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24/08/2016

Grand écran: "Mohenjo Daro", du grand spectacle pour cette foisonnante épopée bollywoodienne

adaro.jpgLong-métrage bollywoodien épique, Mohenjo Daro a clos il y a une dizaine de jours le Festival de Locarno, enchantant les milliers de spectateurs de la Piazza Grande. Il est signé de l’Indien Askutosh Gowariker, qui avait fait un malheur sous les étoiles tessinoises avec Lagaan en 2002. Il avait par ailleurs été nommé pour l’Oscar du meilleur film étranger. Sans le décrocher pourtant. 

Son troisième opus se déroule en 2016 avant Jésus Christ dans la vallée de l’Indus. Il met en scène Sarman (la star Hrithik Roshan), un simple fermier beau comme un dieu qui se rend dans la cité de Mohenjo Daro et tombe fou amoureux de la créature de rêve Chaani (Pooja Hedge un célèbre mannequin), issue d’une caste supérieure. Mais elle est fiancée au fils du chef du Sénat, un homme cruel, cupide, ivre de vengeance, qui maintient les habitants sous le joug et menace la ville de destruction. Au péril de sa vie, Sarman va alors s’opposer au tyran pour sauver la civilisation. Et sa belle bien sûr…

De l’aventure qui renvoie au péplum, de Spartacus à Quo Vadis en passant par les Dix commandements, de l’action, des combats, de la romance, des chants, de la danse. Le tout parfaitement réglé, rondement mené et visuellement magnifique. C’est coloré, exotique, foisonnant, kitsch. En résumé, on ne s’ennuie pas une minute au cours de cette fresque spectaculaire qui en compte cent cinquante!

Nerve, un thriller pour ados dénonçant les dangers d'internet

anerve.jpgOn reste en 2016 mais… après Jésus Christ, avec un film dénonçant les dangers d’internet. Vee et Ian participent à Nerve, un jeu qui diffuse en direct des challenges filmés pouvant rapporter gros, si on a les nerfs suffisamment solides pour s'y attaquer.

Dans Nerve, on est soit joueur soit voyeur. Les deux jeunes, évidemment joueurs et devenus accros, s’associent pour relever les défis les plus risqués et gagner toujours plus d’argent. Mais ils s’aperçoivent qu’ils sont complètement manipulés par les voyeurs. Ils veulent arrêter. Impossible. Et le cauchemar commence. Mais qu’on se rassure…

Efficace, rythmée, la mise en scène de ce thriller pour ados est plutôt réussie, notamment dans l’intégration des images de smartphone aux images réelles ou dans la réalisation de certains obstacles à surmonter. En revanche, bien qu’il ait l’intention louable de critiquer la popularité les réseaux sociaux, on n‘en dira pas autant du scénario. Se révélant aussi convenu que prévisible, il réserve de surcroît un dénouement carrément ridicule. Quant aux comédiens, ils sont un peu mûrs pour leur rôle respectif. A commencer par Emma Roberts. Une lycéenne de 25 ans c’est plutôt rare

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 24 août.

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23/08/2016

Grand écran: "Toni Erdmann", une comédie burlesque mêlant satire sociale et chronique familiale

aaerd.jpgDès sa projection à Cannes en mai dernier, Toni Erdmann avait rallié tous les suffrages. Sauf, malheureusement pour sa réalisatrice l’Allemande Maren Ade, ceux du jury qui ne lui a pas réservé la moindre place au palmarès.

Il y en avait pourtant pour cette comédie formidablement interprétée par Sandra Hüller et Peter Simonischek (photo), évoquant l’intrusion d’un père, le farceur Winfried, alias Toni Erdmann, dans l’existence très réglée de sa fille Inès. Femme d’affaires psychorigide de 37 ans, cadre supérieure dans une grande société allemande basée à Bucarest, sacrifiant tout à son boulot et à l’économie de marché, elle ne supporte pas le moindre désordre.

Autant dire que la working girl toujours impeccable dans ses tailleurs stricts, n’apprécie pas du tout la visite de ce paternel sexagénaire encombrant, artiste idéaliste, adepte de coussins péteurs, prof de musique et clown dans des maisons de retraite. Son exact contraire qui, de surcroît,déboule dans son club de cols blancs affublé d’une horrible perruque et d’un dégoûtant dentier qu’il ne cesse d’enlever et de remettre. Elle en a honte, le courant passe mal et leurs relations, déjà tendues, ne s'arrangent pas. 

A son grand soulagement, Toni prétend alors repartir pour l’Allemagne. Mais en réalité, toujours plus facétieux, il s’incruste et squatte des cocktails où se rend sa fille. Se prétendant consultant, à tu et à toi avec les grands de ce petit monde de l’argent, il donne la (dé)mesure de ses talents de guignol, en multipliant les blagues douteuses, lourdes et ringardes. Non seulement ça marche, mais il exerce une curieuse fascination sur ceux qu’il mystifie. 

Une farce grinçante pimentée de scènes irrésistibles

Maren Ade se sert de ce bouffon déchaîné pour proposer un long-métrage parfaitement tenu en forme de farce grinçante, farfelue, sensible et très originale. Surfant sur le conflit de générations, elle mêle à la satire sociale où elle se moque du pouvoir ultralibéral et de ses jeux, de loin plus vulgaires que les gamineries  de Toni, un émouvant rapport père-fille. Dans la reconquête de l’amour d’Inès, il fait tout pour l’aider à retrouver le bonheur et un sens à sa vie.

La cinéaste pimente aussi son étude incongrue de l’intime et de l’univers capitaliste de scènes irrésistibles. Dont celle déjà culte d’un brunch censé ressouder l’équipe d'Inès et où les participants doivent arriver complètement nus… Un bémol toutefois. En dépit de toutes ses qualités faisant souffler un vent de renouveau sur le cinéma allemand, on reprochera à Maren Ade une tendance un rien fâcheuse à la répétition, allongeant ainsi inutilement la durée de son film.  

 A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 24 août.  

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Grand écran: Alain Guiraudie évoque ses thèmes chers et ses angoisses dans "Rester vertical". Interview

avertical.jpgSe maintenir debout pour résister, vaincre la peur, pour que rien ne nous arrive, dit Alain Guiraudie dans son dernier film Rester vertical, situé dans les Causses, en Lozère.

Sorte d’alter ego du cinéaste, Léo, (Damien Bonnard), la trentaine fauchée, doit un scénario à son producteur. Mais il ne cesse de remettre la chose et se promène dans la campagne à la recherche du loup. Il rencontre Marie (India Hair), fille d’un éleveur qui,garde ses moutons avec un fusil en cas d’attaque du prédateur.

Sodomie et accouchement en direct

Léo et Marie s’aiment et font un enfant Mais elle n’en veut pas. Resté seul avec son bébé, Léo croise régulièrement trois hommes plus ou moins gay: Yoan (Basile Meilleurat), un adolescent sauvage qui le repousse, Jean-Louis (Raphaël Thiéry), un paysan bourru d’âge mûr dont il refuse les avances et le vieux grincheux agonisant Marcel (Christiian Bouillette), fan des Pink Floyd qu’il va sodomiser, lui procurant une fin douce.

En-dehors de cette scène choc, à l’image d’un accouchement en direct ou de gros plans de sexe féminin. Alain Guiraudie, livre, entre rêve et réalité, comédie et tragédie, plans drague foireux, un émouvant conte social, rural, existentiel, métaphorique. Rencontre avec l’auteur lors de son récent passage à Genève.

aaguiraudie.jpg"C’est un film écrit en dilettante, même si je couchais chaque jour une ligne, deux phrases, un paragraphe sur le papier. Que je pouvais jeter le lendemain. Mais j’aimais m’imposer cette discipline quotidienne. A l’époque, entre 2013 et 2014, j’adorais voyager et j'ai commencé le scénario entre Melbourne et Dubaï. J’ai tourné autour de tous les débats qui avaient lieu en France, le mariage pour tous, l’homoparentalité, la théorie des genres, le suicide assisté"

-Votre héros Léo, en perte de repères et en quête de sens, part à la recherche du loup, face auquel il ne faut pas courber l’échine. Pourquoi cet intérêt ?

-C’est un animal mythique par excellence, un prédateur, une réalité sociale. Et puis il est de retour sur le sol français. J’ai rencontré des éleveurs très emmerdés par le loup. Cela m’a passionné au point que j’ai eu un projet de documentaire.

-La grande question du loup rejoint celle du sexe féminin. Dont vous privilégiez les gros plans.

-Il y a une relation dans le sens du primitif, de l’originel. Le loup fait peur. Le sexe de la femme fait peur. Parce que c’est l’autre, le grand trou noir. Pour les homos, mais également pour les hétéros. C’est l’inconnu, le mystère, l’objet de désir et de vie, l’origine du monde, D’où l’envie de le voir de plus près et donc les gros plans.

-Venons-en à deux scènes choc. La façon de filmer un accouchement en direct, sans doute comme jamais au cinéma, et ensuite la sodomie d’un agonisant. De simples provocations?

-C’est d’abord l’évocation des deux jalons, la naissance et la mort. L’accouchement est un moment très existentiel et je l’ai représenté de la manière la plus organique qui soit, sans mise en scène, juste en cadrant. Quant à la sodomie, c’est effectivement une provocation, mais surtout parce qu’il s’agit de suicide assisté, d’euthanasie, sujets très controversés en France. Après c’est une scène d’amour. Certes peu habituelle, mais belle. J’aimerais assez mourir en faisant l’amour. On pourrait appeler cela la jouissance absolue.

-Vous aimez jouer avec la norme, renverser la vapeur. Par exemple une mère n’aime pas forcément son enfant.

-Je trouve que l’instinct maternel n’existe pas forcément. J’ai signé une pétition pour soutenir les femmes qui craquent et n’ont pas spécialement envie d’élever leurs enfants,. En France, il y en a 3000 an qui décident de ne pas s’en occuper. Il y a aussi cette notion répandue de filles-mères qui veulent un bébé pour elles seules. Je ne vois pas pourquoi un homme n’aurait pas cette même envie d’un enfant pour lui tout seul.

-Vous montrez aussi qu’un hétéro qui couche occasionnellement avec un mec n’est pas forcément gay.

-Elle me plaît bien, cette idée. On est dans un monde où on est assigné à être quelque chose. Je ne sais pas comment on devient hétéro ou homo. Pour moi ce n’est certainement pas inné, cela dépend surtout des rencontres que l’’on fait. J’ajouterais qu’aujourd’hui cela ne reste facile nulle part d’être gay. Pas plus dans un milieu bourgeois qu’ouvrier, comme on veut le croire. 

-Vous brassez des thèmes de société comme paternité, misère sexuelle et sociale, détresse paysanne, écologie. Cela vous tient à cœur ?

-Ces thèmes me sont en effet très chers. C’est un peu ma banalité. J’y ajoute mes angoisses, le monde agricole qui disparaît, le sexe, la mort, la solitude. Et j’essaye de mixer ma petite histoire avec la grande autour du monde en m’inspirant du milieu je connais le mieux, la campagne où je suis né, chez des paysans.

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 24 août.

 

 

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20/08/2016

Jeux Olympiques: tous ces formidables Suisses à battre, mais qui finissent...vaincus

images.jpgCinq médailles, objectif atteint, plastronnaient les commentateurs sur la RTS, Marie-Laure Viola en tête. Mais il restait alors une semaine et nul doute qu’on allait doubler ce formidable capital, psalmodiaient audacieusement de conserve nos comiques en transes.

Contre toute attente évidemment, vu les forces en présence. Mais qu’importe. Et c’est ainsi que chaque jour, l’espoir chevillé au corps, ils nous laissaient miroiter un wagon de possibilités de breloques en cyclisme, en BMX, en voile, en beach volley, en athlétisme. A croire qu’il n’y avait que des Helvètes en lice aux Jeux. Mais sans surprise, que nenni partout. Avec même quelques échecs cuisants.

Et je ne vous parle pas des médailles déjà quasiment acquises, le bronze en gymnastique au sol avec Giulia Steingruber, l’or en équitation avec Steve Guerdat, pareil en VTT avec Jolanda Neff… Mais caramba, à chaque fois il a fallu à nouveau drôlement déchanter, Giulia finissant dernière de sa finale, le favori Steve terminant chocolat sur son coco et Jolanda la femme à battre, sixième sur son vélo. La poisse, plus collante que jamais.

Finalement, seule Nicola Spirig (photo) réussissait à décrocher l’argent en triathlon. Là encore, on imaginait un métal plus noble. Mais l’argent, c’est quand même bon à prendre et on ne va pas faire la fine bouche. Six médailles, objectif dépassé qu'on se le dise. De toute façon quel que soit le verdict, le mot d'ordre sur la chaîne romande, c'est la pensée positive.  

En résumé cela donne quelque chose de ce genre: certes on est déçu, mais on se montre peut-être trop exigeant… Ce n’est pas grave, lui ou elle est encore jeune, il y aura d’autres Jeux… C’est quand même une bonne performance…. Obtenir un diplôme c’est déjà magnifique… Arriver seizième pour une première fois, c’est extraordinaire… Il  n'y a pas de quoi rougir de ce résultat prometteur... Et en-dehors du traditionnel: l’essentiel c’est de participer, voici l’autre sempiternel leitmotiv naze à l’intention des vaincus: ils auront emmagasiné de l’expérience… Voilà qui leur fait une belle jambe!

Pour l’heure, la Suisse se classe au 30e rang. Elle pourrait éventuellement en gagner une demi-douzaine si Nino Schurter réalise un exploit en VTT. Mais avec tous ces ratages, j’avoue que j’ai du mal à concevoir la chose  Ce n’est pas le cas de nos spécialistes de tous poils, loin d’être découragés par ces revers en cascade et naturellement repartis aussi sec dans leurs pronostics optimistes.

awaw.jpgLes "vieux" au tapis à Cincinnati

Enfin, bien que ces derniers le regrettent amèrement, heureusement que Belinda Bencic et Stan Wawrinka avaient déclaré forfait pour cette olympiade. Car côté crève-cœur, c’eût été le pompon si on se réfère à leur triste prestation dans l’Ohio. La première n’a pas vu la balle au premier tour et le second a été éliminé sans gloire en huitièmes par Grigor Dimitrov.  Super pour des joueurs qui ont boudé Rio pour se consacrer à leur carrière...

Petite consolation, le Vaudois n’est pas le seul à avoir subi un échec mortifiant à ce stade. C’est pire pour Nadal, prématurément terrassé lui aussi, voire atomisé par Borna Coric, le jeune Croate de 19 ans. Si on ajoute Tsonga, Berdych, Ferrer, Gasquet, voire Monfils pareillement dans les choux, on constate que tous les "vieux" se sont retrouvés au tapis à Cincinnati! 

Des défaites qui par ailleurs permettent d'entretenir une vague illusion. Celle de voir le malheureux Federer entamer 2017 dans le top 20. Mais que c'est dur! 

 

 

 

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17/08/2016

Grand écran: Diane chasseresse dans "Moka", Emmanuelle Devos traque Nathalle Baye

aemadevos.jpgPour son deuxième thriller après Complices, Frédéric Mermoud met face à face Emmanuelle Devos et Nathalie Baye, réunies pour la première fois à l'écran. Emmanuelle joue Diane Kramer, une mère qui s’échappe d’une clinique lausannoise pour se rendre à Evian, munie de quelques affaires et d'un pistolet qu’un petit trafiquant lui a procuré.

Car suite à un drame qui a bousillé sa vie, Diane, qui a fait appel à un détective privé, rumine sa vengeance. Obsédée, folle de douleur, elle veut absolument retrouver le conducteur ou plutôt la conductrice d’une Mercédès couleur moka, qui a pris la fuite après avoir renversé et tué son fils. 

Trouvant que la police piétine, elle a décidé de mener sa propre enquête. Et va alors rencontrer, espionner et traquer Marlène (Nathalie Baye), patronne d'une parfumerie-salon de beauté, la soupçonnant d’avoir une responsabilité dans ce tragique accident. Mais les choses, on s'en doute, se révèlent plus sinueuses et compliquées qu’il n’y paraît...

Librement adapté d’un roman de Tatiana de Rosnay, Moka est un drame banalement traité, avec de belles images entre lac et montagnes. Côté comédiens, vêtue d'une parka verte, indépendante, énergique, et quelque peu exaltée, Emmanuelle Devos qui est de tous les plans, se montre convaincante en ...Diane chasseresse. 

Davantage que Nathalie Baye, quelconque en dame blondissime manucurée. Difficile de voir la créature attachante et mystérieuse imaginée par l'auteur, dans la compagne empruntée d'un homme de treize ans son cadet, maman par ailleurs d’une adolescente un rien trouble et rebelle, rêvant de monter à Paris.

Moka n’en a pas moins trouvé des admirateurs. Lors du récent Festival de Locarno, il a décroché le Variety Piazza Grande Award, décerné par un jury de critiques du célèbre magazine américain.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 17 août.

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13/08/2016

Festival de Locarno: Le Léopard d'or à "Godless" de la Bulgare Ralitza Petrova. Un choix décevant

agodless.jpgA Locarno, on peut toujours compter sur le jury pour déjouer les pronostics. Alors que personne ou presque parmi les critiques et les festivaliers n’avait misé un lev sur Godless, c‘est justement celui-ci qui a été distingué par Arturo Ripstein et ses collègues. Il est signé de la réalisatrice bulgare Ralitza Petrova, qui travaille également en Angleterre et en France.

Il s’agit sans doute du film le plus glauque de la compétition. En deux mots, Gana, peu gâtée par la nature (photo ci-dessous), s’occupe de personnes âgées atteintes de démence et revend leurs papiers au marché noir. Rien ne la touche dans son quotidien sombre, sans espoir, jusqu’au jour où elle entend un nouveau patient chanter… 

"J’ai été très chanceuse de réaliser ce film maintenant, de rencontrer toutes ces personnes partageant leur passion, avec un goût pour un cinéma exigeant et pas seulement divertissant. Je ne crois pas que nous sommes uniquement divertis par les rires, ou la violence gratuite et le sexe. Je pense que les idées sont ce qu’il y a de plus distrayant", a déclaré la lauréate à la RTS.

apivanov.jpgGodless a fait carton plein, puisque son héroïne Irena Ivanova décroche le prix de la meilleure interprétation féminine.  Côté masculin, c’est Andrzej Sewryn qui est sacré meilleur acteur pour son rôle dans The Last Family, du Polonais Jan.P Matuszynski, un film également boudé par les critiques.

Trois des papables les plus souvent cités se retrouvent tout de même au palmarès à l’image de Cœurs cicatrisés du Roumain Radu Jude, Prix spécial du jury, tandis que celui de la meilleure réalisation récompense L’ornithologue de Joao Pedro Rodrigues. De son côté Mister Universo de Tizza Covi et Rainer Frimmel se voit attribuer une mention spéciale.

Par ailleurs Moi, Daniel Blake, de Ken Loach, Palme d’or à Cannes en mai dernier, a remporté sans surprise le Prix du public, pour le meilleur film présenté sur la Piazza Grande.

Une compétition faible qui reste le parent pauvre 

Le choix du triste Léopard d’or est à l’image d’une compétition particulièrement faible, qui demeure le parent pauvre. Et le fait que huit des dix-sept prétendants à la médaille étaient des femmes, n’a pas contribué à changer fondamentalement la chose.

Comme on a déjà eu l’occasion de le remarquer, la Piazza Grande, vitrine de la manifestation, a au contraire réservé de fort bonnes surprises. Après Le ciel attendra, Dans la forêt, Stefan Zweig, adieu l’Europe, Jason Bourne, ou Moi, Daniel Blake, Mohenjo Daro, attrayant long-métrage bollywoodien de l’Indien Ashutosh Gowariker, a plaisamment clos le festival sous les étoiles.

Se déroulant en 2016 avant J.-C., il met en scène un fermier beau comme un dieu qui se rend dans la cité de Mohenjo Daro, tombe amoureux d’une créature de rêve et s’oppose à la cupidité d’un tyran pour sauver la ville. De l’aventure avec clins d'oeil au péplum, de l'action, de la romance, des chants, de la danse. C’est kitsch, mais on ne s’ennuie pas une seconde.

Un cru 2016 aussi glouton que moyen

On n’en dira pas autant de l’ensemble d’un festival plus glouton que jamais, provoquant de fréquents et regrettables télescopages. Un cru 2016 moyen, à l'instar d'un cinéma suisse plutôt poussif. Pour tout dire, le souffle de vent qui devait nous emporter promis par le directeur artistique Carlo Chatrian, ne nous a pas pas franchement ébouriffés…

Voilà qui n’a toutefois pas empêché le public de répondre présent à son habitude. Alors que la Semaine de la critique a comme toujours fait salle comble, les nombreuses autres sections ont elles aussi attiré du monde. Et notamment la rétrospective Aimé et refusé: le cinéma de la jeune République d’ Allemagne de 1949 à 1963. Les spectateurs ont ainsi été quelque 165.000 à se ruer dans les salles, dont 65.000 sur la Piazza Grande. 

Voir aussi toutes les notes réservées au Festival de Locarno depuis le 1er août.

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12/08/2016

Festival de Locarno: la course au Léopard d'or est terminée. A qui le trophée?

aorni.jpgAlors que les chasseurs de fauves s’étaient bien relancés dans le milieu de la course après un démarrage poussif, ils ont à nouveau relâché l’effort dans les derniers jours. Du coup, sur les dix-sept prétendants au Léopard d’or, dont huit femmes rappelons-le, seul un tiers nous paraît éligible.

Parmi eux L’ornithologue du Portugais Joao Pedro Rodrigues. Réinterprétant d’une façon onirico-fantastique le mythe et la vie de Saint-Antoine, il met en scène Fernando, un ornithologue de 40 ans, à la recherche d’une espèce rare, la cygogne noire, le long de la rivière Le Douro, au nord du Portugal.

Distrait, il se laisse entraîner par le courant et échoue à moitié mort sur une des rives. Où il est sauvé par deux jeunes Chinoises en folie et en pèlerinage vers Compostelle, qui le ligotent à un arbre.... Il réussit à leur échapper et s’enfonce dans une forêt aussi dense que dangereuse…. Un mystérieux récit initiatique qui fascine souvent et agace parfois. 

acoeurs.jpgSi L’ornithologue a une vraie gueule de Léopard façon Locarno, on lui préfère toutefois Cœurs cicatrisés du Roumain Radu Jude, d’après un roman autobiographique de Max Becher, mort de tuberculose osseuse à 29 ans, après dix ans de souffrance. Nous sommes en Roumanie en 1937. Atteint de cette terrible maladie, Emmanuel, 21 ans, est hospitalisé dans un sanatorium des bords de la mer Noire.

Tandis que son corps au torse pris dans le plâtre se détériore, il raconte ses efforts et ceux de ses compagnons pour vivre le plus normalement possible en faisant la fête et en tombant amoureux. On ne peut s’empêcher évidemment de penser à La montagne magique de Thomas Mann.

aeegypte.jpgSéduisante par ailleurs cette tragi-comédie égyptienne Brooks Meadows And Lovely Faces de Yousry Nasrallah, dont l’action se déroule au cours d’un mariage complètement fou. On vous dira juste que Yehia et ses fils Refaat et Galal assurent le service traiteur, mais que rien ne se passera comme prévu. La suite étant carrément impossible à résumer, en raison de nombreux rebondissements, il ne reste qu’à passer et savourer les plats…

Slava des Bulgares Kristina Grozeva et Peter Valchanov, dont on vous a déjà parlé, reste parmi nos préférés. A travers la simple histoire d’un cheminot bègue, les réalisateurs proposent une autre comédie enlevée, politique celle-ci, où ils se moquent d’un pays au système gangréné par la corruption, des politiques qui l’incarnent, tout en évoquant de manière à la fois cynique et joyeuse du fossé séparant la classe dirigeante du peuple exploité.

auniverse.jpgJolie surprise également que Mister Universo, de Tizza Covi et Rainer Frimmel. Le duo italo-autrichien avait été révélé par La Pivellina en 2009, un film qui se penchait sur un couple d’artistes de cirque.

Avec leur dernier opus, les auteurs restent dans le même univers en suivant Tairo, un jeune dompteur de fauves très malheureux car il a perdu son porte-bonheur. Il va l'utiliser comme prétexte pour partir en voyage à travers l’Italie à la recherche d’Arthur Robin, ancien Monsieur muscles qui le lui avait donné.

On signalera encore Jeunesse, premier film assez prometteur du Français Julien Samani qui nous emmène, avec Zico qui a soif d’ailleurs, sur un cargo pourri. Il ne connaît rien de la vie à bord, s’y prend mal pour tenter de se se faire accepter et les tensions ne tardent pas à naître au sein de ce huis-clos explosif. L’apprentissage du marin est aussi celui de l’auteur du film, qui fait partie du plan renouveau du directeur artistique du festival Carlo Chatrian.

Mais selon la formule consacrée, la critique propose et le jury dispose. Pour cette 69e édition, il est présidé par le Mexicain Arturo Ripstein. Réponse samedi soir sur la Piazza Grande.  

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Festival de Locarno: Ken Loach ovationné sur la Piazza Grande pour "Moi, Daniel Blake"

aloachloc.jpgEn mai dernier à Cannes, dix ans après Le vent se lève, Ken Loach rejoignait, avec Moi, Daniel Blake, le cercle des Dardenne, Haneke, Coppola Imamura et Kusturica, "happy few" doublement cousus d’or. Un choix politique convenu pour ce film militant, beau, émouvant, mais peu novateur et assez manichéen avec les bons ouvriers d’un côté et pratiquement tous les vilains fonctionnaires de l’autre.

Cela n’enlève rien à son efficacité. Présenté sur la Piazza Grande, ii a reçu, comme sur la Croisette, l’ovation du public. A son habitude donc, Ken Loach filme des laissés-pour-compte. Et, au-delà d’une critique sociale acérée, pousse un véritable cri de rage en suivant Daniel (Dave Johns), un menuisier veuf de 59 ans en arrêt maladie, mais contraint de chercher un travail sous peine de sanctions. Il entame alors un parcours kafkaïen dans les dédales de l’administration britannique pour obtenir l’aide sociale.

Pris dans un piège bureaucratique cauchemardesque, où les portes ne cessent de se fermer devant les plus vulnérables, où on vous coupe arbitrairement les subsides, Daniel croise Rachel (Hayley Squires) une jeune femme sans emploi élevant seule ses deux enfants. Ils vont s’allier pour mieux se soutenir.

Les yeux qui se détournent face à l’insupportable

Dans sa conférence de presse, le réalisateur de 80 ans raconte comment il a sillonné le pays, commençant dans les Midlands et finissant à Newcastle une ville à forte tradition de lutte ouvrière. "Partout, tous les jours, des centaines de milliers de familles ne peuvent manger sans le recours aux banques alimentaires. C’est insupportable, intolérable. Et pourtant, on détourne les yeux". 

Interrogé sur le Brexit, notamment voté par une classe aliénée, frustrée, abandonnée, étranglée par les banques, Ken Loach déclare que cela ne va pas modifier la situation dramatique décrite dans son film, bien au contraire. "Les choses vont empirer. Il y aura moins d’argent pour le gouvernement, ce qui se répercuter sur les défavorisés, moins d’emplois, les salaires diminueront". 

Ken Loach est également invité à donner son sentiment sur les terribles attentats qui secouent les pays:  "Les gens sont au bout du rouleau et l’expression de leur colère prend des formes horribles, choquantes. Mais ce n’est malheureusement pas surprenant".

A cet égard, on citera quelques phrases de son discours quand il a reçu la Palme d’or. "Ce monde dans lequel nous vivons se trouve dans une situation dangereuse. Nous sommes à l‘orée d’un projet d’austérité conduit par des idées néolibérales qui risquent de nous mener à la catastrophe". Un autre monde est possible et même nécessaire, ajoutait Ken Loach en mettant en garde contre le retour de l'extrême-droite.

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09/08/2016

Festival de Locarno: Stefan Zweig revit dans "Adieu l'Europe", de Maria Schrader

azweig.jpgEn 1934 Stefan Zweig, écrivain pacifiste juif autrichien et auteur en langue allemande le plus lu avec Thomas Mann, doit quitter son pays pour fuir la montée du nazisme. Deux ans plus tard, celui qui avait prédit très tôt le déclin de l’Europe, laisse définitivement le Vieux Continent derrière luii.

Un film prenant, Stefan ZweigAdieu l’Europe, avec notamment Josef Hader (photo) et Barbara Sukova, signé Maria Schrader, retrace son exil en Amérique du Nord et du Sud, racontant son séjour au Brésil, sa participation au congrès du PEN club de Buenos Aires en 1936, sa visite à New York en 1941, puis sa mort l’année suivante à Petropolis,.

Rappelons que Srefan Zweig s’est suicidé avec sa seconde femme Lotte le 22 février 1942, après avoir rédigé une lettre dans laquelle il remercie le Brésil pour son hospitalité et la nouvelle qu’il lui a accordée. Cinématographiquement, Maria Schrader propose une remarquable séquence de ce fait tragique. 

La réalisatrice s’était vu proposer le sujet par le producteur français Denis Poncet. "Il souhaitait un film sur la seconde partie de la vie de Zweig, avec Lotte, mais au fur et à mesure de mes recherches, j’ai découvert que le plus important pour moi, c’était son exil et sa décision si controversée, de mettre fin à ses jours",  nous confie-t-elle.

Elle a donc suggéré de se concentrer sur ses dernières années. "Mais tout était si compliqué que j’ai décidé de ne pas réaliser un biopic classique. J’ai imaginé une autre structure en me concentrant sur différents moments. Le film est ainsi composé de six tableaux indépendants, le premier ouvrant sur l’accueil extraordinaire qui lui est réservé à Rio et les réceptions qui se sont enchaînées".

L’un des plus importants est le fameux congrès du PEN club de Buenos Aires, où Stefan Zweig pressé de le faire par des journalistes, refuse de condamner publiquement le parti nazi.

Il ne voulait pas être instrumentalisé. Il détestait la polémique, l’hystérie. Il affirmait qu’il n’utiliserait jamais son langage de la même façon que ses ennemis. Pour lui les choses n’étaient pas noires ou banches. Mais quatre ans plus tard, il n’est pas resté aussi silencieux.

Comme vous l’évoquiez plus haut, la décision de se suicider a provoqué la colère de certains de ses collègues. 

Oui, surtout celle de Thomas Mann. Comment a-t-l pu laisser le parti nazi triompher de la sorte?, lui reprochait-il? Mais dix ans après, il a changé d’avis. Il n’avait pas compris alors, disait-il, que toute guerre est l’ennemi de chacun.

C'est Josef Hader qui interprète Stefan Zweig. Pourquoi ce choix ?

Je voulais que la langue maternelle de chaque comédien corresponde à celle du personnage historique qu’il incarne. Il me fallait donc un comédien autrichien pour mon héros. Josef Hader est une super star dans son pays et un immense acteur. En plus il est lui-même écrivain. Je dois dire que sa manière d’incarner Zweig m’a enchantée..

Il est effectivement aussi émouvant que brillant. Une dernière question, Maria Schrader. Zweig est un véritable monument. N’avez-vous pas redouté de ne pas être à la hauteur?

Cette crainte m’a accompagnée tout au long de la réalisation. Oh mon Dieu, qui suis-je pour m’attaquer à un tel artiste? me répétè-je. Mais il a bien fallu que je l’oublie…

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 10 août.

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Festival de Locarno: "Le ciel attendra" montre l'embrigadement de jeunes filles par Daech. Intelligent et utile

acastille.jpgComment et pourquoi une jeune fllle, aujourd’hui, peut avoir envie de partir en Syrie? C’est ce que veut expliquer Le ciel attendra en mettant en scène deux d'entre elles. Mélanie a 16 ans. Elle vit avec sa mère Sylvie aime l’école et ses copines, joue du violoncelle et veut changer le monde. Mais l'irréparable se profile lorsqu’elle rencontre son "prince" sur internet, en tombe amoureuse et se fait peu à peu prendre dans les filets de Daech. Un piège qui a aussi failli se refermer sur Sonia, pour "garantir à sa famille une place au paradis". 

Un film intelligent, lucide, utile, évoquant ce moment où les ados sont contre tout ce qui représente l'autorité, explorant parallèlement l’intimité et la psychologie de deux jeunes filles qui ont basculé, ou vont le faire, dans le fanatisme. L’opus montre aussi la façon dont les proies sont repérées grâce aux réseaux sociaux, après avoir posté des messages avec des mots-clés qui permettent d'établir  le contact. Et puis, entre embrigadement et désembrigadement, il y a la douleur, la colère, le courage de parents qui veulent comprendre et se sentent coupables de n'avoir rien vu venir. 

Le ciel attendra est signé de la réalisatrice scénariste et productrice française Marie-Castille Mention-Schaar (photo), auteur de La première étoile en 2009, Ma première fois et Bowling en 2012 et de Les héritiers en 2014. "Je ne suis partie de rien de précis 'une suite de conversations, de questions que je me suis posée", raconte la réalisatrice lors de la projection sur la Piazza Grande. 

amention.jpgEn fait elle avait écrit un autre film mais le sujet restait dans sa tête. "J’ai commencé à rencontrer des journalistes qui couvrent le sujet, un frère parti sur les traces de sa soeur. Ensuite j'ai fait beaucoup de recherches, vu des reportages, lu des articles, regardé des heures de vidéo de propagande dont certaines sont juste insoutenables, pour mieux saisir l'emprise des rabatteurs". 

Grâce aux contacts de Dounia Bouzar

Toutefois, le plus important pour elle était d’entrer en contact avec des filles qui ont été, sont encore dans la radicalisation. Et cela grâce à Dounia Bouzar, anthropologue française qui a fondé en 2014 le Centre de prévention contre les dérives sectaires liées à l’islam.

"Elle a accepté que je la suive pendant trois mois avec son équipe partout en France. Et j’ai découvert la réalité du processus d’embrigadement en parlant notamment avec une jeune fille passée par là. Elle  m’a aidée en ce qui concerne les dialogues, les attitudes le comportement, la manière de s'habiller, de faire ses prières, ses ablutions".

La fragilité, la naïveté de certaines filles favorisent-elles la radicalisation?

Tous les adolescents sont fragiles. Ils sont en pleine construction hormonale et, à cet âge, absolument n’importe qui peut tomber dans plein de choses, la drogue, l’alcool. Il n’y a pas de profil type comme j’ai pu le constater en m'entretenant avec des psychiatres. Par ailleurs, l'embrigadement ne se concentre pas sur les quartiers. Plus de la moitié des converties en France sont issues de la classe moyenne, sinon supérieure. Je dirais que les moins vulnérables sont elles qui appartiennent déjà à un groupe.

Vous évoquez leur soif d’absolu, de pureté, de romantisme.

Les filles succombent plus facilement à cette sorte d'idéal. Elles ont aussi davantage besoin d’être utiles, de servir à quelque chose. Les rabatteurs les ciblent en leur assurant que leur vie va avoir un autre sens que dans cette société pourrie, dépourvue de spiritualité, uniquement attirée par l’argent, la consommation, le succès. 

Et où la mort devient mieux que la vie…

Sauf que la mort n’est pas la mort. Ce qu’on leur promet, c’est la vie après la vie, le paradis, un monde où il n’y a pas d’injustice, de pauvreté, où tout est beau.

Deux mots sur le choix de vos actrices, toutes très convaincantes.

Sandrine Bonnaire devait mais n’a pas pu jouer dans Les Héritiers. Suite à ce rendez-vous manqué, j’étais contente de la retrouver car elle me paraissait évidente dans le rôle de l’une des mères. En ce qui concerne Clotilde Courau, l’autre mère, c’est son agent qui m’a parlé d’elle. J’ai regardé L'ombre des femmes de Philippe Garrel et j'ai été séduite par sa volonté d'implication dans l'histoire. Quant à Noémie Merlant et Naomi Amarger, elles avaient joué dans Les héritiers, et j'avais très envie de retravailler avec elles. 

Et pourquoi avoir pris Dounia Bouzar pour interpréter son propre personnage ?

Elle connaît tellement le sujet qu’il aurait été très compliqué pour une comédienne d’avoir une telle maîtrise. Du coup je ne pouvais pas me priver d’elle.

A noter que le tournage a commencé au lendemain des terribles attentats de novembre dernier à Paris. Marie- Castille Mention-Schaar a beaucoup hésité. "Nous étions tous bouleversés de faire ce film au moment où la France était à nouveau massivement attaquée".

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07/08/2016

Festival de Locarno: Harvey Keitel se raconte avec humour face à un public conquis

akeitel.jpgLa foule s’était massée au Spazio Cinema plus d’une heure avant l’arrivée de Harvey Keitel, qui s’était vu remettre la veille, sur la scène de la Piazza Grande, le Lifetime Achievement Award (photo). En grande forme, le comédien séduit par son humour et sa simplicité. 

Cerné par une forêt de caméras, il n‘hésite pas à monter sur une chaise pour saluer un public ravi de le découvrir aussi sympathique et nature, se prêtant de  bonne grâce au jeu des questions-réponses, même s’il avertit qu’il ne répondra pas forcément à toutes.

L'ami de Martin Scorsese

Ancien marine, Harvey Keitel, moitié Italien moitié Roumain "mais c'est une trop longue histoire", né "inconnu" à Brooklyn en 1939 mais très connu pour ses rôles dans Taxi Driver, La leçon de piano ou Pulp Fiction, entre autres bien sûr, n’est pas avare d’anecdotes. S’il a croisé les plus grands au fil de son parcours, il est venu assez tard au cinéma, faisant ses débuts dans le premier long-métrage de Martin Scorsese Who’s That Knocking At My Door? sorti en 1967.

Devenus amis, le réalisateur et l’acteur ne se quittent pas pendant des années."Lui et moi faisons le même film depuis", remarque-t-il. "On se demande toujours qui frappe à a porte… Nos expériences ne sont pas très différentes. On n’avait pas d’argent, on tournait chez lui dans l’appartement des parents de Martin  à Little Italy. C’est là que nous avons commencé".

Tavernier, Scola, Argento, Sorrentino...

Ayant constamment alterné les tournages des deux côtés de l’Atlantique, L’acteur "aux cent visages" qui s’apprête à fêter ses 50 ans de carrière, évoque aussi ses collaborations avec des Européens. En 1980, il partage l‘affiche dans La mort en direct de Bertrand Tavernier avec Romy Schneider. "J’avais vu L’horloger de Saint-Paul et trouvé son auteur excellent. Je  souhaitais travailler avec lui et j’ai  appris que j’étais le type d’acteur américain qu’il cherchait". Deux ans plus tard il joue dans La nuit de Varennes sous la direction d’Ettore Scola. "Puis il y a eu Lina Wertmüller, Dario Argento, Paolo Sorrentino.."

Aux Etats-Unis, Harvey Keitel connaît une période faste début des années 90. C’est là qu’il joue dans le film d’Abel Ferrara The Bad Lieutenant. "Je voulais gagner un peu d’argent. Avec Abel on avait le même avocat. Il m’a donné le scénario. Il n’y avait que quelques pages,  en plus écrites en très gros caractères. Je l’ai d’abord jeté à la poubelle avant de le reprendre. Je l'ai lu et j’ai été convaincu. Mais mon rôle n’était pas écrit. On a improvisé. L’impro c’’est important, ça peut vous permettre de créer un événement et d’imaginer le chemin pour y arriver". 

Au contraire le scénario de Smoke, signé Paul Auster qui l'a réalisé avec Wayne Wang, débordait.. "Quand je suis arrivé à la fin, je l'ai trouvé terriblement ennuyeux. Du coup je me suis dit que je devais avoir raté quelque chose et qu’il fallait que je tourne le film". A noter que Smoke avait reçu en 1995 le prix du public à Locarno.  

adogs.jpgL'appétit d'ogre de Quentin Tarantino

On apprendra aussi que Quentin Tarentino a un appétit d’ogre, En 1992, Keitel l’aide à réaliser Reservoir Dogs. "Il travaillait dans un magasin de vidéo: "J’ai eu le script  et c’est ainsi qu’on s’est rencontré. Le problème avec lui c’est qu’il mange beaucoup et me vidait mon frigo".

Lorsqu’on lui demande le nom de son réalisateur préféré et de son film favori, il botte en touche en lançant un ironique: "Vous boulez que je me fasse assassiner?"  Il tacle également un esprit chagrin qui lui demande comment il prend le fait de vieillir. "Vous ne m’avez pas l’air bien jeune vous-même  Venez à mon hôte nous échangerons nos lotions capillaires!"

On ne saura pas non plus ce qu’il pense de la candidature de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis. "Là, je participe à un événement cinématographique…. Mais la période est vivante, les Américains sont  en mesure de protéger le pays et de faire ce qui est juste".

En revanche, il ne se fait pas prier pour livrer les plus beaux moments de sa vie d’acteur: la naissance de ses deux filles et de son fils, aujourd’hui âgé de 12 ans.

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06/08/2016

Festival de Locarno: "Dans la forêt", un thriller anxiogène aux accents fantastiques

aforet.jpgJusqu'à présent, la Piazza Grande a réservé de meilleures surprises que la compétition. A l’image de Dans la forêt, du Français Gilles Marchand. Le film, notamment inspiré de l'enfance de l'auteur, met en scène Tom et Benjamin, deux garçons de 8 et 11 ans, qui rejoignent leur père vivant à Stockholm, pour passer les vacances d'été avec lui.

Ils l’ont à peine vu depuis qu’il a divorcé de leur mère, plus particulièrement Tom, qui ne connaît pratiquement pas cet homme à la fois bizarre, mystérieux, solitaire et autoritaire, qui semble ne jamais avoir besoin de dormir. C’est en tout cas ce qu’il lui affirme. A la suite d’incidents étranges, il décide brusquement d’aller dans le nord du pays et de séjourner dans une cabane en pleine forêt.

Les deux gamins trouvent l’idée chouette, mais déchantent assez rapidement en découvrant un endroit certes magnifique, mais beaucoup plus isolé qu’ils l’avaient imaginé, privé d’électricité de surcroît, ce qui les empêche de recharger leur portable. Le malaise s’installe au fil des jours et leur inquiétude s’accroît quand ils comprennent que leur père, heureux d’être coupé du monde avec ses fils, envisage de moins en moins un retour à la civilisation…

aforetgos.jpgDepuis ses premiers longs-métrages, Gilles Marchand est adepte du thriller aux accents fantastiques. Dans Qui a tué Bambi (2003), il évoquait les obsessions d’une jeune infirmière se débattant entre rêve et cauchemar. Dans L’Autre monde (2010), il utilisait le phénomène des jeux vidéo en ligne pour développer des relations troubles et malsaines entre des personnages à la dérive.

Le côté maléfique, diabolique, un peu façon Shining, l’emporte dans son dernier opus anxiogène. Et qui le serait davantage s’il n’avait pas décidé de distiller l’angoisse dès les premières images. Du coup, on n’est jamais surpris par les agissements menaçants ou alarmants du père. Ni saisi par les visions de monstrueuses créatures du petit Tom, véritable héros de l'histoire. Doué de télépathie, il révélait en effet d’entrée à une pédopsychiatre qu’il avait un mauvais pressentiment à l’idée d’aller retrouver l’auteur de ses jours en Suède.

Dommage mais cela n'enlève rien à la prestation des comédiens. Jérémie Elkaïm dans le rôle du père, Timothé Vom Dorp (photo) et Théo Van de Voorde dans celui des enfants, se montrent tous les trois excellents. 

Cessez-le-feu avec Romain Duris en vedette

aduris.jpgUn autre film hexagonal a eu les honneurs de la Piazza de la Piazza, Cessez-le-feu d’Emmanuel Courcol. Quittant l’Afrique, où il menait une existence d’aventurier au début des années 20 pour tenter d’oublier les horreurs de la Première Guerre mondiale, Georges Laffont, ancien soldat, revient en France.

Il retrouve sa mère et son frère, Marcel. Invalide de guerre sourd-muet.suite à un traumatisme. Egalement très perturbé, Georges essaye de trouver sa place dans un pays où la vie a continué sans lui. Petit à petit, il va se reconstruire grâce à Hélène qui enseigne la langue des signes à Marcel et avec qui il entretient une relation houleuse. En dépit de quelques longueurs, le film se laisse voir, notamment grâce à ses têtes d’affiche Romain Duris, Céline Salette et Grégory Gadebois.

 

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Festival de Locarno: "Jason Bourne" déboule et ça déménage pendant deux heures!

abourne.jpgAprès La mort dans la peau (2004) et La vengeance dans la peau (2007) deuxième et troisième chapitre de la franchise Jason Bourne initiée par Doug Liman, Paul Greengrass revient pour revitaliser la saga avec un cinquième épisode où il retrouve Matt Damon.

Depuis près de dix ans, Jason Bourne qui a disparu de la circulation, assure son existence en participant à des combats de boxe. Jusqu’au jour où Nicky Parsons (Julia Stiles), qui a découvert un élément important du passé de l’agent amnésique, reprend contact avec lui.

Du côté de la CIA, l’analyste Heather Lee (Alicia Vikander) la repère, ainsi donc que Bourne. Elle est alors chargée par le directeur Robert Dewey (Tommy Lee Jones) de le traquer. En même temps l’agence a demandé à l’un de ses tireurs d’élite (Vincent Cassel) de l’assassiner.

On ajoute des enjeux informatiques majeurs pour un gouvernement américain hyper puissant étendant ses pouvoirs jusqu’en Islande, mais qui serait lui-même dans la ligne de mire d’une redoutable organisation avec instrumentalisation de la terreur grâce à internet et fomentation d’insurrections à la clé.

Un pur film d’action sans temps mort

Et c’est parti pour une resucée familière, on est en terrain plus que connu, mais toujours aussi efficace. Pour tout dire, ça a déménagé sec sur la Piazza Grande. Du pur film d’action mené tambour battant, ponctué de bastons sauvages et de folles poursuites entre Athènes et Las Vegas en passant par Londres. Sans le moindre temps mort, Jason Bourne tient le spectateur en haleine pendant près de deux heures.

Notamment grâce à Matt Damon, égal à lui-même. Il s’est énormément entraîné, a suivi un régime sévère et un sacré programme de musculation. Débarquant dans l’histoire, Vincent Cassel a la (sale) gueule de l’emploi. Pour mieux se glisser dans la peau du tueur impitoyable, il a dit s’être inspiré des requins dans la gestuelle, le regard et l’intention. C’est réussi.

Il pourrait, à l’image d’une autre petite nouvelle, la Suédoise d’Alicia Vikander, suivre Matt dans d’éventuels prochains volets, la fin du numéro 5 laissant augurer une suite. En revanche, plus raviné qu’un vieux parchemin, Tommy Lee Jones détone carrément dans l’affaire. Il n’y survivra pas…

Le flm sera à l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 10 août.

Perle bulgare dans une compétition au démarrage par ailleurs mou 

aslava.jpgOn l’a dit, un vent nouveau souffle sur la compétition où, sur les dix-sept prétendants au Léopard d’or, huit sont des femmes. Dont la Bulgare Kristina Grozeva qui, avec Peter Valchanov propose Slava (Glory). Cette tragi-comédie enlevée en forme de parabole, se moque d’un pays où tout le monde triche, dénonçant avec bonheur la corruption qui gangrène le système, la brutalité des politiques qui l’incarnent, le fossé existant entre la classe dirigeante et le peuple.

Et cela à travers la simple histoire d’un pauvre cheminot bègue, Tsanko Petrov. Trouvant une énorme somme d’agent sur lune voie ferré, il décide de la remettre à la police. S’ensuit une série de péripéties où le malheureux, promu dérisoire héros de la nation, est victime du cynisme d’une directrice des relations publiques, par ailleurs occupée à des séances de procréation assistée. Tsanko va alors entamer une dure bataille pour récupérer sa dignité bafouée, ainsi qu’un bien précieux, une montre, lui venant de son père. .

Pour le reste, le concours a démarré mollement que ce soit côté masculin ou féminin. A l’image de La prunelle de mes yeux, signé de la Française Axelle Ropert. Ses protagonistes habitent le même immeuble et se croisent sans cesse dans l’ascenseur. Elle est aveugle, lui non mais feint de l’être pour lui plaire. Une bague idiote, qui les fait se détester avant de s'aimer, à la mesure d’un mélo trop niais pour séduire.

 

 

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04/08/2016

Festival de Locarno: des Suisses attendus mais peu enthousiasmants

ajuif.jpgEn ouverture de cette 69e édition, le Genevois Jacob Berger présentait son film dont on attendait beaucoup, Un Juif pour l’exemple, adapté du roman éponyme de Jacques Chessex.

C’est l’histoire d’un meurtre immonde qui s’est déroulé à Payerne en 1942. Celui d’Arthur Bloch, un marchand de bétail juif sexagénaire, massacré par une bande de nazillons débiles sous l’influence du pasteur Lugrin et du «gauleiter» local, le minable garagiste Fernand Ischi.

Avec une vingtaine d’autres Payernois au front bas qui ont fait allégeance au parti nazi, il veut offrir un Juif mort en cadeau à Hitler, son idole dont on va bientôt fêter l’anniversaire.

Sous prétexte de vendre une vache à Bloch lors de la foire aux bestiaux, cinq d’entre eux l’attirent dans une grange l’assassinent, le dépècent comme un cochon, répartissent les morceaux dans des boilles qu’ils vont jeter au lac.

Enfant au moment des faits, Jacques Chessex était revenu en 2009 dans un livre sur cet événement tragique qui l’a marqué à jamais. Décrivant l’abomination en stigmatisant la ville de charcutiers «confite dans la vanité et le saindoux». La publication de l’ouvrage a déclenché une impressionnante levée de boucliers. Et une détestation dont l’auteur a beaucoup souffert. Il est pour ainsi dire mort sur scène cette année-là, vivement interpellé par un détracteur alors qu’il défendait Roman Polanski.

Un Juif pour l’exemple est un thème puissant, qui résonne avec ce qui se passe aujourd’hui, bien que Jacob Berger, dont on salue le travail de mémoire, ne cherche pas la dénonciation. Mais la grandeur du propos ne fait pas automatiquement la force d’un film et son auteur peine un peu à convaincre dans sa façon de réinventer Chessex. Il n’est pas toujours à la hauteur de son sujet dans sa réalisation, en dépit de scènes impressionnantes dans leur brutalité, heureusement contenue à l’image, comme l’effroyable équarrissage d’Arthur Bloch.

Le télescopage assumé des époques (voitures ou uniformes modernes, Chessex à la fois enfant et vieillard) n’est pas non plus dérangeant. En réalité ce qui cloche surtout, au point qu'on en souffre pour eux, c’est la mauvaise prestation des comédiens. A part peut-être André Wilms dans le rôle de l’écrivain. En tout cas n’est pas Bruno Ganz qui relève le niveau à cet égard.  

Emmanuelle Devos traque Nathalie Baye dans Moka

adevos.jpgAlors que Jacob Berger était programmé hors concours, ce qui a froissé certains, un autre Suisse, Frédéric Mermoud, a eu lui les honneurs de la Piazza Grande avec Moka, six ans après avoir été sélectionné en compétition pour Complices.

Le film qui ne m’a pas davantage emballée, met face à face Emmanuelle Devos et Nathalie Baye, réunies pour la première fois à l'écran. Emmanuelle joue Diane Kramer, une mère qui s’échappe d’une clinique lausannoise pour se rendre à Evian, munie de quelques affaires et d'un pistolet.

Ivre de vengeance, elle veut absolument retrouver le conducteur d’une Mercédès couleur moka qui a pris la fuite après avoir renversé et tué son fils. Elle va alors rencontrer et finalement traquer Marlène (Nathalie Baye), la soupçonnant d’avoir une responsabilité dans l’accident qui a bousillé sa vie. Mais les choses, on s'en doute, se révèlent plus sinueuses et compliquées qu’il n’y paraît.

Librement adapté d’un roman de Tatiana de Rosnay, Moka est un drame banalement traité, avec quelques belles images entre lac et montagne. Côté comédiens, en parka verte de chasseur, indépendante, énergique et quelque peu exaltée, Emmanuelle Devos, de tous les plans, fait bien le job.

Mieux que Nathalie Baye, blondissime et très quelconque patronne d'une parfumerie-salon de beauté. Difficile de voir la femme attachante et mystérieuse imaginée par l'auteur dans la compagne empruntée d'un homme de treize ans son cadet, maman par ailleurs d’une adolescente un rien trouble et rebelle rêvant de monter à Paris. 

L’attaque des zombies sur la Piazza

azombie.jpgEt puisqu’on en parle de la prestigieuse place à ciel ouvert, ce sont des zombies qui ont débarqué en premier. The Girl With All The Gifts, signé du Britannique Colm McCarthy met en scène un groupe d’enfants dont la petite Melanie, dotée d’un cerveau au-dessus de la moyenne. Ils sont immunisés contre le virus qui risque de détruire l’humanité.

Bien que se nourrissant de gens comme vous et moi, ils éprouvent encore quelques sentiments et sont donc essentiels aux recherches du docteur Caldwell pour trouver un vaccin salvateur. Mais hélas le camp est attaqué par les zombies.

A déconseiller à ceux que de vilaines créatures couvertes de pustules et boulottant sauvagement de l’humain dégoûtent. Les autres apprécieront sans doute. Surtout s’ils sont fans de Gemma Arterton et, pourquoi pas, de Glenn Close, même si elle promène là un look masculin des plus redoutables!

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03/08/2016

Grand écran: "Sieranevada", un huis-clos roumain racontant la famille et le monde

apuiu.jpgNous sommes à Bucarest, un samedi, trois jours après l'attentat contre Charlie Hebdo et un an après la mort du père de Lary, issu de la moyenne bourgeoisie. Brillant neurologiste de 40 ans de retour de Paris, il doit se rendre avec sa femme chez sa mère où, selon une vieille tradition, la famille se réunit pour une veillée et un repas en l’honneur du défunt.

Suite à l’office du prêtre orthodoxe et aux chants religieux, enfants et proches se retrouvent ensemble pour se mettre à table. Au propre et au figuré, car les choses dégénèrent rapidement. Les discussions font place aux disputes, règlements de compte et autres conflits de générations.

Le tout sur fond de passé communiste qui traverse l’œuvre du réalisateur Cristi Puiu, comme il continue d’alimenter la plupart des films roumains. Mais si certains regrettent le régime de Ceaucescu, d’autres sont obnubilés par les théories du complot et se lancent dans un débat passionné sur les attentats du 11 septembre 2001 à New York. Tout cela retarde le moment du dîner, allongeant d’autant la durée du film, qui s’étale du coup sur près de trois heures

Sieranevada est signé Cristi Puiu, à qui l’on doit La mort de Dante Larazarescu et Aurora. Chaque fois sélectionné à Cannes dans Un certain regard, il se retrouvait en mai dernier pour la première fois en compétition, en compagne de son compatriote Christian Mungiu, Palme d’or en 2007 pour 4 mois, 3 semaines, 2 jours, et qui proposait, lui, Baccalauréat. Tous deux forment la nouvelle vague du cinéma de leur pays.

Inspiré de sa propre expérience

Pour le réalisateur qui s’inspire de sa propre expérience de deuil, Sieranevada est prétexte à explorer les tensions, les passions, les rancoeurs, les névroses, les non-dits qui existent au sein d’une famille et la place que chacun y occupe, mais sert également à évoquer le monde avec ses enjeux socio-politiques. Et tout cela dans un espace fermé.

En effet, outre le début où Lary et sa femme s’engueulent dans une voiture pour une banale histoire de courses, ce drame mâtiné de cynisme, surfant parfois sur le burlesque, se déroule exclusivement dans un petit appartement. Cela place Cristi Puiu face à une redoutable gestion de ce huis-clos exigu, des mouvements et des déplacements de ses personnages.

Ce qu’il exécute de façon magistrale. Toutefois, en dépit de sa mise en scène virtuose, Sieranevada aurait gagné à être plus court. Car les 173 minutes, on les sent quand même bien passer…

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 3 août.

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01/08/2016

Festival de Locarno: un cru 2016 innovant, avec huit femmes sur les dix-sept prétendants au Léopard d'or

fifl-4[1].jpgMercredi s’ouvre la 69e édition du Festival de Locarno, dédiée à l’Américain Michael Cimino et à l’Iranien Abbas Kiarostami, deux grands du septième art récemment décédés. Une édition riche que le président Carlo Chatrian, dont le poste a été maintenu jusqu’en 2020, a qualifiée de «la plus variée, la plus libre et la plus surprenante, dans le choix des invités films comme dans celui des films». 
 
Un credo à vérifier sur pièces, comme ce parti-pris de retour aux sources d’un festival à contre-courant, qui a donné de la place à l’émergence de réalisateurs et de cinématographies. Ce qui n’empêchera pas la présence de nombreuses  stars  devant , derrière la caméra, ou distinguées par un prix.   
 
Ce cru 2016 met les femmes à l’honneur. Particulièrement au sein de la compétition internationale, section où elles sont généralement sous-représentées. On en découvre  huit, dont la Suissesse Milagros Mummenthaler avec  La idea de un lago, sur  les 17 prétendants au  Léopard d’or. Tous auteurs de premières mondiales, ils ou elles viennent d’Egypte, de Thaïlande, d’Allemagne, des Etats-Unis, du Japon, de  Bulgarie, du Portugal, de France, de Roumanie, d’Autriche, de Pologne, de Bulgarie.
 
akenloach.jpgCes films racontent le monde et questionnent l’actualité, comme dans la demi-douzaine de volets  du festival. A commencer par la Piazza Grande, proposant 16 longs-métrages entre blockbusters et films auteurs, aux 8000 spectateurs qui envahissent chaque soir la mythique place locarnaise. Avec en ouverture The Girl With All The Gifts du Britannique Colm McCarthy, évoquant, dans le futur, une partie de l’humanité détruite par un virus mortel. Autre représentant de Sa Majesté, Ken Loach, lauréat de la Palme d’or à Cannes en mai dernier, propose  Moi, Daniel Blake, parcours kafkaïen d’un chômeur en recherche d’emploi.
 
Des femmes encore sous les étoiles. Avec Le ciel attendra, la Française Marie-Castille Mention Schaar se penche sur le sujet ô combien brûlant de la radicalisation islamique, tandis que Maria Schrader retrace, dans Stefan Zweig, adieu l’Europe,  les dernières années de la vie de l’écrivain juif autrichien à New York et en Amérique du Sud.
 
Belle présence des Suisses
 
Outre le retour en concours de Milagros Mummenthaler (Léopard d’or en 2011 avec Abrir puertas y ventanas), à signaler celui de Frédéric Mermoud sur la Piazza. Son film Moka, mettant face à face Emmanuelle Devos et Nathalie Baye, montre une mère qui veut absolument retrouver le conducteur d’une voiture qui a renversé son fils et se confronte à une autre femme, très mystérieuse.
 
Hors concours, Nicolas Wadimoff présente L’optimisme de la volonté, un documentaire sur Jean Ziegler et Jacob Berger une adaptation du roman de Jacques Chessex, Un juif pour l’exemple, avec Bruo Ganz en vedette. On trouve encore La femme et le TGV de Timo Von Gunten, court métrage en compétition dans le concours national des Léopards de demain et Calabria de Pierre-François Sauter dans Panorama suisse.
 
abirkin.jpgRétrospective,  hommages et récompenses
 
La volonté de sortir des sentiers battus se manifeste par la grande rétrospective consacrée aux productions de la jeune République fédérale d’Allemagne de 1949 à 1963. Partie peu connue de l’histoire du cinéma et forte de quelque 75 films, elle a été conçue par le tandem Olaf Möller-Roberto Turigliatto, et notamment réalisée en collaboration avec la Cinémathèque suisse.
 
On reste dans le même état d’esprit avec le Léopard d’honneur attribué à Alejandro Jodorowsky, un artiste qui donne un ton particulier à cette édition. L’excellence Award  récompense de son côté Bill Pullman, un comédien éclectique naviguant entre grosses machines, opus auteuristes, comédies et séries télé.
 
Harvey Keitel recevra un Léopard d’or pour l’ensemble de sa carrière et l’actrice Stefania Sandrelli le Leopard Club Award. Profitant de sa présence dans La femme et le TGV de Timo Von Gunten, le festival rendra aussi hommage à Jane Birkin. Il sera complété par la projection de son film Boxes (2006) et de La fille prodigue de Jacques Doillon, sorti en 1981.

Locarno, du 3 au 13 août.

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28/07/2016

Grand écran: "la couleur de la victoire" ou l'irrésistible ascension de Jesse Owens

aowens.jpgAlors que s’ouvrent le 5 août prochain à Rio les 31 Jeux Olympiques, "La couleur de la victoire", signé Stephen Hopkins retrace l’extraordinaire histoire de Jesse Owens, quadruple médaillé d’or à Berlin en 1936.

Né le 12 septembre 1913 en Alabama, le sprinter noir sort du ghetto de Cleveland dans l’Ohio, où il a passé son enfance. Luttant au quotidien dans un pays en pleine ségrégation raciale, il est repéré lors des championnats universitaires pour son exceptionnel talent, tandis qu’approche l’été 1936.

Déterminé, il se prépare pour les Jeux, mais les Etats-Unis hésitent à rallier la grand-messe organisée par l’Allemagne nazie et qui doit servir de vitrine à Hitler. Très réticent à l’idée de participer à la consécration du régime, le président de l’Union des athlètes amateurs, Jeremiah Mahoney, s’oppose vivement au grand industriel, l’ambigu Avery Brundage.

Au bout du compte, l’Amérique décide d’en être et Jesse Owens s’embarque dans l’aventure. Une sélection en forme d’apothéose pour le jeune Afro-américain qui raflera les médailles d’or du 100 et 200 mètres, du relais 4 x 100, ainsi que celle du saut en longueur.. Une qualification acquise dans ce dernier domaine grâce à l’aide de Carl "Luz" Long, Bien que champion du Führer, Long n’hésite pas à s'en distancer. 

Ce gigantesque pied de nez à deux systèmes à l’époque aussi racistes l’un que l’autre fut l’un des plus hauts faits de l’olympisme, égalé en 1984 dans les mêmes disciplines par un autre athlète noir, Carl Lewis. L’histoire veut que le chancelier furieux ait refusé de féliciter Owens. De son côté le président Franklin D. Roosevelt a dédaigné rencontrer à la Maison-Blanche l’emblématique héros de l’Amérique ségrégationniste des années trente...

Entre réserves et fascination

En dépit d’une reconstitution soignée, le film de Stephen Hopkins n’est pas toujours à la hauteur de l’irrésistible ascension de l'athlète. On reprochera à l’auteur une mise en scène scolaire sinon lourdingue et manquant d’ampleur, des séquences mièvres entre Owens et sa femme, une certaine absence de point de vue, des thématiques peu approfondies, alliant le racisme, le nazisme, la politique et le sport.

Ces réserves n’empêchent toutefois pas l’opus, misant surtout sur l’épopée humano-sportivo-romanesque de se révéler efficace, et même aussi passionnant qu’émouvant dès que Jesse Owens pose le pied dans la capitale du Reich. On a des frissons en le voyant pénétrer dans l’immense stade olympique, avant de vibrer aux fantastiques exploits d’un athlète particulièrement attachant.

Outre la fascination des épreuves, s’ajoutent des moments intéressants comme l'accueil d'Owens par Berlin et les autres concurrents américains, racisme oblige, les tiraillements à propos de son entraîneur Larry Snyder indésirable dans le staff américain, les démêlés, avec Goebbels, de la réalisatrice allemande Leni Riefenstahl, égérie de la propagande nazie. Son célèbre documentaire "Les Dieux du stade" sur les JO de Berlin en est l’un des piliers.

L’interprétation est inégale dans cette production canado-allemande. Bien que trop beau gosse, Stephan James se montre parfaitement crédible en Jesse Owens, tout comme Jason Sudeikis, pourtant abonné au registre comique, en Larry Snyder, ou encore William Hurt, en Jeremiah Mahoney, prônant le boycott de la manifestation. 

On n’en dira pas autant de Jeremy Irons en Avery Brundage, De son côté Carice Van Houten ne convainc pas vraiment en campant une Leni Riefenstahl trop édulcorée et on oubliera carrément Barnaby Metschurat, bien mal inspiré dans le rôle d’un Goebbels d’une rare insignifiance.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 27 juillet.

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20/07/2016

Grand écran: pas franchement géant, le dernier Spielberg!

ageant.jpgAdapté du classique de Roald Dahl, Le Bon Gros Géant permet à Steven Spielberg, qui venait de nous offrir Le pont des espions, de renouer avec le conte pour enfants 34 ans après le cultissime E.T. Son dernier opus n’en a malheureusement pas la magie.

Pour résumer, le BGG enlève la petite Sophie (Ruby Barnhill) dans un orphelinat londonien à la Dickens et l’emmène dans sa grotte. D’abord effrayée, la gamine ne tarde pas à s’enticher de ce colosse vieillissant à l’air de chien battu, pas bien malin et gentil comme tout, à qui Mark Rylance (héros avec Tom Hanks du Pont des espions) prête sa voix et ses traits.

Il faut dire que malgré ses 7m50, c’est quasiment un microbe face aux neuf affreux et titanesques ogres du pays des Géants qui lui mènent la vie dure. Deux fois plus imposantes que lui, mangeuses d’humains en général et d’enfants en particulier, les énormes créatures voient en Sophie un mets de choix. Il s’agit donc pour les deux nouveaux amis de leur échapper. Et pourquoi pas en s’adressant à la reine Elizabeth?

De la peine à convaincre

En dépit d’un indéniable savoir-faire, d’effets spéciaux plutôt réussis, de savoureux mots-valises façon Mary Poppins, cette fable mièvre, aussi pleine de bons sentiments que de longueurs, se déroulant sur un rythme pépère pour ne pas dire poussif, peine à convaincre.

Bref, pas géant le Spielberg! On s’ennuie jusqu’à la dernière demi-heure, où le BGG et Sophie se rendent à Buckingham Palace. Le réalisateur se lâche en nous offrant enfin une séquence jouissive et burlesque de petit- déjeuner homérique, suivi d’un concours de pets en présence de Sa Majesté britannique conquise, qui n’hésite pas à participer.

C’est quand même peu pour un projet qui a mis 22 ans à se concrétiser. "Un vrai défi", relevait même le cinéaste aux trois Oscars lors de sa conférence de presse à Cannes où le film était présenté hors compétition, tout en avouant un fort penchant pour l’imaginaire.

"Cela m’a rappelé mes débuts. En plus, j’ai grandi avec ce livre et mes enfants l’adoraient. Tous mes choix sont basés sur des expériences personnelles Le film porte par ailleurs des valeurs de tolérance. L’amitié entre Sophie et le BGG montre comment des êtres très différents peuvent créer des relations fortes. En réalité, c’est ma première histoire d’amour".

Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 20 juillet.

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28/06/2016

Grand écran: "L'effet aquatique", un film posthume pour fêter la vie et l'amour

aeffet.jpgSamir, la quarantaine, le regard candide, est un grand garçon aussi doux que maladroit. Grutier à Montreuil en banlieue parisienne, il est victime de l’effet aquatique. Autrement dit, il a le coup de foudre pour la brune Agathe, une petite femme croisée dans un café.

Contrairement à lui, cette boule d’énergie est du genre méfiant et inabordable, rembarrant sec un importun qui ose lui tourner autour. Carrément fasciné, Samir veut absolument la retrouver. Alors quand il apprend qu’elle est maître-nageuse à la piscine du lieu, il trouve la solution: prendre des cours avec elle.

Mais il sait très bien nager et Agathe, qui n’aime pas les mensonges, est furax quand elle découvre qu’il l’a menée en bateau pour se rapprocher d’elle. Ce pourrait être la fin de l’histoire. Il en faut pourtant davantage pour décourager Samir qui, en dépit de sa timidité, n’hésite pas à suivre l’objet de sa flamme jusqu’en Islande, où elle s’est envolée pour représenter le département au 10e Congrès international des pros de la natation. De quoi transformer, espère-t-il, les sentiments de la bougonne sirène à son égard.

L’effet aquatique, film posthume de la réalisatrice Solweig Anspach, morte en août dernier d’un cancer, est une célébration de la vie et de l’état amoureux. Utilisant les codes de la comédie romantique, l’Américano-islandaise Française d’adoption livre ainsi, entre légèreté, drôlerie, poésie et humour, un film en deux parties, passant de la chaleur du bain municipal aux froids paysages enneigés de l’Islande. La première est mieux réussie que la seconde.

Pour l’interprétation, Solweig Anspach a choisi de reconstituer le tandem Sami Guesmi et Florence Loiret-Caille, formant là un couple particulièrement mal assorti. Ces deux êtres que tout sépare sont autant de prétextes à les plonger dans des situations absurdes. A côté des deux protagonistes principaux, on retrouve des personnages secondaires plutôt loufoques, à commencer par l’improbable personnel de la piscine, dont le farfelu Philippe Rebbot qui amuse avec ses plans drague foireux.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande, dès mercredi 29 juin.

 

 

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Grand écran: "La tortue rouge", une émouvante fable poético-écologique

atortue.jpgUn naufragé échoue sur une île déserte tropicale, peuplée de tortues de crabes et d’oiseaux et va devoir survivre avec les ressources du coin. A travers son aventure, le Néerlandais  Michaël Dudok De Wit propose La tortue rouge, un film sur le cycle de la vie en quelques étapes, initiation, rencontre, naissance, vie à trois et vieillesse.

La tortue rouge est un premier long-métrage ambitieux qui a pris du temps, le réalisateur ayant commencé à écrire le scénario en 2007 déjà. Il a été notamment coproduit par le célèbre studio d’animation japonais Ghibli, qui travaille pour la première fois avec un réalisateur européen.

Au début, on assiste aux tentatives vaines et désespérées du héros de gagner le large à bord d’un radeau qu’il s’échine inlassablement à construire et reconstruire. Epuisé, il finit par abandonner,  vaincu par un ennemi invisible mais décidé à communier avec la nature plutôt que de continuer à se battre inutilement. Il se résout alors à vivre sur cette île finalement moins hostile que prévu et la découvre peu à peu, franchissant des rochers abrupts, s’exposant à des dangers parfois oppressants pour le spectateur claustrophobe…  

Son île est également pleine de mystère, permettant à Michaël De Wit d’ajouter une touche de fantastique, avec la présence d’une grande tortue rouge qui se transformera en femme. Le naufragé en tombe amoureux, ils font un enfant et ils vivront ensemble jusqu’à la mort. Le réalisateur raconte qu’elle est une réalité  à laquelle l’homme a tendance à vouloir s’opposer, à en avoir peur, à lutter contre elle. Ce qui est sain et  naturel, relève-t-il.

L’important c’est aussi ce message sur  transmission, avec les générations qui se suivent, les enfants qui répètent les gestes des pères,  les valeurs qu’on leur inculque, qu’on leur laisse. Touchante, cette fable métaphysico-poético-écolo au dessin minimaliste, qui avait reçu le Prix spécial de la section Un Certain Regard au dernier Festival de Cannes, est par ailleurs quasiment muette. Outre la musique, seuls quelques sons et onomatopées traduisent les sentiments des personnages. Plus émouvants que les mots.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 29 juin.

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27/06/2016

Grand écran: "Guibord s'en va-t-en guerre", une amusante comédie politique venue du Québec

aguibord.jpgDans ce film divertissant et sans prétention, le réalisateur Philippe Falardeau met en scène le député indépendant Steve Guibord, ancienne star du hockey aujourd’hui représentant fédéral d'une immense circonscription dans le nord du Québec. Il se trouve dans une position particulièrement inconfortable, sa voix se révélant cruciale lors du vote au parlement qui doit décider de l’entrée en guerre ou non du Canada avec le Moyen-Orient.

Répugnant à choisir son camp, Guibord sillonne les lieux pour consulter ses électeurs avec sa femme qui est pour, sa fille qui est contre et son stagiaire Souverain Pascal, un étudiant haïtien en sciences politiques. Idéaliste, il est venu parfaire des connaissances essentiellement livresques, notamment acquises avec Jean-Jacques Rousseau. Mais au bout de leur tournée, au cours de laquelle ils croiseront des pacifistes, des miniers, des routiers et des aborigènes, le député devra bien finir par se déterminer.

Le sujet de la guerre est un thème prétexte polarisant, qui permet aussi bien d’évoquer les différences au sein des partis, les conflits entre les citoyens et les lobbyistes de tout poil et ceux qui règnent à l’intérieur de la famille du politicien indécis.

Philippe Falardeau, rencontré l’an dernier au Festival de Locarno avant la projection de son film sur la magique Piazza Grande, où il avait déjà présenté avec succès Monsieur Lazhar, en 2011 avait alors hâte de voir si son humour trouvait une certaine résonance. "Mais j’ai confiance. S’il y a des gens placés pour comprendre ma démarche politique, ce sont bien vous les Suisses, avec votre système complexe ».

La différence, c’est la taille énorme du pays. "On peut mettre 241 fois la Suisse dans le Canada. Il est impossible de concilier les intérêts d’une aussi vaste région. Pour nous, la démocratie c’est compliqué. Sinon carrément le bordel. On vote de moins en moins et on cultive un cynisme malsain».

C’est la raison pour laquelle Philippe Falardeau a introduit un personnage très cultivé mais aussi très naïf venu de Haïti et pour qui la démocratie est un système pur. "En outre la culture orale chez lui rend le débat public facile. Enfin, nous avons un rapport assez intime avec Haïti dans la mesure où il existe une forte communauté au Québec".

Souverain Pascal alias Irdens Exantus, souvent irrésistible avec son sourire contagieux, va ainsi suivre Guibord dans ses tribulations de campagne. C’est à Patrick Huard, humoriste, comédien et cinéaste, que Philippe Falardeau a confié le rôle du député (photo des deux protagonistes en compagnie de Suzanne Clément).

"Patrick Huard a plusieurs films à son crédit et pouvait comprendre l’humanité du personnage. Je cherchais un homme à la fois proche des gens sur le terrain ainsi qu'aux prises avec sa femme et sa fille. Je l’ai trouvé et j'estime qu'il forme un bon tandem avec Irdens Exantus . Ils s’apprivoisent, s’apportent beaucoup l’un à l’autre et à la fin, ils changent tous les deux pour le mieux".

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 29 juin.

 

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26/06/2016

Euro 2016: plus belge la vie au jardin d'Eden!

aedenha.jpgQui a dit que le hasard n'existait pas? En tout cas il y en avait un drôlement inspiré chez les Belges. Je veux bien entendu parler du virevoltant Eden qui, assumant son statut de star sans faire les manières de l’arrogant Ronaldo, a emmené temporairement ses potes au paradis.

Cette pluie de buts alors qu’ils avaient si mal commencé leur tournoi contre l’Italie, c'est dément!. Et il y a fort à parier qu’ils vont envoyer les Gallois en enfer, normal pour des Diables, surtout s’ils continuent à scorer comme des malades. Le beau Gale est averti.

Avant la démonstration belge, il y avait eu celle, encore plus impressionnante, des surpuissants Allemands. Eux non plus n’ont pas laissé le moindre commencement du début d’une ombre de solution aux pauvres Slovaques, écrasés telles des mouches. Et qui auraient pu souffrir davantage, si Ozil n’avait pas bêtement galvaudé un penalty.

En revanche, il y a quelque chose de pourri au royaume du crampon en l’occurrence, dans la mesure où la Mannschaft devra affronter l’Espagne ou l’Italie en quarts. Ce qui au bout du compte fera malheureusement deux favoris au tapis, tandis que les Français ont un pot pas possible, surtout dans l’hypothèse où ils devraient se mesurer à l’Islande…

En l’état, les Tricolores n’ont décidément pas fait le poids dans cette folle journée. Il suffit, pour s’en convaincre, de penser à leurs errements trouillards et coupables sur le terrain, qui leur ont valu un frileux 2-1 contre des Irlandais pourtant grandement à leur portée. Sinon à leur merci après avoir été réduits à dix.  

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Euro 2016: les Bleus en quarts, mais vraiment pas de quoi fanfaronner!

agriezmann.jpgLa France a dominé son sujet, relevaient soulagés les experts hexagonaux, qui ont suivi la peur au ventre la première mi-temps de leurs troupes, cueillies à froid par le penalty sifflé contre Pogba quasiment d’entrée de jeu.

Cela dit, bien que j'aie cru par moments voir jouer les Suisses en considérant les occasions manquées, un échec eût été étonnant. Etant donné tout ce qu’on raconte sur les qualités des Bleus et leurs immenses chances de gagner cet Euro, c’est quand même la moindre des choses qu’ils aient réussi à battre la modeste Eire pour se retrouver en quarts de finale!

Surtout en songeant que non seulement les malheureux Irlandais ont eu trois jours de moins pour récupérer, qu’ils se sont retrouvés dix et qu’en plus, leurs supporters n’ont eu droit qu’à 5000 billets pour venir les soutenir. Voilà qui frise carrément le scandale…

Du coup, je trouve la victoire des Tricolores particulièrement étriquée. Vraiment pas de quoi fanfaronner. Même si je ne vous cache pas que j’ai eu quelques frissons suite au second but de Griezmann (photo) marqué dans la foulée quasi immédiate du premier.

J’ai alors pensé avec effroi qu’on risquait de se diriger tout droit vers un score fleuve, avec ces malheureux Verts si désavantagés. Genre celui infligé à la Suisse au Mondial. Heureusement la chose ne s’est pas produite, ce qui nous a quand même évité une inflation de cocoricos, déjà bien suffisants en l’occurrence pour la relative pauvreté de la performance.

En résumé l’EDF est loin d’avoir prouvé la valeur qu’on a tendance à lui prêter. Il reste à espérer, pour elle s’entend, qu’elle le fasse lors de son prochain match. Mais en affrontant cette fois un adversaire à sa taille. Et je n’ai vraiment rien contre l’lslande…

 

19:00 Publié dans Les pieds dans le plat | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

25/06/2016

Euro 2016: mûre pour l'exploit, la Suisse se retrouve au tapis. Plutôt blette...

ashaqiri.jpgShaqiri aura sans doute marqué le plus beau but de l‘Euro et l’équipe suisse était la meilleure sur le terrain en seconde mi-temps et dans la deuxième partie de la prolongation. Voilà qui nous fait une belle jambe après ce cruel revers  face à la Pologne.

Pourtant je ne vous raconte pas si la Nati était mûre pour écrire la plus belle page de son histoire depuis 1954. C’est en tout cas ce que nous prédisaient commentateurs et consultants, qui ont bien blablaté pendant quarante minutes avant le match, histoire de nous expliquer pourquoi la Suisse allait gagner ce match et se retrouver en quarts en trois coups de cuillère à pot ou presque.

Une rencontre qui de surcroît n’était en aucun cas un aboutissement, mais une simple étape sur une éventuelle route des demi-finales, vu que les Helvètes avaient chanceusement hérité de la partie la plus faible du tableau. 

Je vous rappelle donc ce qui militait en faveur d’une éclatante victoire des Rouges, selon nos experts au taquet. Pas de bobo, pas de suspendu, une excellente préparation, une régulière montée en puissance une meilleure position psychologique, une volonté de jouer, une ambiance saine ou chacun tirait à la même corde. Sans oublier quarante-huit heures de plus pour se reposer la tête et les pieds et l’un des plus géniaux gardiens du monde en la personne de Sommer.

C’est dire si tous les voyants étaient au vert. Au plus fallait-il un poil de réglages dans l’animation, un sursaut dans la finition, un brin de sérénité spirituelle pour peaufiner l'ensemble. un détail!

Et la Pologne dans l’histoire, toujours d'après nos spécialistes? Pas grand-chose à dire, sinon qu’elle… baissait régulièrement en puissance et que  sa machine  à scorer Lewandowski ne faisait guère le poids jusqu’ici. En résumé, Il manquait juste le déclic pour les Suisses. Malheureusement, ce sont les Polonais qui figurent sur la photo finish…

18:33 Publié dans Les pieds dans le plat | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook

22/06/2016

Euro 2016: Ronaldo se défonce, Ibrahimovic s'enfonce

acristiano.jpgL’Euro est lancé, affirmait le commentateur helvétique de la rencontre entre la Hongrie et le Portugal. Les joueurs semblent avoir plus envie de gagner que de ne pas perdre, ajoutait en substance son collègue sur le plateau de la RTS, tandis que le consultant surenchérissait en parlant d’un démarrage.

A se demander à quoi jouaient les footeux jusqu’ici! Le moins qu’on puisse relever, c’est qu’ils y ont mis du temps pour se dégourdir enfin les gambettes. Car il a fallu attendre le 13e jour du tournoi et le 33e duel pour voir enfin un vrai match avec des buts.

Même Cristiano Ronaldo, à deux doigts de rendre son passeport l’autre soir tant il était dégoûté par la prestation de ses coéquipiers, a fini par se décoincer les petons pour galoper en direction des filets et y balancer le ballon à deux reprises.

Cela ne l’a pas empêché de piquer sa crise sur le terrain et d’être à nouveau odieux avec ses potes qu’il continuait à rendre responsables de ses échecs. Après avoir plus tôt dans la journée arraché et jeté à l’eau le micro d’un journaliste portugais qui lui demandait ses impressions.

Il faut dire que ce dernier travaille pour le populaire Correio da Manha qui aime potiner sur la vie privée de la star, ce qui l’agace prodigieusement. Toujours est-il que le quotidien ulcéré exige des excuses formelles de la part de CR7. Affaire à suivre.

A part ça, chassez le naturel… A peine le croyait-on sur orbite que l’Euro retombait dans ses travers. Même si l'Eire et la Belgique jubilent avec leur petit goal,  l'Italie n'a cessé, elle, d'errer sans but. A  l'instar de la Suède et de sa légende, du coup pitoyablement éliminées. Quelle misérable fin de carrière internationale pour Ibrahimovic. C'est lui qui va vouloir renoncer à sa nationalité, désespéré d'avoir affaire à de si piètres compatriotes, incapables de lui livrer une bonne balle pour lui permettre de s'illustrer in extremis...

23:13 Publié dans Les pieds dans le plat | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook