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Le blog d'Edmée

  • Grand écran: "Ad Astra", la folle odyssée spatiale de James Gray. Avec un impeccable Brad Pitt

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    bradpitt2.jpgUn astronaute tombe d’une immense échelle qui s’élève de la Terre jusqu’au-delà de la stratosphère. Une chute qui manque de lui coûter la vie, mais il parvient miraculeusement à en réchapper, même avec son parachute troué. Cela ne l’empêche pas de rester d’une rare placidité. De marbre, il maîtrise son rythme cardiaque qui ne bouge pas d’un battement…

    Cet homme à la force tranquille, c’est Roy McBride (Brad Pitt), qui va voguer jusqu’aux confins de l’univers. Il a pour mission de participer au sauvetage d’un vaisseau qui s’est abîmé sur Neptune bien des années auparavant. Selon un signal émis de la planète en question, un naufragé est vivant. Il n’est autre que le père de Roy, obnubilé par l’inlassable recherche de preuves d’une vie extraterrestre. Ses tentatives scientifiques provoquent des explosions radioactives entraînant des surcharges électriques aux dangereuses conséquences pour les terriens.

    Sur les traces du père

    Après le succès de The Lost City Of Z (2016), le réalisateur américain James Gray se lance à son tour, avec Ad Astra, dans une folle odyssée spatiale aux décors somptueux, sur fond de drame intime, en envoyant Roy dans un voyage initiatique, sur les traces d’un père qui l’a abandonné jeune. Tout comme son géniteur a été absent dans sa vie, Roy se sent seul au monde, lui aussi obsédé par un travail qui le conduit à délaisser les siens.

    Aller se balader à l’autre bout de la galaxie est donc une façon de résoudre son conflit intérieur. Il est parfaitement incarné par Brad Pitt, modèle de l’homme américain, que le réalisateur a exprès choisi pour casser le stéréotype de la masculinité, en créant un anti-héros, un personnage qui tire sa force de sa vulnérabilité, de ses failles, de ses faiblesses et de ses échecs.

    Cette exploration des liens familiaux, du rapport au père doublé d’une quête de soi et d’une réflexion existentielle sur la solitude dans un thriller hypnotique, n’empêchent pas les scènes d’action spectaculaires, dont une course poursuite démente sur la Lune où Roy a fait escale. Et son incroyable infiltration à bord d’une fusée sur la rampe de lancement.

    A cet égard, James Gray en fait d’ailleurs un peu beaucoup, nous poussant à nous poser des questions trivialement terrestres sur la faisabilité des exploits physiques et autres performances, qui viennent fâcheusement parasiter une volonté de lâcher prise pour une envolée sereine vers les étoiles. C’est un peu dommage.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 18 septembre.

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  • Grand écran: Woody Allen charme avec "A Rainy Day In New York", une comédie pétillante au ton délicieusement désuet

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    9e9915ca-bffb-11e9-8f25-9b5536624008_image_hires_033732.jpgRejeté par les Etats-Unis à la suite de la tornade Me Too et par Amazon Studios qui a rompu le contrat qui le liait au réalisateur, lequel a lancé une procédure juridique en réclamant 68 millions de dollars, le dernier film de Woody Allen A Rainy Day In New York (Jour de pluie à New York), a trouvé refuge en Europe. Ce cinquantième opus devrait, nonobstant (ou grâce à) la polémique, faire comme d’habitude un joli parcours sur le Vieux Continent.

    Il le mérite. On craque devant cette pétillante comédie romantique, pimentée d'une légère satire du Manhattan cossu, où le cinéaste renoue avec sa veine légendaire. Elle réunit Timothée Chalamet (qui s’est désolidarisé du projet avec Rebecca Hall, les deux reversant leur salaire à une association venant en aide aux victimes d’abus sexuels) Elle Fanning, Selena Gomez, Jude Law (qui a défendu l’auteur), Diego Luna et Liev Schreiber.

    Deux étudiants, Gatsby (Chalamet) et Ashleigh (Fanning, photo), envisagent de passer un week-end en amoureux dans Big Apple. Ashleigh Enright (allusion au célèbre architecte?) qui écrit pour le journal de son université de province, rêve de faire carrière dans le journalisme et ne tient plus en place à l’idée d’interviewer l’un de ses réalisateurs favoris. Quant à Gatsby Welles (référence bien sûr au héros de Scott Fitzgerald et au grand cinéaste) il veut lui faire découvrir le jazz et la peinture.

    Mais la pluie s'en mêle. Séparés, ils enchaînent bientôt, chacun de leur côté, les quiproquos, les rencontres fortuites et les situations insolites. Ce qui donne un film particulièrement divertissant, gracieusement porté par Timothée Chalamet et Elle Fanning (vraiment excellente). L'oeuvre se révèle à la fois charmante, piquante, frivole, loufoque, émouvante, jubilatoire. Délicieusement désuète et anachronique aussi avec ses dialogues ciselés, Woody Allen se projetant à l’évidence dans le rôle masculin principal.

    A signaler que la rupture du contrat avec Amazon n’a pas empêché le prolifique artiste de trouver d’autres partenaires. Il a même déjà tourné son prochain film en Espagne avec un casting majoritairement européen, dont Christoph Waltz, Louis Garrel et Sergi Lopez.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 18 septembre.

     

     

     

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  • Grand écran: "Portrait de la jeune fille en feu", envoûtant récit d'un amour interdit

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    portrait-de-la-jeune-fille-en-feu-critique.jpgAprès Naissance des pieuvres, Tomboy et Bande de filles, Céline Sciamma livre son quatrième long métrage Portrait de la jeune fille en feu, qui avait...enflammé Cannes et valu à son auteur le prix du scénario en mai dernier. ainsi que la Queer Palm. Spécialiste de l’enfance et de l’adolescence, elle change de temps et de décor. Et explore, dans ce film fascinant sur le regard, les sentiments et le désir, l'idylle impossible entre deux femmes, la brune Marianne (Noémie Merlant) et la blonde Héloïse (Adèle Haenel). Un superbe duo d'actrices.

    On est en 1770. Artiste peintre farouchement indépendante, la première débarque  sur une île bretonne isolée à l’appel  d’une riche propriétaire qui lui a commandé le portrait de mariage de la seconde, à peine sortie du couvent. Mais Héloïse résiste à cette union forcée en refusant de poser. Jouant la dame de compagnie sur commande, Marianne, l’observant pour mieux mémoriser sa beauté, sa gestuelle, va la peindre en secret. D’abord hiératique, distante et rétive, Héloïse succombe bientôt à son charme.

    Des dialogues ciselés

    Entre beauté et douceur, Céline Sciamma filme avec sensualité, finesse, pudeur et sobriété l’éveil de l’amour conduisant à une éphémère relation passionnée. Excellentes, les deux comédiennes évoluent en parfaite harmonie, contournant audacieusement la loi des hommes à une époque où la liberté des femmes était des plus limitées. Comme pour mieux s’affirmer et s’affranchir, elles se livrent à des joutes verbales de haut vol  grâce à des dialogues ciselés, qui subliment cet envoûtant et fiévreux récit d’un amour interdit, où peinture et cinéma se rejoignent dans un acte de création.
     

    «Le film a été construit pour Adèle, en pensant à ses possibles, à ce que je sais d’elle, avec le projet d’une artiste neuve. Je voulais chroniquer la naissance d’un désir, l’amplitude d’une histoire d’amour, ce que c’est de tomber amoureux, d’aimer», explique Céline Sciamma. «Il s’agit aussi d’une réflexion sur le regard, le fruit d’une somme d’entre eux, de l’abandon et de la confiance dans celui de l’autre.»

    « On voit Héloïse et Marianne penser en direct »

    Elle évoque l’analogie évidente entre la peinture et le cinéma. «Je me sers de l’une pour parler de l’autre. Notre travail est fait de couches. J’aurais pu m’inspirer d’artistes célèbres. Mais pour montrer le travail, il fallait se détacher du biopic. C’est mon film le plus dialogué, avec des échanges intellectuels. On voit Marianne et Héloïse penser en direct. Il y a là quelque chose de l’ordre de l’humour, du plaisir.»

    «Avec Céline, j’ai une complicité intellectuelle et artistique. Je l’accompagne dans la mise en scène. Ça me plaît vachement d’explorer tous les jeux», raconte de son côté Adèle Haenel. «Comme de construire un personnage Picasso en trois phases. La phase Japon (avec une sorte de masque), la phase dégel (le masque se craquèle) et la phase vraiment chaude. Elle ajoute: «Le film dit aussi ce qu’on fait d’une histoire d’amour au passé qui continue à nous habiter...»

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 18 septembre.

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  • Grand écran: "Deux Moi", ou la solitude de l'humain moderne vue par Cédric Klapisch

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    5929562.jpgAprès un tour dans les vignes avec Ce qui nous lie, Cédric Klapisch retrouve Paris et son effervescence pour Deux Moi, son treizième long métrage. Trentenaires, Rémy (François Civil) et Mélanie (Ana Girardot) sont voisins sans le savoir et se croisent ainsi quasi quotidiennement sans se connaître. Chercheuse, solitaire et timide, peinant à se remettre d'une ancienne histoire d'amour, elle est toujours fatiguée, dort beaucoup et multiplie les rencards ratés sur les réseaux sociaux. Esseulé lui aussi, introverti, bluesy, angoissé, travaillant pour une hot-line, il a du mal à trouver le sommeil et à rencontrer une fille.

    Ce sont ces deux personnes isolées dans leur vie affective et sociale, traînant leur déprime, leur vide et leur mal-être dans l’anonymat de la capitale française, que l’humaniste Cédric Klapisch filme en parallèle chez eux, dans la rue, au travail et chez le psy que chacun va consulter pour comprendre son problème. Deux personnes qui ont des fêlures, des blessures à soigner et qui doivent d’abord régler leurs difficultés, apprendre à s’aimer elles-mêmes avant de pouvoir aimer autrui.

    C’est ainsi, comme l’indique le titre Deux Moi, que l’individu prime sur le couple, loin de l’utopie communautaire et de ses vertus. Par ailleurs, contrairement à ce qu’il a développé dans sa trilogie L’Auberge espagnole, Les poupées russes et Casse-tête chinois, le cinéaste ne se penche pas sur le premier rendez-vous entre un garçon et une fille avec ce qu’il va entraîner entre séduction, crise et passion, mais à ce qui se passe avant une éventuelle histoire d’amour. Et du coup, bien qu'on s'y attende, termine son film là où en principe tout commence dans une comédie romantique classique.

    Ana Girardot et François Civil, déjà frère et sœur dans Ce qui nous lie, fonctionnent bien chacun de leur côté dans ce récit à deux voies où le réalisateur, évitant de trop dramatiser, laisse parfois place à un humour qui ne fait pas toujours mouche. Dommage toutefois que l’intrigue soit parasitée par des sujets secondaires balancés à la va vite, comme les secrets familiaux menant à la psychanalyse, palliatif à l’extrême solitude de nos sociétés hyper connectées, faussement propices aux relations sociales ou amoureuses.

    Enfin, cela donne l’occasion à Cédric Klapisch de se moquer de deux praticiens ridicules interprétés par François Berléand et Camille Cottin. et de leur manière plutôt particulière de concevoir leur métier. 

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 11 septembre.

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  • Grand écran: dans "Blinded By The Light", Bruce Springsteen transforme la vie d'un jeune Anglais

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    Film_web_081519.jpgNous replonger dans la musique du Boss à travers la passion d’un adolescent, une belle idée de la cinéaste britannique Gurinder Chadha, qui s’était perdue en route après le succès, en 2002, de Bend It Like Beckham (Joue-la comme Beckham). Pour Blinded By The Light, elle s’est inspirée de l'autobiographie Greetings From Bury Park: Race, Religion and Rock n’Roll, écrite en 2007 par le journaliste Sarfaz Manzoor, qui a collaboré au scénario.

    Nous sommes en 1987, dans une Angleterre en pleine crise économique, sous le joug de Margaret Thatcher.  L’austérité et le chômage le disputent aux tensions raciales, une discrimination qui vise souvent Javed Khan (Viveik Kaira, à droite sur la photo) un jeune Anglais d’origine pakistanaise, dont les parents ont émigré avant sa naissance. Il est traité de Paki, chassé d’un café par des élèves de son école, menacé de se faire arranger le portrait par un groupe de punks.

    Timide, mal dans sa peau, Javed cherche sa voie, écrit des poèmes, des paroles de chansons, des textes pour le cours de littérature. Il rêve de quitter la morosité de sa ville de Luton et surtout d’éviter le chemin tracé pour lui par son père, un immigrant sévère et rigide, d’une rare intransigeance. Peu impressionné par ses talents littéraires, il veut voir son rejeton suivre de grandes études pour ramener des sous à la maison. .

    Et puis un jour la vie de Javed va être définitivement transformée par la découverte de l’œuvre de Bruce Springsteen, grâce aux cassettes que lui donne son ami Roofs. Galvanisé par les paroles de l’artiste qui semble s’adresser directement à lui, encouragé par son professeur, il décide de devenir lui aussi un poète et un écrivain, défiant ainsi les racistes, l’autorité parentale et osant enfin sortir avec la jolie Eliza. Dès lors tout le film s’articule autour des plus grands tubes du chanteur, de Dancing In The Dark à Thunder Road, en passant par Born To Run et The Promised Land. Une parfaite combinaison entre les textes et les images.

    Prévisible, ce récit d’apprentissage qui fait écho à notre actualité, n’est forcément pas d’une folle originalité. En dépit de son rythme, de l’émotion de la vitalité et de l’humanité qu’il dégage, on peut lui reprocher son côté guimauve et tire-larmes. Sans parler du portrait caricatural du père de Javed. Il n’empêche qu’on marche et qu’on ne s’ennuie pas une seconde. Grâce évidemment à la puissance des chansons de Bruce Springsteen, qui a donné son accord à la réalisation de l’œuvre. Mais également aux comédiens toniques comme la révélation Viveik Kaira, qui s’éclatent visiblement dans cette comédie sociale, dont l’aspiration à la liberté constitue l'un des moteurs.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 11 septembre.

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  • Grand écran: "Mjölk, la guerre du lait", croisade d'une fermière islandaise contre une coopérative mafieuse

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    mjolk_photo1-1920x1280.jpgAprès Béliers, qui avait décroché le Prix d'Un Certain Regard à Cannes en 2015, le réalisateur islandais Grimur Hakonarson revient avec Mjölk, la guerre du lait. En habitué du milieu rural où il a grandi, attiré par les histoires qui s’y déroulent, il se penche à nouveau sur le dur quotidien de gens vivant dans des endroits isolés et dont la vie tourne autour de leur ferme et de leur bétail.

    Dans le premier il racontait l’histoire de deux frères ne se parlant plus depuis 40 ans, mais forcés de se réconcilier pour sauver leurs précieux moutons. Dans le second, il esquisse une réalité socio-politique en brossant le portrait d’une battante, Inga la fermière, courageuse quinquagénaire endettée jusqu’au cou, qui se dresse en justicière contre des corrompus.

    A la mort de son mari, Inga, qui fait immédiatement penser à l’héroïne de Woman At War sorti l’an dernier,  reprend seule leur exploitation laitière dans un petit village près de Reykjavik. Elle ne tarde pas à découvrir le monopole d’une coopérative omnipotente, mettant à genoux les agriculteurs locaux impuissants à lutter pour leur indépendance. A ses risques et périls, c'est David contre Goliath, elle déclare la guerre à ce système autrefois mutualiste, pour libérer ses semblables de sa désormais redoutable emprise mafieuse.

    Parallèlement à la croisade d’Inga contre le néolibéralisme, le capitalisme à tout crin qui plombe  la culture traditionnelle du pays, Grimur Hakonarson montre son parcours pour se frayer un chemin au sein d’une communauté dominée par les hommes. Une petite ode à la liberté et à l'égalité dans cette comédie sociale aux accents qui se veulent loachiens, où l’auteur qui charge un peu la mule, réserve des moments émouvants, drôle, voire poétiques.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 11 septembre.

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  • Grand écran: avec "Les particules", Blaise Harrison se penche à son tour sur les tourments de l'adolescence

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    les-4-acteurs-du-film-originaires-du-pays-de-gex-nicolas-marcant-leo-couilfort-salvatore-ferro-et-thomas-daloz-ce-dernier-interprete-le-heros-du-film-archives-le-dl-a-g-1556877853.jpgC’est l’histoire de P.A et de sa bande, des lycéens en classe terminale qui vivent dans le Pays de Gex, à proximité du LHC, l’accélérateur de particules le plus puissant de la planète, qui provoque des collisions pour en détecter d’inconnues à ce jour. Alors que l’hiver s’installe, les jeunes, plus particulièrement P.A voient le monde changer autour d’eux. Ils observent des lueurs, des phénomènes bizarres, des modifications anormales dans l’environnement, le paysage. D’abord de façon imperceptible, avant que tout bascule…

    Proposition de cinéma singulière, originale, métaphorique que Les particules, premier long-métrage du Franco-Suisse Blaise Harrison, sélectionné en mai dernier à la Quinzaine cannoise des Réalisateurs. Il fait ressortir les tourments de l’adolescence, ce plein d’énergie, d’angoisse, de passion et se déroule entre rêve et réalité dans une ambiance trouble, menaçante, triste. Il flirte avec le fantastique, ce qui nous vaut quelques effets spéciaux pas trop voyants, notamment un modeste trip à la Kubrick inspiré, CERN oblige, par l’imagerie scientifique.

    Des électrons libres qui cherchent leur place

    L'opus est radical, sobrement mis en scène, prometteur en dépit de sa longueur et de sa lenteur censée montrer l'étrangeté et détourner le spectateur de la trame narrative. Il est parfaitement interprété par des acteurs non professionnels de la région, dont le charismatique Thomas Daloz, alias P.A. Blaise Harrison filme des ados pas trop rebelles, plutôt de bons gamins un peu à côté, dont la révolte passe par l’affranchissement. Ce sont des électrons libres qui cherchent leur place dans une société pour laquelle ils ne sont pas faits et dans laquelle ils cherchent leur place.

    Lors d’une rencontre, l'auteur nous en dit plus sur lui, un solitaire, ce film qui lui ressemble (le parcours de P.A est aussi le sien) et son envie de cinéma qui remonte à très loin. A son enfance passée dans le Pays de Gex, à la campagne, en-dehors de Divonne où il est né en 1980. Il a commencé à s’intéresser à la photo, avant que le cinéma prenne le dessus, à cause du son, lorsque ses parents lui offrent une caméra super 8.

    Il a d’abord voulu essayer des choses

    En allant au cinéma à Ferney-Voltaire et au Grütli, Blaise découvre Jarmush et Kaurismaki entre 1996 et 1998. Après le lycée, il étudie à l’ECAL, sachant que le septième art est décidément sa vocation. Les particules, il y pensait depuis toujours a toujours eu envie de le réaliser, voulant raconter cet âge-là dans un coin à la fois banal et plein de mystère.

    Mais avant, il a eu besoin d’essayer des choses, comme assistant caméra, ou auteur de documentaires pour ARTE, Armand, 15 ans, l’été, vu à la Quinzaine des Réalisateurs en 2011 puis L’Harmonie (il a joué lui-même du saxophone baryton dans une fanfare), sélectionné à Locarno deux ans plus tard.

    Avec ce titre, Les particules, on pourrait croire Harrison fasciné par le CERN. "Ce n’est pas vraiment le cas. du moins pas en écrivant le film. Je voulais surtout raconter une forme d’inquiétude lorsqu’on découvre le monde, la prise de conscience de l’évanescence. La physique quantique nous dit que tout est incertain. Je trouvais beau d’envisager l’univers comme un agglomérat de particules".

    «On a vu plus de 500 élèves»

    Ses acteurs sont tous des non-professionnels. "On a organisé un casting au lycée de Ferney sous forme de volontariat. On a vu plus de 500 élèves. Il fallait que mes protagonistes soient du coin. Qu’ils parlent avec leurs mots. Que le réel nourrisse la fiction et m’emmène ailleurs. Je les ai laissés tels qu’ils sont. Sauf Thomas Daloz, qui est beaucoup moins réservé et taciturne dans la vraie vie. Lui, je l’ai rencontré dans la cour. Sa façon de s’exprimer me plaisait. J'ai vraiment dû le convaincre. Il a démontré un grand talent d’acteur, se réappropriant les scènes. C’est le seul que j’ai dirigé".

    Blaise Harrison tourne des films qui lui correspondent, mais ne sait pas vraiment ce que sera le prochain. "Ce qui est sûr, c’est que j’userai de la même méthode de travail. Je pense à un personnage féminin, une adolescente. C’est un moment magnifique à filmer. Je ne vous en dirai pas davantage, mais il s’agira probablement d’une adaptation".

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 4 septembre.

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  • Grand écran: "Insoumises", avec Sylvie Testud parfaite en rebelle habillée en homme

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    csm_043af7b0d40a2bd6bb50b519d5dd0ced_c89d9f2d47.pngUne nonne seule, face à la mer, au sommet d’une falaise battue par les vagues. C’est ainsi que commence  Insoumises, un film coréalisé par Laura Cazador et Fernando Perez. Il raconte l’histoire incroyable mais vraie d’Henriette Faber, née à Lausanne, où elle demeure inconnue, en 1791, Comme tant d’autres c’est une figure oubliée de l’histoire. Mais elle est devenue l’icône de la communauté lesbienne, transgenre ou encore des militants anti-esclavagistes de Cuba, son île d’adoption.

    Mariée très jeune elle se retrouve veuve à 18 ans. Déguisée en homme, elle part à Paris pour étudier la médecine à la Sorbonne avant de débarquer à Cuba en 1819. A Baracoa, dans l’est du pays, elle devient Enrique Faber, ce chirurgien blanc qui intrigue la bonne société locale, soignant indifféremment les riches et les pauvres, tout en affirmant ses convictions anti-esclavagistes.

    Un procès aussi retentissant que scandaleux

    Tombée amoureuse de Juana de Leon, une superbe sauvageonne qu’elle a sauvée d’une méchante fièvre, rejetée pour avoir perdu sa virginité (alors qu’elle a été violée par un redoutable marchand d’esclaves), elle l’épouse. Un mariage célébré à l’église, qui rend pour un temps à Juana sa dignité flétrie. Mais la frêle silhouette et le comportement peu viril du médecin finissent par poser question.

    Quand la vérité éclate, tous se liguent pour dénoncer férocement Enrique(ta) qui, maltraitée et humiliée, se retrouve au cœur d’un procès retentissant, l’un des plus scandaleux de l’île. Elle sera condamnée à l’exil par la justice cubaine, et c’est cette fois sous l’habit de nonne, dans un couvent de la Nouvelle-Orléans, qu’elle a continué à soigner les déshérités jusqu’à sa mort.

    Un rôle sur mesure

    Le rôle d’Enrique Faber a été confié à Sylvie Testud, qui avait manifesté son intérêt et appris l’espagnol pour mieux investir son personnage. C’est du sur mesure. Avec son physique androgyne, elle incarne parfaitement cette insoumise habillée en homme, à la fois froide, énigmatique, inflexible et fragile,  à l’éthique sans failles. Insensible aux faveurs que les puissants du coin  tiennent à lui dispenser, elle ne craint pas de s’insurger contre la domination blanche et d’en dénoncer les préjugés.  

    Entre oppression coloniale, rebellions d’esclaves, catholicisme espagnol et religions africaines,  les auteurs se sont, de leur côté, attachés à comprendre le contexte de cette période décadente et contradictoire de l’histoire cubaine au prix d’un très long travail de recherches, de documentation et d’écriture. Ils parviennent ainsi  à restituer, entre moiteur et végétation luxuriante, deux l'atmosphère tropicale et glauque de Baracoa, où fleurissent le commerce d'esclaves et les terribles inégalités sociales. 

    A l’affiche à Genève dès le 27 août et ailleurs en Suisse romande dès le 28 août. 

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  • Grand écran: "Roubaix, une lumière", un polar brillant et troublant. Avec un trio de choc

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    Lea-Seydoux-Claude-Roschdy-Zem-commissaire-Daoud-Roubaix-lumiere-dArnaud-Desplechin_0_729_487.jpgUne nuit de Noël à Roubaix. La commune la plus pauvre de France confrontée à un chômage de masse, au délabrement et à la désespérance.  Insomniaque solitaire, le commissaire Daoud (Roshdy Zem) sillonne la ville. Véhicule incendié, bagarres, plaintes, interpellations, fouilles, tentatives inlassables de démêler le vrai du faux, les affaires courantes d’un quotidien policier laborieux sans cesse recommencé.

    Mais rapidement une enquête va prendre le dessus. En compagnie de Louis (Antoine Reinartz), un bleu qui vient de débarquer, féru de Levinas mais avide de faire ses preuves, le calme et chevronné Daoud va devoir résoudre le meurtre d’une vieille dame esseulée.

    Ses voisines Claude et Marie (Léa Seydoux et Sara Forestier), un couple de lesbiennes d’une trentaine d’années, sont rapidement suspectées. Alcooliques, toxicomanes et sans le sou, elles vont finir par avouer avoir tué Lucette, 83 ans, dans son lit. Un crime sordide pour un butin dérisoire, une télévision, des produits à vaisselle et de la nourriture pour chiens.

    Un changement de registre très réussi

    C’est la première fois qu’Arnaud Desplechin, adepte du romanesque, revenu pour l’occasion dans sa ville natale et désireux de filmer le réel, s’attaque au polar. Le changement de registre est très réussi, même s’il n’a pas convaincu le jury du dernier Festival de Cannes qui a laissé le réalisateur repartir les mains vides..

    Notamment inspiré par Hitchcock et Dostoïevsky, le fer de lance du cinéma d’auteur français livre avec Roubaix, une lumière, un polar noir, métaphysique, singulier, sans suspense, principalement centré sur l’investigation, les témoignages, les interrogatoires, les dépositions, la reconstitution du crime avec des versions passées au crible. C’est la force de ce film réaliste, basé sur une garde à vue authentique ayant déjà fait l’objet d’un documentaire en 2002, Roubaix, commissariat central.

    Entre le prêtre, l'assistant social et le psy

    Cette version fictionnelle, chronique de la misère ordinaire à la mise en scène stylisée qui sonde les profondeurs de l’âme des victimes et des coupables, est par ailleurs sublimée par le face à face entre Roschdy Zem, Léa Seydoux et Sara Forestier. Les trois se révèlent impressionnants dans cette affaire à la Simenon, à la fois sinistre et banale. Plus particulièrement Roshdy Zem, qui  compose un policier taiseux  façon Lino Ventura, empathique, tenant à la fois du prêtre, de l’assistant social et du psychanalyste.

    Daoud est une sorte de personnage utopique à la bonté absolue. Apparemment marqué par un passé douloureux, jamais dans le jugement, il veut comprendre, amener les deux femmes à la dérive à se confesser par le dialogue et la douceur. Il ne demande pas pourquoi, mais comment, cherchant ainsi à ramener Claude et Marie hébétées, perdues, sur le plan de l’humain. Brillant, troublant, émouvant.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 21 août.

    Sortie également de "Diego Maradona", passionnant documentaire d'Afsia Kapadia sur la gloire et la décadence du mythique footballeur, vénéré comme un dieu à Naples avant de devenir un pestiféré. Lire notre chronique du 15 août, à l'occasion de la projection au Festival de Locarno, sur la Piazza Grande. 

     

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  • Festival de Locarno: "Vitalina Varela" de Pedro Costa remporte le Léopard d'or

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    oc1132814_p3001_275450.jpgC’était couru et les inconditionnels du cinéaste ont le sourire. Le Portugais Pedro Costa, qui avait déjà remporté la mise en scène en 2014 pour Cavalo Dinheiro, a fait encore mieux en décrochant le Léopard d’or de cette 72e édition pour Vitalina Varela. C’est aussi le nom de sa comédienne principale, à laquelle la présidente Catherine Breillat et ses jurés, dévoilant un palmarès très cinéphile, ont remis le prix d’interprétation.

    Ce drame formellement parfait est tourné presque entièrement tourné dans l’obscurité, Eprouvant par sa lenteur, d’une splendeur d'ébène comme sa protagoniste, il montre une quinquagénaire capverdienne débarquant dans un bidonville lisboète trois jours après les obsèques de son mari. Celui-ci avait quitté son archipel dans sa jeunesse pour chercher du travail en Europe et Vitalina a attendu de le rejoindre pendant 25 ans. Elle se retrouve dans la maison en ruine construite par le défunt et qu’elle va s’atteler à rebâtir.

    Les autres prix

    Le Sud-Coréen Park Jung-Bum, qui a plongé nombre de spectateurs dans une léthargie profonde, a reçu le prix spécial pour Pa-go, tandis que le Français Damien Manivel remporte logiquement celui de la mise en pour Les enfants d’Isadora, une œuvre évoquant Mother, danse solo composée par Isadora Duncan à la suite de la mort tragique de ses deux enfants. Le film rend ainsi hommage à la danseuse mythique aussi libre que créative.

    De son côté Regis Myrupu a été sacré meilleur acteur dans A Febre. Par ailleurs une mention spéciale est allée à Hiruk-Pikuk si al-kisah de l’Indonésien Yosep Anggi Noen et Maternal de l’Italienne Maura Delpero. Enfin Camille du Français Boris Lojkine, a gagné le prix du public. On y suit une jeune idéaliste partie en Centrafrique couvrir la guerre civile et dont le destin va basculer.

    Un mot sur le Lausannois Basil da Cunha que beaucoup voyaient remporter l’or. Avec O Fim do Mundo (La fin d’un monde) qui se déroule, comme l'opus de Pedro Costa, dans un quartier délabré de Lisbonne. Malheureusement pour lui, il est reparti les mains vides. Il aurait pourtant mérité au moins un leopardeau.

    Un cru 2019 convainquant

    Mais il n’y a pas que la compétition à Locarno. Si la nouvelle directrice Lili Hinstin n’a pas renversé la table à cet égard, elle n’en a pas moins concocté un menu 2019 dans l’ensemble convaincant, comme en témoignaient les files de spectateurs dans les diverses sections. Avec parfois la crainte de ne pouvoir entrer.

    Outre la rétrospective Black Light, comme toujours bien suivie, on retiendra l'intéressante et divertissante programmation sur la Piazza Grande, avec cette nouvelle approche de films d’auteurs côtoyant le cinéma grand public. On a déjà cité Magari, La fille au bracelet. Once Upon A Time… In Hollywood, Diego Maradona, Camille. On peut ajouter Days Of The Bagnold Summer, une comédie anglaise plutôt rafraîchissante. Ou encore, dans Crazy Midnight, The Nest, un petit film flirtant avec un fantastique mêlé d’une pointe d’horreur.

    Pour conclure, on dira simplement que Le Festival de Locarno est entre de bonnes mains.

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