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21/09/2016

Grand écran: des couples racontent leur amour dans "Loves Me, Loves Me Not"

aabramovich.jpgAprès Dieu sait quoi en 2004, où elle interrogeait des retraités sur le sens de la vie dans un grand parc parisien, Liens de sang en 2008 où elle explorait les rapports parents-enfants dans l’immeuble genevois des Stroumpfs, Fabienne Abramovich propose un nouveau documentaire, Loves Me, Loves Me Not.

On est à Paris. La nuit est tombée et des centaines de gens se rassemblent le long du canal de l’Ourcq. Jeunes ou un peu moins, ils viennent s’asseoir au bord de l'eau, se mêlent, se passent le pain, tissent des liens informels, se retrouvent le lendemain. Pour parler quasi exclusivement d’amour.

Fabienne Abramovich livre ainsi un métrage qui se veut un peu rohmérien, teinté de marivaudage, en filmant des couples qui racontent leur façon d'aimer, d'une ou de toutes sortes de manières. Une oeuvre intemporelle, singulière, hors mode black, sexe et banlieue. Un sujet casse-gueule où il fallait éviter les clichés, comme l'auteure le dit elle même, à l’occasion d’une rencontre où elle explique sa démarche.

Elle a débuté  en 2010. L’écriture, essentielle, lui a pris deux ans et le tournage quatre. "Je ne pouvais filmer qu’en été, en majeure partie la nuit entre 21h30 et au mieux deux ou trois heures du matin. En tout quatre fois trois semaines". Elle a commencé des entretiens avec des jeunes gens et, petit à petit, a testé un dispositif extrêmement sommaire et précis. "J’ai travaillé presque seule, en choisissant, c'était primordial un temps et un lieu donné, à Paris. Et il me fallait l'eau pour le travail de l'image. J’ai compris que tous ces individus sur les berges représentaient mon Woodstock à moi".

Comment avez-vous trouvé vos protagonistes ?

Jalovesme.jpge faisais des repérages en me promenant avec une charrette, vêtue d’un habit de pêcheur et coiffée d’une casquette. Je voyais des gens, on buvait un verre, j’expliquais ce que je voulais. L’idée, c’était de les laisser échanger entre eux, en étant eux-mêmes, dans l’instant.

Ils ont une incroyable facilité d’élocution. Quelle est la part de l’improvisation ?

Ce n’est que de l’impro. Evidemment, comme ils se répétaient, j’ai beaucoup coupé. Je n’ai rien changé à leurs mots, à leurs phrases, mais j’ai construit les séquences, restructuré les conversations pour qu’elles soient audibles. J’ai écouté, tamisé, cadré. Un gros travail. C’est la raison pour laquelle je n’ai filmé qu’un couple à la fois, chacun d’eux me prenant environ quatre heures.

Il y a une chose qui surprend, ces couples middle class, jeunes pour la plupart et qui évoquent leur amour,  sont pratiquement tous blancs. Ce qui ne paraît pas représentatif de la société actuelle.

Il ne s’agissait pas de faire du Benetton… En même temps, pour moi, le multiculturalisme est présent à travers notamment quatre jeunes Beurs qui certes sortent un peu du cadre, mais libèrent très vivement et assez crûment la parole, avec des Arabes passant en djellabah, avec la musique syrienne, des Blacks qui chantent. Ces derniers ne vont pas d'ailleurs pas volontiers s’asseoir au bord de l’eau. Ce n’est pas leur culture.

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 21 septembre. 

 

 

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20/09/2016

Grand écran: la guerre des sexes dans "L'économie du couple". Lafossse tape juste!

akahnbejo.jpgIl y a des films qui vous attrapent dès la première image. Comme L’économie du couple, Il suffit de voir Marie rentrer à la maison et y découvrir, très contrariée, Boris qui ne devait pas s’y trouver ce jour-là, pour savoir que le réalisateur belge Joachim Lafosse ne nous lâchera plus. Tant il a tapé juste tout au long de son étude de comportement aussi intelligente que subtile.

Après 15 ans de vie commune, c’est le désamour. Marie et Boris ont décidé de se séparer. Problème, c’est elle qui a payé la maison et lui qui l’a rénovée. Dans l’impossibilité de se loger ailleurs faute de moyens financiers, Boris est obligé de cohabiter avec son ex-compagne et leurs jumelles. Mais Marie ne le supporte plus et veut qu’il parte. Elle déteste tout chez lui et se demande comment elle a pu l’aimer.

Sous les yeux des deux fillettes qui évidemment en souffrent, c’est alors l’heure des reproches acrimonieux, des engueulades monstres et des règlements de compte impitoyables. Tout tourne autour de l’argent, de qui a amené quoi, payé quoi.
Pour Joachim Lafosse, reconnaissant le côté autobiographique de l’œuvre où il parle aussi de sa génération, celle des quadras, l’argent dans un couple c’est souvent plus un symptôme qu’une cause permettant et justifiant la dispute. Un symptôme qui cache aussi des choses émouvantes, tristes, la manière dont on est reconnu ou pas pour ce qu’on a fait ou pas.

L’économie du couple  est une vraie réussite à laquelle les acteurs, étonnants de sobriété et de réalisme contribuent largement. Dans cette guerre des sexes où Lafosse joue à la fois au psy et à l’ethnologue, Cédric Kahn, généralement plus connu comme cinéaste et scénariste, se révèle formidable. A l‘image de la lumineuse Bérénice Bejo (photo).

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 21 septembre.

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Grand écran: Xavier Dolan bouleverse, fascine et exaspère dans "Juste la fin du monde"

axavierd.jpgPour son septième film, qui a décroché le Grand Prix du jury en mai dernier à Cannes, le réalisateur québecois a choisi d’adapter une pièce de Jean-Luc Lagarce, dont il apprécie la beauté du texte et de la langue. Jeune auteur à succès, homosexuel intello plein de douceur, Louis n’a pas revu sa mère, sa sœur et son frère depuis 12 ans. Gravement malade, il revient chez les siens pour leur annoncer sa mort prochaine. Et ne cessera de chercher le bon moment pour le faire. Mais très sensible à l’extrême tension que sa visite provoque, il recule à chaque fois face à ces gens qui le noient sous les reproches, l’accablent de leur amertume et de leur rancœur. De leur amour aussi.

Juste la fin du monde est un huis-clos théâtral familial asphyxiant, à la fois bouleversant et exaspérant, où tout le monde a envie de déballer ce qu’il a sur le cœur, mais où chacun crie, pleure, s’engueule, balance des vannes, ment, pour éviter, dans une fuite en avant logorrhéique, de parler de l’essentiel. A savoir de la raison du retour de Louis qui les tourmente.

Xavier Dolan propose une mise en scène virtuose privilégiant les gros plans pour se rapprocher des visages de manière à en saisir les expressions les plus révélatrices. L’histoire passe en effet aussi par les silences, les regards, le moindre mouvement d’une bouche exprimant les non-dits. Les comédiens sont ainsi placés sous une sorte de microscope, la caméra jouant avec eux dans une tentative de capter le moindre souffle.

Gaspard Ulliel se révèle excellent dans le rôle de Louis. L’opus est porté par quatre autres stars françaises aux prestations en revanche inégales. Nathalie Baye (la mère Martine), perruque noire et maquillage outrancier et Vincent Cassel (son frère Antoine) en font des tonnes dans une hystérie galopante. Lea Seydoux (sa sœur Suzanne qu’il n’a pas vu grandir) n’est pas moins irritante.

En revanche, à l'image d'Ulliel, Marion Cotillard (sa belle-sœur Catherine que Louis ne connaissait pas) séduit. Dans ses hésitations, son bégaiement, sa gentillesse et sa compassion à l’égard de Louis dont elle a tout de suite compris le secret, on l’a rarement vue aussi bonne et aussi différente.

"C'est mon meilleur film"

A l’issue de la projection cannoise pour les journalistes, Xavier Dolan s’était montré un peu blessé par les critiques négatives, mais disait son bonheur d'être sur la Croisette. "je suis fier de mon film. J’estime que c’est mon meilleur", avouait-t-il à la conférence de presse. De leur côté, ses comédiens ne tarissaient pas d’éloges sur leur réalisateur, s’accordant à évoquer une rencontre passionnante avec un homme hors norme, proche d’eux, les mettant sous un microscope, jouant avec eux, donnant tout, essayant de capter le moindre souffle.

Xavier Dolan aime la prolixité des personnages qui parlent de tout sauf de ce qu’ils savent. "Louis réagit à la nervosité, à l’ambiance. On s’évade à travers lui, grâce aux regards échangés avec Catherine. Il est en escapade perpétuelle dans une maison où sa famille le noie sous les reproches. Le plus attrayant, c’est son côté désagréable. Dans la vie on pleure, on explose, on ment. Je suis content d’avoir pu travailler avec des acteurs que j’admire pour exprimer cette imperfection humaine".

Le réalisateur s’explique aussi sur l’utilisation des gros plan quasi constants. "Pour moi, c’était une nécessité de me rapprocher des visages qui reflètent la tension. L’histoire passe par les silences, les regards, le moindre mouvement d’une bouche exprimant les non-dits".

A 'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 21 septembre.

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18/09/2016

Coupe Davis: les Suisses trouvent la clé, mais les Français la perdent. Alors, qui pour remplacer Noah?

asuisses.jpgPierre-Alain Dupuis, plus insupportable perruche que jamais n'a cessé de le claironner au cours de ce match de barrage, les Suisses avaient les clés. Mais le moins qu’on puisse remarquer, c’est qu’ils ont mis du temps à trouver la serrure pour ouvrir une porte ouzbek pourtant fermée avec un loquet branlant.

Enfin, l’essentiel est ce maintien dans l’élite mondiale, me rétorquerez-vous. En principe. Car si les Fedrinka s’obstinent à jouer les patriotes à la noix, voilà qui ne servira pas à grand-chose. Nos valeureux mais seconds couteaux n'auront pas une nouvelle chance insigne de batailler contre  
de besogneuses troisièmes lames.

A moins qu’ils tombent sur les…Français lors du tirage au sort! Parce que vu le cuisant revers des Bleus contre les Croates dans le dernier carré, cela laisse carrément un espoir pour les Rouges de les battre, même privés de leurs deux éminences starissimes.

abellier.jpgCertes, à l’instar des Helvètes qui ont dû se débrouiller avec Laaksonen, Bossel et Bellier, l'ultime sauveur (photos), les Tricolores ont dû évoluer sans leurs leaders Tsonga et Monfils qui, on se pince, s’était prétendument blessé à un genou… en rentrant à son hôtel!

Qu’à cela ne tienne cependant. Si la Monf’ a, c’est le cas de le dire, fait faux bond à la dernière minute, il y avait un mousquetaire de rab en la personne de Richard la Gasquouille, sans oublier Poupouille, l'étoile née à l'US Open. 

Filante, l'étoile en l'occurrence. Mais bref, au départ, il y avait de quoi rallier la finale en trois coups de cuillère à pot selon le prétentieux capitaine Noah, qui allait jusqu’à se féliciter de l’absence de Gaël et se réjouissait de se faire hurler dessus par un public hostile. J’adore relevait-il en substance. Cela va nous servir pour être plus motivé, pour avoir la rage. Et d’ajouter en substance, vendant sottement la peau de l'ours: on est tellement prêts… Qu’est-ce que ça va être bon dimanche quand on aura gagné…

anoah.jpgCaramba, les Français n’ont pas seulement perdu, mais ils se sont carrément laissé ratatiner par les Croates emmenés par un invincible Cilic, à l’image du malheureux Gasquet. En réalité ils n’étaient absolument pas "prêts", simplement "près". Eh oui hélas, si près, si loin les pauvres. En tout cas une chose est sûre, le pontifiant gourou a drôlement perdu de sa superbe. Le quotidien L’Equipe s’était d’ailleurs un peu méfié en titrant "Esprit Noah es-tu là ?"

Il y en a un qui doit ricaner sous cape, c’est Arnaud Clément, largué comme un malpropre suite à l’échec hexagonal à Lille en 2014. Au moins avait-il lui conduit ses troupes jusqu’en finale. Alors qui pour remplacer Noah touché au coeur? Bon, je ne vais pas lui mettre l’entier de cette mortifiante défaite sur le dos. Bien qu’il le clamât haut et fort, il ne disposait pas vraiment de la main d’œuvre idoine pour l’emporter. Comme dirait un chirurgien esthétique, on ne réussira jamais à transformer un buffet campagnard en commode Louis XV…

 

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14/09/2016

Grand écran: "Clash" évoque l'Egypte à travers un huis-clos étouffant en forme de thriller

aclash.jpgAu lendemain de la destitution du président islamiste Morsi, deux ans après l’échec de la révolution égyptienne, de violentes émeutes éclatent au Caire. Un journaliste égypto-américain et son photographe, considérés comme des traîtres sont embarqués dans un fourgon de police.

Ils sont aussitôt suivis par des dizaines de manifestants aux convictions politiques et religieuses diverses. Des sympathisants des Frères musulmans, des modérés, un chrétien, des femmes sont ainsi forcés de cohabiter dans cet espace restreint et forcés de surmonter leurs divisions pour tenter de survivre. A la fin le fourgon est pris dans une grande manifestation chaotique, où il est difficile de définir le camp des protestataires.

Du coup, alors qu’ils luttent depuis le début pour sortir du fourgon se déplaçant dans une ville à feu et à sang, les prisonniers du panier à salade se rapprochent et veulent rester à l’intérieur, face à la folie meurtrière qui se déroule à l’extérieur. On ne sait pas dès lors ce qui va leur arriver. Tout en se doutant que l’issue ne devrait pas être des plus favorables.

Clash est signé du réalisateur Mohamed Diab, dont le travail pointe les problèmes de la société égyptienne et dont le premier long-métrage Les femmes du bus 678 évoquait le combat de trois femmes cairotes contre le machisme et le harcèlement sexuel. Il avait fortement déplu à la censure égyptienne. Cela n'a pas empêché son auteur de faire l’ouverture de la section cannoise Un certain regard, sans que son oeuvre ait été préalablement montrée à la dite censure.

Symbolique et centré sur l'humain

Durant l’entier de cet opus centré sur l’humain, on ne quitte pas la fourgonnette et ses occupants. Ce huis-clos dantesque mélangeant plusieurs visages, reflet des colères, des peurs, des angoisses, des incertitudes, des espoirs d’un peuple, est symbolique d’un pays sous la botte des militaires et s’enfonçant dans la répression de toute opposition islamiste et laïque.  

Eprouvant, étouffant, ce thriller parabolique se veut haletant, percutant, efficace. Mais au-delà d’une réussite technique, de quelques scènes impressionnantes, on retiendra surtout le courage politique de l’auteur, son honnêteté, sa volonté d‘impartialité et d’absence de manichéisme.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 14 septembre.

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Grand écran: "Un juif pour l'exemple" revisite le livre polémique de Jacques Chessex

ajuifec.jpgEn 1942, Payerne est le théâtre d’un meurtre immonde. Celui d’Arthur Bloch (Bruno Ganz, photo), un marchand de bétail juif sexagénaire, massacré par une bande de nazillons débiles sous l’influence du pasteur Lugrin et du «gauleiter» local, le minable garagiste Fernand Ischi.

Avec une vingtaine d’autres Payernois au front bas qui ont fait allégeance au parti nazi, il veut offrir un juif mort en cadeau à Hitler, son idole dont on va bientôt fêter l’anniversaire. Sous prétexte de vendre une vache à Bloch lors de la foire aux bestiaux, cinq d’entre eux l’attirent dans une grange l’assassinent, le dépècent comme un cochon, répartissent les morceaux dans des boilles qu’ils vont jeter au lac.

Le film du Genevois Jacob Berger est adapté du livre éponyme de Jacques Chessex. Enfant au moment des faits, l’écrivain était revenu en 2009 sur cet événement tragique qui l’a marqué à jamais, décrivant l’abomination en stigmatisant la ville de charcutiers «confite dans la vanité et le saindoux». La publication de l’ouvrage a déclenché une impressionnante levée de boucliers. Et une détestation dont l’auteur a beaucoup souffert. Il est pour ainsi dire mort sur scène cette année-là, vivement interpelé par un détracteur alors qu’il défendait Roman Polanski.

Un Juif pour l’exemple est un thème puissant, qui résonne avec ce qui se passe aujourd’hui, bien que Jacob Berger, dont on salue le travail de mémoire, ne cherche pas la dénonciation. Mais la grandeur du propos ne fait pas automatiquement la force d’un film et son auteur peine un peu à convaincre dans sa façon de réinventer Chessex. Il n’est pas toujours à la hauteur de son sujet dans sa réalisation, en dépit de scènes impressionnantes dans leur brutalité, heureusement contenue à l’image, comme l’effroyable équarrissage d’Arthur Bloch.

Un bémol par ailleurs sur le télescopage certes assumé des époques, voitures ou uniformes modernes, ou Chessex à la fois enfant et vieillard. Mais ce qui cloche surtout c’est la mauvaise prestation des comédiens. A part peut-être André Wilms dans le rôle de l’écrivain.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 14 septembre.

 

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Grand écran: Virginie Efira craquante dans "Victoria", comédie romantique sous influence sexuelle...

avirgef.jpgAprès La Bataille de Solférino, qui mettait en scène un couple hystérique lors de l’élection présidentielle de 2012, la réalisatrice Justine Triet dévoile brillamment ses obsessions dans Victoria en évoquant les démêlés d’une avocate pénaliste mère de deux petites filles. La trentaine sexy, naviguant sur une corde raide avec un art consommé du cataclysme, elle est à la recherche d’un difficile équilibre entre sa vie professionnelle et sa vie amoureuse.

Mais les choses ne vont pas s’arranger lorsqu’elle retrouve à un mariage son ami Vincent, accusé du meurtre de sa compagne. Il la supplie de le défendre. Très réticente, elle finit par accepter (ce qui lui vaudra plus tard six mois de suspension pour offense à l’éthique), tout en embauchant Sam, un ex-petit dealer qu’elle avait tiré d’affaire, comme baby-sitter. Il s’incruste sur son canapé, passant du colocataire à l’assistant, puis à l’amant.

Cette comédie romantico-barjo sous influence sexuelle même si Justine Triet n’en montre pas beaucoup, se double d’une satire du couple, mêlant aussi enfants, justice, argent. Elle est portée de bout en bout par l’excellente et craquante Virginie Efira, désarmante de naturel. Belle, intelligente, en plein chaos sentimental, elle est en outre harcelée par son ex qui lui pourrit la vie dans son blog. Accumulant les boulettes avec une rare inconscience, elle tente d’analyser ses angoisses et ses névroses entre une voyante et ses deux psys.

Vincent Lacoste est lui aussi comme toujours parfait en jeune homme charmeur à la grâce candide, un rien cynique avec une touche de virilité, tout comme Melvil Poupaud, dont l’innocence dissimule un irrésistible petit côté pervers.

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 14 septembre

 

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08/09/2016

Grand écran: "Divines", l'électrisante révélation de Cannes. Sa réalisatrice, Houda Benyamina, raconte

abenyamia.jpgDans un ghetto où se côtoient trafics et religion, Dounia la "bâtarde", adolescente menue, énervée et rebelle qui habite dans un camp de Roms avec sa mère alcoolique, et son contraire, Mamounia, la douce mais super baraquée fille de l’iman, sont amies à la vie à la mort.

Ces deux pétroleuses poussées par la rage de vivre rêvent de s’élever dans un monde qui les rejette. Décidée à gagner beaucoup d’argent pour s’offrir ce qu’elle désire, Dounia se met à travailler pour Rebecca, redoutable dealeuse, plongeant ainsi dans l’univers glauque et dangereux de la petite pègre locale. Sa rencontre avec Djigui, un jeune danseur sensuel, va bouleverser son quotidien.

Signé de la réalisatrice Houda Benyamina (photo), réalisatrice marocaine de 35 ans, révélation du dernier Festival de Cannes en raflant la Caméra d’or, Divines nous embarque dans une tragédie électrisante virant parfois au comique, à la frontière des genres entre chronique sociale et polar. Avec une dimension spirituelle notamment dans la thématique, les conversations avec Dieu ou le choix de la musique sacrée.

Souvent comparé à L’esquive d’ Abdellatif Kechiche ou à Bande de filles de Céline Sciamma, l’opus dégage par ailleurs la folle énergie de son auteur, qui nous l’a prouvé dans son discours enflammé lors du palmarès cannois, en lançant à Edouard Waintrop, délégué général de la Quinzaine des réalisateurs qui l'avait sélectionnée, un vibrant et culotté "Waintrop, t’as du clito"!

Le théâtre la mène au cinéma

"Non seulement il s’en est remis, mais il est plus fort maintenant qu’il en a", remarque Houda en riant lors d’une rencontre à Genève. "En ce qui concerne mon énergie, j’ai du mal à mentir, à jouer, à prétendre. On m’a vue telle que j’étais à cette remise de prix. J’étais contente, je l’ai dit, je l’ai hurlé. C’était un cri d’amour".

Après la découverte du théâtre grâce à un instituteur, Houda Benyamina s’est rendu compte qu’elle était mieux faite pour le cinéma. "Le théâtre, c‘est comme le golf, il faut les moyens, un espace pour le pratiquer. Pour le cinéma, une caméra suffit".

divinesimage.jpgA l’origine de son premier long-métrage qui lui a pris quatre ans de sa vie entre l’écriture et son passage sur la Croisette, la colère, l’inégalité. "J’ai toujours été sensible à l’injustice. A l’école, je ne trouvais pas ma place. Mon film est né des émeutes de 2005 en banlieue parisienne que j’ai vécues de l’intérieur. J’ai eu envie de tout défoncer mais rien n’a changé. Et je me suis demandée pourquoi".

Pour vous Divines est toutefois un constat, pas une forme de révolte.

Parce qu’il n’y a pas eu de révolte justement. Nous n’avons pas pris les armes. La mienne c’est le cinéma. J’avais envie de parler des pauvres, des désaxés, des gens en marge, d’évoquer s’absence d’idéal, de repères, la toute-puissance de l’argent, le manque de spiritualité qui dépasse les religions. Bien que musulmane, je me sens proche des enseignements de Jésus. Et tout cela je le traite par le biais de l’humain en quête de reconnaissance, de dignité.

Pour autant, vous n’avez pas de message à délivrer.

Je ne me sens pas prophète. Je suis une cinéaste, qui donne son regard avec sensibilité. Je crois en l’homme, en la femme. Je pose des questions et je veux toucher le cœur. D’abord l’émotion, ensuite le verbe.

Ce n’est pas le premier film sur la banlieue, mais vous amenez quelque chose de neuf.

Sans doute parce que j’étais libre dans le sens que je voulais raconter, à travers une histoire d’amitié. C’est un film réaliste, mais il y a du lyrisme, du romantisme du rêve. Par ailleurs j’inverse les schémas traditionnels, je casse les codes de la banlieue. Je la montre telle que je la vois. C’est cela ma singularité.

Par exemple le caïd pour qui Dounia travaille est une femme, une flambeuse aux postures viriles qui joue de son pouvoir.

Je ne l'ai pas inventée. Il y en a de plus en plus. Je me suis inspirée de la réalité. Rebecca, je l’ai rencontrée. J’ai pas mal de réseaux dans le banditisme. Je suis aussi allée dans les quartiers, chez les Roms. J’ai fréquenté les commissariats. Les flics se sont montrés coopératifs.

Pour rester dans l’inversion, la note de féminité est donnée par Djigui un garçon passionné de danse, dont Dounia est amoureuse.

La grâce peut être masculine. Et puis surtout, selon moi, tout le monde danse On commence dans le ventre de sa mère. Djigui est l’alter ego de Dounia, en recherche comme elle de dignité et d’élévation mais par une voie spirituelle. Son but est de vivre de son art. A travers les scènes de danse, je dis l’importance de la culture qui offre une possibilité de s’en sortir autrement qu’avec l’argent.

aouloaya.jpgLes comédiens sont formidables. Un mot sur Oulaya Amamra, votre petite sœur qui interprète Dounia.

Je l’ai formée depuis l’âge de 12 ans. Mais au début, je ne la voyais pas dans cette fille. Elle manquait de sauvagerie, de rudesse. Ce n’était pas une bagarreuse. Elle l’est devenue dans la mesure où elle s’est beaucoup battue pour décrocher le rôle. 

Vous travaillez sur un autre long-métrage. Le fait d’avoir obtenu la Caméra d’or est-il  un peu inhibant ?

Non, au contraire. C'est un début, une étape. Je suis très critique avec moi-même. Divines a plein de défauts, je vois tout ce que je peux améliorer. Le prochain aura plus d’ampleur, même si je suis obsédée par la même problématique, le combat que nous menons contre nous-même, entre l’extérieur et l’intérieur. Je suis sur un grand terrain de jeu où je cherche Dieu, le sens de la vie le pourquoi on est là. Le tournage pour moi, c’est un pèlerinage.

Et où va vous emmener votre deuxième film ?

Historique, il couvrira une période de trente ans pendant laquelle il y aura la guerre. Il parlera d’amour, de liberté et de trahison.

A l'affiche dans les salles de Suisse romande depuis depuis mercredi 7 août.
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05/09/2016

US Open: une étoile est née. Française évidemment...

aapouille.jpgExceptionnel, prodigieux, colossal, géant, titanesque, monumental, phénoménal, en un mot: énorme. Cette collection de superlatifs, c’est pour saluer l’exploit de Lucas Pouille, qui a fini au bout du bout d’un suspense de plus de quatre heures par décorner le taureau de Manacor en cinq sets.
 
Loin de moi l’idée de nier la réelle performance du talentueux garçon, fort sympathique et que toute le monde adore aujourd'hui. Mais il faudrait un peu raison garder. Et relativiser en se souvenant de prouesses de loin plus extraordinaires. 
 
Quand je songe à Wilander, Chang ou Becker, tous trois vainqueurs d’un Grand Chelem à 17 ans, ou à Federer numéro un mondial à 22 ans et cinq mois, il y a en effet quelque chose de pathétique dans cette folle agitation hexagonale autour d’un jeune homme pratiquement du même âge, qui se retrouve dans... le top 20 après avoir battu Rafael Nadal en…  huitièmes de finale à l’US Open. 
 
Un Nadal moins saignant qu’auparavant de surcroît. La preuve c’est que le brave Pouille prive à nouveau le champion espagnol d’un quart de finale de grand Chelem qui lui échappe depuis Roland-Garros 2015. Et le pauvre a subi d'autres crève-coeurs. Le Belge Steve Darcis l’avait atomisé dès le premier tour en trois sets en 2013 à Wimbledon (l’Espagnol venait pourtant de gagner Roland-Garros), et il en avait fallu un petit de plus à l’Allemand Dustin Brown, pour lui jouer gazon maudit deux ans plus tard.
 
Que je sache, les Français n’en avaient alors pas fait un tel plat. Bien que ces deux joueurs étaient mal classés, Brown pointant même au 102e rang. Tandis que le Tricolore occupait le 24e à l’entame de son match. En outre, il me suffit de penser que le modeste Helvète Marco Chiudinelli a été à deux points d’éliminer la nouvelle étoile  hexagonale en trois manches au second tour pour me donner une idée de la forme pas franchement flamboyante du pitbull ibère. Contrairement à ce que nous assurent avec force et conviction les spécialistes français, histoire de donner un gros surplus de panache  à la "victoire de légende" de leur poulain. Je sais, on me rétorquera que c'est différent. Mais je ne vois pas vraiment en quoi.
 
amonfils.jpgMonfils et Tsonga, autres formidables pépites
 
A part ça, Lucas Pouille n‘est pas le seul à les mettre en transes. Il y a aussi Gaël Monfils, crack grandiose, véritable terreur du circuit. Doté d'un fabuleux coup d’œil, c’est lui qui anticipe le mieux, qui marche impitoyablement sur ses adversaires, les obligeant constamment à produire le coup de plus, sinon de trop, qui lui permet de gagner se matches les doigts dans le nez. Et que dire de l’éblouissant et puissant Tsonga, redoutable au service et à la volée et dont les balles supersoniques fuient sadiquement les relanceurs. Lui aussi avait flanqué la pâtée à Nadal en… 2008  à Melbourne.
 
Je veux bien croire que tout cela soit vrai. En même temps, j'aimerais  qu’on m’explique pourquoi Jo-Wilfried n’a toujours pas été fichu de remporter un Grand Chelem a passé trente ans. Sans parler du galactique Gaël, dont le plus retentissant succès consiste à avoir enfin remporté cette année… l’ATP 500 de Washington, après quatre misérables tournois 250 au cours de sa longue carrière.
 
Pour couronner le tout, le fameux trio se retrouve, c’est historique (!), en quarts de finale à Flushing Meadows. Et un Français sera forcément dans le dernier carré, puisque Pouille doit affronter Monfils. Du coup, il est envisageable que l’un d’eux puisse être sacré roi de New York. Je n’ignore pas le méga-tsunami médiatique, assorti de perpète, qu’implique cette éventualité pour les habitants de la planète dépourvus de sang bleu. Mais il serait temps qu'une victoire vienne corroborer ces tonitruantes professions de foi! 
 

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04/09/2016

Grand écran: "Le fils de Jean" à la recherche du père. Emouvant petit polar familial

ajean.jpgCadre commercial parisien divorcé de 33 ans, Mathieu reçoit un matin un coup de fil inattendu du Canada l'informant de la mort de son père, médecin à Montréal dont il ne savait rien. L’appel vient d'un nommé Pierre, le meilleur ami du défunt, qui lui apprend qu’il s’appelait Jean, qu’il était patron d’une clinique de chirurgie esthétique et qu’il a laissé deux grands fils.

L’enterrement devant avoir lieu quelques jours plus tard, Mathieu, lui-même père d’un petit garçon, est poussé par le besoin de découvrir ses racines. Il décide aussitôt de se rendre au Québec pour rencontrer Sam et Ben, ses demi-frères qui, de leur côté, ignorent tout de lui. Il va apprendre à mieux les connaître au bord d’un lac au cours d’un week-end où, également en compagnie de Pierre, ils sont partis à la recherche du corps de Jean. Apparemment celui-ci s‘est noyé, victime d’un infarctus… 

Le huitième long-métrage de Philippe Lioret est très librement inspiré du roman de Jean-Paul Dubois Si ce livre pouvait me rapprocher de toi. A travers la quête d’identité de Mathieu, ce fils sans père qui s’en cherche un, l’auteur livre un récit intimiste dans un beau film simple, sensible et émouvant, en travaillant ses thèmes chers.

Drame modeste mais impeccablement tenu, il joue sur le secret en empruntant les codes du polar. Il y a le souvenir d’un lointain amour parisien entre la mère de Mathieu et le dénommé jean. Un coup d’un soir lui avait-elle dit, sans vouloir en révéler davantage. Il y a aussi la disparition mystérieuse de cet homme, menant à une enquête au sein de la famille.

Sans oublier l’interdiction étrange faite par Pierre à Mathieu. Il lui enjoint de dissimuler qui il est, sous prétexte que la présence d’un fils illégitime ne peut que perturber davantage la famille en deuil. Mais si le réalisateur se sert de cette trame policière, c’est pour nous emmener ailleurs. Misant sur les dits et non-dits, les émotions contradictoires,  il organise subtilement le rapprochement entre les personnages, plus particulièrement entre Mathieu et Pierre.

Caractères centraux, ils sont interprétés par d’excellents acteurs. Pierre Deladonchamps (photo), César du meilleur espoir masculin pour L’inconnu du lac d’Alain Guiraudie est parfait dans le rôle de Mathieu se rêvant une famille et impatient d'en faire partie. Comme Gabriel Arcand dans celui de Pierre, oncle ombrageux, à fleur de peau, ours mal léché et taiseux dissimulant une mystérieuse souffrance.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 3 août.

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30/08/2016

Grand écran: "Rara", le défi de l'homoparentalité face à une société chilienne corsetée

arara.jpgSara 13 ans et Catalina 9 ans vivent avec leur mère Paula et sa compagne Lia dans une chaleureuse ambiance féminine. Ce qui déplaît à leur père Victor, qui les prend pour le week-end et les vacances. Il s’est remarié mais n’apprécie pas cette promiscuité et souhaiterait que ses filles mènent une vie de famille «normale». Il considère en effet que l’éducation préconisée par les deux femmes et l’image que donne le couple sont nocives.

Son avis est partagé par son entourage, notamment une grand-mère trouvant qu’elles vont trop loin et traduisant son sentiment par un «Nous ne sommes pas à New York, mais à Vina del Mar… » Trop jeune pour avoir des préjugés, Catalina n’a apparemment que faire du regard des autres. Elle apprécie beaucoup sa vie entre ses deux mamans.

Ce n’est pas le cas de Sara. A l’aube de l’adolescence, elle aime les garçons, bien qu’elle les trouve plutôt bêtas. Un peu mal dans sa peau et dans son corps qui se transforme, elle se cherche en manifestant quelques velléités de rébellion.

Suite à une dispute futile, elle refuse de fêter son treizième anniversaire chez sa mère et quitte la maison pour aller chez son père. Qui en profite pour intenter un procès à son ex-femme dans l’espoir de récupérer la garde de ses enfants.

Adaptation d'une histoire vraie

Rara (Bizarre), premier film de la Chilienne Maria-José «Pepa» San Martin, journaliste, puis assistante réalisatrice après un passage au théâtre, est adapté d’un d’une histoire vraie. Il s’agit du cas de la juge Karen Atala, violemment discriminée en 2003 pour avoir fait son coming out. Avant de gagner son combat dix ans plus tard.

Dans ce film co-écrit avec la scénariste Alicia Sherson, Pepa San Martin élude heureusement les lourdeurs de la procédure juridique Pour les éviter, elle a choisi de raconter l’histoire d’un bout à l’autre du point de vue de Sara, optant pour un ton oscillant entre la légèreté, le sérieux, le drame, la drôlerie et l’émotion.

Par petites touches, sans dramatiser, la cinéaste s’inspire d’événements a priori sans importance, de remarques mal placées, d’un mot de trop, l’ensemble étant propice à autant de rebondissements et de surprises, jusqu’au dénouement plutôt inattendu…

Elle brosse ainsi un portrait intelligent, tout en subtilité et en finesse du quotidien de cette famille homoparentale victime de rejet au sein d’une société conservatrice. Une jolie réussite qui tient également beaucoup à ses interprètes. A commencer par Julia Lübbert, de tous les plans, étonnante de justesse, de pertinence et de naturel.

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 31 août. 

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29/08/2016

Grand écran: "Kiki-l'amour en fête" joue à briser quelques tabous entre deux fantasmes

akiki.jpgUn couple fait l’amour tandis que défilent sur une partie de l’écran des scènes de copulation entre animaux. C’est bien parti pour la célébration de la diversité sexuelle dans une comédie érotico-festive jouissive, où on oublie les préjugés. Cinq histoires drôles et déjantées, aux trames indépendantes mais parallèles s’entrecroisent, nous embarquant dans différents milieux sociaux, en plein cœur d’un torride été madrilène.

Kiki-l’amour en fête, est le troisième long-métrage du Sévillan Paco Leon, notamment sous influence originelle d’un Pedro Almodovar remuant et provocateur que l’on a un peu perdu ces dernières années. Remake du film australien La petite mort de Josh Lawson, sorti l’année dernière, l'opus a connu un gros succès en Espagne.

Paco Leon se penche sur les fantasmes de ses protagonistes, prétextes à parler de leurs problèmes, les uns et les autres faisant plus ou moins écho aux nôtres..Une femme ne jouit que si elle est victime d’une agression violente, une deuxième quand elle voit son mari pleurer, une troisième, sourde et particulièrement excitée par les tissus, quand elle touche de la soie. Et une quatrième, se découvrant des tendances lesbiennes lors d’une chaude soirée dans un club échangiste, ne prend désormais son pied que dans un ménage à trois.

Chacun invente des stratagèmes pour rallumer la passion, tomber enceinte, se faire demander en mariage, imaginer un concept…A l’image de cet homme qui parvient à atteindre l’orgasme seulement quand sa femme dort. Et comme elle refuse toute relation après un accident qui lui a paralysé les jambes, il lui donne chaque soir des gouttes pour arriver à ses fins, sans qu’elle ne se rende compte de rien.

S’inspirant de la réalité, de son vécu, de choses racontées, de dialogues entendus dans la rue ou les transports publics, le réalisateur s'amuse à briser quelques tabous, évoquant pour notre pus grand plaisir les petits délires sexuels de ses contemporains, sans céder à la vulgarité.

Cette retenue contribue à la réussite du film, qui tient évidemment aussi à l’interprétation de ses comédiens. Atouts majeurs, ils sont excellents, à l’image d’Alex Garcia, Natalia de Molina, Belén Cuesta, Luis Callejo, Candela Pena, Anna Katz, Alexandra Jimenez et…Paco Leon lui-même. Il dit laisser une large part à l’improvisation, en ne donnant pas le scénario aux acteurs, mais en le leur racontant. Une façon de travailler qui là, fait ses preuves.

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 31 août.

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24/08/2016

Grand écran: "Mohenjo Daro", du grand spectacle pour cette foisonnante épopée bollywoodienne

adaro.jpgLong-métrage bollywoodien épique, Mohenjo Daro a clos il y a une dizaine de jours le Festival de Locarno, enchantant les milliers de spectateurs de la Piazza Grande. Il est signé de l’Indien Askutosh Gowariker, qui avait fait un malheur sous les étoiles tessinoises avec Lagaan en 2002. Il avait par ailleurs été nommé pour l’Oscar du meilleur film étranger. Sans le décrocher pourtant. 

Son troisième opus se déroule en 2016 avant Jésus Christ dans la vallée de l’Indus. Il met en scène Sarman (la star Hrithik Roshan), un simple fermier beau comme un dieu qui se rend dans la cité de Mohenjo Daro et tombe fou amoureux de la créature de rêve Chaani (Pooja Hedge un célèbre mannequin), issue d’une caste supérieure. Mais elle est fiancée au fils du chef du Sénat, un homme cruel, cupide, ivre de vengeance, qui maintient les habitants sous le joug et menace la ville de destruction. Au péril de sa vie, Sarman va alors s’opposer au tyran pour sauver la civilisation. Et sa belle bien sûr…

De l’aventure qui renvoie au péplum, de Spartacus à Quo Vadis en passant par les Dix commandements, de l’action, des combats, de la romance, des chants, de la danse. Le tout parfaitement réglé, rondement mené et visuellement magnifique. C’est coloré, exotique, foisonnant, kitsch. En résumé, on ne s’ennuie pas une minute au cours de cette fresque spectaculaire qui en compte cent cinquante!

Nerve, un thriller pour ados dénonçant les dangers d'internet

anerve.jpgOn reste en 2016 mais… après Jésus Christ, avec un film dénonçant les dangers d’internet. Vee et Ian participent à Nerve, un jeu qui diffuse en direct des challenges filmés pouvant rapporter gros, si on a les nerfs suffisamment solides pour s'y attaquer.

Dans Nerve, on est soit joueur soit voyeur. Les deux jeunes, évidemment joueurs et devenus accros, s’associent pour relever les défis les plus risqués et gagner toujours plus d’argent. Mais ils s’aperçoivent qu’ils sont complètement manipulés par les voyeurs. Ils veulent arrêter. Impossible. Et le cauchemar commence. Mais qu’on se rassure…

Efficace, rythmée, la mise en scène de ce thriller pour ados est plutôt réussie, notamment dans l’intégration des images de smartphone aux images réelles ou dans la réalisation de certains obstacles à surmonter. En revanche, bien qu’il ait l’intention louable de critiquer la popularité les réseaux sociaux, on n‘en dira pas autant du scénario. Se révélant aussi convenu que prévisible, il réserve de surcroît un dénouement carrément ridicule. Quant aux comédiens, ils sont un peu mûrs pour leur rôle respectif. A commencer par Emma Roberts. Une lycéenne de 25 ans c’est plutôt rare

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 24 août.

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23/08/2016

Grand écran: "Toni Erdmann", une comédie burlesque mêlant satire sociale et chronique familiale

aaerd.jpgDès sa projection à Cannes en mai dernier, Toni Erdmann avait rallié tous les suffrages. Sauf, malheureusement pour sa réalisatrice l’Allemande Maren Ade, ceux du jury qui ne lui a pas réservé la moindre place au palmarès.

Il y en avait pourtant pour cette comédie formidablement interprétée par Sandra Hüller et Peter Simonischek (photo), évoquant l’intrusion d’un père, le farceur Winfried, alias Toni Erdmann, dans l’existence très réglée de sa fille Inès. Femme d’affaires psychorigide de 37 ans, cadre supérieure dans une grande société allemande basée à Bucarest, sacrifiant tout à son boulot et à l’économie de marché, elle ne supporte pas le moindre désordre.

Autant dire que la working girl toujours impeccable dans ses tailleurs stricts, n’apprécie pas du tout la visite de ce paternel sexagénaire encombrant, artiste idéaliste, adepte de coussins péteurs, prof de musique et clown dans des maisons de retraite. Son exact contraire qui, de surcroît,déboule dans son club de cols blancs affublé d’une horrible perruque et d’un dégoûtant dentier qu’il ne cesse d’enlever et de remettre. Elle en a honte, le courant passe mal et leurs relations, déjà tendues, ne s'arrangent pas. 

A son grand soulagement, Toni prétend alors repartir pour l’Allemagne. Mais en réalité, toujours plus facétieux, il s’incruste et squatte des cocktails où se rend sa fille. Se prétendant consultant, à tu et à toi avec les grands de ce petit monde de l’argent, il donne la (dé)mesure de ses talents de guignol, en multipliant les blagues douteuses, lourdes et ringardes. Non seulement ça marche, mais il exerce une curieuse fascination sur ceux qu’il mystifie. 

Une farce grinçante pimentée de scènes irrésistibles

Maren Ade se sert de ce bouffon déchaîné pour proposer un long-métrage parfaitement tenu en forme de farce grinçante, farfelue, sensible et très originale. Surfant sur le conflit de générations, elle mêle à la satire sociale où elle se moque du pouvoir ultralibéral et de ses jeux, de loin plus vulgaires que les gamineries  de Toni, un émouvant rapport père-fille. Dans la reconquête de l’amour d’Inès, il fait tout pour l’aider à retrouver le bonheur et un sens à sa vie.

La cinéaste pimente aussi son étude incongrue de l’intime et de l’univers capitaliste de scènes irrésistibles. Dont celle déjà culte d’un brunch censé ressouder l’équipe d'Inès et où les participants doivent arriver complètement nus… Un bémol toutefois. En dépit de toutes ses qualités faisant souffler un vent de renouveau sur le cinéma allemand, on reprochera à Maren Ade une tendance un rien fâcheuse à la répétition, allongeant ainsi inutilement la durée de son film.  

 A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 24 août.  

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Grand écran: Alain Guiraudie évoque ses thèmes chers et ses angoisses dans "Rester vertical". Interview

avertical.jpgSe maintenir debout pour résister, vaincre la peur, pour que rien ne nous arrive, dit Alain Guiraudie dans son dernier film Rester vertical, situé dans les Causses, en Lozère.

Sorte d’alter ego du cinéaste, Léo, (Damien Bonnard), la trentaine fauchée, doit un scénario à son producteur. Mais il ne cesse de remettre la chose et se promène dans la campagne à la recherche du loup. Il rencontre Marie (India Hair), fille d’un éleveur qui,garde ses moutons avec un fusil en cas d’attaque du prédateur.

Sodomie et accouchement en direct

Léo et Marie s’aiment et font un enfant Mais elle n’en veut pas. Resté seul avec son bébé, Léo croise régulièrement trois hommes plus ou moins gay: Yoan (Basile Meilleurat), un adolescent sauvage qui le repousse, Jean-Louis (Raphaël Thiéry), un paysan bourru d’âge mûr dont il refuse les avances et le vieux grincheux agonisant Marcel (Christiian Bouillette), fan des Pink Floyd qu’il va sodomiser, lui procurant une fin douce.

En-dehors de cette scène choc, à l’image d’un accouchement en direct ou de gros plans de sexe féminin. Alain Guiraudie, livre, entre rêve et réalité, comédie et tragédie, plans drague foireux, un émouvant conte social, rural, existentiel, métaphorique. Rencontre avec l’auteur lors de son récent passage à Genève.

aaguiraudie.jpg"C’est un film écrit en dilettante, même si je couchais chaque jour une ligne, deux phrases, un paragraphe sur le papier. Que je pouvais jeter le lendemain. Mais j’aimais m’imposer cette discipline quotidienne. A l’époque, entre 2013 et 2014, j’adorais voyager et j'ai commencé le scénario entre Melbourne et Dubaï. J’ai tourné autour de tous les débats qui avaient lieu en France, le mariage pour tous, l’homoparentalité, la théorie des genres, le suicide assisté"

-Votre héros Léo, en perte de repères et en quête de sens, part à la recherche du loup, face auquel il ne faut pas courber l’échine. Pourquoi cet intérêt ?

-C’est un animal mythique par excellence, un prédateur, une réalité sociale. Et puis il est de retour sur le sol français. J’ai rencontré des éleveurs très emmerdés par le loup. Cela m’a passionné au point que j’ai eu un projet de documentaire.

-La grande question du loup rejoint celle du sexe féminin. Dont vous privilégiez les gros plans.

-Il y a une relation dans le sens du primitif, de l’originel. Le loup fait peur. Le sexe de la femme fait peur. Parce que c’est l’autre, le grand trou noir. Pour les homos, mais également pour les hétéros. C’est l’inconnu, le mystère, l’objet de désir et de vie, l’origine du monde, D’où l’envie de le voir de plus près et donc les gros plans.

-Venons-en à deux scènes choc. La façon de filmer un accouchement en direct, sans doute comme jamais au cinéma, et ensuite la sodomie d’un agonisant. De simples provocations?

-C’est d’abord l’évocation des deux jalons, la naissance et la mort. L’accouchement est un moment très existentiel et je l’ai représenté de la manière la plus organique qui soit, sans mise en scène, juste en cadrant. Quant à la sodomie, c’est effectivement une provocation, mais surtout parce qu’il s’agit de suicide assisté, d’euthanasie, sujets très controversés en France. Après c’est une scène d’amour. Certes peu habituelle, mais belle. J’aimerais assez mourir en faisant l’amour. On pourrait appeler cela la jouissance absolue.

-Vous aimez jouer avec la norme, renverser la vapeur. Par exemple une mère n’aime pas forcément son enfant.

-Je trouve que l’instinct maternel n’existe pas forcément. J’ai signé une pétition pour soutenir les femmes qui craquent et n’ont pas spécialement envie d’élever leurs enfants,. En France, il y en a 3000 an qui décident de ne pas s’en occuper. Il y a aussi cette notion répandue de filles-mères qui veulent un bébé pour elles seules. Je ne vois pas pourquoi un homme n’aurait pas cette même envie d’un enfant pour lui tout seul.

-Vous montrez aussi qu’un hétéro qui couche occasionnellement avec un mec n’est pas forcément gay.

-Elle me plaît bien, cette idée. On est dans un monde où on est assigné à être quelque chose. Je ne sais pas comment on devient hétéro ou homo. Pour moi ce n’est certainement pas inné, cela dépend surtout des rencontres que l’’on fait. J’ajouterais qu’aujourd’hui cela ne reste facile nulle part d’être gay. Pas plus dans un milieu bourgeois qu’ouvrier, comme on veut le croire. 

-Vous brassez des thèmes de société comme paternité, misère sexuelle et sociale, détresse paysanne, écologie. Cela vous tient à cœur ?

-Ces thèmes me sont en effet très chers. C’est un peu ma banalité. J’y ajoute mes angoisses, le monde agricole qui disparaît, le sexe, la mort, la solitude. Et j’essaye de mixer ma petite histoire avec la grande autour du monde en m’inspirant du milieu je connais le mieux, la campagne où je suis né, chez des paysans.

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 24 août.

 

 

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20/08/2016

Jeux Olympiques: tous ces formidables Suisses à battre, mais qui finissent...vaincus

images.jpgCinq médailles, objectif atteint, plastronnaient les commentateurs sur la RTS, Marie-Laure Viola en tête. Mais il restait alors une semaine et nul doute qu’on allait doubler ce formidable capital, psalmodiaient audacieusement de conserve nos comiques en transes.

Contre toute attente évidemment, vu les forces en présence. Mais qu’importe. Et c’est ainsi que chaque jour, l’espoir chevillé au corps, ils nous laissaient miroiter un wagon de possibilités de breloques en cyclisme, en BMX, en voile, en beach volley, en athlétisme. A croire qu’il n’y avait que des Helvètes en lice aux Jeux. Mais sans surprise, que nenni partout. Avec même quelques échecs cuisants.

Et je ne vous parle pas des médailles déjà quasiment acquises, le bronze en gymnastique au sol avec Giulia Steingruber, l’or en équitation avec Steve Guerdat, pareil en VTT avec Jolanda Neff… Mais caramba, à chaque fois il a fallu à nouveau drôlement déchanter, Giulia finissant dernière de sa finale, le favori Steve terminant chocolat sur son coco et Jolanda la femme à battre, sixième sur son vélo. La poisse, plus collante que jamais.

Finalement, seule Nicola Spirig (photo) réussissait à décrocher l’argent en triathlon. Là encore, on imaginait un métal plus noble. Mais l’argent, c’est quand même bon à prendre et on ne va pas faire la fine bouche. Six médailles, objectif dépassé qu'on se le dise. De toute façon quel que soit le verdict, le mot d'ordre sur la chaîne romande, c'est la pensée positive.  

En résumé cela donne quelque chose de ce genre: certes on est déçu, mais on se montre peut-être trop exigeant… Ce n’est pas grave, lui ou elle est encore jeune, il y aura d’autres Jeux… C’est quand même une bonne performance…. Obtenir un diplôme c’est déjà magnifique… Arriver seizième pour une première fois, c’est extraordinaire… Il  n'y a pas de quoi rougir de ce résultat prometteur... Et en-dehors du traditionnel: l’essentiel c’est de participer, voici l’autre sempiternel leitmotiv naze à l’intention des vaincus: ils auront emmagasiné de l’expérience… Voilà qui leur fait une belle jambe!

Pour l’heure, la Suisse se classe au 30e rang. Elle pourrait éventuellement en gagner une demi-douzaine si Nino Schurter réalise un exploit en VTT. Mais avec tous ces ratages, j’avoue que j’ai du mal à concevoir la chose  Ce n’est pas le cas de nos spécialistes de tous poils, loin d’être découragés par ces revers en cascade et naturellement repartis aussi sec dans leurs pronostics optimistes.

awaw.jpgLes "vieux" au tapis à Cincinnati

Enfin, bien que ces derniers le regrettent amèrement, heureusement que Belinda Bencic et Stan Wawrinka avaient déclaré forfait pour cette olympiade. Car côté crève-cœur, c’eût été le pompon si on se réfère à leur triste prestation dans l’Ohio. La première n’a pas vu la balle au premier tour et le second a été éliminé sans gloire en huitièmes par Grigor Dimitrov.  Super pour des joueurs qui ont boudé Rio pour se consacrer à leur carrière...

Petite consolation, le Vaudois n’est pas le seul à avoir subi un échec mortifiant à ce stade. C’est pire pour Nadal, prématurément terrassé lui aussi, voire atomisé par Borna Coric, le jeune Croate de 19 ans. Si on ajoute Tsonga, Berdych, Ferrer, Gasquet, voire Monfils pareillement dans les choux, on constate que tous les "vieux" se sont retrouvés au tapis à Cincinnati! 

Des défaites qui par ailleurs permettent d'entretenir une vague illusion. Celle de voir le malheureux Federer entamer 2017 dans le top 20. Mais que c'est dur! 

 

 

 

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17/08/2016

Grand écran: Diane chasseresse dans "Moka", Emmanuelle Devos traque Nathalle Baye

aemadevos.jpgPour son deuxième thriller après Complices, Frédéric Mermoud met face à face Emmanuelle Devos et Nathalie Baye, réunies pour la première fois à l'écran. Emmanuelle joue Diane Kramer, une mère qui s’échappe d’une clinique lausannoise pour se rendre à Evian, munie de quelques affaires et d'un pistolet qu’un petit trafiquant lui a procuré.

Car suite à un drame qui a bousillé sa vie, Diane, qui a fait appel à un détective privé, rumine sa vengeance. Obsédée, folle de douleur, elle veut absolument retrouver le conducteur ou plutôt la conductrice d’une Mercédès couleur moka, qui a pris la fuite après avoir renversé et tué son fils. 

Trouvant que la police piétine, elle a décidé de mener sa propre enquête. Et va alors rencontrer, espionner et traquer Marlène (Nathalie Baye), patronne d'une parfumerie-salon de beauté, la soupçonnant d’avoir une responsabilité dans ce tragique accident. Mais les choses, on s'en doute, se révèlent plus sinueuses et compliquées qu’il n’y paraît...

Librement adapté d’un roman de Tatiana de Rosnay, Moka est un drame banalement traité, avec de belles images entre lac et montagnes. Côté comédiens, vêtue d'une parka verte, indépendante, énergique, et quelque peu exaltée, Emmanuelle Devos qui est de tous les plans, se montre convaincante en ...Diane chasseresse. 

Davantage que Nathalie Baye, quelconque en dame blondissime manucurée. Difficile de voir la créature attachante et mystérieuse imaginée par l'auteur, dans la compagne empruntée d'un homme de treize ans son cadet, maman par ailleurs d’une adolescente un rien trouble et rebelle, rêvant de monter à Paris.

Moka n’en a pas moins trouvé des admirateurs. Lors du récent Festival de Locarno, il a décroché le Variety Piazza Grande Award, décerné par un jury de critiques du célèbre magazine américain.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 17 août.

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13/08/2016

Festival de Locarno: Le Léopard d'or à "Godless" de la Bulgare Ralitza Petrova. Un choix décevant

agodless.jpgA Locarno, on peut toujours compter sur le jury pour déjouer les pronostics. Alors que personne ou presque parmi les critiques et les festivaliers n’avait misé un lev sur Godless, c‘est justement celui-ci qui a été distingué par Arturo Ripstein et ses collègues. Il est signé de la réalisatrice bulgare Ralitza Petrova, qui travaille également en Angleterre et en France.

Il s’agit sans doute du film le plus glauque de la compétition. En deux mots, Gana, peu gâtée par la nature (photo ci-dessous), s’occupe de personnes âgées atteintes de démence et revend leurs papiers au marché noir. Rien ne la touche dans son quotidien sombre, sans espoir, jusqu’au jour où elle entend un nouveau patient chanter… 

"J’ai été très chanceuse de réaliser ce film maintenant, de rencontrer toutes ces personnes partageant leur passion, avec un goût pour un cinéma exigeant et pas seulement divertissant. Je ne crois pas que nous sommes uniquement divertis par les rires, ou la violence gratuite et le sexe. Je pense que les idées sont ce qu’il y a de plus distrayant", a déclaré la lauréate à la RTS.

apivanov.jpgGodless a fait carton plein, puisque son héroïne Irena Ivanova décroche le prix de la meilleure interprétation féminine.  Côté masculin, c’est Andrzej Sewryn qui est sacré meilleur acteur pour son rôle dans The Last Family, du Polonais Jan.P Matuszynski, un film également boudé par les critiques.

Trois des papables les plus souvent cités se retrouvent tout de même au palmarès à l’image de Cœurs cicatrisés du Roumain Radu Jude, Prix spécial du jury, tandis que celui de la meilleure réalisation récompense L’ornithologue de Joao Pedro Rodrigues. De son côté Mister Universo de Tizza Covi et Rainer Frimmel se voit attribuer une mention spéciale.

Par ailleurs Moi, Daniel Blake, de Ken Loach, Palme d’or à Cannes en mai dernier, a remporté sans surprise le Prix du public, pour le meilleur film présenté sur la Piazza Grande.

Une compétition faible qui reste le parent pauvre 

Le choix du triste Léopard d’or est à l’image d’une compétition particulièrement faible, qui demeure le parent pauvre. Et le fait que huit des dix-sept prétendants à la médaille étaient des femmes, n’a pas contribué à changer fondamentalement la chose.

Comme on a déjà eu l’occasion de le remarquer, la Piazza Grande, vitrine de la manifestation, a au contraire réservé de fort bonnes surprises. Après Le ciel attendra, Dans la forêt, Stefan Zweig, adieu l’Europe, Jason Bourne, ou Moi, Daniel Blake, Mohenjo Daro, attrayant long-métrage bollywoodien de l’Indien Ashutosh Gowariker, a plaisamment clos le festival sous les étoiles.

Se déroulant en 2016 avant J.-C., il met en scène un fermier beau comme un dieu qui se rend dans la cité de Mohenjo Daro, tombe amoureux d’une créature de rêve et s’oppose à la cupidité d’un tyran pour sauver la ville. De l’aventure avec clins d'oeil au péplum, de l'action, de la romance, des chants, de la danse. C’est kitsch, mais on ne s’ennuie pas une seconde.

Un cru 2016 aussi glouton que moyen

On n’en dira pas autant de l’ensemble d’un festival plus glouton que jamais, provoquant de fréquents et regrettables télescopages. Un cru 2016 moyen, à l'instar d'un cinéma suisse plutôt poussif. Pour tout dire, le souffle de vent qui devait nous emporter promis par le directeur artistique Carlo Chatrian, ne nous a pas pas franchement ébouriffés…

Voilà qui n’a toutefois pas empêché le public de répondre présent à son habitude. Alors que la Semaine de la critique a comme toujours fait salle comble, les nombreuses autres sections ont elles aussi attiré du monde. Et notamment la rétrospective Aimé et refusé: le cinéma de la jeune République d’ Allemagne de 1949 à 1963. Les spectateurs ont ainsi été quelque 165.000 à se ruer dans les salles, dont 65.000 sur la Piazza Grande. 

Voir aussi toutes les notes réservées au Festival de Locarno depuis le 1er août.

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12/08/2016

Festival de Locarno: la course au Léopard d'or est terminée. A qui le trophée?

aorni.jpgAlors que les chasseurs de fauves s’étaient bien relancés dans le milieu de la course après un démarrage poussif, ils ont à nouveau relâché l’effort dans les derniers jours. Du coup, sur les dix-sept prétendants au Léopard d’or, dont huit femmes rappelons-le, seul un tiers nous paraît éligible.

Parmi eux L’ornithologue du Portugais Joao Pedro Rodrigues. Réinterprétant d’une façon onirico-fantastique le mythe et la vie de Saint-Antoine, il met en scène Fernando, un ornithologue de 40 ans, à la recherche d’une espèce rare, la cygogne noire, le long de la rivière Le Douro, au nord du Portugal.

Distrait, il se laisse entraîner par le courant et échoue à moitié mort sur une des rives. Où il est sauvé par deux jeunes Chinoises en folie et en pèlerinage vers Compostelle, qui le ligotent à un arbre.... Il réussit à leur échapper et s’enfonce dans une forêt aussi dense que dangereuse…. Un mystérieux récit initiatique qui fascine souvent et agace parfois. 

acoeurs.jpgSi L’ornithologue a une vraie gueule de Léopard façon Locarno, on lui préfère toutefois Cœurs cicatrisés du Roumain Radu Jude, d’après un roman autobiographique de Max Becher, mort de tuberculose osseuse à 29 ans, après dix ans de souffrance. Nous sommes en Roumanie en 1937. Atteint de cette terrible maladie, Emmanuel, 21 ans, est hospitalisé dans un sanatorium des bords de la mer Noire.

Tandis que son corps au torse pris dans le plâtre se détériore, il raconte ses efforts et ceux de ses compagnons pour vivre le plus normalement possible en faisant la fête et en tombant amoureux. On ne peut s’empêcher évidemment de penser à La montagne magique de Thomas Mann.

aeegypte.jpgSéduisante par ailleurs cette tragi-comédie égyptienne Brooks Meadows And Lovely Faces de Yousry Nasrallah, dont l’action se déroule au cours d’un mariage complètement fou. On vous dira juste que Yehia et ses fils Refaat et Galal assurent le service traiteur, mais que rien ne se passera comme prévu. La suite étant carrément impossible à résumer, en raison de nombreux rebondissements, il ne reste qu’à passer et savourer les plats…

Slava des Bulgares Kristina Grozeva et Peter Valchanov, dont on vous a déjà parlé, reste parmi nos préférés. A travers la simple histoire d’un cheminot bègue, les réalisateurs proposent une autre comédie enlevée, politique celle-ci, où ils se moquent d’un pays au système gangréné par la corruption, des politiques qui l’incarnent, tout en évoquant de manière à la fois cynique et joyeuse du fossé séparant la classe dirigeante du peuple exploité.

auniverse.jpgJolie surprise également que Mister Universo, de Tizza Covi et Rainer Frimmel. Le duo italo-autrichien avait été révélé par La Pivellina en 2009, un film qui se penchait sur un couple d’artistes de cirque.

Avec leur dernier opus, les auteurs restent dans le même univers en suivant Tairo, un jeune dompteur de fauves très malheureux car il a perdu son porte-bonheur. Il va l'utiliser comme prétexte pour partir en voyage à travers l’Italie à la recherche d’Arthur Robin, ancien Monsieur muscles qui le lui avait donné.

On signalera encore Jeunesse, premier film assez prometteur du Français Julien Samani qui nous emmène, avec Zico qui a soif d’ailleurs, sur un cargo pourri. Il ne connaît rien de la vie à bord, s’y prend mal pour tenter de se se faire accepter et les tensions ne tardent pas à naître au sein de ce huis-clos explosif. L’apprentissage du marin est aussi celui de l’auteur du film, qui fait partie du plan renouveau du directeur artistique du festival Carlo Chatrian.

Mais selon la formule consacrée, la critique propose et le jury dispose. Pour cette 69e édition, il est présidé par le Mexicain Arturo Ripstein. Réponse samedi soir sur la Piazza Grande.  

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Festival de Locarno: Ken Loach ovationné sur la Piazza Grande pour "Moi, Daniel Blake"

aloachloc.jpgEn mai dernier à Cannes, dix ans après Le vent se lève, Ken Loach rejoignait, avec Moi, Daniel Blake, le cercle des Dardenne, Haneke, Coppola Imamura et Kusturica, "happy few" doublement cousus d’or. Un choix politique convenu pour ce film militant, beau, émouvant, mais peu novateur et assez manichéen avec les bons ouvriers d’un côté et pratiquement tous les vilains fonctionnaires de l’autre.

Cela n’enlève rien à son efficacité. Présenté sur la Piazza Grande, ii a reçu, comme sur la Croisette, l’ovation du public. A son habitude donc, Ken Loach filme des laissés-pour-compte. Et, au-delà d’une critique sociale acérée, pousse un véritable cri de rage en suivant Daniel (Dave Johns), un menuisier veuf de 59 ans en arrêt maladie, mais contraint de chercher un travail sous peine de sanctions. Il entame alors un parcours kafkaïen dans les dédales de l’administration britannique pour obtenir l’aide sociale.

Pris dans un piège bureaucratique cauchemardesque, où les portes ne cessent de se fermer devant les plus vulnérables, où on vous coupe arbitrairement les subsides, Daniel croise Rachel (Hayley Squires) une jeune femme sans emploi élevant seule ses deux enfants. Ils vont s’allier pour mieux se soutenir.

Les yeux qui se détournent face à l’insupportable

Dans sa conférence de presse, le réalisateur de 80 ans raconte comment il a sillonné le pays, commençant dans les Midlands et finissant à Newcastle une ville à forte tradition de lutte ouvrière. "Partout, tous les jours, des centaines de milliers de familles ne peuvent manger sans le recours aux banques alimentaires. C’est insupportable, intolérable. Et pourtant, on détourne les yeux". 

Interrogé sur le Brexit, notamment voté par une classe aliénée, frustrée, abandonnée, étranglée par les banques, Ken Loach déclare que cela ne va pas modifier la situation dramatique décrite dans son film, bien au contraire. "Les choses vont empirer. Il y aura moins d’argent pour le gouvernement, ce qui se répercuter sur les défavorisés, moins d’emplois, les salaires diminueront". 

Ken Loach est également invité à donner son sentiment sur les terribles attentats qui secouent les pays:  "Les gens sont au bout du rouleau et l’expression de leur colère prend des formes horribles, choquantes. Mais ce n’est malheureusement pas surprenant".

A cet égard, on citera quelques phrases de son discours quand il a reçu la Palme d’or. "Ce monde dans lequel nous vivons se trouve dans une situation dangereuse. Nous sommes à l‘orée d’un projet d’austérité conduit par des idées néolibérales qui risquent de nous mener à la catastrophe". Un autre monde est possible et même nécessaire, ajoutait Ken Loach en mettant en garde contre le retour de l'extrême-droite.

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09/08/2016

Festival de Locarno: Stefan Zweig revit dans "Adieu l'Europe", de Maria Schrader

azweig.jpgEn 1934 Stefan Zweig, écrivain pacifiste juif autrichien et auteur en langue allemande le plus lu avec Thomas Mann, doit quitter son pays pour fuir la montée du nazisme. Deux ans plus tard, celui qui avait prédit très tôt le déclin de l’Europe, laisse définitivement le Vieux Continent derrière luii.

Un film prenant, Stefan ZweigAdieu l’Europe, avec notamment Josef Hader (photo) et Barbara Sukova, signé Maria Schrader, retrace son exil en Amérique du Nord et du Sud, racontant son séjour au Brésil, sa participation au congrès du PEN club de Buenos Aires en 1936, sa visite à New York en 1941, puis sa mort l’année suivante à Petropolis,.

Rappelons que Srefan Zweig s’est suicidé avec sa seconde femme Lotte le 22 février 1942, après avoir rédigé une lettre dans laquelle il remercie le Brésil pour son hospitalité et la nouvelle qu’il lui a accordée. Cinématographiquement, Maria Schrader propose une remarquable séquence de ce fait tragique. 

La réalisatrice s’était vu proposer le sujet par le producteur français Denis Poncet. "Il souhaitait un film sur la seconde partie de la vie de Zweig, avec Lotte, mais au fur et à mesure de mes recherches, j’ai découvert que le plus important pour moi, c’était son exil et sa décision si controversée, de mettre fin à ses jours",  nous confie-t-elle.

Elle a donc suggéré de se concentrer sur ses dernières années. "Mais tout était si compliqué que j’ai décidé de ne pas réaliser un biopic classique. J’ai imaginé une autre structure en me concentrant sur différents moments. Le film est ainsi composé de six tableaux indépendants, le premier ouvrant sur l’accueil extraordinaire qui lui est réservé à Rio et les réceptions qui se sont enchaînées".

L’un des plus importants est le fameux congrès du PEN club de Buenos Aires, où Stefan Zweig pressé de le faire par des journalistes, refuse de condamner publiquement le parti nazi.

Il ne voulait pas être instrumentalisé. Il détestait la polémique, l’hystérie. Il affirmait qu’il n’utiliserait jamais son langage de la même façon que ses ennemis. Pour lui les choses n’étaient pas noires ou banches. Mais quatre ans plus tard, il n’est pas resté aussi silencieux.

Comme vous l’évoquiez plus haut, la décision de se suicider a provoqué la colère de certains de ses collègues. 

Oui, surtout celle de Thomas Mann. Comment a-t-l pu laisser le parti nazi triompher de la sorte?, lui reprochait-il? Mais dix ans après, il a changé d’avis. Il n’avait pas compris alors, disait-il, que toute guerre est l’ennemi de chacun.

C'est Josef Hader qui interprète Stefan Zweig. Pourquoi ce choix ?

Je voulais que la langue maternelle de chaque comédien corresponde à celle du personnage historique qu’il incarne. Il me fallait donc un comédien autrichien pour mon héros. Josef Hader est une super star dans son pays et un immense acteur. En plus il est lui-même écrivain. Je dois dire que sa manière d’incarner Zweig m’a enchantée..

Il est effectivement aussi émouvant que brillant. Une dernière question, Maria Schrader. Zweig est un véritable monument. N’avez-vous pas redouté de ne pas être à la hauteur?

Cette crainte m’a accompagnée tout au long de la réalisation. Oh mon Dieu, qui suis-je pour m’attaquer à un tel artiste? me répétè-je. Mais il a bien fallu que je l’oublie…

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 10 août.

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Festival de Locarno: "Le ciel attendra" montre l'embrigadement de jeunes filles par Daech. Intelligent et utile

acastille.jpgComment et pourquoi une jeune fllle, aujourd’hui, peut avoir envie de partir en Syrie? C’est ce que veut expliquer Le ciel attendra en mettant en scène deux d'entre elles. Mélanie a 16 ans. Elle vit avec sa mère Sylvie aime l’école et ses copines, joue du violoncelle et veut changer le monde. Mais l'irréparable se profile lorsqu’elle rencontre son "prince" sur internet, en tombe amoureuse et se fait peu à peu prendre dans les filets de Daech. Un piège qui a aussi failli se refermer sur Sonia, pour "garantir à sa famille une place au paradis". 

Un film intelligent, lucide, utile, évoquant ce moment où les ados sont contre tout ce qui représente l'autorité, explorant parallèlement l’intimité et la psychologie de deux jeunes filles qui ont basculé, ou vont le faire, dans le fanatisme. L’opus montre aussi la façon dont les proies sont repérées grâce aux réseaux sociaux, après avoir posté des messages avec des mots-clés qui permettent d'établir  le contact. Et puis, entre embrigadement et désembrigadement, il y a la douleur, la colère, le courage de parents qui veulent comprendre et se sentent coupables de n'avoir rien vu venir. 

Le ciel attendra est signé de la réalisatrice scénariste et productrice française Marie-Castille Mention-Schaar (photo), auteur de La première étoile en 2009, Ma première fois et Bowling en 2012 et de Les héritiers en 2014. "Je ne suis partie de rien de précis 'une suite de conversations, de questions que je me suis posée", raconte la réalisatrice lors de la projection sur la Piazza Grande. 

amention.jpgEn fait elle avait écrit un autre film mais le sujet restait dans sa tête. "J’ai commencé à rencontrer des journalistes qui couvrent le sujet, un frère parti sur les traces de sa soeur. Ensuite j'ai fait beaucoup de recherches, vu des reportages, lu des articles, regardé des heures de vidéo de propagande dont certaines sont juste insoutenables, pour mieux saisir l'emprise des rabatteurs". 

Grâce aux contacts de Dounia Bouzar

Toutefois, le plus important pour elle était d’entrer en contact avec des filles qui ont été, sont encore dans la radicalisation. Et cela grâce à Dounia Bouzar, anthropologue française qui a fondé en 2014 le Centre de prévention contre les dérives sectaires liées à l’islam.

"Elle a accepté que je la suive pendant trois mois avec son équipe partout en France. Et j’ai découvert la réalité du processus d’embrigadement en parlant notamment avec une jeune fille passée par là. Elle  m’a aidée en ce qui concerne les dialogues, les attitudes le comportement, la manière de s'habiller, de faire ses prières, ses ablutions".

La fragilité, la naïveté de certaines filles favorisent-elles la radicalisation?

Tous les adolescents sont fragiles. Ils sont en pleine construction hormonale et, à cet âge, absolument n’importe qui peut tomber dans plein de choses, la drogue, l’alcool. Il n’y a pas de profil type comme j’ai pu le constater en m'entretenant avec des psychiatres. Par ailleurs, l'embrigadement ne se concentre pas sur les quartiers. Plus de la moitié des converties en France sont issues de la classe moyenne, sinon supérieure. Je dirais que les moins vulnérables sont elles qui appartiennent déjà à un groupe.

Vous évoquez leur soif d’absolu, de pureté, de romantisme.

Les filles succombent plus facilement à cette sorte d'idéal. Elles ont aussi davantage besoin d’être utiles, de servir à quelque chose. Les rabatteurs les ciblent en leur assurant que leur vie va avoir un autre sens que dans cette société pourrie, dépourvue de spiritualité, uniquement attirée par l’argent, la consommation, le succès. 

Et où la mort devient mieux que la vie…

Sauf que la mort n’est pas la mort. Ce qu’on leur promet, c’est la vie après la vie, le paradis, un monde où il n’y a pas d’injustice, de pauvreté, où tout est beau.

Deux mots sur le choix de vos actrices, toutes très convaincantes.

Sandrine Bonnaire devait mais n’a pas pu jouer dans Les Héritiers. Suite à ce rendez-vous manqué, j’étais contente de la retrouver car elle me paraissait évidente dans le rôle de l’une des mères. En ce qui concerne Clotilde Courau, l’autre mère, c’est son agent qui m’a parlé d’elle. J’ai regardé L'ombre des femmes de Philippe Garrel et j'ai été séduite par sa volonté d'implication dans l'histoire. Quant à Noémie Merlant et Naomi Amarger, elles avaient joué dans Les héritiers, et j'avais très envie de retravailler avec elles. 

Et pourquoi avoir pris Dounia Bouzar pour interpréter son propre personnage ?

Elle connaît tellement le sujet qu’il aurait été très compliqué pour une comédienne d’avoir une telle maîtrise. Du coup je ne pouvais pas me priver d’elle.

A noter que le tournage a commencé au lendemain des terribles attentats de novembre dernier à Paris. Marie- Castille Mention-Schaar a beaucoup hésité. "Nous étions tous bouleversés de faire ce film au moment où la France était à nouveau massivement attaquée".

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07/08/2016

Festival de Locarno: Harvey Keitel se raconte avec humour face à un public conquis

akeitel.jpgLa foule s’était massée au Spazio Cinema plus d’une heure avant l’arrivée de Harvey Keitel, qui s’était vu remettre la veille, sur la scène de la Piazza Grande, le Lifetime Achievement Award (photo). En grande forme, le comédien séduit par son humour et sa simplicité. 

Cerné par une forêt de caméras, il n‘hésite pas à monter sur une chaise pour saluer un public ravi de le découvrir aussi sympathique et nature, se prêtant de  bonne grâce au jeu des questions-réponses, même s’il avertit qu’il ne répondra pas forcément à toutes.

L'ami de Martin Scorsese

Ancien marine, Harvey Keitel, moitié Italien moitié Roumain "mais c'est une trop longue histoire", né "inconnu" à Brooklyn en 1939 mais très connu pour ses rôles dans Taxi Driver, La leçon de piano ou Pulp Fiction, entre autres bien sûr, n’est pas avare d’anecdotes. S’il a croisé les plus grands au fil de son parcours, il est venu assez tard au cinéma, faisant ses débuts dans le premier long-métrage de Martin Scorsese Who’s That Knocking At My Door? sorti en 1967.

Devenus amis, le réalisateur et l’acteur ne se quittent pas pendant des années."Lui et moi faisons le même film depuis", remarque-t-il. "On se demande toujours qui frappe à a porte… Nos expériences ne sont pas très différentes. On n’avait pas d’argent, on tournait chez lui dans l’appartement des parents de Martin  à Little Italy. C’est là que nous avons commencé".

Tavernier, Scola, Argento, Sorrentino...

Ayant constamment alterné les tournages des deux côtés de l’Atlantique, L’acteur "aux cent visages" qui s’apprête à fêter ses 50 ans de carrière, évoque aussi ses collaborations avec des Européens. En 1980, il partage l‘affiche dans La mort en direct de Bertrand Tavernier avec Romy Schneider. "J’avais vu L’horloger de Saint-Paul et trouvé son auteur excellent. Je  souhaitais travailler avec lui et j’ai  appris que j’étais le type d’acteur américain qu’il cherchait". Deux ans plus tard il joue dans La nuit de Varennes sous la direction d’Ettore Scola. "Puis il y a eu Lina Wertmüller, Dario Argento, Paolo Sorrentino.."

Aux Etats-Unis, Harvey Keitel connaît une période faste début des années 90. C’est là qu’il joue dans le film d’Abel Ferrara The Bad Lieutenant. "Je voulais gagner un peu d’argent. Avec Abel on avait le même avocat. Il m’a donné le scénario. Il n’y avait que quelques pages,  en plus écrites en très gros caractères. Je l’ai d’abord jeté à la poubelle avant de le reprendre. Je l'ai lu et j’ai été convaincu. Mais mon rôle n’était pas écrit. On a improvisé. L’impro c’’est important, ça peut vous permettre de créer un événement et d’imaginer le chemin pour y arriver". 

Au contraire le scénario de Smoke, signé Paul Auster qui l'a réalisé avec Wayne Wang, débordait.. "Quand je suis arrivé à la fin, je l'ai trouvé terriblement ennuyeux. Du coup je me suis dit que je devais avoir raté quelque chose et qu’il fallait que je tourne le film". A noter que Smoke avait reçu en 1995 le prix du public à Locarno.  

adogs.jpgL'appétit d'ogre de Quentin Tarantino

On apprendra aussi que Quentin Tarentino a un appétit d’ogre, En 1992, Keitel l’aide à réaliser Reservoir Dogs. "Il travaillait dans un magasin de vidéo: "J’ai eu le script  et c’est ainsi qu’on s’est rencontré. Le problème avec lui c’est qu’il mange beaucoup et me vidait mon frigo".

Lorsqu’on lui demande le nom de son réalisateur préféré et de son film favori, il botte en touche en lançant un ironique: "Vous boulez que je me fasse assassiner?"  Il tacle également un esprit chagrin qui lui demande comment il prend le fait de vieillir. "Vous ne m’avez pas l’air bien jeune vous-même  Venez à mon hôte nous échangerons nos lotions capillaires!"

On ne saura pas non plus ce qu’il pense de la candidature de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis. "Là, je participe à un événement cinématographique…. Mais la période est vivante, les Américains sont  en mesure de protéger le pays et de faire ce qui est juste".

En revanche, il ne se fait pas prier pour livrer les plus beaux moments de sa vie d’acteur: la naissance de ses deux filles et de son fils, aujourd’hui âgé de 12 ans.

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06/08/2016

Festival de Locarno: "Dans la forêt", un thriller anxiogène aux accents fantastiques

aforet.jpgJusqu'à présent, la Piazza Grande a réservé de meilleures surprises que la compétition. A l’image de Dans la forêt, du Français Gilles Marchand. Le film, notamment inspiré de l'enfance de l'auteur, met en scène Tom et Benjamin, deux garçons de 8 et 11 ans, qui rejoignent leur père vivant à Stockholm, pour passer les vacances d'été avec lui.

Ils l’ont à peine vu depuis qu’il a divorcé de leur mère, plus particulièrement Tom, qui ne connaît pratiquement pas cet homme à la fois bizarre, mystérieux, solitaire et autoritaire, qui semble ne jamais avoir besoin de dormir. C’est en tout cas ce qu’il lui affirme. A la suite d’incidents étranges, il décide brusquement d’aller dans le nord du pays et de séjourner dans une cabane en pleine forêt.

Les deux gamins trouvent l’idée chouette, mais déchantent assez rapidement en découvrant un endroit certes magnifique, mais beaucoup plus isolé qu’ils l’avaient imaginé, privé d’électricité de surcroît, ce qui les empêche de recharger leur portable. Le malaise s’installe au fil des jours et leur inquiétude s’accroît quand ils comprennent que leur père, heureux d’être coupé du monde avec ses fils, envisage de moins en moins un retour à la civilisation…

aforetgos.jpgDepuis ses premiers longs-métrages, Gilles Marchand est adepte du thriller aux accents fantastiques. Dans Qui a tué Bambi (2003), il évoquait les obsessions d’une jeune infirmière se débattant entre rêve et cauchemar. Dans L’Autre monde (2010), il utilisait le phénomène des jeux vidéo en ligne pour développer des relations troubles et malsaines entre des personnages à la dérive.

Le côté maléfique, diabolique, un peu façon Shining, l’emporte dans son dernier opus anxiogène. Et qui le serait davantage s’il n’avait pas décidé de distiller l’angoisse dès les premières images. Du coup, on n’est jamais surpris par les agissements menaçants ou alarmants du père. Ni saisi par les visions de monstrueuses créatures du petit Tom, véritable héros de l'histoire. Doué de télépathie, il révélait en effet d’entrée à une pédopsychiatre qu’il avait un mauvais pressentiment à l’idée d’aller retrouver l’auteur de ses jours en Suède.

Dommage mais cela n'enlève rien à la prestation des comédiens. Jérémie Elkaïm dans le rôle du père, Timothé Vom Dorp (photo) et Théo Van de Voorde dans celui des enfants, se montrent tous les trois excellents. 

Cessez-le-feu avec Romain Duris en vedette

aduris.jpgUn autre film hexagonal a eu les honneurs de la Piazza de la Piazza, Cessez-le-feu d’Emmanuel Courcol. Quittant l’Afrique, où il menait une existence d’aventurier au début des années 20 pour tenter d’oublier les horreurs de la Première Guerre mondiale, Georges Laffont, ancien soldat, revient en France.

Il retrouve sa mère et son frère, Marcel. Invalide de guerre sourd-muet.suite à un traumatisme. Egalement très perturbé, Georges essaye de trouver sa place dans un pays où la vie a continué sans lui. Petit à petit, il va se reconstruire grâce à Hélène qui enseigne la langue des signes à Marcel et avec qui il entretient une relation houleuse. En dépit de quelques longueurs, le film se laisse voir, notamment grâce à ses têtes d’affiche Romain Duris, Céline Salette et Grégory Gadebois.

 

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Festival de Locarno: "Jason Bourne" déboule et ça déménage pendant deux heures!

abourne.jpgAprès La mort dans la peau (2004) et La vengeance dans la peau (2007) deuxième et troisième chapitre de la franchise Jason Bourne initiée par Doug Liman, Paul Greengrass revient pour revitaliser la saga avec un cinquième épisode où il retrouve Matt Damon.

Depuis près de dix ans, Jason Bourne qui a disparu de la circulation, assure son existence en participant à des combats de boxe. Jusqu’au jour où Nicky Parsons (Julia Stiles), qui a découvert un élément important du passé de l’agent amnésique, reprend contact avec lui.

Du côté de la CIA, l’analyste Heather Lee (Alicia Vikander) la repère, ainsi donc que Bourne. Elle est alors chargée par le directeur Robert Dewey (Tommy Lee Jones) de le traquer. En même temps l’agence a demandé à l’un de ses tireurs d’élite (Vincent Cassel) de l’assassiner.

On ajoute des enjeux informatiques majeurs pour un gouvernement américain hyper puissant étendant ses pouvoirs jusqu’en Islande, mais qui serait lui-même dans la ligne de mire d’une redoutable organisation avec instrumentalisation de la terreur grâce à internet et fomentation d’insurrections à la clé.

Un pur film d’action sans temps mort

Et c’est parti pour une resucée familière, on est en terrain plus que connu, mais toujours aussi efficace. Pour tout dire, ça a déménagé sec sur la Piazza Grande. Du pur film d’action mené tambour battant, ponctué de bastons sauvages et de folles poursuites entre Athènes et Las Vegas en passant par Londres. Sans le moindre temps mort, Jason Bourne tient le spectateur en haleine pendant près de deux heures.

Notamment grâce à Matt Damon, égal à lui-même. Il s’est énormément entraîné, a suivi un régime sévère et un sacré programme de musculation. Débarquant dans l’histoire, Vincent Cassel a la (sale) gueule de l’emploi. Pour mieux se glisser dans la peau du tueur impitoyable, il a dit s’être inspiré des requins dans la gestuelle, le regard et l’intention. C’est réussi.

Il pourrait, à l’image d’une autre petite nouvelle, la Suédoise d’Alicia Vikander, suivre Matt dans d’éventuels prochains volets, la fin du numéro 5 laissant augurer une suite. En revanche, plus raviné qu’un vieux parchemin, Tommy Lee Jones détone carrément dans l’affaire. Il n’y survivra pas…

Le flm sera à l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 10 août.

Perle bulgare dans une compétition au démarrage par ailleurs mou 

aslava.jpgOn l’a dit, un vent nouveau souffle sur la compétition où, sur les dix-sept prétendants au Léopard d’or, huit sont des femmes. Dont la Bulgare Kristina Grozeva qui, avec Peter Valchanov propose Slava (Glory). Cette tragi-comédie enlevée en forme de parabole, se moque d’un pays où tout le monde triche, dénonçant avec bonheur la corruption qui gangrène le système, la brutalité des politiques qui l’incarnent, le fossé existant entre la classe dirigeante et le peuple.

Et cela à travers la simple histoire d’un pauvre cheminot bègue, Tsanko Petrov. Trouvant une énorme somme d’agent sur lune voie ferré, il décide de la remettre à la police. S’ensuit une série de péripéties où le malheureux, promu dérisoire héros de la nation, est victime du cynisme d’une directrice des relations publiques, par ailleurs occupée à des séances de procréation assistée. Tsanko va alors entamer une dure bataille pour récupérer sa dignité bafouée, ainsi qu’un bien précieux, une montre, lui venant de son père. .

Pour le reste, le concours a démarré mollement que ce soit côté masculin ou féminin. A l’image de La prunelle de mes yeux, signé de la Française Axelle Ropert. Ses protagonistes habitent le même immeuble et se croisent sans cesse dans l’ascenseur. Elle est aveugle, lui non mais feint de l’être pour lui plaire. Une bague idiote, qui les fait se détester avant de s'aimer, à la mesure d’un mélo trop niais pour séduire.

 

 

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