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17/10/2018

Grand écran: "First Man", intimiste conquête de la lune avec un formidable Ryan Gosling

first-man-le-premier-homme-sur-la-lune-5b89007de875e.jpgLa conquête spatiale. Apollo XI. Une épopée triomphante, des images vues et revues, un thème mille fois traité. Raconter quelque chose de nouveau sur l’un des enjeux les plus célèbres de l’histoire du 20e siècle relevait de l’exploit. Damien Chazelle, qui nous avait bluffé avec Whiplash, enchanté avec La La Land, l'a réalisé avec First Man, odyssée humaine aux accents kubrickiens. 

Evitant le côté spectaculaire et cliché de la grosse machine hollywoodienne célébrant le mythe planétaire, le réalisateur franco-américain oscarisé a audacieusement choisi l’approche intimiste en se penchant sur le destin hors norme de Neil Armstrong. Adaptant la biographie de James R.Hansen, à laquelle le héros a participé, il se focalise davantage sur l’homme, ses déchirements, ses joies, ses espoirs, ses sacrifices que sur les moments incontournables de cette vertigineuse balade lunaire.

First-Man-ces-trois-choses-que-l-on-a-aimees-dans-le-film-de-Damien-Chazelle.jpgPilote jugé « un peu distrait » par ses supérieurs en 1961, l’astronaute passionné sera le premier homme à marcher sur la lune le 21 juillet 1969. Durant huit ans, il subit un entraînement de plus en plus difficile et exigeant, assumant les risques d’un voyage vers l’inconnu total. Traumatisé par le décès de la petite fille de trois ans d’un cancer cérébral, il tente d’être un mari aimant mais moins présent qu’il le voudrait auprès d’une femme (Claire Foy, excellente) qui l’avait épousé en espérant une relation moins tumultueuse.

Neil Armstrong ne nous apparaît ne pas comme un surhomme, mais comme un père de famille taiseux, dont on apprend beaucoup sur la face cachée. Pour la deuxième fois, Chazelle a fait appel à Ryan Gosling. Un choix idéal que ce comédien habitué aux personnages mutiques. Il est parfait en écorché vif, livrant un jeu minimaliste, subtil, intense, laissant apparaître les fêlures d’un papa meurtri, viscéralement hanté par la mort, tout en exprimant la concentration extrême, la passion, le bouillonnement intérieur de l’astronaute.

Entre dimension existentielle et thriller sous haute tension

Mais si Chazelle privilégie le drame intime, la dimension existentielle, psychologique, métaphysique, immersive de la fabuleuse aventure, il n’en néglige pas pour autant le côté thriller sous haute tension

Deux scènes d’un réalisme extraordinaire nous collent plus particulièrement au fauteuil, avec l’impression du ressenti physique des protagonistes: le décollage assourdissant d'Apollo XI dans un déluge de feu et l’alunissage hallucinant du LEM dans la mer de la Tranquillité. On a des papillons dans le ventre en voyant carrément le vrai  Armstrong descendre l’échelle et poser sa «moon boot» sur la poussière grise avant de prononcer le fameux «Un petit pas pour l’homme, un pas de géant pour l’humanité». Bref, on y est, comme lors de la retransmission télévisée en direct, ce fameux 21 juillet 1969.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 17 octobre.

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16/10/2018

Grand écran: avec "Capharnaüm", Nadine Labaki veut plaire à tout le monde. Sans succès

capharnaum_a.jpgZain, 12 ans, dont on apprend qu’il a poignardé un homme, arrive au tribunal les mains menottées dans le dos. Au juge qui lui demande d’expliquer sa présence il répond: "Je souhaite porter plainte contre mes parents pour m’avoir donné la vie".

Un démarrage on ne peut plus original, avec cette attaque contre ses géniteurs, prometteuse d’un passionnant questionnement moral sur le fait d’engendrer un enfant sans avoir les moyens de lui assurer une existence décente. Mais hélas, la réalisatrice libanaise Nadine Labaki qui veut plaire à tout le monde, laisse tomber ce sujet en or pour bifurquer sans attendre vers un banal flash back, pétri de bons sentiments.

Avec ce film tourné caméra à l’épaule dans l’effervescence des rues de Beyrouth et des taudis des faubourgs, on suit le parcours chaotique de Zain, beau comme un ange et bluffant dans son propre rôle. Livré à lui-même, le gamin issu d'une famille très pauvre, qui se bat pour sauver sa petite sœur vendue à un homme plus âgé, va d’abord dormir dans un parc d’attractions. Puis il est recueilli par une immigrée clandestine et s’occupe de son bébé avant de se retrouver à la rue pour mendier et voler.

La réalisatrice brasse ainsi sans subtilité toutes les thématiques sociales du moment: enfants maltraités, précarité, misère , sans papiers, migrants, destin inexorable des femmes dans un monde patriarcal. Alors certes, Capharnaüm (qui mérite vraiment son titre) nous montre une terrible et douloureuse réalité. Mais on n’en a pas moins droit, avec grosse sortie de violons et happy end discutable à l’appui, à un mélo tire-larmes, convenu et moraliste.

En compétition à Cannes, l'opus était donné gagnant par beaucoup. En témoignait notamment l’interminable ovation qui avait suivi la projection publique. Elle n’avait heureusement pas réussi à convaincre Cate Blanchett et ses camarades qui, au lieu de la Palme d’or annoncée, se sont contentés de lui décerner le Prix du jury.

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 17 octobre.

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10/10/2018

Grand écran: "Voyez comme on danse", laborieuse comédie familiale misant sur un casting étoilé

voyez_comme_on_danse.jpgFilm choral aux intrigues et personnages multiples, Voyez comme on danse est une sorte de suite, 16 ans après, d' Embrassez qui vous voudrez, Adaptant un roman de Joseph Connolly, Michel Blanc remet donc le couvert avec une partie de ses personnages d’avant et quelques nouveaux venus.

On a Véro, une mère de famille célibataire hystérique et pauvre (Karin Viard), dont la fille Eva étudiante à Nantes lui annonce qu’elle est enceinte. Le père (William Lebghil) est le fils de Lucie (Carole Bouquet) une de ses amies vegan mariée à Julien (Jean-Paule Rouve), un loser complètement parano qui sent en permanence une présence hostile dans son dos. Et qui trompe sa femme. Au bord de la rupture, Véro finit par faire le ménage chez une autre amie Elizabeth (Charlotte Rampling) une grande bourgeoise style potiche anglaise, dont le mari (Jacques Dutronc) est en prison pour évasion fiscale...

Dans ce méli-mélo aux allures de téléfilm à l’humour potache, Michel Blanc donne de la place aux femmes mais peine à trouver un regard neuf pour exploiter des thèmes recuits. Pratiquement pas de mise en scène, un scénario poussif, des dialogues artificiels, des situations vues et revues et des gags lourdingues à de rares exceptions.

Bref pas grand-chose à sauver dans cette comédie familiale maladroite et assez pathétique. Le film ne mise que sur la notoriété de comédiens plus ou moins en roue libre, contents d’être entre eux qui surjouent, cabotinent et se font plaisir sans se fouler. Du coup le spectateur se moque bien de ce qui peut leur arriver.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 10 octobre.

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09/10/2018

Grand écran: avec "Dilili à Paris", Michel Ocelot met les femmes au centre d'un conte poético-lyrique

dd7efec8969d7e847cbc72fb89d63.jpegLe film ouvre sur la vie quotidienne dans un village africain à l’heure du repas. Evoluent dans ce cadre la petite Dilili et ses parents que les promeneurs viennent voir, comme s’ils visitaient un zoo humain. En réalité, cette scène caricaturale se déroule dans un parc parisien lors de l'Exposition universelle de 1900. Dilili, princesse kanake née d’un père français et d’une reine néo-calédonienne fait partie d’un spectacle reconstituant les choses telles qu’on les imaginait à l’époque coloniale.
 
Parlant un français digne d’une académicienne, la fillette est l’héroïne du nouveau film d’animation façon manifeste féministe de Michel Ocelot, le fameux père de Kirikou, qui raconte ses aventures dans le Paris de la Belle Epoque. Protégée d’une grande bourgeoise parisienne, la jeune métisse, trop blanche pour la Calédonie, trop noire pour Paris…, rencontre un livreur en triporteur qui lui offre de découvrir la prestigieuse capitale.
 
Celle-ci est le terrain de chasse privilégié de la redoutable et mystérieuse société souterraine des Mâles-Maîtres qui enlève les fillettes dans le but de juguler une menaçante émancipation féministe naissante…Tous deux vont mener l’enquête tambour battant pour retrouver les victimes, aidés par les célébrités d’alors, à commencer par les pionnières dans la société patriarcale.
 
pr_marion_dilili_a_paris_de_michel_ocelot_teaser-00_00_27_00-3705599.jpgD’où un défilé à l’effet catalogue un rien fastidieux de personnages (surtout pour les enfants à qui est en partie destiné le film) : Marie Curie, Louise Michel, Sarah Bernhardt, Pasteur, Monet, Renoir, Toulouse-Lautrec, Proust, Jules Verne, Santos Dumont, la cantatrice Emma Calvé.
 
C’est elle qui aide plus particulièrement Dilili et le livreur dans leurs recherches effrénées qui finissent par les conduire dans les égouts. On y découvre les gamines kidnappées traitées comme des esclaves, vêtues d’une burka, forcées de se déplacer à quatre pattes quand elles ne servent pas de sièges à leurs terrifiants geôliers.
 
Dilili à Paris nous laisse retrouver avec plaisir le graphisme singulier du réalisateur. Entre conte poético-lyrique et pamphlet politique, Michel Ocelot propose un décor urbain théâtral aux couleurs vives, constitué de photographies retravaillées de Paris dans lesquelles il a intégré les dessins. Par ailleurs, cette fable au but éducatif et pédagogique qui met les femmes au centre, est une ode à la culture, la liberté, l’égalité, la lumière, face à l’oppression, l’obscurantisme, l’intolérance, le sectarisme, le racisme, l’ignorance, la peur de l’autre.

Pourtant ce plaidoyer qui résonne certes avec une actualité brûlante, manque de subtilité et reste trop premier degré pour entraîner une adhésion totale. Dommage.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 10 octobre.

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Grand écran: "The Guilty", thriller mental minimaliste en forme d'expérience immersive

maxresdefault.jpgMuté au standard du 112 suite à une faute professionnelle, quitté par sa femme et en attente de son procès, un policier, Asger, passe désormais son temps à répondre à divers appels d’urgence. Alors qu’il va terminer son travail, il prend encore celui, inquiétant, d’une femme apparemment kidnappée par son ex et dont les deux enfants sont restés seuls à la maison.
 
Mais avant qu’il ait l’occasion d’en savoir plus, la ligne est coupée. Pour la retrouver, il ne peut pas compter sur grand-chose, sinon son intuition, son imagination et surtout, son téléphone. Il n’aura dès lors de cesse que de rétablir la communication.
 
Reposant entièrement sur le hors-champ, The Guilty est le premier long métrage du cinéaste danois Gustav Möller. Il a choisi un procédé astreignant pour un huis-clos se limitant à deux bureaux, où son protagoniste est majoritairement filmé en plans fixes. A l’image du spectateur, il est réduit au rôle d’auditeur d’un fait divers tragique qui demeure invisible, dont on ne perçoit la violence qu’à travers la bande-son.
 
En effet, après avoir reçu l’angoissant appel, le flic ébranlé par la courte conversation qu’il vient d’avoir, ne quitte plus son poste. Assez peu sympathique au départ, il se mue en humaniste, s’’attachant à cette femme, l'écoutant, la conseillant, tentant de repérer l’endroit où l’emmène le kidnappeur. 
 
L’intrigue qui se déroule en temps réel, est une expérience immersive, où le spectateur construit lui-même le film puisqu’il ne fait qu’entendre ce qui se passe au lieu de le voir. Du coup ce sont les sons, les voix, les dialogues qui créent les images dans sa tête.
 
Excellente interprétation de Jakob Cedergren

Ce thriller psychologique, mental, minimaliste, épuré, sans musique ni effet de caméra, où le cinéaste se fait un plaisir de jouer avec nos nerfs, de nous abuser et de nous retourner avec un rebondissement machiavélique, doit beaucoup à son interprète Jakob Cedergren.
 
Nerveux, tourmenté, avide de bien faire, dépassant ses compétences, outrepassant la hiérarchie, Asger cherche par tous les moyens à résoudre un drame qui lui permettrait éventuellement  de se racheter de la bavure commise. Quitte à se tromper et à aggraver une situation qu’il ne comprend forcément pas.
 
On regrettera pourtant, dans cette traque à distance efficace frisant l’exercice de style, quelques incohérence,  invraisemblances, voire un certain pathos. Et à la longue, on n’en peut plus d’entendre le téléphone sonner…
 
A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 10 octobre.

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08/10/2018

Grand écran: dans "Girl", Lara, née garçon, est prête à tout pour devenir ballerine. Une perle rare

girldhont.jpgCaméra d’or et Queer Palm au dernier Festival de Cannes, Girl avait fait chavirer la Croisette en nous laissant découvrir la ravissante timide, solaire et gracile Lara. Les yeux bleus, le teint translucide, l’adolescente de 15 ans a un rêve, devenir ballerine.

Avec le soutien d’un père formidable qui l’aime, la comprend et la protège, elle est prête à tout pour le réaliser. Travaillant comme une forcenée, pieds en sang, dos douloureux, jambes raides, elle souffre plus encore que ses camarades, pour se plier à cette discipline de fer qu’est la danse classique.

Car Lara est un garçon transgenre qui suit un traitement hormonal. Pour elle, une danseuse est l’incarnation de la féminité. Mais avant que la transition s’opère, elle doit dompter, soumettre ce corps qui se dérobe, cacher ce sexe qu’elle ne peut, qu’elle ne veut plus voir, le comprimant sous des pansements adhésifs qui lui brûlent douloureusement le ventre.

Girl aurait pu sombrer dans le voyeurisme et le sensationnalisme. C’est le contraire dans ce récit choc qui vous emporte dès l’ouverture en vous touchant au cœur. Le Flamand Lukas Dhont, 27 ans, propose une première œuvre rare, sensible, subtile. Un bijou de grâce et d’émotion. Mais aussi frontal et cru. Déjà comparé au prodige québécois Xavier Dolan, l’auteur est une révélation à l’instar de son protagoniste Victor Polster.

000_14v2v7.jpgUne formidable découverte

Pour ses débuts à l’écran, ce Belge francophone de 16 ans, élève du Ballet royal d’Anvers, a logiquement décroché le Prix d'interprétation dans la section cannoise Un Certain Regard. Il est époustouflant de talent, de maîtrise, de justesse.

Il livre une exceptionnelle performance physique dans le rôle d’une Lara en quête d’absolu, lancée à la fois dans l’apprentissage d’un art astreignant et le parcours hors-norme du changement de sexe.

Car ce qui passionne, au-delà de magnifiques séquences chorégraphiées, c’est la façon dont le réalisateur montre la nécessité de faire reconnaître leur véritable identité sexuelle aux personnes emprisonnées dans un faux corps, les différentes et difficiles étapes pour en changer. Ainsi que la façon dont Lara vit sa métamorphose. Beaucoup trop lente à son goût, elle la poussera vers la violence…

Le film est entré dans la tête de Lukas Dhont il y a une dizaine d’années lorsqu’il découvre la vraie histoire de Nora, une danseuse née garçon. Il la contacte pour un documentaire. Elle refuse mais lui raconte sa vie. Elle est alors devenue Lara et le documentaire s’est mué en fiction par la grâce d’un producteur belge qui a accepté de tenter l’aventure.

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 10 octobre.

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04/10/2018

Grand écran: "Utoya, 22 juillet" nous plonge au coeur de l'enfer en reconstituant l'effroyable tuerie

image.jpgC’était le 22 juillet 2011. Ce jour-là, l’extrémiste de droite norvégien Anders Behring Breivik, qui purge une peine de 21 ans de prison reconductible, tuait 77 personnes dans deux attentats. Le premier dans le centre-ville d’Oslo, où l’explosion d’une bombe devant le siège du gouvernement causait la mort de huit personnes, et le second lors d’une effroyable tuerie dans un camp de vacances sur l’île d’Utoya. Déguisé en policier, le terroriste abattait méthodiquement 69 membres de la Jeunesse travailliste, faisant par ailleurs des dizaines de blessés.

Ancien photographe de guerre, le cinéaste norvégien Erik Poppe a reconstitué le massacre en adoptant le point de vue de Kaja, une jeune victime. Il a rapidement écarté le documentaire, choisissant la fiction pour être au plus près de la réalité. En consultant les survivants et les proches des victimes, il a décidé d'un récit entièrement du côté des jeunes, déclarait-il lors de la présentation du film à la Berlinale en février dernier.

Un unique plan-séquence de 72 minutes

Cinématographiquement, Utoya, 22 juillet est un exploit. A l’exception de son introduction, où Kaja assure notamment à sa mère au téléphone que tout est normal, se dispute avec Emilie, sa petite soeur rebelle dans leur tente, parle avec ses amis de l’attentat dans la capitale et du barbecue prévu pour le soir, le film est tourné en un seul et impressionnant plan-séquence de 72 minutes, la durée de la tuerie. Laissant le spectateur sur le flanc, pétrifié par la violence.

En suivant Kaya (Andrea Berntzen, 19 ans, photo, convaincue par l’approche de l’auteur), militante sérieuse qui ne va cesser de rechercher sa soeur dès qu’elle entend le premier coup de feu, Erik Poppe nous plonge au cœur de l’enfer. Il nous fait vivre de l’intérieur l’interminable horreur vécue par les militants prisonniers de l’ile, se cachant dans les bois avec une envie de s’enfoncer dans le sol, ou se terrent dans les petits recoins des falaises tombant dans la mer.

Tout en racontant l’histoire de façon radicale, implacable, brutale, sauvage, faisant parfois preuve d’un réalisme cru en montrant l’agonie d’une jeune fille, le film se concentre avant tout sur le claquement des balles, d'autres bruits effrayants, les courses chaotiques et la peur viscérale des jeunes coincés sur un coin de terre, luttant pour leur survie en ignorant l’origine du danger. Par ailleurs, du tireur traquant ses proies, on ne voit qu’à deux ou trois reprises une menaçante et lointaine silhouette noire.

Deux autres films 

Toutefois les avis divergent entre hommage vibrant aux victimes et récupération indéfendable. Si Utoya, 22 juillet a été bien accueilli par la critique scandinave, Erik Poppe est aussi accusé de complaisance et se retrouve au centre d’une polémique rappelant celle envers Gus Van Sant, lorsqu’il avait reconstitué la fusillade de Colombine il y a quinze ans.

Cela n’a pas empêché deux autres cinéastes de se pencher sur la question, dont Paul Greengrass avec Norway, produit par Netflix et présenté à la dernière Mostra de Venise. Une série télévisée et également prévue sur la chaîne norvégienne NRK.

A l'affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 3 octobre.

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Grand écran: avec "Amin", Philippe Faucon continue à explorer l'immigration. Emouvant, simple, juste

amin_0.jpgDeux ans après Fatima, qui lui avait valu trois Césars dont celui du meilleur film, Philippe Faucon, poursuivant son questionnement et son exploration de l’immigration, revient avec Amin. Il raconte le parcours d’un Sénégalais qui a laissé sa femme et ses enfants pour travailler sur des chantiers en France, et gagner de quoi les nourrir au village.

Amin (Moustapha Mbengué) vit seul dans un foyer d’hommes seuls. Un jour, appelé pour des travaux dans une maison en banlieue, il y rencontre la propriétaire Gabrielle (Emmanuelle Devos), une infirmière séparée de son mari qui vit avec sa fille. Les deux solitaires se rapprochent, se réconfortent, se racontent. Pour un temps, sans s'engager, sans rien se demander. 

Cette aventure sexuelle, sensuelle, brève mais intense s’inscrit logiquement au sein d'un film émouvant, simple, juste. Philippe Faucon nous montre Amin en France, ses relations avec ses compagnons ouvriers immigrés comme lui. Et, lorsqu’il la retrouve pour un court séjour, la situation de sa famille au Sénégal, où chacun souffre de l’absence de l’autre.

A la recherche du naturel, du vrai, s’attachant davantage aux personnages qu’au récit, le réalisateur livre un long métrage sobre, épuré, sans mélo, sans effets ni clichés. A l’exception d’Emmanuelle Devos et Moustapha Mbengué, il est interprété par des acteurs non professionnels.

1467028697574_0620x0435_1530255157470.jpgOn vous considère comme le peintre de l’exil

Je suis en effet très sensible à cette thématique, au fait d’avoir à recommencer sa vie, d’être en décalage dans une société dont on n’a pas les codes où l’on vit séparé des siens pour de longues périodes, où on ne voit pas grandir ses enfants. Je ne l’ai pas forcément vécu, mais je l’ai senti autour de moi. Le sujet m’a été apporté par ma femme. C’est une histoire récurrente, proche d’elle. Elle a résonné en moi, en parlant avec elle et avec des amis issus comme nous de parents ou de grands-parents venus en France sans être Français ni parler la langue.

Vous traitez de la séparation et de la famille des deux côtés.

Oui, car ce qui est vécu par Amin l’est également par ceux qu’il a laissés derrière lui. Il se découvre en déphasage avec sa femme. Il leur faut un moment pour se reconnecter l’un à l’autre.

L’autre grand thème est la solitude. D’où l'histoire d'amour entre Amin et Gabrielle.

C’est en effet une dimension importante. La rencontre de ces deux solitudes est pratiquement inévitable. Pour Amin parce qu’il mène une existence loin des siens et pour Gabrielle qui se débat dans une situation compliquée, séparée d'un homme qui la harcèle.

Il y a de l'érotisme dans le film.

C’est vrai. Quand Amin retrouve sa femme, c’est à ce niveau. En rentrant en France, il a des besoins. Il se laisse prendre par une femme. Lui et Gabrielle s’apportent mutuellement quelque chose.

Parlez-nous du choix d’Emmanuelle Devos.

Elle a des qualités de comédienne qui m’intéressent. Quand on s’est rencontré, elle m’a demandé comment j’allais m’y prendre pour certaines scènes délicates que je prévoyais pour elles. Comme elles n’étaient pas gratuites, Emmanuelle en a compris le sens. Quand une actrice saisit cela, elle peut s’engager beaucoup. Par ailleurs, elle n’a pas l’habitude de jouer avec des inconnus. Mais quand il faut y aller, elle y va. Paradoxalement, j’avais l’impression qu’elle parviendrait à tenir son rôle sans le parasiter par le côté cinéma d’auteur et sa notoriété.

Le film se déroule donc à la fois en France et au Sénégal. Mais vous évitez la couleur locale.

On est au cœur de l’intime et de ce que la séparation provoque. J’avais envie d’aller plus loin que les images attendues, l'aspect exotique.  

Vous donnez ainsi la parole à des gens qui généralement ne l’ont pas.

Ce sont effectivement des gens peu représentés à l’écran. Dans la vie réelle, on les croise sans les voir. Amin leur permet d'exister, leur donne une singularité, une présence authentique. J’ouvre des fenêtres, de petites portes.

A l'affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 3 octobre.

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26/09/2018

Grand écran: "Dogman", conte urbain très noir avec Marcello Fonte, prix d'interprétation à Cannes

MARCELLO-FONTE-DOGMAN-MATTEO-GARRONE-2018-600x338.jpgToiletteur pour chiens dans une sinistre station balnéaire italienne qui semble coupée du monde, Marcello est un petit bonhomme simple, frêle et discret, apprécié de ses voisins Un jour, il voit revenir de prison son "ami" Simoncino, ancien boxeur accro à la coke qui se met à racketter, terroriser et brutaliser les habitants du quartier.

Attiré par cette brute épaisse, insensible, Marcello incapable de lui résister en devient le martyr et se laisse entraîner malgré lui dans une redoutable spirale criminelle. Suite à l’apprentissage douloureux d’une trahison du monstre qui le mènera pour un an derrière les barreaux, tout en lui valant la colère et le rejet de la population, il va concocter une vengeance féroce.

Dogman, conte urbain mettant en scène l’image implacable de loi du plus fort et d'une violence que l'auteur  dénonce, peut être vu comme le symbole d’une Italie minée par la violence et en proie à une dérive extrémiste. Matteo Garrone, l’auteur de Gomorra, signe là un film puissant, âpre, sous tension extrême. Drame humain d’une terrible noirceur, inspiré d’un fait divers sordide, il est porté de bout en bout par le remarquable Marcello Fonte (photo), sacré meilleur acteur au dernier Festival de Cannes.

Une reconnaissance méritée pour ce tragique antihéros largué, quadragénaire chétif et timide au visage antique, limité physiquement et intellectuellement, pétri d'humanité. Atout majeur de l'oeuvre, il est de tous les plans, avare de mots pour exprimer son impuissance, mais émouvant de fragilité avec son regard de chien battu qui nous transmet sa peur. Et plus bouleversant encore lorsque blessé, à terre, il essaye de retrouver un semblant de dignité

Insupportables humiliations

Le réalisateur le suit dans son quotidien solitaire et infernal constitué d’une suite d’insupportables humiliations destructrices. Une existence cafardeuse, lugubre, sombre, brièvement traversée de quelques lueurs dans le rapport d’une douceur à fendre le cœur qu’il entretient avec sa fille de dix ans, ou avec ses molosses qu’il toilette avec une sorte de tendresse.

Malgré leurs aboiements effrayants et leur gueule terrifiante remplie de crocs acérés qui font froid dans le dos, ils valent mieux que les personnages auxquels le malheureux Marcello est confronté. A commencer par le sadique Simoncino, abominable bête humaine.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 26 septembre.

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25/09/2018

Grand écran: "I Feel Good", pamphlet comique anti-Macron avec Jean Dujardin et Yolande Moreau

180921_IFeelGoodAdVitam.jpgVêtu d’un peignoir blanc et chaussé de claquettes en éponge, Jacques marche à contresens sur une autoroute en gesticulant et en marmonnant, avant de débarquer chez sa sœur Monique. Modèle de dévouement et de bienveillance, elle dirige un village d’Emmaüs dans le Sud-Ouest, consacrant sa vie aux plus démunis. Ils ne se sont pas vus depuis des années. Elle lui offre un toit et un emploi.

Mais Jacques s’en balance de la générosité de Monique. Alors qu'elle a gardé la foi communiste de leurs parents et milite pour la décroissance au milieu d’un collectif de rescapés marginaux, Jacques, reconverti au capitalisme échevelé, a une vision du monde diamétralement opposée.

Quadra raté condescendant et goguenard, il méprise les petites gens. « Si t’as pas un peignoir et des mules à 50 ans, t’as pas réussi ta vie » , explique-t-il à l’un d’eux. Fasciné par Bill Gates, il veut sa loge à Roland Garros, sa Trump Towers et être dans le Who’s Who. Pour y parvenir, ce bon à rien pathétique imbu de sa petite personne a une obsession: trouver l’idée du siècle, genre Rubik’s Cube, qui fera de lui un homme richissime. Et décide de monter une start up de chirurgie esthétique low cost

Pamphlet comique engagé, absurde, en forme de manifeste anti-Macron, I Feel Good, est signé des incontournables Benoît Delépine et Gustave Kervern. Porté par leur impayable muse Yolande Moreau et du nouveau venu dans leur univers  Jean Dujardin qui fait son show jusqu'à l'ennui, il pointe les dysfonctionnements d’une société au matérialisme forcené, basée sur l’apparence, qui a égaré ses valeurs  dans sa propension toujours plus grande à ne prôner le succès que par l’argent.

Pourtant, alors qu’il se veut déjanté et foutraque, le film déçoit en s’égarant dans le gentillet, les bons sentiments, le politiquement correct, l’humour convenu, à l’exception, la moindre des choses pour notre duo de contestataires, de quelques saillies désopilantes. Bref, avec cette critique sociale scénaristiquement pauvre et manquant de rythme, on est loin du road movie pataphysique de Mammuth, de l’humour noir de Louise Michel ou des désaxés de la norme du Grand Soir.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 26 septembre.

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