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28/03/2017

Grand écran: "A United Kingdom", l'amour inébranlable d'un couple mixte qui va tout défier

aaaaaunited.jpgSeretse Khama, 27 ans, roi du Bechuanaland alors sous protectorat britannique et Ruth Williams, une dactylo londonienne de 24 ans tombent éperdument amoureux. Nous sommes en 1947 et la chose provoque un gros scandale. Tout s’oppose à ce mariage interracial, qu’il s’agisse de leurs familles et pays respectifs de l’Afrique du Sud en plein Apartheid. Mais les deux tourtereaux vont surmonter tous les obstacles.

Leur amour inébranlable a changé leur pays et inspiré le monde. L’Anglaise Amma Asante, fille d’immigrés ghanéens, à qui l’on doit également Belle et A Way Of Life, s’en est servie pour porter à l’écran le biopic A United Kingdom, adapté du livre Colour Bar de Susan Williams.

Entre Histoire, lutte politique, passion et romance, elle revient ainsi sur l’incroyable aventure du couple mixte discriminé, son combat ensuite pour l’indépendance du Bechuanaland devenu le Botswana et dont le démocrate Seretse Khama fut le père.

La première partie est centrée sur la relation impossible entre ces deux êtres, la seconde sur leur installation au Bechuanaland. Bien que leur union ait déclenché un vrai conflit diplomatique (les Britanniques ont retenu le jeune ménage jusqu’en 1956, notamment pour ne pas déplaire à l’Afrique du Sud), on reprochera à l’auteur une vision simpliste et très idéalisée dans son approche ultra sentimentale de la situation.

Mais en dépit de son côté excessivement lisse, le film se laisse voir à la fois pour cet important épisode historique que bien peu connaissent et la prestation convaincante des deux comédiens principaux David Oyelowo (Selma, Le Majordome) et Rosamund Pike vue dans Gone Girl ou encore Orgueil et préjugés.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 29 mars.

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21/03/2017

Grand écran: "Cahier africain" raconte l'enfer vécu en République centrafricaine

aaaacahier.jpgAu début il y a un cahier d‘écolier ordinaire. Sur les feuillets à petits carreaux des photos en forme de témoignages courageux de femmes, jeunes filles, garçons enfants de Centreafrique, dont les vies ont été brisées par la vague de meurtres et de viols commis par les 1500 hommes de la milice de Jean-Pierre Bemba, leader du Mouvement de libération congolais entre octobre 2002 et mars 2003. Des traumatismes vécus par des familles entières.

Ce cahier, devenu un vrai personnage du documentaire et que les victimes ont-elles-mêmes fabriqué a été découvert par hasard en 2008 par la réalisatrice Heidi Specogna. Elle s’est alors embarquée pour un voyage cinématographique de sept ans qui lui a valu trois nominations au Prix du cinéma suisse. 

Au départ l’idée était de se focaliser sur un petit nombre de femmes violées essayant de se reconstruire. Toutefois elle a été rattrapée par la réalité en 2012, cinq ans après la guerre civile, quand les rebelles de la Séléka opposés au président François Bozizé ont repris les armes. Et que l’horreur recommençait nourrie par la rivalité entre chrétiens et musulmans. Un nouveau cauchemar pour les victimes d’atrocités, qui pensaient être enfin sorties de l’enfer.

On retiendra à cet égard la remarque désespérée d’un chef de village. «C’est comme si le diable avait choisi notre pays… » Une malédiction que la réalisatrice nous laisse ressentir en évoquant un pays où tout se répète, rien ne s’arrête dans un cycle de violence constamment renouvelé.

Hedi Specogna n’hésite pas à en montrer les terribles stigmates avec des images choc mais non voyeuristes dans son film divisé en trois chapitres. Il débute avec le procès de Bemba en 2011 (il a été condamné à 18 ans de prison par la Cour pénale internationale) et se termine en 2015, sur une petite note d’espoir. Il raconte un peuple meurtri, dont les souffrances passent par le récit, le regard triste, douloureux et digne des protagonistes dont les visages sont souvent filmés en gros plans.

Un petit regret pourtant. Evoquant un pan de vie tragique, ce documentaire émouvant plein d'une humanité teintée de poésie, reste parfois difficile à suivre pour qui connaît mal ou pas du tout l'histoire des monstruosités commises et subies dans cette partie du monde.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 22 mars.

 

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Grand écran: " Sage-femme" réunit Deneuve et Frot, les deux grandes Catherine du cinéma français

aaaafemme.jpgClaire, sage-femme au sens propre et figuré, a voué son existence aux autres. Alors que la fermeture proche de la maternité où elle travaille la préoccupe, son quotidien est de surcroît chamboulée par l’irruption, au bout de 40 ans, de Béatrice, ancienne maîtresse passionnée de son père qu’elle a poussé au suicide après l’avoir quitté sans explication.

Dans Sage-femme, à la base un hommage à la sage-femme qui l’a sauvé à sa naissance en lui donnant son sang, Martin Provost met en scène des retrouvailles étonnantes entre deux femmes que tout sépare.

D’un côté le personnage interprété par Catherine Frot, raide, buté, rigoureux, cultivant son petit jardin au bord de l’eau entre deux accouchements, menant une existence dédiée à son fils étudiant en médecine et à son métier au point d’oublier de vivre. De l’autre Catherine Deneuve, alias Béatrice, flambeuse fantasque, excentrique, menteuse, tricheuse, égoïste, qui a brûlé la chandelle par les deux bouts.  

Sa réapparition brutale ravive les blessures du passé. Mais les rancoeurs, la désapprobation ou le mépris de l’une pour la vie de l’autre, s’effacent petit à petit entre celle qui a brûlé la chandelle par les deux bouts et son exact contraire pour laisser place à une relation quasi filiale. D’autant que Béatrice annonce à Claire qu’elle est atteinte d’une tumeur au cerveau  

Fable rappelant celle de La cigale et la fourmi, comparaison qu’il assume totalement, ce film est à l’image de Martin Provost, à la fois joyeux et désespéré. Un film où il évoque la transmission tout en livrant une opposition constante entre la vie et la mort.

Pourtant, après ses magnifiques portraits, Séraphine en 2008 et Violette en 2013, le réalisateur déçoit un peu avec Sage-femme, un opus certes touchant mais où, dans une mise en scène illustrative, il privilégie une opposition finalement assez banale de deux caractères à la folie de ses héroïnes précédentes.

Et cela bien qu''il nous propose un duo inédit avec les deux grandes Catherine de la pellicule française. Un jeu de miroirs où Frot l’emporte sur Deneuve qui, manquant de naturel, se complaît trop dans ce rôle de dame indigne exubérante, aimant les hommes, l’alcool, et le tabac pour convaincre.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 22 mars.

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15/03/2017

Grand écran:"Monsieur et Madame Adelman", une réussite pour Nicolas Bedos et Doria Tillier

video-decouvrez-la-bande-annonce-de-mr-et-mme-adelman-le-film-de-nicolas-bedos-avec-doria-tillier (1).jpgEcrivain à succès, Victor Adelman vient de mourir. Lors de l’enterrement, sa veuve Sarah raconte à un journaliste 45 ans d’une vie commune, remplie d’amour, de passion, de trahisons, d’ambition, de chagrins et de secrets, depuis leur rencontre à l’occasion d’une soirée alcoolisée.

Devenue sa muse, elle se plonge dans le travail de son homme et l’épouse. Mais comment ont-il fait pour se supporter aussi longtemps? Qui était vraiment Sarah, vivant dans l’ombre de Victor? Pour son premier film, coécrit avec sa compagne Doria Tillier, ex-sulfureuse Miss Météo sur Canal, Nicolas Bedos nous entraîne dans une folle épopée conjugale. Démarrant dans les années 70, elle est aussi prétexte à une chronique socio-historique de la France de la deuxième moitié du siècle dernier.

"Le fils de..." est doué

Vu la personnalité du chroniqueur télé people, narcissique et tête à claques, c’est un peu à reculons qu’on allait découvrir Monsieur et Madame Adelman. Mais force est de constater qu’en dépit de quelques réserves, c’est la bonne surprise. Le film démontre un indéniable talent chez "le fils de…", qui livre une comédie à tiroirs ambitieuse mais bien maîtrisée, à la fois romantique, humoristique, acide, vacharde, cynique.

On aime le ton léger, désinvolte, les dialogues ciselés, les vannes, le jeu avec les codes des différentes époques les règlements de compte avec la famille, que servent par ailleurs d’excellents interprètes. Aussi bon comédien que réalisateur, Nicolas Bedos incarne parfaitement l’auteur en crise, égocentrique et à fleur de peau, aux côtés de personnages secondaires comme Denis Podalydès en psy désabusé ou de Pierre Arditi en vieux bourgeois réac odieux.

aaaadria.jpgIrrésistible Doria Tillier

Sans oublier l’irrésistible Doria Tillier, rencontrée à Genève. Formidable, c’est une vraie révélation dans son premier rôle au cinéma. Elle nous confie que Nicolas s’est montré très exigeant.

"C’est fatigant, parfois déstabilisant. Quand on connaît bien quelqu’un, on décrypte tout de suite ses moindres déceptions. Il y a eu des tensions sur le plateau, mais on avait la même vision du film. C’était l’essentiel. Il ne m’a jamais demandé de faire quelque chose d’incohérent".

Vous dites être plus à l’aise en Sarah âgée qu’en Sarah jeune.

Agée, elle est plus loin de moi. Je préfère les rôles de composition. Ils m’amusent davantage. La notion de plaisir est importante. Quand j’étais Miss Météo sur Canal, j’adorais me déguiser, me travestir. Me cacher dans le fond.

Il s’agit d’une fiction, mais en même temps le film parle aussi un peu de vous.

Oui, il y a quelque chose de nous qui nous échappe. Nos proches pourraient remarquer que cela nous ressemble. Sans qu’on le cherche. Il y a juste des points communs avec nos personnages respectifs. A commencer par le physique évidemment...

Vous surfez sur l’imposture tout au long de l'intrigue

Aujourd’hui les gens s’attachent à l’image qu’ils renvoient. Sarah se moque de la gloire. L’important c’est ce qu’elle fait, ce qu’elle vit et, j'y reviens, le plaisir qu’elle prend. Lui est pétri d’angoisse à l’idée d’être mal aimé. Il a besoin de reconnaissance. C’est l’imposture au détriment de la posture.

Parmi tous les thèmes que vous traitez, il y a celui, rare et très osé, de l’enfant qu’on n’aime pas.

J’adore être sur un fil et ça me plaisait d’en rire. Mais si le sujet est difficile, la chose existe. On l’avait observé chez des gens. Beaucoup nous disent aussi que ça fait du bien de reconnaître qu’un môme parfois ça vous saoûle. Et puis il y avait l’envie de se moquer de ce couple qui a tout et projette un gamin prix Nobel Eh bien non, on ne peut pas toujours avoir de la chance jusqu’au bout!

Nicolas Bedos avouait que pour lui, ce film était la fin de l’ego trip. Qu’en pensez-vous ?

C’est une façon de se défendre après avoir beaucoup joué à la télévision avec un personnage narcissique, égoïste et mégalo.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 15 mars.

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14/03/2017

Grand écran: Oscar du meilleur fim, "Moonlight" est une bouleversante quête d'identité

aaaamoonlight.jpg«Mon héros est pauvre, noir, gay… C’est ma vie», relève dans divers interviews Barry Jenkins, 37 ans, le réalisateur de Moonlight. Enfant noir de Liberty City, un quartier défavorisé de Miami, orphelin de père, vivant avec sa mère toxico, harcelé par ses camarades, le jeune Chiron n’a pas d’ami à part Juan, un caïd de la drogue qui le protège et devient un père de substitution. De surcroît, il devra assumer son homosexualité dans un environnement hostile. 

En découvrant ce scénario, on pouvait craindre le pire. C’est le contraire absolu. Marqué par la grâce avec des scènes qui vous touchent au cœur par leur bouleversante simplicité, dont celle symbolisée par la photo ci-dessus, Moonlight est un film rare, à contre-courant, privilégiant une approche poétique, empathique, sensuelle.

Sans se laisser aller à la dramatisation hollywoodienne, son auteur propose une mise en scène dépouillée, stylisée, explorant avec finesse les rapports humains et les préférences sexuelles. Ces qualités lui ont d’abord valu le Globe du meilleur film, puis trois Oscars: meilleur film, meilleur second rôle attribué à Mahershala Ali (l'homme sur l'image) et meilleure adaptation.

Trois périodes-clés avec d'excellents comédiens

Le film est tiré de la pièce de Tarell Alvin McCraney In Moonlight, Black Boys Look Blue. Le dramaturge a aussi grandi dans le ghetto de Miami, au moment où l’arrivée du crack faisait des ravages dans les années 80. Egalement fondé sur la propre histoire difficile de Barry Jenkins, cet opus sous haute tension se divise en trois chapitres.

Ils évoquent trois périodes-clés de l’existence d’un être déchiré qui cherche sa place dans le monde, en commençant par se battre contre la dureté de sa mère et sa sexualité naissante. Une douloureuse quête d’identité faite de rejets, brimades et insultes qui finiront par le mener à l’acceptation de soi.

fotorcreated (1).jpgChiron, c’est d’abord Little, un enfant mutique au visage triste qui se cache pour échapper aux copains qui le pourchassent. Puis un adolescent replié sur lui-même qui récupère son prénom, Chiron, persécuté pour sa différence.

Et enfin un adulte, Black, devenu dealer à son tour, ultra viril avec ses muscles sa chaîne et ses dents en or. Mais toujours livré à ses démons et demeuré ce petit garçon demandant, tout en craignant de le savoir, ce que signifie «faggot». Une troisième partie que les non-dits rendent encore plus émouvante.

Outre par Mahershala Ali cité plus haut, Moonlight est porté par trois excellents comédiens, Alex R. Hibbert, Ashton Sanders et Trevante Rhodes (photo), chacun exprimant à sa façon les contradictions, l’introversion, les fêlures et les souffrances aux trois âges de de Chiron.

A noter que le casting est entièrement noir. Barry Jenkins n’y voit aucun problème, car il n’a pas connu de blancs avant d’entrer à l’université! «S’il avait fallu en créer pour une question de représentation, cela n’aurait eu aucun sens. Ce n’était pas une intention mais le respect du monde de mon personnage».

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 15 mars.

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07/03/2017

Grand écran: Jessica Chastain, lobbyiste de choc dans "Miss Sloane"

aaaasloane.jpegPlongée dans les arcanes de Washington avec Miss Sloane, belle, brillante et sans scrupules. Lobbyiste professionnelle dans la capitale américaine, grassement payée par de puissants groupes de pression, cette talentueuse et fascinante stratège n’hésite pas à user de n’importe quel moyen pour influencer les élus à voter pour ou contre des lois, selon les intérêts de ses clients.

Une mission de tous les instants à laquelle Elizabeth Sloane se consacre entièrement. Insomniaque, sous-alimentée, au taquet seize heures par jour, avalant pilule sur pilule pour tenir, elle  sacrifie volontairement sa vie privée. Et se paie des escort boys pour satisfaire ses besoins sexuels et s’en débarrasser ensuite.

Cynique, amorale, sûre d’elle, rationnelle, avide de défis et de victoires, elle n’a pas besoin de croire à une cause pour la défendre. C’est ainsi qu’elle fera campagne auprès du lobby des armes pour ensuite s’allier à un homme de principe pour faire adopter une loi limitant leur circulation. Tout cela à grands coups de manigances et de manipulations qui pourraient lui coûter cher dans ce milieu d'hommes aussi impitoyable qu'obscur. 

Le Britannique John Madden notamment auteur de Shakespeare in love et des deux Best Exotic Marigold Hotel livre un thriller psychologico-politique plutôt efficace, porté de bout en bout par Jessica Chastain. En tailleur impeccable, perchée sur ses hauts talons, elle se révèle parfaite dans le rôle. Autant préciser que c‘est l’atout majeur du film dont le scénario complexe confine parfois à l’incohérence.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 8 mars.

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Grand écran: "Les figures de l'ombre", hommage à trois scientifiques afro-américaines de génie

aaaafigures.jpgElles étaient exceptionnellement douées et on ne le savait pas. Du moins en ce qui me concerne. J'ignorais en effet tout de Katherine Johnson, Dorothy Vaughn et Mary Jackson, ces trois incroyables scientifiques afro-américaines travaillant dur pour la Nasa, aspirant à l’égalité des chances et à un salaire décent. Mais victimes de préjugés racistes, elles ont dû se battre pied à pied pour faire reconnaître leur talent

Nous sommes dans les années 60. Les Etats-Unis doivent absolument rattraper leur gros retard sur l’URSS, qui a envoyé le premier homme dans l’espace Youri Gagarine en 1961. C’est notamment grâce à ces trois femmes qu’ils y parviendront avec la mise en orbite, l'année suivante, de l’astronaute John Glenn, mort le 8 décembre dernier.  

Et pourtant que de bâtons on leur a mis dans les roues. Ne serait-ce que le fait de devoir, comme la mathématicienne Katherine Johnson, parcourir quotidiennement et à plusieurs reprises un bon kilomètre pour se rendre... aux toilettes réservées aux personnes de couleur. Une humiliation scandaleuse qui lui fait non seulement perdre un temps fou dans son job mais la ramène constamment à sa condition inférieure.

Traiter de la conquête spatiale par le biais de la discrimination, de l’intolérance, du sexisme et du machisme est la bonne idée de ce film hommage réalisé par Theodore Melfi, bien qu’il soit desservi par une mise en scène peu inspirée et un scénario trop prévisible.

Un excellent trio d'actrices

Mais outre des équations qui devraient faire saliver quelques matheux, l’histoire de ces trois génies armées de leurs seules cellules grises pour faire avancer la cause des Noirs et des femmes, est suffisamment extraordinaire pour nous faire oublier quelques maladresses 

D’autant qu’elles sont incarnées par un excellent trio: Taraji P. Henson, Octavia Spencer et Janelle Monae (photo). Rayonnantes, débordantes de vitalité, d’humour, elles se coulent avec aisance et naturel dans la peau de ces figures de l’ombre qui finiront par apparaître en pleine lumière.

La NASA a baptisé un bâtiment en l’honneur de Katherine Johnson qui a de plus reçu la médaille présidentielle de la liberté (plus haute distinction civile aux États-Unis) de la part de Barack Obama en 2015. Aujourd’hui âgée de 99 ans, elle vient d’être honorée lors de la cérémonie des Oscars.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 8 mars.

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Grand écran: "Chez Nous" asticote le Front National. Avec une grande Emilie Dequenne

aaaachez nous.jpgInfirmière à domicile, entre Lens et Lille, Pauline s’occupe seule de ses enfants et de son père ancien métallurgiste communiste. Confrontée à la misère sociale, pleine d’empathie, elle se montre dévouée et généreuse envers ses patients. Profitant de sa popularité, les pontes du Bloc patriotique, un parti extrémiste soucieux de dédiabolisation, lui proposent d’être leur candidate aux municipales.

Mélange de réalité et de fiction, critique du Front National même s’il n’est jamais nommé et dont l’action se situe de surcroît dans la commune fictive de Hénard (le fief frontiste d’Hénin-Beaumont dans le nord n’est pas loin) Chez Nous, (titre emprunté au slogan "On est chez nous" scandé par les militants dans les meetings en agitant follement des drapeaux tricolores), est signé du Belge Lucas Belvaux.

Il a énervé les dirigeants du parti, plus particulièrement Florian Pilippot qui, sans l’avoir vu, avait dénoncé une sortie scandaleuse et inadmissible quelques semaines avant l’élection présidentielle. Notamment dans la ligne de mire, le personnage d’Agnès Dorgelle (Catherine Jacob). Blonde et brutale patronne du Bloc capable de galvaniser les foules, elle évoque indéniablement Marine Le Pen.

En fait, elle ne tient qu’un rôle secondaire. La véritable héroïne, c’est cette jeune infirmière à nouveau formidablement incarnée par Emilie Dequenne (à droite sur la photo), recrue naïve à qui ce parti dirigé par une femme et s’adressant aux ouvriers ne semble pas dangereux. A relever aussi la prestation d’André Dussolier en médecin onctueux et inquiétant, passant de l’amabilité à la menace voilée.

aaaadequenne.jpgUn terreau fertile

Lucas Belvaux nie vouloir provoquer le FN. Tout au long d'une intrigue tenant davantage de la mise en garde que du brûott, il s’emploie à décrire une France divisée et déboussolé, peuplée d’individus frustrés et en colère, sur fond de crise économique et morale. Un terreau fertile à l’implantation complexe d’un parti en quête de respectabilité, pour emporter l'adhésion d'un électorat qu’il prétend défendre.

Le but est de susciter le débat en explorant ses mécanismes, se focalisant sur la manière dont il parvient à grossir ses rangs. La séduction qu’exerce peu à peu ce Bloc populiste sur une Pauline  désireuse d'améliorer le sort de ses concitoyens, représente l’un des principaux intérêts de ce film habile quoique parfois inégal et surligné, mais utile dans sa façon de pousser à la réflexion.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 8 février.

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28/02/2017

Grand écran: "Mapplethorpe: Look at the Pictures", le parcours hors norme d'un sulfureux photographe

5051579_7_70cb_autoportrait-1980_31e5e782e58510300867593df1b93b12.jpg« J’ai toujours été fasciné par l’idée d’illustrer la sexualité comme personne de l’avait fait auparavant ». Pour Robert Mapplethorpe, le sexe est partout dans la vie et dans les choses. Un pénis et une fleur c’est la même chose. Il a ainsi fait du sexe et de sa pratique le cœur de son œuvre. Le résultat avait valu en 1989 les imprécations du sénateur républicain Jesse Helms, outré par les photos pornographiques du sulfureux personnage, jugées offensantes pour l’art. Il n’était pas le seul. Les images ont provoqué moult scandales et procédures judiciaires, loin de nuire d’ailleurs au prix des œuvres incriminées...

"Look at the pictures!", martèle le politicien scandalisé. C’est ainsi que commence le premier long-métrage documentaire sur le célèbre photographe, réalisé par Fenton Bailey et Randy Barbaro, qui reprennent la phrase à leur compte, en détournant évidemment son sens premier. Ils retracent le parcours fulgurant d’un artiste hors norme, jusqu’à sa mort du SIDA en 1989, après avoir passé ses dernières années à promouvoir l’homosexualité. Il avait quarante-deux ans.

A travers une série d’interviews enregistrées, Robert Mapplethorpe révèle sans détour sa vie sulfureuse et les passions qui l’ont inspiré. Des archives enfin rendues publiques, des entretiens de collaborateurs, des révélations intimes de ses amis, de ses amants, de son frère Edward, artiste lui aussi, des témoignages de son prêtre, sa rencontre avec son amie Patti Smith, complètent le portrait de cet homme extravagant et dérangeant qui a inventé une nouvelle forme d’art en portant la photographie à son sommet. Ce qui est d’autant plus extraordinaire qu’au départ, il ne l’avait pas choisie. Il s’est mis à faire des polaroïds, parce qu’il avait besoin de photos pour ses collages.

Obsédé par la beauté

Le documentaire auquel on reprochera une facture trop classique étant donné son sujet, montre un Mapplethorpe obsédé par la beauté, la perfection esthétique, comme le révèle le fameux The Black Book publié en 1986, entièrement composé de nus d’hommes noirs sculpturaux et dans tous leurs états. Le provocateur Robert adorait bousculer les tabous, choquer les gens, les déranger, les faire réagir, les manipuler, les utiliser, avoir en quelque sorte du pouvoir sur eux.

Au-delà de son œuvre, Mapplethorpe, artiste total dans son attitude, sa manière de s’habiller, de se coiffer était profondément ambitieux. Tout ce qu’il faisait, c’était pour sa carrière remarquent les intervenants. Beau, intelligent, charmeur, il était aussi égoïste, aimait l’argent et avait soif de célébrité. Il voulait être une légende et a connu le succès avant de mourir.

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 1er mars.

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Grand écran:"Trainspotting 2", le retour nostalgique des junkies écossais... sur le retour

aaatrain.jpgLes chemins des voyous écossais Renton, Spud, Sick Boy et Begbie se croisent à nouveau. Rentré au pays vingt ans après, Renton (Ewan McGregor), le junkie traître et voleur retrouve Spud (Ewen Bremner), également addict à l’héroïne qu’il sauve du suicide.

Autre accro, Sick Boy (Jonny Lee Miller), s’est lui reconverti dans le chantage à la sextape, avec la complicité de la jeune Nikki, déterminée à ouvrir un bordel chic. Quant à Begbie (Robert Carlyle), il s’est échappé de prison et tente de convertir son fils à son pitoyable business. Mais lorsque ce psychopathe alcoolique apprend la présence de Renton, il ne pense qu’à le coincer pour lui faire cracher le fric qu’il a dérobé.

Dans Trainspotting 2, Danny Boyle s’inspire très librement de Porno d’Irvine Welsh, pour livrer un film à la fois foutraque, nostalgique, mélancolique et assez drôle sur la désillusion d’hommes mûrs. L’œuvre d’un cinéaste assagi suivant ces losers quadras qui revisitent le passé et tentent de retrouver l’énergie de leur jeunesse par la drogue ou le crime.

Mais le coeur n'y est pas vraiment. Résultat, on a droit à une quête illusoire et pathétique procurant des moments parfois amusants, voire touchants. Mais le film finit par tourner en rond, se révèlant donc forcément moins percutant que le cultissime orignal. Même s’il lui est plutôt fidèle dans l’esprit.

C’est justement là que réside la difficulté. Concilier cet esprit d’époque avec une volonté de modernité, symbolisée par l’ambitieuse Nikki (Anjela Nedyalkova), personnage particulièrement intéressant venu de l’Est. A signaler par ailleurs une excellente BO qui ravira les fans. 

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès le ler mars.

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Grand écran: "Patients", un récit à hauteur de fauteuil pour réapprendre à vivre

aaaapatients.jpgGrand Corps Malade, de son vrai nom Fabien Marsaud, a écrit en 2012 Patients, un livre sur l’accident qui l’avait paralysé en 1997, avant de pouvoir après de longs mois retrouver l’usage de ses mains et de ses jambes. Mais il devra toujours se servir d’une béquille.

Aujourd’hui il en a fait un film, au titre éponyme. En se replongeant dans la période la plus noire de son existence, Grand Corps Malade devait seulement écrire le scénario. Finalement il a décidé de coréaliser l’adaptation de son autobiographie avec son ami Medhi Idir, auteur de tous ses clips et de courts métrages.

Les deux compères n’abordent pas le parcours artistique du célèbre slameur mais, fidèles au livre, se concentrent, sur la description d’une année de rééducation. Il ne s’agit donc pas d’un biopic dans la mesure où l'histoire pourrait être celle de n’importe quel jeune de 20 ans victime d’un grave accident.

On découvre donc Ben (Pablo Pauly), un passionné de basket qui, à l'instar de Fabien à l’époque, a perdu l’usage de ses jambes après une chute dans une piscine à moitié pleine et ne peut plus marcher, se laver, s’habiller. Arrivé dans le centre médical dont il découvre la dure réalité, il rencontre surtout une étonnante galerie de personnages, comme lui lourdement handicapés. Entre souffrance et patience, idées suicidaires et résistance, engueulades et éclats de rires, vannes potaches, larmes et même une petite idylle, ces corps brisés vont tenter ensemble de réapprendre à vivre.

Entièrement tourné dans le centre, Patients montre sans fard le quotidien éprouvant, cru des handicapés sans la moindre autonomie, et le dévouement ceux qui les soignent. Cela donne une comédie sociale vue à hauteur de fauteuil, à la fois pédagogique, émouvante, drôle, pleine d’un humour souvent trash et d'autodérision féroce. C’est aussi le récit d’une renaissance collective qui fuit le documentaire édifiant et ne tombe jamais dans le sentimentalisme, le pathos. Un petit exploit.

Performance des comédiens

«Nous avons beaucoup travaillé en amont pour avoir le recul nécessaire. Nous avons évité à chaque fois de grossir le trait et en même temps de ne pas nier la difficulté de la vie de ces gens sans noircir le tableau », expliquent les deux réalisateurs à l’occasion d’un passage à Genève.

Il faut également saluer la performance des comédiens, en immersion dans un vrai centre de réadaptation pendant sept mois. «Le casting a été un enjeu majeur. On a vu près de 400 personnes. On ne voulait pas des têtes connues pour que les personnages, qui ont tous existé, soient le plus crédibles possible. Aucun d’eux n’est handicapé, ce qui leur a demandé un effort physique incroyable. Par ailleurs, la soixantaine de figurants sont de vrais patients du centre.»

Ce premier long-métrage a donné des idées au tandem. «Medhi et moi on se connaît depuis douze ans On est les meilleurs potes On est tout le temps ensemble, on a tout fait ensemble On a envie de refaire un film ensemble. A partir d’un sujet qu’on connaît bien… »

A l'affiche dans es salles de Suisse romande dès mercredi 1er mars.

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22/02/2017

Grand écran: avec "Si j'étais un homme", Audrey Dana tente de mélanger les genres

aaaadana.jpgMère de deux enfants, malheureuse en amour et fraîchement divorcée, Jeanne ne veut plus entendre parler des hommes. Et puis un beau matin, elle se réveille avec un pénis après une nuit d’orage! Paniquée elle consulte son gynécologue (Christian Clavier)qui ne peut que constater la chose. Et lui donner, à l’image de la meilleure amie (Alice Belaïdi), des conseils pour se servir de son "pinpin" comme elle surnomme son phallus.

Voilà qui donne lieu à quelques fous rires et situations cocasses au début, mais dérive malheureusement vers une grosse farce hystérique et faussement subversive. Devant et derrière la caméra pour son second long-métrage après Sous les jupes des filles, Audrey Dana ne tient pas jusqu’à la fin, bien au contraire, son histoire a priori audacieuse.

Ce n’est évidemment pas l'avis de la réalisatrice qui défend son dernier-né avec conviction. "Pour moi, ce sujet sensible était l’opportunité de faire une bonne comédie", nous confie-t-elle lors de son passage à Genève. "J’avais envie d’explorer la frontière ténue entre le masculin et le féminin j’ai été assez folle pour aller jusqu’au bout". Certes je me vautre dans les clichés, mais c'est pour mieux les exploser".

Ce qui l’a amusée, c’est d'imaginer que la chose arrive à une fille qui vit dans la règle stricte du patriarcat. "Cela me permettait de me moquer du patriarcat et de parler de la place qu’occupe la femme aujourd’hui, celle que mon héroïne n’a jamais prise. Nous vivons dans une société assez machiste, où être un homme procure davantage de droits. Je pose donc la question de savoir ce qui se passerait si on donnait ses attributs à une fille". 

Audrey Dana a personnellement rêvé qu’elle se réveillait avec un sexe masculin. "C’est plus fréquent qu’on ne le croit. On a tous l’autre genre en soi. Je fais donc un pas vers l’homme". Elle en a même interviewé une centaine en les interrogeant sur leur rapport au sexe. "Beaucoup ne s’étaient jamais livrés dans ce domaine. Tous étaient émus. Oubliant leur pudeur, ils m’ont raconté des choses très intimes, comme l’un d’eux qui m’a révélé s’être masturbé pour la première fois à 24 ans.." 

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 22 février.

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Grand écran: "Lion" raconte l'odyssée d'un enfant indien adopté

aaasaroo.jpgElle ne pouvait être que vraie. Inventée, on aurait eu du mal à croire à l histoire de Saroo, ce garçonnet indien de cinq ans qui se retrouve dans un train traversant le pays et l’emmenant à Calcutta. Perdu à 1600 kilomètres de chez lui, le gamin doit apprendre à survivre seul dans l’immense cité, avant d’être placé dans un orphelinat puis adopté par un couple d’Australiens.

Vingt-cinq ans plus tard, comme Saroo Brierley l’a raconté dans son autobiographie A Long Way Home, le jeune homme n’a pas oublié sa famille biologique. Les souvenirs de son enfance restent gravés dans sa mémoire et il va se mettre à rechercher son village natal. Il parviendra à le localiser grâce à Google Earth, qui a d’ailleurs parrainé le tournage.

Lion est le premier long-métrage de Garth Davis, cité six fois aux Oscars. Cherchant à éviter le pathos et le misérabilisme, le réalisateur ne manque toutefois pas de nous tirer des larmes avec cette aventure aussi extraordinaire que touchante. Plus particulièrement dans sa première partie où on découvre le quotidien du mignon Saroo (Sunny Pawar).

Il vit pauvre mais heureux dans une cahute en pleine campagneentre sa mère, sa sœur, son grand-frère qu’il adore et qui l’emmène parfois à son travail. Jusqu’à ce jour fatidique où, fatigué de l’attendre dans une gare, Saroo monte dans un wagon pour atterrir à Calcutta, ville de tous les dangers pour une jeune proie facile.

Moins centrée sur l’émotionnel, à part le final, la deuxième partie de ce mélodrame le montre dans sa nouvelle vie entre ses parents adoptifs et un frère difficile, également adopté. Puis il apparaît en adulte sous les traits de Dev Patel (le héros de Slumdog Millionnaire) qui, suite à une rencontre avec d’autres jeunes Indiens éprouvera la nécessité obsessionnelle de renouer avec ses racines.

Le comédien est l’un des prétendants à la statuette du meilleur second rôle en compagnie de Nicole Kidman. Cette dernière se révèle étonnante dans une composition sensible de mère aimante. Une nouvelle fois bluffante avec sa capacité de s’effacer derrière son personnage, elle apparaît méconnaissable avec son look vestimentaire de mémère, encore accentué par ses cheveux roux, coupés courts et permanentés.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 22 février. 

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16/02/2017

Grand écran: avec "L'Empereur" Luc Jacquet raconte le voyage d'un jeune manchot vers l'océan

aaaaempereur.jpgUn mois de voyage, quarante-cinq jours de tournage, six mois de montage. Résultat, de superbes images d’étendues glacées immaculées, de grands oiseaux attendrissants et une formidable prouesse technique pour une touchante histoire bien racontée par Lambert Wilson. Douze ans après le triomphe de La Marche de l’Empereur couronné d’un Oscar, qui évoquait le rude parcours des manchots empereurs sur la banquise, Luc Jacquet récidive.

Il nous immerge à nouveau dans le quotidien de ces étonnantes créatures en frac, à la fois majestueuses et rigolotes avec leur drôle de démarche à la Chaplin. Mais tout en montrant leur lutte perpétuelle pour tenter de se reproduire dans des conditions extrêmes, comme en témoigne la scène poignante de la résistance collective au blizzard pour protéger les œufs, son nouvel opus est centré sur l’aventure d’un manchot, de sa naissance à son premier grand voyage.

On s’attache à ce poussin qui, répondant au mystérieux appel qui l’incite à rejoindre l’océan, va traverser de dures épreuves pour accomplir son destin, assurer sa survie et celle de son espèce. Luc Jacquet voulait aborder au plus près la vie de l’animal. Un défi de taille mais un objectif atteint grâce à 6000 sosies qui faisaient la même chose en même temps.

Une première mondiale grâce aux frères Gentil

Le commentaire, très explicatif, contribue à lever une partie du voile entourant ses héros qui nous donnent une leçon de vie. On regrettera toutefois d’incessants allers et retours dans ce récit initiatique qui font un peu perdre le fil. En revanche, Luc Jacquet nous bluffe avec de sublimes images sous-marines, grâce à l’extraordinaire travail des frères Gentil, explorateurs modernes chaux-de-fonniers. Une première mondiale.

La frustration de Luc Jacquet de ne pas avoir pu le faire il y a douze ans, était d’ailleurs l’une de ses raisons de remettre le couvert, comme il nous le confiait lors d’un récent passage à Genève. Mais il y a aussi évidemment cette volonté de témoigner ce qu’il doit à ce continent. "Je ne peux le laisser sans empereurs à mes enfants».
Ecologue de formation, ce passionné de la nature natif de Bourg-en-Bresse qui voulait être paysan, a subi pour la première fois la morsure de l’Arctique en 1991. Il avait 23 ans.

"Depuis j’y suis retourné régulièrement. J’aime la confrontation avec les éléments déchaînés, l’esthétique absolue des paysages, le retrait du monde, le retour à un rythme plus authentique et bien sûr la proximité avec les manchots. Ce ne sont pas des animaux domestiqués, mais ils sont curieux, familiers. Ils n’ont pas peur. Ils essayent même de tirer vos vêtements! Il n'y a pas d’espèce qui se prête à ce point à la caméra».

Ce qui continue toutefois à beaucoup troubler l’auteur, c’est le mystère. "Il y a tant de choses qu’on ne comprend pas, leur connaissance innée mais impressionnante de la transmission, la manière qu’ils ont de se repérer. J’ai le sentiment que tout cela est sous-tendu par le rapport au temps.»

A l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 15 février.

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14/02/2017

Grand écran: dans "Rock'n Roll", Guillaume Canet s'amuse à casser son image

aaaarock.jpgValeur sûre du cinéma français, bien dans son existence, son métier, sa famille, Guillaume Canet, 43 ans, a tout pour être heureux. Jusqu’au jour où, sur un tournage, c’est le choc. Evoquant son âge, une jolie comédienne de 20 ans lui apprend non seulement qu’il n’est pas très "rock", ce qu’il n’a d’ailleurs jamais vraiment été, mais qu’il a beaucoup chuté dans la liste des acteurs qu’on aimerait se taper…

Sa vie avec Marion, son fils, sa maison de campagne, ses chevaux, ne livrent donc pas de lui un portrait des plus sexy. Paniqué, Guillaume sent qu’il y a urgence à changer. Et il va aller loin, jusqu’à l’impensable, sous le regard impuissant de son entourage médusé…

C'est après une interview avec une journaliste qui le décrit en termes peu avantageux dans lesquels il ne se reconnait pas, lui assurant qu’il renvoie l’image d’un acteur ringard et rangé, que l'idée de Rock'n Roll a germé dans la tête de Canet. Du coup, tout en mettant en scène son propre couple, il a eu envie de s’amuser à casser son look de gendre idéal. D’où son cinquième long-métrage où il se livre à un exercice désopilant d’autodérision, se moquant à la fois de sa personne et de son parcours. Il pose ainsi un regard satirique sur la sacro-sainte star qui, après avoir arpenté le tapis rouge, se comporte en somme comme tout le monde. Ou presque…

Parallèlement à ce savoureux jeu d’autodestruction, y allant à fond sur le nombrilisme et le narcissisme des acteurs enfermés dans une bulle et ne sachant pas distinguer le vrai du faux, il évoque la crise de la quarantaine qui effraie autant les hommes que les femmes, poursuivant pathétiquement à coup de botox une jeunesse qui les fuit. A cet égard, on regrette un peu que l’auteur ait tendance à se perdre dans une métaphore un rien lourdingue sur le jeunisme, surfant sur l’angoisse de vieillir et l'implacable dictature de l’apparence. Le twist final se révèle en revanche carrément dingue.

Un vrai talent comique

Malgré quelques petites réserves, ce métrage caustique et très divertissant entre réalité, fiction et mise en abyme offre des passages aussi inattendus que jubilatoires. A l’instar de celui où une Marion Cotillard irrésistible, cultivant son potager au milieu du salon, travaille par ailleurs consciencieusement un accent québécois pour son rôle dans le prochain fllm de Xavier Dolan. Le prodige aurait lui-même élaboré les dialogues pour des scènes particulièrement humoristiques. Sans oublier la découverte d'un impayable Johnny Hallyday qui s’autoparodie avec une indéniable délectatio

Mais on soulignera surtout  la performance de Guillaume Canet, dévoilant un talent comique qu’on ne lui connaissait pas vraiment et qu’on lui souhaite d’exploiter. En ce qui concerne les personnages secondaires,le réalisateur a choisi de s’entourer à nouveau de sa famille de cinéma: Alain Attal, Gilles Lellouche, ou encore Philippe Lefèvbre avec qui il a coécrit Mon idole et Ne le dis à personne

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 15 février.

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Grand écran: "Dans la forêt", le thriller fantastico-anxiogène de Gilles Marchand

aaaaforet.jpegNotamment inspiré de l'enfance de l'auteur, ce huis-clos familial en pleine nature met en scène Tom et Benjamin, deux garçons de 8 et 11 ans, qui rejoignent leur père vivant à Stockholm, pour passer les vacances d'été avec lui.

Ils l’ont à peine vu depuis qu’il a divorcé de leur mère, plus particulièrement Tom, qui ne connaît pratiquement pas cet homme à la fois bizarre, mystérieux, solitaire et autoritaire, qui semble ne jamais avoir besoin de dormir. C’est en tout cas ce qu’il lui affirme. Il est en plus convaincu que le gamin voit des choses invisibles pour les autres. A la suite d’incidents étranges, il décide brusquement d’aller dans le nord du pays et de séjourner dans une cabane au milieu d’une immense forêt.

Les deux gamins trouvent l’idée excitante, mais déchantent assez rapidement en découvrant un endroit certes magnifique, mais beaucoup plus isolé qu’ils l’avaient imaginé, privé d’électricité de surcroît, ce qui les empêche de recharger leur portable. Le malaise s’installe au fil des jours et leur inquiétude s’accroît quand ils comprennent que leur père, heureux d’être coupé du monde avec ses fils, envisage de moins en moins un retour à la civilisation. Sans compter qu'il manifeste à leur égard un comportement de plus en plus étrange et menaçant, qui accentue leurs angoisses et leurs peurs.

Un côté maléfique rappelant un peu Shining

Egalement connu pour ses scénarios dont Ressources humaines de Laurent Cantet, Un ami qui vous veut du bien de Dominik Moll, ou encore Main dans la main de Valérie Donzelli, Gilles Marchand est adepte du thriller aux accents fantastiques depuis ses premiers longs-métrages. Dans Qui a tué Bambi (2003), il évoquait les obsessions d’une jeune infirmière se débattant entre rêve et cauchemar. Dans L’Autre monde (2010), il utilisait le phénomène des jeux vidéo en ligne pour développer des relations troubles et malsaines entre des personnages à la dérive.

aaaforet.jpgDans la forêt, le côté diabolique du père se retournant contre sa progéniture, rappelant un peu la folie de Jack Nicholson dans Shining, l’emporte. Cet opus anxiogène le serait d'ailleurs davantage si son réalisateur n’avait pas décidé de distiller l’angoisse dès les premières images.

Du coup, on n’est jamais véritablement surpris par les agissements alarmants du père. Ni saisi par les visions de monstrueuses créatures démoniaques du petit Tom, véritable héros de l'histoire. Doué de télépathie, il révélait en effet d’entrée à une pédopsychiatre qu’il avait un mauvais pressentiment à l’idée d’aller retrouver l’auteur de ses jours en Suède.

Cela n'enlève toutefois rien à la prestation des comédiens. Jérémie Elkaïm dans le rôle sombre et maléfique du père, Timothé Vom Dorp (photo) et Théo Van de Voorde dans celui des enfants à l'imaginaire foisonnant, se montrent tous les trois excellents.

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 15 février.

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08/02/2017

Grand écran: Avec "Silence", Martin Scorsese livre sa "Passion" en évoquant ses doutes de croyant

aaasorsese.jpgMartin Scorsese quitte la haute finance du Loup De Wall Street pour aborder le thème de la foi, prépondérante dans sa vie et sa carrière. L'homme qui voulait devenir prêtre a fait de la religion l’un des  moteurs de son cinéma, confrontant ses obsessions (culpabilité, rédemption, expiation) à ses démons dont les addictions et la violence.  
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Avec Silence, qu’il rêvait de tourner depuis plus de vingt-cinq ans, l’auteur de La dernière tentation du Christ ou de Kundun (sur la vie du Dalaï-lama) livre ainsi sa "Passion", évoquant sa propre histoire, ses doutes, ses contradictions au cours d’une réflexion métaphysique complexe qui attire par sa recherche du mystère de la foi et ses interrogations philosophiques.

Adapté du roman éponyme de Shusaku Endo, Silence se déroule dans le Japon du XVIIème siècle, une période sombre, où les chrétiens fraîchement convertis sont massacrés, combattus pour des raisons religieuses et culturelles. Des résonances évidentes avec les atrocités commises aujourd’hui au nom de la foi (djihadisme, guerre aux mécréants, massacre des chrétiens d’Orient).

Un vrai chemin de croix

Scorsese suit les Pères portugais Sebastiao Rodrigues (Andrew Garfield) et Francisco Garupe ( Adam Driver) , missionnaires jésuites lancés à la recherche de leur mentor le Père Ferreira, porté disparu après être parti propager la bonne parole à l'autre bout du monde. Leur périple se muera en vrai chemin de croix, mettant sans cesse leur foi à l’épreuve.

Après une première partie où Scorsese évoque notamment d’une manière assez incongrue le choc des cultures, les deux hommes  partageront l’horrible destin des Japonais catholiques, contraints d’abjurer en piétinant une représentation du Christ, suppliciés puis trucidés par les sbires d’Inoue Masashige. Un redoutable inquisiteur dont Scorsese montre la cruauté et le sadisme en multipliant les scènes de torture et de mise à mort par le feu, la noyade, la décapitation.

Evitant tout prosélytisme, Scorsese propose un film épuré, austère, aride, au rythme lent, privilégiant la contemplation à l'action. Tout en reconnaissant et en admirant la virtuosité du réalisateur, la splendeur visuelle de l’opus (tourné à Taïwan) étiqueté chef d'oeuvre par beaucoup, on n’adhère pas complètement à ce duel spirituel opposant les croyances d’un Japon médiéval à une religion catholique qui se prétend universelle..

Des comédiens peinant à émouvoir

On n’est pas non plus conquis par la distribution. Andrew Garfield, qu’on vient de voir dans Tu ne tueras point de Mel Gibson et Adam Driver, le conducteur de bus poète de Jim Jarmush dans Paterson, n’éblouissent pas par leur charisme.

Bien qu’ils se soient totalement investi dans leur rôle, leur performance peine à émouvoir. Andrew Garfield se révèle peu inspiré dans ses incantations et Adam Driver a tellement maigri, qu’il effraye plus qu’il ne bouleverse. Dommage enfin que Liam Neeson, le mentor finalement retrouvé, soit réduit à de trop brèves apparitions dans cet opus de deux heures quarante.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 8 février.

 

 

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01/02/2017

Grand écran: "Manchester by the Sea", un grand mélodrame avec un formidable Casey Affleck

aaaafleck.jpgHomme à tout faire dans une plomberie de Boston, Lee Chandler (Casey Affleck impressionnant) passe ses journées à régler les problèmes des locataires de l’immeuble dont il s’occupe. Mais les choses ne vont pas sans mal. Lee est un garçon solitaire, irritable, qui n’aime pas les gens et a des difficultés à communiquer.  Toujours à fleur de peau, il noie son mal-être dans la bière et déclenche de stupides bagarres dans les bars pour se défouler.

Et puis un jour il, reçoit un coup de fil, rompant brutalement la routine de son morne quotidien et lui apprenant la mort soudaine de son grand-frère Joe (Kyle Chandler). Désigné tuteur légal de son neveu adolescent, Patrick (Lucas Hedges). Il doit alors retourner dans sa ville natale de Manchester by the Sea et y affronter un passé tragique qui l’avait forcé à fuir, se séparant de sa femme (Michelle Williams).

Ce drame poignant qui séduit par son scénario, sa mise en scène, ses dialogues, sa photographie, est signé Kenneth Lonergan, dramaturge et scénariste de Mafia Blues qui l’a révélé en 2000 et de Gangs Of New York de Scorsese (2011), qu’il a co-écrit. Il s’agit de son troisième film comme réalisateur après Tu peux compter sur moi et Margaret qu’on regrette de ne pas avoir vus.

Avec Manchester by the Sea, Kenneth Lonergan nous entraîne dans une forme de suspense, qui tient à la structure narrative de l’intrigue, moins simple qu’il n’y paraît. Prenant son temps, l’auteur la nourrit habilement de flashbacks permettant de mieux saisir les différentes situations, les motivations et les comportements des protagonistes, A commencer par celui de Lee, en nous laissant découvrir la raison de ses fêlures, de ses blessures, sa réticence à revenir Manchester, pour dévoiler petit à petit à l’origine du mal qui le ronge.

Forte puissance émotionnelle

Tout en évoquant le deuil, l’abandon, la résilience, l’auteur se concentre sur la relation complexe, touchante, entre l’oncle et le neveu qui se cherchent, chacun essayant maladroitement d’atteindre l’autre pour tenter de retisser un lien. Kenneth Lonergan livre ainsi un grand mélodrame intimiste à forte puissance émotionnelle, mais sans pathos et tire-larmes souvent inhérents au genre.

Une magnifique réussite qui tient bien sûr aussi à l’interprétation. Casey Affleck, qui tient un de ses meilleurs rôles avec celui du fascinant Gerry de Gus Van Sant apparaît comme un favori à l’Oscar. Il donne de l’épaisseur à son personnage qui lutte contre le spectre d’un passé impactant le présent. Fragile, renfermé, brisé mais aussi endurci par le chagrin, il donne la réplique à Lucas Hedges, remarquable dans le rôle de cet ado renfrogné, faussement cynique et insensible, occupé à satisfaire ses pulsions sexuelles avec diverses copines qui succombent à son charme. A leurs côtés, Michelle Williams et Kyle Chandler se montrent à la hauteur dans des rôles secondaires.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 1er février .

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Grand écran: "Mapplethorpe: "Look at the Pictures", le parcours hors norme d'un sulfureux photographe

 

5051579_7_70cb_autoportrait-1980_31e5e782e58510300867593df1b93b12.jpg«J’ai toujours été fasciné par l’idée d’illustrer la sexualité comme personne de l’avait fait auparavant». Pour Robert Mapplethorpe, le sexe est partout dans la vie et dans les choses. Un pénis et une fleur c’est la même chose. Il a ainsi fait du sexe et de sa pratique le cœur de son œuvre. Le résultat avait valu en 1989 les imprécations du sénateur républicain Jesse Helms, outré par les photos pornographiques du sulfureux personnage, jugées offensantes pour l’art. Il n’était pas le seul. Les images ont provoqué moult scandales et procédures judiciaires, loin de nuire d’ailleurs au prix des œuvres incriminées...


Look at the pictures, martèle le politicien scandalisé. C’est ainsi que commence le premier long-métrage documentaire sur le célèbre photographe, réalisé par Fenton Bailey et Randy Barbaro, qui reprennent la phrase à leur compte, en détournant évidemment son sens premier. Ils retracent le parcours fulgurant d’un artiste hors norme, jusqu’à sa mort du SIDA en 1989, après avoir passé ses dernières années à promouvoir l’homosexualité. Il avait quarante-deux ans.

A travers une série d’interviews enregistrées, Robert Mapplethorpe révèle sans détour sa vie sulfureuse et les passions qui l’ont inspiré. Des archives enfin rendues publiques, des entretiens de collaborateurs, des révélations intimes de ses amis, de ses amants, de son frère Edward, artiste lui aussi, des témoignages de son prêtre, sa rencontre avec son amie Patti Smith, complètent le portrait de cet homme extravagant et dérangeant qui a inventé une nouvelle forme d’art en portant la photographie à son sommet. Ce qui est d’autant plus extraordinaire qu’au départ, il ne l’avait pas choisie. Il s’est mis à faire des polaroïds, parce qu’il avait besoin de photos pour ses collages.

Obsédé ar la beauté

Le documentaire auquel on reprochera une facture trop classique étant donné son sujet, montre un Mapplethorpe obsédé par la beauté, la perfection esthétique, comme le révèle le fameux The Black Book publié en 1986, entièrement composé de nus d’hommes noirs sculpturaux et dans tous leurs états. Le provocateur Robert adorait bousculer les tabous, choquer les gens, les déranger, les faire réagir, les manipuler, les utiliser, avoir en quelque sorte du pouvoir sur eux.

Au-delà de son œuvre, Mapplethorpe, artiste total dans son attitude, sa manière de s’habiller, de se coiffer était profondément ambitieux. Tout ce qu’il faisait, c’était pour sa carrière remarquent les intervenants. Beau, intelligent, charmeur, il était aussi égoïste, aimait l’argent et avait soif de célébrité. Il voulait être une légende et a connu le succès avant de mourir.

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 1er mars.

06:00 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

Grand écran: "Mapplethorpe:Look at the Pictures", le parcours hors norme du sulfureux photographe

 

5051579_7_70cb_autoportrait-1980_31e5e782e58510300867593df1b93b12.jpg«J’ai toujours été fasciné par l’idée d’illustrer la sexualité comme personne de l’avait fait auparavant». Pour Robert Mapplethorpe, le sexe est partout dans la vie et dans les choses. Un pénis et une fleur c’est la même chose. Il a ainsi fait du sexe et de sa pratique le cœur de son œuvre. Le résultat avait valu en 1989 les imprécations du sénateur républicain Jesse Helms, outré par les photos pornographiques du sulfureux personnage, jugées offensantes pour l’art. Il n’était pas le seul. Les images ont provoqué moult scandales et procédures judiciaires, loin de nuire d’ailleurs au prix des œuvres incriminées...

Look at the pictures!, martèle le politicien scandalisé. C’est ainsi que commence le premier long-métrage documentaire sur le célèbre photographe, réalisé par Fenton Bailey et Randy Barbaro, qui reprennent la phrase à leur compte, en détournant évidemment son sens premier. Ils retracent le parcours fulgurant d’un artiste hors norme, jusqu’à sa mort du SIDA en 1989, après avoir passé ses dernières années à promouvoir l’homosexualité. Il avait quarante-deux ans.

A travers une série d’interviews enregistrées, Robert Mapplethorpe révèle sans détour sa vie sulfureuse et les passions qui l’ont inspiré. Des archives enfin rendues publiques, des entretiens de collaborateurs, des révélations intimes de ses amis, de ses amants, de son frère Edward, artiste lui aussi, des témoignages de son prêtre, sa rencontre avec son amie Patti Smith, complètent le portrait de cet homme extravagant et dérangeant qui a inventé une nouvelle forme d’art en portant la photographie à son sommet. Ce qui est d’autant plus extraordinaire qu’au départ, il ne l’avait pas choisie. Il s’est mis à faire des polaroïds, parce qu’il avait besoin de photos pour ses collages.

Obsédé par la beauté

Le documentaire auquel on reprochera une facture trop classique étant donné son sujet, montre un Mapplethorpe obsédé par la beauté, la perfection esthétique, comme le révèle le fameux The Black Book publié en 1986, entièrement composé de nus d’hommes noirs sculpturaux et dans tous leurs états. Le provocateur Robert adorait bousculer les tabous, choquer les gens, les déranger, les faire réagir, les manipuler, les utiliser, avoir en quelque sorte du pouvoir sur eux.

Au-delà de son œuvre, Mapplethorpe, artiste total dans son attitude, sa manière de s’habiller, de se coiffer était profondément ambitieux. Tout ce qu’il faisait, c’était pour sa carrière remarquent les intervenants. Beau, intelligent, charmeur, il était aussi égoïste, aimait l’argent et avait soif de célébrité. Il voulait être une légende et a connu le succès avant de mourir.

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 1er mars.

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31/01/2017

Grand écran: Mel Gibson déroule ses obsessions dans "Tu ne tueras point". Sanglant!

aaahacksaw.jpgToujours aussi obsédé par la violence, la quête divine, le sacrifice et la rédemption, le prosélyte Mel Gibson revient avec Tu ne tueras point, où il raconte l’histoire authentique de Desmond Ross. Ce jeune Américain brutalisé par un père vétéran alcoolique pour exorciser ses traumatismes, hérite de sa colère avant de trouver la paix dans la religion.

Quand la Seconde Guerre mondiale éclate, Desmond Ross, membre de l’Eglise adventiste du septième jour, veut absolument rejoindre l’armée pour servir son pays. Mais, cet objecteur de conscience déchiré entre son patriotisme et sa foi, refuse de porter, voire de toucher un fusil. Ce qui lui vaut les pires sévices de la part de ses camarades et surtout de sa hiérarchie, déterminée à s’en débarrasser

Le plus grand des héros

Inébranlable, supportant les coups, les humiliations, les injures, il finit par être engagé comme infirmier dans l’infanterie et, sans jamais céder sur ses principes, ses croyances, sa morale, deviendra le plus grand des héros en sauvant, armé de sa seule foi, des dizaines de vies dans l’enfer de la bataille d’Okinawa.

En soi l’objection de conscience est un bon sujet. Mais si on admire la résistance tenace aux cruelles pressions militaires, le courage exemplaire de l’homme qui a inspiré le film, c’est tout le contraire en ce qui concerne le portrait qu’en brosse Mel Gibson. Il en fait une sorte de dadais idéalistico-mystique, campé par un Andrew Garfield totalement dénué de charisme.

Une vaste boucherie 

Après une première partie laborieuse pour expliquer la conversion de son protagoniste, le réalisateur de La passion du Christ et de Braveheart se lance dans le filmage réaliste du conflit. Et profite de cette figure héroïque pour se livrer à ses fascinations douteuses, se vautrant dans la barbarie, multipliant avec une rare complaisance des séquences de guerre aussi sanglantes que répétitives.

Corps éventrés, déchiquetés. C'est gore. Une vaste boucherie. Et, plus détestable encore, sur fond de pacifisme, d’humanisme, d’évangélisme, de sentimentalisme bondieusard. A ce égard, on ne résiste pas à citer les Inrocks, évoquant un cinéma qui bascule dans l’ère du catho-porn, destiné à remplir les multiplexes de l’Amérique bigote…

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès le mercredi 1er février. "

21:46 Publié dans Sorties de la Semaine | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

Grand écran: une excellente Natalie Portman fait revivre la fascinante Jackie Kennedy

aaaajack.jpgScruté, analysé, hyper médiatisé, l’assassinat de John F. Kennedy, le 22 novembre 1963 à Dallas, a fait l’objet d’incalculables thèses, ouvrages ou films. Mais aucun ne s’est principalement focalisé sur sa veuve, confrontée à la violence de sa mort.

Avec Jackie, le Chilien Pablo Larrain s’est glissé dans l’esprit de Jacqueline Bouvier Kennedy, pour tenter de faire partager son vécu émotionnel du drame.

Sans doute déroutés, les amateurs de biopics classiques vont regretter que le scénariste Noah Oppenheim n’ait pas privilégié le récit linéaire du destin extraordinaire de la First Lady qui a réinventé la fonction au début des sixties. Ils auront tort, car l’angle choisi pour évoquer l’icône féminine universellement admirée pour sa culture, sa beauté et son élégance est inédit, non conventionnel et passionnant.

Sur une musique de Mica Levi, superbement filmé, l’opus opère un retour en arrière à la faveur d’une interview accordée à un journaliste par Jackie, qui exige le contrôle de ses souvenirs, sinon leur réinterprétation. S’il conserve certes quelques éléments importants de son existence, Pablo Larrain se concentre sur les quatre jours traversés par la femme blessée, de celui de la tragédie du Texas à celui des funérailles à Washington le 25 novembre.

Tout en nous la montrant bouleversée, traumatisée, dévastée de chagrin, vêtue de son tailleur rose taché de sang, le cinéaste dévoile les deux visages de la célébrissime veuve de JFK. Vulnérable, timide, notamment dans la reconstitution en noir et blanc de la fameuse visite de la Maison Blanche où elle parle d’une voix de petite fille désemparée ; digne, forte et déterminée dans sa volonté d’organiser des obsèques destinées à célébrer l’homme et à immortaliser le 35e président des Etats-Unis.

De l’Oscar dans l’air

Un vrai film d’auteur dont Natalie Portman est l’atout majeur aux côtés de Peter Sarsgaard, Greta Gerwig et John Hurt. Il y a de l’Oscar dans l’air pour la comédienne qui porte l’œuvre de bout en bout. Formidable, elle impressionne par sa classe, son jeu intelligent, subtil, sensible . Remarquable, elle devient plus qu’elle n’incarne cette Première Dame exceptionnelle, complexe, fascinante, secrète, mais aussi consciente de l’importance de son image, de son style, et dont la vie a basculé en quelques minutes.

Pour construire son personnage, Natalie Portman a raconté, notamment à Paris Match, qu’elle s’est inspirée des entretiens de Jackie avec l’historien Arthur Schlesinger Jr en 1964, mais a surtout été aidée par le livre One Special Summer qu’elle avait écrit avec sa sœur Lee lors d’un voyage en Europe en 1951.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 1er février.

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29/01/2017

Melbourne: le 18e de Federer, rien de plus normal en somme pour un phénix

aaafederer.jpgImpressionnante, éblouissante, phénoménale, géniale, épique, fabuleuse, colossale, sublime. Les superlatifs ne manquent pas pour qualifier la victoire d’un homme qui va toujours plus loin dans la légende, après avoir soulevé en pleurs son dix-huitième trophée majeur.

Devenant au passage le deuxième joueur le plus âgé à gagner un Grand Chelem après l’Australien Ken Rosewall et la deuxième tête de série numéro 17 à coiffer la couronne après Pete Sampras à l’US Open en 2002.

Que raconter de plus? Presque rien, sinon répéter que cette finale de rêve pour les spectateurs a tourné au cauchemar pour le malheureux Nadal. Il suffisait de voir sa tête bien tristounette à la remise de la coupe pour se convaincre de l’immensité de sa déception.

On l’entendait battre sa coulpe, imaginant avec angoisse à quel point il allait devoir à nouveau cravacher ferme pour tenter de rattraper son rival. Lui qui était si près du but à l’entame de la cinquième manche mais qui nous l’a finalement jouée façon Pénélope en défaisant ce qu’il avait presque achevé de construire…

Bref, au lieu de me ronger les sangs pendant des heures, j’aurais dû écouter Martina Navratilova et, une fois n'est pas coutume, Henri Leconte. Ces fervents défenseurs du maestro le voyaient clairement remporter la mise, évoquant son plus de fraîcheur.

En effet rien de plus normal en somme dans le succès du mythe, avec tout ce qu'on a raconté sur son extraordinaire aptitude à renaître de ses cendres. En même temps, il y avait de quoi se bouffer furieusement les ongles, le pitbull ibère étant logiquement considéré comme le favori par la majorité des pronostiqueurs.

Et pour cause, Quand il est au top, qu’il mène ou soit mené, c’est la même mayonnaise pour le taureau de Manacor. Il ne lâche rien. D’autant plus dans cette arène chauffée à blanc où il était déterminé comme jamais à conserver, si j’ose dire, ses oreilles et sa queue. Et il faut reconnaître qu’il en a été à deux doigts... 

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28/01/2017

Melbourne: une finale de rêve mais... le cauchemar pour le vaincu!

aaaanadal.jpgEn transes, la planète tennis se tape follement sur le ventre, salivant à l’idée d‘assister dimanche à LA finale de rêve, aussi vintage que celle opposant les sœurs Williams. On ne va pas se mentir, la victoire de Serena, parvenue du coup au top du top, ne faisait aucun doute dans ce duel familial qui lui n’a en revanche pas atteint des sommets. Mais c'est loin d'être pareil concernant l’affrontement qu’on espère titanesque entre nos revenants masculins.

Si l’incertitude plane, une chose est sûre. Dimitrov n’est pas le seul à regretter amèrement de ne pas avoir su convertir ses deux balles de break dans le cinquième set. Je ne vous raconte pas le nombre de ceux qui sont encore beaucoup plus déçus que le malheureux Bulgare de ce fâcheux coup du sort. A l’image de Sa Grâce et tous ses fans qui avaient commencé à pousser un soupir de soulagement, avant de sombrer dans le désespoir.

Non que Rodgeur eût pu terrasser ce brave Grigor les doigts dans le nez. Surtout après la façon admirable dont il a résisté à Nadal pendant cinq manches. Pour ne rien vous cacher, j’aurais à la limite pardonné au Don Juan du circuit de s’imposer face à la légende.

Au moins aurais-je contemplé avec bonheur l’éloignement divin du redoutable spectre de ce nouveau Grand Chelem pour l’Ibère. Et vu ses crocs aiguisés comme jamais, je crains terriblement que le pitbull ait plus de chance d’enlever son quinzième titre majeur que Rodgeur son dix-huitième. Avec de surcroît la perspective de coiffer une seizième couronne à Roland Garros… Rien que d’y penser j’ai mal à la tête.

Non seulement les chiffres ne parlent pas en faveur du king, mais ce choc doit furieusement le faire penser aux trois autres perdus contre l’Espagnol à Melbourne. Surtout celui de 2009 où, le privant à l’époque de succès une cinquième fois, l’ogre l’avait carrément fait éclater en sanglots. Pour doubler la punition en lui infligeant encore une fessée deux ans plus tard sur l’ocre parisien.

En faveur du maestro pourtant, ce tournoi dėment chez les kangourous où il n’a cessé de jouer au phénix pour mettre ses adversaires dans sa poche. De quoi rendre jaloux l’original et peut-être gagner son immortalité dans l’univers du tamis. Alors certes on verra une finale de rêve pour l’histoire du tennis. Mais qui va forcément tourner cauchemar pour le vaincu…

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25/01/2017

Grand écran: euphorisant, "La La Land" fait chavirer la planète et craquer Hollywood

aland.jpgBouchon géant sur une autoroute de Los Angeles. Conducteurs et passagers léthargiques rongent leur frein, lorsqu’une jeune femme sort de sa voiture en chantant. Effet magique. En un éclair l'asphalte se couvre de danseurs et l’embouteillage se transforme en une chorégraphie grandiose sur les toits des véhicules au son d'un irrésistible air jazzy.

Cette ouverture euphorisante qui donne des fourmis dans les jambes, nous entraîne dans une lumineuse comédie musicale sur fond d’amours contrariées entre Mia, serveuse dans un café entre deux auditions pour devenir actrice et Sebastian, pianiste fou de jazz qui rêve d’ouvrir son club et joue du piano dans des restaurants pour boucler ses fins de mois. La course parallèle à la réussite des deux héros finira par une passion sacrifiée sur l'autel de l'art...

Vers une moisson d'Oscars

Avec La La Land, expression désignant à la fois le quartier de Hollywood à Los Angeles et avoir la tête dans les nuages, le Franco-Américain Damien Chazelle, 32 ans, fait chavirer la planète et enchante Hollywood. Film le plus attendu de ce début d’année, il a raflé sept Golden Globes en janvier dernier et va poursuivre son incroyable moisson aux Oscars le 26 février avec 14 nominations, dont meilleur film et meilleurs comédiens. Il rejoint ainsi Titanic de James Cameron et Eve de Joseph Mankiewicz. 

abland.jpgCette merveilleuse, énergisante et poétique bulle d’oxygène en ces temps anxiogènes est portée par les performances d'Emma Stone (lauréate d’un prix d’interprétation à la Mostra de Venise) et Ryan Gosling qui, comme sa partenaire, a appris les claquettes, mais surtout le piano à raison de cours intensifs.

Tourné dans environ 80 décors extérieurs, La La Land rend hommage à la Cité des Anges, aux fabuleux classiques et leurs formidables acteurs comme Gene Kelly, Ginger Rogers, Fred Astaire ou Cyd Charisse. Avec clins d’œil plus particuliers au chef d’œuvre de Vincente Minnelli The Band Wagon (Tous en scène). Encore que Chazelle voie son film plus proche de Chantons sous la pluie, des Demoiselles de Rochefort, ou des Parapluies de Cherbourg dont il est un fan absolu. Des influences qui le poussent aussi vers la mélancolie, l’allégresse teintée de tristesse, l’amour impossible.

Naviguant entre fantasmes et réalité, passé et présent, La La Land aligne les numéros jubilatoires dans une mise en scène virtuose où le créatif Chazelle, nostalgique de l’âge d’or hollywoodien, multiplie les installations, les situations baroques, les trouvailles visuelles. Une véritable réussite malgré une ou deux longueurs médianes et une petite lourdeur finale. Des réserves mineures. 

Damien Chazelle, qui a mis six ans à monter son projet, a été révélé en 2014 par le remarquable Whiplash, un opus âpre où un jeune batteur apprend durement son métier auprès d’un prof aussi cruel que sadique. Et comme il n’a pas l’intention de s’endormir sur ses lauriers, il planche sur son prochain long-métrage, First Man, d’après la vie de Neil Armstrong. Son premier film à effets spéciaux montrera l’espace sous un autre jour en explorant les dangers d’être astronaute dans les sixties. On se réjouit déjà.

 A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 25 janvier.

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