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11/01/2017

Grand écran: Bertrand Tavernier passionne avec son "Voyage à travers le cinéma français".

aaatavernier.jpgGrand amoureux du septième art dans lequel il est pratiquement tombé au berceau, Bertrand Tavernier nous invite à partager son Voyage à travers le cinéma français, un documentaire captivant de plus de trois heures fourmillant d’extraits (Casque d’or Falbalas, Rendez-vous de juillet, Antoine et Antoinette, Touchez pas au grisbi) d’analyses, d’archives, de saillies et d’anecdotes.

Certaines sont savoureuses, dont la genèse du fameux "Atmosphère, atmosphère..." d’Arletty dans Hôtel du Nord, ou la surveillance à la cantine par Claude Sautet de Lino Ventura, gros mangeur. Une prise de poids aurait nui à son personnage en cavale dans Classe Tous risques.

Après avoir rendu hommage à ses cinéastes hollywoodiens préférés dans deux livres, 50 ans de cinéma américain co-écrit avec Pierre Coursodon, et Amis américains, il revisite, de 1930 à 1970, les films français, leurs auteurs et leurs acteurs qui ont marqué sa vie Un travail de titan pour ce cinéphile passionné qui nous offre une promenade subjective et personnelle à la manière de Scorsese, à qui l’on doit Un voyage avec Martin Scorsese à travers le cinéma américain et Mon voyage en Italie.

Plein de vie, d’humour de générosité, de malice, la traversée commentée avec une érudition pimentée de modestie, de fierté et de gourmandise, commence avec Jacques Becker, pour qui Tavernie éprouve une admiration sans borne. Ce «cinéaste de la décence ordinaire» lui a procuré, avec Dernier atout, sa première émotion de spectateur dans un sanatorium, alors qu’il était âge de six ans seulement.

La balade se poursuit avec Jean Renoir, un génie dont il égratigne l’image mythique en évoquant un comportement douteux en 1940, le grand Jean-Pierre Melville, qui lui conseilla de devenir attaché de presse suite à une collaboration compliquée. Ce qu’il devint d’ailleurs ensuite pour Claude Chabrol et Jean-Luc Godard. Il a par exemple assuré la promotion de Pierrot le fou.

Intime de Claude Sautet, Bertrand Tavernier réhabilite Marcel Carné, se penche sur des oubliés comme Edmond T. Gréville ou Jean Sacha et ne manque pas de parler des compositeurs, de Joseph Kosma à Maurice Jaubert, auteur de L’Atalante et Du jour se lève.

Subjectivité et coups de cœur personnels signifient évidemment manques. Rohmer, Pialat ou Resnais ne figurent pas au panthéon de Tavernier dans ce documentaire. Peut-être dans la version longue de six heures … Par ailleurs, on ne partage pas tous les enthousiasmes de l’auteur. Notamment pour Jean Gabin. Inconditionnel du comédien, il fustige les esprits chagrins pour qui le héros de La Bête humaine fait du Gabin dans tous ses films.

Mais peu importe, ce Voyage à travers le cinéma français est à consommer sans modération pour les fous de pellicule et ceux qui pourraient le devenir.

 A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 11 janvier.

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10/01/2017

Grand écran: "Hedi-un vent de liberté" mêle romance et drame de société dans la Tunisie d'après printemps arabe

aaahedi.jpgNous sommes à Kairouan, en Tunisie, peu après le printemps arabe. Bien que son pays soit en pleine mutation, Hedi, trentenaire timide, réservé, reste soumis aux conventions sociales. Indolent mouton noir de sa famille, il accepte d’épouser la femme qu’elle a choisie pour lui. Mais il étouffe sous la pression qu’exercent les siens, plus particulièrement sa mère très autoritaire.

Passionné de dessin, il travaille avec résignation comme commercial pour une marque automobile, ce qui le contraint à de nombreux déplacements. Alors que ses parents préparent le mariage, son patron en quête de nouveaux clients, l’envoie prospecter à Mahdia, une station balnéaire désertée par les touristes.

C’est là qu’Hedi rencontre Rym, animatrice dans un hôtel, qui le séduit par son indépendance, son aplomb et son dynamisme. Ils tombent amoureux et Rym l'encourage à réaliser ses rêves de dessinateur. Alors que la date du mariage approche, Hedi joue les frondeurs. Poussé par un vent de liberté, il ose braver les traditions. Et gâche la fête...

Mêlant romance et drame de société sur fond de tension et de suspense, ce premier film intimiste, humaniste, touchant de Mohamed Ben Attia, coproduit par les frères Dardenne, est une jolie réussite. Adoptant le point de vue du héros, le réalisateur propose avec finesse, évitant tout manichéisme, le portrait d’un homme qui s'émancipe face à un choix difficile, et la peinture subtile d’une Tunisie d’après Ben Ali freinée dans va volonté de progrès.

Le cinéaste, qui a reçu le Prix de la meilleure première œuvre à la Berlinale, est bien aidé par ses acteurs. A commencer par Majd Mastoura (photo)dans le rôle de Hedi, qui a lui décroché l’Ours d’or de l’interprétation. Il traduit à merveille les regards, les tourments intérieurs, les émotions, la manière d’être de ce personnage introverti manquant de confiance en lui, Face à lui, Rym Ben Messaoud est à la hauteur.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 11 janvier.

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Grand écran: "Primaire" rend hommage aux enseignants. Avec la vibrante Sara Forestier

aaaforestier.jpgProfesseure des écoles comme on dit en France, la dévouée Florence se consacre entièrement à ses élèves d’une classe de CM2. L’arrivée de Sacha, un gamin en difficulté abandonné par sa mère la bouleverse et elle va se battre pour qu’il ne se retrouve pas en foyer. Quitte à délaisser sa vie de mère et de femme.

Avec Primaire, fiction aux allures de documentaire, Hélène Angel rend hommage aux enseignants. Tout en insistant sur l’importance capitale de leur rôle dans la transmission du savoir aux enfants, elle réussit à restituer l’effervescence d’une classe peuplée d’élèves un rien cabochards et dissipés, mais que dompte sans trop de problème, l’institutrice à la fois vaillante et bienveillante.

Pour porter ce film nous disant qu’apprendre est la plus belle des expériences à n’importe quel âge, la réalisatrice a choisi Sara Forestier. Vibrante, engagée, idéaliste, elle joue l’institutrice avec une telle justesse et une telle conviction que ce pourrait être son vrai métier.

Si on est totalement conquis par la prestation de la jeune femme, parfaite en héroïne du quotidien, on a quelques réserves sur l’ensemble d’un film peu novateur dans le genre et à tendance moralisatrice dans son discours.

Etonnant de la part d’Hélène Angel, surtout quand on pense à son cri de rage dans son premier long-métrage Peau d’homme cœur de bête, qui lui avait valu le Léopard d’or à Locarno en 1999. On regrette par ailleurs un peu le choix des élèves qui privilégie le stéréotype, ainsi que quelques clichés sur leur comportement et les rapports entre eux.

Le moins convaincant reste toutefois la romance à l’eau de rose entre Sara Forestier et Vincent Elbaz, superficielle, sans intérêt et qui, en sortant curieusement du sujet, n’apporte rien au récit sinon une lourdeur particulièrement malvenue.

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 11 janvier.

22:10 Publié dans Sorties de la Semaine | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

02/01/2017

Grand écran: "A Monster Calls", conte initiatique poétique et bouleversant

aaaamonster.jpgConor, un garçon de 13 ans, a de plus en plus de mal à affronter le cancer qui ronge sa mère, la méchanceté de ses camarades de classe qui ne cessent de le tourmenter, l’absence de son père et l’autorité d’une grand-mère trop stricte,

Pour fuir son quotidien déprimant, il s'échappe chaque nuit, à 0h07, dans un monde imaginaire peuplé de créatures extraordinaires, Et fait plus spécialement connaissance avec un if gigantesque. Cette créature mythique composée de racines et de vieux morceaux d’arbres que le gamin appelle "le monstre", est rendue très expressive grâce à l’utilisation de la motion capture.

Pour aider Conor à surmonter sa colère, sa tristesse et sa frustration face à l’abandon et à la peur de la perte, l'imposant ’if imagine quatre contes qui lui apprendront le courage et la valeur du chagrin. Il lui en narrera trois, laissant au garçonnet le soin d’inventer le quatrième, ce qui lui permettra surtout de supporter la vérité.

A Monster Calls(Quelques minutes après minuit) est adapté du roman éponyme de Patrick Ness par le réalisateur espagnol Juan Antonio Bayona . Romancier anglo-américain spécialisé dans la littérature pour enfants. Ness a lui-même repris les premiers écrits de l’auteure britannique Siobban Dowd, qui souhaitait en faire son cinquième roman avant que le cancer l’emporte en 2007.

Avec cette relation entre l'enfant et l'arbre géant conteur d’histoires à la sagesse primitive, Juan Antonio Bayona, très inspiré, fait preuve d’une grande finesse psychologique. Il propose un récit simple, subtil, à la fois poétique, puissant et bouleversant. Conte initiatique onirique, teinté de fantastique, il évoque sans sensiblerie, avec une rare justesse, la complexité des sentiments contradictoires qui agitent son jeune héros.

Une belle réussite à laquelle les comédiens ne sont évidemment pas étrangers. A commencer par le personnage principal, joué par Lewis MacDougall, remarquable dans une interprétation d’un naturel confondant.

A ses côtés on trouve Felicity Jones dans le rôle de la mère, Sigourney Weaver dans celui de la grand-mère, tandis que Liam Neeson prête sa voix au monstre. 

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 4 janvier.

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31/12/2016

Grand écran: de "Carol" à "Mademoiselle", mes films préférés de 2016

Carol FL[1].jpgLes salles obscures ont fait recette cette année. Notamment grâce au succès de films d'animation de Disney. Dont Vaïana et l’irrésistible Zootopia, évoquant une adorable lapine qui, intégrant la police comme elle en a toujours rêvé, se rend rapidement compte qu’il ne va pas être facile de s’y faire une place… L’opus fait partie de mes  préférés de l‘année. En voici quelques autres :

Carol, de Todd Haynes

Cette histoire, adaptée du roman de Patricia Highsmith The Price Of Salt, publié sous le pseudonyme de Claire Morgan, raconte un coup de foudre interdit dans l’Amérique puritaine des fifties, Carol (Cate Blanchett), une riche newyorkaise malheureuse dans son mariage, rencontre Thérèse (Rooney Mara), jeune et timide vendeuse d’un grand magasin à Manhattan. Thérèse est subjuguée par la beauté, la liberté, la classe folle de cette femme plus âgée. Des regards, quelques mots, une paire de gants oubliée et c'est l'étincelle. Elles se revoient et vont tomber follement amoureuses. Todd Haynes bouscule les normes d’une société corsetée en surfant sur les différences sociales et sexuelles, en compagnie de deux brillantes comédiennes.

Elle, de Paul Verhoeven

Michèle, chef d’entreprise autoritaire, gère sa vie sentimentale et ses affaires d’une poigne de fer. Et puis un jour, elle se fait violer dans sa maison. Chassant le traumatisme, elle refuse résolument de subir et décide de traquer son violeur en retour. Un jeu glauque et dangereux va s’installer entre eux. Pour incarner Michèle, Paul Verhoeven a choisi Isabelle Huppert. Inébranlable, glaçante, vénéneuse, elle prend le contrôle, passant de victime à prédatrice. Provocant, sulfureux, transgressif, attiré par la violence, l’amoralité et l’ambiguïté, le cinéaste nous plonge dans une réalité dingue, malsaine, tordue, avec ce thriller noir, féroce, où règnent sado-masochisme, vengeance et paranoïa de personnages pervers et névrosés.

 

aajarmush.jpgPaterson, de Jim Jarmush

Conducteur de bus, Paterson, incarné par Adam Driver, écrit des poèmes dans un carnet dont il ne se sépare jamais. Des textes courts naïfs, principalement inspirés par son amour inconditionnel pour Laura, sa compagne, (Golshifteh Farahani). Avec leur bouledogue Marvin, ils vivent, dans une maison modeste, une existence à la fois ordinaire et unique, rassurante et ultra ritualisée. Ils sont follement heureux au sein de ce cocon domestique, jusqu’au jour où un grain de sable fait figure de cataclysme dans cet océan d'harmonie… Une comédie singulière, cocasse, pleine de poésie, de grâce et d’émotion, portée par d’excellents comédiens.

Spotlight, de Tom McCarthy

En 2002, le Boston Globe révélait un scandale sans précédent au sein de l’Eglise, dénonçant un réseau de prêtres couverts par leur hiérarchie, puis par la police, le pouvoir et les associations catholiques, alors qu’ils s’étaient rendus coupables d’abus sexuels sur des mineurs pendant des décennies. La vaste enquête sur ces pédophiles a été menée par une équipe de la rubrique investigation du Globe baptisée Spotlight. Une tâche particulièrement délicate et difficile pour les journalistes dans une ville à majorité catholique, où tout a été entrepris pour leur mettre des bâtons dans les roues. Mais les reporters ne lâchent pas le morceau. Cela leur vaudra le prix Pulitzer et provoquera une vague de révélations dans le monde entier. Un thriller captivant, efficace et édifiant.

Quand on a 17 ans, d’André Téchiné

Le réalisateur explore l’un de ses thèmes favoris, les brûlures de l’adolescence. Mettant en scène deux garçons qui se déchirent et ont du mal à assumer leur attirance, ce brillant cinéaste des sentiments les observe se découvrir avant de s’aimer, entre rage, rejet et désir. Damien (Kacey Mottet Klein), vit avec sa mère médecin Marianne (Sandrine Kiberlain), dans une petite ville pyrénéenne. Au lycée il entre violemment en conflit avec le beau Tom (Corentin Fila) dont la mère adoptive est enceinte. Par prudence, Marianne l’envoie à l’hôpital et accueille Tom à la maison. Cela ne plaît à aucun des deux ados qui, à fleur de peau, ne cessent pourtant de se chercher pour mieux se repousser avec colère. Des affrontements annonciateurs d’une passion que l’on pressent dès les premiers regards échangés,

 

abaccalau.jpgBaccalauréat de Cristian Mungiu

Médecin quinquagénaire, Roméo, convaincu qu’il n’y a plus d’avenir en Roumanie après y être revenu plein d’espoir en 1991, s’est démené pour que sa fille Eliza soit acceptée à l’Université de Cambridge. Il ne lui reste qu’à passer son bac, une formalité pour cette élève modèle. Mais Eliza est agressée sexuellement et le drame risque de remettre en cause non seulement sa bourse pour l’Angleterre, mais aussi la vie de Roméo qui a tout misé sur elle. Intensément frustré, il accepte l’aide d’un malade influent en vue de corrompre le correcteur des copies. Le piège se referme, c’est l’engrenage. Entre culpabilité et rédemption, le réalisateur se livre à un examen passionnant et impitoyable de nos sociétés.

Ma Loute de Bruno Dumont

Eté 1910, Baie de la Slack dans le Nord de la France. De mystérieuses disparitions mettent en émoi la région. Au cours de leur enquête, l'improbable inspecteur Machin et son sagace Malfoy mènent l'enquête, façon Laurel et Hardy. Ils se retrouvent bien malgré eux au centre d'une étrange et dévorante histoire d'amour entre Ma Loute, fils ainé d'une famille de pêcheurs aux moeurs très particulières et Billie de la famille Van Peteghem, riches bourgeois lillois décadents. Avec Fabrice Luchini, Valeria Bruni Tedeschi et Juliette Binoche pour des scènes burlesques, saugrenues, déjantées et jubilatoires.

Sully, de Clint Eastwood

Le grand Clint revisite, dans son 35e long-métrage, l'exploit sans précédent dans le domaine du pilote Chesley Sullenberger qui, le 15 janvier 2009, posa son avion sur le fleuve Hudson, à New York., sauvant ainsi tous les passagers. Les images font le tour de la planète. Mais alors qu’il est salué par l’opinion publique et les médias, les autorités ouvrent une enquête qui va durer 15 mois. Face à la perte de l‘avion d’une valeur de 150 millions de dollars, elle met en doute la décision extrêmement risquée du commandant de bord, s’acharnant sur lui dans une volonté maniaque de désigner un coupable. Tom Hanks vieilli, les cheveux blanchis, incarne cet homme à la fois exceptionnel, modeste et méconnu. Peu bavard, sans aucune aspiration à la notoriété, il affirme simplement n’avoir fait que son devoir.

acastille.jpgLe Ciel attendra de Marie-Castille Mention-Schaar

Comment et pourquoi une jeune fllle, aujourd’hui, peut avoir envie de partir en Syrie? C’est ce qu'explique Le ciel attendra en mettant en scène deux d'entre elles. Mélanie 16 ans et Sonia.17 ans, piégées par Daech. Marie-Castille Mention-Schaar propose un film intelligent, lucide, indispensable, très bien documenté, analysant ce moment où les ados sont contre tout ce qui représente l'autorité. Parallèlement, la réalisatrice explore l’intimité et la psychologie de deux filles qui ont basculé, ou vont le faire, dans le fanatisme. Sans oublier la douleur des parents qui s'en veulent terriblement de n'avoir rien vu venir.

Juste la fin du monde, de Xavier Dolan

Pour son septième film, le prodige québecois a choisi d’adapter une pièce de Jean-Luc Lagarce. Jeune auteur à succès, homosexuel intello plein de douceur, Louis n’a pas revu sa mère, sa sœur et son frère depuis 12 ans. Gravement malade, il revient chez les siens pour leur annoncer sa mort prochaine. Et ne cessera de chercher le bon moment pour le faire. Mais il recule à chaque fois face à ces gens qui le noient sous les reproches, l’accablent de leur amertume et de leur amour.. Un huis-clos théâtral familial asphyxiant, à la fois bouleversant et exaspérant, où tout le monde a envie de déballer ce qu’il a sur le cœur, mais ment pour éviter de parler de la vraie raison du retour de Louis. Avec Gaspard Ulliel, Nathalie Baye, Vincent Cassel, Léa Seydoux et Marion Cotillard.

Snowden, d’Oliver Stone

Le réalisateur engagé, critique sans concession de la puissance politique et économique des Etats-Unis, retrace le parcours d’un jeune ingénieur en informatique, patriote idéaliste fier de servir son pays en ralliant la CIA et la NSA. Mais qui, taraudé par sa conscience en se rendant compte de l’ampleur de la cyber-surveillance de ces organisations, est devenu l'un des lanceurs d’alerte le plus célèbre de la planète. Une décision menant à une question cruciale. Faut–il sacrifier la liberté au profit d’une sécurité aléatoire? Le passionnant thriller politique d’Oliver Stone permet aussi de découvrir, derrière le crack informatique qui a tout perdu, sa vie privée et son histoire d’amour. Dans le rôle d’Edouard Snowden on découvre un formidable Joseph Gordon-Levitt.

eddie-redmayne-danishgirl-1[1].jpgThe Danish Girl, de Tom Hooper

C’est la singulière histoire vraie des peintres danois Gerda Wegener et Lili Elbe, née Einar Wegener, le premier à voir subi, en 1930, une opération chirurgicale pour changer de sexe. A l’origine de cette décision, une demande de Gerda qui, pressée de terminer un tableau en l’absence de son modèle, prie son mari d’enfiler ses bas, ses chaussures et sa robe. Le couple, qui poursuit sa relation amoureuse, est rapidement confronté à l’opprobre et aux interdits d’une société conservatrice. Tous deux quittent le Danemark pour Paris en 1912. En 1930 Lilii se rend en Allemagne pour son opération. Mais les dangers de la chirurgie étant alors très élevés, elle meurt un an plus tard. Eddie Redmayne se glisse avec talent dans la peau du personnage.

L'économie du couple, de Joachim Lafosse

Après 15 ans de vie commune, Marie et Boris ont décidé de se séparer. Problème, c’est elle qui a payé la maison et lui qui l’a rénovée. Dans l’impossibilité de se loger ailleurs faute de moyens financiers, Boris est obligé de cohabiter avec son ex-compagne et leurs jumelles. Mais Marie veut qu’il parte. Elle déteste tout chez lui et se demande comment elle a pu l’aimer. C’est l’heure des engueulades monstres et des règlements de compte impitoyables. A la fois psy et ethnologue, Joachim Lafosse a tapé très juste au long de son étude de comportement aussi intelligente que subtile.

Victoria, de Justine Triet

La réalisatrice Justine Triet dévoile brillamment ses obsessions en évoquant les démêlés d’une avocate pénaliste. La trentaine sexy, elle est à la recherche d’un difficile équilibre entre sa vie professionnelle et sa vie amoureuse.Parallèlement à la défense d’un ami accusé de meurtre, elle embauche Sam, un ex-petit dealer comme baby-sitter. Il s’incruste sur son canapé, passant du colocataire à l’amant. Cette comédie romantico-barjo sous influence sexuelle se double d’une satire du couple, mêlant aussi enfants, justice, argent. Elle est portée par la craquante Virginie Efira,

amademoiselle.jpegMademoiselle, de Park Chan-Wook

Librement adapté d’un roman britannique, le film est transposé de l’Angleterre victorienne en Corée dans les années 30, pendant la colonisation nippone. Une jeune femme (Sookee) est engagée comme servante d’une riche japonaise (Hideko), vivant sous la coupe d’un oncle érotomane et tyrannique. Mais Sookee dissimule la noirceur de son âme sous son visage d'ange. Aidée d’un escroc se faisant passer pour un comte japonais, elle concocte un autre plan pour Hideko… Park Chan-Wook met en scène deux comédiennes d’une affolante beauté pour ce thriller romantico-sensuelo-érotique à rebondissements surprenants.

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21/12/2016

Grand écran: "Tous en scène", une version animalière jubilatoire de The Voice...

akoala.jpgL'élégant koala Buster Moon, directeur criblé de dettes d’un théâtre autrefois célèbre mais aujourd’hui décrépit ne baisse pas les bras. Au contraire, il est prêt à tout, non seulement pour  sauver le bâtiment de la destruction, mais pour lui redonner son éclat d’antan.

C'est ainsi que cet éternel optimiste bourré d'idées organise une grande compétition de chant, façon The Voice. Tous les animaux mélomanes de la ville veulent en être dans l’espoir de devenir la future star de la chanson. Cette histoire simple prend alors une tournure très particulière qui, dans un autre genre, fait un peu penser à l’excellent Zootopia.

Une queue interminable se forme aux abords du théâtre pour la sélection et nous voici partis dans l’interprétation de quelque 85 chansons connues, datant de 1940 à nos jours. Mais le jury est impitoyable. Finalement, cinq candidats sont retenus pour le défi propre à transformer leur vie en cas de victoire.

On trouve une irrésistible truie mère de famille débordée avec ses 25 mouflets, une jolie souris sans scrupules, un ado éléphant miné par le trac, un jeune gorille délinquant qui veut échapper à sa famille de truands et une porc-épic punk qui a du mal à se débarrasser de son petit ami à l’ego surdimensionné pour entamer une carrière solo.

Parallèlement aux auditions, le réalisateur Garth Jennings nous embarque dans leur vie, leurs soucis, leurs problèmes, ce qui rend le film particulièrement créatif et inventif avec plein de trouvailles bluffantes. Les gadgets qu’invente par exemple maman cochon pour que sa smala et son mari ne s’aperçoivent pas de son absence quand elle se rend aux répétitions sont époustouflants.

Outre le petit côté culturel de Tous en scène (Sing), la qualité de l'animation et le visuel souvent ébouriffant, le travail d’anthropomorphisme se révèle à la fois original et plein d’humour. On tente en effet de ne pas enfermer les différents protagonistes dans leurs caractéristiques.

Alors que le koala est un animal lent qui dort près de 18 heures par jour, dans le film c’est un amoureux de la scène hyperactif, et ambitieux. De même on exalte le côté primesautier de la truie, la gentillesse et la timidité du gorille qui préfère de loin l’ambiance des planches aux braquages de banques, ou la folle appréhension de l’éléphant. Aussi touchants que farfelus et attachants, ils nous arrachent carrément une larmichette.

A l'affiche dans les salles de Suisse romande, dès mercredi 21 décembre.

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Grand écran: Kore-eda, peintre de la famille japonaise, explore l'image du père dans "Après la tempête"

aaeda.jpgPeintre de la famille japonaise, sujet inépuisable, Hirokazu Kore-eda, réalisateur de Nobody Knows, Still Walking ou Tel père tel fils, propose un nouveau tableau avec Après la tempête. A l’origine, on découvre une histoire personnelle qui couvait en lui depuis le décès de son père il y a 15 ans. Le film explore ainsi l’image paternelle à travers celle d'un joueur invétéré couvert de dettes qui vient de mourir (laissant une veuve peu éplorée et pleine d'énergie), et celle de son fils Ryota, héros déchu, charmeur et complètement immature. Il est formidablement interprété par le très charismatique Hiroshi Abe (photo).

Après un début prometteur d’écrivain, Ryota est rattrapé par la passion du jeu, abandonne ses ambitions littéraires et se retrouve dans la peau d’un détective privé véreux sur les bords. Gaspillant son maigre salaire aux courses, il n'a pas les moyens de s'acquitter de la pension alimentaire de son gosse Shingo, 11 ans, dont il est séparé comme de sa femme Kyoko, qui vit avec un autre homme.

Ryota ne tente pas moins péniblement de regagner leur confiance, plus spécialement celle de Shingo le regardant avec méfiance alors qu’il passe la journée avec lui, lui payant un hamburger ou des chaussures de baseball. Et puis le soir, un typhon les contraint tous les trois à passer la nuit chez la grand-mère qui espère secrètement les voir réunis.

Avec cette chronique intimiste, Kore-eda excellant à son habitude dans l’observation des rapports humains, nous laisse pénétrer au sein d’une famille déchirée mais qui peut se raccommoder. Après la tempête est certes plus amer, moins tendre que ses films précédents, mais l’auteur ne cherche pas pour autant à filmer des gens désabusés. Au contraire il leur insuffle un certain espoir, nous expliquait-il lors d’un passage à Genève.

En fait, vous évoquez le monde à travers la cellule familiale.

Je montre la complexité de chacun de ses membres. Je vais derrière les apparences. Cela me permet de saisir, de développer des traits d’humanité, de psychologie. J’accorde de l’importance aux lieux, à l’utilisation fréquente d’une radio portable exprimant une certaine solitude, à la manière d’être, de vivre, de discuter autour de la nourriture ou autres détails plus anodins.  

Votre vision de la paternité est au cœur du film. A ce propos, vous prétendez que l’amour du père est à retardement. En avez-vous souffert ?

J’ai en effet toujours eu l’impression qu’il venait trop tard. Je l’ai vécu moi-même pour avoir commencé à aimer vraiment mon père après sa mort. Et j'ai aussi ressenti le sien à ce moment-là. L’amour paternel se construit sur une temporalité plus longue que celui de la mère qui est constant, voire envahissant, sinon asphyxiant. Mais dont un enfant ne peut jamais douter.

Ryota voudrait changer, mais tiraillé entre sa mère, son ex-femme et son fils, il n’évolue pas tellement. Cela dit, à défaut de devenir plus mature, il prend davantage conscience de ce qui se passe. 

Les personnages qui gagnent en maturité ne me passionnent pas. Ce que je voulais montrer avant tout, c’est cette prise de conscience dont vous parlez. Je la vois comme une sorte d’éveil. Il n’y a pas de changement magistral chez Ryota, mais des détails positifs. Au cours du typhon, il se redresse un peu. La tempête est un symbole de purification. Elle donne la possibilité de laver les choses.

Comme toujours, les repas revêtent une dimension particulière. Aimez-vous la cuisine?

Oui, beaucoup. Toutes les cuisines. Cela dit, dans les drames familiaux, le plus intéressant se passe dans la préparation, les conversations avant les repas et les rangements qui les suivent. Pendant on mange et on a la bouche pleine…

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 21 décembre.

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20/12/2016

Grand écran: Jim Jarmush exalte la poésie du quotidien dans "Paterson". Avec grâce et humour

aajarmush.jpgIl en avait envie depuis plus de 20 ans. Jim Jarmush s’est lancé un sacré défi: exalter la beauté du bonheur au quotidien avec  Paterson. Ce titre est aussi le nom de son personnage principal, celui de la ville du New Jersey où se déroule l’intrigue et celui du célèbre recueil du poète américain William Carlos.

Conducteur de bus, Paterson, incarné par Adam Driver, écrit lui aussi des poèmes dans un carnet dont il ne se sépare jamais. Des textes courts naïfs, racontant des choses concrètes, simples, presque façon haïku. Des poèmes en réalité écrits par Ron Padget, un des auteurs préférés de Jarmush,

S’il écoute les conversations de ses passagers qui pourraient nourrir son inspiration, Paterson la puise principalement dans son amour inconditionnel pour Laura, sa compagne, (Golshifteh Farahani) qui le lui rend bien. Tous deux habitent une modeste maisonnette en compagnie de Marvin, leur bouledogue anglais grognon et charismatique. Ils vivent une existence à la fois ordinaire et unique, rassurante et ultra ritualisée. 

Chaque matin Paterson se réveille pile à 6h15, part à son travail, transporte ses concitoyens, retrouve femme et foyer, promène le soir Marvin qu’il attache tel un cow boy son cheval devant un bar où il prend sa bière habituelle, avant de rentrer chez lui et de se coucher auprès de sa dulcinée. Pour tout recommencer pareillement le lendemain. Et ceux d'après.

De son côté la fantasque, farfelue, lunaire et joyeuse Laura, qui n’est pas à une lubie près, multiplie les projets et les expériences loufoques, s’inventant chanteuse country ou pâtissière, redécorant obsessionnellement tout ce qui lui tombe sous la main en noir et blanc des murs à ses robes en passant par d’immangeables cupcakes.

Le grain de sable

Elle admire et motive son homme, aimerait bien qu’il soit publié. Mais il rechigne à laisser lire ses oeuvrettes. Peu importe Ils sont follement heureux au sein de ce cocon domestique où l’addition de petites joies et menus plaisirs remplace les grands événements spectaculaires. Jusqu’au jour où un grain de sable fait figure de cataclysme dans cet océan d'harmonie. Jarmush livre alors une peinture plus profonde, subtile et existentielle de ses deux héros que leur couple de conte de fées le laissait paraître.

On n’en dira pas davantage, sinon que cette comédie singulière flirtant avec l’absurde et portée par deux excellents comédiens (photo) se révèle pleine d’émotion, de poésie et de grâce. La répétition des situations banales ainsi que le traitement magnifié d’un quotidien faussement monotone et d’une existence apparemment vide rendent par ailleurs l’opus irrésistiblement cocasse.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 21 décembre.

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14/12/2016

Grand écran: "Cigarettes et chocolat chaud" raconte la vie de la famille Patar. Laborieux

acottin.jpgDécidément le papa poule a la cote. Après Omar Sy dans Demain tout commence, c’est Gustave Kervern qui s’y colle dans Cigarettes et chocolat chaud, où il donne la réplique à Camille Cottin déguisée en assistante sociale (photo). C’est le premier long-métrage Sophie Reine, monteuse à la base. Le titre vient d’une chanson de Rufus Wainwright Cigarettes And Chocolate Milk et la réalisatrice s’est inspirée de sa propre expérience de vie pour brosser laborieusement le portrait d’une famille un rien borderline.

Veuf, Denis Patar est le père foutraque, aussi aimant que maladroit et déboussolé de deux filles, Janis, 13 ans, souffrant du Syndrome Gilles de La Tourette et Mercredi, 9 ans. Il se débrouille comme il peut pour les élever, mais obligé de cumuler deux boulots, il n’a ni l’autorité, ni le temps, ni l’argent pour bien gérer le quotidien. C’est ainsi que chez les Patar, on porte des chaussettes dépareillées, on mange des chips au petit déjeuner, on trouve rigolo d’avoir des poux, le tout dans un joyeux bordel à la fois coloré et sale. Inutile de préciser que les gamines adorent.

Et puis Denis rate une fois de trop la sortie de l’école de Mercredi qui se retrouve au commissariat. L’administration le juge défaillant et désigne Séverine, une enquêtrice austère et carrée, qui lui impose un stage de parentalité s’il veut conserver la garde de ses enfants. Denis d’exécute, mais anticonformiste depuis toujours, se soumettre aussi facilement à la loi n’est pas franchement son genre.

D’où, entre ces deux personnages que tout sépare, une série de scènes qui se veulent drôles, touchantes et décalées. L'auteur se pique aussi d’un éloge à la différence, assorti d’une réflexion sur la famille, ses codes, la perte d'une mère, l’obligation sotte de toujours marcher dans les clous pour avoir des gosses épanouis. Des intentions louables. Dommage pourtant que le film ne nous en offre le plus souvent qu’une caricature à l’écran.

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 14 décembre.

 

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13/12/2016

Grand écran: "Rogue One: A Star Wars Story", épuisant film de guerre visuellement bluffant

aaastar.jpgRogue One, réalisé par Gareth Edwards, n’a pas droit au légendaire texte déroulant, signature de Star Wars, en guise de générique d’ouverture. Frustrant, mais c’est pour mieux affirmer son statut de spin-off, puisqu’il s’agit du premier des trois films dérivés de la saga imaginés par Disney, dont le deuxième est prévu pour 2018 et le troisième pour 2020. Ils sont regroupés sous le signe A Star Wars Story.

Nous sommes dans une période de guerre civile, qui se déroule entre le troisième épisode La revanche des Sith et le quatrième, Un Nouvel espoir. L’’Etoile de la mort est en construction. Arme absolue de l'Empire galactique capable d’anéantir des planètes entières et faisant également office de base militaire, elle est destinée à inspirer la peur aux insoumis.

L'Alliance rebelle a appris l'existence de la station. Contre son avis, la jeune Jyn Erso, qui s'est révoltée contre l’Empire, prend la tête d’un commando ayant pour but de voler les plans secrets de la redoutable Etoile noire. Jyn est aidée par son coéquipier, le capitaine Cassian Andor, une équipe de mercenaires dont le pilote Bohdi et Chirrut une sorte de amouraï aveugle, ainsi que par un ancien droïde impérial, grand bipède au regard un rien tristounet, mais loin d’avoir le charme de BB-8, l’adorable robot aspirateur du Réveil de la force.

Leur périple les conduira sur différentes planètes comme l’hivernale Jedha,ou la tropicale Scarif sous domination de l’Empire, En route, ils devront affronter les véhicules terrestres et spatiaux aux ordres du cruel Directeur Orson Krennic qui contrôle la mise en place de l'Étoile noire. Et j’allais oublier le retour fugitif de Dark Vador qui supervise les opérations.

Une histoire tarabiscotée

Dit comme ça, les choses ont l’air relativement simples. Mais en réalité, ce sombre, violent, épuisant
et interminable film de guerre est parfois tellement tarabiscoté qu’une chatte n’y retrouverait pas ses petits. Du coup on se déconcentre, on perd le fil et on finit par s’ennuyer ferme entre l’absence de Jedi en vedette, d’incessantes explosions, de combats au pistolet laser aussi barbants que répétitifs et une musique assourdissante. Par ailleurs on n’en peut plus d’entendre "Je fais corps avec la force, la force est en moi…". Tout ça pour que le malheureux passe de vie à trépas à la fin de la phrase répétée à l’envi!.

aastar.jpgEnfin le charismatique Mads Mikkelson, alias Galen le papa chéri de l’intrépide Jyn Erso, est éliminé bien trop tôt. Alors certes on aime bien, dans le rôle de cette meneuse ntrépide et pleine d’autorité, la jolie Felicity Jones, récemment à l’affiche d’Une merveilleuse histoire du temps.  En outre c’est souvent visuellement bluffant et les effets spéciaux sont décoiffants. La moindre des choses, entre nous,

De toutes façons, à en juger par le nombre de critiques dithyrambiques, les fans devraient être comblés par ce Rogue One. Un titre qui peut surprendre mais qu’explique le réalisateur: "Rogue est parfois employé comme appellation militaire, mais comme il s’agit du premier film à sortir des rails et ne pas vraiment faire partie de la saga- ou plutôt de l’histoire d’Anakin- c’est donc le Rogue One (Le premier en marge) ».

A l’affiche dès mercredi 14 septembre.

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12/12/2016

Grand écran: Kristen Stewart magnétique dans "Personal Shopper" d'Olivier Assayas

ashopperas.jpgAprès leur première collaboration dans Sils Maria en 2014, Olivier Assayas et  Kristen Stewart ont eu envie de renouveler l’expérience avec Personal Shopper, où la nouvelle muse du cinéaste se retrouve à incarner une assistante de star. Jeune Américaine dépressive et solitaire installée à Paris, Maureen s’occupe, bien qu’elle déteste ça, de la garde-robe d’une célébrité de la mode trop débordée pour faire ses courses elle-même chez les grands-couturiers et les bijoutiers.  

L’occasion d’un défilé de marques de Chanel à Cartier en passant par Louboutin, prétexte pour le réalisateur de critiquer un monde obnubilé par le luxe. Car pour lui, Personal Shopper est  l’histoire d’une femme exerçant un travail d’un matérialisme aliénant et cherchant le salut dans le rejet de ce matérialisme.  

Cela dit,elle n’a pas trouvé mieux pour payer son loyer en attendant une manifestation de l’au-delà- Car par ailleurs medium, Maureen cherche à communiquer avec Lewis, son jumeau décédé récemment des suites d’une malformation cardiaque, une maladie dont elle est souffre également. Inconsolable, incapable de faire son deuil, elle affirme sentir la présence du cher disparu, ce qui lui permet de conserver l’espoir d’un dernier signe de lui, pour pouvoir vivre sa vie restée en suspens. Elle se met alors à recevoir sur son portable d’étranges messages anonymes, la poussant à devenir une autre.  

Le réalisateur fasciné par son héroïne

Impressionnante, brillante, magnétique, de chaque plan,  Kristen Stewart,superbement filmée sous toutes les coutures par un Olivier Assayas à l’évidence fasciné par son héroïne, offre une remarquable prestation dans un rôle subtil et complexe, à l’image de l’opus,

Inclassable entre thriller horrifico-psychologico-fantastico-fantomatique et drame intime, Personal Shopper  se révèle envoûtant, déroutant, bizarroïde. Il nourrit une sorte de méditation érudite, cérébrale et irrationnelle, convoquant des spectres sous forme de masses gazeuses, le souvenir d’ Hilma Af Klint, pionnière de l’art abstrait, ou celui d’un Victor Hugo spirite joué par Benjamin Bioley.   

Tout n’est certes pas parfait.L'histoire se perd un peu parfois et on reprochera notamment à Assayas une séquence aussi longue qu’improbable, nous valant d’interminables échanges de textos. Des réserves mineures cependant, non seulement gommées par la présence envoûtante de Kristen Stewart, mais également par une belle image et une mise en scène sophistiquée, élégante. A Cannes en mai, elle a justement valu le prix à son auteur (à égalité avec Baccalauréat du Roumain Cristian Mungiu), en dépit des huées de certains critiques chagrins.   

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 14 décembre.

 

 

 

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09/12/2016

Grand écran: dans "Premier contact", Denis Villeneuve part à la rencontre des extraterrestres

apremier.jpgAvant Blade Runner 2049, dont la sortie est prévue en octobre prochain, Denis Villeneuve s’est fait la main avec Premier Contact (Arrival en VO), basé sur la nouvelle Story Of your life de Ted Chiang. L’auteur, qui s’est entouré d’Amy Adams, Jeremy Renner et Forest Whitaker, rêvait de faire un film de science-fiction depuis l’âge de 10 ans. Une réussite. Se risquant à une nouvelle approche, il utilise les codes du genre pour mieux les transcender.

Douze énormes et mystérieux vaisseaux ovoïdes venus du fond de l’espace atterrissent aux quatre coins de la planète. Face au problème, sinon à la menace que constitue leur présence, le monde ne tarde pas à se retrouver au bord de la guerre, des réactions extrêmes mettant en péril la solidarité internationale.

Pour répondre aux questions angoissées des populations avides de réponses, une équipe d’experts est alors réunie. Sous la direction de la linguiste Louise Banks (voilà qui nous change du militaire haut-gradé et du super agent de la CIA!), ils vont tenter de comprendre les intentions éventuellement belliqueuses de leurs occupants. De drôles de créatures à sept pieds, autrement dit, des heptapodes...

abanks.jpgDévastée par la perte d’un enfant et en quête de rédemption, Louise Banks (incarnée par l’excellente, fragile et pugnace Amy Adams) réussit l’exploit d’entrer en contact avec deux d’entre eux, Abbott et Costello, un clin d’oeil aux célèbres humoristes des années 40/50. Ils finiront par lui expliquer qu’ils sont venus initier les Terriens à leur langage. Car dans 3000 ans, ce sont les heptapodes qui auront besoin d'eux. 

Spielberg n'est pas loin, Kubrick encore moins

Spielberg n’est pas loin, mais surtout le réalisateur assume une filiation avec Stanley Kubrick, avec l’invention de son immense oeuf extra-terrestre noir flottant au-dessus du sol, qui rappelle évidemment le fameux monolithe d’Odyssée 2001.

Il va plus loin dans la mesure où il pénètre à l’intérieur de l’objet pour tenter de percer les secrets de l’énigme métaphysique laissée par le génial Stanley. Il s’agit en l’occurrence de parcourir un long tunnel au bout duquel se trouve la salle de communication équipée d’un écran derrière lequel évoluent les heptapodes. 

Brassant les genres, science-fiction, thriller, mélodrame fantastique, Denis Villeneuve livre ainsi un récit passionnant, fourmillant de trouvailles visuelles, sur l’importance du dialogue entre tous les êtres, humains et aliens confondus.

Un film intelligent, plein d’émotion, mélancolique, puisant dans l’intime, à la fois contemplatif et sous tension, privilégiant les acteurs aux dépens des effets spéciaux. Jouant du flashback et du flashforward, cette rencontre du "quatrième type" explore avec talent notre rapport, notre désarroi et nos peurs devant l’inconnu. Un bémol toutefois concernant le symbolisme lourd de certaines scènes, notamment le dénouement qui en est surchargé.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 7 décembre.

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06/12/2016

Grand écran: "Seul dans Berlin" montre le courage d'un couple ordinaire face au nazisme

aberlin.jpgComment rater un excellent sujet. C’est la remarque qui ne tarde pas à s’imposer à la vision de Seul dans  Berlin, le troisième long-métrage du Suisse Vincent Perez évoquant un épisode historique peu connu. Nous sommes en 1940. La ferveur nazie est à son comble après la victoire sur la France. Mais la population berlinoise est aussi paralysée par la peur. A l’image d’Otto et Anna Quangel, un couple d’ouvriers habitant un quartier modeste et qui font profil bas, comme leurs voisins, devant la suffisance du Reich.

Apprenant que leur fils unique est mort au front, tout bascule chez eux. Dévastés, ils décident de se révolter, Otto dévoilant à Anna son idée de disséminer dans la cité des cartes où sont écrits de petits messages anonymes, critiquant Hitler et ses sbires. Une démarche insolite, au péril de leur vie. Car s’ils sont découverts, ils savent qu’ils seront impitoyablement exécutés.

La première atterrit rapidement à la Gestapo et le cas est confié à l’inspecteur Escherich. Bientôt un jeu périlleux du chat et de la souris s’instaure. La menace se rapproche chaque jour, Escherich étant brutalement sommé par ses supérieurs, irrités par cet acte de rébellion, de trouver au plus vite les coupables de ce crime anti-nazi. Le danger ne fait toutefois que renforcer la détermination d’Otto et d’Anna, qui multiplient audacieusement la pose des cartes. Entre 1940 et 1942, il  y en aura 267 transmises à la Gestapo. Les Quangel finiront dans ses murs…

Inspiré du roman éponyme d'Hans Fallada    

Vincent Perez, qui avait été sélectionné en compétition officielle à la dernière Berlinale, s’est inspiré du roman éponyme de l’écrivain Hans Fallada, sorti en 1947, l’un des premiers à décrire le quotidien des citoyens allemands sous l‘hitlérisme et la lutte de certains contre lui. Malheureusement, bien qu’on le sente animé de bonnes intentions et qu’il ait mis neuf ans à faire son film, le réalisateur livre une adaptation quelconque de la dramatique histoire vraie d’Otto et Elise Hampel (rebaptisés Otto et Anna Quangel).

Il y avait pourtant matière à un thriller d’envergure, aussi oppressant qu’intense dans le récit d’une prise de conscience allemande, de la résistance silencieuse à la barbarie à l’intérieur même du pays, du combat désespéré, du courage et de la souffrance de gens ordinaires transformés en héros face à l’ignominie d’un régime violemment répressif.

Quant aux comédiens principaux, non des moindres puisqu’il s’agit d’Emma Thompson, de Brendan Gleeson (photo) et de Daniel  Bruhl, ils sont certes dignes mais enfermés dans la banalité de dialogues plus explicatifs que captivants. En anglais de surcroît! Du coup, leur présence ne suffit pas à insuffler une âme à ce film manquant d’émotion, d’audace et de personnalité.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 7 septembre.

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Grand écran: "Demain tout commence", avec Omar Sy reconverti en papa poule

aomarsy.jpgSea, sex and sun dans le sud de la France pour Samuel (Omar Sy), qui se la coule douce dans son job tout en jouant l’ado attardé, cavaleur, baratineur et irresponsable. Jusqu’au jour où une de ses anciennes conquêtes, Kristin (Clémence Poésy), lui laisse sur les bras un bébé de quelques mois, Gloria: sa fille! Incapable de s’occuper d’un nourrisson et décidé à le rendre à sa mère, Samuel se précipite à Londres pour tenter de la retrouver. Sans succès évidemment.

C’est là qu’il rencontre Bernie, un homosexuel britannique. Particulièrement sensible à la plastique de Samuel, le dandy accepte, en toute amitié s’entend, de l’héberger avec Gloria. Dingue de sa gosse, l’improbable géniteur devenu père idéal lui construit une vie de rêve dans un appartement génial, lui inventant de surcroît une maman formidable.

Inséparables, tous deux nagent dans le bonheur lorsque huit ans plus tard, Kristin réapparaît subitement et enfile le costume de la méchante en voulant récupérer la garde de Gloria. Le drame pour Samuel, d’autant qu’une visite chez le médecin a jeté une ombre inquiétante sur son quotidien enchanté…

Demain tout commence, surfant notamment sur le thème rebattu de qui fait finalement le meilleur parent, tente de relever le niveau des comédies françaises du genre Ma famille t’adore déjà, Le petit locataire, sans oublier Papa ou maman 2 également de sortie ce mercredi. Mais le dit niveau étant tellement bas, inutile de préciser qu’on n'atteint pas des sommets avec ce mélo familial d’Hugo Gélin, remake de Ni repris ni échangé du Mexicain Eugenio Derbez.

Question interprétation, on est aussi assez loin du top. Omar Sy, l’acteur préféré des Français (qui le restera sans nul doute), peine à se départir de son éclatant sourire façon Pleyel de concert et de son lassant côté clown, même s’il met ensuite un bémol dans son rôle de papa poule pudique et super sympa. La jeune Gloria Colston tient mieux la route en incarnant une gamine mature pour son âge, bien qu’immergée dans un redoutable océan d’amour et de tendresse propice à la voir virer tête à claques.

Quant au réalisateur, non content de nous proposer un film bourré de bons sentiments et tire-larmes à souhait, il tombe carrément dans le pathos échevelé, compliquant un scénario déjà confus d’un twist final inutilement tordu.

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 7 septembre.

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05/12/2016

Grand écran: avec "Baccalauréat", Cristian Mungiu se livre à l'examen impitoyable de nos sociétés

abaccalau.jpgRoméo n’a pas vraimentle physique que son prénom suggère... Médecin quinquagénaire massif et enrobé ruminant son échec, il exerce dans une bourgade de Transylvanie. Convaincu qu’il n’y a plus d’avenir en Roumanie après y être revenu plein d’espoir en 1991, il s’est démené pour que sa fille Eliza, la prunelle de ses yeux, soit acceptée à l’Université de Cambridge. Il ne lui reste qu’à passer son bac, une formalité pour cette élève modèle.

Rien ne va pourtant se dérouler comme prévu dans Baccalauréat du Roumain Cristian Mungiu. Eliza est agressée sexuellement à quelques jours des épreuves. Elle est blessée et le drame risque de peser sur ses résultats et remettre en cause sa bourse pour l’Angleterre, ainsi que toute la vie de Roméo. Sa réussite sociale par procuration est une telle obsession qu’il est devenu pratiquement insensible à tout le reste. Et notamment à sa femme qui s’apprête à le quitter, et pour qui les mots devoir et honneur ont encore de l’importance.

Dangereuses magouilles

Intensément frustré, Roméo oublie tous les principes qu’il a inculqués à sa fille et cherche n’importe quel moyen pour qu’elle réussisse. Il finit par se lancer dans de dangereuses magouilles, en acceptant l’aide d’un malade influent en vue de corrompre le correcteur des copies. Le piège se referme, c’est l’engrenage.

Centré sur les rapports sur les rapports père/fille, Baccalauréat, filmé en longs plans-séquences, est une critique sociale virant au film noir, où Cristian Mungiu part du singulier pour viser l’universel. Roméo personnifie la Roumanie d’aujourd’hui, hantée par les fantômes du passé, minée par les compromis "nécessaires", les compromissions et le trafic d’influence auxquels s’initie un honnête homme.

Entre culpabilité et rédemption, ses thèmes de prédilection, le réalisateur se livre à un examen passionnant et impitoyable concernant toutes nos sociétés. On regrettera juste le dénouement de l’opus, porté par d’excellents comédien dont l’interprète principal Adrian Titieni. Dans une scène plate, Cristian Mungiu montre de façon assez mièvre que le salut passera par la jeunesse. Ou peut-être pas...

Rappelons que Cristian Munigiu, habitué du Festival de Cannes, avait obtenu en 2007 la Palme d'or pour 4 mois, 3 semaines, 2 jours. En mai dernier, il remportait avec Baccalauréat le prix de la mise en scène, à égalité avec Personal Shopper du Français Olivier Assayas. 

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 7 décembre. 

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01/12/2016

Grand écran: " L'idée d'un lac", chronique poétique sur une femme enceinte à la recherche de son passé

alac.jpgEn 2011, la réalisatrice helvético-argentine Milagros Mumenthaler déjouait tous les pronostics en raflant le Léopard d’or au festival de Locarno pour son premier film Abrir puertas y ventanas.

A nouveau sélectionnée en compétition en août dernier, elle ne connaissait pas le même succès avec le second La idea de un lago (L’idée d’un lac), chronique intime et poétique sur une femme enceinte qui part à la recherche de son passé.

Photographe professionnelle, Inès se décide à terminer un livre avant la naissance de son enfant. Son travail la renvoie à la maison des grands-parents située au bord d’un lac dans le sud de l’Argentine, où se réunit la famille pour les vacances d'été. C’est là qu’a été prise la seule photo qu’elle conserve d’elle et de son père avant qu’il disparaisse, victime de la dictature militaire.

Milagros Mumenthaler s'est librement inspirée d’un livre de photos et de poèmes autobiographiques de Guadalupe Gaona Pozo de aire, pour lequel elle eu un coup de cœur. Il a provoqué dans sa tête des images fortes qui lui ont donné envie de réaliser son film, dont on retient avant tout une certaine émotion et de très belles images.

Elles flirtent par ailleurs parfois avec le fantastique lorsqu’elle imagine son père sous l’apparence de la petite Renault verte qu’il conduisait et avec laquelle elle se baigne dans le lac… On reprochera malgré tout au film un côté peu abouti en ce qui concerne la mise en scène et la direction des personnages.

A ‘affiche dans les salles de Suisse romande dès le 30 novembre

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30/11/2016

Grand écran: thriller médical, "La fille de Brest" revient sur les ravages du Mediator

abrest.jpgAprès La tête haute qui avait ouvert le Festival de Cannes en 2015, Emmanuelle Bercot revient avec un thriller médical rappelant le combat d’Irène Frachon, une pneumologue du CHU de Brest. En 2008, elle découvre un lien direct entre des morts suspectes et la prise d’un médicament coupe-faim commercialisé depuis 30 ans, le Mediator. Elle cherche alors à le faire interdire avec autant d’obstination et de courage.

Médecin et mère de famille, cette justicière avant tout est incarnée par la Danoise Sidse Babett Knudsen. En brossant le portrait d’une femme décidée à faire triompher la vérité, La fille de Brest, raconté du point de vue d’Irène Frachon, fait inévitablement penser à Erin Brockovich de Steven Soderbergh. Une juriste américaine jouée par Julia Roberts partait guerroyer contre l'arrogance de puissantes industries qui avaient pollué l’eau d’une petite ville californienne.

La croisade exemplaire, nécessaire de la lanceuse d’alerte investie d’une mission pour dénoncer le scandale du Mediator, qui aurait causé 1800 morts méritait d’être portée à l’écran. Pour ne pas oublier ses ravages et pour rendre hommage à une battante qui, façon David contre Goliath, a fait trembler les Laboratoires Servier. Et poursuit sa lutte pour que les victimes obtiennent réparation.

Des réserves sur la forme et les comédiens 

On a pourtant quelques réserves en ce qui concerne la forme simpliste, notamment des scènes d'autopsie éprouvantes voire complaisantes où la caméra s'attarde longuement sur des corps découpés par des légistes. Même si la réalisatrice veut forcer de cette manière violente les spectateurs à se rendre compte dans leur chair ce qu’implique la prise du Mediator.

Par ailleurs, les comédiens (photo) ne sont pas toujours à la hauteur Formidable en Premier ministre dans la série Borgen, lumineuse aux côtés de Fabrice Lucchini dans L’herrmine, Sisdse Babette Knudsen déçoit un peu dans le rôle de la Bretonne Irène Frachon. Emmanuelle Bercot en fait une sorte de double, en la montrant débordante d’une énergie virant parfois à l’hystérie avec ses crises de nerf à la limite du grotesque.

On n’est pas non plus très fan de la prestation fade d’un Benoît Magimel bedonnant, chercheur dépassé par l’ampleur de l’affaire et tentant laborieusement de suivre une collègue à la pétulance manquant de naturel.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 30 novembre

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Grand écran: "Sully" fait revivre "le miracle de l'Hudson". Avec Tom Hanks en héros ordinaire

asully.pngMontrant depuis toujours une Amérique patriote, forte, combative, Clint Eastwood aime les héros ordinaires qui contribuent à en perpétuer la représentation en l’exaltant. Comme le protagoniste de Sully, son 35e long-métrage, Le film s'ouvre de façon spectaculaire sur le crash d’un avion s’encastrant dans des immeubles de Manhattan. Un rappel onirique terrifiant du 11 septembre hantant les nuits d’un homme qui se réveille en sursaut, en sueur, en proie à la panique. …

ACATASTROPHE.jpgPuis le cauchemar débouche sur  "le miracle de l’Hudson", comme pour exorciser le traumatisme national suite à l’attentat des tours jumelles. Le 15 janvier 2009, moins de huit ans après le drame, le pilote d’US Airways Chesley Sullenberger, dit "Sully" ,réussit l'inimaginable, l’impossible: poser dans les eaux glacées de l’Hudson son avion qui, endommagé par un vol d’oiseaux peu après le décollage de JFK, a perdu ses deux réacteurs  Et sauve la vie des 155 passagers et membres d’équipage

Les images font le tour de la planète. Mais alors qu’il est salué par l’opinion publique et les médias du monde pour son exploit sans précédent dans l’histoire de l’aviation, les autorités ouvrent une enquête administrative qui va durer 15 mois. Face à la perte de l‘avion d’une valeur de 150 millions de dollars, elle met en doute la décision extrêmement risquée du commandant de bord.  Et tente de démontrer par des simulations de vol qu’il aurait été possible d’atterrir en urgence dans deux aéroports régionaux proches.  

La réputation et la carrière exemplaire de Sully sont en jeu. S’il s’interroge lui-même sur le  bien-fondé de sa manœuvre, il est déterminé à s’élever contre l’injustice et à prouver qu’en dépit de tous les paramètres pris en compte, les ordinateurs ont oubli l’essentiel: le facteur humain. En d’autres termes son immense confiance dans des capacités acquises pendant 40 ans, qui lui ont permis de juger la situation en 35 secondes et de comprendre qu’il n’y avait pas d’autre option que celle de cet amerrissage miraculeux au cœur de New York..   

ahanks.jpgTom Hanks vieilli, les cheveux blanchis, incarne ou plutôt est cet homme à la fois exceptionnel, modeste et méconnu. Peu bavard, sans aucune aspiration à la notoriété, il affirme simplement n’avoir fait que son devoir. Aaron Eckhart l’accompagne dans cet anti-film catastrophe humaniste sous forme de crash héroïque à vocation thérapeutique. Il se révèle lui aussi parfait dans son rôle de copilote alliant le professionnalisme et une bonne dose d’humour comme le prouve son mot de la fin.

A la remarquable performance de ce duo, s’ajoutent la reconstitution méticuleuse et au plus près de la réalité de l'accident, la construction en flash back avec la répétition du cauchemar et de l’impressionnant amerrissage. Sans oublier, dans cet opus mêlant l'intime et le grand spectacle, la façon dont le réalisateur se glisse dans la tête et l’esprit du pilote. Interrogeant son héroïsme tout en évoquant ses problèmes privés, ses tourments, ses peurs et ses angoisses post-traumatiques.

Le tout sur fond de dénonciation d’une machine oppressive, en l’occurrencee conseil national de la sécurité net des transports (NTSB), s’acharnant sur un seul et brave homme dans sa volonté maniaque de désigner un coupable..

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 30 novembre

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29/11/2016

Grand écran: "Le confessioni", thriller financier en forme de parabole noire et ludique

aconfessioni.jpgA sa grande surprise, le moine chartreux Salus (Toni Servillo) est invité par le directeur du FMI, le Français Pascal Rogé, à participer en compagnie des dirigeants politiques à une réunion du G8, dans un hôtel allemand en bord de mer. Sont aussi présents deux stars, un chanteur et une romancière pour ados.

Alors que les responsables des huit principales puissances économiques mondiales vont prendre une décision secrète, lourde de conséquences pour l’avenir de l’humanité, le directeur du FMI atteint d’un cancer veut se confesser. Le lendemain matin, il est retrouvé mort dans sa chambre. Apparemment, c’est un suicide. Mais peut-être a-t-il été assassiné.

Si oui, le coupable pourrait alors se trouver parmi la dizaine de participants du sommet qui, se méfiant les uns des autres, vont dès lors s’espionner et se soupçonner. Casting international pour tenter de résoudre l‘affaire avant d’annoncer le décès au monde. Autour du remarquable Toni Servillo portant impeccablement la robe monacale, il y a Daniel Auteuil (directeur du FMI), Connie Nielson, Marie-Josée Croze, Maurice Bleibtreu, Stéphane Freis, Lambert Wilson.

Un certain état du monde

Avec Le confessioni le réalisateur italien Roberto Ando, notamment auteur de Viva la liberta en 2013, dépeint un certain état du monde, évoquant un déséquilibre croissant entre la richesse et la pauvreté. Dans une mise en scène assez lyrique, l livre une critique du néolibéralisme au moyen d’un thriller économico-financier en forme de parabole noire et ludique, saupoudrée d’un zeste d'Agatha Christie. Et cela sous le regard du moine qui, tel un Saint François d’Assises moderne, se promène dans la nature en enregistrant les chants des oiseaux.

aando.jpgRoberto Ando s’est évidemment beaucoup documenté pour dominer son sujet en étudiant notamment l’économie des années 2000. Il est par ailleurs allé aux Etats-Unis et a lu l’interview de la femme d’un directeur du FMI mort du cancer, qui ne pouvait parler de sa maladie au risque de perturber le marché. 

"L’idée, c’était de travailler sur le pouvoir, de l’épier à travers un personnage qui a un langage différent et a choisi le silence, ainsi que la relation entre lui et des puissants au comportement opposé", nous explique-t-il.

"C’était aussi le désir de savoir ce qui se passe derrière certaines portes, avec des gens déconnectés, isolés dans le secret. Le pouvoir a toujours utilisé le secret, le moine en est le gardien et, partant, les huit ministres sont convaincus qu’il sait des choses. Surtout en le voyant déambuler avec son enregistreur". 

Son regard relève-t-il de la morale et de la religion ?

En l’occurrence, il apparaît comme un être humain, non un représentant de l’Eglise. Dans les derniers vingt ans, l’économie a correspondu à une théologie. Depuis 2008, ce monde s’est divisé et la théologie a été mise en doute. Le film montre des hommes et des femmes qui doutent. Et c’est le moine les fait mettre en cause l’omnipotence des marchés financiers. Pour autant ce n’est pas un essai sur l’’économie. Je pars de la réalité pour n’égarer ailleurs. Il s’agit avant tout d’un film montrant des gens de pouvoir face à la mort, quelque chose qu’ils ne peuvent pas contrôler. 

Deux mots encore sur Toni Servillo, formidable en moine chartreux.

Je suis à l’aise avec lui. Nous avons une relation forte. Pour moi c’était l’interprète idéal. Il a énormément travaillé son personnage, qui n’est pas facile et l’a incarné à un point incroyable. Je lui ai d’ailleurs dit que dans une autre vie il devait être moine. Il pense que oui…

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 30  novembre.

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23/11/2016

Grand écran : "Tour de France" réunit un jeune rappeur et un vieux raciste. Avec Gérard Depardieu

adepardieu.jpgFar-hook, un jeune rappeur prometteur obligé de quitter Paris suite à un règlement de comptes et Serge, un vieux maçon raciste et râleur, partent faire le tour des ports de France sur les traces du peintre Joseph Vernet. Un attelage improbable que tout oppose. Mais sans surprise, ils vont devenir amis, malgré le choc des cultures et des générations.

Road-movie sur fond de quête picturale, Tour de France met face à face Gérard Depardieu qui fait ce qu’il veut et Sadek, également rappeur dans la vie, qui fait ce qu’il peut. Il est signé Rachid Djaïdani. Après son très réussi Rengaine, il peine à convaincre avec cette comédie humaniste en forme de plaidoyer pour la tolérance et le vivre ensemble.

Réconcilier en douceur la France raciste et celle des quartiers, en montrant deux caractères aux antipodes qui finissent par s'écouter  l'un l'autre, paraît en effet aussi naïf que cliché. Pour Rachid imperturbable, cela dépend du regard qu’on pose. "Le cliché, par exemple, c’est intéressant. On t’y ramène quoi que tu fasses. Prenez ma vie et imaginez que je la raconte telle qu'elle est devenue alors que j’étais parti sur une voie de garage! Au cinéma, ce serait à pleurer..."

Rien de tel pour Tour de France qu'il considère comme un film d'amour.  "La haine on en vient et je trouve qu’il faut aller vers les bons sentiments. En ce qui me concerne, j’alimente ma lumière au quotidien". Né en 1974 d’un père algérien polisseur chez Peugeot et d’une mère soudanaise, quatrième d’une famille de onze enfants dont neuf filles, l'homme a un parcours peu banal. "Je n’ai pas fait d’études. J’ai passé deux CAP de maçon et de plâtrier-plaquiste. Mon rêve était de devenir ouvrier et de posséder une camionnette".

La découverte du cinéma grâce à la boxe

A 14 ans déjà, il découvre la boxe. Une passion qui le conduit six ans plus tard sur le plateau de La haine de Mathieu Kassovitz, où il est engagé comme agent de sécurité. "Je découvre le cinéma et je décide de devenir acteur. Mais à part jouer un flic à la télévision dans Police District, on ne m’offre que des rôles de racaille. J’en ai eu marre et j’ai écrit un scénario, qui est devenu un roman, Boumkoeur. Il est publié au Seuil en 1999 et, par l’intermédiaire d’un ami, je me retrouve chez Pivot…"

Les choses s’enchaînent- Il est présenté à Peter Brook, part en tournée. "Je joue Hamlet et le théâtre occupe mon existence".  Il revient à la pellicule pour tourner son premier documentaire en 2007, suivi de quelques autres. En 2012, il est sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs pour son premier long-métrage Rengaine, qui obtient un gros succès... Mais il ne faut pas lui dire qu’il a eu de la chance. « Tout ce que j’ai obtenu, j’ai lutté dur pour le gagner ».

Depuis longtemps, Rachid pensait à un film où il ferait cohabiter deux personnages antagonistes. En attendant, il rencontre de jeunes rappeurs qui lui demandent de leur écrire un texte. Ils venaient de Lyon et avaient installé un studio mobile. Je les ai suivis dans leurs pérégrinations autour du pays et cela m’a donné une idée. J’avais d’abord songé à un tour de France des quartiers qui est devenu celui des ports ».

Rencontre "indélébile" avec Depardieu

Ce deuxième opus, c’est l’occasion pour Rachid Djaïdani de rencontrer Gérard Depardieu, "tonton"comme il l’appelle. Il en a encore des étoiles dans les yeux. "C’était bouleversant, indélébile. Je l’ai vu chez lui, un palais serti d’œuvres d’art. La porte d’ouvre sur un open space et il est là, torse nu, en short, une cigarette à la main, en train de lire un scénario. Je vais vers lui, il lève la tête, me regarde en me disant: c’est toi Rachid ? Assieds-toi et raconte-moi ton histoire…"

Inutile de préciser que si l’auteur a proposé le rôle du rappeur à Sadek, un artiste qu’il connaissait bien avant, les choses ne se sont pas passées de la même manière avec le grand Gégé. "C’est lui qui te choisit. Qui te porte, te supporte, te mets les gants. C’est le Mohamed Ali du septième art".

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 23 novembre.

 

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Lutte contre la torture: trois artistes féminines viennent soutenir l'OMCT à Genève

anoemieko.jpgL’Organisation mondiale contre la torture (OMCT) fête jeudi soir à Genève ses trente ans à la tête d’un réseau de plus de 200 organisations des droits de l’homme à travers la planète. Pour l’occasion, elle s’est assuré le soutien de trois artistes féminines. Elles crieront haut et fort que rien ne doit permettre de tolérer la torture, plaideront pour l’application des lois contre les tortionnaires et la protection des victimes.

A commencer par l'ambassadrice de l'OMCT depuis 2007, l’actrice et scénariste helvético-canadienne Noémie Kocher (photo), vue dans de nombreux films, télefilms et pièces de théatre. Femme engagée, elle vient de terminer un clip de sensibilisation contre la torture pour l'ONG. Elle a par ailleurs effectué deux missions humanitaires qui ont donné lieu à deux documentaires diffusés par la RTS.

Noémie Kocher est accompagnée de la chanteuse française d’origine martiniquaise Louisy Joseph. Elle a été membre du groupe L5, vendu 4,5 millions de disques et participé à plusieurs émissions dont Danse avec les stars. La comédienne suisse Anne Richard, bien connue pour son rôle de juge dans la série Boulevard du Palais et actuellement en tournée en France et en Susse pour la comédie Coiffure et confidences, complète le trio.

Les "OMCT Angels" se produiront lors de la soirée privée au Palais Eynard qui réunira ses membres, partenaires et supporters dont la Ville et le Canton de Genève, autour de l’ambition commune de mettre fin à la torture qui peut atteindre femmes, enfants, manifestants, activistes, prisonniers, à tout moment et partout dans le monde.

Aux côtés des trois artistes, Christiane Chabry, la veuve de Stéphane Hessel, diplomate, écrivain et résistant français. Elle évoquera le besoin plus crucial que jamais d’une prise de conscience populaire pour que les droits humains demeurent une priorité de nos dirigeants politiques.

Genève, Palais Eynard, jeudi 24 novembre dès 18 heures.

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22/11/2016

Grand écran: dans "Louise en hiver", une irrésistible grand-mère joue les Robinson...

alouise.jpgDepuis Gwen,le livre de sable réalisé en 1984, Jean-François Laguionie, 77 ans, est devenu un des meilleurs spécialistes de l’animation française. Quatre ans après Le tableau, il revient avec Louise en hiver, son cinquième long-métrage plein de charme, de grâce et de sensibilité sur la solitude et la "vieillitude". Il raconte l’histoire d'une irrésistible grand-mère qui, à la fin des vacances dl’été, voit le dernier train partir sans elle.

Elle est ainsi abandonnée dans la station balnéaire désertée de Billigen-sur-Mer, que l'auteur a voulue fictive pour donner un caractère intemporel au récit en mélangeant les époques. La météo ne tarde pas à se montrer redoutablement capricieuse. En raison des grandes marées d’équinoxe, il n’y a plus ni électricité, ni moyens de communication.

Comment Louise va-t-elle survire à la rudesse de l’hiver ? Eh bien, déterminée à lutter, elle considère sa solitude comme un pari à gagner et se met à apprivoiser les éléments. C’est ainsi qu’on la voit évoluer dans un séduisant et délicat décor pastel, se laissant volontiers aller, quand elle ne s'active pas résolument, à des monologues pleins de poésie sur la vie qui s’écoule. En y mêlant des tas de souvenirs d’enfance, des choses vécues juste après la Seconde Guerre mondiale. Pour la voix, le réalisateur a choisi celle, énergique, forte, parfaite en l’occurrence de Dominique Frot, qui apporte à la fois à l'oeuvre du corps et des nuances étranges.

"Tout est né d’un petit texte assez fantastique que j’avais écrit quand j’avais trente ans, sur une vieille dame découvrant un vaccin pour lutter contre les ravages du temps", nous dit Jean-François Laguionie lors d'ne rencontre à Genève. "En 2009, j’ai eu envie de le reprendre, de le développer autrement et de l’animer en numérique sur grand écran. Ce dont j’ai toujours rêvé, c’est de tourner comme on écrit, comme on peint. J’ai dessiné dans des carnets, sans scénario précis. C’était une sorte de journal de bord".

Louise en hiver est le film le plus intime du cinéaste. Il a pensé à sa mère pour le personnage, mais également à lui. "Je m’y suis identifié en raison de mon âge. Et la solitude je la ressens aujourd’hui plus facilement. Encore qu’en réalité, si Louise est isolée, elle n'est pas vraiment seule. Au bord de la mer, la vie est partout avec les oiseaux, le vent, le ciel qui change sans cesse Et puis elle se trouve un compagnon, le chien Pépère, à qui elle peut raconter les événements marquants de son existence.

En dehors de ses rêveries, ce Robinson d’un nouveau genre se révèle courageux, devenant autonome, réussissant à se nourrir, construisant une cabane. "Je voulais éviter que Louise devienne trop fragile par rapport au déchaînement de la nature. En outre, quand on est dans son cas, on découvre peu à peu la liberté. J'agirais sans doute comme elle. Si je fais des films, c’est également pour savoir comment je me débrouillerais dans des situations difficiles, inédites".

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 23 novembre.

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Grand écran: avec "Une vie", Stéphane Brizé revisite Maupassant

aaabrize.jpgNous sommes en Normandie, en 1819. Après ses études au couvent, Jeanne Le Perthuis des Vauds, revient dans le château familial avec des rêves plein la tête. Insouciante elle passe ses journées à lire ou à s'occuper du jardin en compagnie de son père, rousseauiste à l'esprit libre et ouvert, tout comme sa mère.

Mais le baron et la baronne sont aussi très protecteurs. Jeanne, réticente à quitter l’enfance, n’est donc guère préparée à une existence d’adulte quand elle tombe amoureuse de Julien Lamare, le beau vicomte du coin, qui semble partager ses sentiments.

Hélas, après une nuit de noces désastreuse, le prince charmant ne tarde pas à révéler sa vraie personnalité. Impénitent coureur de jupons, ce vil séducteur est aussi avare, brutal et vaniteux. Les illusions de la jeune femme bafouée, incapable de faire face à la réalité, laissent peu à peu place à la souffrance qui l'envahit. Elle se cloître dans la solitude... 

Une vie, mélodrame subtil adapté du premier roman de Guy de Maupassant, est signé Stéphane Brizé qui, avec La loi du marché avait permis à Vincent Lindon d’être sacré meilleur acteur à Cannes l’an dernier. Présenté en format carré pour mieux traduire l’enfermement de son héroïne, il a été tourné sur plusieurs saisons.

Il montre la métamorphose de la nature et le vieillissement des corps, donnant ainsi une sensation plus forte du temps, constitutif du roman et auquel le réalisateur se confronte. Il utilise également beaucoup l’ellipse, pour traduire un présent continuellement habité, nourri par le passé.

abrize.jpgRencontré à Genève, Stéphane Brizé avoue que son désir de faire le film datait de plus de 20 ans. "Je relisais régulièrement le livre, en me disant parfois qu’il ne fallait pas satisfaire mes fantasmes". Jusqu’en 2012 où, à l’issue de Quelques heures de printemps évoquant le choix de mettre fin à ses jours, il s’attaque avec audace à ce monument de la littérature française. Avec l’impression que Maupassant le défiait. "Tu voulais faire le malin, regarde comme c’est dur…"

Le difficile deuil du paradis de l'enfance

Le cinéaste avoue une attirance particulière pour le personnage de Jeanne dans la mesure où, à son image, il a éprouvé du mal à faire le deuil du paradis de l’enfance. "Elle y reste attachée, comme à son rapport simple au monde. L'idée trop idéale qu’elle en a ne peut cohabiter avec la tragédie. De plus il y a quelque chose de perturbant dans son immense foi en l’homme, ressemblant à celle qu’elle éprouve envers la nature".

Pour l’incarner, Stéphane Brizé a choisi la lumineuse Judith Chemla. "Je voulais un être intense croyant à la beauté, à la vérité, à la pureté". Elle est notamment entourée de Jean-Pierre Darroussin et Yolande Moreau, a priori peu évidents en baron et baronne. A priori seulement, car selon Stéphane Brizé ils portent en eux un raffinement bien qu’issus de milieux modestes. "Ils forment certes là un couple singulier, mais cohérent et en avance sur son époque".

A l’affiche sans les salles de Suisse romande dès mercredi 23 novembre.

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18/11/2016

Masters de Londres: et dire qu'il suffisait à Wawrinka de battre Murray en deux sets!!!

awaw.jpgOpposé d’entrée de jeu au Japonais Nishikori à Londres, Wawrinka avait concocté un plan en trois points pour le terrasser: le faire reculer, se montrer offensif et lui imposer une vraie bataille physique. D'enfer, la stratégie. C’était compter sans la résistance de l’opiniâtre Nippon qui, plus agressif que jamais, balayait impitoyablement le Suisse en deux petits sets.

Celui-ci n’en faisait pas moins le coq au sein de sa poule. Ce n’est pas la première fois que je perds mon premier match, plastronnait-il, rappelant qu’il s’était incliné sur un score semblable face à Nadal l’an dernier, pour se retrouver malgré tout en demi-finale. Et il semblait reparti sur la même voie en se débarrassant de Marin Cilic lors de son second duel.  

Stan The Man avait donc son destin entre ses mains. Il lui suffisait de battre... Murray en…deux sets pour rallier le dernier carré. Une paille, du moins pour le duo de choc Droz-Rosset qui l’imaginait largement capable de remplir ce mandat, les grandes occasions ayant tendance à le galvaniser. La preuve, n’avait-t-il pas remporté l’US Open haut la main deux mois auparavant?

Nos comiques oubliaient hélas que l'Helvète n’a rien produit ensuite, à l'inverse de ce brave Murray qui, après s'être un peu emmêlé les pinceaux à New York, a pratiquement tout raflé depuis sa victoire à Wimbledon. Mais nos deux aficionados n'allaient pas se laisser décourager pour si peu. L'espoir chevillé au corps, ils tentaient vaillamment de maintenir un suspense inexistant dès le break fatal de la belette écossaise dans le septième jeu de la manche initiale.

Et il a fallu que le malheureux Wawrinka soit mené 4-0 dans la deuxième pour que Pascal Droz consente enfin à lâcher d’une voix résignée cette phrase inénarrable: la qualification semble s’échapper pour le Vaudois… Un tel art du pronostic, franchement ça décoiffe! En attendant, le cuisant échec de Stanimal lui a déjà fait perdre sa troisième place au profit du bombardier Raonic. Et il pourrait également paumer la quatrième si d’aventure Nishikori parvenait à éliminer Djokovic.

afederer.jpgJe ne serais pas contre une défaite de Dracula, notez. Elle l'empêcherait de boucler une nouvelle année sur le trône, freinant un chouïa son implacable marche vers les records de Federer.  D'autant que pour notre gloire nationale, les choses virent au cauchemar avec son futur dix-septième rang, au mieux, à l’entame de l’Open australien. Pire, le phénix risque de pointer au-delà du trentième à la fin janvier, au cas où il raterait sa rentrée. Terrible, une vision pareille. Je suis d’accord, elle est très loin de valoir celle, carrément apocalyptique, de Donald Trump dans le bureau ovale! Mais quand même ça pique les yeux…

20:11 Publié dans Les pieds dans le plat | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook

11/11/2016

Grand écran:"The Man Who Knew Infinity" se penche sur la courte vie d'un génie des maths

ainfinity.jpgLes mathématiques inspirent décidément les cinéastes. Après Une merveilleuse histoire du temps consacré à Stephen Hawking et Imitation Game évoquant Alan Turing, The Man Who Knew Infinity se penche sur la courte vie d’un génie autodidacte en la matière, Srinivasa Ramanujan, issu d’un milieu pauvre de Madras.

A 25 ans, incompris dans son pays, sans travail et sans argent en dépit de ses théories révolutionnaires, il attire grâce à une lettre l’attention de Godfrey Harold Hardy, mathématicien de haut vol et professeur à Cambridge qui tombe sur ses calculs avant-gardistes. D’abord sceptique puis impressionné, il invite Ramanujan à le rejoindre en Angleterre pour y poursuivre ses travaux.

Sacrifiant tout, sa famille et sa culture à son amour des nombres, celui-ci  s’embarque pour le Vieux Continent et y pose le pied alors qu’éclate la Première Guerre mondiale. Il est à la fois victime du racisme de la société anglaise de l’époque et du manque total d'empathie de G.H. Hardy. Athée corseté, ce dernier exige constamment des preuves du fonctionnement de ses formules, tandis que Ramanujan affirme tenir son inspiration de Dieu.

A force d’acharnement et de persévérance, Ramanujan deviendra un des plus grands mathématiciens de notre temps, une légende qui sera enfin saluée par ses pairs. Tombé malade, il mourra hélas à 32 ans, après avoir regagné l’Inde en 1919.

The Man Who Knew Infinity, signé du cinéaste britannique Matt Brown, s'inspire de la biographie éponyme de Robert Kanigel. Il est remarquablement interprété par ses deux comédiens principaux. Découvert dans Slumdog Millionaire, Dev Patel (photo), à la fois enfantin, exalté et fiévreux, se révèle parfait dans le rôle du fascinant scientifique. A l’image de Jeremy Irons, dans celui du mentor froid, cérébral et distant. Mais qui finira par laisser percer son humanité sous son flegme british. 

Tous deux contribuent fortement, un petit exploit, à intéresser à une histoire extraordinaire le pékin ordinaire. Peinant un tantinet à intégrer la substantifique moelle des notions complexes exposées, même vulgarisées selon ceux qui en possèdent de solides dans le domaine, le commun des mortels succombe en effet le plus souvent à l’émotion que dégage le film.

Quelques bémols toutefois. D’abord en ce qui concerne une mise en scène hyper classique et convenue. Par ailleurs, on regrette une part trop longue laissée aux scènes indiennes mièvres, inutilement mélodramatiques, et du coup loin d’être à la hauteur de ce qui se passe à Cambridge, lieu semé d’embûches pour un héros avide de reconnaissance.

A l’affiche à Genève, Ciné 17, depuis mercredi 9 novembre.

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