité deux réalisateurs. L’un c’était Vincent Paronnaud pour Persépolis. Comme c’était un dessin animé, je me suis montrée moins pudique. L’autre c’est Christophe Honoré pour Homme au bain.  Après Non ma fille tu n’iras pas danser,  j’ai appris qu’il avait un autre projet dont il ne m’avait pas parlé parce que c’était un film de garçons. Mais je l’ai persuadé qu’il avait besoin d’une femme. Cela dit, il faut se méfier des familles au cinéma. Cela peut vous rendre possessif des deux côtés».

Côté envie enfin,  la comédienne, qui en dépit de son ascendance italienne, a toujours travaillé en France à l’exception d’un long-métrage avec Francesca Comencini, adorerait faire un film d’horreur avec Dario Argento.

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06/08/2010

"L.A.Zombie" en compétition à Locarno, juste parce qu'il le vaut bien...

 Epineuse question existentielle, Olivier Père se moquerait-il ? Si je m’interroge, c’est parce qu’il a prétendu  n’avoir pas songé une minute à une éventuelle provocation et  donc sélectionné «L.A.Zombie» uniquement sur ses qualités artistiques. Après l’avoir vu, le doute n’est plus permis. Déjà après son bannissement du festival  de Melbourne, j’avais du mal à croire cette histoire. N’était-ce que par le ravissement de son réalisateur frétillant d’aise à l’idée de la publicité que cette interdiction allait lui faire pour Locarno, puis pour Toronto cet automne.

 A  propos de cette censure évidemment stupide, je me demande juste en passant pourquoi le Bureau australien de classification des films et de la littérature a cru bon de se justifier en disant que l’opus de Bruce La Bruce était «aux limites du porno».Elles  me paraissent pourtant  franchies. Olivier Père a  beau raconter qu’il s’agit d’un métrage d’art qui joue avec l’esthétique  des films d’horreur et du cinéma gay, c’est quand même un porno gore homo. Même si, outrageusement fabriqué, il en devient ridicule.

 La  chose, à peu près sans paroles heureusement, montre  une étrange créature  à la libido exacerbée  émergeant de l’océan sexe au vent, et qui se met à fouiller les blessures des morts de son immonde queue fourchue. Pour les arroser ensuite d’une semence tout aussi répugnante. Car c’est  un zombie compatissant. En réalité, il veut les ramener les malheureux à la vie. A commencer par un surfer victime d’un accident de voiture.

 Puis, traînant dans les endroits glauques de Los Angeles et se confondant avec un SDF schizophrène, notre zombie  tente de ressusciter un criminel en col blanc, un violeur, un drogué et un groupe de stars du X toxicomanes. Avant d’aller, fatigué des  dures réalités de la Cité des Anges, creuser une tombe dans un cimetière. Le tout sur fond d’hémoglobine et avec, dans le rôle principal, l’acteur de porno français François Sagat. Que l’on verra également aux côtés de Chiara Mastroianni dans « Homme au bain » de Christophe Honoré.

 Certes, tous les goûts étant dans la nature,  «L.A..Zombie» offre un intérêt pour les amateurs du genre qui y voient de la beauté visuelle et une certaine poésie. Mais le perturbant dans l’affaire reste, alors qu’il aurait pu par exemple faire l’objet d’un événement spécial, sa place en compétition. D’autant qu’il ne bénéficie pas du même traitement que les autres films en concours, montrés l’après-midi au FEVI, qui compte quelque 2500 places. Mais, celui-ci, interdit aux moins de dix-huit ans, a été projeté jeudi soir à 23 heures et le sera ce soir à 21 heures. Dans des petites salles de surcroît. Cherchez l’erreur. En effet quel dommage de priver une bonne partie du public d’un tel chef d’œuvre!

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05/08/2010

La grande foule de la Piazza suit Benoît Jacquot au fond des bois

La grande foule de la Piazza suit Benoît Jacquot au fond des fois

Ouverture mercredi soir sur la Piazza Grande du 63e Festival de Locarno, avec «Au fond des bois» de Benoît Jacquot et en présence de Doris Leuthard. Une première pour un président de la Confédération. En l’occurrence une présidente qui, paraît-il, n’est pas restée longtemps. Mais peu importe…

Le nouveau directeur Olivier Père n’avait pas choisi la facilité en misant sur le cinéaste français. Son film en costumes nous plonge dans le Midi de la France en 1865. Il raconte l’étrange périple de l’évanescente Joséphine, beauté blonde de bonne famille envoûtée et violée par Timothée (Nahuel Perez Biscayart), un vagabond de passage pouilleux aux dents gâtées, qui exécute de curieux tours de magie.

Sous  son emprise, bien qu’il la dégoûte et l’effraie, Joséphine le suit dans les bois où il continue à abuser d’elle jusqu’à ce qu’il soit arrêté et traduit en justice. Ce film signe la quatrième collaboration entre Benoît Jacquot et Isild Le Besco, excellente dans le rôle et qui sera par ailleurs prétendante au Léopard d’Or avec  son propre long-métrage «Bas-Fonds». On aura l’occasion d’en reparler.
«Au fond des bois» tire son origine d’un authentique fait divers paru dans «Libération», nous révèle Benoît Jacquot, rencontré à Locarno. «Je suis tombé par hasard sur une chronique tenue par une historienne de droit, qui exposait chaque semaine un cas qui avait fait jusrisprudence. Celui-ci  a donné lieu à ce qu’on a appelé un crime d’emprise mentale. Il m’a branché immédiatement. J’ai  vu tout de suite ce que j'allais faire. Les scènes se déroulaient  sous mes yeux. Et à partir de cette chronique, j’ai eu accès aux archives du procès, pour étoffer mon intrigue».

-Une drôle d’histoire où se mêlent le sentiment amoureux,  la passion, l’érotisme, le fantastique, le  drame historique, le tout largement pimenté de sado-masochisme.

-On peut le dire. Qui fait souffrir, qui subit, qui consent, qui  aime, qui domine? Au bout du compte, les choses se résolvent dans une sorte de lien inoubliable, avec la naissance d’un bébé. Mais ça, c’est de la fiction.

-A l’occasion du procès, Joséphine insiste sur l’envoûtement dont elle a été victime, notamment pour se protéger. De son côté Timothée lui donne raison, ce qui renforce son pouvoir. Mais qu’en est-il réellement de cette léthargie hypnotique ?

-Au départ, Joséphine a besoin d’affirmer qu’elle a été envoûtée. Puis elle arrive à un point où elle décide de faire ce qu’elle veut. C’est d’une ambiguïté totale, celle de tout un chacun, qui se manifeste le plus fortement  dans la passion amoureuse. Il s’agit aussi du portrait d’une jeune femme apprenant d’elle-même ce qu’elle connaît déjà. Dans cette histoire que j’ai réinventée, elle s’est fait faire un enfant à l’œil, si j’ose dire. Et son mari ne la touchera jamais.

-A ce propos, lors de «L’intouchable», vous disiez  qu’il s’agissait d’une sorte de rapt d’Isild, pour l’emmener en Inde. Y a-t-il un rapport? Parce qu’en somme il existe une forme d’enlèvement dans «Au fond des bois».

-Maintenant que vous m’y faites penser, l’enlèvement me mobilise dans tous les sens du terme. S’échapper, partir, sortir de soi-même, ça me fascine. C’est à la fois romantique et érotique. Un fantasme féminin quasi universel. Toutes les femmes rêvent d’être enlevées…

-Quelle  place pour ce dernier-né dans votre filmographie?

-Particulière. Il  est très proche,  très personnel. Sur les dix-huit que j’ai réalisés, il appartient aux deux ou trois que j’avais absolument besoin de tourner. J’aurais souffert si  je n’avais pas pu, car c’est l’un de ceux auquel je tiens le plus jusqu’à présent

-C’est également le quatrième avec Isild Le Besco. L’une de vos actrices fétiches, comme Isabelle Huppert.

-Effectivement. Mais  il se peut que ce soit le dernier. Pourquoi ? Parce que c’est comme ça. Je crois que nous avons fait le tour tous les deux.

-Et avec Isabelle Huppert ?

-Non, il y en aura d’autres. Ce n’est pas du tout pareil. Isabelle et moi sommes comme frère et sœur. On vit une espèce d’inceste.

23:18 Publié dans La griffe du léopard | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | | Pin it! |