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Le blog d'Edmée

  • Grand écran: Edward Norton revient avec "Motherless Brooklyn". Noir c'est noir...

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    edward-norton-motherless-brooklyn-opens-2019-rome-film-fest.jpgDans les années 50, l’administration municipale tente de revitaliser le quartier de Brooklyn. Alors qu’elle rase de vieux immeubles pour les remplacer par des appartements chics, Lionel Essrog, un détective privé atteint du syndrome de la Tourette, guidé par son sens de la vérité et de la justice, mène une enquête complexe sur la mort de son mentor Frank Minna.

    Ce dernier a été tué par une organisation criminelle aux ramifications multiples dans les hautes sphères de Big Apple. Des clubs de jazz de Harlem aux taudis de Brooklyn en passant par les beaux quartiers de Manhattan, Lionel découvre des secrets et va affronter l'homme le plus redoutable de la ville pour sauver l'honneur de son ami assassiné.

    Réflexion sur le pouvoir, Motherless Brooklyn, adapté du roman à succès de Jonathan Lethem paru en1999, est signé Edward Norton. Opérant son retour à la réalisation quelque 20 ans après Au nom d’Anna, il joue également le personnage principal et n’a pas lésiné sur le casting en convoquant à ses côtés Alec Baldwin, Willem Dafoe, ou encore Bruce Willis.

    Si, contrairement au livre, l’histoire est située dans les fifties, Edward Norton n’en dresse pas moins un parallèle avec le phénomène actuel de gentrification qui ne cesse de s’amplifier dans les métropoles, entraînant le déplacement de résidents à faible revenu. Le caractère d’Alec Baldwin est d’ailleurs directement inspiré du politicien Robert Moses, urbaniste sans scrupules qui a transformé New York en boboïsant certains quartiers,

    Avec Motherless Brooklyn, film très noir, Edward Norton veut recréer le style et l’atmosphère des classiques hollywoodiens du genre, ce qui implique une minutieuse reconstitution, dans les décors, les dialogues, les costumes, les voitures, les personnages, flics véreux et politiciens corrompus. Visuellement c’est réussi. On n’en dira pas autant de l’intrigue inutilement tarabiscotée, tortueuse et d’une longueur que rien ne justifie.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 4 décembre.

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  • Grand écran: "Je ne te voyais pas", plaidoyer pour une justice restaurative

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    8def5dcc3be1ed6cb0c5e54ff7f4c3ff.jpgPlus focalisée sur l’acte commis que sur les besoins des parties, la justice pénale montre des limites. François Kohler, juriste de formation, plaide pour une justice restaurative, démarche qui permet aux victimes et aux agresseurs de se rencontrer. En ouvrant le dialogue, elle encourage les unes et les autres à gérer eux-mêmes leurs conflits et les aide à sortir de leur statut réciproque.

    Elle donne l’occasion aux victimes de se reconstruire en exprimant la souffrance subie et aux auteurs des crimes de se responsabiliser en reconnaissant leur culpabilité, condition sine qua non à l’entame d’une médiation. C’est ce difficile rapprochement que le réalisateur neuchâtelois explore dans Je ne te voyais pas, un documentaire poignant où les protagonistes des deux bords se révèlent très émus.

    Le métrage évoque notamment le cas de Paul Steiger attaqué il y a 22 ans dans le bureau postal dont il était responsable. Menacé d'une arme chargée, ainsi que sa femme et sa fille, il a été obligé d'ouvrir le coffre. Récemment, il a pu voir Ruedi Szabo, l’un des auteurs du hold up. En prenant conscience du mal qu’il a causé, le braqueur a permis à sa victime de se libérer de son état, de reprendre le pouvoir, d’avoir le dernier mot.

    Si ces face-à-face peuvent être réparateurs, ils ne résolvent certes pas tout. Par exemple le pardon est difficile. S’il a lieu, c’est évidemment magnifique. Mais pour François Kohler, le processus qui vise à apporter des réponses, est plus essentiel que le pardon lui-même.

    Précisons par ailleurs que le cinéaste n’oppose pas justice pénale et restaurative. Celle-ci est un complément important, car il y a une marge de progression pour une réhumanisation. Au-delà de l’aspect juridique, il s’agit en effet de réparer le tissu dans une société fracturée, de recréer du lien, de la paix sociale. A cet égard, François Kohler regrette, en préambule, que la Suisse soit en retard sur ce type de médiation, contrairement à la Belgique où elle existe depuis 2005.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 4 décembre.

     

     

     

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  • Grand écran: Anthony Hopkins et Jonathan Pryce s'affrontent avec passion dans "Les deux papes"

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    the-two-popes-photo-anthony-hopkins-jonathan-pryce-1096044-large.jpgEn principe, un pape meurt à la tâche. Il ne démissionne pas. A moins qu’il ne soit déposé, déporté, poussé ou contraint, comme neuf d’entre eux au cours des siècles, le dernier étant Grégoire XII en 1415. C’est pourquoi l’abdication de Benoit XVI, le 12 février 2013, a provoqué la stupeur générale.

    Ouvrant une nouvelle page de l'histoire de l'Eglise catholique, cette renonciation et l’élection un mois plus tard de l’archevêque de Buenos Aires Jorge Bergoglio, servent de base à une nouvelle production Netflix, Les deux papes.

    Inspirée de faits réels, l’œuvre est signée du Brésilien Fernando Meirelles, sur un scénario du dramaturge néo-zélandais Anthony McCarten. Elle réunit Anthony Hopkins dans le rôle de Benoît et Jonathan Pryce dans celui de François, sur fond de scandales pédophiles et de corruption. Rapidement évacués, il faut le dire.

    Le film se concentre surtout sur la relation entre Joseph Ratzinger et Jorge Bergoglio. En 2012, ce dernier atteint par la limite d’âge avait demandé à Benoît XVI, qui le fait patienter, l’autorisation de se retirer. Il se rend ensuite à Rome où les deux hommes entament d'intenses conversations dans la résidence d'été du souverain pontife et la chapelle Sixtine. 

    L’intrigue se fonde sur leur opposition de style. On découvre l’érudition, la méditation et le doute chez le conservateur Allemand, la volonté de réformer et de prendre des risques chez le progressiste Argentin.

    Le film rappelle aussi que Joseph Ratzinger et Jorge Bergoglio ont connu chacun un passé dramatique, un éventuel engagement (démenti) au sein des jeunesses hitlériennes pour le premier et un rôle contesté lors de la dictature militaire argentine pour le second évoqué, lui en revanche, par des flashbacks en noir et blanc.

    L’opus dont on retiendra la finesse des dialogues, mais qui ne brille pas par sa mise en scène et auquel on reprochera sa longueur, vaut surtout par la remarquable prestation des deux protagonistes qui se livrent corps et âme lors de leurs rencontres.

    A côté d’Anthony Hopkins, Benoît cérébral tout en retenue, sinon coincé, mais d'une amabilité inattendue et se laissant aller à ses talents de pianiste, Jonathan Pryce campe un François physiquement plus vrai que nature, charismatique, plein d’humour, simple et modeste. Manifestant de surcroît un goût immodéré pour le tango et le football, passion qui donnera lieu à une scène jubilatoire.

    A l’affiche à Genève au Cinérama Empire dès mercredi 4 décembre à raison de deux séances par jour,  "Les deux papes" sera diffusé sur Netflix à partir du 20 décembre.

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  • Grand écran: Guédiguian se mue en lanceur d'alerte dans "Gloria Mundi". Avec Ariane Ascaride sacrée à Venise. Interview

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    1567605677695.jpgAprès La Villa, Robert Guédiguian revient avec Gloria Mundi, émouvante chronique où il se penche sur une société en perdition. Le film ouvre pourtant sur un jour heureux. Une famille recomposée se retrouve à la maternité pour fêter la naissance de Gloria, la fille de Mathilda (Anaïs Demoustier) et de Nicolas (Robinson Stévenin).

    Parallèlement on voit Daniel (Gérard Meylan), le père de Mathilda, sortir d’un long séjour en prison. Son ex-femme Sylvie (Ariane Ascaride), exploitée dans une société de nettoyage industriel et Richard (Jean-Pierre Darroussin), son second mari conducteur de bus, l’invitent à revenir à Marseille et à rencontrer sa petite-fille.

    Mais le bonheur, illusoire, va bientôt céder la place à la noirceur, à la violence, à la colère, au désespoir, à la trahison. Le jeune couple n’arrive pas à nouer les deux bouts. Nicolas qui pense s’en sortir comme chauffeur Uber s‘enfonce dans les dettes, tandis que Mathilda, vendeuse à l’essai se morfond sans oser broncher dans cet emploi précaire. Elle envie sa demi-sœur Aurore (Lola Neymark) et son compagnon Bruno (Grégoire Leprince-Ringuet) qui s’enrichissent sans états d’âme sur le dos des plus pauvres.

    Dans un Marseille gris et glacé à la modernité architecturale mondialisée, le toujours militant mais désabusé Robert Guédiguian brosse le portrait implacable d’une jeunesse aux abois, produit d’un monde impitoyable. Il lui oppose la génération précédente, assistant impuissante à la perte de ses idéaux, solidarité, fraternité, fidélité, dans un univers déshumanisé qui court à sa perte.

    5c21d9759a99b895fbd02ec460621428_L.jpgIl est symbolisé par cette famille modeste au destin tragique. Ce mélodrame en forme de constat social dur, amer et déprimant, où on peut reprocher au réalisateur de grossir le trait et de trop accabler les jeunes, a valu à Ariane Ascaride le prix de la meilleure interprétation féminine à la dernière Mostra de Venise.

    Elle est parfaite dans le rôle de Sylvie qui se tue à la tâche pour subvenir aux besoins des siens. Et on n’oubliera pas, aux côtés des impeccables Demoustier, Darroussin, Stévenin, Leprince-Ringuet, Lola Neymark, le lumineux et poétique Gérard Meylan, réfugié dans une chambre miteuse où il écrit des haïkus, et qui se sacrifiera pour aider cette tribu qui se déchire, victime du marasme ambiant.

    Gloria Mundi est probablement le film le plus noir et le plus pessimiste de Robert Guédiguian. Ariane Ascaride, rencontrée récemment à Genève n’en disconvient pas, tout en nuançant le propos. «C’est vrai. Il est très sombre. Mais en même temps Robert regarde les gens avec beaucoup d’amour et d’humanité. Il veut encore croire qu’on peut faire bouger les choses. C’est un cri d’alarme destiné aux politiques pour leur dire qu’on ne peut pas continuer comme ça. Il faut se préoccuper de ceux qui souffrent d’exclusion. A Paris, à Marseille et dans d’autres grandes villes, les cités, par exemple, forment un monde à part. Le fossé s’est considérablement creusé avec leurs habitants. Il faut aujourd’hui passer par l’école, la santé pour espérer que cela change».

    On est tenté de dire qu'il s'agit presque d'un film "gilet jaune".

    Robert l’écrit un an avant la crise. Quand on commence à tourner, c’est le début des manifestations. Pour moi un artiste anticipe toujours les choses. Je ne sais pas s’il parle des gilets jaunes, mais ce dont je suis sûre c’est qu’il évoque tous ceux qu’on ignore, qui s’épuisent pour des salaires de misère et ne savent pas comment ils vont finir le mois.

    Parlez-nous de votre rôle de femme de ménage.

    C’est la louve de Rome qui veut protéger ses enfants. Une combattante dans la survie. Et cela fait longtemps que ça dure. Il faut absolument s’en sortir. Elle ne veut pas que sa fille se retrouve dans la même situation quelle auparavant.

    On est surpris que vous ne vous mettiez pas en grève comme les autres employés.

    C’est en effet la première fois que je joue un personnage qui refuse de faire grève. Si c’était le cas, Sylvie ne  pourrait pas sauver sa famille. Cela suffit à raconter l’état d’anxiété des gens avec ce tissu social complètement distendu, où il n’y a plus de proposition politique, où la gauche en a pris un sacré coup.

    Vous avez neuf minutes pour faire une chambre. Quand vous frottez, on sent que ce n’est pas du flanc.

    Je viens d’une famille populaire, je sais très bien frotter. Et ce n’est pas nouveau. Vous n’imaginez pas le nombre de films où j’ai dû passer l’aspirateur. Pour résumer, j’ai rarement été une princesse au cinéma. 

    gloria_mundi_photo_12-ex-nihilo-2019-1600x865.jpgVous êtes entourée de Gérard Meylan (à droite), votre ex-mari dans le film et le second Jean-Pierre Darroussin. Il y a un petit parfum de Marie-Jo et ses deux amours.

    J’y ai évidemment aussi pensé. Mais pour être juste, on est très souvent tous les trois, Robert ayant utilisé toutes les situations possibles et imaginables en me faisant jouer avec ces deux hommes.

    Vous avez été sacrée meilleure actrice à Venise. Une surprise ?

    Oui je l’avoue. Pourquoi moi ? C’est un film choral. Sincèrement, je pense que le prix d’interprétation aurait dû être masculin et aller à Gérard Meylan. Evidemment j’étais très contente. Mais c’est un métier difficile. Et après un prix il faut tenir. On change de statut.

    Vous aviez pourtant déjà eu un César. Et apparemment vous avez bien supporté le choc.

    C’est vrai. Mais je l’ai eu à 40 ans. Heureusement d’ailleurs. De toute façon, à 20 ans, je ne correspondais pas aux actrices de mon âge. Après avoir été un handicap, mon physique particulier s’est révélé un avantage. Je reste un peu à côté, mais je suis incontournable.

    Dans le fond c’était une chance pour vous d’avoir un mari cinéaste.

    Je vous signale que lui aussi avait de la chance de m’avoir! On a chacun amené quelqu'un. Au départ c’était une petite entreprise à quatre. Et cela fait 36 ans que ça dure.

    A part deux films, vous jouez dans tous les Guédiguian. Vingt plus précisément. Mais vous collaborez avec d’autres réalisateurs. Comment cela se passe-t-il?

    Très bien. J’adore travailler avec d’autres cinéastes. La seule chose que je ne supporterais pas c’est le conflit. On me prend comme je suis ou on ne me prend pas. C’est très clair.

    "Gloria Mundi" à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 4 décembre.

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  • Grand écran: "And Then We Danced", émancipation sexuelle entre rivalité et désir irrésistible

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    And-Then-We-Danced.jpgA priori la danse folklorique géorgienne et la discipline de fer qu’impose un maître intransigeant à l’un de ses meilleurs adeptes ne sont pas de nature à provoquer un fol enthousiasme. C’est compter sans le talent de Levan Atkin, réalisateur suédois d’origine géorgienne, qui nous touche et nous séduit avec son troisième long métrage, And Then We Danced, récit d’une émancipation sexuelle sur fond de culture et de politique dans un Etat orthodoxe peu favorable à la liberté des mœurs.  

    Depuis qu’il sait marcher, Merab (l’excellent et lumineux comédien-danseur Levan Gelbakhiani) s’est formé avec rigueur à la pratique traditionnelle des sauts, kartuli, kandjlouri et autres khevsourouli. Avec une fougue qui ne trompe pas sur la volonté farouche de ce garçon mince et musclé au physique androgyne d’atteindre les sommets, en réalisant son rêve d’intégrer le prestigieux Ballet National.

    Humilié par son professeur

    On le découvre en studio où, avec Mary son amie de toujours, il recommence  inlassablement ses pas et ses mouvements, tendant à leur apporter un peu de renouveau entre fluidité et rigidité. Mais ce n’est pas gagné, son entraîneur ne cessant de l’humilier, lui assénant qu’il est trop mou, aboyant, sans qu’il ose le contredire, qu’il n’y a pas de faiblesse dans la danse géorgienne. Elle requiert une hyper masculinité s’opposant à la candeur virginale des filles, lui répète-t-il.

    C’est alors que débarque le charismatique et magnétique Irakli (Baschi Valishvili) à la boucle d’oreille. Mais si ce garçon décomplexé face au prof se pose en grand rival, il devient aussi le plus cher désir de Merab, qui finit par l’emporter sur la compétition. Cette forte attirance se manifeste lors d’un de ces week-ends alcoolisés, où Merab et ses amis cherchent à s’évader d’un quotidien dominé par la promiscuité familiale, le manque lancinant d’argent et la  perspective désespérante d’un avenir bouché.  

    Si l’éveil sexuel de ce personnage aussi attachant que désarmant, commence avec Irakli, il ne se prolongera pas avec lui, l’intéressé disparaissant un jour sans prévenir. L’important n’est toutefois pas seulement une romance gay contrariée, par ailleurs dénoncée comme contre-nature, mais le parcours intérieur de Merab, la découverte de son identité, la manière dont le cinéaste filme les corps, captant l’érotisme masculin en mêlant sensualité, intensité, délicatesse et tendresse.

    And The We Danced, qui représentera la Suède aux Oscars, est le premier film LGBT en Géorgie, tourné à Tbilissi, la capitale. On rappellera que même si une loi a été promulguée pour protéger les minorités sexuelles, leur situation reste précaire dans le pays, comme l’évoque l’œuvre. Sélectionné à la dernière Quinzaine des réalisateurs à Cannes, Levan Atkin avait d’ailleurs rendu hommage aux personnes attaquées dans ce qui devait être la première Gay Pride en 2013.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 4 décembre.

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  • Grand écran: dans "Le regard de Charles", Aznavour se dévoile, homme derrière la star

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    image.jpg«Vous m’avez beaucoup vu. C’est votre regard qui m’a fait. Mais ce que vous ne savez pas c’est que moi aussi je vous ai regardés et ça m’a fait quelque chose. Ma caméra m’a ramené vers vous …. »  

    Ces mots, Charles Aznavour les prononce au début du documentaire émouvant et singulier réalisé par Marc Di Domenico et qui sort à l’occasion du premier anniversaire de la mort du célèbre chanteur-acteur le 1er octobre 1918. Il réunit des images que l’artiste aux 1000 chansons, aux 180 millions d’albums et à la soixantaine de rôles, a lui-même filmées au fil des ans. Elles sont entrecoupées d'archives télévisuelles. 

    Quelques mois avant sa disparition, Aznavour décide d’en faire un film, Le regard de Charles et donne à Marc Di Domenico accès à une masse de matériel, entreposé depuis des décennies dans une pièce de sa résidence provençale et immortalisé par une petite caméra offerte par Edith Piaf en 1848.

    Un regard multiple

    Jusqu’en 1982, elle ne quittera plus le chanteur, légende mondiale, qui posait sur son existence et celle des autres un oeil de cinéaste. Il l’emportait partout avec lui, filmant son quotidien, ses voyages, ses succès, enregistrant des instants de vie, les lieux qu’il traverse, les gens qu'il rencontre et, comme dit sa chanson, ses amis, ses amours, ses emmerdes.

    Le-Regard-de-Charles-11-950x520.jpgCar le regard de Charles est multiple. Il y a celui qu’il portait sur le monde lors de ses voyages en Afrique, en Asie, en Amérique latine, où il filmait le peuple, les anonymes, qu'il préférait aux monuments. Il y a le regard de l’amoureux sur Micheline, Edith ses deux premières épouses et évidemment sur Ulla (photo), la femme de sa vie qu’il a épousée en 1967.

    Il y a aussi son regard sur ses parents, émigrants arméniens dont il est si fier. Ou encore celui heureux du père comblé de quatre enfants et celui, douloureux, du père tourmenté par la mort de son fils Patrick d’une overdose à 25 ans.
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    En découvrant ce que Charles a filmé, Marc Di Domenico tombe sous le charme, comme il nous le dit lors d’une récente rencontre à Genève en compagnie de Mischa, le cadet de la famille. «J’ai trouvé des choses inattendues, non conventionnelles, un parcours initiatique, la vision d’un homme sur l’altérité, sa volonté de réussir sa vie, Par ailleurs, les images n’étaient pas celles d’un simple touriste, elles étaient composées. Ce qui n’a rien d’étonnant, Charles ayant toujours voulu être réalisateur».

    Construit comme un album

    L’opus, dont le texte est dit par le comédien Romain Duris, un excellent choix, est construit comme un album avec des chansons qui structurent un texte évoquant les voyages, les femmes, la carrière. «J’avais envie de relater un journal à la fois intime et universel. Une traversée du siècle et en même temps des choses qui sont communes à beaucoup de gens».

    Tous les aspects de la personnalité de Charles sont abordés, dont son goût pour les relations dévastatrices, pour l’argent. «J’ai joui d’une totale liberté à cet égard. Par exemple de qu’il y a eu avant Ulla n’a pas été censuré. Comme l’abandon de sa première femme quand il part au Canada, la mort de Patrick, le fait qu’il aimait l’argent. J’en avais, j’étais content de moi, dit-il. Pour moi, cela ne fait qu’humaniser davantage un homme qui a dû se battre pour imposer son physique et sa voix. Il a construit sa formidable relation avec le public contre les médias».

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis le 27 novembre.

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  • Grand écran: "A couteaux tirés", comédie policière à la Agatha Christie. Avec Daniel Craig

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    479897-a-couteaux-tires-de-rian-johnson-bande-annonce.jpgCélèbre et richissime auteur de polars, Harlan Thrombey est retrouvé mort dans son lit la gorge tranchée, le soir de ses 85 ans.  La thèse du suicide est esquissée en dépit de la violence du geste, mais les spectateurs, contrairement aux proches du patriarche, sont rapidement informés qu’il n’en est rien.

    C’est alors que débarque dans le somptueux manoir des Thrombey le détective Benoit Blanc, engagé par un commanditaire anonyme afin d’élucider l’affaire. Tandis que la famille complètement tordue du vieil Harlan, plus préoccupée par l’ouverture de son testament que par la cause de sa mort, se déchire, Blanc se lance dans une enquête mouvementée, où se multiplient rebondissements, mensonges, révélations, indices probants, pistes douteuses et faux semblants.

    Cette malicieuse et jubilatoire comédie policière à suspense en forme de whodunit renouvelé, huis-clos burlesque très divertissant au rythme soutenu, à la mise en scène astucieuse, aux dialogues caustiques et à l’humour noir, donne un parfum très british à ce film américain.
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    Entre deux productions Star Wars, son auteur Rian Johnson s’offre ainsi une petite balade récréative avec ce cluedo géant. Sophistiquée, l’intrigue oscille entre Agatha Christie et Hitchcock. avec un détective façon Hercule Poirot mâtiné de Columbo. Il est incarné par un irrésistible Daniel Craig à l’accent sudiste, qui révèle son talent comique.

    Chris Evans, Jamie Lee Curtis, Toni Colette, Michael Shannon, Don Johnson ou encore Ana de Armas, qui sera du nouveau James Bond, complètent ce casting cinq étoiles. Tous sont soupçonnés d'avoir assassiné Harlan (Christopher Plummer), ce qui n’est pas étonnant chacun, hypocrite, intéresse, détestable, méprisable, hautain ou arrogant ayant quelque chose à cacher. Y compris Ana de Armas, infirmière dévouée mais peut-être pas si blanche colombe que ça. Même si Daniel Craig la prend sous son aile pour jouer les Watson.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 27 novembre.

  • Grand écran: l'homme face à la nature dans "Viendra le feu"

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    cinema_-_espagne_-_oliver_laxe_-_viendra_le_feu_-_2019.jpgL’ouverture, dans une nuit éclairée par un halo de lumière, est saisissante. D’énormes engins détruisent des eucalyptus considérés par certains comme nuisibles. Ils s’écroulent les uns après les autres. Et puis soudain un arbre immense se dresse contre les bulldozers comme pour échapper à sa funeste destinée. Un affrontement mystique lourd de menace entre les hommes et la nature, qui donne le ton à Viendra le feu.

    Le réalisateur Olivier Laxe s’intéresse ensuite à Amador Coro, un supposé pyromane ascétique au visage émacié, aux épaules tombantes et à l’expression morne. Un taiseux dur au travail, brimé, buté, un pestiféré apparemment rongé par un feu intérieur. On n’en saura pas beaucoup plus sur ce personnage énigmatique. Tout juste sorti de prison, il va se réfugier chez sa mère Benedicta dans les montagnes galiciennes.

    Sur la petite exploitation agricole, leur modeste quotidien se déroule au rythme des saisons, se limitant à allumer la gazinière ou à conduire leurs trois vaches aux champs. Jusqu’au gigantesque incendie annoncé par le titre et qui va tout détruire. Des scènes filmées au plus près des flammes, un exploit, symbolisent une nature qui se venge..

    Troisième long métrage de l’auteur, cette singulière parabole rurale minimaliste, contemplative, à la mise en scène sèche, qu’illuminent parfois des images d’une rare beauté, avait décroché prix du jury dans la section cannoise Un Certain Regard. Elle se révèle à la fois dépouillée, spectaculaire et ardente. Dommage pourtant qu'en dehors des magnifiques séquences inaugurale et finale, l’incandescence ne se propage pas à tout le récit.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès le mercredi 27 novembre.

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  • Grand écran: "Proxima" révèle le conflit intérieur d'une mère à la conquête de l'espace

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    1335229.jpgAstronaute française, Sarah s'apprête à s’envoler vers les étoiles en compagnie de deux confrères américain et russe pour une mission d’un an. Alors qu’elle suit un entraînement rigoureux, elle se prépare aussi et surtout à quitter sa fille de huit ans. Un film magnifiquement porté par Eva Green, qui se coule avec force et sensibilité dans le rôle complexe d’une mère profondément attachée à son enfant, doublée d’une super héroïne à la conquête de l’espace.

    Avec Proxima, Alice Winocour, fascinée par le sujet depuis l’enfance, propose une oeuvre métaphorique, immersive, sur la séparation, la douleur du départ, des adieux. Elle évoque, dans ce troisième long métrage, une femme qui va devoir couper le cordon ombilical la reliant à la fois à sa fille et à la Terre. Les deux sont difficiles, mais permettront également la libération, l’apaisement.

    Ce parti pris d’une émouvante et fusionnelle relation mère-fille, fait ainsi de Proxima le plus terrien des films spatiaux. Délaissant la science-fiction, Alice Winocour ne nous emmènera pas dans des planètes lointaines, préférant au voyage spectaculaire dans l’immensité galactique dont on ne verra aucune image, un parcours psychologique intime, se concentrant sur le conflit intérieur d’une mère en voie d’accomplir l’exploit d’une vie et ce qu’elle doit sacrifier pour y parvenir.

    Dans cet opus original, sobre, résolument féministe, l’auteure s’adresse ainsi à toutes les mères tiraillées, montrant comment l’idéal de la maman parfaite provoque de l’autocensure, un conditionnement social entre s’occuper de sa progéniture et réaliser ses rêves. Un obstacle qu’elles doivent franchir, les deux n’étant pas incompatibles.

    Préparation folle et machisme ambiant

    Tourné dans de vrais centres spatiaux, et donc dans des décors réels, Proxima montre par ailleurs le degré hallucinant de préparation nécessaire à une expédition hors norme, la dureté extrême de l’entraînement dans une centrifugeuse, une piscine, ce qui constitue en fait la plus grande partie de l’existence des astronautes.

    La pression est intense, surtout pour Sarah qui évolue de surcroît dans un univers d’hommes, ses consoeurs représentant un petit dix pour cent dans la profession. Elle se frotte au machisme ambiant, notamment à celui de son chef incarné par Matt Dillon. Qui se croit drôle en plaisantant lourdement au début (il changera heureusement par la suite). sur la grande chance de l’équipage d’avoir à bord une femme, Française en plus, et donc très douée… en cuisine. On lui demande aussi si elle veut continuer à avoir ses règles. Le cas échéant le poids des tampons sera déduit… Des scènes en-dessous de la réalité selon Alice Winocour.

    A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 27 novembre.

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  • Grand écran: "Chanson douce" vire à la ballade horrifique. Avec Karin Viard impressionnante

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    chanson-doucewebok.jpgPaul et Myriam ont une fille de cinq ans, Mila et un bébé de onze mois, Adam. Ne supportant plus de rester entre ses quatre murs, Myriam souhaite reprendre son travail d’avocate. Avec son mari musicien, elle se met à la recherche d’une nounou. Après en avoir vu plusieurs, ils embauchent l’expérimentée Louise, qui gagne immédiatement l’affection des bambins. Soulagés, ils pensent avoir trouvé l’oiseau rare.

    Dévouée, bienveillante, consciencieuse, toujours prête à rendre service, Louise ne tarde pas à occuper une place qui ne doit pas être la sienne au sein de la famille et du couple, pénétrant dans leur intimité. Comme une araignée, elle tisse sa toile, étend son emprise. Et progressivement, se révèle toujours plus inquiétante sous sa quasi perfection.

    Chanson douce de Louise Borleteau est adapté du roman éponyme de Leïla Slimani, lauréate du Prix Goncourt en 2016. Il est lui-même basé sur un tragique fait divers survenu à New-York en 2012. Au tout début, on pense curieusement à La main sur le berceau bien qu’en réalité l’oeuvre n’ait rien à voir avec le film de Curtis Hanson. En fait, avec cette folie qui s’installe, créatrice d’une tension extraordinairement palpable, il s’apparente plutôt à La cérémonie de Claude Chabrol et au Locataire de Roman Polanski. Deux références pleinement revendiquées  par la réalisatrice.

    Sur un scénario coécrit par l’acteur Jérémie Elkaïm, Lucie Borleteau, auteur de Fidelio, L’odyssée d’Alice, en fait un opus un peu hybride, au carrefour des genres, chronique sociale, drame, tragédie psychologique, thriller, en plongeant le spectateur dans le cauchemar. Evitant soigneusement le sensationnalisme.

    L’angoisse vient du fait que tout est vrai. La cinéaste reproduit la force du roman, bien qu’elle ait décidé de ne pas en respecter l’ordre chronologique. Elle augmente ainsi le suspense et le sentiment d’horreur qui atteint un paroxysme que l’on redoute sans vouloir y croire.

    1045740.jpgLa réussite de Chanson douce tient également évidemment à ses comédiens, Leïla Bekti, de plus en plus présente sur grand écran, Antoine Reinartz et surtout Karine Viard, remarquable dans le rôle de cette femme toxique, complexée, névrosée et glaçante, délaissée, en proie à la solitude, en manque d’affection, vivant dans une sorte de taudis. On découvre une partie de son quotidien sordide dans des scènes de train qui ne figurent pas dans le roman, mais que Lucie Borleteau a imaginées afin de donner un ancrage sociologique à son héroïne.

    C'est d'ailleurs Karin Viard qui a voulu acheter les droits, comme elle le dit dans divers interviews. Après avoir lu le livre, elle a appelé un producteur pour qu’il les achète pour elle. Quand Lucie Borleteau a remplacé Maïwenn, désireuse d’adapter le roman mais s’était finalement retirée de l’aventure, Karin a suivi toutes les étapes d’écriture et précise qu’elle a notamment donné son avis sur les scènes où Louise est en-dehors de l’appartement familial.

    De passage à Genève lors du GIFF, Lucie Borleteau nous en dit plus sur cette Chanson douce qui vire inéluctablement à la ballade horrifique. "Adapter un prix Goncourt, c'était un gros défi. Surtout celui-ci. A dire vrai, c’est mon producteur qui me l’a fait lire. J’ai donc commencé dans l’optique d’en faire un film. Je l’ai dévoré d’une traite. Ce livre est un conte maléfique et magnétique qui m’a laissé une forte sensation de vertige, l’idée d’un puits sans fond que j’ai essayé de retranscrire à l’écran. Jérémie Elkaïm a fait des choix radicaux, condensés. Je suis partie de son texte et j’ai rajouté des choses qui m’avaient marquées et me manquaient".

    278346.jpg-c_215_290_x-f_jpg-q_x-xxyxx.jpgVous avez trahi la chronologie du roman en plaçant la scène du début à la fin.

    Ce fut un choix très long. Je ne me fermais aucune porte. Mais si je restais fidèle au livre en l’occurrence, le film devenait un chemin de croix. Or, en-dehors du suspense que cela provoquait en procédant inversement, je voulais qu’on soit dans l’empathie avec tous les personnages. Y compris Louise, qui n’est pas qu’une tueuse d’enfants.

    Karin Viard se révèle d'une rare évidence en baby-sitter très dérangée.

    Pour elle c’était un désir puissant. Elle n’avait jamais incarné de personnage de ce genre. Ce qui l’intéressait c’était l’humiliation sociale, très présente aujourd’hui dans nos sociétés qui excluent les marginaux. Cette donnée est au cœur du film.

    Paul et Myriam ne savent pas trop comment faire avec cette femme apparemment si parfaite.

    Effectivement. Ils n’arrivent pas à se comporter en patrons vis-à-vis d’une simple employée. Non seulement Myriam est impressionnée, mais en plus elle retrouve une liberté grâce à elle. En outre le fait qu’elle s’occupe des enfants implique une relation affective et c’est cela qui permet à Louise de prendre petit à petit une place centrale au sein de ce foyer. Au point que le couple, perdant de vue la distance qu’il devrait conserver, lui propose de venir en vacances. Ce sont ces vacances qui représentent le moment de bascule vers la folie.

    "Chanson douce" à l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 27 novembre.

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