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28/04/2016

Grand écran: "Green Room", thriller gore avec barbarie néo-nazie au menu

agreen.jpgLe quatuor punk rock, The Ain’t Rights accepte, au terme d’une tournée calamiteuse, de donner un dernier concert à Portland, Oregon. Suite à leur passage sur scène, ils sont témoins du meurtre d’une jeune femme dans leur loge et se retrouvent prisonniers d’une bande de skinheads particulièrement violents.

En compagmie d'une junkie blonde également coincée dans la chambre verte, ils comprennent vite que leur tour ne va pas tarder et qu’ils doivent se battre comme des forcenés pour échapper à leur destin tragique. Une illusion cruelle face à ces nazillons avides de faire couler le sang à flots et flanqués de leurs odieux pitbulls façonvoix de leurs affreux maîtres.

Green Room, huis-clos barbare éprouvant, figurant en quelque sorte un monde sans avenir, est l’œuvre de l’Américain Jeremy Saulnier, réalisateur, scénariste et directeur de la photographie dont le talent n’est plus à prouver selon les connaisseurs.

Après le succès de Blue Ruin, polar noir présenté l’an dernier à la Quinzaine cannoise des réalisateurs, il passe donc au thriller gore, se complaisant dans un cauchemardesque jeu de massacre et de tortures diverses. Il se veut par ailleurs dérangeant dans son portrait cru du néo-nazisme.

Pour résumer, on s’ennuie plutôt au fil de son histoire qui se traîne, montrant des tueurs balourds et moches à pathétique prétention virilissime. Certes, son film a évidemment de quoi attirer plein de fans du genre, mais on conseille aux âmes sensibles de s’abstenir.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 27 avril.

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27/04/2016

Grand écran: "Adopte un veuf" ou les joies de la communauté intergénérationnelle...

adopte.jpgHubert Jacquin, gynécologue à la retraite, s’ennuie dans son grand appartement luxueux et déprime devant la télévision depuis la mort de sa femme. Jusqu’au jour où Manuela, pétulante jeune femme quasiment à la rue, vient bouleverser le quotidien du veuf chagrin, à la suite d’un quiproquo.

D’abord très réticent à l’idée d’être dérangé dans son train-train, il finit par accepter non seulement de lui louer une chambre, mais de prendre plus tard sous son toit deux autres personnes, un avocat premier de classe coincé et une infirmière psychorigide

Et voici ce grincheux d’Hubert, cachant bien évidemment un cœur d‘or, livré aux joies de la communauté intergénérationnelle où on s'aime, on s'engueule et on se réconcilie. De vieillard triste au bout du rouleau il se transforme en sexa dynamique et avide de mordre à nouveau dans l'existence. 

Adopte un veuf, signé François Desagnat, met principalement face à face un André Dussollier emprunté au sourire forcé et une Bérangère Krief vite insupportable en tornade débordante d’énergie. A leurs côtés on trouve Julia Piaton et Arnaud Ducret, pas beaucoup plus inspirés. Difficile toutefois pour le quatuor de convaincre dans cette comédie lourdingue, ringarde, téléphonée et pleine de bons sentiments, qui surfe laborieusement sur le sujet à la mode d'une colocation due au manque de boulots et de logements pour les jeunes. 

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 27 avril.

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Grand écran" "Trumbo" rappelle les heures sombres d'Hollywood, dans le viseur de McCarthy

btrumbo.jpgEn 1947, on est à l’aube de la Guerre froide entre les Etats-Unis et l’URSS. C’est aussi cette année-là que commence la chasse aux sorcières, à l’initiative du sénateur Joseph McCarthy.

Créée en 1938 pour enquêter sur la propagande nazie, la commission des activités antiaméricaines s’est reconvertie dans l’implacable traque aux communistes. Au plus fort de cette effrayante campagne, symbole de la plus grande intolérance, McCarthy s’attaque à Hollywood. Les auditions de stars se multiplient. Dix-neuf personnalités "suspectes" sont sommées de s’expliquer. Dix d’entre elles (on les appellera les "dix d’Hollywood") auront le courage de refuser de répondre ou de dénoncer, dont le célèbre scénariste Dalton Trumbo.

Emprisonné puis inscrit sur la Liste noire

Virulent et d’une rare audace en cette période dangereuse, il sera condamné à onze mois de prison puis inscrit, avec les neuf autres également reconnus coupables d’appartenir au Parti communiste, sur la Liste noire. Il leur est désormais impossible de travailler. Mais Trumbo ne baisse pas les bras bien au contraire. Aidé par sa famille et grâce à son talent, il contourne l’interdiction d’exercer..

atrumbo.jpgLe réalisateur Jay Roach, étonnant car plus porté sur la grosse sinon grasse comédie, raconte son long combat dans l’ombre vers la réhabilitation. Il utilise une foule de pseudonymes, mettant sa femme et ses enfants à contribution pour faire passer sa copie.

Cigarette au bec, whisky à portée de main, il écrit tout le temps, particulièrement dans sa baignoire. Sa machine posée sur une planche, il va pondre une trentaine de scénarios au kilomètre pendant dix ans, du plus nul au meilleur, comme Vacances romaines en 1953 ou Les clameurs se sont tues en 1957 qui lui vaudront deux Oscars.

C’est Kirk Douglas, en poussant en 1960 Trumbo à écrire Spartacus, réalisé par Stanley Kubrick, sous son vrai nom qui le sort de la clandestinité. A l’issue de la projection, les félicitations du président Kennedy, qui en fera même son film préféré, mettront fin au cauchemar des  "rouges" et à une décennie maudite,

Formidable prestations d'acteurs

Servi par une bonne reconstitution des années 50 et assorti d’images d’archives, le film séduit davantage par son ton caustique et son rythme que par sa mise en scène. Mais il vaut surtout pour cette terrible et fascinante page d’histoire, rappelant les heures très sombres d’Hollywood. Sans oublier les comédiens, à commencer bien sûr par le principal Bryan Cranston, nominé aux Oscars, mais coiffé par Leonardo DiCaprio.

Mêlant, élégance, cynisme et drôlerie, le héros de Breaking Bad redonne vie au moustachu Trumbo, personnage hors du commun, charismatique et intelligent, maniant l’humour comme une arme, tout en se révélant provoquant, attachant, combatif, irascible, tyrannique.

A ses côtés, on retiendra notamment Helen Mirren, excellente dans le rôle de la redoutable et perverse chroniqueuse Hedda Hopper, anticommuniste acharnée, soutien actif de McCarthy et Reagan, qui pouvait briser une carrière d’un trait de plume.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 27 avril.

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26/04/2016

Grand écran: "Dégradé", une autre façon de raconter la Palestine

babass.jpgUn modeste salon de coiffure aujourd’hui dans la Bande de Gaza. On y propose tout, de la pose de bigoudis à l’épilation en passant par la manucure. Dans ce huis-clos interdit aux hommes où les femmes viennent bavarder et se détendre, treize d’entre elles ont été rassemblées par les jumeaux palestiniens Arab et Tarzan Nasser pour leur premier long-métrage, Dégradé.

Un titre symbolique, évoquant à la fois une fameuse coupe de cheveux et une situation violente qui ne cesse de s’envenimer dans la région, rappelée par des coups de feu à l’extérieur de l’établissement. Un gang armé exhibe un lion enlevé au zoo de Gaza, que le Hamas entend récupérer de force.

Aux affrontements hors champ des hommes des deux camps, les réalisateurs opposent l’atmosphère lourde qui règne d’abord dans le salon. Là aussi la tension monte…entre les lionnes. Critiques et remarques acerbes fusent parmi ces femmes à la langue bien pendue et au caractère bien trempé. De tous âges et de tous milieux (une religieuse, une divorcée, une droguée, une fiancée, une femme enceinte, une Russe…) elles sont représentatives des différentes tranches de la population féminine à Gaz. .

Mais face à la brutalité qui s’accroît entre les mâles au-dehors, elles oublient petit à petit leurs crêpages de chignon et se rapprochent en évoquant les interdits et leurs craintes au sein de ce microcosme social qui les contraint à la cohabitation.

abbass.jpgCette comédie noire rondement menée et pimentée d’humour raconte la Palestine d’une manière originale, tout en s’interrogeant sur la place qu’y tient la femme. Elle est portée par une belle brochette de professionnelles ou non. Parmi elles, la grande Hiam Abbass (au centre de l'image), attachante personnalité mi-orientale, mi-occidentale, actrice et réalisatrice pleine de projets. "Cette double casquette fait de moi ce que je suis. Chaque activité se nourrit de l’autre et de mes rencontres", nous confie-t-elle lors de son passage à Genève.

Israélienne, née en 1960, elle a commencé très jeune. A neuf ans, elle fait partie d’un spectacle à l’école qui lui permet de goûter à la magie du métier. Elle suit des cours d’art dramatique jusqu’à la fin du lycée, puis tâte de la photographie avant de revenir par ce biais au théâtre. Elle découvre le cinéma avec Noces en Galilée de Michel Kheiti.

Désormais, sa voie est tracée. En 1987, après un passage à Londres, elle s’installe à Paris, fait d’abord des enfants, deux filles, Lina et Mouna, puis tourne pour le petit et le grand écran. On la voit notamment dans Aime ton père du genevois Jacob Berger en 2002. Mais elle doit sa notoriété à Satin rouge de la Tunisienne Raja Amari en 2005. Elle a également joué sous la direction de Patrice Chéreau et Jean Becker.

Très au fait du conflit israélo-palestinien, elle a été appelée pour un rôle dans Munich de Spielberg, sorti en 2006. Sur le plateau il insiste pour qu’elle coache les acteurs. Elle tergiverse. "Il me voulait pour quatre mois. Trop long pour moi... Finalement je l’ai fait. C’était dur mais intéressant. Une belle expérience. Et surtout cela m’a permis de côtoyer un homme adorable, de voir sa façon de travailler,de constater à quel point il était rapide". 

Dans Dégradé, elle a aimé la capacité artistique et d’observation des frères Nasser, des peintres à la base. "Ils prennent une histoire vraie et la développent. Là ils ont choisi la métaphore pour raconter la vie des Gazaouis dans un huis-clos en ne racontant pas vraiment la souffrance à travers la guerre, mais en se préoccupant du conflit politico-social".
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"Je voulais incarner un personnage nouveau pour moi"

Et son rôle de femme mûre, désagréable, courant après une jeunesse enfuie? "C’est moi qui l’ai proposé. Au départ, on m’avait suggéré celui d’une mère. Mais je l’avais déjà incarnée et j’avais envie d’un personnage nouveau. C’était une première. J’avais l’impression de découvrir cette femme fragile qui se camoufle derrière une dureté de façade".

Seule avec deux autres comédiennes à avoir une expérience de cinéma, elle a aidé ses amis réalisateurs à gérer les amatrices. "Cela leur a demandé une énergie considérable, une disponibilité constante. Il y a eu des scènes difficiles à refaire pour obtenir de l’authenticité dans leurs réactions, C’était presque du travail de théâtre. Au début on a perdu du temps …".

Le film, qui avait été sélectionné à la Semaine de la critique sur la Croisette en 2015 a bénéficié de la célébrité de Cannes pour réaliser beaucoup de ventes à l’international. Il a par ailleurs été montré avec succès à Ramallah, ainsi qu’à Haïfa en janvier de cette année dans le cadre du festival de cinéma indépendant organisé par la fille de Hiam Abbass, Lina Soualem, et deux autres personnes.

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 27 avril.

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22/04/2016

Barcelone: pitbull retrouvé, Nadal continue à montrer les crocs!


anadal.jpgLa planète tennis est un nid de phénix. Après Federer, qui nous a fait le coup à plusieurs reprises ces dernières années, c’est Nadal aussi prématurément jeté aux orties que l’illustre Rodgeur par les experts de la petite balle blanche vu son tas de plumes égarée dans ses sept premiers tournois de l’année, qui semble à son tour complètement rené de ses cendres.

La résurrection a eu lieu à Monte-Carlo où le matador ibère a profité d'un Djoko le vampire exsangue pour décrocher la timbale au nez et à la barbe du taurillon Monfils, vacillant dangereusement sur ses cannes au troisième set.

De plus en plus à l’aise sur son ocre, l’ogre poursuit sa redoutable moisson et pourrait bien encore s’adjuger les oreilles et la queue à Barcelone. Toutefois, sans vouloir chipoter sur sa résolue marche en avant, je me permettrai un petit bémol sur la voracité retrouvée du cannibale qui donne à nouveau des vapeurs aux spécialistes.

Il n’est en effet pas spécialement étonnant de le voir rallier le dernier carré dans un tournoi où, à part la deuxième tête de série Kei Nishikori, rencontrable seulement en finale, son adversaire le plus proche, le Français Benoît Paire, ne figure même pas dans les vingt premiers de classement. Donc attendons quand même les Masters de Madrid et Rome pour parier sur les chances du pitbull de passer devant la meute et pour tenter de caresser d’un peu plus près les mollets du Serbe de ses crocs acérés. 

A part ça, si Nadal refait le bonheur de l’oncle Toni, à qui il a été bien inspiré de rester fidèle en dépit de ceux qui lui conseillaient de se chercher un mentor davantage à la coule, il y en a un qui doit plonger son coach dans le désespoir. Fabio Fognini. Parce que voir son poulain balancer de tels coups d'anthologie pour se retrouver bêtement à terre en deux sets a de quoi vous filer un sacré blues!

 

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19/04/2016

Grand écran: "Belgica", ambiance sexe, drogue et rock'n'roll

belgica.pngHomme à femmes, Jo est un célibataire passionné de musique et Frank, qui ne voit que d’un oeil, un père de famille sans histoire aspirant à la sécurité. Ces deux frères que tout sépare s’associent et voient grand pour transformer le petit bar de Jo. C’est un triomphe. En quelques semaines, le Belgica devient le rendez-vous incontournable, le repaire libertaire des noctambules de Gand, quelle que soit leur origine sociale.

Le Flamand Felix Van Groeningen nous plonge ainsi, à grand renfort de sons, de lumières et de fêtards sous coke surexcités, dans les vapeurs alcoolisées d’un monde parallèle euphorique. Un cocon à l’ambiance sexe, drogue et rock’n’ roll électrisée par la furia de l’explosif duo Soulwax. Voilà qui devrait enthousiasmer les fans.

Mais dans cette nouvelle «babylone» belge, microcosme marginal, anarchique, prônant la mixité et la tolérance, le drame couve et les choses tournent au tragique pour Jo et Frank. Leur antagonisme profond, qui constitue en fait l’unique ressort dramatique du film, refait surface. Pris par la folie des grandeurs, dévorés par leur succès, ils s'opposent violemment et vont jusqu’à se trahir.

Le scénario prévisible est la faiblesse de cette fable morale et hédoniste frôlant l’overdose et tombant peu à peu dans le mélo convenu. Par ailleurs trop long, Belgica finit par tourner en rond, l’auteur rechignant en somme à sortir de l’ivresse de la nuit gantoise. Felix Van Groeningen maîtrise moins bien son sujet que dans Alabama Monroe, qui lui avait valu le César du film étranger en 2014.

En revanche, les comédiens se révèlent convaincants. A l’image de Stef Aerts même si, obligé de jouer avec un œil fermé, il laisse parfois filtrer un mince éclat de pupille. En jouisseur Tom Vermeir, musicien, grand fan de Soulwax et acteur de théâtre, se montre à la hauteur dans son premier rôle au cinéma.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 20 avril.

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16/04/2016

Monte-Carlo: Federer ou l'éternel jeu du contentement

afed.jpgFederer de retour et pas à moitié pouvait-on lire sur le site en extase de la RTS après son premier duel. En réalité bien moins que ça, puisque notre gloire nationale a été battue en... quarts de finale à Monte-Carlo par Tsonga, l’une de ses principales bêtes noires.

Monfils en étant une autre (il faut hélas reconnaître que le maestro les collectionne), il n’aurait de toutes façons pas passé le dernier carré, vu que ce brave Gaël a flanqué une véritable tripotée à Jo-Wilfried, déjà sonné pour le compte au bout du premier set.

Cela donne une idée plutôt alarmante de la faiblesse de Rodgeur. D'accord, le phénix avait réussi à tricoter assez aisément la première manche face au boxeur des courts. Mais, dès l’entame de la deuxième, on a bien vu qu'il ne finirait pas le pull, même s’il s’est retrouvé à deux points de la victoire. Toutefois Rodgeur, qui avait prévenu de son possible échec après deux ou trois rencontres, histoire de désamorcer les critiques, s’est déclaré très satisfait de sa semaine. Revers, coup droit, service, tout fonctionne à merveille a-t-il dit en gros. Cherchez l’erreur!

Mais voilà qui n’étonnera personne. Ce n’est pas demain la veille que le king cessera de jouer au jeu du contentement dans la foulée d'une défaite. Il aura d’ailleurs d’autres occasions de s’auto-congratuler suite à un futur nouvel échec. A Rome par exemple où comme sur le Rocher, il n’a jamais réussi à s’imposer. Et je dois avouer que je ne vois pas comment il y arriverait cette année.

anad.jpgCar l’ogre de l‘ocre revient, lui, en force au début de cette saison sur terre. Après avoir avalé tout rond le malheureux Wawrinka, il s’est cavalièrement débarrassé de Murray, même si la belette écossaise a fait illusion pendant le premier set. Donc à moins d’un gros coup de mou face à Monfils, Nadal semble avoir toutes les chances de gagner dans la Principauté.

Zukunft Musik, me rétorquerez-vous. Certes, mais concoctons un petit scénario. Le redoutable regain de forme du pitbull devrait par exemple drôlement inquiéter Djokovic. En raflant la coupe à Monaco, l’Ibère reviendrait à égalité dans les Masters et pourrait même le dépasser entre Rome et Madrid. Et surtout, s’il reste dans les mêmes dispositions, réussir la fameuse passe de dix à Roland Garros, privant ainsi une nouvelle fois Dracula de la possibilité de décrocher les quatre Grands Chelems de l’année.

Et je ne vous raconte pas les sueurs froides du Suisse à l’idée d’imaginer l’Espagnol menacer encore davantage sa suprématie avec un quinzième titre dans le domaine. Personnellement j’en ai déjà de grands frissons dans le dos.…

 

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13/04/2016

Monte-Carlo: l'insubmersible Djokovic joue Titanic face à l'iceberg Vesely!

avesely.jpgIl y avait lui devant et les autres derrière sur la planète tennis. Alors évidemment tout le monde y va de son coup de tonnerre, de son énorme surprise, de sa sensation majuscule sur le Rocher qui en tremble d’émotion.

Et pour cause, l’insubmersible Djokovic nous a joué Titanic en se faisant atomiser dès son entrée en lice au Master de Monte-Carlo. Et, ce qui la fiche quand même un peu mal, par le second couteau Jiri Vesely, 55e mondial (photo). Une chose est sûre, il ne pensait pas franchement avoir le profil iceberg, le Tchèque!

Certes on nous bassine déjà avec le fait que Dracula était assez loin de son niveau habituel en multipliant les fautes sur son coup droit. Sauf qu’il lui est arrivé de nous gratifier de «winning ugly» ces derniers temps, en foirant un set dans les premiers tours.

Quoiqu’il en soit, on aura beau lui trouver toutes les excuses du monde le fait est là, implacable: personne n’est imbattable. Cela pousse d'ailleurs certains à gloser sur cette façon pas trop convaincante de marcher sur Roland Garros. Encore que le Grand Chelem parisien soit encore loin et que le «saigneur» des courts, en dépit de cet échec cuisant, a le temps de se refaire à Madrid et à Rome.

Il n’empêche. Cela doit faire un vieux bien à Federer, carrément mis au rancart face aux extraordinaires performances de l‘extraterrestre et qui, après plus de deux mois sans jouer, a lui parfaitement réussi son entame de tournoi. Contre un adversaire espagnol spécialiste de la terre, mieux classé de surcroît que le bourreau du vampire de Belgrade.  

Je ne vous raconte pas en outre les sourires en coin de  Murray, Wawrinka ou Nadal, également gagnants sur l'ocre monégasque et pareillement ravalés au rang de figurants insignifiants par les experts de la petite balle jaune. La seule chose qui m'embête un peu, c'est que l'immense exploit de Vesely devrait faciliter la tâche de Monfils, dans la mesure où un joueur relativement mal classé ne réussit en général pas la même prouesse deux fois de suite. Cela n'empêchera toutefois pas les compatriotes de Gaël de le porter follement aux nues, s'il parvient à mater le dompteur du Serbe...

 

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12/04/2016

Grand écran: dans "Demolition", Jake Gyllenhaal détruit tout pour se reconstruire

demolition.jpgRéussite sociale, beau mariage, Davis, jeune banquier d’affaires prospère, mène une vie réglée comme du papier à musique du lever au coucher. Et puis son quotidien tranquille bascule brutalement le jour où sa femme meurt dans un accident de voiture. N’ayant plus goût à rien, il sombre dans la déprime, en dépit des efforts de son beau-père pour le pousser à avancer.

Mais tout ce qui intéresse Davis, c’est d‘envoyer une lettre de réclamation à une société de distributeurs automatiques pour se plaindre d’un appareil défectueux. Ensuite, il se met à lui adresser des courriers où il se raconte, attirant l’attention de Karen, responsable du service clients. Peu à peu, une relation platonique se noue avec cette autre femme, mère célibataire d’un ado de quinze ans. Entre ces deux êtres, Davis tente ainsi de se reconstruire, de renaître en somme, loin d’une existence matérialiste.

Pour cela, il lui faut d’abord démolir ce qui constituait sa vie d’avant, qu’il s’agisse de ses relations, ou plus précisément des objets qui l’entourent, du plus petit au plus gros. En l’occurrence sa maison qu'il attaque à éa perceuse. Prétexte à des scènes de destruction massive à vocation libératrice pour l’anti-héros proche de la folie, en compagnie du fils précoce de Karen qui, lui, est en pleine phase de construction. Métaphore quand tu nous tiens…

Un clou lourdement enfoncé

Mais trop c'est trop. Car s’il s’agit au départ d’une bonne idée, Jean-Marc Vallée, réalisateur canadien qui nous avait notamment séduit avec l’excellent Dallas Buyers Club, nous perd dans Demolition à force de tirer à outrance sur le symbole et le stéréotype en enfonçant lourdement le clou. Sans oublier l’inévitable parabole sur l’inanité de la course à la performance et au profit.

Pesamment répétitif, le cheminement de Davis vers la guérison et la rédemption, qui se veut aussi radical que déjanté, a au contraire tendance à virer au chemin de croix pour… le spectateur. D’autant que l'auteur abandonne un début de cynisme en route et nous emmène droit vers un dénouement prévisible, en misant à fond sur le mélo ordinaire.

Reste l’interprétation. A commencer par celle, entre douceur et violence, de Jake Gyllenhaal. Il se montre plutôt convaincant dans son rôle de veuf bipolaire torturé au regard halluciné, qui pète un plomb sous le coup de la douleur.  A l'image de Naomi Watts, compatissante et compréhensive, qui apporte un peu de stabilité et de sérénité dans l’histoire.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 13 avril.

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Grand écran: "Les ogres", un film qui s'auto-dévore dans la démesure. Avec Adèle Haenel.

lea.jpgLéa Fehner nous plonge dans l’univers du théâtre itinérant avec Les ogres, comédiens exubérants sillonnant les routes de France avec leur chapiteau sur le dos, s’arrêtant de ville en ville pour faire leur show, qui tient à la fois du cirque et du spectacle forain.

La réalisatrice de 34 ans s’inspire de sa propre vie, ayant elle-même grandi dans ce milieu au cours des années 90. Ce sont ses souvenirs qui nourrissent une histoire évoquant le quotidien d’une troupe façon grande famille recomposée, sorte de microcosme social où on partage tout, où chacun se mêle de tout dans une absence totale d'intimité. Comme de l’arrivée imminente d’un bébé et du retour d’une ancienne amante qui vont raviver des blessures prétendument oubliées, prétextes à la dramatisation exacerbée du récit.

Et Léa Fehner ne fait pas dans la dentelle. Caméra indiscrète fouinant partout en perpétuel mouvement, bouillonnement permanent et à son comble chez ses ogres foutraques. Felliniens sur les bords, ils s’aiment, se déchirent et se dévorent à grand renfort de cris, de hurlements, d’épuisantes démonstrations outrancières de sentiments et d’émotions. Une débauche de vie et d’énergie virant à une démesure et une hystérie qui finissent tout de même par lasser.

En adele.jpghaut de l’affiche de l'opus pour lequel Léa Fehner s'est notamment entourée de son père, sa mère et sa soeur: Adèle Haenel, lâchée dans une arène en effervescence. César de la meilleure actrice l’an dernier pour l’excellent Les Combattants, actuellement également au théâtre à Paris dans Old Tiîmes d'Harold Pinter, elle était récemment de passage à Genève.

Forte personnalité, la jeune  femme, un rien hostile, s’agace qu’on puisse lui demander son sentiment sur ceux que provoquent sa belle ascension dans le métier. «Nouvelle tornade du cinéma français» lui arrache par exemple un «ouais, super» pour le moins dédaigneux… En revanche «féministe» lui va. Rebelle aussi, un peu, enfin elle ne sait pas… Surtout, elle s’en moque. «Ce n'est pas à moi de le dire. Pensez de moi ce que vous voulez».

L'essentiel, c'est la rencontre avec un réalisateur ou une réalisatrice, la promesse contenue dans un scénario, comme celui de Léa Fehner et de ses deux coauteures. La jolie Adèle en serait-elle une, d'ogresse? En tout cas, le film lui a fait du bien. «Il est bruyant, excessif, n’est pas dans la subtilité. Il réveille, remet au centre une vie qui n’a rien de tempéré. Il parle de la confrontation à l’autre, de l’altérité. Il y a une vibration politique hors d’une rationalité dont on nous rebat les oreilles. Et puis ce qui m’a plu, c’est l’improvisation totale qu’il y a dans certaines scènes. C’est génial. On a peur, mais on éprouve du plaisir».

Pour Adèle Haenel, créer un microcosme n’est pas forcément l’ambition de l'auteur.  «Certes cela reste une microsociété. Mais l’important c’est le vivre ensemble. Avec des différences assumées. Chacun est venu avec ce qu’il était. Il ne s’agit pas de mettre les gens dans une case. C’est précisément l’inverse. Trouver sa place au sein d’une telle troupe, c’est assez galvanisant. Il faut viser le moment juste. L’équilibre. Oublier la caméra. Assumer la limite de ce qu’on est».

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 11 avril.

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08/04/2016

Grand écran: "Les Visiteurs-la Révolution", une vraie daube!

clavier.jpgPour nos pieds nickelés bloqués dans les couloirs du temps, les choses commencent sous la Terreur en 1793 et se terminent chez les nazis. De Robespierre à Hitler en somme…

Réussissant à échapper à la guillotine, le triste Godefroy de Montmirail et son repoussant serviteur en guenilles Jacquouille la Fripouille rallient Paris, plus précisément les combles d’un hôtel particulier, avec l’idée de remettre le dauphin sur le trône.

Une équipée en calèche avec d’arrogants descendants de Godefroy qui, bien décidés à garder leur tête sur les épaules, se font passer pour des négociants en vins. Et nous voici parti pour un film à l’histoire d’un inintérêt abyssal, à l’esthétique immonde, totalement dénué d’humour, mais hélas lourdement émaillé de gags fétides entre pets, pus, furoncles, pustules et haleine de poney. 

Côté comédiens, c’est pareillement calamiteux. Plus exaspérant que jamais, l’omniprésent Christian Clavier au crétinisme avancé en l’occurrence en fait des caisses, braillant chaque réplique, tandis que Jean Reno est carrément transparent. Au point qu’il se fait voler la vedette par des personnages secondaires comme Sylvie Testud ou Karin Viard, que l'on imagine en principe juste venues cachetonner sans vergogne.

Pour résumer, ce troisième épisode est moche, dégueu, mal joué, mal fichu, interminable, évidemment pas révolutionnaire et surtout pas drôle pour un sou. Bref une telle daube qu’on comprend aisément pourquoi le réalisateur Jean-Marie Poiré et son coscénariste Christian Clavier ont refusé de le montrer à la presse. A part aux journalistes qui avaient accepté de faire des interviews…

A l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 6 avril.

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06/04/2016

Grand écran: "Truth", nouvelle immersion passionnante dans les coulisses médiatico-politiques

blanchet.jpgAprès Spotlight, nouvelle immersion dans le journalisme d’investigation. Avec son premier long-métrage, James Vanderbilt retrace l’un des épisodes les plus cruciaux de son histoire avec Truth: le prix de la vérité, où le scandale flirte avec la manipulation politique.

Le 8 septembre 2004, 60 Minutes, l’émission phare de la CBS, diffuse un reportage intitulé «Bush Guard», remettant en question l’engagement militaire du président candidat à sa réélection, George W. Bush, durant la guerre du Vietnam.

Dès le lendemain, la blogosphère du parti Républicain s’acharne à accuser une falsification de preuves à des fins politiques, menaçant de descente aux enfers la productrice et le présentateur vedette à l’origine du scoop.

Il s’agit du tandem de choc Mary Mapes et Dan Rather, incarnés à l’écran par Cate Blanchet et Robert Redford, l’un des duos les plus charismatiques du cinéma américain. Ils partagent l’affiche pour la première fois en livrant une formidable prestation. Le choix de Redford est à l’évidence un clin d’œil aux Hommes du Président d’Alan J. Pakula, qui demeure «LA» référence dans le domaine. .

S’appuyant sur le livre Truth And Duty, écrit par Mary Mapes, James Vanderbilt propose une intrigue sous tension passionnante, dans une rédaction en ébullition. Entraînant le sectateur dans les coulisses médiatico-politiques, il déroule son film de manière classique. Il suit d’abord l’enquête de 60 Minutes et la diffusion du reportage pour se pencher ensuite sur la tentative de l’équipe de se disculper face aux accusations. Avant de se concentrer sur leurs conséquences concernant les vies professionnelle et privée de ceux qui auraient donc commis l’erreur de ne pas suffisamment vérifier leurs sources. C'est le côté humain, émouvant de l'histoire. 

bobred.jpgMais l’intelligence de l'opus, d’où son intérêt, n’est pas de dire si les reporters ont tort ou raison, de prendre parti sur l’authenticité ou non des documents, de défendre ou d’accabler George Bush. Mais avant tout de montrer les pressions incessantes subies au plus haut niveau par Mary Mapes et Dan Rather pour lâcher le morceau. Qu’il s’agisse de leur propre hiérarchie, ou des politiques que leurs investigations dérangent.

Rappelant l’importance capitale de la liberté de la presse. James Vanderbilt témoigne ainsi de la complexité de l’investigation journalistique, de la difficulté croissante pour les médias de rester indépendants vis-a-vis du pouvoir, bref de continuer à exercer sereinement leur métier à l’heure des réseaux sociaux, auxquels aujourd’hui le grand public préfère le plus en plus se référer.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 6 avril.

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05/04/2016

Grand écran: "Le miracle de Tekir", une fable aux accents fantastiques

Tekir.jpgAu bord de la mer Noire court la légende d’un vieux Turc aveugle, Tekir, qui recouvra la vue et la santé en tombant dans un lac de boue. Depuis lors, les touristes se rendent chaque année à Tekirghiol, pour profiter des bienfaits de la boue miraculeuse.

C’est dans cette région entre terre et mer que Ruxandra Zenide, née à Bucarest en 1975 et arrivée à Genève à 14 ans, a situé son deuxième long métrage. Dix ans après le premier, Ryna, racontant l’histoire d’une ado de 16 ans, garçon manqué travaillant dans la station-service de son père et rêvant de devenir photographe.

Obligée de retourner en Roumanie faute de financement, elle y réalise donc Le miracle de Tekir, un film sur le mystère de la création a travers la maternité et pour lequel elle a retrouvé Dorothea Petre, l’héroïne de Ryna. Cette fois la comédienne au regard intense et la sensibilité à fleur de peau incarne Mara. La jeune femme aux dons de guérisseuse prétendument vierge mais enceinte, lutte pour protéger son enfant, un miracle selon elle, une conception immaculée.

Accusée de sorcellerie et de faire fuir les poissons, elle réussit à échapper à la violence des habitants du village en colère et se réfugie à l’hôtel Europa avec l’aide d’un prêtre. Cet incroyable établissement de luxe isolé dans des paysages de fin du monde reçoit de riches patientes qui espèrent soigner leur infertilité à l’aide de la fameuse boue.

Mara rencontre l’une d’elles, l’excentrique Madame Lili, qui remet en cause ses croyances mais avec qui elle n’entame pas moins une relation étrange. Ce qui n’est pas étonnant. Entre magie, superstition et religion tout est étrange et assez fascinant dans ce film en forme de fable surréaliste aux accents fantastiques. On retient aussi la belle performance des actrices.  

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 6 avril.

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Grand écran: "Truman", retrouvailles entre rires et larmes de deux amis d'enfance

darin.jpgUn océan, l’Atlantique, sépare aujourd’hui de grands amis d’enfance. Julian fait une carrière d’acteur à Madrid, tandis que Tomas enseigne les mathématiques dans une université canadienne. Et puis, après des années à vivre chacun leur vie sur deux continents, Tomas frappe à la porte de Julian. Drôle de hasard. A première vue seulement, car il a appris que son pote n’était pas au mieux. Et c’est un euphémisme.

Leurs retrouvailles sont donc synonymes d’adieu définitif. Mais cela ne les empêche pas de passer, entre rires et larmes contenues, quatre jours intenses et hors norme. En compagnie de Truman, le chien de Julian, ils se lancent dans une dernière aventure en se rappelant des souvenirs communs, Evitant de sombrer dans un mélo de pacotille en mêlant subtilement humour et légèreté à la tristesse, au chagrin et à l’émotion du moment, le réalisateur catalan Cesc Gay fait de Truman un véritable hymne à l’amitié et à l’amour, émaillé de scènes comiques.

Ce film fort, évoquant la paternité et le travail, mais surtout le courage nécessaire pour accepter la mort comme faisant partie de l’existence, doit évidemment aussi sa réussite à la performance des comédiens. Particulièrement celle des deux principaux. Ricardo Darin et Javier Camara (photo). Sobres et justes, le premier las de lutter contre la maladie et décidé à mettre ses affaires en ordre, le second un peu paumé face à l’inéluctable, ils se montrent très convaincants.

Simple, délicat, pudique, Truman avait cartonné lors de la soirée des Goyas, l’équivalent des Césars dans le cinéma espagnol. Il était reparti avec les cinq statuettes les plus importantes, film, réalisateur, scénario, acteur principal et acteur dans un second rôle.

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 6 avril.

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29/03/2016

Grand écran: "Good Luck Algeria", un Algérien à ski de fond aux Jeux Olympiques!

algeria.jpgC’est une de ces histoires vraies, une aventure hors norme comme en génère le sport. On se rappelle Rasta Rocket, comédie culte retraçant en 1994 la folle équipée des bobeurs jamaïcains aux JO de Calgary, en 1988.

Très récemment le documentaire Nice People racontait celle de migrants somaliens en Suède, qu’un idéaliste entraîne pour une participation à la Coupe du monde de hockey sur glace 2014 à Irkutsk.

Là il s’agit de ski de fond. Sam et Stéphane, deux amis d’enfance vivant en Savoie réussissent bien dans la fabrication de spatules haut de gamme, jusqu’au jour où leur entreprise est menacée. Pour la sauver, ils imaginent un défi fou: qualifier Sam aux Jeux d’hiver où il représentera l’Algérie, le pays de son père.

Good Luck Algeria s'inspire du parcours semé d’embûches du frère du réalisateur Farid Bentoumi, Noureddine Maurice Bentoumi, qui a réussi au bout de deux ans à s'aligner à Turin en 2006 sous le drapeau algérien. Au-delà de l’exploit sportif, du vécu folklorique ou non, de ce combat de David contre Goliath à divers niveaux, le pari improbable de ce feel good movie qui amuse et émeut, va pousser ce franco-algérien à renouer avec une partie de ses racines.

bentoumi.jpgNé en France en 1976 d’un père algérien et d’une mère française, Farid Bentoumi qui vit aujourd’hui à Paris, a grandi en Savoie, suivant avec son frère un programme de ski-études. Il devient acteur et a notamment joué du Racine à La Chaux-de-Fonds et du Brecht à Vidy, nous révèle-t-il à l’occasion d’une rencontre à Genève. 

En 2006, il tourne un premier court-métrage, un second deux ans plus tard, ainsi qu'un documentaire sur sa famille qu’il estime raté. «Je n’ai pas fait ce que je voulais. Mais cela m’a permis de m’interroger sur ma binationalité ou plutôt ma biculture et m’a servi pour Good Luck Algeria".

ll a décidé de se lancer dans cette comédie politico-sociale où on retrouve Sami Bouajila, Franck Gastembide, Chiara Mastroianni et Hélène Vincent il y a cinq ans, y consacrant trois ans d’écriture.

«Sur fond de ski et de dépassement de soi, je brasse plusieurs thèmes autour de la famille. A la base, c’est le récit d’une mixité heureuse, une histoire d’amour, d’héritage, de transmission de valeurs, d’amitié, de fidélité et de sincérité. C’est aussi devenu un film qui lutte contre les clichés et tente de donner une autre image de l’immigration dont trop de gens ont une vision négative ». 

Pour le rôle principal de Good Luck Algeria, essentiellement tourné en Italie, en Autriche et en Suisse, Farid a donc choisi Sami Bouajila, qui ressemble beaucoup à son frère Noureddine. «Ils ont la même carrure et de dos, c’est à s’y méprendre. C’était important pour les scènes de doublage. Mais Sami est un gros bosseur, il a appris à skier et la plupart du temps, c’est lui sur les lattes. Selon moi, il campe un vrai héros avec qui on a envie de se battre.»

A l‘affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 30 mars.

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Grand écran: "Quand on a dix-sept ans", chronique émouvante d'une passion adolescente

amourado.jpgLe vingt-deuxième long-métrage d'André Téchiné est sans doute son meilleur depuis Les Témoins en 2007, où il brossait le portrait bouleversant d’une société en crise d'identité face au sida. Dans Quand on a 17 ans, qui fait évidemment écho aux Roseaux sauvages sorti en 1994, le réalisateur explore l’un de ses thèmes favoris, les brûlures de l’adolescence.

Mettant en scène deux garçons qui se déchirent et ont du mal à assumer leur attirance, ce brillant cinéaste des sentiments les observe se découvrir avant de s’aimer, entre rage, rejet et désir.

Damien (Kacey Mottet Klein), fils de pilote militaire qu’il voit entre deux missions dangereuses à l’étranger, vit avec sa mère médecin, Marianne (Sandrine Kiberlain), dans une petite ville pyrénéenne. Au lycée il entre violemment en conflit avec le beau Tom (Corentin Fila), qui descend chaque jour de sa montagne et dont la mère adoptive est enceinte.

Par prudence, Marianne l’envoie à l’hôpital et accueille Tom à la maison. Cela ne plaît à aucun des deux ados qui, à fleur de peau, ne cessent de se chercher pour mieux se repousser avec colère. Des affrontements annonciateurs d’une passion que l’on pressent dès les premiers regards échangés, même si Téchiné prend son temps à la dévoiler au fil de son récit initiatique.

Une réunion de talents

asandrine.jpgComposé de trois parties coïncidant avec les trimestres scolaires menant au baccalauréat, le film n’est toutefois pas uniquement centré sur Tom et Damien. Son auteur s’intéresse aussi à leurs parents, au trio qu’ils forment avec Marianne. Il regarde tous ses personnages avec affection, montrant une communauté solidaire balayant les différences sociales ou les préjugés sexuels. Des comportements symbolisés par une Sandrine Kiberlain solaire, expliquant à son fils qu’il ne faut pas avoir peur et que tout s’efface quand on est amoureux.

Parfaite, la comédienne tient là un de ses plus beaux rôles, incarnant à la fois la tendresse, la sérénité, la compréhension, la sollicitude. Quant aux deux jeunes interprètes, ils sont formidables. A commencer par Kacey Mottet Klein, récemment vu dans Keeper de Guillaume Senez, mais révélé dans Home et l’Enfant d’en-haut d’Ursula Meier qui peut se vanter d’avoir déniché une pépite. Avec le très prometteur Corentin Fila, dont c’est le premier rôle au cinéma, ils proposent un jeu criant de vérité.

A tous ces talents on ajoutera celui de la coscénariste Céline Sciamma, qui excelle dans le traitement de la sexualité trouble à un âge difficile, comme dans Naissance des pieuvres et Tomboy, ou dans le portrait de la jeunesse actuelle, à l’image de Bande de filles.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 30 mars

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23/03/2016

Grand écran: "Soleil de plomb", l'amour au temps de la haine

plomb.jpgLe film de Dalibor Matanic, qui avait reçu le prix du jury de la section Un certain regard lors du dernier Festival de Cannes, s’étend sur une période de vingt ans, de 1991 à 2011. Il est divisé en trois parties, dans le contexte dramatique né du conflit serbo-croate.

Chacun de ces chapitres raconte une histoire d’amour interethnique contrariée, marquée par la haine entre les deux peuples qui se manifeste au sein d’un même village, d’une même famille, voire d’un couple. Entre chaos, peur et violence, Dalibor Matanic met la première en scène en 1991, au début des hostilités. Alors que cette haine avait atteint des sommets, elle finira par séparer dramatiquement deux jeunes amoureux respectivement serbe et croate, habitant deux villages voisins et qui avaient décidé de partir tenter leur chance à Zagreb.

amourmat.jpgDix ans plus tard, en 2001, une mère et sa fille Natacha retournent vivre dans la maison familiale détruite, à l’image d’un pays où il faut tout reconstruire. Elles confient les travaux à Ante, d’une nationalité différente. En colère Natacha cherche d’abord à l’éviter. Ante fait son boulot, apparemment indifférent à la jeune fille. Mais dans ce huis-clos sous tension sexuelle, ils tentent un rapprochement, comme pour oublier les blessures de la guerre.

La troisième histoire se passe en 2011 et évoque le retour de Luka dans son village natal pour une grande fête interethnique sous influence d’alcool et de drogue. Il revoit Marja, une ex à qui il avait fait un enfant avant de la quitter pour gagner la ville. La barrière entre eux semble devenue infranchissable, mais tout comme la jeunesse s'efforce de se libérer du poids du passé, Luka veut se réconcilier avec elle.

Avec ces trois moments interprétés par le même duo d’acteurs, Tihana Lazovic et Goran Markovic, qui font le lien entre les époques, le réalisateur livre une autopsie d’affrontements meurtriers et ses conséquences sur les mentalités. Après un premier récit très fort, les deux suivants perdent un peu en puissance et en enjeux, mais sont porteurs d’espoir.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande depuis mercredi 23 mars.

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22/03/2016

Grand écran: "Batman v Superman: L'aube de la justice". Les gladiateurs dans l'arène

batman.jpgDe caractères diamétralement opposés depuis leur création, ils incarnent deux différentes conceptions du monde. D’un côté le démon Batman, sinistre héros torturé, simple mortel aidé par une kyrielle de gadgets, de l’autre  l’ange Superman, alien tout puissant, incarnant la noblesse, la bravoure et l’humanité. Pour tout dire, ces deux-là ne s’aiment pas trop. Un euphémisme…

Bref. Redoutant que le kryptonien n’abuse de son omnipotence, la chauve-souris décide de l’affronter. Et pendant ce temps-là, une terrible menace se profile à l’horizon. Avec un peu d’imagination, on peut dès lors plus ou moins deviner l’évolution des relations complexes entre nos deux célèbres antagonistes…   

Mais c’est tout ce qu’on vous confiera de ce Batman v Superman: L’aube de la justice. Signé Zack Snyder, parfois visuellement décoiffant, il met en scène Ben Affleck (choisi après de longues semaines et un wagon de rumeurs pour le glisser dans la peau de Batman), Henry Cavill (Superman), Amy Adams (Lois Lane), Jesse Eisenberg (le méchant Lex Luthor qui fait la pige aux deux protagonistes principaux), l’inévitable Laurence Fishburne, Jeremy Irons (qui se pique de flegme british), Holly Hunter et Gal Gadot (comédienne israélienne jouant Wonder-Woman, qui avait été découverte dans Fast and Furious 6).

Si on reste discret sur le plus grand match de gladiateurs de l’histoire, selon le vilain Lex Luthor, c’est pour une raison simple. Le critique est sommé par Zack Snyder himself, au début de l'opus de ne rien révéler du scénario. Une vraie bénédiction en l’occurrence tant celui-ci, quasiment rythmé d’un bout à l’autre par de lancinantes et assourdissantes explosions, relève du vaste fouillis bien peu inspirant. A la hauteur de l'ennui généré au fil de quelque 150 interminables minutes.

En revanche, on peut vous raconter que pour convaincre dans leur rôle respectif, Ben Affleck et Henry Cavill ont physiquement drôlement payé de leur personne. A en croire les secrets de tournage révélés sur Allociné, le premier a pris trois fois plus de muscles que pour Man Of Steel et le second en a gagné 14 kilos, en perdant 8% de masse graisseuse. Pas en reste, Wonder-Woman s’est adonnée à la pratique très sérieuse du kung-fu, kickboxing, épée, ou jiujitsu.

Question budget le film, estimé à 200 millions de dollars, est le deuxième plus cher consacré au fameux justicier masqué, seulement dépassé par The Dark Knight Rises de Christopher Nolan, qui en avait coûté 50 millions de plus. Aux fans de juger si pour eux le combat de leurs idoles vaut l’argent dépensé! Pour nous c'est clairement non.

A l’affiche dès mercredi 23 mars. 

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Grand écran: "Aux yeux de tous", le remake américain inutile

juliarob.jpgEn 2009, l'Argentin Juan José Campanella proposait Dans ses yeux, un film passionnant mêlant le romanesque et la politique. En 1974, pendant les années de plomb, une institutrice récemment mariée avait été violée et sauvagement assassinée. L’homme chargé de l‘enquête revient sur cette sordide affaire en 1999 par le biais d’un roman. Cet excellent thriller avait valu à son réalisateur l’Oscar du meilleur film étranger en 2010.

Cinq ans après, Billy Ray a eu la mauvaise idée d’en faire un remake. Aux yeux de tous se déroule d’abord après les tragiques attentats du 11 septembre 2001, avec la mise en place, parmi d’autres au FBI, d’une unité antiterroriste. La détective Jess Cobb (Julia Roberts) y fait équipe avec l’agent Ray Kasden (Chiwetel Ejiofor), sous les ordres de la procureure Claire Sloan (Nicole Kidman)

Dans le cadre de leur mission, Jess découvre avec horreur le corps sans vie de Caroline, sa fille unique jeté dans une poubelle. Elle a été violée. Malgré les soupçons portés sur un indic, il est relâché faute de preuves. Treize ans plus tard Ray Kasden, qui n’a cessé de le traquer, demande la réouverture de l’enquête.

Passant d’une dictature rongée par la corruption à un pays combattant le terrorisme, Billy Ray n‘a pas su transposer son sujet de façon crédible et convaincante. Egalement auteur du scénario, il lui a fait par ailleurs subir de nombreuses modifications. Du coup la version américaine n’a plus grand-chose à voir avec l’originale.

D’où l’inutilité de cette resucée, machine sans âme même si Julia Roberts arrive à nous émouvoir en enquêtrice de choc doublée d’une mère anéantie en découvrant le cadavre de sa fille. On n’en dira pas autant de Chiwetel Ejiofor et surtout de Nicole Kidman, même si elle réussit l’exploit de paraître toujours plus jeune…

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 23 mars.

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21/03/2016

Grand écran: François Cluzet joue au "Medecin de campagne"

x870x489_aff_medecin_de_campagne_120_1011-1.png.pagespeed.ic.0QaTMi_Ou3.jpgAncien médecin généraliste passé derrière la caméra, Thomas Litli opérait, avec Hippocrate, une plongée particulièrement réussie dans les coulisses de l’univers hospitalier. Donnant de surcroît à Vincent Lacoste l’un de ses meilleurs rôles.

Dans Médecin de campagne, il poursuit sur sa lancée en suivant le docteur Jean-Pierre Werner qui, ne comptant pas ses heures, sillonne inlassablement sept jours sur sept les petites routes, s’arrêtant dans des fermes perdues pour soigner les gens.

Jean-Pierre est passionné par son métier, servant à la fois de conseiller et de confident à ses patients qui ne jurent que par lui. De là à s’imaginer irremplaçable! Sauf qu’il n’est pas à l’abri. Gravement malade à son tour, il est forcé d’accepter de se laisser seconder par Nathalie, venue de l’hôpital, et qui à terme devrait le remplacer. Ours un rien mal léché, Jean-Pierre commence par lui mener la vie dure…

Le réalisateur, qui a lui-même effectué des remplacements en Normandie et dans les Cévennes alors qu’il était interne, a voulu rendre hommage à ces héros en voie d’extinction jouant un rôle social majeur dans les déserts médicaux que deviennent les campagnes. Se précipitant sans relâche au chevet de leurs habitants dont certains n’ont qu’eux pour lutter contre leur isolement et leur solitude.

Les bons sentiments dominent ainsi dans ce film engagé, honorable et méritant, mais assez banal dans son propos et sa mise en scène, même si à l’évidence l’auteur sait de quoi il parle. Correctement interprété sans plus par François Cluzet et Marianne Denicourt, ce Médecin de campagne se traîne un peu entre les petites misères d’une humanité souffrante. Si quelques scènes sont émaillées d’un certain humour, il manque de l’originalité, de la drôlerie, de la tension et du rythme qui faisaient tout le sel d’Hippocrate.   

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 23 mars.

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08/03/2016

Grand écran: "Room", l'amour salvateur d'une mère captive au centre d'un thriller psychologique

room[1].jpgUn espace confiné, étouffant, sordide. Entre captivité et évasion, Room, signé de Lenny Abrahamson et adapté du best-seller d’Emma Donoghue, par ailleurs auteur du scénario, raconte l'histoire de Joy "Ma" Newsome. La jeune femme de 24 ans est retenue prisonnière depuis sept ans par "Old Nick" dans une petite chambre avec son fils Jack, 5 ans, né de son viol par son ravisseur.

Pour le garçonnet, tout commence et s’arrête aux murs de cette pièce, le seul endroit qu’il ait jamais connu et dont "Old Nick", rythmant le quotidien de ses redoutables visites perverses, détient l’inaccessible code d’accès.  

Joy s’applique à donner à son fils l'illusion d’un monde normal. Elle joue avec lui, rit, plaisante, lui fait faire de l'exercice, de la lecture, prendre des vitamines, invente une réalité. En même temps elle mijote un plan d’évasion pour lui offrir une chance de découvrir l’extérieur. Lorsque tous deux retrouvent la liberté, ils affrontent une nouvelle épreuve avec la (ré)adaptation à la vraie vie.

Thriller psychologique où on se demande avec angoisse comment les otages vont réussir à s'échapper, Room évoque aussi un amour maternel inconditionnel sans céder, c’est un exploit, à la complaisance, au glauque, au sentimentalisme, au pathos. Se concentrant sur l'humain, le réalisateur irlandais livre un film bouleversant, la caméra passant du regard à la fois candide, émerveillé, rageur de l’enfant à celui de la mère, à la limite de la rupture.  

Des acteurs parfaits

La réussite de ce huis-clos tient également à la performance de ses comédiens. Jacob Tremblay se montre particulièrement convaincant dans le rôle de Jack, tout comme Brie Larson, qui a passé six mois à étudier l'impact des agressions sexuelles et à lire des témoignages sur les prisonniers en isolement. Elle est parfaite en jeune femme sous contrôle, à bout, terrorisée mais prête à risquer le pire pour tromper la vigilance de son ravisseur-violeur. Elle a logiquement raflé l’Oscar de la meilleure actrice après avoir décroché un Golden Globe, et un BAFTA décerné par le cinéma britannique

Pour mémoire, Emma Donoghue a écrit son roman après avoir entendu parler de Felix, 5 ans, dans l'affaire Fritzl: Elisabeth Fitzl a été emprisonnée dans un sous-sol en Autriche pendant 24 ans, violée par son père qui lui a fait sept enfants.

Poursuivant ses recherches, l’auteure a découvert l’histoire de Jaycee Lee Dugard, enlevée sous les yeux de son beau-père en 1991. Séquestrée par un couple pendant dix-huit ans dans un cabanon de jardin derrière la maison, elle a été violée par son kidnappeur et donné naissance à deux filles à 14 et à 17 ans. Le film s'inspire enfin de l'affaire Natascha Kampusch, détenue pendant huit ans.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande, dès mercredi 9 mars.

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Grand écran: "The Assassin", un délice esthétique pimenté d'énigmatiques complots...

THE-ASSASSIN-premiere-affiche-pour-le-nouveau-Hou-Hsiao-Hsien-46992[1].jpgAuteur taïwanais majeur, Hou Hsiao-Hsien revient après huit ans d’absence avec The Assassin, qui se déroule dans la Chine du IXe siècle.

Eduquée par une nonne qui l’a initiée dans le plus grand secret aux arts martiaux, Yinniang (la superbe Shu Qi, photo) est devenue une redoutable justicière dont la mission est d’éliminer les tyrans.

Mais, ange de la mort vénéneux, elle est torturée entre le devoir de tuer son cousin, gouverneur dissident de la province militaire de Weibo qui défie ouvertement l’empereur, et les sentiments qu’elle a eus pour celui qui lui fut un temps promis.

HHH nourrit cette trame principale de plusieurs intrigues secondaires, peuplées de personnages fomentant d’énigmatiques complots auxquelles on ne comprend pas tout. Un euphémisme… Mais peu importe. L’essentiel est de se laisser bercer par cet opus contemplatif, hypnotique, entre amour et raison d’Etat, pimenté par de magnifiques et virtuoses scènes de combats au sabre.

Un pur délice esthétique discrètement évocateur des rapports de Taïwan et de la Chine et qui, grâce au soin apporté aux décors, aux costumes, à l’image vous emporte par sa grâce, son élégance et sa splendeur. Plus beau film de la compétition, il avait décroché le prix de la mise en scène au dernier Festival de Cannes.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 9 mars.

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Grand écran: "Much Loved" montre le quotidien de guerrières du sexe tarifé au Maroc

muchloved[1].jpgNoha, Randa, Soukaina et Hlima sont des prostituées opérant à Marrakech. Trois viennent de la ville, une de la campagne. Dynamiques, et complices, dignes et libres, elles cherchent à profiter des retombées touristiques sur lesquelles repose l‘économie marocaine.
 
Surmontant au quotidien la violence morale et physique d’une société hypocrite qui les utilise tout en les condamnant, le mépris sinon le rejet de proches qu’elles font cependant vivre, elles sont en quelque sorte le «pétrole» du Maroc, comme le remarque ironiquement Noha.
 
A travers le portrait de ce quatuor de guerrières subissant les humiliations et la domination des hommes, Nabil Ayouch opère une plongée sans concession ni complaisance, évitant tout moralisme, voyeurisme ou misérabilisme, dans le monde glauque du sexe tarifé de la drogue et de l’alcool.  
 
Sur fond de rapport ambigu entre les prostituées et l’Etat, le réalisateur franco-marocain évoque les relations entre ses protagonistes et leurs clients, principalement de riches Saoudiens et des Européens. Détaillant  leur travail jusque dans des scènes de sexe assez crues, il les montre aussi brièvement dans leur existence privée, familiale, amoureuse.

Le film marie fiction et documentaire 
 
Cette chronique forte, pleine d’empathie, de respect et d’humanité, très engagée dans la défense et l’illustration d’une frange de la population exploitée, marie finement la fiction et le documentaire. Oscillant entre le portrait de groupe, le drame social, l’étude de mœurs et le film politique tout en gardant un côté romanesque, elle est de surcroît portée par quatre excellentes comédiennes.
 
Par leur tempérament volcanique, leur énergie, leur courage et leur justesse, elles rendent hommage à ces femmes violées, violentées, avilies mais loin d’être abattues, puisant notamment leur force dans la solidarité et la tendresse qu’elles se manifestent. Ce qui, au milieu d’une réalité dure et sordide, donne lieu à la douceur bienvenue de séquences émouvantes, mélancoliques et tragi-comiques.   
 
Alors que Much Loved qui n’a pourtant rien de scandaleux ou de graveleux a été interdit au Maroc, son actrice principale Loubna Abidar a été contrainte de quitter son pays quelques jours après une violente agression à Casablanca. "Les femmes libres dérangent" a-t-elle dit dans une interview au quotidien Le Monde. Mais elle ne compte pas se taire et va écrire un livre sur le film.

A l'affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 9 mars.

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01/03/2016

Grand écran: "Tempête", un drame social émouvant entre documentaire et fiction

tempete[1].jpgA 36 ans, Dom, marin pêcheur, a passé la majeure partie de sa vie en mer, sacrifiant son mariage à sa passion pour son dur métier. Il n’en a pas moins la garde de sa fille adoptive Mailys, jeune rebelle têtue, agressive, mal dans sa peau, avide d’affection, et de son fils Mattéo, un garçon qu’il souhaite voir suivre ses traces et avec lequel il entretient une relation complice.

Quoi qu’il en soit, Dom fait tout ce qu’il peut pour être un bon père, avec toutefois une tendance à se comporter en grand frère. Surtout quand il rentre à la maison, où tous les trois font joyeusement la fête en fumant des pétards. Reste que les adolescents sont livrés à eux-mêmes pendant ses longues absences. Alors quand Mailys tombe enceinte, Dom se rend compte qu’il doit choisir entre sa famille et le grand large.

Pour se rapprocher de ses enfants, ce travailleur qui peine à boucler les fins de mois, veut acheter un bateau pour être son propre patron. Il se retrouve sur les bancs d’école pour apprendre à le devenir et à monter son affaire. Un rêve qui se heurte à la difficile réalité.

Tempête, un titre emblématique de celles que Dom essuie régulièrement en mer mais qu’il maîtrise et celles, plus complexes qu’il doit affronter à terre. Opiniâtre dans sa quête de solution pour s’en sortir, il se révèle maladroit dans sa volonté de trouver ce qu’il y a de mieux pour sa progéniture, particulièrement pour Mailys, qui repousse rageusement ses tentatives.

Rappelant à la fois Ken Loach et les frères Dardenne avec ce film émouvant où il évoque un drame social au sein d’une classe ouvrière en détresse, obligée de se livrer à d’âpres luttes ordinaires pour subsister, le réalisateur Samuel Collardey nous immerge dans le réel. Et ceci d’autant plus qu’il a non seulement fait appel à des non professionnels, mais que le protagoniste principal, Dominique Laborne, joue sa propre vie à peine modifiée, aux côtés de ses deux enfants. 

Son rôle dans cet opus entre documentaire et fiction a valu à cet homme combatif, beau gosse naturellement charismatique, un prix d’interprétation dans la section Orizzonti de la dernière Mostra de Venise .

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 2 mars

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Grand écran: "Saint Amour", un bon cru généreux avec Depardieu, Poelvoorde et Lacoste

saint-amour_1_[1].jpgPour leur septième long-métrage, les détonants Benoît Delépine et Gustave Kervern mettent en scène deux héros cabossés par la vie aux relations conflictuelles. D’un côté Jean (Gérard Depardieu), un doux et sympathique colosse venu présenter son magnifique taureau au Salon de l’agriculture. De l’autre son fils Bruno (Benoît Poelvoorde), personnage malheureux et à fleur de peau, qui fait tous les ans la route des vins en… écumant les stands de la grande manifestation parisienne

Mais cette fois, Jean décide de l’emmener parcourir la vraie pour se rapprocher de lui et le convaincre de reprendre la ferme familiale, pour l'instant source de déboires pour Bruno. Et les voici embarqués, en compagnie du jeune et prétentieux chauffeur de taxi Mike (Vincent Lacoste) dans un road-movie alcoolisé, audacieux, original, loufoque, déjanté, où ils feront des rencontres bizarres et finiront par découvrir l’amour.
 
Même si certaines digressions ont un petit goût de piquette, ce Saint Amour est un très bon cru en forme de peinture sociale entre drôlerie, poésie et désenchantement. Tout en faisant l’éloge d’une paysannerie parfois méprisée mais surtout désespérée et aux abois comme l’a encore démontré le rude accueil réservé au président Hollande au Salon, les deux auteurs, moins féroces que d'habitude, révèlent un Depardieu généreux dans son rôle d’ogre attachant. Ainsi qu'un Poelvoorde tout aussi émouvant en fils fragile, désabusé, crevant de solitude.

Irrésistible séducteur d’opérette, Vincent Lacoste se hisse à la hauteur de ces deux fortes personnalités, à l’image de Céline Sallette qui rejoint le trio dans la dernière partie. Mais le plus hilarant dans l'histoire, c’est Michel Houellebecq en loueur déprimé de chambres d’hôtes. Une apparition carrément surréaliste.

A l’affiche dans les salles de Suisse romande dès mercredi 2 mars.

15:39 Publié dans Sorties de la Semaine | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook