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Le blog d'Edmée

  • Festival de Cannes: la Palme d'or à "Parasite" du Sud-Coréen Bong Joon-ho, l'un des favoris

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    661_afp-news_0a4_be4_f8efd4fba78b40d674d5676998_cannes-parasite-du-sud-coreen-bong-joon-ho-remporte-la-palme-d-or_000_1GX29P-highDef.jpgExcellente cuvée que ce cru 2019, où un bon tiers des 21 longs métrages sélectionnés pouvait prétendre à la Palme d’or. Certains ont la chance de se retrouver au palmarès, comme on le verra ci-dessous, d’autres pas. A commencer par Douleur et gloire de Pedro Almodovar, pour qui c’est encore raté, Une vie cachée de Terrence Malik, Roubaix, une lumière, Le traître de Marco Bellochio.

    Nous avons agi comme des amoureux du cinéma et nos récompenses ne reflètent que l’avis de neuf personnes dans le monde, a déclaré le président du jury Alejandro Gonzalez Inarritu. A l’unanimité et sans surprise,  ses camarades et lui ont donc décerné le trophée si convoité au brillant Parasite du Sud-Coréen Bong Joon-ho, l’un des grands favoris de la critique.  

    Dans une veine intimiste le réalisateur met en scène la violence des rapports sociaux, en racontant l’histoire d’une famille habitant un sous-sol sordide, jusqu’au jour où le fils décroche un travail de prof d’anglais chez des bourgeois nageant dans le luxe. A coups de subterfuges, il fait embaucher sa sœur, puis son père et sa mère comme chauffeur et gouvernante. Mais les choses se gâtent pour les arnaqueurs dans ce drame pimenté de thriller.

    Beaucoup moins évident, au point qu’il a étonné jusqu’à sa réalisatrice, le Grand prix du jury est allé à Atlantique, premier long métrage, entre hantise et envoûtement, de la cinéaste franco-sénégalaise Mati Diop. Son héroîne, Ada, adolescente de Dakar, est amoureuse de Souleymane, un ouvrir parti en mer à la recherche d'un avenir meilleur. 

    100315837_99191202_640554_5518890.jpgPrix d’interprétation pour Antonio Banderas et Emily Beecham

    Antonio Banderas, petite consolation pour Pedro Almodovar (!), est en revanche logiquement sacré meilleur acteur pour son interprétation magistrale dans Douleur et gloire, où il incarne le double fictionnel du maestro espagnol suivant un réalisateur en crise. Côté féminin, c’est assez birzarrement la comédienne britannique Emily Beecham qui gagne le prix, pour son rôle dans Little Joe de l’Autrichienne Jessica Hausner. Elle campe une phytogénéticienne, conceptrice d’une fleur particulière qui rend son propriétaire heureux. Mais elle n’est peut-être pas aussi inoffensive qu’elle l’imagine.

    Deux œuvres se partagent ex-aequo le prix du Prix du jury. Bien vu pour Les Misérables du Français Ladj Ly, qui a lui aussi conquis la Croisette avec son brûlot social sur la banlieue, traitant des rapports tendus entre les habitants et les policiers de la brigade anticriminalité. Un jour c’est la bavure…Autre lauréat, moins convaincant, Bacurau, une coréalisation des Brésiliens Kleber Mendonza Filho et Juliano  Dornelles. Ce film de genre, à mi-chemin entre western et fantastique, raconte l'histoire d'un village imaginaire, frappé par des phénomènes étranges. .

    De leur côté, les inoxydables habitués de Cannes Jean-Pierre et Luc Dardenne qu’on pensait plus ou moins voir repartir les mains vides, remportent le Prix de la mise en scène avec Le jeune Ahmed, un garçon de 13 ans endoctriné par un imam fondamentaliste . « C’est un appel à la vie alors que le populisme identitaire et les crispations religieuses montent », ont déclaré les frères belges.

    Céline Sciamma, qui semblait assez déçue, a raflé le Prix du scénario pour son magnifique Portrait de la jeune fille en feu. Porté par Adèle Haenel et Noémie Merlant, un superbe duo d’actrices, il évoque la naissance d’une passion interdite sur une île bretonne en 1770. La réalisatrice a également reçu la veille la Queer Palm, récompensant un métrage évoquant les thématiques LGTBQ dans les différentes sections du festival.

    Enfin, une mention spéciale a été donnée à It Must Be Heaven, conte burlesque du Palestinien Elia Suleiman à la recherche d’une terre d’accueil.

    La caméra d’or à César Diaz pour Nuestras Madres

    Primé à la Semaine de la critique, le réalisateur guatémaltèque nous emmène en 2018 dans son pays qui vit au rythme des procès des militaires à l’origine de la guerre civile .Jeune anthropologue, Ernesto travaille à l‘identification des disparus. Un jour, à travers le témoignage d’une vieille dame il croit tomber sur une piste qui lui permettra de retrouver la trace de son père…

    Quelques perles hors concours

    A Cannes, il n’y a pas que la compétition. Comme d’habitude, on a découvert quelques perles dans les sections parallèles  A la Quinzaine des réalisateurs, on a beaucoup aimé Le daim de Quentin Dupieux où Jean Dujardin à son meilleur parle à son blouson de cuir à franges. A signaler également The Lighthouse de Robert Eggers, que nous n’avons pas vu voir en raison de l’extraordinaire engouement qu’il a provoqué. Expérience de cinéma en noir et blanc, il est décrit comme hypnotisant et hallucinant. Avec Robert Pattinson méconnaissable.

    A noter toutefois que c’est Une fille facile de la Française Rebecca Zlotowski, mettant en scène l’ex-escort girl Zahia Dehar, qui a été primée à la Quinzaine en compagnie d’Alice et le maire de son compatriote Nicolas Pariser.

     

    Dans Un certain Regard, Port Authority de l’Américaine Danielle Lessovitz a séduit avec une immersion queer newyorkaise où un beau garçon tombe amoureux d’une jolie trans. Tout comme Nina Wu. Dans ce thriller thaïlandais de Midi Z, inspiré de l’affaire Weinstein, une actrice doit coucher pour obtenir un rôle.

    Et on n’oubliera pas Rocketman de Dexter Fletcher qui nous en a mis plein les yeux et les oreilles en retraçant la carrière hors du commun de Reginald pianiste provincial prodige devenu Elton John la superstar planétaire. Sortie le 29 mai.

  • Festival de Cannes. Kechiche choque et divise avec son très crû "Mektoub My Love: Intermezzo"

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    mektoub_my_love_kechiche_male_gaze.jpgIl fallait bien une polémique pour compenser l’événement le plus médiatique et le plus populaire créé par Quentin Tarantino. Six ans après la triple Palme d’or pour « La vie d’Adèle » et la controverse qui a suivi, Abdellatif Kechiche, en compétition avec le deuxième volet de Mektoub my Love: intermezzo, a provoqué le scandale sur la Croisette.

    Comme s’il ne s’y attendait pas, avec sa manière provocante de filmer les corps féminins, les objétisant en s’attardant longuement sur les seins les fesses. Sans oublier un cunilingus de 13 minutes dans les toilettes d’une boîte de nuit.

    Après une demi-heure sur la plage où Amin et ses amis rencontrent Marie, une étudiante parisienne, c’est dans cette discothèque que le cinéaste nous immerge pendant trois heures. On papote, on se trémousse, on picole, entre sexe, danse et musique jusqu’à l’overdose Ce qui a poussé certains spectateurs à partir pendant la projection officielle.

    Ophélie Bau, l’une des comédiennes principales, active participante à la scène très crue de sexe oral, s’est elle-même éclipsée après la montée des marches. A la fin du film, le sulfureux réalisateur a quant à lui rapidement quitté le Grand Théâtre Lumière, s’excusant au micro auprès du public de l’avoir retenu sans le prévenir…

    Lors de la conférence de presse, pas de très bonne humeur, il a expliqué avoir voulu célébrer l’amour, le désir, le corps. « Mon film est avant tout une expérience esthétique où je tente d’autres formes de narration. En brisant les codes. J’essaye de décrire la position de l’artiste, du peintre ».

    Je montre ce qui me fait vibrer

    Il ne considère pas comme un échec la fuite d’une partie du public. « Non, cela ne me dérange pas. Tout le monde n’est pas ouvert, sensible à la nouveauté, à mon regard, à celui que je porte sur les autres. J’essaye de montrer ce qui me fait vibrer, des corps des ventres. De décrire le mouvement. Celui, exceptionnel, des danseuses. Certaines personnes ne peuvent pas ressentir mon désir de les magnifier. De leur côté elles n’ont pas peur de franchir les barrières, de sortir des sentiers battus ».

    En revanche, Kechiche a refusé de répondre aux questions concernant sa façon de travailler et a ajouté avoir demandé à ses comédiens de ne rien dire sur le sujet. Hafsia Herzi, découverte dans « La graine et le mulet », a juste déclaré son plaisir de tourner avec lui.

    Par ailleurs, il s’est carrément fâché quand un journaliste l’a interrogé sur l'enquête ouverte en octobre dernier par le parquet de Paris après une plainte d’une femme contre lui pour agression sexuelle « Votre question est déplacée, imbécile et malsaine. Cannes est la fête du cinéma et on y parle cinéma. Je ne suis au courant d’aucune enquêté et j’ai la conscience tranquille ».

  • festival de Cannes: Tarantino était espéré comme le Messie. On attend le miracle...

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  • Festival de Cannes: Terrence Malick, sérieux prétendant à la Palme d'or avec "Une vie cachée"

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    une-vie-cachee-photo-1083408.jpgObjecteur de conscience, Franz Jägerstätter, un paysan autrichien, refuse de prêter allégeance à Hitler et de se battre aux côtés des nazis. Coupable de trahison envers le régime, sa vie devient un véritable enfer. Il sera finalement exécuté en 1943.

    Porté par la foi inébranlable et son amour pour sa femme Fani, dont il peut compter sur l’indéfectible soutien, Franz (August Diehl, magnifique prétendant au prix d’interprétation), n’accepte pas ce qui est arrivé à son pays.

    Persuadé que la guerre est l’œuvre du mal et Hitler l’antéchrist, le fermier refuse de plier devant la brutalité de ceux qui s'ingénient à le faire changer d’avis. Malgré les souffrances endurées, il reste un homme libre.

    Huit ans après avoir décroché la Palme d’or pour The Tree Of Life, Terrence Malick, s’aligne donc à nouveau en compétition. Adulé puis rejeté par certains, il devrait pouvoir réconcilier ses détracteurs et ses fans avec Une vie cachée, qui s’annonce comme un sérieux candidat à la Palme d’or.

    Un chemin de croix

    Cinéaste aussi déroutant que secret, l’Américain s’est inspiré de faits historiques réels pour raconter une histoire qui rend hommage, à travers Franz résistant intransigeant, aux héros méconnus, dans un film intense, bouleversant, poétique, puissant et d’une grande spiritualité.

    Alternant la terrible survie de Franz en prison et les efforts parfois surhumains de Fani pour parvenir à tenir la ferme, l’auteur suit, dans cette fresque de trois heures très malickienne, le chemin de croix de ses deux protagonistes unis par une conviction profonde.

    Ils nous apparaissent comme deux saints luttant de toutes leurs forces pour préserver l’humanité en cette période de folie. Reconnu martyre en 2007 par Benoît XVI, Franz a d’ailleurs été béatifié par l’Eglise catholique.

  • Festival de Cannes: en panne de Palme d'or, Almodovar vaincra-t-il la malédiction avec "Douleur et gloire"?

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    2266158_douleur-et-gloire-almodovar-et-son-double-web-0601226291664_1000x300.jpgTrois ans après Julieta, racontant la perte, l’abandon, la culpabilité, Pedro Almodovar revient avec Douleur et gloire, son 21e long métrage envoûtant au titre évocateur, réunissant deux de ses acteurs fétiches, Antonio Banderas et Penelope Cruz. Sélectionné pour la sixième fois en compétition à Cannes, le réalisateur oscarisé et césarisé, récompensé sur la Croisette par un prix de la mise en scène, un prix du scénario, par le biais aussi d’un prix d’interprétation à Penelope Cruz pour Volver, mais en mal de Palme d’or en dépit de pronostics souvent unanimes de la critique. Le fougueux Espagnol qui se révèle à nouveau un très sérieux prétendant à la récompense suprême, vaincra-t-il la malédiction dans cette 72e édition? Réponse le 25 mai.

    Evitant à son habitude les excès du mélodrame en évoquant avec sobriété, retenue et pudeur l’amour, le deuil, la réconciliation, Almodovar suit Salvador Mallo, un réalisateur en crise autrefois adulé, formidablement incarné par Antonio Banderas, candidat plus que crédible au prix d’interprétation. Il se met émotionnellement et intensément à nu, mêlant «son côté le plus sombre aux moments les plus lumineux de son enfance», dans ce film mélancolique baigné de tristesse.

    Il s’agit là de la plus intime et de la plus introspective de ses œuvres, tournant autour de ses premières passions, celles qui sont suivi, la mère, la mort, les acteurs avec qui il y travaillé, les ruptures. Et les retrouvailles, dont l’une bouleverse avec le long baiser que son personnage mature échangé avec un ancien amant, avant que ce dernier parte retrouver sa femme et ses enfants.

    Déclaration d’amour au cinéma

    Entre émois, regrets, impossibilité de séparer l’art de la vie privée, ce cinéaste si doué qui se demande avec autodérision comment il peut avoir du succès dans un pays aussi différent de l’Espagne que l’Islande, déclare son amour au cinéma. La pellicule libératrice de cet enfant intelligent, sensible et malheureux, élevé au sein d’un milieu paysan et catholique, dans une caverne repeinte par un maçon. Et qui découvre soudain, avec sidération, son homosexualité. Même si l’auteur, mêlant réalité, fiction et fantasmes avoue, fait en soi insignifiant, ne pas être absolument fidèle à sa biographie.

    Le film est ainsi rythmé par des allers et retours entre les années 60, 80 et aujourd’hui. Pedro Almodovar brosse le portrait captivant d’un cinéaste se disant incompris, en panne d’inspiration, plongeant dans ses souvenirs. Un hypocondriaque tourmenté physiquement et psychiquement.

    En proie à toutes sortes de douleurs musculaires, des migraines, des acouphènes, un lancinant mal de dos, il souffre également de troubles de l’âme, de dépression. Un homme se shootant à l’héroïne, pour qui «la vie tourne autour de sa colonne vertébrale et  dégoûte comme un remède inutile». Mais il va finir par se remettre à écrire.

    shutterstock_7049585a.jpgDes comédiens au sommet

    Si Almodovar ne cesse de nous fasciner, ses comédiens évoluent comme des poissons dans l’eau dans un univers qu’ils connaissent sur le bout des doigts. A commencer par Antonio Banderas, qui a collaboré huit fois avec lui. Séduisant, attachant avec des fêlures et une vulnérabilité non feintes, il représente, sans pourtant l’imiter en dépit de sa coiffure ananas et de ses vêtements colorés, le double magistral du cinéaste torturé par les affres de la création. Et se terrant de préférence dans son appartement madrilène, où il nous invite à entrer.  

    De son côté la solaire Penelope Cruz, qui a travaillé à six reprises avec l’auteur, est parfaite dans le rôle de la mère jeune d’Almodovar, peu épargnée par les soucis et les difficultés, mais au sourire toujours au bord des lèvres. Dans celui de la mère âgée et adorée, on retrouve Julieta Serrano, apparue dans le tout premier métrage du maestro ibère, Pepi Luci Bom et autres filles du quartier en 1980.

    Cela nous vaut une séquence où elle lui parle de son enterrement, manifestant notamment la volonté d’être pieds nus dans son cercueil… Une respiration comique dans ce magnifique opus où la douleur l’emporte sur la gloire. On espère que l’inverse se produira pour le cinéaste plus inventif et créatif que jamais.

    A l’affiche dans les salles romandes depuis vendredi 17 mai

  • Grand écran: dans "Le coureur", le Suisse Baumgartner explore la spirale de la violence

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    1538064248_laeufer_filmstill2_1.jpgPour son premier long métrage, Le coureur, le Suisse Hannes Baumgartner, raconte l’histoire de Jonas Widmer (Mischa Ebner dans la vraie vie), sportif helvétique de haut niveau spécialisé dans le marathon militaire dont il a été lauréat, et devenu un criminel en série, alors qu'il s'apprêtait à s'aligner aux Jeux Olympiques.  A l’époque des faits survenus dans la région de Berne, en 2002, on l’appelait « le tueur de minuit ».

    Le jeune cinéaste en fait un athlète accompli, cuisinier de métier, bon citoyen, collègue agréable menant une vie apparemment sans histoire avec sa petite amie. Jonas incarné par un convainquant Max Hubacher, apparaît ainsi comme un personnage certes très méticuleux, mais tout de même normal. Sinon modèle à l'occasion.

    Et pourtant, grosse fêlure. Malgré d'immenses et constants efforts pour cacher, sous de folles courses d’endurance qui nous le montrent extrêmement tendu et contracté, la face obscure de sa personnalité, la rage qui l’anime, il va céder à ses démons. Démasqué par l’auteur qui l’observe de façon presque clinique, en scrutant son développement émotionnel pour tenter de trouver des raisons à l'inéluctable spirale de la violence. 

    En dépit de quelques maladresses et d’un scénario parfois confus où le réalisateur semble vouloir nous emmener sur de fausses pistes à l’image d’une relation ambiguë de son protagoniste avec son frère, le film, plutôt prometteur, se laisse voir.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 15 mai.

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  • Festival de Cannes: des valeurs sûres, huit nouveaux et quatre femmes en compétition

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    4615055-l-affiche-officielle-de-la-72e-edition-d-article_media_image-2.pngC’est parti pour la 72e édition de la grand-messe cannoise de la pellicule, sous l'oeil d'Agnès Varda (affiche). Entre romantisme et politique, privilégiant la diversité de styles et de genres, ce cru 2019 s’annonce particulièrement prometteur. Et tout d’abord en compétition, où on persiste évidemment à miser sur les valeurs sûres, mais où le vent du renouvellement continue à souffler pour le plus grand plaisir des cinéphiles avides de découvertes.

    Le jury présidé par le Mexicain Alejandro González Iñárritu  verra 21 concurrents de 11 pays s’aligner dans la course. L’Europe domine largement avec dix représentants dont quatre Français, un Espagnol, un Italien, un Anglais, un duo belge, un Roumain et une Autrichienne. Elle est suivie de cinq Américains, trois Asiatiques, un Latino-Américain et un Africain. Quatre femmes figurent dans le concours, qui met par ailleurs en valeur des thématiques LGBT dans sept films.

    Chez les habitués, on trouve cinq lauréats de la Palme d’or, dont deux l’ont déjà décrochée à deux reprises, le Britannique Ken Loach (2006 et 2016), qui revient pour sa quatorzième participation avec Sorry We Missed You, ainsi que les Belges Jean-Pierre et Luc Dardenne (1999 et 2005), présents pour leur huitième fois avec Le jeune Ahmed.

    Le Français Abdellatif Kechiche, dont La vie d’Adèle avait raflé en 2013, fait historique, trois Palmes d’or (le film et les deux actrices), propose Mektoub My Love : Intermezzo, la suite d’Uno Canto. De son côté Quentin Tarantino, palmé en 1994, fait déjà saliver la Croisette avec Once Upon A Time… in Hollywood, réunissant notamment Brad Pitt et Leonardo DiCaprio. Terrence Malick, décoré lui en 2011, débarque avec Une vie cachée.

    Face à ces monstres sacrés, huit petit nouveaux entrent dans la bataille : les Françaises Céline Sciamma (Portrait de la jeune fille en feu) et Justine Triet (Sibyl ), le Franco-Malien Ladj Ly (Les Misérables), la Franco-Sénégalaise Mati Diop (Atlantique), l’Autrichienne Jessica Hausner (Little Joe), le Roumain Corneliu Porumboiu (La Gomera), l’Américain Ira Sachs (Frankie), et le Chinois Diao Yinan (Le lac aux oies sauvages). Ce dernier fera-t-il aussi bien qu’à Berlin où il avait remporté l’Ours d’or en 2014 ?

    5063055.jpg-c_120_120_x-f_jpg-q_x-xxyxx.jpgEn mal de trophée suprême

    Déjà récompensés directement ou par le biais de leurs interprètes mais en mal de trophée suprême, on trouve cinq fidèles parmi les fidèles qui piaffent d’impatience: l’Américain Jim Jarmush, huitième participation, qui fait l’ouverture avec The Dead Don’t Die, l’Espagnol Pedro Almodovar (Douleur et gloire,  photo), également là pour la huitième fois, le Français Arnaud Depleschin (Roubaix, une lumière) ,le Québécois Xavier Dolan (Matthias et Maxime), le Palestinien Elia Suleiman (It Must Be Heaven).

    Sont également de retour l’Italien Marco Bellochio (Le traître), le Sud-Coréen Bong Joon-Ho (Parasite) et le Brésilien Kleber Mendonça Filho (Bacurau), qui a coréalisé le film avec Juliano Dornelles, un débutant dans la chasse à la Palme.

    Hors-compétition Rocketman de Dexter Fletcher promet une ambiance rock'n'roll sur la Croisette avec la présentation, en première mondiale, du biopic consacré au chanteur Elton John. Le légendaire interprète sera présent sur les marches en compagnie du jeune comédien Taron Egerton, qui l'incarne à l’écran.

    A découvrir également Les plus belles années d’une vie du Français Claude Lelouch, La belle époque de son compatriote Nicolas Bedos, Diego Maradona du Britannique Asif Kapadia, Too Old To Die Young, la série télé du Danois Nicolas Winding Refn. Sans oublier Alain Cavalier, Abel Ferrara, Werner Herzog ou Pippa Bianco en séances spéciales et Gaspar Noé en séance de minuit avec Lux Aeterna.

    Un Certain Regard

    Volet parallèle, Un Certain Regard propose, sous la houlette de la Libanaise Nadine Labaki, quinze longs métrages, dont La femme de mon frère de la Québécoise Monia Chokri, qui fait l’ouverture. Les Français Bruno Dumont (Jeanne) Christophe Honorél (Chambre 212) et Zabou Breitman (Les hirondelles de Kaboul) s’alignent aux côtés notamment d’Olivier Laxe (Viendra le feu), représentant de la jeune génération espagnole et son compatriote, l'expérimenté Albert Serra (Liberté)

    La Semaine de la critique

    Consacrée à la découverte de nouveaux talents, cette autre section présidée par le Colombien Ciro Guerrane présente des premiers (huit cette année) et deuxièmes films. Sur les onze sélectionnés, sept sont en compétition et quatre en séance spéciale comme Les héros ne meurent jamais d’Aude Léa Rapin avec Adèle Haenel qui évoque la guerre en Bosnie par des voies détournées. .

    A retenir Tu mérites un amour, le premier long-métrage de l’actrice Hafsia Herzi qui explore des relations amoureuses de jeunes En clôture, on retrouvera le premier film du Chinois Gu Xiaogang (Dwelling in the Fuchun Mountains), début d’une trilogie qui évoque une saga familiale.

    Le jury remettra trois prix dont le Grand Prix Nespresso et un prix pour un acteur considéré comme une révélation.

    vf_alice_et_le_maire_4838.jpeg_north_1323x718_transparent.jpgLa Quinzaine des réalisateurs

    Petit festival dans le grand, la Quinzaine comme on l’appelle, c’est une des sections mythiques du Festival, née il y a cinquante ans et cultivant une tradition cinématographique visant à l’audace et à l’ouverture.

    Le nouveau délégué général Paolo Moretti a mis cette année au programme comprenant 24 longs métrages et dix courts métrages de cinéastes comme les Français Nicolas Pariser (Alice et le maire, photo), Bertrand Bonello et Quentin Dupieux, le Philippin Lav Diaz ou le Tunisien Ala Eddine Slim. Mais il a aussi privilégié la nouveauté avec la venue sur la Croisette de seize cinéastes qui font leurs premiers pas sur la Croisette.

    On aura l’occasion d’en reparler, comme de l’exposition-installation en réalité virtuelle conçue par la chanteuse et performeuse multimédia américaine Laurie Anderson.

    Cannes, du mardi 14 mai au samedi 25 mai.

  • Grand écran: "Dieu existe, son nom est Petrunya", un conte féministe qui se perd en route

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    0004984.jpgDiplômée universitaire en histoire, Petrunya, 32 ans, vit toujours chez ses parents dans la petite ville de Stip. En surpoids, sans emploi, elle est constamment rabaissée par une mère autoritaire. Se rendant à un nouvel entretien d’embauche raté dans une usine de textiles, elle en ressort de surcroît humiliée par un patron grossier qui lui dit qu’elle est moche et qu’il ne la baiserait même pas.

    On est le 19 janvier, jour de l’Epiphanie. En rentrant à la maison, Petrunya tombe sur la célébration annuelle exclusivement masculine, au cours de laquelle le pope jette une croix dans la rivière où les jeunes hommes du coin plongent pour l’attraper, le vainqueur étant assuré d’une année de bonheur et de prospérité

    Alors que les femmes n’ont évidemment pas le droit de participer à la chose, Petrunya, sur un coup de tête, se jette dans l’eau glacée et parvient à récupérer la croix sacrée, provoquant la furie des concurrents. Refusant de la rendre, elle s’enfuit, ignorant les menaces.

    Le pope fait alors appel à la police et Petrunya se retrouve au commissariat devant lequel se rassemble la foule en colère. La jeune femme ne cède pas, estimant avoir elle aussi droit à la chance, tandis qu’une journaliste de télévision se saisit de l’affaire pour dénoncer une société machiste qui, tout en se prétendant moderne, peine à remettre en cause des traditions d’un autre âge.

    La réalisatrice Teona Strugar Mitevska s’empare ainsi d’une histoire vraie pour suivre le combat de Petrunya (Zorica Nusheva, actrice plutôt inspirée en l’occurrence) confrontée à la misogynie d’une communauté patriarcale. De faible et inoffensive au départ, elle se révèle de plus en plus forte au fur et à mesure que l’histoire déroule. Malheureusement, si la première partie est enlevée, la seconde patine.

    En fait, le film se termine pratiquement dès que Petrunya est emmenée au commissariat. Du coup ce conte qui se veut un brûlot féministe, commence à tourner en rond. La réalisatrice semble ne plus avoir rien à dire ou à démontrer et nous sert alors une comédie manquant singulièrement de finesse, à l’image du personnage de la journaliste nous serinant sans trop y croire ses critiques maladroites à l’égard de la phallocratie ambiante.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès le 8 mai.

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  • Grand écran: "Jessica Forever", l'amour pour vaincre la violence. Audacieux, étrange et fascinant

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    jessica-forever-1024x554-4220981.jpgSaisissant, le début est d’une rare brutalité. Le jeune Kevin se jette contre la baie vitrée d’un pavillon de banlieue qui se brise, et s’écrase à l’intérieur de la pièce. Il est grièvement blessé. Surgissent alors une bande de garçons armés jusqu’aux dents sous la direction de Jessica, une divine guerrière aux yeux bleu-vert sublimes. Elle soigne ses blessures avant que ses petits soldats ne l’emportent, évitant de justesse un essaim de drones qui leur fonce dessus.

    On pourrait se croire dans une sorte de James Bond, mais Caroline Poggi et Jonathan Vinel, auteurs de ce premier long métrage plus que prometteur, vont très vite nous emmener ailleurs avec Jessica Forever..Dans un univers légèrement mais suffisamment futuriste pour qu’on y perde nos repères, où une frange de la population est impitoyablement traquée et tuée sans sommation par les dits drones.

    Les victimes sont les orphelins, des individus violents, dangereux qui auraient tous commis dans le passé, nous informe une voix off, des actes inavouables. Pour survivre. Une dizaine d’entre eux, à l’image de Kevin, ont eu la chance d’être recueillis par Jessica. Qui les a sauvés d’un destin tragique.

    Jeanne d’Arc vêtue de cuir, madone, sainte, grande sœur, mère, déesse, elle est incarnée par la troublante Tessinoise Aomi Muyock (photo), découverte en 2015 dans Love de Gaspar Noé. Magicienne à l’aura mystique, elle règne en douceur sur ses orphelins qui la vénèrent, leur offrant, pour les changer et leur redonner confiance en l’humanité, l’amour dont ils ont été privés dans une société qui les a rejetés et en a fait des monstres. 

    Plus ou moins asexués, un peu mutants, Michael, Lucas, Kevin, Dimitri et leurs potes sont comme des enfants, dont ils ont le vocabulaire. Ils aiment les gâteaux, les céréales, les glaces, les siestes collectives, jouer avec des chatons, tout en s’entraînant au combat, dans l’attente perpétuelle d’une attaque des redoutables forces spéciales.

    Une famille aussi bizarre qu'idéale

    Jessica subvient à leurs besoins, les protège. Ensemble ils forment une famille un monde dans lequel ils ont la possibilité et surtout le droit de vivre. C’est sur cette famille aussi bizarre qu’idéale que se concentre les deux réalisateurs, livrant un film hybride, inclassable, étrange, fascinant, envoûtant, hypnotique.

    Questionnement sur la violence actuelle, Jessica Forever est un objet cinématographique difficilement identifiable, qui peut séduire à la fois les ados et les cinéphiles. Déstabilisant, dépaysant, flirtant avec le jeu vidéo, l’action, la science-fiction, le fantastique, ce conte moderne à la frontière des genres n’appartient à aucun. Audacieux, radical, inventif, sensoriel, il invite au lâcher-prise. On s'abandonne à l’expérience avec plaisir.

    A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 8 mai.

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  • Grand écran: avec "Astrid", on découvre la mère de Fifi Brindacier. Joli portrait

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    becoming_astrid_-_image_-_01_758_426_81_s_c1.jpg"Astrid, comment fais-tu pour écrire si bien sur ce que c’est d’être un enfant, quand tu n’en as pas été un depuis si longtemps?" demande un petit garçon dans une lettre à une vieille dame qu’on voit de dos, face à une fenêtre, et qui ouvre un sac plein de courrier. On est en 1987. La dame en question, qui fête son anniversaire n’est autre que le personnage d’Astrid Lindgren, l’écrivaine suédoise, notamment créatrice de la fameuse Fifi Brindacier. Mais aussi de Ronya fille de brigands, ou encore de Zozo la tornade.

    Ce n’est pourtant pas à la mère de l’héroïne qui l’a rendue célèbre que s’intéresse au premier chef Pernille Fischer Christensen. Les questions des jeunes lecteurs poussent Astrid à se souvenir. La réalisatrice danoise remonte ainsi jusqu’en 1920 pour nous laisser découvrir une adolescente déjà rebelle, bien qu’élevée dans une ferme au sein d’une société austère et moralisatrice par une mère dévote. Mais aussi par un papa étonnamment compréhensif qui la laisse libre d’aller travailler dans un journal local alors qu’elle n’a que 16 ans.

    Pleine d’imagination, elle ne tarde pas à se distinguer par ses talents d’écriture, tombe amoureuse de son patron marié, et se retrouve enceinte de cet homme dont on découvrira la lâcheté. Obligée de se rendre au Danemark, plus ouvert et libéral, pour accoucher, Astrid met au monde un garçon, Lasse, qu’elle confie à une mère d’accueil, avant de devoir s’en occuper elle-même à la mort de cette dernière.

    Un début fondateur

    Alors qu’il est atteint d’une pneumonie, elle commence à lui raconter des histoires pour enfants, C’est le début, fondateur, de sa carrière. Suite à une longue série d’épreuves, la talentueuse jeune femme indépendante va révéler son tempérament frondeur. Libre, elle est déterminée à s’en sortir envers et contre tout. Et puisera dans ses souffrances et ses combats pour inventer des héroïnes à son image, aventureuses, énergiques et casse-cou.

    En choisissant l’angle particulier de la période jeune de sa protagoniste, la réalisatrice livre ainsi le joli portrait d’une femme dont on ne connaissait pas grand-chose, interprétée par l’excellente Alba August, la fille de Bille. Toutefois, en dépit d’une certaine magie, on regrette le déroulé assez languissant du film et le classicisme convenu de la mise en scène.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 8 mai.

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