17/12/2014

Cinéma: "Still Life", la valeur de la vie pour un héros très discret

4v7i3333[1].jpgVêtu d’une gabardine grise, ne se déplaçant jamais sans sa serviette brune, John May est un petit fonctionnaire secret, vivant dans l’austérité, passionné par son travail qu’il exerce dans une banlieue londonienne. Lorsqu’une personne solitaire décède, c’est lui qui part à la recherche de ses éventuels proches, ses investigations le faisant voyager dans le pays. 
 
Mais il est toujours seul aux obsèques et s’occupe de l’éloge funèbre des défunts, qu’on ne voit jamais. Ils nous sont révélés à travers leurs objets, leurs bijoux, leurs vêtements, leurs photos, des cartes postales que John May classe minutieusement. Jusqu’au jour où cet homme entièrement  dévoué à sa cause perd son travail. Il décide alors de quitter Londres pour une ultime mission, au cours de laquelle il rencontre Kelly, la fille du disparu sur lequel il enquête. Un rayon de soleil en forme de brève ouverture au monde. 

Still Life, qui pour son auteur Uberto Pasolini  n’est pas un film sur la mort mais sur la valeur de la vie des gens, n’en évoque pas moins un isolement social de plus en plus fréquent dans une société en crise,  où les inégalités gagnent du terrain et où le sens du voisinage a pratiquement disparu, en même temps que les notions de solidarité ou d’entraide.
 
Pour jouer ce héros très discret d’une rare humanité, le réalisateur italien a choisi le comédien britannique Eddie Marsan, connu pour ses rôles de méchant notamment chez Martin Scorsese, mais qui se retrouve pour la première fois tout en haut de l’affiche dans un long-métrage.

Il se révèle parfait, proposant un jeu précis, sobre, minimaliste, avec parfois une touche d’humour à la Buste Keaton. Une interprétation qui s’accorde parfaitement avec la mise en scène subtile,  les décors un peu figés et la caméra presque toujours immobile du cinéaste.
 
Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 17 décembre.

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16/12/2014

Cinéma: "La famille Bélier" vers un carton au box-office?

237211[1].jpgBeaucoup lui prédisent un succès d’enfer, du genre Intouchables ou Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu? Peut-être ne faudrait-il pas, pour parodier un critique sur un site, vendre la peau du spectateur avant qu’ils se soit assis dans une salle obscure... A vérifier dès mercredi.

La famille Bélier, signée Eric Lartigau, se déroule à la campagne. Paula, 16 ans, très mature pour son âge, est la seule entendante dans une famille d’agriculteurs sourds muets. Epanouie, pleine d’entrain, elle a aussi une voix magnifique. Et bien qu’elle adore son papa, sa maman et son frère, pour qui elle est une interprète indispensable au quotidien, elle rêve de quitter le nid pour devenir chanteuse. Poussée par son professeur de musique, elle prépare en secret le concours de Radio France. Tout cela implique de partir pour Paris et laisser dorénavant les siens se débrouiller seuls.

C’est Louane, découverte dans l’édition 2011 de The Voice qui joue le rôle de Paula, tandis que l’irrésistible Karin Viard et François Damiens se glissent dans celui des parents. A leur côté, on trouve encore Eric Elmosnino, l’inoubliable Gainsbourg dans Vie héroïque, en prof de chant excentrique obsédé par Sardou.

Ceux qui trouvent le chanteur ringard, ou pire, auront sans doute un peu de mal à adhérer à l’opus, car Eric Lartigau nous en sert à la louche. Allant jusqu’à mettre dans la bouche d’Elmosnino: "Sardou est à la variété française ce que Mozart est à la musique classique: intemporel". Le film est à peine sorti que la  réplique est déjà culte… 

Sans aller jusqu’à délirer, à l’image de certains, il faut reconnaître que cette comédie, certes bourrée de bons sentiments, est à la fois drôle et touchante. Sa réussite tient surtout à l’interprétation du couple Viard-Damiens, aussi enthousiaste qu'amoureux, ainsi qu’à celle de Louane, qui ne contente pas de donner de la voix.  

La famille Bélier, qui pourrait donc cartonner au box-office, est parti d’un scénario de Victoria Bedos à qui une grande interview sera consacrée dans Femina le 28 décembre. Ancré chez elle depuis longtemps, elle l'a coécrit avec Stanislas Carré de Malberg. La fille de Guy et soeur de Nicolas s’est inspirée de l’assistante de son père, née de parents sourds. Elle a mis pas mal de choses d’elle dans ce qui reste bien sûr une fiction. "Paula c’est moi. Petite, j’avais l’impression qu’on ne m’entendait pas", nous confie-t-elle. "En outre mes parents ne voyaient pas d’un bon œil mon envie de devenir chanteuse".

1382435053013_0570x0342_1382435113090[1].jpgEric Lartigau, à qui on doit Un ticket pour l’espace, Prête-moi ta main ou encore l’homme qui voulait vivre sa vie a repris l'histoire avec Thomas Bidegain, le sparring-partner de Jacques Audiard, notamment pour Un prophète et De rouille et d’os. Nous avons rencontré le réalisateur à Genève où il était venu présenter sa comédie en avant-première. "La famille n’existait pas vraiment. Tout était axé sur Paula".

-Le thème de la famille vous tient apparemment très à cœur.

-Absolument. C’est un vivier de la société, son reflet, un microcosme plein de contrastes, de reliefs. On passe par tous les sentiments, les émotions contradictoires, paradoxales. C‘est l’ouverture à l’autre, le dépassement de soi.

-Le choix de Karin Viard et de François Damiens dans le rôle des parents s’est imposé d’emblée.

-Dès que je me mis à retravailler le texte, j’ai immédiatement pensé à eux. Ils m’apparaissaient physiquement, à l‘écriture déjà. Ainsi qu’Eric Elmosnino.

-Et Louane Emera?

-C’était différent. J’ai opéré un vaste casting et gardé une sélection de 80 jeunes filles. L’une était géniale en tant qu’actrice, mais chantait comme une casserole. J’ai finalement opté pour Louane. 

-A part le jeune frère vraiment sourd de Paula dans le film, et un autre garçon, les autres acteurs ne connaissaient rien de la langue des signes. Ils ont dû se livrer à un apprentissage intensif.

-Ils ont effectivement suivi des cours plusieurs heures par jour. Leur préparation a duré entre quatre et cinq mois. C’était un sacré challenge. Pour moi également. Je n’avais jamais collaboré avec des comédiens censés être sourds. La langue des signes est chorégraphique mais très compliquée. Les gestes doivent être en accord avec l’expression des visages et des corps.

Après La famille Bélier, Eric Lartigau ne va pas quitter son univers de prédilection. Il projette deux nouveaux métrages sur le sujet, une autre comédie et un mélodrame.

Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dés mercredi 17 décembre.

 

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09/12/2014

Cinéma: avec "Eden", on n'est pas vraiment au paradis...

eden_51[1].jpgAprès Tout est pardonné, Le père de mes enfants, Un amour de jeunesse, la cinéaste Mia Hansen-Love tente de faire revivre l’euphorie musicale des années 90 dans son quatrième long-métrage.

Elle raconte l’histoire de son frère Sven, DJ de la French Touch -l’électro française qui allait conquérir le monde- , resté finalement et malheureusement pour lui dans l’ombre des mythiques Daft Punk. On les voit de loin en loin, interprétés par Vincent Lacoste et Arnaud Azoulay.

Le récit, qui veut évoquer la fête sous toutes ses formes, se déroule sur quinze ans et se fait l’écho du parcours de Sven, organisateur de soirées, co-scénariste et alias Paul dans le film, qui crée avec son meilleur ami le duo Cheers. Ces passionnés jouent dans les plus grands clubs parisiens et connaissent une ascension aussi fulgurante qu’éphémère entre musique, potes, drogues. Et amours bien sûr.

Parallèlement, la réalisatrice évoque en effet la vie sentimentale particulièrement agitée du jeune homme qui accumule les aventures. On a droit à une véritable succession de filles (Greta Gerwig, Golshifteh Faharani, Pauline Etienne, Laura Smet) rejoignant sous les draps pour en ressortir aussitôt, le héros, ou plutôt l’anti-héros qui ne les tombe pas moins aussi sec. Un type doué mais trop dilettante pour réussir vraiment ce qu’il entreprend, retourné dans l’ombre après être à peine entré dans la lumière.

Nostalgique, assez déprimant, d’un intérêt dramaturgique et romanesque quelconque, Eden, évocation d’un moment, d’une époque, propose le portrait intimiste et plat d’une jeunesse à travers des personnages trop creux et trop fades pour qu’on s’y attache et qu’ils nous fassent vibrer. Par ailleurs le manque de rythme  rend la durée, plus de deux heures, pesante. Passé le milieu de l'opus, on n’est pas loin d’en éprouver chaque minute…

Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 10 décembre.

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Cinéma: "Timbuktu", une ville livrée aux djihadistes. Un film coup de poing

Tombouctou%20internet[1].jpgLe Mauritanien Abderrahmane Sissako a planté sa caméra à Tombouctou pour raconter le quotidien infernal de cette ville tombée aux mains des djihadistes, à travers les yeux de Kidane.

Il mène  une vie simple et heureuse sous sa tente en compagnie de sa femme Satima, de sa fille Toya et d’Issan, un berger de 12 ans. Jusqu’au jour où leur vie bascule et qu’ils doivent subir les nouvelles lois autoritaires des extrémistes religieux. .

Le réalisateur nous laisse éprouver la terreur que font régner les intégristes en parcourant jour et nuit les rues armés de kalachnikov et munis de mégaphones pour rappeler les règles. Violents, d’une redoutable bêtise, ils représentent les nouveaux visages de l’obscurantisme .

Les interdictions pleuvent. Pas de musique, pas de cigarettes, pas de rires, pas de football, pas de flânerie. Les hommes sont forcés de retrousser leurs pantalons, les femmes contraintes de porter non seulement le voile, mais des gants et des chaussettes.

9_timbuktu_de_abderrahmane_sissako-_c__2014_les_films_du_worso__dune_vision[1].jpgTout manquement signifie mort ou torture décrétées par de ridicules juges siégeant dans des tribunaux improvisés au terme de simulacres de procès. D’où des images insoutenables d’un couple lapidé ou d’une jeune femme, ayant commis l’’imprudence de chanter, condamnée à quarante coups de fouets. Et qui hurle de douleur au milieu du désert.

Dans Timbuktu, film politique militant, dénonçant les atteintes aux libertés et aux droits de l’homme, l’auteur de Bamako, son précédent long-métrage, réussit à éviter le piège du manichéisme et du pathos, allant jusqu’à se permettre quelques notes d’humour au milieu de toute cette horreur.

A la brutalité des hommes et des situations, il mêle des moments de douceur, de poésie, de somptuosité des paysages. Ou encore de grâce bafouée, comme cette folle et symbolique galopade d’une gazelle traquée dans les dunes,en tentant d'échapper aux bourreaux.  

Cinématographiquement bien maîtrisée, cette fable coup de poing en forme de pamphlet, de plaidoyer contre l’ignorance, bouleverse par un propos d’une brûlante et cruelle actualité. Ouvrant la compétition au dernier Festival de  Cannes, elle avait provoqué un choc sur la  Croisette. Mais son auteur était malheureusement reparti les mains vides.

Film à l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 10 décembre. 

 

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03/12/2014

Cinéma: "La French". avec le duo Jean Dujardin et Gilles Lellouche

imagesCAZTAS2N.jpgInspiré de faits réels, le deuxième long-métrage de Cédric Jimenez nous plonge dans le Marseille des seventies, en évoquant l’affrontement entre le fameux juge du grand banditisme Pierre Michel et Gaëtan Zampa, redoutable et intouchable parrain de la pègre du cru.

Débarqué de Metz dans la cité phocéenne avec femme et enfants, le jeune magistrat, alias le cowboy, part pour son malheur en croisade contre la French Connection, organisation mafieuse exportant de l’héroïne dans le monde entier. 

L’auteur adopte tous les codes du film de gangsters avec figures emblématiques côté milieu et côté justice, hommes de main, lutte de pouvoir pour s’approprier le marché de la drogue, flics ripoux et politiques corrompus. Il ne cache par ailleurs pas son admiration pour les cadors du genre, de Martin Scorsese à Michael Mann. En passant évidemment par William Friedkin, LA  référence en l’occurrence. En 1971, il signait son chef d'oeuvre avec French Connection, où il décrivait les choses sous l'angle américain, tandis que Cédric Jimenez l'aborde du point de vue hexagonal.

Pas facile pourtant de rivaliser avec Les Affranchis, Casino ou autres Heat. Ecrasé par le poids de ses idoles, Cédric Jimenez propose ainsi un polar français à l’américaine qui, sans grande surprise, n’est pas à la hauteur de ses modèles. 

Fourre-tout et manque de rythme

La French souffre notamment d’un manque de rythme. En dépit d’une réalisation qui se veut dynamique, le film se traîne plus ou moins pendant 2h15, pour finir par rater la mise à mort attendue de Pierre Michel. Logique dans la mesure où l’auteur court (enfin si l’on peut dire…) plusieurs lièvres. Brassant pêle-mêle les dessous du trafic d‘héro et son démantèlement, la vie de famille sacrifiée, la biographie du juge assassiné mâtinée du portrait d’un homme qui évacue sa dépendance au jeu dans une traque obsessionnelle au malfrat, lui aussi plus ou moins sous examen de la part du metteur en scène. 

Résultat, un côté fourre-tout pour ce film noir, dont la principale réussite est la reconstitution importante et minutieuse de l‘ambiance de Marseille à l’époque. Avec photographie vintage à l’appui. En résumé donc, un polar assez bourrin réalisé par une sorte de copieur s’appliquant à faire ce qu'il peut. L’ensemble est à l’image de l’interprétation des deux têtes d’affiche Jean Dujardin et Gilles Lellouche, qui sont un peu à Al Pacino et De Niro (surtout Lellouche) ) ce que la Twingo est à la Ferrari.

Les personnages secondaires peinent carrément à exister, comme Benoît Magimel ou le malheureux  Gérard Meylan. Quant aux femmes, elles font de la figuration, à l’instar de Céline Sallette et Mélanie Doutey, respectivement compagne des deux héros de l'histoire. 

Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 3 décembre.

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02/12/2014

Cinéma: Mike Leigh raconte "Mr Turner", le peintre de la lumière

images[3].jpgMike Leigh revient avec Mr Turner, consacré à l’un des plus célèbres peintres britanniques, précurseur des impressionnistes, né Joseph Mallord William Turner en 1775 et mort en 1851.

Evoquant les 25 dernières années de celui qui fut si justement surnommé le peintre de la lumière, le grand cinéaste capte ses deux visages. Celui d’un artiste visionnaire qui a laissé une œuvre admirable avec des ambiances extraordinaires frisant parfois le fantastique, et celui de l’homme «très mortel» personnage complexe et tourmenté, dévoré par son art et ses blessures.
 
Il habite avec son père qu’il adore, son confident qui lui sert aussi d’assistant et une gouvernante  dévouée, s’immisce chez les lords, fréquente les bordels et entreprend de nombreux voyages qui nourrissent son inspiration. La mort de son père l’affecte terriblement et il se renferme comme un petit garçon. Sa vie est aussi rythmée par les visites qu’il rend à sa maîtresse, propriétaire d’une pension de famille au bord de la mer.
 
Cet homme hors normes, autodidacte, instinctif, à la fois rustre et doté de grandes capacités intellectuelles était victime, en dépit de sa célébrité, de sarcasmes et de railleries  émanant aussi bien du public que de l’establishment.
 
Mike Leigh nous le montre renfrogné, taiseux, irascible, désagréable. Et vilain. Un contraste saisissant avec la beauté de ses paysages et de ses marines. Ce héros peu attachant a de surcroît de grosses difficultés à s’exprimer. Au lieu de parler, il grognait comme un animal.
 
Il est incarné par Timothy Spall, un fidèle de Leigh, qui se glisse à merveille dans la peau de ce drôle de gros petit bonhomme. Sa performance lui a valu le prix d’interprétation au dernier Festival de Cannes où le réalisateur figurait pour la cinquième fois en compétition. "Afin de ne pas être ridicule à l’écran, j’ai pris du temps, deux ans, pour apprendre à dessiner et peindre", révélait le comédien lors de sa conférence de presse sur la Croisette.
 
Sur fond de film social évoquant le quotidien trivial d’un Londres du milieu du 19e siècle, notamment peuplé de gens plutôt moches et sales, le cinéaste rend hommage à l’artiste à sa condition, au mystère et à l’exaltation de la création.
 
Malgré son talent, les qualités formelles et visuelles d’une œuvre ambitieuse, sublimée par la photographie du chef opérateur Dick Pope, on peine à s’enthousiasmer véritablement pour ce biopic classique et très long (2h29), où Mike Leigh a tendance à ronronner.

Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 3 décembre.

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26/11/2014

Cinéma: "Marie Heurtin" sauvée de son isolement par une religieuse

un-film-sur-marie-heurtin-sourde-muette-et-aveugle[1].jpgInspiré de faits réels qui se sont déroulés en France à la fin du 19e siècle, le film raconte l’histoire de Marie Heurtin, née sourde, muette et aveugle en 1885. A 14 ans, elle est incapable de communiquer.

Son père, un modeste artisan qui refuse de la faire interner dans un asile comme le lui conseille un médecin, la confie aux religieuses de l’institut de Larnay, près de Poitiers.

Tandis que la Mère supérieure manifeste sa désapprobation et se montre très sceptique sur les chances de libérer l’adolescente emmurée, sœur Marguerite est persuadée du contraire. Elle décide de s’occuper de Marie et met au point une méthode, toujours utilisée aujourd’hui, basée sur le toucher.

Commence alors un lent, long, frustrant et éprouvant apprentissage sur fond d'intense et violent combat, notamment physique, entre ce «petit animal sauvage» et l’infatigable sœur Marguerite. A la fois douce et énergique, elle fait preuve d’une infinie patience pour sortir son élève de son isolement total.

On craignait le trop plein de bons sentiments dans ce drame émouvant. Certes le film n’en manque pas, mais son auteur Jean-Pierre Améris, à qui on peut reprocher une réalisation convenue, se montre le plus souvent sobre et pudique dans le traitement de son sujet. La réussite de Marie Heurtin tient toutefois d’abord à l’interprétation. Révélation, l’excellente Ariana Rivoire, jeune sourde non professionnelle, donne la réplique à une lumineuse Isabelle Carré.

Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 26 novembre.

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25/11/2014

Cinéma: avec "Nightcrawler", Dan Gilroy offre à Jake Gyllenhaal le rôle de sa vie

images[4].jpgEn train de voler du métal Louis Bloom, petit truand minable, se laisse surprendre par un gardien. Remarquant une montre clinquante qui lui plaît à son poignet, il assomme froidement le malheureux pour la lui prendre. Plus tard, il se retrouve au bord d’une voie rapide, où vient de se produire un accident mortel de voiture.

Débarque alors sur les lieux un cameraman sans scrupule qui mitraille complaisamment les victimes pour revendre des images choc aux chaînes de télé avides de mettre du sang à la une. 

Déclic dans le cerveau de Louis qui décide de se procurer une caméra. Dès lors branché sur les fréquences radio de la police qu’il pirate, il sillonne Los Angeles en traquant sans relâche le spectaculaire et le sordide, que lui achètent les TV locales. Ses prix ne tardent pas à grimper, allant de pair avec son irrésistible ascension dans ce milieu frelaté, tandis que la morale journalistique prend le chemin inverse. 

Critique non pas nouvelle mais néanmoins acerbe de journaux télévisés ou tabloïds aux relents fétides, Nightcrawler qui égratigne également le mythe du self made man, est le premier long-métrage de Dan Gilroy, notamment coscénariste de The Bourne Legacy et de Michael Clayton.

Pour ce polar intelligent à haute tension, immoral, féroce, noir sinon macabre, le cinéaste propose une réalisation parfois bluffante, telle une poursuite en voiture démente qui n’a pas tardé à lui valoir une comparaison flatteuse avec le cultissime Drive.

Mais surtout Dan Gilroy offre à Jake Gyllenhaal le rôle de sa vie. Tout est vu à travers le regard un peu fou de l‘acteur à la peau pâle. Inquiétant, calculateur, sans états d’âme, presque désincarné, il est absolument parfait dans ce rôle de salaud, d’ordure, de vampire sociopathe à l’humour vache, d'ignoble chasseur prêt à tout pour décrocher un scoop.

Film à l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 26 novembre.

 


 

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Coupe Davis: le Saladier d'argent aux Suisses, c'est la moindre des choses!

5157145[1].jpgUn retour sur cet exploit, en partie facilité par des Français obnubilés, obsédés, hantés depuis septembre dernier par l'idée de décrocher le Graal du Graal, s'impose.  

Tandis que les Fedrinka s’en allaient disputer quelques tournois majeurs pour se maintenir à flot, les Bleus repliés au camp de base se contentaient de nourrir des rêves orgasmiques de dixième Coupe, notamment illustrés par cette affiche ridicule (photo ci-dessous) où les mousquetaires et leur entraineur posent la gueule grande ouverte. Un rugissement guerrier complété par ce titre sans ambiguïté: l’ultime combat.

Autant dire que pour nos chers voisins, c’était quasiment fait. Sondages à l’appui, tout était prétexte à servir du petit suisse à chaque repas, chacun y allant de son analyse pointue pour mieux le boulotter. Et puis dimanche dernier, voilà que tombait l’info qui décoiffe, justifiant pleinement ces actes de foi: Federer était contraint de déclarer forfait en finale des Masters de Londres pour cause de dos en capilotade.

Entre sanglots déchirants et larmes de crocodile

Tandis que cela sanglotait dans les chaumières helvétiques face à ce tragique coup du sort, la nation traumatisée n’ayant plus que la prière pour implorer le Dieu du tennis d’épargner la meilleure de ses brebis, les Tricolores se lamentaient en versant des larmes de crocodile. Déclarant urbi et orbi que sans le king ce ne serait pas pareil, sans pourtant cacher que dans le fond une victoire est une victoire. Et qu’on oublierait vite son échine douloureuse dans les statistiques.

e5713286b42884f19bf02d086f542[1].jpgIl n’y eut d’ailleurs pas besoin d’attendre longtemps, si on se réfère aux commentaires déments qui suivirent le succès de Monfils sur la légende diminuée en deuxième partie de programme le premier jour.

La Monf’ en feu a atomisé, pulvérisé, émietté, terrassé assommé, dévasté, brûlé le mythe, pouvait-on lire un peu partout. Bien sûr on concédait ici et là qu'il n'était pas entièrement remis à neuf, mais bon, quoi. Le mérite de cette démolition en règle n’en revenait pas moins au stratosphérique Gaël.

Tsonga ayant auparavant pathétiquement plié devant Stan plus animal que jamais au cours de la rencontre précédente, Monfils ce héros remettait donc les coucous suisses à l’heure frenchie. Car vu la déculottée du phénix, les Hexagonaux ne l’imaginaient pas se rhabiller illico presto (moi non plus je l'avoue), se pensant dès lors avec le double en poche. Et mieux évidemment ensuite si entente…

Toujours experts varient

Mais funérailles, les choses basculaient soudain avec le résultat final que l’on sait, ce premier triomphe mondial helvétique devenant brutalement d’une évidence aveuglante pour tous ceux qui la veille pariaient carrément sur l’inverse. Souvent, sinon toujours, experts varient... Et c’est ainsi qu’on assistait à un retournement spectaculaire avec cette phrase: pourquoi gagner était mission impossible pour la France.

Certains spécialistes mettant subrepticement en doute le fait que Federer en ait eu «plein le dos» en le relevant avec amertume, la plupart s’acharnait à nous expliquer l’implacable logique de l’affaire. La marche était trop haute pour leurs poulains végétant au-delà du top 10, face aux numéros 2 et 4 mondiaux. Une sacrée découverte quand même au bout d’une soixantaine d’heures…

Côté helvétique, inutile de revenir sur la déferlante, le typhon, le tsunami de louanges. Une euphorie à la hauteur de l'exploit, me rétorquerez-vous. Certes. Sauf qu'il serait bien de relativiser dorénavant. Car si l'événement fut extraordinaire pour Stan The Man, las de porter sa croix depuis dix ans pour des prunes, trop s'ébaubir risque de devenir un poil offensant pour le maestro. Voir le meilleur joueur non seulement du monde mais de l'histoire du tennis contribuer enfin à la conquête du fameux Saladier d'argent, c'est franchement la moindre des choses

 

 

 

 

 


 

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19/11/2014

Cinéma: "Un illustre inconnu" ou la folie du double, avec Mathieu Kassovitz

images[4].jpgAprès le gros succès du Prénom, Matthieu Delaporte et son complice Alexandre De La Patellière se sont attaqués au registre bien différent du phénomène de la dépersonnalisation dans Un illustre inconnu. Ils évoquent la quête effrénée d’identité d'un curieux individu prêt à tout pour exister.

Solitaire, terne, taiseux, peu gâté par la nature, passant inaperçu sinon invisible, Sébastien Nicolas a une obsession: être un autre.

Agent immobilier quelconque mais au grand talent de maquilleur, il profite des visites d’appartements qu’il organise pour entrer dans la vie de ses acheteurs et se l’approprier pour un temps. Mais comme il manque d’imagination, il recherche l’imitation parfaite avant tout, suivant ses «proies», les observant, s’exerçant à la copie vocale et physique bluffante.

Car ce qui l’intéresse, ce sont ces existences par procuration qui lui donnent du plaisir. Une usurpation méthodique, minutieuse, ingénieuse, sans la moindre motivation criminelle, comme par exemple la falsification des papiers, le vol, ou pire, le meurtre. Du moins au début.

C’est donc ce qui rend le personnage de Sébastien Nicolas à la fois fascinant et inquiétant. Jusqu’au jour où il croise un vieux violoniste autrefois célèbre. L'artiste déchu devient son chef d'œuvre, mais le film bascule dans le mélodrame, la police s’en mêle, et l'intrigue perd son côté machiavélique. En même temps on déplore quelques incohérences, quelques longueurs, ainsi que des approximations malencontreuses dans le grimage du héros. 

Pas facile de surfer de bout en bout sans accroc sur le thème du double qui passionne le cinéma depuis toujours. A relever en revanche la performance d’acteur de Mathieu Kassovitz, (photo) excellent dans le rôle de cet illustre inconnu trouble, mythomane, schizophrène, pathologique et psychopathe.

Film à l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 19 novembre.

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18/11/2014

Cinéma: "Der Kreis", exception gay dans le Zurich des années 50

2348_230512_the-circle46[1].jpgAprès un Teddy Award et le prix du public à la Berlinale, le docu-fiction de Stefan Haupt a été choisi par la Suisse pour la course à l’Oscar du meilleur film étranger. 

Der Kreis se déroule dans le Zurich des années 50. Tout en nous laissant pénétrer dans l’une des premières communautés de libération des homosexuels, le film est centré sur le couple formé dans la vraie vie par Röbi Rapp, garçon extraverti coiffeur le jour, artiste travesti la nuit, et Ernst Ostertag, issu d’une famille psychorigide, enseignant dans une école de filles et redoutant de s’assumer. 

Ces deux hommes de milieux différents tombent fous amoureux lors de leur rencontre au sein de la revue gay trilingue «Der Kreis-¬Le Cercle- The Circle», publication unique au monde et seul réseau du genre fondé en 1940 à avoir survécu au régime nazi.

N’ayant pas l’équivalent du redoutable paragraphe 175 allemand et ne pénalisant donc pas les relations homosexuelles adultes, la  Suisse constituait une exception en Europe, sinon une sorte d'Eldorado pour le milieu. Le cercle était distribué anonymement à quelque 2000 abonnés, dont 700 à l’étranger, avec l’accord de la censure helvétique.

Mais cette terre de liberté même relative, s’est brutalement heurtée au durcissement conservateur, trouvant un écho au niveau fédéral. En 1957, un meurtre sordide déclenche une campagne médiatique homophobe. Acharnement policier, humiliations, menaces et dénonciations finisssent par avoir la peau du magazine dix ans plus tard, tandis que les homosexuels zurichois ou soupçonnés tels, devinrent les victimes d’une répression violente.

Apogée et déclin de la revue

Tout en luttant avec force et courage pour vivre leur passion, Röbi et Ernst assistent à l’apogée et au déclin du Kreis, dont les membres organisaient de grandes soirées de danse et de chansons dans un club underground, le Theater Neumarkt, attirant les gays d'Europe, voire d’Outre-Atlantique.

images[2].jpgEntre fiction et documentaire, l’opus rendant compte d’une dure bataille pour les droits humains, est émaillé de passionnants documents d’époque et de témoignages des deux principaux protagonistes (photo) qui furent, dans les années 1990, le premier couple homo suisse officiellement marié.

La  réussite du film, qui tient surtout à son sujet mais également au jeu des deux comédiens jouant Röbi et Ernst (Sven Schelker et Mathias Hungerbühler), renvoie aux progrès réalisée n Occident dans l'ouverture des esprits mais également à ce qui se passe aujourd'hui dans de nombreux pays, où les choses virent à la tragédie. Il montre également qu’il faut toujours se battre pour conserver des libertés jamais définitivement acquises. 

Les membres du Cercle se trompaient lourdement en imaginant que la société des fifties était mûre pour octroyer les mêmes droits aux couples de même sexe. Il suffit de penser à la « Manif pour tous » qui continue à mobiliser en France en dépit de la loi Taubira.

Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 19 novembre.

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17/11/2014

Finale de la Coupe Davis: la Suisse traumatisée au chevet de Rodgeur

Roger-Federer-and-Stanislas-Wawrinka-img17138_668[1].jpgTandis que les Français se désolent plus ou moins pour la forme, c’est le cauchemar dans les chaumières helvétiques, traumatisées depuis dimanche soir par l'option inouïe, impensable, bref tragique de la gloire nationale de ne pas jouer la finale des Maîtres à Londres, pour cause de dos en compote. Laissant ainsi Djokovic rafler le trophée sans combattre.

Certains esprit chagrins me rétorqueront que l’abandon de la légende n’a pas changé grand-chose sinon rien au résultat, mais quand même, il y a toujours un petit doute…

L’important n’est pourtant pas là. Le choc fut d‘autant plus grand qu’outre quelques non-participations logiques à des Masters 1000 pour alléger son calendrier, je crois bien que le seul forfait du Suisse sur place eut lieu à un tournoi de Bâle, en raison d’une douloureuse plante de pieds.

Mais ce fut au début de l’épreuve et non à son terme. D’où l’immense chagrin qui perdure et la véritable terreur de voir également l’orchidée noire renoncer à s’aligner contre les «mousquetaires» français en finale de la Coupe Davis vendredi prochain. Alors, info ou intox ? Du coup, chacun y va de son analyse pour décréter si oui ou non on verra cette image (photo).

Les plus pessimistes, convaincus que le mal est profond et, n’en supportant les conséquences funestes choisissent la solution extrême en s'imaginant carrément quitter ce bas-monde…. Les plus optimistes estiment au contraire que le mythe n’est pas si atteint que ça, et fait simplement preuve de la plus élémentaire sagesse en ayant refusé de courir deux lièvres à la fois. 

Entre les deux il y a les aficionados de Wawrinka, à un mini-poil de pouvoir disputer le duel ultime, qui manifestent de la mauvaise humeur à l’égard du maestro. Du genre c'est moche Rodgeur, tu as déjà remporté la chose cinq fois, tu as peiné un max, tu t’es grilles pour le Saladier et à cause de toi on va boire la Coupe jusqu’à la lie.

Autrement posé, tu aurais bien pu laisser ton pote en forme le jouer, ce match au sommet. Il n'est en effet pas aberrant de penser que Sa Grâce n’’était pas au mieux étant donné la façon invraisemblable dont il était malmené par le Vaudois, saigné à blanc la veille par l’implacable Dracula des courts.

Mais regardons la chose différemment. Si Federer un chouïa diminué avait lutté jusqu’au bout, juste histoire d'empêcher Stan de se défoncer à mort pour des prunes contre Novak et d’arriver à Lille plus grillé qu’un steak chez les Rosbifs? Et décidé de déclarer forfait ensuite pour conserver un maximum de chances à chacun chez Martine Aubry? Preuve certes d’un patriotisme exacerbé de la part du génie peu coutumier du fait. Mais sait-on jamais?  

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12/11/2014

Masters de Londres: Djokovic atomise Wawrinka. C'était couru, sauf pour nos comiques de la RTS!

images[1].jpgDepuis le début du tournoi londonien, Marc Rosset et son pote Pascal Droz n’avaient pas de mots assez durs pour fustiger les piètres performances des prétendus cadors du tamis.

Piaffant d'impatience, ils attendaient donc The rencontre de l’épreuve, qui devait enfin mettre aux prises deux vrais as, se craignant l’un l’autre de surcroît.

Une finale avant la lettre, salivaient nos comiques de la RTS, avec un Wawrinka complètement retrouvé face à Berdych et qui avait toutes les chances de flanquer la pâtée à Djokovic. Tirant même des plans sur la comète à partir de sa victoire virtuelle, ils évoquaient carrément la présence du Vaudois en finale!

Personnellement, je vous disais hier que j'espérais juste voir ce dernier marquer quelques jeux, suite à la démonstration de son adversaire face à Cilic. Taratata. Pour le duo de choc, tous les ingrédients étaient réunis pour assister à un match fantastique.

Et celui-ci avait à peine commencé que nos deux comiques, sûrs de leur analyse, se frottaient déjà les mains en voyant le Suisse prendre le service du Serbe. Pourtant depuis le temps, ils devraient le connaitre, ce brave Stanislas. Dracula ne tardait en effet pas à se reprendre pour remporter facilement le premier set, et continuait à fesser impitoyablement son rival d'opérette pour boucler l’affaire en deux petites manches tricotées de main de maître.

Du coup nos fanfarons gênés aux entournures n’avaient plus qu’à rabattre leur caquet devant l’inexistence crasse de leur idole, largement en-dessous de mes pronostics les plus pessimistes. Le grand blond tentait juste encore de se justifier, en nous racontant soudain que Wawrinka étant en pleine reconstruction de son tennis, on ne pouvait guère s’attendre à autre chose... Tandis que Droz noyait le poisson en regardant ailleurs, parlant du programme sportif et des réjouissances de la Coupe Davis.

Mais le cœur n’y était plus. Car inutile de se le cacher. Rien n’a changé au pays du rosbif. On a simplement  vécu, pour plagier un quotidien sportif français, une autre rencontre aussi excitante qu’une réunion Tupperware. Ou plutôt nettement moins sexy...

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Cinéma: "Serena" mise tout sur Bradley Cooper et Jennifer Lawrence. En vain

serena-les-premieres-images[1].jpgUn couple star, un lourd secret, une romance conjugale virant à la tragédie sur fond de nature sauvage et de Grande Dépression. Bref, tout pour plaire. C’est pourtant l’inverse.

Nous sommes en 1929. Le riche George Pemberton rencontre Serena, jeune beauté blondissime, cavalière émérite farouchement indépendante. C’est le coup de foudre, nos deux passionnés ambitieux convolent et vont s’installer en Caroline du Nord, bien déterminés à faire fortune dans l’industrie du bois.

Serena n’a pas l’intention de jouer les femmes au foyer. Se montrant l’égale des hommes, elle codirige l'entreprise d’une main de fer, imposant le respect en terrorisant les ouvriers et en ne laissant personne se dresser en travers de son chemin.

En même temps, elle souffre terriblement de ne pouvoir avoir d'enfant. C’est dire si minée par une jalousie féroce et transformée en furie, elle ne reculera devant rien en découvrant une photo, synonyme pour elle de trahison. Pendant que l’homme de sa vie, au supplice, tente platement d'éviter les ravages d'une vendetta aveugle.  

Serena, inspiré d’un roman de Ron Rash et réalisé par la Danoise Susanne Bier, réunit pour la troisième fois Bradley Cooper et Jennifer Lawrence après Happiness Therapy et American Bluff. Glamour, mais mariés pour le pire plutôt que pour le meilleur en l’occurrence, on l’aura compris.

S’ils surjouent des émotions qu'ils ne savent pas faire passer malgré de louables efforts, à l'image de Jennifer Lawrence dont on ne ressent à aucun moment la sauvagerie, les deux comédiens ne sont pourtant pas les seuls responsables du ratage de cette saga hollywoodienne, davantage victime d’un scénario poussif, d’une mise en scène laborieuse. Et ce ne sont pas quelques scènes de sexe inutiles mais se voulant torrides qui sauvent ce western en forme de thriller à suspense... où tout est donné d'avance.

Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 12 novembre. 

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Cinéma: "Love is Strange" pour un couple homo "just married" à New York

Love-is-Strange-interdit-aux-moins-de-17-ans-aux-USA-parce-qu-il-met-en-scene-un-couple-gay_portrait_w532[1].jpgGeorge enseigne la musique, Ben est peintre. Ils s'aiment et, vivant ensemble depuis 39 ans, décident de se marier. Cérémonie idyllique à Manhattan suivie d’une joyeuse petite fête. Mais les lendemains déchantent quand George est licencié par le prêtre de l’école catholique dont il dirige la chorale.

Du coup, sans son salaire, les deux hommes n’arrivent plus à rembourser le prêt de leur appartement. Ils sont contraints d’habiter chacun de leur côté chez des amis ou des proches, d’accord de les héberger jusqu’à ce qu’ils trouvent un logement à un prix abordable. Pour ces compagnons qui ont construit un quotidien à deux, attendant quatre décennies que l‘état de New York leur accorde le droit de convoler, commence une douloureuse vie loin l’un de l’autre.

Tandis que George emménage chez deux policiers gay, Ben se retrouve à Brooklyn chez son neveu, sa femme et leur fils ado dont il partage la chambre. Une cohabitation intergénérationnelle précaire, avec toutes les tensions que cette situation provoque.

Pour son sixième film Ira Sachs, ouvertement homo, chroniqueur de la communauté new-yorkaise et programmateur d’un ciné-club queer, s’inspire de deux cas réels. Prouvant ainsi que les préjugés pesant sur les couples de même sexe ont la vie dure en dépit de la loi.

Love Is Strange a par exemple été classé R (Restricted) par la Motion Pictures Association of America  (MPAA), ce qui signifie qu’il est interdit aux moins de 17 ans non accompagnés d’un adulte. Et cela sous prétexte d’un langage vulgaire. Dans ce cas toutes les grossières comédies «pipicaca» dont le public américain est si friand devraient subir le même sort. Mais il est vrai qu’elles mettent en scènes des couples hétéros… Du coup la MPAA a été accusée d’homophobie.

Et pour cause, Ira Sachs évitant toute scène explicite. Ses deux héros dorment certes ensemble, mais  habillés dans deux scènes. Le but du réalisateur est surtout de parler subtilement d’amour et de transmission, en proposant une romance émouvante, douce-amère, pudique, drôle et pleine de tendresse. Elle est formidablement interprétée par Alfred Molina et John Lightgow (photo), le père d’Ann Hathaway dans Interstellar.

Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 12 novembre.

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Masters de Londres: les Fedrinka jouent les bêtes noires. Jusqu'à quand?

topelement[2].jpgD’accord, les Suisses ont jusqu’ici fait parler la poudre à Londres. A commencer par Wawrinka qui a atomisé ce malheureux Berdych, errant sur le court le moral en mille morceaux. Mais cela ne signifie pas que c‘est dans la poche pour le Vaudois.

Il n'empêche. Les médias en folie délirent, l'imaginant déjà réduire Djokovic en bouillie. A croire qu'avoir terrassé le saigneur des courts à Melbourne il y a une dizaine de mois avait suffi au Vaudois pour devenir sa bête noire...

Et cela de chaque côté de la frontière, où on ne tarit pas d’éloges sur la solidité impressionnante de l’homme, redevenu l’espace d’une rencontre Stan The Man, Stanimal, Stantastique et j’en oublie. Rien, ai-je même lu, ne peut déconcerter le personnage peut-être parti pour une fin d’année exceptionnelle.

Oubliant que ses fulgurances sont nettement moins nombreuses que ses déroutantes et pitoyables plantées à répétition. Mais adepte de la méthode Coué, l’intéressé lui-même balaie souverainement l'obstacle, estimant tout simplement qu’il est de taille à battre n’importe qui. Il reste juste à espérer qu'il marque quelques jeux face au vampire serbe ce soir. Car à voir évoluer ce dernier...    

1328604-28565652-1600-900[1].jpgBref, inutile de préciser que ces rodomontades m’inquiètent un chouïa. D’autant qu’il y en a encore davantage pour les fabuleux exploits du maître des maîtres. Et notamment dans L’Equipe, lyrique à souhait en évoquant la défaite, contre le king, de la Mistinguette canadienne aux gambettes interminables, qui "s’est pris les yeux dans les phares de la limousine suisse".

Là, c'est carrément de l'intox en vue de la finale de la Coupe Davis! Mais en attendant que notre gloire nationale, certes bien partie mais pas encore rendue, rallie le dernier carré, je ne peux m’empêcher de me ronger respectivement les ongles en songeant à ses mortifiants échecs à l’US Open et au Masters de Bercy, qui vont cruellement la priver du plaisir intense de coiffer Dracula au poteau.

Surtout que ses empêcheurs de triompher en rond lors de ces deux récentes épreuves ne sont autres que Cilic et Raonic, débarquant alors sur le court le couteau entre les dents avec pour seul objectif l’insigne honneur d’écraser le mythe. Mission réussie, ils se font pour l’instant les curieux auteurs des pires performances chez Sa Majesté british. De quoi regretter parfois d’être une légende…

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11/11/2014

Cinéma: Romain Duris se sent femme dans "Une nouvelle amie", signé François Ozon

7391415289327[1].jpgDavid vient de perdre sa femme Laura. Il est inconsolable, tandis que Claire, l’amie d’enfance de Laura,  sombre dans la déprime. Chacun vit son deuil de son côté jusqu’au jour où Claire décide de reprendre  contact avec David.

C’est alors qu’elle découvre qu’il se travestit en cachette pour prendre la place de la morte. Portant ses vêtements, coiffé d’une perruque blonde, il donne le biberon à sa petite fille. Glissant ainsi du père à la mère, il explique à Claire que c’est pour rassurer le bébé en manque de présence maternelle.

D’abord troublée, Claire accepte cette étrange situation, trouvant en David une amie de substitution se prénommant désormais Virginia. Leur relation évoluant, elle l’aide à assumer une transformation qui la ramène elle-même à la vie. Cela passe par de savoureuses et joyeuses séquences de sortie en boîte entre filles, de shopping et d‘épilation du bas du dos. 

Entre mélo et comédie, ce récit questionnant avec humour, ironie et finesse le genre, la différence, la tolérance, joue sur les apparences tout en surfant sur le sujet du mariage pour tous. On peut certes reprocher à François Ozon une vision parois exagérée, quoique récurrente chez lui de la féminité, en véhiculant quelques clichés et en flirtant avec la caricature. Il nous montre ainsi un Romain Duris en robe rose moulante, outrageusement maquillé, ondulant sur ses talons aiguille.  

Mais on relèvera surtout une fascination pour l’ambiguïté dans cet opus aux décors à la fois réalistes et stylisés, librement adapté d’un texte de la romancière anglaise Ruth Rendell, The New Girlfriend, parue en 1985. Opérant quelques emprunts à Cukor, Sirk, Almodovar ou Xavier Dolan, le cinéaste explore les mutations de l’identité sexuelle dans un thriller à l’ambiance hitchcockienne pimentée d’un érotisme un rien pervers.

Une jolie réussite que l’auteur doit notamment à ses comédiens. Romain Duris livre une remarquable performance dans le rôle de ce papa veuf se sentant femme et avide de se voir reconnu comme telle. On admire par exemple la perfection du geste et la sûreté du pied, lorsqu’il descend théâtralement un escalier façon diva.

Anaïs Demoustier se révèle également très convaincante. Réticente au point de traiter David de malade, elle le suit rapidement dans ses petits jeux, comme s’ils la libéraient de ses propres tendances lesbiennes refoulées. Venant compléter le casting, Raphaël Personnaz interprète Gilles, le mari de Claire. Un sympathique compagnon, joli garçon sans équivoque. Quoique…

Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 12 novembre.

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04/11/2014

Cinéma: "Interstellar", une nouvelle odyssée de l'espace trop... terre à terre

Interstellar-Matthew-McConaughey-850x560[1].jpgFilm événement très attendu, Interstellar débarque sur les écrans, avec à la barre Christopher Nolan, l’auteur d’Inception et de la trilogie Batman. Une odyssée de l’espace questionnant le passé, le présent, le rapport au temps la place de l’homme dans l’univers qui rappelle évidemment, quarante-six ans après, celle de Stanley Kubrick. Avec des clins d’œil à Gravity, Aliens: le retour, Solaris ou encore L’étoffe des héros.

Alors que la Terre est à l’agonie et l‘humanité proche de l’extinction, une expédition conduite par Cooper, un ancien pilote contraint d’abandonner sa famille dans une Amérique dévastée, est lancée à la recherche d’une nouvelle planète habitable. Une histoire simple pour des dialogues en revanche complexes, bourrés de références scientifiques.

Certes on peut leur donner du crédit, l’auteur s’étant appuyé sur les travaux de Kip Thorne, éminent physicien qui a participé à l’écriture du scénario et dont les recherches affirment qu’il est possible de voyager dans le temps. Toujours est-il que faute d’être versé dans la physique quantique, le spectateur est largué dans ce cours édifiant. C’est agaçant même s’il s'agit autant d’une expérience cinématographique que d’un voyage émotionnel auquel dans le fond il devrait suffire de se laisser aller.

Drame familial et relation fusionnelle

A cette aventure spatiale métaphysique confrontant l’homme à la galaxie, se mêle ainsi un drame familial terre à terre évoquant une relation fusionnelle entre Cooper et sa fille Murphy, propre à faire sangloter dans  les chaumières. Surtout quand l’auteur nous raconte que seul l’amour transcende le temps et l’espace. Face aux effets spéciaux, c’est la raison du film, son sujet principal, la touche humaniste façon Spielberg qui devait à l’origine réaliser la chose.

interstellar-5[1].jpgterriblement Certes les images sont belles et les décors majestueux. Mais pas franchement surprenants dans la mesure où Christopher Nolan manque d’imagination pour nous faire découvrir de l’inédit intergalactique. On a beau se trouver dans la cinquième dimension, le panorama ressemble furieusement à du connu.

Ils se révèlent par ailleurs beaucoup moins effrayants que ceux de 2001, tout comme les sautillants et courageux robots CASE et TARS n’ont rien à voir avec le menaçant HAL de Kubrick.

Reste l’interprétation, dont seuls ressortent Matthew McConaughey, fidèle à lui-même et que Nolan couche sur le divan, ainsi que la jeune Mackenzie Foy par le biais du lien qu’elle entretient avec son géniteur. Ils éclipsent Jessica Chastain, incarnant Murphy à l’âge adulte et Anne Hathaway, membre de l’équipage. Sans oublier l’apparition saugrenue d’une star.
 
A noter toutefois que ce très (trop) long opus est applaudi par une grande partie de la critique,  en gros fascinée par l’extraordinaire réussite de ce fantastique, ambitieux et hallucinant périple aux confins du cosmos. Autrement dit pour les amateurs de science-fiction l’opus est incontournable. Aux inconditionnels du genre de juger.

Film à l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 5 novembre. 

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31/10/2014

Bercy: Federer se brûle à force de jouer avec le feu. La pression monte en vue de la finale de Coupe Davis

images[9].jpgDans les journaux de France Info, on parlait étourdiment de la sensation du jour, à savoir Federer éliminé en quarts de finale par le Canadien Raonic à Bercy. Alors que c’était plutôt chronique d’une défaite annoncée! Car si le maestro alignait les victoires depuis l’US Open, elles n’étaient pas toutes très convaincantes. 

La preuve à Shanghai où, après avoir sauvé cinq balles de match d’entrée contre le modeste Argentin Leonardo Mayer, le king soufflait in extremis le titre sous le nez du Français Gilles Simon.

A retenir certes la fantastique rencontre du génie contre Djokovic en demie. Ce qui ne l’a pas empêché de nous reflanquer les chocottes à Bâle, où il a sacrément peiné pour se débarrasser du géant papy croate Ivo Karlovic, avant de jouer logiquement Goliath face au trop tendre Belge Goffin, David de son prénom.

Il n’empêche que tout baignait pour lui selon les media, qui le voyaient coiffer le vampire serbe au poteau à la fin de l’année. Misant pour cela sur un triomphe de ce brave Rodgeur dans la Ville Lumière. Sauf qu’il nous rejouait le même scénario qu’en Chine avec un premier match à nouveau gagné par les poils contre le Bleu Jérémy Chardy.

Et je ne parle pas de sa constance coupable à rater les innombrables balles de break gracieusement mises à sa disposition par des adversaires loin de son niveau. Il a même dû lutter dans les sept minutes pour ravir le service de Pouille, un illustre inconnu tricolore issu des profondeurs du classement. A force de jouer ainsi avec le feu, rien d’étonnant à ce que la légende se soit méchamment brulée au contact du redoutable bombardier Raonic. Et qu'il en est fini de ses espoirs de remonter sur le trône, vu la forme de Dracula, facile vainqueur de Murray la belette en quarts. 

Et cela ne devrait pas changer aux Masters de Londres. Reste la finale de la Coupe Davis dont le Bâlois serait bien inspiré de faire désormais sa priorité. Car s'il n'a pas réussi à atteindre le dernier carré et que Wawrinka a été éliminé au second tour, aucun Français n’a passé les huitièmes à Paris. C'est dire si la pression monte à 22 jours du coup d’envoi.

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Cinéma: Avec "Cure-La vie d'une autre", la Suissesse Andrea Staka joue avec le double

cd3bb868d59e9d99d95c20b6623cad226e5ca6d8[1].jpgDubrovnik, printemps 1993, après la fin du siège de la ville par les Serbes. C’est là que la Suissesse d’origine yougoslave Andrea Staka, lauréate du Léopard d’Or en 2006 pour Das Fräulein, situe l’action de Cure-La vie d’une autre. Un film très personnel où, jouant sur son double héritage culturel, elle raconte l’histoire de Linda, 14 ans, née en Croatie et élevée en Suisse.

Revenue dans son pays avec son père, elle fait la connaissance d’Eta, qui veut lui montrer son endroit secret et l’entraîne dans une forêt dangereuse et défendue qui surplombe la ville. Les deux adolescentes jouent à divers échanges où se mêlent quelques sous-entendus sexuels.

Et soudain les choses se gâtent, une dispute éclate et Linda précipite sa nouvelle amie du haut de la falaise. Rentrée en ville, elle prend peu à peu la place d’Eta dans sa famille. Andrea Staka nous emmène ainsi dans un lieu dont les hommes sont absents et où les femmes s’organisent entre elles.

Une intrigue avec des fantômes de part et d’autre. Ceux de la guerre et ceux de Linda, hantée par les images de la chute mortelle d’Eta et qui, symboliquement, perd pied à son tour. La réalisatrice oscille ainsi entre l’imaginaire et le réel, flirte avec le fantastique, le subconscient, la culpabilité, dans une recherche des différentes facettes de l’identité.

Andrea Staka a du talent et elle le prouve à la fois dans sa réalisation et sa direction des deux actrices principales Sylvie Marinkovic et Lucia Radulovic. Très jolies de surcroît ce qui ne gâte rien. On regrettera pourtant le côté touffu, sinon hermétique, d’une histoire qui finalement promet davantage qu’elle ne tient.

Andrea-Staka[1].jpgElle est inspirée d’un fait divers authenthique, comme nous l’explique la cinéaste de passage à Genève. "Alors que je venais de terminer Das Fräulein, une cousine m’a raconté que deux filles étaient allées se promener sur une colline de Dubrovnik et qu’une seule était rentrée. Cela m’a évidemment intriguée. Je me suis renseignée et je me suis rendu compte qu’il y avait plusieurs variantes à l’affaire".

"Je me suis alors demandée si j’allais construire le film d’après différents points de vue et puis je me suis dit non, ce qui m‘intéresse ce sont ces deux copines qui partent seules pour parler  de choses que personne d’autre ne doit entendre J’ai donc pris le côté mystérieux de ce que j’imaginais et je l’ai mis dans un univers que je connais de ma grand-mère, de mon père".

-Dans ce deuxième long-métrage c’est à nouveau de vous que vous parlez.

-Quand j’ai commencé, je pensais que ce serait simplement une amitié adolescente. Et puis c’est comme si je ne pouvais pas me déconnecter de mes racines. Et cela s’est transformé en un film sur moi, mon conflit avec mes deux univers, mes deux cultures. Avec une différence. Dans les autres, je me demande si je suis plus Suisse ou plus Yougoslave, comment je me débrouille entre ces deux héritages. Dans Cure, j’explore plutôt le subconscient, le côté sombre de l’identité. Doit-on tuer une partie de soi-même? Je me pose d’ailleurs toujours ces questions

-Et alors, avez-vous des réponses?

-Je prends  le meilleur des deux pays. Ici, j’apprécie le calme et la sécurité qui me permettent de me concentrer sur moi-même. De la Croatie, j’aime le côté émotionnel. Il y  a plus d’humour, de fantaisie, une certaine tendresse.

-Cette dualité se retrouve tout au long du film.

-Oui il y a la double origine, la double identité des deux filles, le fait qu’elles peuvent être les deux faces d’une même personne, le fait aussi qu’elles soient entre l’enfance et la maturité. Sans oublier la dualité d’une Croatie entre la guerre et la paixx

-Comment avez-vous choisi vos deux actrices principales? Sylvie Marinkovic alias Linda vous ressemble physiquement.

-La tête d'affiche est souvent l’alter ego des réalisateurs. Quand j’ai opté pour Sylvie, je ne trouvais pas qu’elle me ressemblait. Dès la première scène, en revanche, oui. Je l’ai cherchée en Suisse. Elle devait être bilingue et avoir 14 ans au moment du tournage. Le processus a duré environ un an. Davantage pour Lucia Radulovic (Eta). Je voulais une fille de Dubrovnik et j’ai vu beaucoup d’ados de 12 à 16 ans.

-Un mot sur Dubrovnik, l’un des personnages importants. 

-Dans mes films, j’ai un rapport intense avec les villes. Zurich, New York. Dubrovnik a beaucoup d’histoire. C’est une ville de femmes dont les hommes sont absents car ils sont partis en mer ou à la guerre. Elle est  à la fois mystérieuse, poétique et angoissante et je la filme selon ma perspective, mon feeling, tout en sentant que je ne suis pas complètement de là.

-Avez-vous déjà une idée pour "l’après Cure"? Vous n’allez pas nous faire attendre huit ans…

-J’espère que non. Mais vous savez, un film représente un énorme enjeu. Je ne veux pas juste en tourner un de plus. Il faut qu’il soit important pour moi, qu’il dise quelque chose. Il est toutefois vrai que j’ai un projet. Cela part d’une scène d’humour dont je ne peux pas parler. Elle me fait beaucoup rire, ce qui  ne signifie pas pour autant qu’il s’agira d’une comédie...

Film à l'affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 29 octobre.

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29/10/2014

Cinéma: Black de choc dans "Bande de filles". La réalisatrice Céline Sciamma nous en parle

7306502[1].jpgLe film ouvre sur un match de football américain musclé, où s’affrontent des Black plutôt costaudes. Une façon d’annoncer la couleur sur fond de banlieue et de guerre des sexes pour Céline Sciamma qui, après Tomboy, revient à l’adolescence avec Bande de filles.

Dans son troisième long-métrage, elle suit Marieme, 16 ans, en butte à une succession d’impasses et d’interdits. En échec solaire, en rupture avec sa mère, elle s’occupe de ses deux petites sœurs et subit les brutalités de son grand frère dans un quartier où les mâles font la loi.

Jusqu’au jour où elle rencontre Lady et deux autres loubardes noires, Adiatou et Fily, avides de s’émanciper du rôle archaïque assigné par les mecs. Sous le nom de Vic, Marieme rejoint le trio de frondeuses, se coule dans le moule, se virilise et découvre la saveur de la liberté entre combats de rues et virées à Paris, dont une soirée déjantée dans une chambre d’hôtel. Mais en s’échappant de chez elle, elle tombe sous une autre emprise…

Juger n’est pourtant pas le but de Céline Sciamma dans cet opus physique, qui tient du grand roman d’apprentissage universel et intemporel, où elle sort du strict sujet de société. Tout en évitant l’exotisme, elle révèle de sulfureuses beautés non professionnelles au corps de rêve. Et qui se donnent à fond, à l’image de la féline Karidja Touré, qui est de tous les plans. Elle est entourée d’Assa Sylla (Lady) Lindsay Karamoh (Adiatou) et Marietou Touré (Fily)

3175223045_1_8_7xc8UT3P[1].jpgSélectionné en ouverture de la Quinzaine cannoise des réalisateurs en mai dernier, Bande de filles avait reçu un accueil à la hauteur de l’attente qu’il avait suscitée .De quoi ravir Céline Sciamma (photo), récemment rencontrée à Genève. 

"Mes films précédents traitaient de l’intime, celui-ci évoque l’altérité. Des filles que je croise tout le temps aux Halles, dans le métro, Gare du Nord, qui occupent l’espace public, vivent en groupe, dansent, chahutent. Mais on ne les voit jamais sur grand écran".

-Comment les avez-vous choisies?

-Nous nous sommes lancées dans un vaste recherche de quatre mois avec Christel Barras, ma directrice de casting, entre les agences, les cours de théâtre et la rue. Nous avons auditionné environ 150 filles, dont beaucoup étaient des candidates possibles.

-Bande de filles est un film engagé dans tous les domaines. 

-Absolument. Il n’y a pas de frontières entre l’émotionnel, la politique et l’esthétique dans cette chronique d’une amitié. Je veux montrer comment le groupe permet d’exprimer des sentiments de solidarité, la sororité. Je questionne aussi l’origine de la domination. Marieme refuse le modèle de la précarité, la violence sociale. Elle refuse d’être le larbin de quiconque, même si elle doit s’adapter au code de la rue en livrant de la drogue.

-La meneuse du groupe, Lady, organise des combats entre filles. Vous souhaitiez montrer leur violence?

-Oui et me livrer du coup à une réflexion sociologique. Je me suis documentée sur le sujet. J’ai découvert que contrairement à ce qu’on nous laisse croire, les filles ne sont pas plus brutales et les bandes pas plus nombreuses qu’avant. Ce sont des légendes urbaines qui arrangent tout le monde.
-
-Vous donnez à voir un côté graphique, stylisé de la banlieue.

-J’aime aller où ça bat fort. C’est de là que je viens et je regarde les endroits dans leurs potentialités. Le quartier que je décris, Bagnolet, existe dans son intégrité. Il y a une grande pensée urbanistique.

-J’ai lu que vous avez entretenu un rapport de rituel presque religieux avec le cinéma.

-C’est vrai, il s'gisait d'une quête encyclopédique, à 13-14 ans. Une forme de fétichisme. Je m'y rendais trois fois par semaine. Seule. Le cinéma m’a structurée. Toute ma vie était organisée autour. Il fallait gagner de l’argent pour payer le billet. Acheter une mobylette...

-Comment envisagez-vous la suite?

-J’en ai fini avec l’enfance et l’adolescence. J’ai envie d’autre chose, de travailler avec des professionnels. Les actrices qui m’intéressent, ce sont les jeunes qui montent, Anaïs Demoustier, Adèle Haenel, Céline Sallette. Car je continuerai avec la création de l’identité féminine. J’imagine un thriller fantastique féministe.

Film à l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 29 octobre.
 
 


 

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27/10/2014

Finale de la Coupe Davis: chaque battement de cil des Rouges et des Bleus passé au crible!

fede-tsonga_3e3699d5edaff3a2fcf5caa2c01a67cd[1].jpgDepuis que Suisses et Français ont été invités, en septembre dernier, à en découdre à Lille du 21 au 23 novembre dans l’espoir de remporter le fameux saladier d’argent, c’est du délire au sein de la planète tennis.

Et je ne vous parle pas des pauvres auditeurs d’Europe 1 qui devront se farcir les commentaires de l’insupportable Cyril Hanouna. A côté, ceux des spécialistes de la RTS, c’est du miel pour les oreilles. Y compris les piaillements de la perruche, alias Pierre-Alain Dupuis…

Non, je vous parle de chaque mot, chaque geste, chaque battement de cil des uns et des autres examiné, sondé, scruté, décodé. Sans compter chaque point, chaque set, chaque match analysé, décortiqué, décodé, épluché, disséqué. 

C’est dire si la Coupe Davis est dans toutes les têtes helvético-hexagonales à Bercy, dernier grand rendez-vous où les futurs adversaires testent leur forme à l'image d'un Gasquet conquérant et chanceux au premier tour, vu que contrairement aux deux Rouges déjà qualifiés, aucun Bleu n'est assez fort pour s’aligner au tournoi des maîtres chez les British. 

Mais Federer a eu beau gagner à Shanghai et Bâle je ne peux m’empêcher de penser que les chances des Suisses qui avaient à mon avis passé de presque nulles à très minces, n’ont pas augmenté d’un iota. Et les pathétiques tentatives de Gilles Simon (je ne le croyais pas aussi peste) d’appeler au boycott de Rodgeur question applaudissements n’y sont pour rien.

Ce qui m’inquiète ce sont les déclarations de Sa Grâce selon lesquelles la Coupe Davis n’est pas sa priorité, tant il trouve plus fun de redevenir numéro un mondial à la fin de l’année au nez et à la barbe de Djokovic. Même si le "saigneur" des courts, qui a déjà épuisé les joies de la paternité, n'a pas la moindre intention de laisser la légende ajouter un nouveau chapitre à sa glorieuse saga.

On peut certes regretter que le Guillaume Tell du tamis soit aussi peu patriote et ne pense qu’à lui. Mais la question est ailleurs. Il envoie surtout un très mauvais signal à un mois de cette fichue finale. Courir deux lièvres aussi trapus, c’est trop risqué. Et le maestro sent bien que Wawrinka est actuellement plus un poids qu’un soutien. Autrement posé, que les carottes sont quasi cuites côté Davis.

Voilà qui ne va malheureusement pas inciter le Vaudois, empêtré dans ses prématurées défaites à répétition depuis trois tournois, à faire des étincelles à Paris et à Londres.

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22/10/2014

Cinéma: "Fury", avec Brad Pitt reparti combattre les nazis

1310958907182_ORIGINAL[1].jpgAprès Inglorious Basterds de Quentin Tarantino, Brad Pitt retourne combattre les nazis dans Fury. Le film de David Ayer se déroule en avril 1945, alors que la guerre est quasiment finie et le régime hitlérien moribond. Mais dans un ultime assaut, les troupes tentent de barrer la route de Berlin aux Alliés.

A bord d’un tank Sherman, un petit groupe d’Américains menés par l’inflexible et courageux sergent Wardaddy, vont s’aventurer, mission suicide, bien au-delà des lignes ennemies. La caméra les suit pendant 24 heures cruciales où ils vont tout tenter pour anéantir un adversaire dont la puissance de tir les dépasse.

Et c’est parti pour plus de deux heures de violence sanglante sous un déluge de feu pour cette histoire vraie tirée d’un épisode inédit de la Deuxième Guerre mondiale. Un film hyperréaliste avec une scène d’ouverture effrayante montrant un cavalier allemand errant dans un décor apocalyptique et cruellement  achevé au couteau.

Des cadavres de civils pendus à des poteaux électriques, des corps écrasés dans la boue, un amas de carcasses d'acier, le ton est donné. Et le mot d’ordre clair pour les hommes coincés dans l’habitacle confiné et anxiogène de Fury, le nom du char d’assaut: massacrer le plus d’Allemands possible, tous désignés comme autant d’immondes salopards.

Un récit initiatique

Au-delà de l’affrontement entre le bien et le mal cher à l'oncle Sam, de l’excès de patriotisme et de citations bibliques, David Ayer, à qui l’on doit notamment End Of Watch sur le quotidien de deux flics à Los Angeles, propose un récit initiatique en évoquant la transformation radicale de l’individu par le combat. En l’occurrence celui d’un tout jeune homme (Logan Lerman) dactylographe inoffensif devenu une bête à tuer.

Car il s’agit de survivre, la seule gloire dans ce film de guerre vu sous un angle original. D'une rare brutalité, explosif, macho, Fury jouit d'une mise en scène efficace et de séquences impressionnantes, surtout pour qui aime le genre. David Ayer s'est également entouré de bons comédiens. A côté d’un Brad Pitt le visage couturé, le corps marqué, convainquant en chef impitoyable sujet à quelques accès d’humanité, et de Logan Lerman psychologiquement traumatisé et rendu à l’état sauvage, on trouve encore Shia Labeouf, Michael Pena et John Bernthal.

Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 22 octobre.

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Cinéma: la magie de Woody Allen dans "Magic In The Moonlight"

19421449.jpg-cx_160_213_x-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx[1].jpgUn magicien du cinéma captivé depuis l’adolescence par la magie nous raconte l’histoire d’un autre magicien qui ne supporte pas les spirites qu'il traite de charlatans. C’est avec cette intrigue baignant dans les années 20, que Woody Allen opère un retour… magique sur les écrans pour nous bercer d’une nouvelle et merveilleuse illusion.

Au centre de l’intrigue se trouve le célébre prestidigitateur chinois Wei Ling Soo, sous lequel se cache Stanley Crawford, un arrogant misanthrope anglais psychorigide. 

Persuadé par son fidèle et unique ami Howard Burkan qu'il y a anguille sous roche, notre grincheux British décide de partir dans le sud de la France pour y démasquer Sophie, une jeune medium prétendant connaître l’avenir. Et qui, avec la complicité de sa mère, arnaque les Catledge, une richissime  famille d’une rare crédulité.

Car évidemment, Stanley Crawford est placé pour le savoir, dans la magie il y a toujours un truc. Mais Sophie se montre si professionnelle, intelligente et intuitive, que le rationnel Stanley tombe malgré ses certitudes sous le charme de la ravissante créature. Au point de se faire abuser. Ou presque... 

De notre côté, on se laisse séduire avec le plus grand bonheur par le génial cinéaste, qui nous livre une irrésistible et jubilatoire comédie romantique, pimentée de fantaisie, de malice, d’humour. Sans oublier cette touche de surnaturel qui lui a si bien réussi dans Minuit à Paris, La rose pourpre du Caire ou Alice.

imagesCAEU8VDD.jpgMagic In The Moonlight est un petit bijou où Woody Allen parle à l’évidence de lui-même en mettant en scène ce magicien ratiocineur et amoureux, tandis qu'il rend hommage à une époque fascinante à travers la musique, les décors idylliques, les costumes.

S’y ajoutent une magnifique photographie un marivaudage d'une légèreté inimitable, des dialogues piquants, ciselés et, cerise sur ce savoureux gâteau, d’excellents acteurs. Colin Firth est parfait un vieux ronchon pris dans les filets de la délicieuse, lumineuse et solaire Emma Stone.

Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 22 octobre.

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Cinéma: "On a marché sur Bangkok", avec Kad Merad et Alice Taglioni. Bancal et poussif

images[2].jpgA quelques exceptions près, la comédie française continue à toucher le fond. Quand elle ne creuse pas pour descendre plus bas. Une nouvelle preuve nous en est donnée par On a marché sur Bangkok d’Olivier Baroux, flanqué de son inévitable compère Kad Merad. Après s’être pas trop mal débrouillé avec Mais qui a tué Pamela Rose? le réalisateur évidemment encensé sur les plateaux télé, s’ingénie à tourner des navets du genre Safari ou Monsieur Papa.

Pourtant sa nouvelle idée avait du potentiel. Serge Renart, journaliste has been sévissant sur le petit écran et Natacha Bison, reporter de guerre écartée par ses pairs car jugée dangereuse, sont obligés d’enquêter de conserve sur une mystérieuse affaire qui les conduit en Thaïlande.

Ils cherchent à percer l’un des secrets le mieux gardé des cinquante dernières années: les deux minutes de vidéo manquantes, lors de la retransmission des premiers pas américains sur la lune, le fameux 21 juillet 1969. S’ils trouvent, ce serait juste le scoop du millénaire!

Mais comme Olivier Baroux n’en fait rien, de ce postulat de départ, les choses ne tardent pas à se gâter dans ce film d’aventures qui se veulent rocambolesques, au scénario poussif, aux dialogues plats, s’enlisant entre clichés laborieux et gags calamiteux.

S’obstinant dans ses compositions lassantes et pas drôles d’idiot au grand cœur multipliant les catastrophes, Kad Merad ne contribue pas à relever le niveau. Seules à émerger un peu de la médiocrité ambiante, Alice Taglioni et sa plastique de rêve, ainsi que la petite Chawanrut Janjittranon, ravissante gamine que tout le monde voudrait adopter.

Film à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 22 octobre.

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